Chapitre 30 : Do Anything You Wanna Do.

22 Août 1977 :

Énervée et vide, terriblement vide, c'est ainsi que je passais les dernières semaines de vacances qui me menèrent à ma dernière année d'études à Poudlard.

Ce n'est que quand la fin du mois d'Août approcha que je réussis à me motiver à aller acheter mon matériel scolaire, cherchant vainement à éviter le monde extérieur et les dangers mentaux qu'il représentait. Il avait fallu d'une année. Une seule année pour que ma vie change du tout au tout. Un an auparavant, l'idée même d'aller acheter quelque chose était une joie en soit. L'argent ne manquait pas, l'envie non plus. Et puis, j'en étais arrivée là, toujours aussi riche, mais terriblement perdue. Etais-je en train de devenir moi-même, ou du moins une version plus adulte de moi-même ? Ou bien avais-je tout simplement perdu tous repères et toutes envies ? Il m'était difficile de le dire. Peut-être était-ce un mélange des deux. Peut-être que c'était ça, devenir adulte : le vide.

Mais puisqu'il fallait bien se motiver un jour, c'est ce que je fis. J'ai donc, bon gré mal gré, transplané dans ce qui me semblait être un autre monde, aux couleurs vibrantes et chaleureuses, aux bruits multiples et aux odeurs décadentes et quasi-envahissantes. J'avais vécu dans un monde aseptisé et épuré pendant trop longtemps. Le retour à une civilisation qui ne me paraissait pas être mienne. Et qui ne l'était sans doute pas. Je n'étais pas faite pour le chaos et la vie quotidienne. Il me fallait du calme et de l'espace pour survivre, à présent, je m'en étais persuadée pendant des mois. Mais le calme et la solitude ne m'avaient pas aidés, bien au contraire. J'avais eu à me battre seule contre mes propres dragons jour après jour, et la solitude n'avait qu'empiré les choses.

Alors j'en étais arrivé là. Alors je fis de mon mieux pour me mélanger à la foule de sorciers qui s'amassait sur le Chemin de Traverse.

Je venais de faire le tour d'une demie-douzaine de boutiques, et, pour ne pas changer, j'ai acheté beaucoup plus de choses que prévu. J'avais l'impression de revivre, trop préoccupée par mes pulsions consuméristes pour me souvenir de toutes les horreurs que j'avais vues en un an. J'en avais même oublié la texture huileuse de la chevelure de Rogue, c'est pour vous dire à quel point j'allais mieux ! Il faisait cependant très chaud, et, éreintée par tant de dépenses, je décidai de m'asseoir au frais dans la boutique du marchand de glace, dont j'ai encore oublié le nom. Florian quelque chose. Forestier ? Farajou ? Peu importe. Le marchand de glace du Chemin de Traverse, y en a pas d'autres que lui. Vous voyez de qui je parle.

Enfin bref, je m'étais assise et avais commandé une glace à la praline et à la citrouille, comme toute sorcière digne de son nom, quand ma merveilleuse petite journée qui, jusque là, avait été fort revigorante, devint tout à coup toute moisie, pourrie, moche et flagada. Na. Oui, vous avez le droit de me dire que je suis une gamine immature, allez-y. Passons. Ma glace était bonne, la serveuse était sympa, là n'était pas le problème. Le problème, c'est que Sirius Black avait décidé de venir me pourrir ma journée en venant s'installer à ma table. A ma propre foutue table. Les Black n'avaient décidément aucune pitié. Aucune.

-Salut, Rosier, me salua-t-il en s'asseyant sur la chaise en face de la mienne.

Je ne l'ai pas regardé, et je me suis contentée de fixer mon joli petit bol à glace en verre. Je savais que c'était lui, je n'avais pas besoin de confirmation visuelle. D'après ce que je me souviens, tout ce que je lui ai répondu, c'est un vague « umpf », dû au fait que j'avais de la glace dans la bouche et que je n'avais ni l'envie ni la force de me forcer à être polie envers lui.

