Chapitre 26 : Paint it Black.
-Quoi ? J'aurais pas dû le dire, c'est ça ? Lui marmonnais-je en me laissant glisser contre le mur pour atterrir sur le sol.
Il fronça les sourcils un instant avant de s'asseoir à côté de moi, me déposant l'assiette dans les mains et le verre entre nous deux.
-C'est la première fois qu'on en parle.
-De quoi ? Lui demandais-je avant d'enfourner une fourchée remplie de délices culinaires.
-Du fait que ma mère voulait qu'on se marrie.
-Nan je crois que je te l'ai hurlé à la figure la première fois qu'on s'est vus. Mais t'avais pas tellement l'air de comprendre ce que je racontais.
-Ton accent n'était pas terrible à l'époque, faut dire. Et tu parles super vite quand t'es énervée, c'est pas facile de te comprendre... Mais non, t'as jamais dit le mot « marier »
-Ca change quoi ?
-Bah ça devient plus réel... Quand ma mère m'a annoncé ça, en plein repas, j'étais énervé, mais c'était juste un concept. Je n'avais aucune idée de qui tu étais. Je n'avais vu aucune photo, aucun portrait. T'étais juste un nom.
-Ouais, j'connais ça, merci. Faut pas croire, hein, moi je m'attendais vraiment au pire. Dans le genre Rogue un peu.
Ce qui eu le dont de le faire rire. Ce qui, en retour, m'énerva. Je ne comprenais pas son comportement.
-Je ne vois pas ce qui te fait rire, t'as la même couleur de cheveux et la même pâleur. Mais ça doit être à cause du manque de soleil constant... Enfin, tu sais que j'avais un super plan tout prêt pour trouver le moyen de t'épouser ? J'y serais certainement parvenue si tu n'avais pas un caractère aussi pourri que le mien et un timing des plus horrible.
-Un plan ? T'es sérieuse ?
Cette fois-ci, j'avais réussi à le mettre en colère. Et honnêtement, c'était la réaction que j'avais espérée obtenir dès le début.
-Quoi, tu t'attendais à quoi ? J'fais partie de l'autre camp. Ceux qui manipulent et qui complotent pour obtenir ce qu'ils veulent. Ta mère était d'accord avec moi.
Je ne sais pas vraiment pourquoi j'avais ressenti le besoin de l'énerver à ce point, mais j'étais tellement en colère à propos de tout et envers tout le monde, que ça sortait presque tout seul.
Il s'apprêtait à me répondre quand des bruits de pas en provenance de notre droite détournèrent son intention. Je fus debout en un instant, ma baguette prête et pointée en direction de la menace, parée à l'attaque.
Sirius lui était resté assis, mais avait sorti sa carte de Poudlard.
Mon opposant potentiel se rapprochait de plus en plus mais cet imbécile continuait à ne pas bouger.
-Qu'est-ce-que tu fais ? Lui chuchotais-je nerveusement, alors qu'il rangeait le parchemin, à présent vierge, dans sa poche.
-C'est bon, je sais qui c'est, rassis-toi, c'est qu'un préfet, dit-il à voix haute.
-Et ça te dirait pas de te barrer ? Lui répondis-je tout bas.
-Nan, rassis-toi, je te dis... Hé, salut Zeller.
-Black, comment ça va mec ?
-C'est plutôt tranquille. T'as besoin de quelque chose en particulier aujourd'hui ?
-Non c'est bon, mais on a toujours le, euh, truc de prévu pour jeudi soir, non ?
-Ouais, c'est toujours prévu. Je te tiens au courant dans la semaine, d'accord ?
-Pas de soucis. A plus Black... Rosier, me salua-t-il en accompagnant le tout d'un clin d'oeil, alors qu'il continuait son chemin.
J'étais abasourdie, statique. Ma baguette toujours en main mais en direction du sol. J'avais passé des mois à courir dès que j'apercevais un préfet après le couvre-feu, et il était là. Assis, tranquillement à boire du jus de citrouille après avoir discuté avec Josh Zeller.
