Chapitre 27 : La Majeure partie.

L'été fut long. Je me réveillais chaque soir au son de mes propres cris et m'endormais sur mes sanglots. Mes cauchemars me réveillaient quotidiennement. Je ne dormais que trop peu. La fatigue m'accablait chaque nuit davantage et l'ennui était le maître mot de mes journées.

J'ai attendu mes dix-sept ans avec impatience. Je n'avais qu'une seule envie : pouvoir quitter la maison des Black. L'ambiance était trop oppressante et j'avais la furieuse envie de hurler du matin au soir. Et je crois que malgré mes nombreux sorts, on pouvait entendre mes cris au beau milieu de la nuit, du moins c'est ce que laissaient suggérer les regards en coins de Mr. Black tous les matins. J'ai oublié, une seule fois d'insonoriser ma chambre, et c'est Regulus, pris de panique, qui a dû me réconforter pendant près d'une heure. Je n'avais jamais cru pouvoir pleurer autant.

C'étaient toujours les mêmes images, soir après soir, nuit après nuit, et mêmes les potions de sommeil sans rêve n'étaient plus efficaces. Les cadavres s'amoncelaient sans fin, le sang me semblait inonder des pièces entières, je devais nager dans une mer rouge écarlate pour arriver à rejoindre Regulus, mais je me noyais avant d'y arriver. Je rêvais tous les soirs, et même la magie n'y pouvait rien.

Le jour-même de mon anniversaire, je suis descendue avec hâte, mes valises flottant derrière moi, et prête à partir immédiatement. J'avais l'impression que la maison allait m'engloutir totalement si je ne m'en allais pas le plus tôt possible. J'allais probablement regretter le fait de ne pas prendre de petit-déjeuner un peu plus tard mais mon envie de fuir était trop forte.

Je n'avais prévenu personne de ce que je comptais faire ni d'où je comptais aller vivre. Alors, quand j'ai croisé Regulus en bas des escaliers, il eu l'air plus choqué que jamais.

-Tu fais quoi ? Demanda-t-il en fixant mes bagages, ses mains agrippant sa nuque.

-Je m'en vais, Reg.

-Où ? Tu vas aller où ?

-Je vais aller vivre dans le manoir des Rosier sur la côte.

-Mais pourquoi ?

-Parce qu'il fait partie de mon héritage et que maintenant que je suis majeure j'ai le droit d'aller y habiter toute seule ?

Il ouvrit la bouche un instant, fronçant les sourcils, sa main droite vint pincer l'arête de son nez, et il exhala lentement.

-Je vais devenir quoi, moi, sans toi ?

-Tu peux toujours venir avec moi, Regulus, prendre l'air et le soleil, profiter de la plage...

-Ma mère sera jamais d'accord, Elise. Tu le sais aussi bien que moi.

Je l'ai regardé en silence, sachant très bien qu'il avait raison. Alors je l'ai pris dans mes bras, le serrant si fort que j'ai cru lui faire du mal, puisque les mots n'auraient rien pu y changer.

-Tu vas me manquer, Reg, lui chuchotais-je, avant de déposer un baiser sur sa joue.

Il resserra son emprise sur ma taille avant de me dire qu'il essaierait de venir aussi souvent qu'il le pouvait. Je l'ai lâché, et j'ai continué mon chemin vers la porte d'entrée, préférant ne pas m'attarder.

-Et ton cadeau d'anniversaire, j'en fais quoi ?

Je me suis retournée avec un grand sourire, esquivant de justesse la cage où se trouvait Escarpin, cette saleté d'hibou.

-Tu m'as achetée un cadeau ?

Il sortit un petit paquet de la poche de son pantalon, et l'agita en souriant timidement. Je me suis approchée rapidement, pour lui prendre des mains avec hâte. S'il y avait bien une chose que j'appréciais, c'était les cadeaux. Je l'ai ouvert avec hâte, arrachant l'emballage argenté de mes ongles, puis je découvrais une petite boite de bijouterie. J'ai relevé les yeux avec un grand sourire, avant d'ouvrir la boite. C'était un bracelet en argent, sur lequel se trouvait une multitude de petites pierres, mais il y avait avant tout l'emblème de Beauxbâtons, dont les étoiles s'envolaient constamment, comme de toutes petites étincelles.

-Tu veux vraiment pas que je parte, c'est ça ?

-Vraiment vraiment pas, non.

-T'es vraiment fourbe, Regulus Black.

-Serpentard jusqu'au bout, tu le sais très bien.

J'ai lâché un long soupir avant de lui prendre la main.

-Passe au moins la journée avec moi, Reg, ta mère n'en saura rien. T'as qu'à lui dire que tu vas chez Mulciber ou que tu vas faire un tour sur le chemin de Traverse.

Il réussit tant bien que mal à faire accepter à sa mère de passer la journée dehors. Mais elle lui fit promettre d'être de retour avant vingt heures. Je me demandais si elle risquait de s'énerver si j'enlevais son fils pour quelques mois de plus. La réponse était évidente et je m'imaginais facilement la tête qu'elle ferait. Ce qui me donnait encore plus l'envie de le faire.