-T'as pas franchement l'air en forme, dis-donc.

Vous vous souvenez que la dernière fois que je l'ai vu on a couché ensemble parce qu'il était énervé et triste parce que y avait sa mère et que son frère était sur le point de mourir ? Et que personnellement j'étais encore en état de choc parce que j'avais failli mourir moi-même la veille ? Voilà, donc bon, on avait une relation assez spéciale à ce moment-là, que je décrirais plus comme « on a fait une connerie, on est pas obligés d'être potes pour autant. Fous-moi la paix, merci.» Mais faut croire qu'il n'avait pas reçu la beuglante.

Du coup, j'ai posé ma cuillère sur le rebord du bol qui contenait ma glace, avant de le regarder dans les yeux. Autant assumer mes propres bêtises.

-T'as coupé tes cheveux, lui dis-je alors. T'as moins l'air d'un chien mouillé comme ça. Bon, t'en as toujours l'odeur, mais là n'est pas le problème.

-Je sais pas si c'est un compliment ou pas, dans le doute je dirais que non, mais merci d'avoir essayé, me répondit-il en souriant.

-Y a pas de quoi, Black, y a pas de quoi. T'as passé des bonnes vacances ? T'as trouvé des gens à martyriser dans les parages à part moi ?

-Tu penses que je passe mon temps à martyriser des gens ?

-J'en sais rien, mais je sais que t'aimes bien me martyriser moi.

Il éclata de rire, un peu trop fort, ce qui fit que deux petites vieilles assises au fond de la salle se retournèrent en notre direction pour nous lancer des regards désapprobateurs. Il portait des vêtements Moldus, et cela avait l'air de les énerver encore plus. J'ai souri, bien malgré moi, parce que son rire était communicatif et que je n'avais pas entendu quelqu'un rire depuis des mois.

-C'est pas pareil, toi t'es une Rosier.

-Et toi un Black, je vois pas ce que ça change. D'ailleurs, tu sais que le nom des Rosier est dans mon nom de famille parce que ma mère avait absolument refusé de renoncer à son nom de famille en épousant mon père ? Techniquement, je devrais juste m'appeler Duchesnes. Imagine, un peu, comment tu le vivrais super mal si tu pouvais pas m'associer à tous les Mangemorts du coin rien que pour ça. C'est juste par plaisir que tu me fais souffrir, Black, j'en suis sûre, lui dis-je en me resservant de la glace.

Les deux vieilles du coin se sont encore une fois retournées vers nous en entendant le mot « Mangemort », j'imagine que ce n'était pas bien vu d'en parler en public.

-Tu considères que le fait que je sois assis en face de toi c'est pour te faire souffrir ? Ca en dit plus sur toi que sur moi.

-Quoi, sur le fait que je ne supporte pas très bien ta présence ? J'avoue tout ! C'est une allergie incurable.

Black se contenta de me sourire, avant de me prendre ma cuillère des mains. Je n'ai même pas protesté, sachant très bien que ce serait en vain. Soit il avait abandonné l'idée de prendre mon sarcasme au sérieux, soit il s'en fichait.

-Tu comprends maintenant, pourquoi je dis que tu me martyrises dès que tu peux ?

-Parce que je t'apprends le sens du partage ? Serais-je donc si cruel que ça ?

-Crois ce que tu veux, Black, crois ce que tu veux mais t'attends pas à ce que j'y crois aussi.

-Oh c'est à la citrouille, dit-il en léchant la cuillère, ce qui me fit grimacer.

-Comment je suis supposée finir ma glace, maintenant ? J'ai pas envie d'attraper la dragoncelle. Je suis trop jeune pour mourir.

Il jeta un coup d'œil à tous les sacs que je transportais avec moi, ne se préoccupant pas de ce que je venais de lui dire. Il était donc apparemment de bonne humeur et refusait que je lui gâche sa journée comme il gâchait la mienne.

