Chapitre 23 : Magia Minister Mortuus Est. Part 2.
Le début de la fin.
Une très longue fin. Qui ne s'achèverait que bien des années plus tard. Oui, même les fins ont des fins.
Transplaner seule n'est pas une chose facile, le faire à deux est encore plus compliqué. Cela fait palpiter votre cœur encore plus. La tension se fait davantage sentir. Parce que vous risquez de vous planter, et que vous ne serez pas la seule personne à en subir les conséquences.
Il faut avouer que le Ministère de la Magie est plutôt sympathique. Joli, même si manquant cruellement de luminosité. Comme à peu près tout dans ce fichu pays.
Rien n'indiquait un massacre. Rien. Pas même le ciel qui s'assombrissait de secondes en secondes.
Faut croire que les apparences peuvent vraiment être trompeuses. Je parle encore pour ne rien dire, veuillez m'en excuser, mais il faut avouer que le sujet que je vais aborder m'est difficile.
On est apparus, comme prévu, en face d'une cinquantaine de mangemorts, la moitié m'était totalement inconnue, et c'est en voyant la haine sur leur visage que j'ai compris que tout ne se passerait pas bien. Je peux vous citer des noms, j'en ai par dizaines, je vois encore leurs visages, leur haine commune et cette détermination. Il paraît qu'ils crèvent d'envie d'avoir un témoin comme moi au Ministère, il paraît que personne n'oserait jamais les dénoncer. Je n'en sais rien. Mais si un jour, il leur prenait l'envie de venir me le demander, la liste est toute prête.
Mais retournons au massacre de cette année-là.
20h56. Il y eu des congratulations naïves et hâtives, des rires prétentieux et une tension dans l'air que je semblais être la seule à sentir.
-Bon, changement de plan, les gamins, vous passez par l'entrée des visiteurs. On y va avant vous, on a des détails à régler. On veut pas que vous nous traîniez dans les pattes. Surtout qu'y en a qu'on jamais fait de mission avant. Le Seigneur des Ténèbres viendra plus tard pour assister à vos exploits. C'est ma mission, n'allez pas la foirer.
Ce qui eu le don de faire rire les plus anciens d'entre eux.
J'ai vu ma chère cousine Bellatrix s'empourprer de colère, levant sa baguette, et hurler « Sourdinam ! ».
Et elle s'est mise au centre du groupe, se ravissant de la fureur dont elle faisait l'objet.
-On n'a pas le temps pour ça, Macnair ! Tu n'as pas oublié qu'on a des gens à tuer, pas vrai ? Vous savez tous que j'ai bien plus de pouvoirs que n'importe lequel des idiots qui se trouvent ici, alors restons concentrés, veux-tu, Macnair. Je suis sûre que tout le monde sait que j'ai un talent particulier pour le Doloris. Ce serait dommage de ne pas pouvoir participer à cette mission que tu prétends avoir préparée seul... Alors allons-y, massacrez-les tous ! Je veux voir le sang couler sur le carrelage de ce temple de l'abomination moldue ! Pas de pitié, pas de survivant, à part peut-être vous si vous vous débrouillez pour ne pas tout foirer.
21h07. Aussi connue sous l'heure officielle de l'attaque.
Il y eut des bruits de sirènes, des cris d'alertes, et puis la première explosion eut lieu.
J'ai vu des dizaines de personnes jaillir de tous les coins, paniqués mais pourtant prêts à se battre. J'imagine que c'est ça qu'ils appellent la bravoure.
Tous avaient leurs baguettes en main, et tous commencèrent à se jeter des sorts.
C'est là que la panique commença. Je ne savais pas vraiment dans quoi je m'engageais, je ne savais même pas si j'y étais vraiment engagée.
Les sorts les plus abominables furent lancés, des hurlements de douleur m'entouraient et je ne ressentais que du vide. J'étais immobile au milieu d'une centaines de sorciers se battant, et je ne me mis à réagir que lorsque Regulus fut visé. J'imagine que mon instinct de protection est plus important que mon instinct de survie car j'ai immédiatement couru à son secours, bousculant femmes et hommes hors de mon passage. Me contre-fichant soudainement qu'on m'attaque moi. En y repensant, je me trouve bien stupide. J'aurai pu y rester.
