Chapitre 25 : Les amis de mes amis ne sont pas mes amis.
Je hais définitivement les infirmerie. Je les hais encore plus quand j'y passe des heures à attendre dans la peur.
Pomfresh avait dû prévenir Dumbledore. Quand il est arrivé, à peine quelques minutes après, je me suis vite rendue compte qu'il savait sans doute pourquoi Regulus était dans cet état là. Il semblait toujours tout savoir. Et, après avoir passé quelques minutes à discuter avec l'infirmière, qui sortit, semblant suivre ses directives, il s'est tourné vers Regulus. Je me suis éloignée, pour aller au toilettes, lui laissant le temps de faire ce qu'il avait à faire.
Quand j'en suis sortie, il n'était plus là, et je retournai au près de Regulus. Je me suis adossée au siège sur lequel j'avais passé l'après-midi entière. Je ne savais pas ce qu'il allait se passer. Je ne savais pas s'il allait y survivre, je ne savais pas s'il n'allait pas finir à Azkaban. Rien n'avait jamais été aussi incertain.
-Bonsoir mademoiselle.
J'eus un léger sursaut et détournais les yeux du visage de Regulus. J'allais commencer à me lever quand Dumbledore me fit signe que ce n'était pas nécessaire. Il s'assit en face de moi. Il m'était étrange de le voir dans une telle situation. Il n'avait pas la grandeur qu'il avait constamment. Il était si proche qu'il en devenait presque réel.
-J'imagine que vous savez que la situation est particulièrement grave, mademoiselle Duchesnes-Rosier ?
-Oui, monsieur.
-Vous savez donc que me dire la vérité est indispensable. J'ai réussi à le rendormir, mais j'ai bien peur que sans savoir les détails du maléfice qu'il a subit, on ne puisse rien pour lui. Savoir ce qu'il s'est passé est essentiel pour savoir comment soigner .
Il me fallut une seconde pour réaliser qu'il parlait de Regulus. Personne n'avait jamais parlé de lui en utilisant son nom de famille.
-Je le sais monsieur.
-Bien. Alors vous pouvez me dire ce que vous savez ?
Vous savez ce que l'on ressent dans ce genre de situation, pas vrai ? Je ne pense pas être la seule à être passée par là. Mentir et risquer de se faire démasquer ou dire la vérité et trahir la confiance de quelqu'un. J'ai préféré le mensonge. Regulus était tout ce que j'avais.
-Et bien, vendredi soir, j'ai passé la soirée avec Regulus, je sais que c'est mal et qu'on est resté hors de nos dortoirs après neuf heures, mais je n'ai pas l'occasion de le voir souvent. Nous ne sommes pas dans la même maison et nous ne sommes pas non plus dans la même année. Alors je ne le vois que rarement. Et puis le temps a passé sans que je ne m'en rende compte, et puis j'ai eu mal à la tête, alors je lui ai dit qu'il serait peut-être temps de rentrer. Je ne sais plus trop quelle heure il était. Mais alors qu'on venait de se dire au revoir, j'ai entendu des cris, alors je suis retournée voir ce qu'il se passait, et j'ai été attaquée par derrière, le temps que je me réveille, l'agresseur était déjà parti. Et Regulus était allongé par terre. J'ai essayé de le réveiller comme je pouvais, mais aucun sort ne fonctionnait. Alors j'ai ramené Regulus jusqu'ici. Et puis là, madame Pomfresh est arrivée. Voilà ?
Il n'avait pas cessé de me fixer tout le long de ma tirade alors que je ne fixais que Regulus. J'avais réfléchi à ce que j'allais lui dire des heures auparavant, et avait répété ce discours dans ma tête une demie-douzaine de fois. Et pourtant, j'avais hésité et bégayé en le racontant. J'étais même au bord des larmes. Il fallait sérieusement que je me calme avec les émotions. Quand on en a pas l'habitude, ça peut prendre au dépourvu.
