Chapitre 22 : Magia minister mortuus est partie 1.
Je suis rentrée dans mon dortoir au moins six heures après ce fâcheux événement. Oui, j'appelle ça de cette façon, mais j'ai toujours plus ou moins su que rien ne pourrait jamais durer entre Sirius et moi, quoique ce soit que nous ayons. Ça n'était pas de l'amour, ni de l'amitié. Je crois que c'était une sorte de compréhension mutuelle. Vous voyez où je veux en venir ? Je ne sais même pas si moi j'arrive à comprendre ce qu'il s'est passé entre nous. Parce que même si nous ne supportions pas d'être dans la même pièce, il m'était impossible d'ignorer sa présence dès qu'il se trouvait trop près de moi.
Enfin bref, il m'a juste hurlée dessus, je l'ai insulté, griffé, frappé, on a fini par nettoyer ce qu'on devait nettoyer à des endroits aussi écartés l'un que l'autre et tout s'est plus ou moins bien passé. Si ce n'est qu'il passait son temps à me lancer des J regards méchants toutes les dix secondes. J'ai essayé de lui expliquer, croyez-moi. Mais cet idiot est plus têtu qu'un hippogriffe.
Il s'est passé beaucoup de choses à cette époque, des gens sont morts, d'autres ont faits des choses horribles, mais j'y ai survécu. Je suis allée à la sortie de la Saint-Valentin avec Tim Wilkes, comme prévu, ce qui m'a valu des dizaines de regards noirs en plus de la part de Black, ainsi que de l'autre Black qui était persuadé que « Cet imbécile de Wilkes se sert de toi pour faire taire les rumeurs selon lesquelles il serait asexuel. Moi, je suis persuadé que c'est vrai. ». Mais je l'ai bien fait taire quand je lui ai dit que ça ne pouvait pas être vrai puisque l'on avait déjà couché ensemble. Ce qui était malheureusement vrai. C'est une triste histoire que vous ne voulez vraiment pas savoir. Je me suis rapprochée le plus près possible de tout ces gens qui deviendraient bientôt connus pour être des mangemorts impitoyables. Ils ne m'avaient pas l'air bien différents du reste du monde. Aussi cruels et vains, même si eux avaient le courage de le faire voir au reste du monde. C'était peut-être ça, leur principale différence. Ils ne cachaient pas ce qu'ils étaient.
Et puis, j'ai vu les jours passer, sans me soucier de leur existence plus que d'habitude. Me plongeant dans une routine réconfortante. Cours, devoirs, soirées filles, lettres. Je crois que c'est à cette époque que j'ai réellement commencé à me faire des amis dans cette école.
Mes camarades de chambre et moi-même étions désormais inséparables. Ne me demandez pas comment tout cela est arrivé, je n'ai que très peu de souvenirs de ces mois-là. Quelques brèves réminiscences, de vagues extraits d'éclats de rire et de danse dans notre chambre. A écouter des musiques Moldues en chantant abominablement faux. Les choses étaient devenues tendues entre Sirius Black et moi depuis cette fameuse soirée où j'ai malheureusement pété un câble.
Non, vraiment, il ne me reste pas grand chose de tout cela, à part des notes de cours, des petits mots envoyés par Jane White et Melissa Stewart, qui étaient particulièrement fan de ragots. J'ai passé mon permis de transplanage, et à ma grande surprise, l'ai réussi.
Et puis, les examens de fin d'année sont arrivés. Telle la menace suprême, l'épée de Damoclès se préparant à vous tomber dessus au moindre faux mouvement. Je me suis mise à travailler, aidant Regulus autant que je le pouvais pour qu'il puisse passer ses BUSES avec autant de préparation que possible. Parce qu'il m'était bien plus facile de lui parler d'un sujet banal que de ce qui m'intéressait vraiment. Et que je préférais me disputer avec lui sur un sujet qui n'avait pas d'importance que sur ce qui comptait le plus. Alors je prétendais volontiers que ses études passaient avant tout le reste et qu'il n'était pas sur le point de ruiner sa vie. Parce que c'est ce que font les gens au bord du désespoir. Ils s'accrochent à ce qu'il y a de plus simple.
-Mais je te dis que les loups-garous sont tombés l'année dernière, ils vont pas mettre le même sujet deux fois de suite. Sérieux, ils vous apprennent rien ou quoi les profs dans cette école?
-A travailler.
