Chapitre 21 : Mangemort au gré du vent.

-On peut savoir pourquoi t'es à Serdaigle ? Avec des plans aussi pourris que ça, sérieusement, je commence à avoir des doutes sur tes capacités intellectuelles !

-Tu dis ça parce que tu ne vois pas encore le génie de l'acte en question.

-Elle a raison, dit Sirius, t'as perdu ton cerveau en chemin ? Si Regulus est assez...

-Si vous me laissiez vous expliquer ! Et c'est pour son bien, Sirius. Peut-être qu'il ne le voit pas encore comme ça, mais il m'en sera reconnaissant. Je le sais. Il n'est qu'un gamin. Il n'est pas assez grand. Il veut juste suivre le chemin de quelqu'un !

Oui. Je sais. Ce fut le pire plan de toute mon existence. Mais je vous promet qu'au début, il avait l'air prometteur !

J'ai bien essayé de les convaincre pendant une demie-heure de la magnificence de mon plan, mais aucun des deux ne semblait vouloir comprendre. Maintenant que j'y pense, ils avaient sans doute raison.

Je ne sais pas vraiment ce qui m'a poussée à faire ce choix, je crois que c'est peut être une envie inconsciente de me prouver que j'étais capable de faire le bien même si je n'y avais pas été conditionnée. Ou alors c'était une pulsion suicidaire. L'un des deux. Je ne suis toujours pas sûre.

La porte du dortoir s'est ouverte pour laisser entrer mes camarades de classes.

-UN GRYFFONDOR DANS LE DORTOIR ! UN MEC DANS MON DORTOIR ! PAR MERLIN WHITE RAMENE TOI ICI TOUT DE SUITE !

Il a fallu près d'un quart d'heure avant qu'elles ne se taisent toutes et que Jane White, préfète de son état, ne m'emmène, en compagnie de Sirius dans le bureau de Flitwick, Veronica m'ayant lâchement mouchardée et ayant nié toute implication dans les faits. A croire que c'était un crime national.

Le truc c'est qu'il a fallu qu'on attende une dizaine de minutes devant parce que la bataille de boule de neige avait apparemment tourné en duel.

On ne va pas se mentir, l'avantage certain d'avoir un prof comme Flitwick en guise de directeur de maison était qu'il n'était pas vraiment capable de punitions drastiques.

-Mesdemoiselles White, Duchesnes-Rosier et monsieur Black, entrez je vous prie.

Sauf que quand il vous regarde aussi sérieusement alors qu'il fait la moitié de votre taille, ça fait quand même un peu peur.

Au final on s'en est tirés avec dix jours de colle tous les soirs de sept heures à neuf heures. Ne jamais sous-estimer les professeurs à l'air gentil comme tout. Ils sont, après tout, des professeurs. Jane, elle, eut le droit de partir avant nous, n'ayant pas à subir un sermon sur les « relations dangereuses de deux jeunes sorciers qui s'aiment. » J'ai failli m'étouffer sur place.

La porte venait à peine de se fermer derrière nous que je tournais la tête pour « remercier » Sirius d'avoir rajouté des détails non nécessaires à sa version de l'histoire.

-« C'est elle qui m'a suppliée de venir, elle était prête à se mettre à genoux » VRAIMENT ? T'as vraiment cru que j'allais rien dire ?

-Bah évidemment que non, mais je l'ai fait principalement pour voir la tête que tu ferais. T'aurais dû la voir aussi, c'était excellent, j'ai eu du mal à me retenir d'éclater de rire.

-Chose que tu as vraiment faite quand il s'est mit à menacer d'envoyer une lettres à nos parents. Y a des fois, je te jure...

-Faut tout de même que tu admettes que c'était marrant ! Imagine la tête de ma mère si elle savait que j'étais dans ton dortoir avec toi ! Elle en serait morte sur le coup.

-Et la mort de ta mère ça te fait rire ?

-Plutôt, oui.

-Par Merlin, t'es encore plus dérangé que je ne le suis.

-C'est un compliment ?

-Non. Maintenant, laisse-moi accéder à la Grande Salle. J'ai pas mangé un truc consistant depuis hier.

Lundi 17 janvier 1977. 11h28

S.B E.B

A ma chère madame la vieille qui me sert accessoirement de prof de Défense Contre Les Forces du Mal,

Bernice Sherman, ma très chère, il me semble que la seule force du mal que je n'arriverais jamais à surmonter est le ton de votre voix qui me fait plonger dans un sommeil très profond. Si profond que j'en oublierais presque qu'il est onze heures et demie et que j'ai faim. Alors, oui, ma petite Bernie, je suis chargée de vous informer de certains problèmes qui se déroulent dans votre salle de classe. Premièrement, il me semble important de vous dévoiler le fait que la moitié des élèves ici présents sont endormis, et que l'autre moitié discute.