Il se contenta de me sourire, l'air presque serein. J'étais au bord de la panique. Il avait cette façon, et je ne sais pas si c'était conscient ou non, de faire comprendre aux gens qu'il en savait plus qu'eux sur la vérité. Je me suis souvenu du fait qu'il était legilimens au moment où il tourna le regard vers Regulus. Pour être honnête, j'ai cru voir défiler ma vie devant mes yeux.
Il ne dit pourtant rien, et se leva avant de me saluer.
-Vous devriez aller manger, les parents de monsieur Black ne devraient pas tarder à arriver, un hiboux leur a été envoyé.
-Monsieur ? Regulus, il va s'en sortir ?
-Je l'espère, mademoiselle Duchesnes-Rosier.
Il partit sans se retourner, me laissant seule dans l'infirmerie avec Regulus. Et j'ai fait une chose que je ne comprends toujours pas. Même si je dois dire que je m'attendais à ce que ça arrive. J'ai embrassé Regulus. Pendant qu'il était complètement inconscient. Parce que c'était tellement plus facile de cette façon. Il n'y avait que moi. J'étais la seule personne à savoir que tout pouvait changer. J'étais la seule à savoir que je savais, que j'avais vu l'horreur, le sang et la mort. Et il était la seule personne au monde à pouvoir me comprendre. Alors je l'ai embrassé. Sans qu'il ne le sache.
Ce que je vous raconte n'a probablement pas de sens, mais c'était la chose la plus sensée que j'aie faite depuis des lustres.
J'ai ensuite attendu que l'infirmière revienne avant de quitter la salle.
Je sais ce que vous vous dîtes, je le sais parce que je me le suis dit moi-même. J'y ai pensé pendant des heures, je me suis demandé pourquoi je n'étais pas capable de le faire pendant qu'il était éveillé. A dire vrai, je craignais qu'il ne le fasse pas. Qu'il ne se réveille pas. Je craignais, sans rien en dire, qu'il meure. C'était un fait. J'avais beau essayer de le cacher autant que je pouvais, cela ne servait à rien. C'était Regulus Black, il avait bientôt seize ans, et il était entre la vie et la mort.
J'étais au bord du gouffre, en colère et blessée. Alors je suis descendue jusqu'à la Grande Salle, dans un état semi-comateux. J'y ai vu de nombreuses personnes remonter dans leurs dortoirs ou aller je ne sais où.
Mais je n'étais pas là pour ça.
Je suis entrée, et j'ai foncé vers la table des Serpentards. J'imagine que c'est à ce moment là que ma « mission suicide » s'est terminée. Enfin, la partie qui ne mena pas à ma mort certaine, en tout cas.
Je me suis installée tranquillement, et, au départ, les gens assis en face ne semblèrent pas faire attention à moi plus que nécessaire. Alors j'ai raclé ma gorge avant de faire un grand sourire à mes nouveaux meilleurs amis.
-Yaxley, Avery, et Tim, mon petit Tim Wilkes. Je suis ravie de vous revoir ! Bonjour à toi aussi, Rogue. Je me suis demandée où vous étiez passés ? Vous allez bien ? Aucun d'entre vous n'est blessé ? Personne n'a eu besoin d'aller à l'infirmerie ces derniers temps ? Pas une seule égratignure à déclarer ?
-Ça va pas bien, Rosier ? Me demanda Wilkes avec un ton presque concerné. Les mangemorts alors, vous couchez avec, quoi, une fois ? Et bam, ils s'inquiètent pour vous.
-Moi ? Je vais très bien. Mais vous devriez aller poser la même question à Regulus !
Ils échangèrent un bref regard, avant qu'Avery ne fasse un signe à Goyle et Rowle qui étaient assis à ma gauche. Ils se levèrent tous en même temps, j'imagine qu'ils avaient sans doute prévus le coup. Je jetais un coup d'oeil en direction de la table des professeurs pour me rendre compte qu'il ne restait plus grand monde, à l'exception de Bernice Sherman, dont l'inutilité n'était plus à prouver, et le reste de la Grande Salle était quasiment vide.