-T'as dévalisé toutes les boutiques de la rue ? Me demanda-t-il tout en se resservant de la glace.

-J'ai décidé de fêter mon anniversaire en retard.

-Oh, toi aussi t'as dix-sept ans ? Bienvenue au club. Joyeux anniversaire, même si apparemment tu ne m'as pas invité pour les fêter. J'en serais presque déçu.

-Le soit pas, je l'ai pas fêté. C'était pas l'ambiance. J'ai hérité du manoir des Rosier par contre, c'était cool.

-T'as ta maison ? Tu squattes plus chez mes parents ?

-T'étais pas au courant ? Je me suis cassée de là dès que j'ai pu. Le matin de mes dix-sept ans j'ai pris mes affaires et je me suis barrée directement. Y a tous les Rosier du coin qui veulent ma mort pour me prendre le manoir. Alors qu'il était en ruine, genre vraiment, et que tout le monde s'en foutait. C'est moi qu'ai dû me démerder toute seule pour le rendre habitable. Et maintenant que c'est fini, comme par hasard, ils en ont besoin ? Y avait une goule, Black, je sais pas si tu te rends compte du bordel administratif que c'est pour se débarrasser d'une goule !

Il se mit à rire, encore une fois bien trop fort.

-Tu sais quoi, me dit-il en souriant, on devrait aller le fêter ton anniversaire. Le Chaudron Baveur est juste à côté.

-Tu dois pas aller rejoindre ton espèce de gang improvisé quelque part ?

-Non, me dit-il l'air déçu, James est occupé par des affaires de famille, j'avais pas envie d'y aller, mais je dois le voir ce soir. Sinon, Remus est malade et Peter est en vacances. Et toi, t'as pas un autre Black que moi à aller voir ?

Il a dû me voir pâlir à vue d'oeil, c'était évident, mais il ne dit rien.

-Non, lui répondis-je après quelques secondes, prenant le temps de canaliser mes émotions. Il doit être en train de se battre pour la survie de l'humanité à coup de sélection naturelle arbitraire.

-J'ai rien compris, mais ça a pas l'air passionnant. Donc bon, tu finis ta glace et on y va ?

Je crois que j'ai fait exprès de prendre mon temps, bien plus que nécessaire, avant de finir ma glace (après avoir jeté une dizaine de sorts de récurage sur la cuillère) et nous avons donc fini l'après-midi dans ce pub miteux Londonien. Après quelques pintes de bières pour Sirius et du Vin de sureau pour moi, nous étions tous deux légèrement plus désinhibés que je ne l'avais prévu. Il était tellement heureux, par Merlin, je crois que je n'avais jamais vu quelqu'un d'aussi heureux de ma vie. Ça avait l'air tellement réel, tellement tangible, que j'avais envie d'y croire. J'avais envie de me dire que moi aussi je pouvais être heureuse, ça paraissait si simple, si évident quand on le voyait. Il était fait pour vivre de grandes aventures et pour rire bien trop fort. Et peu importe si les vieilles dames dans les boutiques de marchand de glace se retournaient vers lui. Il était fait pour ça, ça se voyait aussi bien dans son regard que dans son sourire. Et par Merlin ce que j'étais jalouse de lui, j'admirais et détestais chacun de ses sourires comme l'on admire la beauté sans pitié d'une bête sauvage prête à tout ravager sur son passage. Je le fixais avec une sorte d'amertume envieuse, cherchant à comprendre comment il faisait, comment il avait réussi à percer un mystère qui m'avait toujours personnellement échappé.

S'il avait remarqué mes divagations internes ou même le fait que je le scrutais du regard, il n'en dit rien, et il continuait de discuter avec le serveur qui commandait nos boissons.

-Et toi, dit-il alors, me sortant soudainement de ma rêverie, tu prends quoi ? Toujours du vin ?