C'est ce que je serais certainement en train de faire si je n'étais pas assise à côté de Severus Rogue, puisque, sachez, chère madame, qu'il me fait très peur. De plus, il ne passe pas mes propres normes d'hygiène. Il serait bon de lui communiquer mon désagrément face à l'état de ses cheveux. Et, si vous pouviez également lui démontrer que le soleil ne fait pas de mal une fois de temps en temps, je vous en serais extrêmement reconnaissante. Enfin, pourriez-vous lui démontrer que de fixer Lily Evans ne changera en rien le statut de son sang ? Afin qu'il cesse de n'être encore plus flippant qu'il ne l'est déjà. Surtout qu'elle n'est pas la seule « née-Moldu » du coin et que d'autres élèves pourraient « profiter » de son regard du jugement suprême. Merci.

Deuxièmement, j'ai peur que la façon dont vous décrivez les Inferis ne soit quelque peut erronée, il est en effet impossible que tous les morts se transforment automatiquement en inferis, puisque tous les sus-nommés morts n'ont pas été ensorcelés. Vous le sauriez sans doute si vous aviez pris la peine de lire 1001 Façons de se Défendre Contre Les Forces du Mal de Thobias Shacklebolt, qui est tout de même le livre que nous étudions cette année. Et oui, apparemment, le mec dont-on-ne-doit-toujours-pas-prononcer-le-nom en utilise. Ce que je trouve très écœurant. Tenteriez-vous de me couper l'appétit ma chère Bernice ? Parce que je n'avais pas spécialement envie d'entendre que des cadavres ont été ensorcelés pour obéir à ses ordres et tuer d'autres gens. Vous êtes bien gentille, mais non merci.

11H46. Cette heure n'a pas l'air de vouloir passer. Je vais faire un dessin descriptif de mon voisin. Il n'a pas l'air de se rendre compte qu'il est le seul à vous écouter. Je crois qu'il pense que parce que j'écris, je recopie votre cours. C'est une très bonne technique ! 11H55. J'ai foiré mon dessin. Les cinq suivants aussi d'ailleurs. Je crois qu'il s'est rendu compte que je le fixais. C'est pour ça que je me remet à écrire. Faudrait surtout pas qu'il voie le massacre !

Berniiiice, pourquoi ne veux-tu donc pas nous laisser sortir en avance ? J'ai faim. Mon instinct me hait. Mon voisin me donne des frissons et votre voix tente encore et toujours de m'endormir. Mais je suis plus forte que ça ! Haha ! Vous croyiez peut-être que je faisais partie de ses lâches qui... Oh, Merlin, ça sonne. A demain !

E.D-R.

J'ai évité tout le monde du week-end. C'est lâche. Mais il me fallait un moyen de me détacher du reste du monde. Veronica jugeait pourtant qu'on était quittes depuis qu'elle m'avait (très, très lâchement) dénoncée aux « autorités supérieures ». Même si elle tenait particulièrement à m'appeler « la cinglée ».

Mais, alors que je me dirigeais vers la Grande Salle, lieu de tentation et paradis pour estomac affamé, Regulus a décidé qu'il était temps qu'on se parle.

C'est pour ça qu'il m'a attrapée par le bras pour me faire glisser dans un placard à balais lugubre et tout sauf propre.

J'ai hurlé, surprise et me sentant menacée, tout en sortant ma baguette pour faire face à l'attaquant.

-Oh, c'est toi. J'ai eu peur. Tu veux quoi ?

-T'avais bien dit qu'il fallait qu'on parle, pas vrai ? Alors on va parler.

-D'accord. Tu veux vraiment parler ? Comment c'est d'être un mangemort ?

-Je ne suis pas un mangemort.

-Mais tu comptes bien en devenir un, pas vrai ?

-Euh, non...

-Ne me mens pas Regulus, je sais toujours quand tu mens.

Il a pris son temps avant de répondre. N'osant pas me regarder dans les yeux. Je me suis adossée à la porte, croisant mes bras en le défiant du regard.

-Oui, dit-il après trente-six secondes, oui je vais en devenir un.

-Parfait. Moi aussi.

-Quoi ?

-Comment ça, quoi ? Si tu fais partie des mangemorts, alors moi aussi. Je ne te laisserai pas te battre tout seul. Et puis, je suis tout aussi capable que toi de me battre.

-Non, non, non ! Tu peux pas ! Hors de question ! C'est trop dangereux !

-Et c'est pas trop dangereux pour toi ? Si tu me sors l'excuse de «t'es une fille » je t'étrangle. Et je vais le faire.

-Bien sûr que non ! Mais tu peux pas nier le fait que c'est dangereux !

-Et bien, il faudra que je le constate par moi-même.

-Je... je t'interdis.

Il me fixait avec une sorte de détermination, et se redressa, comme pour me défier de le contredire.

-Tu quoi ?