-Rassis-toi, Elise.
-Quoi ? Tu rigoles là ? Tu vas pas me dire que t'es pote avec Rusard et que tu comptes adopter Miss Teigne aussi ?
-Rassis-toi, bordel.
-T'es pas croyable.
-Finis au moins ton assiette.
-Pourquoi tu fais semblant d'en avoir quelque chose à faire ? Lui rétorquais-je en m'asseyant néanmoins.
-T'es la seule personne que je connaisse qui se préoccupe de mon frère, alors tu mérites bien un peu de compassion.
Je pris le temps d'avaler une ou deux fourchées avant de lui répondre, puisqu'il tenait à ce point à ce que je mange, autant le faire le plus dramatiquement possible.
-Va dire ça à ta mère, Black, elle est là en ce moment même. Préoccupée par la santé de ton frère.
-Ma mère ?
Il eu soudain l'air à la fois terrifié et plus énervé que je ne l'avais jamais vu. C'était une étrange combinaison. Cette fois-ci, ce fut à son tour de se lever, me laissant seule avec mon assiette. Il est parti si précipitamment que je n'ai pas immédiatement compris ce qu'il se passait.
-Black ? BLACK ! Oh, tu fais quoi là ?
J'ai avalé rapidement le reste de mon jus de citrouille avant de me mettre sur pieds et de lui courir après. Laissant le reste de mon assiette sur le sol. Oh par Merlin, en rentrant me coucher, j'allais devoir piquer de la nourriture à quelqu'un. Avec un peu de chance, quelqu'un aurait oublié une boite de chocolats dans la salle commune, ou persuader Veronica que j'étais en train de mourir, littéralement, de faim.
Sirius courait bien trop vite pour moi, mais je me doutais de l'endroit où il se rendait. L'infirmerie était à deux étages de là où je me trouvais, et malgré ma fatigue, je l'ai suivi. Il est évidemment arrivé largement avant moi, mais quand je parvins à destination, ce fut les cris qui m'accueillirent.
-Comment oses-tu dire que c'est de ma faute ? Pourriture infâme ! C'est toi qui en est coupable ! Tu me dégoûtes, tu n'es pas mon fils !
Sirius eu un rire sinistre. Ils étaient tous les deux devant les portes de l'infirmerie, et j'étais cachée derrière un pan de mur, à essayer de les apercevoir autant que je le pouvais.
-Si t'avais vraiment été une mère on en serait pas là. S'il est là c'est de ta faute. T'as jamais compris. Tu vas finir par le tuer. Et à ce moment-là, y aura que toi à blâmer. Je serais pas là pour que tu te dises que c'est de ma faute. Parce que ça sera entièrement la tienne. Ça a toujours été de ta faute. Mais c'était plus facile de te dire que c'était la faute du grand méchant Sirius, alors t'as jamais réalisé que c'est toi qu'il écoute. Tu l'as laissé se foutre dans une merde pas possible, Walburga, parce que t'as pas le courage de te dire que tes actions ont de l'influence sur les siennes. Je sais même pas comment tu peux oser te pointer ici. Tu mérites pas d'en avoir l'honneur.
Il n'était même pas énervé. Juste extrêmement calme et froid. C'était la première fois que je le voyais comme ça, il m'avait toujours semblé être du type à s'énerver facilement. Il faut croire que ce « privilège » m'était réservé personnellement.
C'est à ce moment là qu'elle a sorti sa baguette, et en toute honnêteté, elle ne m'avait jamais fait aussi peur. Je me suis légèrement tendue, m'apprêtant à revivre un carnage. Et puis Dumbledore est apparu, en compagnie d'Orion Black, alors qu'elle s'apprêtait à lancer un sort. Sirius n'avait pas bougé, peut-être attendait-il le dernier moment pour contre-attaquer. Mais ce fut Dumbledore qui mit fin à ce désastre. Alors que je fermais les yeux, m'attendant au pire, et que les portes de l'infirmerie grinçaient lourdement.