-Oh euh, non, ça va aller, lui répondis-je, sentant l'alcool me monter à la tête et ne voulant pas lâcher davantage prise.

-Tu déconnes, s'exclama-t-il, c'est tes dix-sept ans qu'on fête là ! Rit-il joyeusement. Fête-ça dignement, bordel !

J'ai souris bien malgré moi, hésitante et réticente à l'idée de le laisser m'embarquer avec lui dans une course au bonheur.

-Allez, juste un dernier.

-D'accord, cédais-je, un rhum groseille s'il vous plaît.

-Voilà, merci !

-Me remercie pas, lui rétorquais-je, si j'ai envie de vomir, j'essaierai de viser dans ta direction.

-Oh, tout de suite les grandes menaces !

Je n'ai rien répondu, me contentant d'un sourire contrit. Il baissa les yeux une seconde, et je me suis demandée s'il n'allait pas s'enfuir en courant. Alors, quand il reprit la parole, je sursautai brièvement.

-Tout à l'heure, tu m'as demandé ce que ça changeait...

-Quoi ?

-Que je sois un Black.

-Ah oui, et donc ?

-Ca change que j'ai été déshérité moi.

-Ouais, moi aussi j'ai été déshéritée, et alors ?

-Sérieux, ils ont osé te faire ça ?

-Ouais, leur seule et unique fille. Ils ont osé. J'crois que si j'attends quelques années j'aurai peut-être une chance d'hériter leur pognon et la maison, je l'adore cette baraque, elle est carrément plus classe que celle que j'ai là.

-C'est celle qui est dans le Devon, d'ailleurs ? J'ai pas osé demander tout à l'heure.

-Comment tu sais ?

-J'y suis allé une fois, avec Andromeda quand on était petits.

-C'était déjà dans un état pitoyable à l'époque ?

-Ouais, j'crois que ça a pas été habité depuis soixante ans au moins.

-Ca expliquerait beaucoup de choses. T'imagines même pas comment je l'ai amélioré. C'était un désastre

Le serveur revint alors avec nos verres, mon rhum groseille et du Whisky-Pur-Feu pour Sirius, qu'il insista pour payer.

-Tu sais que je suis probablement plus riche que toi ?

-J'en suis pas sûr, mon oncle Alphard, qui est mort avant que t'arrives, m'a légué toute sa fortune.

-Mais t'as vraiment trop de chances toi sérieux, moi j'ai dû vider mon compte en banque avant que mes parents ne s'en rendent compte.

Je sentais mes joues rougies par l'alcool et la chaleur étouffante d'une fin d'été orageuse, et je souris sans vergogne. J'étais vivante, parfois, j'avais du mal à m'en rappeler. C'était étonnant comment la simple présence d'un autre être humain, qui n'était pas destiné à devenir un monstre, pouvait faire du bien. Il me sourit en retour, et j'avais soudain envie de partir en courant de ce bar miteux pour retourner me réfugier dans mon cocon. Je n'en fis rien, mes doigts agrippés autour de mon verre, cherchant à me forcer à rester assise.

-T'as pas l'impression que c'est contre-nature ? Lui dis-je, ne voulant pas prolonger mes tergiversations, évitant à tout prix de penser à tout sauf le présent. C'était cool, le présent, quand on ne savait pas si on avait encore un futur et qu'on fuyait son passé.

-Quoi ? Me répondit-il en fronçant les sourcils, dérouté.

-Nous deux assis l'un en face de l'autre sans qu'on se hurle dessus.

Il me parut presque insulté une seconde, me fixant et je me jaugeant du regard, je pouvais sentir mon cœur battre la chamade et mes mains trembler contre le verre. J'en bus une gorgée, ne me sentant pas plus brave pour autant.

-Ah, l'un des plus grands mystères de la vie, sans nulle doute... Il s'était mis à sourire, et je me suis demandée s'il n'avait pas simplement pitié de moi.

