Chapitre 19 : A la guerre comme à la guerre.

Je suis remontée dans mon dortoir après mon léger striptease dans la salle commune tout en souhaitant bonne nuit à Brandon Quirke qui était en train de vomir dans un coin. Veronica est rentrée largement après moi, les joues rougies, et les vêtements dans un état aussi catastrophique que ses cheveux. Ne me demandez pas ce qu'elle venait juste de faire, je ne le sais pas et je ne souhaite pas le savoir. Et je n'ai revu aucune de mes camarades de chambre avant le lendemain matin.

Je me suis levée, aussi normalement que possible, avec un mal de crâne aussi douloureux que possible. Et c'est là que le drame de ma vie s'est produit.

-Ha ! Tu es là toi ! On peut savoir ce qui t'a pris hier ? T'as embrassé Sirius Black ! Sirius Black ! Par Merlin !

Je venais de me faire, presque littéralement, sauter dessus par Veronica, qui n'avait absolument pas l'air ravie de me voir.

-Et tu sais c'est quoi le pire ? C'est Erin McLaggen qui me l'a appris ce matin ! Une deuxième année est au courant ! Ça veut dire que tout le château est au courant ! Parce que les deuxièmes années de Poufsouffle ne sont jamais au courant de rien ! T'imagines un peu ? Une deuxième année est venue me demander ça au petit déjeuner ! J'étais tranquillement assise en train de boire mon café, et bam ! Je me demandais bien aussi pourquoi tout le monde me regardait de travers ! C'est parce qu'à cause de toi, tout le monde sait que je suis la pote de la meuf qui a embrassé Sirius Black hier soir !

-T'es obligée de me hurler dessus du matin comme ça ? Laisse-moi au moins prendre de quoi ne pas avoir la tête sur le point d'exploser. Tu m'expliqueras plus tard. J'comprends rien à ce que tu racontes.

Elle m'a envoyée un regard meurtrier, mais n'a pas prononcé un mot de plus. J'ai farfouillé dans ma malle à la recherche d'une bonne vieille potion pour me redonner un semblant de vitalité. Et pour également faire disparaître le troupeau de centaures qui me galopaient joyeusement dans la tête. A ce niveau là, je crois qu'on pourrait même dire qu'un troll était en train de faire des claquettes sur mon crâne.

-C'est bon, je peux te hurler dessus cette fois ? Oh, et tu peux aussi aller chercher tes propres tartines, j'ai pas eu de pitié ce matin après avoir appris cette ô combien magnifique nouvelle.

-En quoi ça te regarde, V ? Parce qu'on pourrait très bien parler de ce cher Eunice qui te manipule comme il veut à chaque fois qu'il a envie d'une copine.

-Commence pas avec ça, Elise. Tu sais très bien que c'est pas comme ça entre lui et moi ! Il s'est excusé pour tout ce qu'il m'a fait subir. Il m'a promis de ne plus recommencer.

-Oh, excuse-moi ! C'est vrai que tout ce qu'il t'a fait mérite amplement que tu lui fasses confiance ! C'est pas comme s'il t'avait trompé trois fois ces quatre derniers mois, qu'il avait rompu avec toi au moins quatre fois, et qu'il avait eu l'audace d'envoyer une lettre à ta mère pour qu'elle t'ordonne de l'excuser !

-Tu comprends rien à ce qu'il se passe à la fois dans ma vie mais dans la sienne ! Parce que, oui, excuse-moi de t'en informer, mais la vie n'est pas aussi parfaite pour le reste du monde !

-Mais de quoi tu parles là ? Tu veux que je te fasse un résumé d'à quel point ma vie n'est pas parfaite ? Parce que, crois-moi, elle ne l'est pas.

-En comparaison avec le reste d'entre nous, la tienne l'est. Regarde-moi ! J'ai failli perdre mes parents le mois dernier à cause d'une attaque de mangemorts, et Eunice vient d'en perdre son frère ! Alors ne me dis pas qu'il n'est qu'un manipulateur, je t'en supplie ! Parce que je sais très bien que tu traines avec Regulus Black ! Et je sais également que lui et toute sa bande font partie des mangemorts !

-Son frère ? Il a un frère ? Et d'abord, Regulus n'est pas un mangemort enfin ! Faudrait que tu arrêtes d'écouter tous les ragots que te raconte Deborah Davies. Parce que dans ce cas là moi je suis une espionne française venue ici pour m'emparer du ministère en contrôlant les élèves ! Et puis il y aurait été quand à ce rendez-vous pour mangemorts ? J'ai passé tout l'été chez lui ! Et, de quoi tu parles ? Tes parents vont bien ! T'étais avec eux pour Noël !