Mais j'ai survécu. J'étais là, durant des heures et des heures, à me battre avec des gens qui ne pouvaient me voir, j'attaquais sans but précis, sans vouloir blesser qui que ce soit, je ne m'en sentais même pas capable. Il y avait des cadavres par dizaines sur le sol, certains étaient peut-être encore vivants, je ne sais pas, je ne pouvais me résoudre à les regarder. C'était trop dur pour l'innocente fille que j'étais alors. Je voyais ces gens du coin des yeux et ne pouvais m'empêcher de me dire qu'ils n'y étaient pour rien, qu'ils n'étaient ici que parce que c'était leur boulot, et que c'était les gens que moi je connaissais qui étaient les méchants de l'histoire.
Pour ne rien vous cacher, je fus blessée, à de nombreuses reprises et chacun de mes mouvements me heurtait davantage que le précèdent.
Je ne sais même pas l'heure qu'il était, il n'y a pas de rapport officiel faisant l'état de cet événement, quand j'ai tenté de faire fuir Regulus. J'ai cherché un seul moyen de m'échapper, de quitter ce lieu de dévastation sordide. Empli de cris et de jets de lumière volants dans tous les sens. Je ne sais même pas si on peut dire que les gens savaient ce qu'ils faisaient. Tout le monde courait dans tous les sens, trébuchants sur les corps au sol, et je ne cessais de regarder tout autour de moi, afin de trouver une sortie possible.
J'en ai trouvé une. Tout au fond, juste en face. Une porte qui paraissait si petite, si inexistante parmi l'immensité de cet atrium immense. Malgré sa taille et la dorure, personne n'avait l'air de se rendre compte qu'elle existait. Ou bien ne voulaient-ils peut-être pas quitter la bataille. Mais je n'en avais moi-même pas la force ni le courage.
J'ai tenté de repérer Regulus, que j'avais perdu de vue durant mes recherches. Et ce que je vis me troubla profondément.
Je l'ai cherché pendant longtemps, esquivant des sorts par dizaine, mais ne me concentrant que sur ce que je cherchais. J'ai parcouru chaque visage, chaque personne qui se battait et ne le vis toujours pas. Alors, dans un élan sans doute masochiste, je regardais au sol. Il ne me fallut qu'une dizaine de secondes avant de le repérer.
Il était là, parmi les corps entassés, défigurés, démembrés et ensanglantés. Il faisait partie de ceux qui étaient tombés. De ceux pour lesquels personne ne pouvait rien.
Je ne m'étais jamais sentie aussi vide, aussi délaissée, et incapable de faire quoique ce soit pour changer la donne. Et pourtant, je me suis mise à courir, me contre-fichant de me faire attaquer. Je ne sais pas comment j'ai réussi à parvenir jusque lui, je ne sais même pas par quel miracle je suis toujours vivante, mais je suis arrivée à ses côtés. Je n'avais plus l'intention de fuir, plus l'intention de me battre. Non, plus rien n'avait vraiment de but.
Il respirait encore, cela dit, et ne semblait qu'à moitié assommé. La panique m'empêchait de trouver la solution, le sort qui pourrait lui sauver la vie. Mais je n'en eu pas l'occasion.
Il devait être 1h15 si l'on en croit les rapports officiels de la Gazette du Sorcier, mais je pense personnellement que ce qu'on vous dit dans ce journal est un ramassis d'idioties sordides.
Voldemort est apparu. Je ne vous ai jamais vraiment bien parlé de lui, pas vrai ? Je vous ai parlé de ses partisans, de leurs actions, vous avez vu les conséquences qu'ils pouvaient avoir, mais jamais de l'homme, enfin, de la chose, derrière toutes ces histoires. Et bien, c'est lui, un être sans doute à moitié humain, à moitié serpent, ayant la réputation d'être un fourchelangue et de pouvoir tuer d'un seul regard. Certains disent qu'il est immortel, d'autres qu'il ne peut être que la réincarnation de Salazard Serpentard. Moi, je pense que c'est un psychopathe qui a trouvé une excuse à sa folie et à son envie de tuer des gens. Mais personne ne m'écoute jamais.