-Madame Black, veuillez ranger cette baguette. Comme vous le savez l'utilisation de la magie n'est pas autorisée dans les couloirs de cet établissement. Je ne voudrais pas avoir à vous donner une heure de retenue.
J'ai rouvert les yeux, me suis penchée pour apercevoir de nouveau ce qu'il se passait. Dumbledore eu un petit rire, et Walburga, toujours pas ma tata, rangea sa baguette.
-Et Monsieur Black, je pense qu'il est l'heure que vous rentriez dans votre dortoir, votre frère est entre de bonnes mains.
C'est là que Sirius est parti, et qu'il l'a fait en se dirigeant vers là où j'étais. Y a pas moyen d'espionner en paix.
Il n'a rien dit en me voyant, puis, alors qu'il continuait son chemin, je l'ai suivi.
-Je ne suis pas le seul à suivre les gens, me dit-il sans se retourner.
-Je rentre simplement dans mon dortoir. Alors, comment va ton frère ? Lui demandais-je en essayant de le rattraper. Par Merlin ce qu'il marchait vite.
-Tu l'as pas vu y a moins d'une heure ?
-Qui t'a dit ça ?
-Ma carte magique.
-On dirait un jeu pour enfant, t'as eu ça dans une chocogrenouille ? C'était une édition limitée ?
-Tu peux pas juste te la fermer ? J'ai eu ma dose de stupidité pour la journée.
-C'est si dur que ça de devoir te supporter pendant autant d'heures d'affilées ?
-Ta gueule, sérieusement, Rosier, Duchesnes, j'm'en fous là. Si t'as envie d'emmerder quelqu'un, va voir l'espèce de truc qui me sert de génitrice.
J'avais eu beau passer la moitié du temps que je passais avec Sirius à me disputer avec lui, il n'avait jamais été aussi... vulgaire. J'étais tellement choquée que je me suis contentée de le regarder, la bouche entrouverte... Jusqu'à ce qu'il me dise d'arrêter de le fixer. Bon, il a ajouté quelques explétifs pour donner plus de, disons, diversité à ses propos. Mais dans l'ensemble, je pense que c'est le message qu'il voulait me faire passer.
-Comme tu veux, Black. Bonne nuit.
Je me suis donc éloignée de lui, pour vraiment rejoindre mon dortoir. S'il se comportait comme un idiot parce que sa mère était dans les parages, c'était son problème. Certainement pas le mien. Je n'avais pas besoin de le supporter.
Sauf qu'il m'a attrapée par le bras alors que j'allais partir dans un autre couloir. Et, sans que je ne comprenne ni pourquoi ni comment, la seconde d'après j'étais collée contre un mur et il s'était mis à m'embrasser. Je cherche toujours pourquoi. Mais je ne m'en plaignais pas vraiment à l'époque.
Et puis, je me suis reculée, alors que son visage était à quelques centimètres du mien et que je pouvais sentir sa respiration brûlante contre ma joue.
-Tu fais quoi, là, Black ? Lui demandais-je à bout de souffle.
-Je sais pas, j'm'en fous, me répondit-il avant de retourner s'attaquer à ma mâchoire.
Il était en train de me mordiller la jugulaire quand je me suis dit qu'il valait mieux le laisser continuer jusqu'à ce qu'il en ai marre. Et puis peut-être un peu parce que je n'avais pas vraiment la force mentale pour lui dire d'arrêter, ni celle physique nécessaire pour dire à mes jambes d'arrêter de trembler. Alors je me suis agrippée à ses épaules, et peut-être, je dis bien peut-être, ai-je relevé sa tête pour pouvoir l'embrasser encore une fois.
Peut-être même était-ce parce que j'étais dans un état psychologique catastrophique et qu'il m'était plus pratique de me concentrer sur Sirius que sur le reste. Et peut-être que c'était le cas pour lui également. Et peut-être étions-nous tous les deux au bord du précipice. Je n'en savais absolument rien. Et, en toute honnêteté, il était bien plus facile de ne pas savoir.