Ce qui ne voulait dire qu'une seule chose : j'étais dans le pétrin. Je les ai laissés m'emmener en dehors de la salle, alors que Goyle me serrait le bras gauche trop fort et qu'Avery me poussait toutes les deux secondes pour que j'avance. Ils se sont arrêtés dans une salle dans les fins fonds des cachots. Et je me suis assise sur une table plus que miteuse, prenant garde à ne pas salir ma jupe au passage.
Wilkes s'est approché de moi, ce qui m'arrangeait bien, puisque c'était le seul qui m'appréciait assez pour ne pas vouloir me tuer si je disais quelque chose qu'il ne fallait pas.
-Tu sais quoi exactement, Elise ?
-Je sais que vous n'êtes qu'une bande d'enfoirés et que vous avez mis la vie de Regulus en danger. Et qu'aucun d'entre vous n'a la dignité d'aller lui rendre une simple petite visite, alors qu'il est peut-être en train de mourir. Je sais aussi ce que vous faisiez tous pendant l'attaque du Ministère. Je sais aussi que vous y avez étrangement survécu et qu'aucun d'entre vous n'est blessé ou mort.
-Va dire ça à Malfoy, il a faillit mourir.
-Faillit ? FAILLIT ? Wilkes, tu sais combien de personnes sont mortes cette nuit-la ? Moi j'en sais rien, sans doute trop, je n'en ai aucune idée, j'ai pas pu les compter bordel ! Alors que tu me dises qu'il ai faillit mourir et que c'est le plus grand drame qu'il te soit arrivé depuis ta naissance...
-Comment ça t'as pas pu les compter ? Intervint Yaxley.
-Quoi ?
-Tu viens de dire que t'avais pas pu les compter, pourquoi t'as pas pu les compter ?
Ils avaient tous l'air choqués et Goyle me paraissait être sur le point d'exploser de colère. Je pensais être sur le point de mourir.
-J'en sais rien, j'ai pas pu les compter parce que j'étais pas là bordel.
-Nan, t'as pas dit ça comme ça, t'as dit ça comme si que t'y étais et que t'avais pas pu les compter.
-Tu délires, Avery. J'ai pas quitté le château.
-Prouve-le.
-Mais comment tu veux que je le prouve ? Tu veux un compte-rendu de ma soirée minute après minute ?
-Avec du Veritaserum.
C'était Wilkes qui venait de parler, et pour tout vous dire, j'aurais dû me douter que je n'avais pas un seul vrai allié parmi ces satanés mangemorts en herbe.
-Moi je vote pour la torture, s'exclama Avery.
-Ferme-la, gros débile, on va pas la torturer. Mais j'suis partant pour le Veritaserum, dit Rowle.
-Vous déconnez là ?
-Nan, moi je trouve que c'est une bonne idée même.
-Ta gueule Wilkes, parce que quand on prend du Veritaserum, on se met à raconter à peu près tout et n'importe quoi, et à mon avis, y a certains détails concernant ton anatomie que tu ne veux pas que je dise à tes copains.
Il a rougit violemment, et j'ai su que j'avais marqué un point. Il ouvrit la bouche, prêt à parler lorsque Rowle prit la parole, oui je sais, ça rime.
-Dis pas un mot Wilkes, on s'en fout, c'est bien plus important là. Elle pourrait nous envoyer à Azkaban si elle en sait trop.
-J'ai une tête à aller dire aux Aurors « hé salut, ces mecs-la et mon meilleur ami ont tué des gens l'autre jour, ça vous dirait de les emmener se faire enlever l'âme chez les détraqueurs ? ». Tu me prends pour qui, Rowle ? Y a des gens de ma famille aussi qui sont inclus dans votre délire.
-Notre délire ? Demanda Yaxley avant de bailler.