-T'as changé, me dit-il alors, presque de façon conclusive après une bien trop longue pause. Je sais pas si c'est une bonne ou une mauvaise chose, mais tout en toi est différent.

Il finit son verre d'une traite et j'ouvris la bouche, soudainement vexée par ses propos, la bravoure m'avait enfin envahi l'esprit.

-Ca veut dire quoi ? Évidemment que j'ai changé, tout le monde change tu sais, c'est le principe même de l'adolescence. Je serai certainement pas la même dans cinq ans, et encore moins dans dix ans. Toi non plus d'ailleurs.

-T'arrives même plus à mettre de la hargne dans tes propos.

-J'ai plus la force, lui avouai-je en souriant. De cette façon, je ne lui mentais pas, mais il ne pouvait se douter que je n'étais pas sarcastique. Du moins, c'est ce que j'essayais de me dire par dessus tout.

-Ca te dit qu'on aille faire un tour ailleurs ?

-Où ça ?

-Je connais des clubs de punk rock et de new wave pas loin d'ici, si ça te dit.

-Ca a l'air dangereux ton truc. C'est quoi exactement ?

-De la musique, dit-il en riant.

-Oh, j'ai cru que c'était des armes moldues, lui avouais-je, soulagée.

Il continua de rire, un peu plus fort. Il semblait avoir, lui aussi, succombé à l'ivresse. Je me suis mise à rire aussi, presque incontrôlablement, parce que tout était plus drôle à présent.

-Alors, me dit-il enfin, on y va ou pas ?

-Ouais, vas-y, je te suis.

On venait à peine de sortir du bar, quand je me suis rendue compte que je me baladais avec une dizaine de sacs bien trop remplis, et que je ne savais pas quoi en faire. J'aurais pu les réduire, avec le risque de déformer à tout jamais les objets qu'ils contenaient, mais même en faisant ça, je n'aurais eu nulle part pour les ranger.

-Faut que je passe chez moi deux secondes, par contre.

-T'as raison, me répondit-il, tu peux pas sortir dans un bar moldu habillée comme ça.

-Qu'est-ce qu'elle a ma tenue ?

-On dirait une sang-pur, voilà ce qu'elle a ta tenue.

-Ouais bon soit, je me changerai en même temps, mais je voulais surtout me débarrasser de tous ces sacs, là, lui dis-je en lui montrant mes bras surchargés. Prend ma main, Black, on va visiter la plus belle baraque d'Angleterre.

Sirius attrapa ma main avec une force qui me déconcerta une seconde, et puis le monde se mit à se distordre et j'ai eu l'impression d'être aspirée toute entière, asséchée totalement, avant de réapparaître devant chez moi avec la soudaine envie de vomir.

-On aurait peut-être pas dû transplaner en étant bourrés, me dit Sirius, qui n'avait pas l'air de se sentir beaucoup mieux que moi.

Je ne lui répondis pas, de peur de me mettre à vomir mon rhum groseille, et j'ouvris le portail.

-Faut que tu rentres avec moi, redonne-moi la main. J'ai trouvé un sort pour éviter que personne d'autre que moi ne puisse rentrer à l'intérieur du manoir.

-En vrai t'es pas si débile que ça, tu sais ? Oh, au fait, t'as les mains super froides, t'es au courant ? Me dit-il une fois que le portail se ferma derrière nous, me lâchant la main gauche aussi rapidement que possible, comme pour protester contre mon manque de circulation sanguine.

-Ouais je sais.

Il siffla d'approbation en apercevant le hall d'entrée, et je me retournais vers lui, un grand sourire sur le visage. J'en étais particulièrement fière, après tout.

-La dernière fois que je suis venu ici, le plafond était sur le point de s'effondrer et il y avait de la lierre sur tout ce mur-la, dit-il en pointant du doigt le mur le plus proche de l'escalier. C'est dingue comment tout est beaucoup plus propre. Je comprends que tous les vautours veulent te le piquer.

