Chapitre 35 : La première bataille : partie 2.
Je n'ai pas immédiatement compris ce qu'il se passait, j'étais persuadée que les Aurors étaient arrivés et qu'ils étaient en train d'essayer de faire fuir les Détraqueurs. Le bruit m'intriguait, cependant, car je ne comprenais pas pourquoi ils avaient besoin de leur jeter des sorts de combat. Et puis, une explosion tout près, mes oreilles qui bourdonnent et des bruits de pas qui retentissent de plus en plus fort. Mon cœur qui tambourine derrière mes côtes, mes mains tremblantes, et des étincelles dorées qui sortent de ma baguette. Des gens qui s'approchent de moi en reculant, pointant leurs baguettes vers un groupe aux visages cachés par des masques qui me sont bien trop familiers. Des fourmillements qui me picotent les extrémités. Je sais ce qu'il va se passer. Je comprends ce qu'il se passe. J'inspire profondément, j'expire doucement, ne quittant pas la scène des yeux. Je resserre instinctivement mes doigts sur ma baguette, j'ai l'impression qu'ils ne m'appartiennent pas vraiment, et j'ai les larmes aux yeux. J'ai compris qui était derrière ces masques. La réalisation fait mal. J'ai le sentiment d'avoir échoué, d'avoir failli à mon devoir, mais je n'ai pas le temps de m'en préoccuper.
-Expelliarmus !
-Confringo !
-Protego ! Hurlais-je, alors que le sort s'apprêtait à faire exploser la vitre à ma droite.
Ils se rapprochent de moi, j'avance vers eux, ne réalisant pas vraiment ce que je suis en train de faire. Un autre Confringo qui fait exploser un bout de porte d'un compartiment avoisinant, des bouts de bois qui volent de partout. Je réalise que les personnes à mes côtés ne sont autres que Sirius, Evans, Remus, et des visages que je n'arrive pas à apercevoir dans la précipitation. Ils sont peut-être une dizaine, masqués, contre cinq, et il est clair qu'il s'agit d'un combat qui va au delà des habituelles bagarres entre sorciers. Il y a des sorts informulés qui volent de tous les côtés, j'ai l'impression d'être sur un champs de bataille. Sauf que le couloir est étroit et qu'il y a des enfants que je voulais protéger à tout prix.
J'ai hésité, un bref instant, je ne sais même pas si ça a duré une seconde, à me barrer de là en courant, à m'enfermer dans un wagon et à me cacher avec tous les plus jeunes. Mais je me sentais obligée de rester pour me battre, pour une raison que je ne comprends pas vraiment. Peut-être était-ce parce que je ne voulais pas que ces enfants soient aussi traumatisés que je ne l'étais, ou bien parce que je savais à présent ce que cette guerre impliquait, ce qu'elle pouvait vous faire. Quoi qu'il en soit, j'ai moi aussi commencé à jeter des sorts, avec une colère que je ne me connaissais pas.
-Expelliarmus !
Il y eut des sorts qui se mélangèrent entre eux, dans une sorte de valse de jets de couleurs qui aurait pu être jolie si elle n'était pas aussi désastreuse. J'ai vu Remus Pinpin du coin de l'œil, tomber au sol, raide, comme figé, alors que Lily Evans poussait un cri qui me semblait être un cri de douleur. J'étais soudainement effarée de voir le sang qui coule sur sa joue, et l'horreur refit surface, comme si elle n'avait même jamais vraiment disparue.
-Petrificus Totalus ! Lançais-je, presque à l'aveugle, mes yeux embués par les larmes qui refusent de couler, sur la masse quasi-informe de Mangemorts en face de moi.
-Sectumsempra ! Réplique une voix grave, inconnue, inhumaine, peut-être. Mes émotions se mélangeaient. De la peur, de la tristesse, de la déception, de la haine, de la colère, un soupçon d'émotivité et une pointe d'amertume. Y avait de quoi en faire une sacré potion.