-Ou on pourrait la torturer, murmura Avery, et je lui lançai un regard blasé, et personne ne sembla lui prêter attention.
-Tuer des gens, péter des câbles sur les moldus, crier, insulter, tout ça quoi. Ça doit être hyper stressant comme vie. Personnellement je pourrai pas. Mais j'imagine que ça doit vous paraître cool.
-Tu comprends rien espèce de débile. Conasse de Française sérieux.
-Ferme-la Avery tu me saoules depuis tout à l'heure, sérieux, j'suis sympa et tout mais là... lui répondis-je.
-Toi je vais vraiment finir par te torturer si tu te tais pas.
-TA GUEULE AVERY. ON NE VA PAS LA TORTURER !
-C'est pas parce que t'as couché avec elle qu'on a pas le droit de la torturer hein !
Goyle et Yaxley avaient carrément abandonnés et s'étaient assis contre un mur et dessinaient dans la poussière avec leurs baguettes. J'aurai presque voulu les rejoindre, mais les autres étaient plutôt marrants à se battre pour moi.
-C'est pas parce que t'es trop con pour résoudre un problème normalement que tu dois torturer tout le monde ! Lui rétorqua Wilkes.
-Vos gueules bande de débiles, on est pas là pour ça, intervint Rowle.
-Sérieux, on est là pour quoi au juste ? Parce que personne ne me prévient moi, leur demandais-je.
Ils eurent un léger moment de pause, avant que Yaxley ne se décide à parler, alors qu'il était toujours en train d'essayer de dessiner un cheval sur le sol. C'est super intimidant, je sais.
-On est là pour vérifier que tu ne vas rien dire à personne.
-Bordel de merde, j'ai menti à Dumbledore y a même pas une heure de ça pour protéger Regulus, je vais pas aller raconter la vérité maintenant !
-Tu nous l'avais pas dit ça ! Hein elle nous l'avait pas dit, Rowle ? T'es témoin ?
-Ta gueule Avery, bien sûr que non qu'elle ne nous l'avait pas dit.
-Je peux partir là du coup où pas ? Parce que y a juste Walburga Black qui doit être arrivée en ce moment. Et je sais pas pour vous, mais à moi, elle me fait peur.
Ils ne répondirent pas, mais je vis bien à leurs expressions respectives qu'ils comprenaient très bien ce que je voulais dire. Faut dire aussi que quiconque ayant rencontré Walburga comprend ce que je veux dire. Si vous l'avez déjà vue, ou même aperçue, vous avez probablement des frissons quand j'évoque son nom.
C'est pas facile d'être un sang-pur de nos jours.
Enfin bref, je me suis levée, puisqu'ils ne semblaient pas s'y opposer, et je suis partie. Ma tête me tournait légèrement, mais je n'y prêtais pas attention, tout ce stress devait me bouleverser. J'ai fait trente mètres avant de tomber sur Sirius Black, qui devait certainement être encore une fois en train de me suivre. Ce mec était incapable de s'occuper de ses affaires.
-Salut, Black.
-Rosier.
-C'est une chouette soirée pour se balader dans les cachots, n'est-ce-pas ?
Il se contenta d'acquiescer et baissa les yeux sur un vieux bout de parchemin qu'il avait dans les mains.
-T'as quoi sur ton parchemin ?
-Rien, dit-il en le rangeant dans sa poche.
-C'est toujours ce qu'on dit. Et un jour on se rend compte qu'on risque d'aller à Azkaban.
-Tu peux parler.
J'ai ris légèrement, j'aurai beau dire, Sirius Black a toujours su me faire rire. Ça rime encore, veuillez m'excuser, ça m'arrive de temps en temps.
-Tu me suis encore, pas vrai ?
-J'ai le droit de mentir ou ça sert carrément à rien de faire semblant ?
-Ça sert à rien.
-Alors oui, je te suis encore.
-Tu devrais prendre ta cape d'invisibilité au moins avec toi, pour faire style que tu ne me suis pas.
