Chapitre 24 : L'aurore du sentiment.

Et pour la première fois ce soir là, seule dans mon lit à baldaquin, j'ai pleuré pour autre chose que moi-même. J'ai pleuré en réalisant ce qu'il advenait de ce monde et de ce qu'il advenait de ce cocon imaginaire que j'avais formé autour de moi. J'ai pleuré en imaginant la douleur perfide et cruelle qui emprisonnait le cœur des victimes d'une guerre sans pitié.

J'ai pleuré pendant des heures, inconsolable et incapable d'arrêter. Ce fut une forme brutale d'accueil dans la réalité qui perturba ma vie entière. Des gens mourraient par demie-douzaine tous les jours et je ne m'en étais même pas préoccupée jusqu'à présent.

Ce fut un constat cruel et dur qui me fit encore plus mal.

J'aimerais bien dire que ce fut un mal pour un bien. Mais l'histoire nous prouve le contraire. Ce fut un mal pour un semi-bien teinté de douleurs et de crimes, de sang et de peur. Ce fut une nuit étrangement courte, et dénuée de repos. Je la passais à lire et relire inlassablement les articles du journal que m'avait apportée Jane White. Et, à chaque fois que j'en parcourais les lignes, cette histoire me paraissait de plus en plus irréelle.

Lorsque le soleil se leva, je fis de même et, pour la première fois, je ne croisais personne en rejoignant la salle de bain. Il en fut de même lorsque, plus de trois quarts d'heure après, je me dirigeai vers la Grande Salle.

Seuls les plats et les assiettes m'attendaient sagement dans l'énormité déserte de la pièce, et le son claquant de mes chaussures contre les pierres au sol résonnèrent lourdement tout autour de moi. Je me suis installée pile au milieu de la table, sentant le poids du vide qui m'entourait peser sur moi.

Et puis, alors que je tournais ma cuillère dans mes céréales sans leur porter plus d'attention, quelqu'un d'autre est entré dans la salle. Enfin, plusieurs personnes. Evidemment. Le groupe des « Maraudeurs à moitié au complet. Et pas la bonne moitié. Sirius Black et James Potter. Ce qu'ils faisaient debout à six heures du matin un dimanche ? Aucune idée, sans doute étaient-ils en train de préparer une bonne vieille blague matinale, mais il n'en demeurait pas moins qu'ils s'étaient arrêtés de parler en voyant qu'ils n'étaient pas seuls, et qu'ils me fixaient avec le même air choqué et stupide sur le visage.

Je me suis reconcentrée sur mon bol que je n'avais pas touché, ne souhaitant pas leur accorder plus d'importance que nécessaire. Mais qu'on se le dise, cette paire d'idiots se fichait royalement que je souhaite les voir ou non.

-Qu'est-ce que tu fais ici Rosier ?

-Je visite le Pôle Nord, c'est pile la bonne saison. Et vous ?

-On admire tes yeux rouges.

-J'ai toujours su que t'avais un faible pour moi, Potter, mais de là à m'admirer...

-T'es en forme toi ce matin.

-Ca se voit tant que ça ? Bon, vous me voulez quoi ? La pièce ne m'a pas l'air si surpeuplée qu'il ne vous reste plus le choix et pour que vous deviez supporter d'être en ma présence.

-Savoir pourquoi on ne t'a pas vu depuis vendredi soir.

-C'est privé ça mon cher.

-Pas si t'étais au Ministère.

-Au Ministère ?

-Fais pas l'idiote, tu sais très bien de quoi je parle. Tout le monde en parle, c'est écrit partout dans le journal !

-Et bien non, je ne vois pas du tout. Hier, j'ai passé la journée à l'Infirmerie avant d'aller dans mon dortoir. Et je ne pense pas avoir à me justifier de mes faits et gestes. Alors à moins que vous n'ayez la preuve que j'ai fait quelque chose de mal, et que vous comptiez en parler à quelqu'un, je ne vois pas pourquoi vous continuez de me harceler. Vous savez que c'est illégal ?

-Ce qui est surtout illégal c'est de tuer des gens.

-J'AI TUE PERSONNE ! Hurlais-je en me levant, pointant mon index vers lui. Tu comprends pas ! Tu ne peux même pas imaginer ! Alors ferme-la Sirius Black, parce que je n'ai rien à me reprocher. T'es trop... T'es... oh.