Après environ dix minutes, il s'est éloigné, et alors que je protestais et tentais de le faire se rapprocher de nouveau, il m'a prise par la main pour m'emmener vers le placard à balais le plus proche. Je me suis contentée de le fixer avec mépris jusqu'à ce qu'il choisisse une salle de cours, qui, soit, était plutôt décrépite, mais qui valait toujours mieux qu'un placard à balais.
Il sortit alors sa baguette et transforma une vieille table en un lit qui me paraissait plutôt confortable, et, je ne crois pas avoir à vous raconter la suite dans les détails, non ?
S'il faut que ça soit officiel, alors soit, j'ai couché avec Sirius Black. Le jour même où j'ai embrassé son frère. La culpabilité m'assaillait alors que je rentrais dans mon dortoir. Mais revenons un peu à ce qu'il s'est passé juste avant.
J'étais en train de me rhabiller quand je n'ai pas pu résister plus longtemps et que je lui ai demandé pourquoi.
Il s'est contenté de me répondre « pourquoi pas », et je crois que c'était la phrase qui définissait le mieux ce que je ressentais à ce moment là. Le monde était tellement tordu, vicieux et horrible que rien n'avait vraiment d'importance. Alors, oui, en effet, pourquoi pas.
Et puis je suis partie, sans même me retourner, le laissant dans cette salle de classe sordide alors que je me dirigeais vers ma salle commune.
J'ai encore passé dix minutes à essayer, autant que je le pouvais, de rentrer dans ce satané dortoir. Avant de ne me résoudre à frapper tout bêtement, en espérant que quelqu'un ai la sympathie de m'ouvrir. Cette poignée de porte aura ma mort. A croire que si on n'a pas un cerveau de philosophe ou de malade mental on ne peux pas rentrer se reposer.
C'est un gamin qui n'avait certainement pas dépassé les treize ans, à l'air terrifié, faut croire que j'ai l'air peu commode, qui m'a ouvert. J'ai fini par me demander si je n'avais pas des problèmes mentaux, ou si c'était la poignée de porte qui me haïssait.
-Comment vous faites pour arriver à rentrer ? Demandais-je au groupe qui s'était formé derrière lui.
-Bah on répond à la question.
-Nan, mais comment vous faites pour arriver à lui répondre ? Elle pose des questions trop bizarres la poignée.
-Bah on lui en demande des autres quand c'est comme ça. Elle est gentille quand elle veut.
-Merci du conseil.
La seule différence entre eux et moi c'était donc que la poignée de porte me détestait. Par Merlin, ce que j'ai l'air idiote à dire ça.
Je suis montée me coucher après une bien trop longue discussion avec mes camarades de chambres, et j'ai bien dû passer près d'une heure à pleurer dans le noir avant de m'endormir. Mais je me suis réveillée en sueur, et toujours en pleurs, après un cauchemar qui n'en était pas vraiment un. Ce fut le premier d'une longue lignée de nuits dénuées de repos. Les souvenirs me hantaient nuit et jour, et personne ne devait le savoir. La vie de mangemort ne devait vraiment pas être facile. Je me mettais à trembler à la moindre mention du Ministère de la Magie, je voyais des cadavres défigurés dès que je fermais les yeux et malgré tous mes efforts, n'arrivait pas à me concentrer sur mes derniers examens de fin d'année.
Regulus est sorti de l'infirmerie juste à temps pour passer la plupart de ses épreuves, mais Dumbledore lui avait de toutes façons dit que s'il échouait, ce n'était pas bien grave et qu'il pourrait les repasser quand il le voudrait. Y a pas à dire, il est quand même cool Dumbledore.
Et puis, le dernier jour est arrivé. Et, parée de ma valise, et incapable de me séparer de Regulus plus d'une seule minute, je suis montée à bord du Poudlard Express, ne comprenant pas vraiment pourquoi cette ambiance aussi sordide me manquait déjà.