Le Sectumsempra ? Ah, oui, oui en effet. Un sort très particulier. Il s'agissait d'un sort que je ne connaissais pas, à l'époque, et quand l'un des autres me le lance, sa baguette décidément pointée vers moi, je suis pétrifiée par la peur, aussi statique que Remus Pinpin ne l'était à ce moment là. Heureusement pour moi, quelqu'un, que je présume être James Potter, le seul à se trouver assez près de moi, me pousse hors du chemin, mais je suis quand même égratignée. Ma chemise, blanche, de surcroît, est tâchée de sang, et la douleur se fait ressentir dans ma poitrine. J'ai l'impression que quelqu'un a tenté de me transpercer le corps avec une épée. Je suis blessée à la clavicule. Potter aussi, saigne, il s'agrippe le bras instinctivement et je me sens effroyablement coupable de le voir souffrir pour moi. Je me détourne de lui, ne réfléchissant plus vraiment à ce que je suis en train de faire. Je déglutis, crispe mes doigts et je suis enfin prête.
-Videntrailles ! Lançais-je, sachant très bien que s'ils ne réussirent pas à éviter ou à contrer ce sort, celui qui se allait être touché finirait soit à Sainte-Mangouste soit au cimetière. La colère me fait faire des choses atroces, j'en ai conscience. Et c'est un cri qui aurait sans doute dû me glacer le sang qui retentit dans le couloir du wagon. je ressentis cependant une satisfaction presque morbide, me délectant de la souffrance d'un être abjecte. Je savais que c'était mal, que je n'étais pas censée leur faire de mal, enfin, pas vraiment. Parce que ce n'était pas ça, être gentil, non ? Enfin, tous ceux qui étaient à mes côtés ce jour-là ont fini par faire des choses horribles, eux aussi, dans leur combat contre les forces du mal. j'imagine que j'étais seulement la première à craquer. C'est l'un des trucs qu'on ne vous dit pas, quand vous combattez le mal. Vous aussi, vous devez faire du mal, pour gagner. Parce que le camp d'en face ne fera jamais d'exception pour vous. Il veut votre mort. Il faut que vous vouliez la sienne, pour au moins espérer vous en sortir vivant. C'est l'une des choses les plus horrible dans cette guerre.
-Je t'avais dit que c'était une traître ! Traître à ton sang ! Endoloris ! Me lance alors une voix que je crois reconnaître, alors que deux d'entre eux essaient d'escorter le blessé par la porte du wagon, traînant son corps alors que Sirius leur lance une salve de sorts qui les poussent à se retrancher derrière l'autre groupe. Ils s'accroupissent, pensant être hors de portée, ce qui aurait pu être vrai s'ils n'avaient pas été pile dans mon champ de tir.
-Protego ! Bombarda Maxima ! Criais-je, les larmes aux yeux.
-Endoloris ! Crève, sale traître !
Cette fois-ci, je sais à quoi m'attendre, et alors que je me retrouve coincée entre Sirius et le mur, m'empêchant d'esquiver, et que j'hésite à le pousser hors du chemin pour pouvoir me défendre tranquillement, c'est finalement lui qui jette le sort de protection pour me défendre.
-Hé, Avery ? Va te faire foutre ! Criais-je, visant le Mangemort qui se situe près des fenêtres. Je lui ai lancé le premier sort qui m'est passé par la tête, un sortilège de Chauve-Furie. Et c'est là que ça a, encore, oui, je sais, empiré. Je vous dit que c'était pas ma journée.
Surpris par l'apparition soudaine de ces suppôts de Satan, ou de Grindelwald, c'est selon, les Mangemorts se sont mis à agiter leurs baguettes dans les airs, tirant à l'aveuglette pour tenter de s'en débarrasser. L'un de leurs sorts atterrit contre les vitres du wagon, il y eut des éclats de verre, froids et durs, et qui me coupèrent les joues et les mains, mais je ne reculais pas. Le vent s'engouffrait avec force, faisant voler mes cheveux derrière moi, mes mains tremblaient toujours autant. Tout n'était que sensation à ce moment précis, le reste ne pouvait décemment exister. Je savais que Regulus était parmi eux, et je le haïssais. C'était une haine étrange, ce qu'il faut que vous compreniez, c'est que je n'avais pas envie de le haïr. Mais il me forçait la main, pour être honnête. Je le haïssais parce qu'il était devenu mon ennemi, parce qu'en le devenant, il m'avait forcée à devenir la sienne.