J'avais fini par craquer. J'avais cessé de pleurer depuis presque trois heures, et voilà que cet idiot avait réussi à me faire perdre les commandes.

J'ai vu l'expression de Sirius passer de la colère à la surprise, la même que semblait ressentir James Potter. Ils se sont lancés un bref regard et je me suis sentie m'écrouler de l'intérieur.

J'imagine qu'il y avait de quoi affoler qui que ce soit. Je n'étais pas du genre à pleurer. Ce n'était simplement pas mon genre. Et quand il m'arrivait de le faire, je le faisais dans la solitude la plus complète.

-T'es vraiment trop con Black. Merde à la fin.

J'ai rageusement essuyé mes larmes d'un revers de la main, et puis j'ai hésité avant de me rassoir le plus calmement possible. Ils ne dirent pas un mot avant de s'assoir à côté de moi, aucun d'entre nous ne semblait vouloir croiser le regard de l'autre. J'ai vite compris qu'ils se doutaient que j'avais fait quelque chose. Mais je ne sais toujours pas si ils savaient que c'était si grave que ça.

-Je rigolais tu sais, Rosier, annonça Black, d'une voix presque inaudible, après trois minutes de silence total.

-Ferme-la. Je m'en fous. Et c'est Duchesnes-Rosier...

-Je savais pas que t'étais capable de telles émotions en tout cas, rigola Potter, avant de se rendre compte qu'il recevait des regards noirs de toute part. Euh... Désolé ?

-Garde ton désolé pour quelqu'un qui s'en fiche, Potter.

-Pourquoi t'es levée si tôt, Rosier ?

-J'arrivais pas à dormir, Black. Et vous c'est quoi votre excuse ?

-On était déjà réveillés.

-C'est l'excuse la plus pourrie que j'ai jamais entendue. Tu t'améliores, Potter.

-Merci, j'fais de mon mieux. Ça me demande un entrainement quotidien.

Je me suis levée, me rappelant soudainement que j'avais autre chose à faire.

-Continue, ça pourrait te mener loin dans la vie.

-Tu vas où, Rosier ?

-A l'infirmerie.

-Pourquoi faire ? T'en sors à peine !

-Je vis une liaison secrète avec l'infirmière. Mais, pour des raisons évidentes, je préférerais si vous ne disiez rien à personne.

J'ai bien vu qu'ils ne se contenteraient pas de ce simple mensonge, mais je m'en contre-fichais comme de mes cours de Botanique.

Je me suis bel et bien dirigée vers l'infirmerie, et en y arrivant, après avoir attendu cinq minutes après avoir frappé, Madame Pomfresh vint m'ouvrir la porte, l'air absolument épuisé.

-Mademoiselle Duchesnes-Rosier ! Encore vous... pourquoi venez-vous encore me réveiller à une heure pareille ? Serait-ce du sadisme ?

-Non, je voulais juste voir si Regulus Black allait mieux, madame.

-Et ça n'aurait pas pu attendre deux ou trois heures ?

Je n'ai pas répondu, et après m'avoir regardé droit dans les yeux, et un long soupir, elle m'a laissée entrer. Je me suis dirigée vers son lit, et Pomfresh m'a suivie.

-Il dort toujours, mais il va beaucoup mieux. Il devrait se réveiller sans doute demain ou aujourd'hui, si tout va bien. Ses organes sont presque totalement guéris. Mais même si il se réveille, je ne sais pas quand il pourra sortir d'ici, le corps de ce pauvre garçon est épuisé, il risque la déshydratation constante et son cœur a du mal à battre à un rythme régulier.

Il y eu un courant d'air qui ouvrit la porte d'entrée et la fit claquer contre le mur. J'ai sursauté, sentant mon cœur prêt à exploser. Je ne savais pas vraiment pourquoi ce genre de bruit me faisait si peur, mais j'avais l'impression d'être de retour sur le « champ de bataille ».

-Ce n'est rien ma chère, c'est le vent d'Ecosse, ça arrive de temps en temps.

Je me suis contentée d'un vague acquiescement, je suis restée silencieuse quelques secondes avant de me décider à lui parler.