J'ai déposé une lettre sur la table du salon, expliquant que j'avais maintenant le droit d'aller vivre dans le manoir des Rosier, même si je n'en étais pas la seule héritière. J'étais sans doute la seule qui se souvenait de son existence. Il allait me falloir beaucoup de patience pour rendre l'endroit habitable.

J'ai attrapé le bras de Regulus avec une frayeur que j'avais du mal à dissimuler. C'était la première fois que je transplanais depuis l'attaque du ministère, et le traumatisme ne parvenait jamais à me laisser en paix plus de cinq minutes.

L'horrible sensation de se faire aspirer, tordre dans tous les sens puis recraché sans pitié ne dura pas plus de dix secondes. Puis je fis face à une gigantesque demeure entourée d'une végétation débordante, et dont le portail de l'entrée tombait en ruine. Je pouvais entendre les vagues se heurter contre la paroi rocheuse en contre-bas, et je ne pouvais que m'imaginer la vue que j'aurais de l'autre bout du terrain.

-Et tu te plaignais de chez mes parents, me dit Regulus avec un sourire narquois.

-L'avantage c'est qu'au moins je suis sûre qu'il n'y a pas d'elfe de maison.

-Je sais pas trop si va va être un avantage, me répondit-il alors qu'il poussait le portail, essayant, tant bien que mal, d'enlever les lierres qui s'y étaient installées.

J'ai bien dû passer trois heures à faire le tour du manoir, à la recherche de toutes les formes de nuisibles et de tout ce qui aurait besoin d'être réparé. La liste était longue : doxys, ciseburines, bandimons, gnomes, cette saleté de goule immonde, la toiture qui fuyait, la plomberie à refaire, les tapisseries décrépites et la moitié du parquet du troisième étage qui avait pris l'eau.

Il devait bien être plus d'une heure de l'après-midi quand j'ai réalisé que je ne savais pas faire à manger et qu'il n'y avait personne pour le faire à ma place. Même pas un elfe de maison. Et que je n'avais pas non plus de nourriture.

-Mon cher Regulus, il me faut vous apprendre que nous allons devoir quitter cette humble demeure pour aller manger ailleurs.

Il était en train de contempler des objets étranges sur une étagère du grand salon. Il se retourna, tenant dans ses mains un objet que je reconnaissais parfaitement bien.

-Touche pas à ça !

-Pourquoi ? AIE !

Vous vous souvenez de la petite boite qui m'avait intriguée la première fois que je suis entrée chez les Black ? Celle qui m'a transpercée la main ? Non ? Moi, oui. Et elle était de retour. Enfin, une autre boite, similaire à la précédente. Et cette fois-ci, ce n'était pas moi la victime.

Il l'a fit tomber immédiatement, elle atterrit sur le dos et ses petites pattes se mirent à gesticuler dans tous les sens jusqu'à ce qu'elle arrive à se remettre du bon côté. Puis elle fonça jusque sous le canapé. Mon seul espoir fût qu'elle se fasse dévorer par des Doxys. Ce qui n'était pas franchement très probable.

-Ô douce innocence qui t'habite mon cher ami ! Cette boite est l'incarnation du mal en personne.

-Ouais, j'ai cru comprendre ça, dit-il d'un air dégoûté. Comment tu savais qu'elle allait me faire mal ?

-T'as la même chez toi, tu sais. J'ai eu le même coup, j'ai toujours la cicatrice. Fais-moi voir ça.

Je lui pris la main avant d'examiner la blessure. Elle était beaucoup plus profonde que celle que j'avais eue.

-Tu sais, lui dis-je, si on était des Moldus, je crois que je devrais t'enlever la main complètement, histoire de te sauver la vie. Députer, qu'ils appellent ça. Je devrais te députer la main !

-Mais heureusement que t'as un stock d'essence de Murlap assez conséquent pour soigner tout Poudlard en cas d'attaque de petites boites méchantes.

-Tout Poudlard ? pouffais-je. Je ne suis même pas sûre d'en avoir assez pour survivre deux semaines toute seule. Tu te rends compte que je vais devoir apprendre à cuisiner ? Lui dis-je en allant chercher mon sac dans l'entrée.

-Je préfère ne pas être là quand ça sera le cas, me cria-t-il au loin. Essaye juste de ne pas faire exploser la cuisine, je sais que c'est ton truc les explosions, mais quand même.

Je suis revenue avec la fiole dans les mains. Il s'était assis dans un fauteuil qui ne me paraissait absolument pas décent, ni même confortable.

-C'était la faute de Potter ! De Potter et rien que de Potter ! J'ai même tenté de le prévenir ! Je suis tout à fait capable de faire des potions, j'imagine qu'il n'y a pas tellement de différence entre ça et la cuisine. D'ailleurs, je crois même qu'il y ait de fortes chances pour que j'excelle en cuisine, lui répondis-je, en lui étalant l'essence de Murlap généreusement. Il grimaça, mais ne fit cependant aucun commentaire.