-Ouais, et tu sais ce qu'il s'est passé la veille de Noël ? Des mangemorts ont attaqué tout le village ! Des dizaines de personnes sont mortes ce soir là, même mes voisins de plus de soixante ans !

-Pourquoi tu ne m'as rien dit ? Tu m'as envoyé des lettres pendant Noël, tu te souviens ? T'aurais pu me le dire ! Et même à la rentrée, pourquoi ? Je suis trop stupide pour comprendre ?

-Ton espèce de nom pourri composé là, y a Rosier dedans. Tu sais ce que ça signifie ? Que t'es l'une d'entre eux ! Alors j'ai essayé de me persuader du contraire pendant longtemps, tu vois, mais tu fais partie de l'autre camp. Je pensais que t'étais déjà au courant de cette attaque pendant Noël. Parce que ton copain Regulus en faisait partie ! Alors ne me dit pas qu'il n'est pas un mangemort. Je l'ai vu ! Son espèce de masque est tombé pendant l'attaque.

-Mais il... il devait juste... C'était juste pour accompagner Evan ! Il avait promis ! Oh, Merlin... Est-ce-qu'il a... tué quelqu'un ?

-J'en sais rien, tout est allé trop vite, mais il lançait des sorts. Dans la pagaille, je suppose que le Ministère n'a pas eu le temps de chercher après un mineur qui se battait. Même moi j'ai lancé des sorts en fuyant. Personne ne m'a jamais rien dit.

-Excuse-moi, faut que j'y aille, je suis terriblement désolée, Veronica, je ne savais pas. Je reviens tout de suite !

J'ai couru en direction de la salle de bain, me préparant en un temps record, avant de sortir, furieuse en direction de la salle commune, passant devant les troisièmes années qui me fixaient avec un air moralisateur.

J'ai descendu les escaliers aussi rapidement que possible, ne m'arrêtant que lorsque je croisais quelqu'un, pour ne pas perdre la face. Et puis je suis arrivée devant la Grande Salle, aux portes grandes ouvertes..

Je me suis mise à marcher d'un pas décidé en direction de la table des Serpentards, alors que tous les élèves arrêtèrent de parler pour se retourner vers moi. Avant de m'arrêter abruptement devant un groupe que je ne connaissais que trop bien. J'ai claqué mes deux mains sur la table, pour attirer l'attention de cette bande de lâches.

-AVERY ! Où est Regulus ?

-Regulus ? Tu dois chercher le mauvais Black ! Le traitre-à-son-sang est dehors en train de s'entrainer au Quidditch.

Lyzander Yaxley se mit à rire face à l'évidente magnifique remarque de son ami.

Après la fête d'hier ? Il a soit un sommeil très réparateur, soit une potion miracle, va falloir que je lui en pique.

-Arrête de rire, Yaxley, on dirait que tu viens d'égorger un chat. J'ai l'air de rigoler, Avery ? Est-ce-que j'ai les caractéristiques de quelqu'un qui a envie de s'amuser ? Parce que si c'est le cas, j'étais pas au courant ! Alors dis-moi où il est !

-Il est parti y a quinze minutes dans une salle de métamorphose avec Rogue et des cinquièmes années.

-Merci de ta compréhension, Avery.

Je lui ai pris sa tartine, à la confiture parfaitement étalée, des mains, avant de faire demi-tour en direction de la porte, satisfaite à l'entente de son « Hé ! » de protestation.

J'ai remonté avec une haine renouvelée les marches bien trop nombreuses qui menaient au sixième étage, là où se trouvaient les salles de métamorphose, tout en avalant la tartine d'Avery. Et puis, après dix minutes de souffrance intense, je suis arrivée à bon port.

-REGULUS ? T'es là ? Y a quelqu'un ?

Aucune réponse dans le couloir désert. J'ai rappelé deux autres fois, tout en avançant vers le fond du couloir. Rien que du silence.

J'ai commencé à me demander si Avery ne s'était pas payé ma tronche, et m'apprêtais à faire demi-tour lorsque j'ai entendu un cri perçant venant de la salle de classe juste à côté de moi.

Je me suis rapprochée, sans faire de bruit, de la porte, y collant mon oreille, espérant savoir ce qu'il s'y passait. Mais je n'entendis que des murmures quasi inaudibles.

-Sonorus, chuchotais-je en pointant ma baguette sur la porte.

-Alors, tu vas parler, maintenant ? S'éleva la voix de Mulciber, l'un des camarades de classe de Regulus, à l'air toujours mécontent.