-C'est pas la mienne.
-Dommage. Tu devrais t'en payer une. Ou apprendre à faire les sorts d'invisibilité. Ça peut aider.
Il me regarda pendant quelques instants, avant de se décider à parler.
-T'as l'air toute pâle, t'as pas mangé depuis quand ?
Manger, je n'y avais pas vraiment pensé. J'avais bien tenté d'avaler quelques cuillères de céréales le matin même et j'avais mangé quelques carrés de chocolat la veille, mais je n'avais pas eu de vrai repas depuis vendredi soir. Et on était dimanche soir. La vie de mangemort en herbe n'est pas de tout repos.
-J'y avais même pas pensé. Peut-être que je deviens anorexique, manquerait plus que ça.
Cette fois-ci, ce fut à son tour d'éclater de rire.
-T'inquiètes pas va, t'es pas anorexique, tes fesses me prouvent le contraire.
-Merci pour le compliment. Il est quelle heure là ?
Il souriait toujours en regardant sa montre, un peu cabossée et qui avait l'air d'avoir besoin d'un bon nettoyage.
-Presque neuf heures.
-Merde. Maintenant que tu me le dis, j'ai la dalle. Et j'ai pas mangé depuis vendredi bordel.
-Vendredi ? Viens avec moi.
-Si c'est pour aller dans les cuisines, c'est même pas la peine. Y a des elfes de maison.
-Me dis pas que t'en as peur !
-T'avais pas remarqué ?
-Comment on peut avoir peur d'un elfe de maison ? C'est les bestioles les plus inoffensives au monde.
-Tu m'excuseras de préférer les chiots, les chatons, les licornes, les abraxans et les trucs tout mignons.
-Dans deux secondes tu vas me dire que le monde devrait être couvert de paillettes et de rose, pas vrai ? Bordel, on peut pas faire plus meuf que ça.
-J'aime pas le rose, ça ne me va pas au teint.
On continuait d'avancer, et je le laissais guider la marche. Il avait ressorti son parchemin mais ne me laissait pas voir ce qu'il y avait dessus. D'après ce que j'avais pu en apercevoir jusqu'ici, c'était une sorte de carte, qui apparaissait et disparaissait quand il prononçait une formule à voix basse. Peut-être avait-il peur que je ne la lui vole.
Sirius avait ce talent pour me faire croire que rien ne s'était passé depuis les trois derniers mois, comme si on avait toujours été amis, et que nous n'étions pas des personnes radicalement différentes. Il semblait pourtant savoir que je n'étais plus la même, mais cherchait à me faire redevenir ce que j'avais été. Et il m'était plutôt facile de prétendre que c'était le cas quand il était dans les parages.
-Sérieux, c'est un plan pour pulvériser l'école, c'est ça ?
-Ou pas. J'ai pas l'intention de te le dire, j'ai des secrets à protéger. T'es pas la seule dans ce cas. Et on est en vacances dans cinq jours, si je voulais faire exploser Poudlard, je l'aurais fait avant. Ou j'attendrais après les vacances.
-T'as l'air d'y avoir beaucoup songé dis-moi.
-Ca fait six ans que je suis dans cette école, au bout de quelques temps on cherche un moyen pour s'enfuir.
Je me suis contentée de sourire. Il était si poli et souriant que ça me perturbait. Il devait sans doute me vouloir quelque chose. On n'a rien dit pendant quelques temps, et il continuait de fixer son bout de parchemin auquel il marmonnait quelques fois des sortes d'incantations incompréhensibles.
Ma tête me tournait toujours et plus j'y pensais, plus je me rendais compte d'à quel point j'avais faim.
-J'peux te porter si tu veux, t'as pas l'air bien du tout.
-Crois-moi, j'ai connu pire. Je pense que je peux marcher la centaine de mètres qu'il reste jusqu'aux cuisines.
-Je vois que tu traines un peu trop dans le château.