-Je te crois, je te crois, pas besoin de m'agresser ! Allez, viens, allons goûter à la cuisine locale !

-On est habillés en moldus, tu crois ?

-Je sais pas trop, tu devrais peut-être mettre un pantalon, comme moi. Ta robe fait un peu trop sang-pur. Ou une jupe, mais vraiment courte, toutes les filles en portent dans Londres.

-Il est hors de question que je m'habille comme une prostituée de bas-étage ! Et je n'ai même pas de p'tit sheurt !

-Un quoi ?

-Leurs espèces de haut de robe découpé qu'ils portent avec un pantalon.

-Un t-shirt ?

-Oui, bon, peut-être ! Et comment tu sais tout ça, hein ? Monsieur le sang-pur reclus de la société.

-Mon idiot d'ex-frère et sa passion pour les Moldus ?

-Oh. Hé, au moins il t'a été utile, hein ? Moi je ne suis même pas capable de m'habiller comme une Moldue.

-Tu dois bien avoir une robe pas trop longue et qui puisse paraître neutre ? Celle que t'avais quand t'es arrivée à Londres ?

-Oh, oui c'est vrai ! Attends-moi, j'en ai pour cinq minutes !

Le village se trouvait à une dizaine de minutes à pieds, et l'air ambiant sentait l'iode, ce qui me rappelait mes vacances d'été d'enfance. C'était donc avec le sourire que je suis entrée dans un petit restaurant, et même si la plupart des gens nous ont légèrement dévisagés à notre arrivée, personne ne semblait nous trouver trop bizarre pour être l'un des leurs.

J'ai mangé des huitres pour la première fois depuis plus d'un an, Regulus se contenta d'un filet de sole.

Le seul problème qu'on ai eu fut au moment de payer. J'avais beau posséder une fortune, je n'avais pas pensé à prendre de l'argent Moldu. J'ai dû aller dans les toilettes pour transformer du papier toilette en chèque.

Et c'est à ce moment là que j'ai pleinement pu profiter du fait d'être majeure. Ah, payer des choses illégalement, quelle joie.

On a ensuite passé l'après-midi à se balader sur la plage. Des dizaines de touristes faisaient de même, et même si le vent était un peu fort, je n'avais pas souvenir d'avoir passé une après-midi aussi joyeuse depuis des lustres. Regulus réussit même à me faire rire quelques fois. Il semblait aller mieux, il semblait heureux et ne paraissait pas ressentir le traumatisme qui me hantait personnellement. Cette satané de traumatisme qui me laissa en paix pour le reste de la journée. Lorsque nous sommes rentrés, et que j'ai dû, avec regret, déposer Regulus chez ses parents. Je lui ai déposé un baiser sur la joue, avant de lui dire qu'il avait intérêt de m'écrire et que s'il ne le faisait pas les Beuglantes ne tarderaient pas. Il éclata de rire, me promettant de se mettre à écrire dès qu'il serait dans sa chambre. « T'as intérêt ! » lui ai-je répondu en souriant. Et puis j'ai transplané une nouvelle fois. Le ciel se couvrait, et c'est sous un orage et une pluie diluvienne que j'ai dû passer ma première nuit seule chez moi.

La solitude n'était pas la chose la plus facile à gérer. Mais je n'avais pas le courage d'affronter le monde réel. Plus maintenant. J'avais à la fois le besoin de me protéger en restant enfermée à l'écart du reste du monde et le besoin constant de voir Regulus.

Je n'avais pas spécialement envie de parler, ni même de l'embrasser encore une fois. Je voulais juste le voir. Être avec lui. Nuit et jour. Juste pour m'assurer qu'il était vivant et en bonne santé. Je voulais me trouver près de lui quand il lisait la Gazette du Sorcier, quand il se mettait à sourire discrètement si sa mère avait le malheur de hurler sans raison, quand son regard se perdait au loin, si loin que personne ne pouvait l'atteindre, je voulais lui sourire si son regard croisait le mien par mégarde, je voulais le regarder vivre. Parce que j'avais toujours peur qu'il meure d'un instant à l'autre.

J'ai posé mes valises, une à une dans la chambre qui avait la plus belle vue sur la mer, avant de m'attaquer à la désinsectisation et la désinfection complète de chaque centimètre carré de la pièce. Par chance, la goule avait pris ses quartiers dans la cave, mais les bandimons avaient infesté le parquet, et j'avançais avec précaution, craignant qu'il ne s'effondre. L'odeur de moisissure qu'ils avaient répandu me donnait la nausée, et mes nombreux sorts de récurage n'aidèrent que trop peu.

Je me suis endormie avec la fenêtre ouverte et le son des vagues qui me berçait. Et je me suis réveillée deux heures plus tard, en larmes, en sueur et totalement désorientée. Les sanglots se multipliaient et je ne comprenais pas vraiment ce qu'il advenait de moi. Il me fallut une heure et demie avant que la fatigue ne reprenne le dessus. Ce petit manège se continua toute la nuit. Et toutes celles qui suivirent.

Je détestais d'ores et déjà l'âge adulte.