-Sans doute, mais ça ne sert à rien. Moi je t'entraîne à réussir tes B.U.S.E.S. C'est pas pareil. Ce qu'il faut savoir, c'est le pourcentage de chances que t'as de tomber sur tel ou tel sujet. C'est pas compliqué. Et après, tu prépares de quelle façon tu vas tricher et c'est tout bon.
Je crois qu'on était en début de mai, le cinq ou le six, je ne sais plus, ça remonte quand même à plusieurs années tout ça. Lorsque quelque chose vint bouleverser ma vie pour de bon.
Le monde m'avait auparavant semblé toujours identique. Terne et bruyant. Inadapté et incroyablement étrange.
Jusqu'à ce fatidique jour de mai.
Je me suis levée, un peu plus tôt que d'habitude. J'aurai dû savoir que cela n'annonçait rien de bon. Il n'y avait pas un nuage à l'horizon. Les hurlements matinaux de Jane White ne me dérangèrent pas plus que d'habitude.
Ce fut une matinée mondaine. Un vendredi basique. Une guérilla interne qui ne se déroulerait pas avant la fin de journée.
Je dois vous avouer que j'ai tout tenté, vraiment, j'ai passé des mois à essayer de le convaincre, à vouloir me sacrifier pour cette cause, prête à vendre mon âme au diable si il le fallait pour m'assurer qu'il ne ferait pas ce qu'il s'apprêtait à faire.
Mais ce jour-là, rien ne me prépara à ce que j'allai apprendre. A ce qui allait m'arriver. A ce que le monde des sorciers allait subir.
Je suis presque sûre que c'était le six mai, maintenant que j'y pense. Le Vendredi six mai mille neuf cent soixante-dix-sept. Vous savez sans doute ce qui s'est passé ce jour-là si vous étiez né, ou que quelqu'un de votre famille vous en a parlé. Vous le savez si vous êtes un sorcier. Mais vous ne savez pas ce que c'était d'être directement impliqué dans cette affaire. Vous ne pouvez pas imaginer l'horreur, le vide, l'effroi.
Il paraît que c'est pareil dans toutes les guerres. Que les gens meurent tous les jours, que ce n'est pas si différent. Mais lorsque vous y êtes pour du vrai. Lorsque vous vivez un moment pareil. Vous ne pouvez plus voir la vie de la même façon. J'ai perdu beaucoup cette nuit là. J'y ai perdu mon innocence et un certain goût de la vie.
Je ne vais pas m'attarder plus longtemps sur cela. Car, si vous ne savez pas ce qu'il s'est passé ce jour-là, vous risquez de vous sentir énervé de ne pas faire partie du secret.
C'est en ce jour fatidique que Ackerley Birgam, le Ministre de la Magie est mort. Vous vous demandez sûrement ce que j'ai à faire dans cette histoire.
Et bien, il n'est pas simplement mort, non, il fût assassiné devant le Ministère de la Magie au complet à une heure dix-huit du matin . Par des mangemorts envoyés spécialement pour cela. Afin de prouver la supériorité suprême de Lord Voldemort sur toute autorité. Il ne fût bien sûr pas le seul à mourir ce jour-là. L'on ne rentre pas dans un Ministère bondé d'aurors et de Langue-de-plomb sans s'attendre à ce qu'il y ai des pertes. Des deux côtés.
Vous ne voyez sans doute pas ce que j'ai à voir là-dedans. C'est normal. Je n'aurai même pas dû avoir la moindre idée de ce qu'il s'y passait.
Mais, voyez-vous, depuis que Regulus s'était mis dans la tête de devenir mangemort, je m'étais mis dans la tête de le suivre lorsqu'il partait de façon suspicieuse rejoindre des gens pas très fréquentables. Pour tenter d'avoir toujours de l'avance sur ce qu'il pouvait vouloir me cacher, ou pire, ce qu'il pouvait avoir à m'annoncer.
Et ce jour-là, je ne dérogeai pas à ma règle. Lorsqu'il est parti, un peu trop pressé, me laissant seule avec ses livres de cinquième année stressé et surmené, je l'ai suivi.
Couloir après couloir, aussi silencieusement que possible, je le suivais dans les méandres du château, j'avais même pris l'habitude de me jeter un sort d'insonorisation ainsi qu'un sort d'invisibilité, ce qui n'était pas toujours d'un grand succès et l'effet qu'il me produisait était, ma foi, plus que désagréable.