-Mais j-j-j'ai rien à vous dire ! J'en sais rien ! Rien du tout ! Répondit une voix apeurée, me faisant reculer d'un pas.

-Arrête de mentir ! Je sais que tu traines avec Potter et ses amis, tu dois bien savoir pourquoi Lupin s'en va une fois par moi ! Avoue tout, Evans !

Ma baguette me tomba des mains, et je me suis abaissée pour la ramasser, en profitant pour me cogner la tête contre cette satanée porte moisie.

-T'as pas entendu un bruit, Thorfinn ? Demanda Regulus.

-Va voir qui c'est, Dolohov.

-J'en sais rien, je vous jure ! Remus n'a rien, c'est sa mère qui est malade !

Je suis remontée en vitesse, prête à partir en courant, quand la porte s'est ouverte, me laissant apercevoir Lily Evans, attachée à une chaise, et une demi douzaine de garçons l'entourant.

-Hé, Black, y a la copine de ton frère qu'est arrivée ! Tu voulais rencontrer la belle famille ? Qui c'est l'idiot qui a oublié d'insonoriser la salle ? Comment ça se fait que t'es là au fait ?

-Je peux savoir ce que vous faites, avec une préfète attachée ? Lui répondis-je en ignorant ses questions et en reculant d'un pas, baguette en main et pointée sur lui.

Dolohov sortit la sienne, se sentant apparemment menacé par la présence de la mienne.

-T'as peur d'une fille, Dolohov ? Faudrait pas le laisser savoir au Seigneur des Ténèbres ça, ça ferait pas très classe sur ton CV. Ou tu préfères juste qu'elle soit attachée, pour te remonter ton estime personnelle ?

Regulus est arrivé et m'a regardé avec toute la froideur dont il était capable, tout en faisant signe à Dolohov de baisser sa baguette. Ce qui m'a rappelé la raison pour laquelle j'étais venue ici.

-Toi, faut qu'on parle ! Sérieusement ! ET VOUS ALLER ME LIBERER LILY EVANS AVANT QUE JE N'AILLE EN PARLER A DUMBLEDORE ! Vous êtes pas bien ou quoi ? C'est quoi de ces manières ?

J'ai pointé ma baguette sur Evans, vu qu'aucun d'entre eux n'avait l'air d'avoir envie de bouger, pour enlever les liens qui la retenaient. Puis j'ai attrapé Regulus par le col, avant de le faire rentrer dans la salle.

-VOUS SORTEZ TOUS DE LA ! Allez hop hop hop ! Rogue, Mulciber, Dolohov, Rowle et même toi, là, je sais plus c'est quoi ton nom, mais tu dégages ! Et n'oubliez pas vos affaires ! Bande de malades mentaux ! Regulus, tu vas me faire le plaisir de t'asseoir sagement avant de ne t'en prendre une. Ça va, Lily ?

J'ai claqué la porte derrière eux, tout en me retournant vers elle pour vérifier si elle n'avait pas été blessée.

-Oui, c'est juste que je suis un peu...

Un énorme bruit d'explosion retentit dans le couloir. Ce qui nous fit tous sursauter.

-Rogue, cette fois t'es mort !

-Oh non, me dis pas que c'est Potter, gémit Lily en enfouissant sa tête entre ses mains.

-Bah, à mon avis, y a pas que Potter. C'est déjà ça ? Tentais-je vainement de blaguer, alors que quelqu'un poussait un hurlement dans le couloir.

Attirée par le chahut dans le couloir, je suis brièvement ressortie de la salle pour voir ce qu'il se passait à l'extérieur. Et je suis vite rentrée après avoir failli me prendre un expelliarmus en pleine tête.

-Bon bah, y a une guerre à l'extérieur, on va éviter de sortir maintenant, hein. Ça te dérange pas d'attendre là pendant que je discute avec Regulus, Lily ? On ne devrait pas en avoir pour longtemps, je t'emmènerais à l'infirmerie quand ils seront tous partis.

-Non non, de toute façon, j'ai pas envie de sortir maintenant, si Potter me voit, je suis morte, t'inquiètes pas, Elise. Et y aura pas besoin de m'amener à l'infirmerie, je vais très bien.

-De où tu tutoies une sang-pur, la sang-de-bourbe ? On t'a pas appris à respecter tes supérieurs, vermine ?

CLAC. Ça avait été plus fort que moi, je l'avais giflé.

-C'est pas le moment de faire le malin, Regulus Arcturus Black ! Tu viens de la retenir contre son gré pour la torturer, alors je te déconseille de tenter quoique ce soit qui puisse m'énerver en ce moment ! Parce que je viens d'apprendre quelque chose de très marrant à ton sujet ce matin. Alors, ça te dirait de m'expliquer ce que tu faisais la veille de Noël ?