-Je peux rester là avec lui ? Je ne ferai pas de bruit, à vrai dire, ce n'est pas comme si que je risquais d'avoir une longue conversation avec lui.

-Allez-y, mais vous savez que vous avez besoin de repos, tout de même !

-Je sais, madame, je sais. Ne vous en faites pas pour moi, je dormirai mieux ce soir.

Elle m'a laissée pour aller fermer la porte, puis est retournée dans son bureau, sans doute pour aller se recoucher. Je me suis assise sur le lit, faisant bien attention à ne pas écraser son occupant.

-Je sais pas ce qui t'a pris, Reg, j'en ai aucune idée, mais bordel, recommence plus jamais. J'ai cru que t'étais mort, Rébus. T'aurais pu mourir si j'étais pas là, putain... Tu sais pas ce que ça fait, de voir son meilleur ami en train de mourir et de ne même plus avoir la force de bouger, et de le faire quand même, parce que t'as pas le choix. Je t'en veux, Regulus, je t'en veux énormément. Mais il va sérieusement falloir que t'arrêtes les conneries à partir de maintenant. Tu peux pas gérer la situation, c'est plus possible. Et je sais pas si tu peux m'entendre, mais c'est pas grave, au moins je l'aurais dit.

-Il a fait quoi, cette fois ?

J'ai eu un léger cri de surprise, et je me suis retournée avec hâte. Sirius Black était juste derrière moi, j'aurai sans doute dû m'en douter.

-Elle marche plutôt bien, ta cape d'invisibilité, elle n'a pas perdu de puissance depuis le début de l'année. Tu l'as changée entre temps ? Ou c'est toujours la même ? T'as dû la payer cher, non ?

-Répond à ma question, Rosier, j'ai pas que ça à faire.

-En quoi ça te concerne, ce qu'il a bien pu faire ? Tu lui as pas parlé depuis combien de temps ?

-C'est mon frère, je pourrais bien ne pas lui parler pendant cinquante ans que ça me concernerait toujours. Si il était au ministère avec tous les autres, j'ai le droit de savoir.

-Il n'a rien fait de mal, Black. C'est tout ce que t'as besoin de savoir. Il est blessé, il a failli mourir, ne vient pas compliquer les choses davantage.

-C'est pour ça que t'étais pas là hier, pas vrai ? Vous avez foutu quoi, bordel ? Je sais même pas ce que je préférerais croire.

Je n'ai rien dit, me contentant de continuer de le fixer. Ça ne m'était pas arrivé depuis longtemps.

-Ca fait partie de ton espèce de mission stupide, pas vrai ? Pas vrai ? Elise...

-Depuis quand tu m'appelles par mon prénom ? Tu te souviens pas de la crise que tu m'as faite y a trois mois ?

-J'aime bien ton prénom, et puis, ça évite que tu m'engueules pour ne pas dire ton nom de famille en entier. Pour ma défense, j'avais passé une sale journée. Et tu t'étais plutôt bien défendue, j'en ai toujours une cicatrice.

-Oh pauvre chou, tu veux que je te fasse un bisou magique sur ton bobo ?

-Tu comptes tourner autour du pot pendant combien de temps ?

-Jusqu'à ce que t'abandonnes.

-Ou tu pourrais juste me dire la vérité.

-Ou pas.

-Mais ça te coute quoi ? Je veux juste savoir pourquoi il va pas bien.

-Il va pas bien parce qu'il a reçu un sort de magie noire, c'est tout ce que j'ai à te dire. Je te dirai rien de plus. Pas un mot. Ça ne te concerne pas.

-C'est grave à ce point là, hein ? T'as disparu de vendredi à samedi. Lui, il est toujours ici. Et tu lui en veux. Alors c'est pas comme si y avait des doutes. Vous y étiez. Tu les as rejoints. Je sais pas comment t'as fait, mais t'as réussi à convaincre une bande de mangemorts que t'étais capable de blesser quelqu'un. Ça fait quoi de voir tant de gens mourir ? D'en être responsable ?

-J'ai tué personne. J'ai vu personne mourir. Si j'étais ici hier c'est parce que j'ai des migraines assez violentes. Vendredi soir si j'étais pas là c'est parce que j'ai passé la soirée à boire avec Regulus. Et il semblerait qu'en rentrant dans son dortoir, il se soit battu avec quelqu'un qui lui a jeté un mauvais sort. Alors ferme-la, j'ai rien fait de mal. Lui non plus. Je sais même pas pourquoi je te raconte ça alors que t'en vaux pas la peine.