Vous savez, j'avais jusqu'alors passé toute mon existence à éviter de me faire des ennemis. Je n'étais pas faite pour ça, j'étais une femme mondaine, enfin, une adolescente, si vous préférez. J'étais née, enfin, j'avais été élevée, avec pour seule ambition de me faire des relations. Et puis d'apprendre, encore et encore, de nouvelles choses chaque jour... mais c'est une autre histoire. Cette foutue guerre a tout gâché. Tout. Même moi, petit pion invisible de l'Histoire. J'imagine que c'est ça qui vous intéresse, pas vrai ? Le fait de savoir qu'il y a une histoire cachée, oubliée de la guerre contre Voldemort. De savoir que les héros de la guerre ont eu une vie, autre que celle que tout le monde connaît. J'ai même parfois du mal à me rendre compte que les personnes que j'ai connues moi-même sont les mêmes que celles qui sont décrites dans les livres d'histoire de la magie. C'est dingue, non ?
Enfin bref, j'en étais où ? Les éclats de verre, c'est ça ? Merlin que je n'étais pas belle à voir ce jour-là. Remus Pinpin s'est relevé, rapidement, et s'est littéralement jeté tête la première sur l'un des Mangemorts qui attaquait Queudver, le plaquant au sol, et lui assénant des coups de poing sur le visage, avant que le Mangemort, que je présumais être Yaxley, au vu de sa taille et de sa corpulence, n'arrive à le faire valser dans les airs.
Et c'est là, alors que Sirius et Potter avaient l'air le plus meurtrier que je leur avais vu sur le visage, leurs bouches déjà entrouvertes, que les Aurors sont apparus tout près du train. Le bruit nous a tous fait tourner la tête, et le groupe de Mangemorts en herbe s'est mis à partir en courant.
Je me suis mise à courir, moi aussi, les pourchassant, baguette levée, jetant une demie-douzaine de sorts vers eux, alors que Sirius criait mon nom, me disant de revenir, avant de m'arrêter, épuisée, et me rendant bien compte que mes efforts étaient vains. J'ai marché d'un pas lent vers les autres, me rendant compte, avec la distance, de l'intensité du combat qui venait de se passer. Le couloir était dévasté, méconnaissable. Tout comme les autres, d'ailleurs. Sirius boitait, Remus Pinpin... Non, c'était pas Pinpin. Lu... Lupin ? Oh, évidemment, Lupin ! Remus Lupin, donc, s'était assis sur le sol et se massait l'épaule, alors que James Potter examinait la blessure de Lily et que Peter appelait les Aurors à l'aide depuis la fenêtre béante. Les détraqueurs, que j'avais absolument oubliés, étaient toujours en train de rôder, n'osant pas trop s'approcher, j'imagine que le Patronus de Slughorn devait être sacrément efficace.
Je me suis approchée de Sirius, des bouts de verre dans les cheveux, dans la peau, la chemise ensanglantée, la lèvre ouverte, alors que lui même n'avait pas l'air d'aller bien mieux, et je l'ai serré dans mes bras aussi fort que je le pouvais.
-Tu vas bien, Potter ? Demandais-je soudain, réalisant qu'il venait de me sauver la vie, m'éloignant de Sirius, mais gardant mes bras autour de son cou.
-Oh, euh, ouais, ça va, ça saigne pas beaucoup, c'est comme toi, ça m'a seulement effleuré. Regarde, c'est presque rien ! Me rassure-t-il en me montrant son bras, dont la coupure sanguinolente semble tout de même bien profonde.
Il a bien dû voir à la grimace que je faisais qu'il ne me dupait pas vraiment, mais j'appréciais son geste.
-Et toi, demanda-t-il, fais voir.