-J'étais avec Evan, et tu le sais très bien !

-Ça, merci j'avais deviné ! Mais tu faisais quoi exactement avec Evan ? T'étais pas, par hasard, en train d'attaquer un village ? Avec des dizaines de morts et de blessés ? Ça te rappelle quelque chose ? Où t'étais juste en train « d'assister » ? PARCE QUE LA FRANCHEMENT J'EN AI MA CLAQUE REGULUS ! T'as participé à une putain d'attaque de mangemorts ! Fais voir ton bras !

-J'ai rien sur le bras ! Tu m'entends ? Et j'ai pas la moindre intention de te le montrer ! Je suis pas ton chien, bordel ! Et t'es pas ma mère non plus, j'ai pas de compte à te rendre !

-T'as intérêt de m'en rendre si tu veux pas avoir à expliquer au directeur ce que tu faisais à questionner une préfète que tu avais préalablement attachée à une chaise ! Je suis pas ta mère, mais crois pas que ça y change quoi que ce soit ! Tu veux devenir comme eux, c'est ça ? Tu crois que ça va t'amener quoi ? La gloire éternelle ? Ça ne va rien t'amener ! Ça ne va que te tuer ! Y a pas d'honneur dans la guerre, Regulus ! Sois pas comme ça !

-Lily ? LILY T'ES LA ?

Potter était visiblement en train de se rapprocher de nous, et au bout de quelques secondes, la porte s'ouvrit, laissant entrer Potter, Black, Lupin et Pettigrow. Je me suis éloignée de Regulus, pour aller m'asseoir sur une table, près d'une fenêtre. Tout en lui faisant comprendre du regard qu'on continuerait cette conversation, qu'il le veuille ou non.

-Elle va bien, Potter, t'inquiètes pas. Par contre, vous avez sérieusement besoin d'aller à l'infirmerie, tu saignes pas mal, Lupin.

-C'est moi où tu ferais presque semblant d'avoir l'air sympa, Rosier ?

-Merci bien, Potter. Je ne te retourne pas le compliment.

-Qu'est-ce qu'il fait là, lui ? Demanda-t-il en pointant Regulus du doigt.

-Toujours aussi poli, Potter, ça fait plaisir à voir.

-Tu pourrais aussi juste dégager d'ici avant que je ne te tue pour avoir participé à ce qu'il vient de se passer dans cette pièce, Black. D'ailleurs, si tu cherches tes potes, y en a la moitié à l'infirmerie, l'autre moitié est probablement partie se plaindre à Slughorn.

Il s'est détourné de moi pour harceler Lily Evans de questions diverses, certaines n'ayant aucun rapport avec les évènements qui venaient de se dérouler dans cette salle. Regulus est sorti de la salle en prenant son sac et en me lançant un regard exaspéré.

Il y eu un grand silence durant lequel l'on n'entendit que les stupides questions de Potter, auxquelles Lily ne prenait même plus la peine de répondre.

Sirius Black me fixait depuis au moins trente secondes quand j'ai décidé de lui demander quel était son problème.

-Quoi ? Je peux savoir pourquoi tu me regardes comme ça ? Je suis pas responsable ! T'as qu'à demander à Lily ou à ton frère, j'y suis pour rien !

-J'ai jamais dit que c'était le cas.

-Pourquoi tu me fixes avec ton air accusateur ?

Il n'était plus le seul à me fixer, toute la petite assemblée s'était retournée pour nous regarder tour à tour, s'attendant sans doute à du grand spectacle. Même Potter avait lâché Lily des yeux pendant plus d'une seconde.

-Mon air accusateur ? Je ne t'accuse pas !

-Pourquoi tu me fixes comme ça ?

-Je ne te fixais pas.

-Si et tu le sais très bien ! J'ai fait quoi de mal encore ? C'est ta copine qui t'a dit quelque chose sur moi ? Parce que je l'ai pas revue depuis hier soir, et t'étais là. D'ailleurs, il était bon ce Whisky Pur Feu, je sais pas où tu l'as eu, mais classe !

-Faut qu'on parle.

-C'est déjà le cas.

-Vraiment ? J'avais pas remarqué.

Il est venu me tirer de ma contemplation du ciel écossais pour me prendre le bras et me tirer hors de la salle.

-Hé, tu fais quoi là ? Si tu voulais te battre, on aurait très bien pu le faire devant tes potes, ça me gène pas.

-J'ai dit qu'il fallait qu'on parle, me dit-il sans me regarder, le son de la porte qui se refermait derrière nous me donnant l'impression d'être piégée et condamnée.

