Chapitre 32 : Black Dog

-Vous êtes où ? Hurla McKinnon.

-On arrive, elle s'était paumée, répondit Black.

J'essayais de contrôler les fourmillements qui s'étaient répandus dans mes doigts, me paralysant. Il me prit une des bouteilles des mains, avant de se mettre à avancer en direction de McKinnon et Potter.

-Tu viens ? Me demanda-t-il alors qu'il me fallut une éternité avant de revenir à la réalité. Il me tendait la main, le regard insistant. Je n'osais plus lever les yeux. J'ai dégluti avec difficulté avant d'avancer vers lui, ne prenant pas sa main.

On est remontés, et j'ai posé une bouteille sur la table en regardant Potter et McKinnon danser au rythme d'une chanson que je ne connaissais pas. L'un d'entre eux avait réussi à faire fonctionner la vieille radio qui traînait sur le buffet en chêne qui était censé avoir appartenu à Grogan Stump, un ancien mec célèbre parce qu'il était Ministre de la Magie, apparemment, c'était son buffet préféré. Ouais je sais, c'est de l'info hyper importante. Potter la faisait tournoyer sur elle-même alors qu'elle riait aux éclats.

Sirius s'est installé lourdement sur le fauteuil, perchant ses jambes sur un des accoudoirs, posant sa veste négligemment sur le sol, il ouvrit la bouteille d'une main et en prit une gorgée. Puis il posa la bouteille sur la table basse, et sortit une cigarette de la poche de son pantalon qu'il alluma aussitôt. Il n'avait jamais eu l'air aussi désinvolte, ses cheveux tombant devant ses yeux et la fumée de sa cigarette empestant mon salon. Il fit apparaître des verres nonchalamment, presque comme si cela n'était pas de la magie avancée, et je le détestai l'espace d'une seconde.

-Vous êtes ensemble depuis longtemps ? Demandais-je à Potter et McKinnon, j'étais surprise par leur relation, déjà parce qu'elle avait l'air bien trop cool pour lui, et en plus parce qu'il avait apparemment abandonné l'idée de pouvoir se taper Lily Evans. Excusez ma familiarité, mais y a pas d'autre façon de le dire, franchement.

Ma question n'a reçu que des éclats de rire en réponse, et c'est Sirius, pleurant presque de rire et tordu en deux sur le canapé, qui me fit l'honneur de m'apprendre que Potter et McKinnon étaient plus ou moins cousins et qu'ils avaient grandis ensemble.

-Ca veut rien dire tu sais, chez les Sang-Purs être cousins c'est rien, c'est même bien vu, répondis-je, à moitié vexée par leurs rires.

On s'est assis et on a bu, beaucoup trop bu. Puis nous avons dansé, Marlene et moi, alors que Sirius jouait aux cartes, fumant une énième cigarette, pendant que Potter farfouillait dans mes meubles à la recherche d'objets sordides.

Marlene était en train de danser d'une façon plus ou moins suggestive, ses mains parcourant son corps alors qu'elle faisait tourner son bassin et qu'elle tournoyait sur elle-même, avant qu'elle ne se mette à me prendre les mains et de les poser sur ses hanches. C'était définitivement une danse Moldue, aucun Sang-Pur ne se serait jamais risqué à commettre une telle chose. C'était primaire et lascif, hypnotisant et électrisant. La chanson a changé, mais nous avons continué à danser, elle et moi alors que je me baissais pour prendre la bouteille d'hydromel laissée par terre, en buvant une gorgée avant de la passer à Marlene.

Soudain, Potter a poussé un léger cri, et j'ai cru qu'il était mort, la panique me faisant flancher les jambes. On n'était jamais en sûreté où que ce soit, pas même dans son propre salon, dans cette guerre.

-Hé, Sirius, c'est Black Dog, ta chanson !

-Je sais, lui répondit Sirius, un sourire narquois sur le visage. J'attendais que tu t'en rendes compte, t'en as mis du temps.

-Pourquoi c'est ta chanson ? demanda Marlene, qui me devança.