-Tu sais que tu sais pas mentir ? Allez vas-y, ra...

-Y a un truc que t'as pas encore compris, Black, c'est que, quoi qu'il arrive, je défendrai Regulus jusqu'à la mort. Alors si t'as envie d'insister, vas-y, mais ça n'y changera rien.

Il a fait une courte pause, regardant fixement le plancher, avant de relever les yeux.

-Tu te souviens de ce que tu m'avais dit sur le fait qu'on soit pareil ? Tu viens juste de me le prouver.

Et sans dire un mot de plus, il a fait demi-tour, ne se retournant même pas lorsque je lui ai demandé ce qu'il voulait dire par là.

Je me suis rassise à côté de Regulus, m'adossant contre le mur et la tête tournée vers lui. Je suis restée pendant longtemps à le regarder, il avait l'air si paisible que j'avais du mal à m'imaginer ce qu'il pouvait se passer d'aussi horrible dans son corps qui puisse l'empêcher de se réveiller. Pomfresh est revenue aux alentours de dix heure pour lui administrer cinq potions différentes. Plus effrayantes les unes que les autres.

Et puis j'ai fini par m'endormir, trop épuisée pour m'en retenir. Je me suis littéralement effondrée sur le corps inerte de mon meilleur ami qui avait frôlé la mort.

Pour ma décharge, les lits de l'infirmerie étaient très confortables et mon manque de sommeil se faisait de plus en plus ressentir.

Pas de quoi en faire un plat. Du moins, pas de mon point de vue. Quand j'y pense c'était la deuxième fois de cette année-là que je me réveillais dans le même lui que celui de Regulus, ça en devenait presque une habitude à ce rythme là.

Pour faire court. Je me suis réveillée. Mon bras droit entouré autour de Regulus, ma tête enfoncée dans l'oreiller, une jambe débordant du matelas. La grande classe.

J'ai relevé ma tête le plus doucement possible, pour me rendre compte qu'on était en fin d'après-midi et que madame Pomfresh était au bout du lit en train de me fixer méchamment tout en raclant sa gorge.

-Je sais bien que j'ai dit que vous devriez vous reposer, mais je ne savais pas qu'il fallait que je précise que ça ne devait pas être fait sur mes patients.

-Désolée, madame, vraiment désolée, dis-je en me relevant rapidement. J'étais fatiguée et vos lits sont...

Regulus venait d'émettre un son, une sorte de grognement, avant de grommeler « reste ».

-Il est réveillé ! Regulus, tu m'entends ? Reg ? C'est moi !

Pomfresh s'était rapprochée de lui, a sorti sa baguette et a fait de drôles de sorts tout en murmurant des formules latines.

-J'ai mal.

-T'as mal où ? Hein, dis-moi tout, va, Reg, on va arranger ça.

-Partout.

J'ai lancé un regard désespéré à l'infirmière qui avait l'air encore plus alarmée que moi.

-Qu'est-ce qu'il a ? Ça va pas ? Mais vous aviez dit que s'il se réveillait c'était bon signe.

Elle m'a fait signe de m'éloigner, et a lancé un dernier coup d'oeil à Regulus avant d'en faire de même.

-Il n'aurait pas dû se réveiller dans cet état là. Ses organes ne se sont pas encore remis totalement.

-Mais vous ne pouvez pas le faire dormir avec une potion ?

-Je pourrais, mais il y a des ingrédients qui pourraient réagir avec d'autres des potions qu'il prend déjà.

-Il ne va pas mourir, pas vrai ?

-Il y a peu de chances pour que ce soit le cas.

-Ca veut dire quoi ?

-Que s'il ne se rendort pas, son corps pourrait ne pas supporter d'avoir à gérer tant de choses à la fois, et que si je lui fais prendre une potion, il risque d'avoir une mauvaise réaction qui pourrait être mortelle.

Je hais les infirmeries.


Note de l'auteur : Milles pardons à vous tous, que j'ai délaissés à mes dépends pendant ces derniers mois.. Toutes mes excuses, et ma chère Ines, voilà ce qu'il se passe après ! :)