-Je t'interdis.

-Tu te prends pour qui, Regulus Arcturus Black ? Tu n'as en aucun cas le droit de m'interdire quoi que ce soit ! Je suis plus âgée et donc plus puissante, n'essaye même pas d'imaginer que j'accepte que tu me dictes quoi faire de ma vie.

-Je m'en fiche, ça tu n'as pas le droit !

Il avait changé de ton et s'était mis à me lancer un regard hautain.

-Je peux savoir pourquoi ? Tu crois pouvoir être le seul à finir ta vie à Azkaban ou mort à cause des Aurors ? Tu crois que je ne sais pas me battre ? Que je n'ai jamais eu à me défendre ?

C'est alors qu'il s'est mis à rire, le son m'énervant encore plus.

-T'as déjà eu à défendre ta vie devant tes gens qui veulent ta peau ? T'as déjà eu à vouloir blesser quelqu'un pour de bon ?

-Oui. Demande à ton frère, il doit avoir une ou deux cicatrices pour le prouver.

-Mon frère, tu veux dire, celui avec lequel tu sors ?

-T'en as qu'un, Regulus, ne fais pas l'idiot, par Merlin ! N'aie pas l'air aussi choqué, c'est le but même de ma présence ici !

-Oh, c'est pas vrai, ne me dis pas que tu suis encore ce fichu plan !

Non. A dire vrai, je ne le suivais plus depuis bien longtemps. Mais ça, je ne pouvais pas lui avouer, ça aurait été comme de lui avouer que j'arrivais à avoir des émotions autre que la haine et la colère. Et puis quel genre de personne avoue à son meilleur ami qu'elle trouve son frère à son goût ?

-Tu doutes de ma détermination ?

-Non, de ta santé mentale. Passe à autre chose, même mère ne te harcèle plus de lettres pour te le rappeler, et c'est la personne la plus tenace que je connaisse. Ça fait sept mois que tu es ici, à quoi ça sert de t'acharner ?

-A quoi ça sert de t'acharner pour détourner la conversation de là où on en était ? Tu sais, les mangemorts, tout ça.

-J'ai plus rien à dire à ce sujet.

-Bien. Tu n'objectes donc pas à ce que j'en devienne une ?

-J'ai pas dit ça. J'ai juste dit que ma décision était finale. Tu restes toi avec ton cerveau dysfonctionnel, et moi je fais ce que j'ai à faire.

-Tuer des gens ?

-Me battre contre la menace que représente cette vermine impure.

-Depuis quand ils représentent une menace ?

-Depuis qu'ils ont les mêmes droits que nous. Ils se baladent impunément, comme si ils appartenaient ici, comme si ils le méritaient.

-Qui t'a dit ça ?

-Comment ça ? Personne me m'a dit ça !

-Et t'en es venu à cette conclusion tout seul, alors que tu côtoies des nés-moldus tous les jours ?

-Des nés-moldus ? Vraiment, Elise ? Et tu m'excuseras d'avoir un cerveau assez compétent pour former ses propres conclusions.

-Tu deviens impossible ces derniers temps ! C'est dingue ça ! Je ne sais pas qui te rend comme ça, mais fais quelque chose parce que je vais pas te supporter longtemps ! Maintenant, amuse-toi bien, je vais aller dans la grande salle, avec tous les méchants gens qui veulent manger.

Le soir même je me suis retrouvée devant le terrain de Quidditch, avec Sirius Black, ainsi qu'un Rusard particulièrement satisfait à mes côtés, et le froid me piquant le visage.

-Vous allez me nettoyer le terrain pour le match de la semaine prochaine. Ça devrait bien vous prendre toute la semaine !

C'est là qu'il a décidé que le moment était apparemment opportun pour un rire de psychopathe. Il a ensuite confisqué nos baguettes, l'air totalement ravi de la tournure de la situation.

-Je reviendrai dans deux heures, amusez-vous bien en attendant !

J'ai attendu qu'il nous tourne le dos et soit à une distance assez suffisante pour qu'il ne puisse pas m'entendre pour me mettre à l'imiter.

-Amusez-vous bien en attendant... Gniagniagnia, quel idiot ! Il m'énerve !

Cette merveilleuse imitation ne fut reçue que par un regard noir et un silence de mort.

-Quoi ? Viens pas me dire que tu t'es soudainement mis à apprécier Rusard ! D'ailleurs, je me le demande, qui pourrait bien faire une chose pareille !

-Des gens comme toi, peut-être, tu sais le genre de gens qui font semblant d'en avoir quelque chose à foutre des autres et puis qui au final sont des enfoirés.

-Pardon ?

-Je sais que tu fais pour ça parce que tu suis un stupide plan préparé par tes parents et les miens, alors épargne-moi la souffrance d'avoir à t'entendre parler, et va nettoyer de l'autre côté.

Il ne manquait plus que ça.