Cette fois-ci, il avait rejoint Lyzander Yaxley et Alfred Avery, ses deux meilleurs acolytes. Je ne savais pas vraiment pourquoi il était si proche de ses deux imbéciles en particulier, surtout quand l'un des deux était réputé pour avoir toujours été secrètement amoureux de sa sœur. Et que l'autre ne semblait pas plus intelligent que George Goyle, un énorme septième année connu pour sa stupidité légendaire.
-Il faut savoir par où on va passer exactement. Je ne veux pas que ce débile de Rusard vienne nous déranger. S'il le faut, on le tue. Je me contre-fiche de ce qu'il faudra, mais on y sera. Ce qu'il va se passer ce soir restera à jamais dans les mémoires. Ce soir nous feront partie des vainqueurs.
Ce fût le début de conversation le plus intéressant que je les ai entendu dire.
-Qui vient avec nous ?
-Goyle, Crabbe, Wilkes, Rogue, Gibbon et peut-être les Carrow. On doit rejoindre les Lestrange, Macnair et Malfoy à Pré-au-Lard. Une autre équipe sera déjà en place au Ministère. J'espère que t'as pas la trouille Black, c'est aujourd'hui que tu fais tes preuves. Et j'te préviens, t'en dis pas un mot à la Duchesnes-Rosier, elle est pas fiable, celle-là, peu importe ce que t'en penses.
-Peut-être, mais moi, je lui fais confiance. Et puis, c'est pas toi qui disait qu'il allait bien falloir que ma mère lui dise qu'il faut qu'on se marrie ?
-Si, mais seulement parce qu'elle est sexy, si t'as le choix entre ça et la sœur Carrow, j'crois que le choix est vite fait.
S'en suivit un rire bien gras qui me donna envie de les étrangler. Ou de leur couper les cordes vocales avec une paire de ciseaux même pas affûtés.
Il va sans dire que j'étais outrée hors du possible, mais que la curiosité me poussait à me taire, parce que je voulais savoir ce qu'ils comptaient faire, et pourquoi ils voulaient tuer Rusard. Pas que ça me dérange, bien au contraire, mais ils pouvaient au moins faire partager le plaisir.
-Revenons au sujet. Il faut qu'on y soit à quelle heure ?
Merci à toi, Regulus. Très beau changement de sujet.
-Neuf heures. Alors on sort du château à huit heures, le temps d'arriver à Pré-au-Lard et de transplaner pour Londres. On devrait être pile à l'heure. T'inquiètes, Black, y aura bien quelqu'un pour te tenir la main, pauvre petit chou.
Si je vous dit qu'ils se sont remis à rire grassement, je crois que vous arriverez assez facilement à me croire.
-C'est vrai que c'est drôle, haha, mais à mon âge, le Seigneur des Ténèbres se contre-fichait complètement de vous, vous n'existiez même pas. Et moi je m'apprête à le rejoindre. Alors allez-y, riez.
-Sois pas susceptible, va. Bon, en tout cas, une fois qu'on est devant le Ministère, on entre par l'entrée des employés. Les autres prennent celle des invités. Après, on se rejoint tous dans le Hall, on va directement s'occuper des Aurors qui gardent pendant la nuit, pendant que eux descendent au premier étage pour aller chercher le Ministre. Il est là, ce soir, source officielle. Ca sert à ça d'avoir de la famille haute-placée.
-Et une fois que c'est fait ?
-Bah c'est là qu'on commence à s'amuser. J'en sais pas plus, paraît qu'ils vont faire venir des détraqueurs ou des trolls. Un truc bien cool.
Ils ont continué de bavarder, sans même se douter que j'étais présente, et que tout ce qu'ils étaient en train de dire resterait à jamais gravé dans ma mémoire. Ils avaient un plan. Celui de s'attaquer au Ministère de la Magie. Et même plus, au Ministre de la Magie en personne. Je ne savais pas quoi faire, prévenir les autorités quitte à envoyer Regulus en prison, ou le protéger et les laisser faire la pire connerie de leur vie.
J'ai passé des heures à y réfléchir. J'ai passé l'heure entière de potion en pleine réflexion, ne prenant même pas la peine d'aider Myranda Greenwood à fabriquer sa potion de Poussos.
Et puis, j'y ai tellement réfléchi, que je n'en eu plus le temps. Il était trop tard pour prévenir qui que ce soit. Alors à sept-heures quarante-neuf, j'ai suivi Regulus hors la Grande Salle, ignorant Veronica qui m'appelait pour me demander où j'allais.