-C'est une blague entre nous, c'est tout, dit-il en haussant les épaules. Il fit un clin d'oeil vers Potter, et je pouffais de rire. Ils n'étaient pas discrets, je n'avais pas la moindre idée de ce que pouvait bien signifier cette chanson pour eux, mais il était clair que ce n'était pas juste une blague.

-Faut toujours qu'il fasse son mystérieux, c'est dingue. Genre tu t'es tapé une meuf sur cette chanson, c'est ça ? S'emporta Marlene, s'arrêtant de danser un instant, les bras qu'elle avait posés sur mes hanches retombant vers elle.

-Une ? Non, une bonne douzaine, même, répondit-il au tac au tac.

Marlene éclata de rire, avant de poser ses avant-bras sur mes épaules, et on a continué de danser pendant un moment, avant qu'elle ne prenne la parole.

-T'as genre des yeux trop beaux, me dit-elle, l'alcool la faisant marmonner légèrement.

-C'est parce que tu peux y voir la noirceur de mon âme que tu me dis ça ? Lui répondis-je en souriant.

Elle pouffa de rire, me fit tourner sur moi-même d'une seule main, et me dit : « nan, ils sont genre super clairs, j'ai toujours voulu avoir les yeux clairs. Mais non, ils sont marron, et moches. Moi au moins, ils sont aussi noirs que mon âme ! »

Et on a rit toutes les deux, avant que je n'essaye de la faire tourner. Ce qui fut un échec parce qu'elle perdit l'équilibre et qu'on est toutes les deux tombées par terre. Elle était plutôt fun, cette Marlene, quand j'y repense. J'ai entendu dire qu'elle avait été tuée par Travers, quoi, deux ans après moi ? J'aurais dû le tuer quand j'en ai eu l'occasion, mais ça je vous en reparlerai plus tard, sinon ça va mélanger toute l'histoire.

On a tenté de se relever, alors que Sirius et Potter étaient pliés en deux riants aux éclats. Ni l'un ni l'autre ne venant nous aider.

-Venez m'aider, bande de lâches ! Cria Marlene, cherchant désespérément de l'aide.

-J'peux pas, j'suis trop beau pour ça, rétorqua Black.

J'ai tant bien que mal réussi à me relever, non sans lever les yeux au ciel face à une telle démonstration de narcissisme, tirant Marlene par le bras pour la traîner jusqu'au canapé, nous resservant à boire, et enlevant mes chaussures.

-On joue à un jeu ? Demanda Potter, qui revint vers nous, au centre de la pièce, avec deux ou trois babioles dans les mains.

-Tu m'as piqué quoi, espèce de kleptomane ?

-Je sais pas, des trucs.

-Fais gaffe, y a des objets qui m'ont pas l'air très nets là dedans, y a des trucs, je sais même pas ce que c'est.

Il avait l'espèce d'outil en argent qui m'avait blessée lorsque j'avais emménagée dans les mains, mais qui ne semblait pas l'avoir effleuré. Le monde était cruellement injuste. Sirius releva soudainement la tête en m'entendant parler, analysant du regard les trouvailles de Potter.

-Ca te manque tant que ça la magie noire ? lui demandais-je, narquoise.

-Mais tellement, t'imagines même pas à quel point ça me manque de pas risquer de me blesser avec n'importe quel truc qui traîne dans les placards. Fais-voir le truc, là, demanda-t-il à Potter, lui tendant la main.

-J'ai déjà vu ça quelque part, dit-il en prenant une petite boite en ivoire des mains de Potter.

-Je l'ai laissée, y avait rien dedans et je sais pas à quoi elle sert.

-Bon alors, on joue ? S'impatienta Potter.

On s'est mis à jouer à un jeu que je connaissais pas, mais qui consistait à boire ou répondre à une question sans mentir. Je leur ai dit que s'ils voulaient j'avais sans doute du Veritaserum qui traînait quelque part, et que ça serait plus rapide, mais ils m'ont répondue que le plus drôle dans l'histoire c'était quand les gens préféraient boire.

Au bout d'une heure, Potter est parti explorer les étages, voulant faire le tour du domaine. On l'entendait d'en bas nous crier ses commentaires, somme toute peu intéressants, sur ma déco ou sur la taille du manoir.