Il avait presque l'air d'être en train de flirter avec moi. Flirter. Et je le soupçonnais davantage minute après minute de vouloir me soutirer des informations. Il était en mission et je n'étais pas du genre à me laisser faire sans rien dire.
-Je vois que t'as un plan du château, luis répondis-je en lui arrachant des mains l'objet en question.
Il fut pris au dépourvu, ce qui me donna trois secondes pour admirer l'œuvre que j'avais devant les yeux. Ce n'était pas une simple carte, oooh non, c'était une carte de Poudlard et tous ses habitants. Je n'avais jamais rien vu de tel, et je fus surprise en me rendant compte que les points, avec les noms qui leurs correspondaient, représentant les élèves et les professeurs, bougeaient. Avant que je n'aie eu le temps de poursuivre mon admiration devant cet objet si unique, Sirius Black me la repris brutalement des mains, me faisant tituber.
-T'as eu ça où ?
-Pourquoi, ça t'intéresses ?
-Bah euh ouais plutôt, ça peut toujours servir. Avoue, t'as eu ça à Zonko ?
-Ouais, ils en faisaient y a quelques années, ils en vendent plus, les gouverneurs de Poudlard les ont fait arrêter, ça devenait trop facile de sortir le soir. Ils ont fait des fouilles pour trouver toutes celles qui étaient déjà dans le château, mais celle-ci a survécu. Je l'ai sauvée des griffes d'un auror affamé de soif de pouvoir alors qu'il tentait de la voler à un septième année désespéré et au bord du gouffre.
-Tu me prends vraiment pour une idiote. J'aurai pu y croire, si tu ne t'étais pas laissé emporter dans ton élan.
-C'est un bel animal, l'élan.
-Tu me désespères, Black.
Je lui ai envoyé un regard du coin de l'œil alors qu'il s'arrêtait devant le portrait de la nature morte nous séparant des cuisines.
-Bon, tu veux bien aller là-dedans et me prendre des pâtes avec n'importe quoi avec ?
-T'en as si peur que ça ?
-Black, la première fois que j'ai vu ton elfe de maison, j'ai failli faire une crise cardiaque.
-C'est vrai que Kreattur est particulièrement moche mais quand même... T'en rajoutes un peu.
-Ecoute, on en parlera après si tu veux, mais là, je crève de faim. Je te jure que si tu vas pas là dedans, tu risques de devenir mon plat principal. J'espère que tu tiens pas particulièrement à ton bras gauche, parce que je compte le faire rôtir.
-M'en fous j'suis droitier.
-S'il-te-plait, Sirius, putain, me laisse pas mourir.
Il me fit un sourire satisfait, avant de se retourner vers le tableau, puis me dit : « tu vois, j'suis pas le seul à utiliser ton prénom ».
Il disparut pendant une éternité. J'étais presque inquiète. Je me suis dit que les elfes de maison l'avaient enlevé et qu'ils comptaient peut-être le servir en gigot le lendemain. Et s'il ne revenait pas, j'allais devoir y entrer pour aller chercher moi-même de la nourriture. Ou peut-être aller chercher ds Poufsouffles solidaires pour y aller à ma place. Ils étaient sympas ces Poufsouffles, dans ma tête.
La faim me faisait délirer. Ou peut-être était-ce l'état naturel de mon cerveau dysfonctionnel qui me causait des problèmes.
Il est finalement revenu après une dizaine de minutes, avec un plat rempli de pâtes à la bolognaise qui avaient l'air absolument divines, et un pichet de jus de citrouille. J'ai cru mourir de bonheur.
-Oh merci Merlin ! Et merci à toi, Black, je te suis redevable à tout jamais. Je sais que t'es toujours pas d'accord avec les plans de ta mère, mais bordel, j'ai limite envie de t'épouser.
J'ai immédiatement réalisé que j'avais dit un truc qu'il ne fallait pas dire en voyant sa tête.