Il est apparu sur les restes de la fontaine, qui était autrefois si belle et dont il ne restait à présent que des éclats. Et son apparition fit stopper tout mouvement parmi le Ministère au complet. Et je réalisais l'ampleur des dégâts. Le hall au complet était dévasté. Il n'y avait que des débris, des corps et de la poussière. La bataille sembla s'arrêter sur le champ. Personne ne put s'empêcher de regarder cet homme responsable du chaos qu'il venait de se passer. Personne ne pouvait se résoudre à détourner les yeux.
Ce n'est que cette nuit-là, lorsqu'il se mit à parler, que je le vis pour la première fois. Il y a des choses dans la vie que l'on ne peut décrire avec précision, des choses que nous-mêmes ne comprenons pas. Quand j'ai vu se yeux, j'ai ressenti une chose que je n'avais jamais ressenti. C'était un étrange mélange de peur intense et de dégoût qui me donna envie de vomir.
-C'est lui ! Il est là ! C'est lui ! Arrêtez-tout ! Le Seigneur des Ténèbres nous a rejoint !
-Qu'on m'apporte le Ministre de la Magie !
Sa voix froide et tranchante résonna avec force dans l'immensité de l'endroit à présent silencieux.
Ce fut ma cousine Bellatrix qui eu « l'honneur » de trainer un homme parmi tant d'autres, je ne l'avais même pas reconnu, même si il m'était familier. Je l'avais aperçu de nombreuses fois dans la Gazette du Sorcier sans lui prêter plus d'attention qu'à n'importe qui d'autre.
Il le pris par le bras, et le fit s'agenouiller d'un coup de baguette.
Il y avait tant de haine dans son regard, tant de mépris, que le Ministre de la Magie ne put s'empêcher de se débattre.
-Cet homme ici présent prétend que les Moldus ne sont pas une menace. Que ce sont les sorciers qui sont dangereux. Que nous ne devrions pas nous défendre. Cet homme est la preuve que le monde est en danger ! Oui, en danger, et que c'est à nous de le protéger ! Ce soir, c'est à nous que la charge incombe de venger tous les sorciers qui ont souffert de la main des Moldus. C'est contre cette vermine que nous retournerons le poids des coups dont ils nous assaillent !
Et puis, devant des dizaines de personnes immobiles, alors que d'autres aurors apparaissaient dans les restes des cheminées, il lança un bref Avada Kedavra avec désinvolture. Ce qui rendait le geste d'autant plus grave. Il n'avait pas l'air de se rendre compte de l'horreur de son propre geste, ce qui me donnait encore plus peur.
Il y eu des hurlements, des cris de surprise, le monde semblait sortir de sa torpeur profonde.
J'ai attrapé Regulus par le bras avant de transplaner, réalisant soudain que ça avait été une option comme les autres pour quitter les lieux.
D'instinct, j'avais décidée d'aller à Pré-au-Lard, et je m'effondrais en y arrivant, incapable de me remettre sur pieds, j'étais soudainement dénuée de force. Je me suis rapprochée du corps inerte de Regulus en rampant, heurtant mes coudes contre les pavés humides de la rue.
-Regulus ? REGULUS ? Réveille-toi ! Par pitié, réveille-toi ! Enervatum ! Finite Incantatum ! Merde... merde merde merde. Réveille-toi ! Je peux pas te porter Regulus. Je peux même pas me lever.
Il me fallut dix minutes avant de réussir à me lever. J'étais si épuisée. Tant physiquement que mentalement que, même en étant debout, j'avais l'impression que mon corps allait succomber à la fatigue.
Une fois debout, il ne me restait plus qu'à faire bouger Regulus. Ou du moins à le faire se déplacer sans que je n'aie à le porter.
-Bordel, bordel, c'était quoi ce sort ? Mobilus ? Mobi Mobi.. Mobili. Et le suffixe. Bordel ! Fichu cours de troisième année ! Mobili Regulus ! Saleté de latin avec tes trucs en us ! Marche ! Mobili... Mobili corpus !
Et, à partir de là, mon seul but était d'arriver à Poudlard. Sans me faire attraper par qui que ce soit.
Le périple fut long et douloureux. Je marchais en boitant, mon bras gauche était sans doute déboité et j'avais une migraine du tonnerre.