-T'étais sérieux ?

Il me lâcha le bras et s'appuya contre le mur. La porte se rouvrit pour laisser passer Evans, Potter et Lupin qui partirent rapidement.

-Tu pourrais me répondre, quand même. Et puis tu veux parler de quoi ?

-T'as des problèmes. J'ai des problèmes. Et tu me causes des problèmes.

-C'est censé être explicite ? Ou je dois deviner toute seule ?

-Tu veux de l'explicite ? Alors on va commencer par ça : pourquoi tu m'as embrassé hier soir ?

-Je te demande pardon ? J'étais saoule et tu me draguais, il m'en fallait pas plus ! Bordel, j'ai même flirté avec Brandon Quirke, ça veut tout dire !

-Quand je te disais que t'avais des problèmes. Ça te vient d'où cet alcoolisme ?

-T'es vraiment drôle quand tu t'y mets ! C'est ta super blague des poussins d'avant-hier qui te met dans cet état ?

-Tant qu'on y est, je peux savoir pourquoi tu passes ton temps à esquiver les questions ?

-Parce que je ne vois aucune raison qui me pousserais à t'en faire savoir plus sur moi.

-D'accord... Alors on va jouer à un jeu. Je te pose une question, tu réponds, et en échange t'as le droit de m'en poser une.

-Qu'est-ce qui me dit que tu seras honnête ?

-Si t'es honnête, je le suis. Et crois moi, tu ne sais pas mentir.

-Je sais très bien mentir ! Et c'est toi qui commence.

Il s'est assis sur le sol, me faisant signe de faire de même en tapotant les pierres à côté de lui. J'ai hésité quelques instants, par mesure d'hygiène, et puis j'ai décidé qu'il serait beaucoup moins énervant si je faisais ce qu'il disait.

-Pourquoi tu m'as embrassé ?

-Parce que j'en avais envie ? Et aussi parce que tu m'énervais à parler, alors il fallait que je te fasse taire. Pourquoi tu m'as embrassée ?

Il prit son temps avant de répondre, tout en regardant droit devant lui.

-Je sais pas vraiment... T'étais là et puis tu m'amuses à être tout le temps énervée, et y avait la musique, la lumière. Et tu m'as embrassé et j'avais pas envie que ça s'arrête. Alors je... Pourquoi t'es toujours énervée ?

-Parce que j'ai pas tellement de raison de ne pas l'être. Tu m'aurais vu l'année dernière... Oh Merlin, j'avais absolument tout ! La vie parfaite ! Des amis par dizaines, des soirées hallucinantes, des copains différents chaque semaine, un manoir gigantesque avec le jardin le plus génial sur Terre, et mes parents pouvaient me regarder sans avoir honte. Maintenant, je suis seule, ma meilleure amie me prend pour une mangemort, j'ai dévalisé le coffre de mes parents par vengeance, aucun de mes anciens amis n'a l'air de se soucier de mon existence. Alors je suis énervée, parce que c'est la seule chose qu'il me reste. Et toi, pourquoi tu fais toujours semblant d'être heureux ?

-Le truc c'est que je ne fais pas semblant. Je suis heureux. Je ne l'ai jamais autant été depuis que je suis parti de chez moi. Je suis libre. Y a plus ma mère pour critiquer tout ce que je fais, mon père pour faire semblant de se ficher de mon existence, plus personne pour parler de l'extermination des moldus et des sangs-de-bourbe. Pourquoi toi tu te laisses faire ?

-Je ne me laisse pas faire ! Y a bien longtemps que je serais morte si c'était le cas. Mais je ne rebelle pas parce que je n'y vois pas l'intérêt, de toute façon, on finit toujours par perdre. Pourquoi t'es là ?

-On était venus chercher Evans. Remus a vu quelque chose sur... Enfin bref, pourquoi toi t'es là ?

-Je devais parler à Regulus d'un truc qu'il a négligé de me dire, et puis les choses se sont... Compliquées. Tu sais, t'es pas aussi chiant que t'en as l'air.

Il a éclaté de rire, le son ressemblant étrangement à l'aboiement d'un chien. Il s'est retourné vers moi, un grand sourire sur le visage.

-Toi non plus... Quoique...

-Hé ! Lui répondis-je, faussement outrée, en lui donnant un léger coup de poing sur le bras.

-Mais dis-moi, c'est que tu aurais presque de la force !

Et puis, juste comme ça, juste parce que j'en avais envie, je l'ai embrassé. Encore. Allez-y, moquez vous de moi, j'avais un léger problème hormonal. Et il m'était impossible de contrôler ces hormones quand il était dans les parages.