Et je l'ai rattrapé, ne pouvant m'empêcher de lui dire de ne pas y aller.
-Je sais ce que tu comptes faire, lui dis-je avant même qu'il n'ai eu le temps de se retourner. N'y vas pas. Je t'en supplie. Ne me force pas à te dénoncer, Regulus.
-Comment tu sais ça ? Et puis, dénonce moi si tu veux, il est déjà trop tard. Tu ne peux plus rien faire. Je ne suis pas le seul à y aller. Que j'y aille ou pas, il se passera exactement la même chose ce soir.
-Peut-être, mais tu ne seras pas en train de te faire tuer par des Aurors ! Je t'en prie, Regulus, n'y va pas. Reste avec moi. Tu vaux bien mieux qu'eux. Tu le sais ça, pas vrai ? Tu sais que t'es quelqu'un de bien, pas vrai ?
-Me joue pas cette comédie, s'il-te-plait, j'ai pas le temps pour ta plaidoirie. Je dois y aller.
-Si t'y vas, je viens aussi.
-Bien sûr, t'essaieras d'expliquer ça à la cinquantaine de mangemorts présents ce soir, ricana-t-il en s'éloignant.
-J'ai jamais dit qu'ils pourraient me voir !
Ce qui le fit se stopper net.
-T'oserais pas. Nan, t'oserais pas.
-Ça fait des mois que je te suis sans que tu le saches, espèce d'idiot, j'ai pas besoin d'oser.
-Si tu te fais tuer, viens pas te plaindre, tu l'auras bien mérité. Et puis moi je te défends pas en cas d'attaque. J'ai pas que ça à faire.
-Je serais invisible, y aura personne pour m'attaquer. Toi, par contre, ça va être facile de te défendre.
Je me suis donc retrouvée devant les Trois Balais, après trente-quatre minutes de marche dans un sous-terrain moisi planqué en plein milieu du château. On est atterri dans Pré-au-Lard, et j'avais tellement mal aux pieds que j'ai failli abandonner. Je savais bien que Regulus savait que j'étais toujours là parce qu'il continuait de se retourner pour savoir où j'étais. Le truc c'est que j'étais pile à sa gauche, sur le côté, assez éloignée pour que personne ne me fonce dedans. Alors il pouvait toujours me chercher s'il le voulait, j'étais apparemment bien cachée.
Faut croire que de faire un sort compliqué une trentaine de fois, ça aide à le maîtriser.
Lorsqu'il se sont tous mis à transplaner, Regulus a refusé que quelqu'un le fasse à sa place. Proclamant qu'il était tout à fait capable de le faire par lui même et qu'il n'avait pas besoin d'aide.
-C'est bon, tu peux te montrer, je sais que t'es toujours là. T'es complètement folle. T'y connais rien, et si qui que ce soit te trouve, ils te tueront. De l'autre côté, ils penseront que t'es l'une des nôtres. Et chez nous, ils te prendront pour l'une des leurs. T'es foutue.
-Va dire ça à Yaxley, il pense que je suis bien foutue, même. J'pense pas qu'il veule me tuer. La plupart me connaissent. Je les ai tous vu au moins une ou deux fois dans ma vie. J'ai même couché avec certains. J'crois que j'ai pas grand chose à craindre.
-Merci de me le rappeler, j'avais vraiment envie de savoir les détails de ta vie sexuelle.
-Tu m'excuseras d'en avoir une. Et tu devrais pas être en train de transplaner comme un grand ?
-Tu sais très bien que je peux pas.
-C'est pour ça que t'as rien dit, hein ? Tu veux que je te fasse transplaner pour que tout le monde croit que t'es plus doué que tu ne l'es, j'aime bien ton plan.
-C'est bizarre de te parler quand je te vois pas. J'ai l'impression que je parle tout seul.
-C'est peut-être le cas, peut-être que t'es complètement cinglé.
-Pas plus que toi, en tout cas. Allez, donne-moi la main, et dépose nous.
Inutile de dire que ça ne fut que le début de ma vie, mon initiation au combat, aux morts et au sang. Il paraît qu'il faut un début à tout. Cela fut le début de la fin.
Huuum, après une looongue absence, due à des tonnes de raisons différentes, et un léger bug plus tôt dans la soirée, voici enfin le 22ème chapitre ! =)