J'oubliais les minutes et les heures, je ne sais pas à quelle heure je suis sortie par un miroir. Je devais me trouver au quatrième étage. Il me fallait donc descendre deux étages avant d'arriver à l'infirmerie sans tomber sur Rusard ou Peeves. Quel merveilleux château.
La tâche ne fut pas aisée, je devais m'arrêter à chaque coin de mur pour être sûre de ne pas me faire attraper. J'étais redevenue visible et n'arrivais pas à avoir assez de force pour relancer le sort.
Mais en arrivant devant les énormes portes de l'infirmerie, je laissais tomber toute idée de discrétion et tambourinais en l'attente d'une réponse.
-Oui oui j'arrive ! Du calme !
La porte s'ouvrit pour faire place à une jeune femme à moitié endormie et qui paraissait tout aussi fatiguée que moi.
-Oh c'est encore vous ! Vous n'avez rien fait exploser cette fois ?
-Je n'ai jamais rien fait exploser ! C'était James Potter le responsable !
-Entrez donc, vous êtes dans un sale état ! Qu'avez vous encore fait cette fois-ci ? Et à lui, que vous lui avez vous fait ?
-Rien, je l'ai trouvé comme ça. J'ai essayé de le réveiller mais je n'ai pas réussi.
-Allongez-vous là. Je vais voir ce qu'il a.
Je me suis allongée sur le matelas, tellement confortable et tentant que je ne tins pas longtemps.
J'ai fermé les yeux et ne me réveillais que le lendemain après-midi.
-Ah vous êtes enfin réveillée ! Tenez, prenez ça, c'est pour le mal de crane. Ne niez pas, je sais que vous avez mal.
-Merci. Comment va Regulus ?
Elle fit une légère pause inquiétante, inspira et détourna le regard vers lui.
-Il est vivant. Vous avez bien fait de me l'amener. Il a reçu un maléfice très sombre. C'est de la pure magie noire. Ses organes internes ont été touchés. J'ai hésité à l'emmener à Sainte-Mangouste, mais il semble bien réagir aux potions que je lui ai donné.
-De la magie noire ? Par Merlin ! Il est réveillé ?
-Non, je ne sais pas vraiment quand il se réveillera, mais si il n'est pas réveillé dans deux jours, je devrais l'envoyer à la clinique.
-Je peux le voir ?
-Non, vous devez rester allongée... Oh, par Merlin, pas encore !
Deux garçons plutôt agés étaient entrés par la porte, l'un était vert fluorescent et l'autre émanait de la fumée violette de tout son corps.
-Messieurs Prewett ! Quelle surprise ! Toujours ponctuels pour votre visite quotidienne !
-C'est lui qui a commencé, Poppy !
-C'est pas vrai ! C'est Gideon qui a commencé ! Tu me connais Poppy !
-Allez vous installer ! Allez oust ! Filez tout au fond ! Vous devriez avoir l'habitude ça fait sept ans que vous venez ici tous les jours !
Affamée et tout aussi fatiguée que la veille, je me suis rallongée, ne prêtant pas plus d'attention aux éclats de rires et aux disputes puériles qui se déroulaient plus loin.
Je n'eus le droit de sortir qu'à dix-neuf heures. Veronica était passée pour me faire un sermon sur le fait de partir sans prévenir et de réapparaitre à l'hôpital et Jane White, dans toute sa bonté, m'avait apportée du chocolat qui venait de chez Honeydukes ainsi que le journal du jour. Personne ne vint pour Regulus.
-T'as entendu pour le Ministre ? Il paraît qu'ils étaient des centaines ! Et que Tu-sais-qui les a tous tués un par un avant de le dévorer tout cru !
J'étais en chemin pour la Grande Salle lorsque j'entendis les premières rumeurs de cet événement. Les gens continueraient d'en parler pendant de nombreuses semaines, chaque version s'éloignant encore plus que la précédente de la réalité.
Je me suis ravisée pour ma salle commune. J'ai répondu à la stupide question d'une poignée de porte capricieuse, j'ai monté les escaliers et me suis réfugiée sous mes draps. M'enfermant derrière mes rideaux de velours bleus, puis y lançait un sort d'insonorisation.
Et pour la première fois ce soir là, seule dans mon lit à baldaquin, j'ai pleuré pour autre chose que moi-même.