-Ah bah ouais mais ça c'est de leur faute, ils avaient qu'à le faire avant moi. Ils me haïssent tous à mort, surtout Bellatrix, ça me fait marrer, moi. Tu veux que je te fasse visiter vite fait ?

-Si tu veux, ouais. Oh, dit-il en apercevant les tableaux qui se trouvaient à droite et à gauche de là où nous étions, sur le tapis que je venais d'acheter par correspondance dans Maison Magique & Moi, un des seuls catalogues français qui acceptait d'envoyer ses hiboux aussi loin.

J'étais en train de lui faire visiter la salle à manger quand il me dit d'aller m'habiller, qu'on allait être en retard et qu'il pouvait terminer la visite lui-même. Je suis alors montée à l'étage en courant, me sentant libre comme l'air. Je me suis retrouvée à moitié nue dans ma chambre, cherchant désespérément une tenue de soirée qui fasse à la fois Moldue et soirée. Je dois dire que ce n'était pas chose aisée, étant donné que ce n'était pas une combinaison que je testais très souvent. Et c'est là que je me suis souvenue de lui nuit fatidique qui m'avait valu mon exil en Angleterre. Et je ressortis LA robe, la seule l'unique, ma robe de moldue dévergondée. Elle était bien planquée derrière des dizaines d'autres robes beaucoup plus portables en temps normal, mais j'ai réussi à la trouver quand même.

C'est avec fierté que je sortis de ma chambre, au moment où Sirius sortait de la pièce d'en face, la chambre qui avait dû appartenir à un troll géant, vu l'état dans lequel je l'avais retrouvée.

-Au fait, c'est quel groupe et à quelle heure le concert ?

-La vache, me dit-il, les yeux grands ouverts, et en ignorant totalement mes questions. Tu l'as trouvée où cette robe ? T'es à moitié pas moche dedans.

-Je sais que tu me trouves à ton goût Black, ça sert à rien de faire semblant. Et si tu veux savoir, je l'ai pas trouvée, c'est une pote qui me l'a filée y a un an. Bordel, j'ai l'impression que c'était y a un siècle. Le temps passe bizarrement, en Angleterre, pas vrai ?

Il rit avant de me prendre par la main.

-T'as tout ce qu'il faut, c'est bon ?

-Ouais, c'est bon.

Et nous avons transplané encore une fois. J'étais toujours aussi saoule, mais étrangement la nausée ne vint pas m'attaquer pendant le voyage. On a atterri dans une ruelle, ma foi, plutôt dégueulasse, et je pouvais entendre la foule non loin de nous, rire et parler un peu trop fort. Nous étions pourtant en début de semaine, je crois qu'on était lundi, mais ça date un peu, faut m'excuser si je suis pas super certaine.

-Tu m'as toujours pas dit de quel concert il s'agissait, tu sais, lui dis-je en le suivant à la trace, ne sachant pas vraiment dans quelle direction nous devions aller.

-Tu connais sans doute pas, c'est du punk rock. Edie & The Hot Rods. James doit déjà y être, sauf s'il est en retard. On va s'éclater.

-Potter est là ? T'aurais dû me prévenir je serais pas venue.

Et puis nous avons enfin débouché sur la rue principale.

-Oh, je connais ce quartier, on est à Soho, non ? Y a du monde quand même, on est même pas le week-end !

-Y a toujours du monde sur Oxford Street, c'est le principe.

-On est à côté de chez toi en vrai, fin je veux dire on est pas loin du square Grimmaurd.

-C'est pas chez moi.

-Ouais fin c'est pareil, on est à côté d'Islington. Genre à vingt minutes à pied. J'avais jamais fait gaffe à ce bar, lui dis-je alors que nous nous arrêtions devant le Marquee Club.

-C'est l'un des meilleurs bars de Londres, tu sais. Allez viens, on va s'amuser un peu.

Et qu'est-ce qu'on s'amusa ce soir-la.