-Il est plus grand que le mien ! Hurla-t-il à un moment. Je suis super jaloux !

-C'est parce que tes ancêtres sont pas des enflures qui ont profité du pognon des autres ! Lui répondis-je.

L'un des tableaux sur le mur se mit à crier au scandale, m'insultant de tous les noms, vociférant des atrocités qui, dans mon état d'ébriété, me faisaient rire aux éclats. J'aurais aimé que vous puissiez voir ce moment, j'étais totalement libérée à ce moment précis. Libérée du poids et des responsabilités qui incombaient à quelqu'un de ma lignée, de l'horreur que j'avais vue de mes propres yeux, de la peur qui m'étouffait quotidiennement, du silence qui était devenu indissociable de mes journées, la moindre seconde en leur compagnie était une révolution en soit. J'étais entourée de bruits et de rires, de joie et de quelque chose que je n'arrivais pas à discerner. La vie était belle, quand on n'était pas une Sang-Pur coincée en plein milieu d'une guerre qui la dépassait.

-Les Moldus ont de la chance, dis-je tout haut, sans vraiment m'en rendre compte.

-Leurs tableaux parlent pas, c'est vrai que c'est carrément mieux en fait, dit Sirius, acquiesçant avec vigueur. Y a des gens qu'on a plus envie d'entendre une fois qu'ils sont morts, déjà que de leur vivant...

Marlene pouffa de rire, s'étouffant presque sur sa gorgée d'hydromel. Ca n'était rien, cependant, comparé à sa réaction lorsqu'elle vit James Potter entrer dans la pièce avec l'un des chapeaux ayant appartenu à ma grand-mère maternelle sur la tête. J'étais allongée sur le dos, mes doigts caressant négligemment un tapis que j'avais fait importer de France, lorsque la scène se produit. Je me suis relevée avec précipitation en entendant les éclats de rires des deux autres. J'avais la tête qui tournait, ou bien peut-être était-ce le monde entier qui tournait, mais la scène me parut tout de même incroyablement hilarante. Il est entré dans la pièce comme si de rien n'était, peut-être avait-il même oublié ce qu'il portait.

-Oh, dit-il, vous êtes jaloux, c'est ça ? Y en a plein d'autres à l'étage.

Il balança son chapeau, enfin celui de ma grand-mère pour le coup, vers nous, et vint se rasseoir. Marlene était rouge coquelicot et Sirius semblait avoir mal au ventre à force de rire. Je peinais moi-même à retrouver mon souffle, et il nous fallut cinq minutes avant de nous calmer.

Je ne sais plus vraiment vers quelle heure on est partis se coucher, mais je me souviens que le soleil se levait presque dans le ciel, et que j'étais terrorisée à l'idée de me retrouver seule dans ma chambre à nouveau. Le silence était devenu mon ennemi. Alors, pendant que les autres commençaient à se lever pour tituber jusqu'aux chambres à l'étage, je suis restée un peu en bas pour « nettoyer », profitant de la musique cinq minutes de plus, les regardant monter un à un, Sirius me lançant un regard inquiet, et à qui je souris en retour. Et puis je suis montée, à contrecœur, repoussant encore l'échéance en allant prendre une douche. Je me souviens d'avoir glissé sur le carrelage de la salle de bain, m'accrochant à la baignoire pour me déshabiller sans tomber, avant d'y grimper. Et puis je me suis assise sur la céramique froide, laissant couler l'eau presque brûlante. Je suis restée comme ça un moment, avant de me décider à sortir, enfilant un peignoir et séchant mes cheveux du mieux que je pouvais.

J'ai ouvert la porte de ma chambre, attenante à la salle de bain, laissant tomber la serviette que j'avais enroulée autour de mes cheveux derrière moi, j'ai enlevé mon peignoir et enfilé une robe de chambre avec détermination, et me suis effondrée sur mon lit.

Ce que je n'avais pas prévu, en revanche, c'est qu'il y ait quelqu'un d'autre que moi qui s'y trouvait déjà.