Je me suis détachée complètement de Sirius, libérant mes mains pour ouvrir le premier et le deuxième bouton de ma chemise. Mes mains tremblaient toujours autant, peut-être même plus qu'avant, et j'étais terrifiée par ce que je m'attendais à voir en baissant les yeux.
Rien qu'en entendant les bruits que firent les autres en voyant la lésion sous ma clavicule, j'ai su que ce n'était pas beau à voir.
-Oh la vache, tu vas avoir besoin d'aller à l'infirmerie, ça a pas l'air beau, dit Sirius, posant ses mains sur mes épaules, rapprochant sa tête pour regarder la taillade de plus près.
-On va tous finir à l'infirmerie en rentrant, riais-je faiblement, embrassant son front, essayant de le réconforter. J'étais moi-même soulagée par sa présence mais à bout de forces. J'avais envie d'aller me coucher, ou de prendre un bain, et de ne plus jamais en ressortir.
-Madame Pomfresh va être ravie, soupira Remus Lupin.
Et je peux vous dire que cette pauvre Pomfresh fut absolument tout sauf ravie de nous voir, nous et d'autres jeunes blessés. Certains des plus petits s'étaient évanouis à l'arrivée des Détraqueurs, d'autres s'étaient, comme nous, battus, ou s'étaient pris des bouts de verre. Je ne sais pas comment le groupe des Mangemorts, appelons-les comme il se doit, a fait pour se soigner sans avoir besoin d'aller à l'infirmerie. Car je peux vous garantir qu'un sort de Videntrailles nécessite des soins intensifs. Je le sais, j'ai dû en soigner deux pendant mon année à Sainte-Mangouste. Mais je vous en reparlerai plus tard. Enfin bref, quoi qu'il en soit, aucun de ceux que je soupçonnais d'être nos agresseurs n'a pointé le bout de son nez. J'avais pourtant passé la nuit à guetter la grande porte depuis mon lit, avec pour seul compagnon le bruit de la respiration légèrement sifflante de Potter qui lui, n'avait pas eu de mal à trouver le sommeil.
On s'est fait interroger par les Aurors le lendemain de notre arrivée, en groupe puis individuellement. Je leur ai fait voir ma blessure, pour corroborer mes propos, essayant de leur faire comprendre pourquoi j'avais dû leur jeter un sortilège de Videntrailles, parce que, soyons honnête, il faut être soit complètement fou soit désespéré pour lancer un sort pareil. « Vous devriez mettre des Aurors à Sainte-Mangouste pour vérifier qu'il n'y a pas quelqu'un qui en est mort. Juste pour être sûrs. » Je leur ai également dit que j'étais certaine d'avoir reconnu au moins deux de nos agresseurs. « Non, pas à leur visage. A sa voix et l'autre à sa corpulence. Avery et Yaxley. J'en suis certaine. Je les connais. Avery est un psychopathe, il veut me torturer depuis des mois.» Mais apparemment ce n'était pas assez pour faire envoyer quelqu'un à Azkaban. Je peux vous dire que l'Auror qui m'a interrogée a dû bien s'en vouloir trois ans plus tard quand ils se sont aperçus que j'avais eu raison depuis le début. M'enfin, faut croire que j'étais trop avant-gardiste pour eux.
Oh, et du coup, toute la cérémonie a été repoussée au lendemain soir, et les cours reportés également. J'ai loupé le discours de Dumbledore qui l'annonçait, car Madame Pomfresh avait du mal à faire fermer ma blessure faite par le Sectumsempra, tout comme celle de Potter. Elle avait l'air inquiète. Et plus elle avait l'air inquiète, en analysant nos blessures, plus je m'inquiétais. Celle de Potter était pire que la mienne. Et je me sentais mal pour lui.
-J'ai déjà été coupé comme ça, dit-il soudain, l'air pensif, les sourcils plissés, il avait enlevé ses lunettes pour se frotter les yeux, avant que Madame Pomfrey ne lui reprenne le bras pour l'examiner à nouveau. C'était peut-être y a deux ans. Aïe, s'exclama-t-il alors qu'elle pressait ses doigts autour de la plaie. La blessure a fini par partir avec de l'essence de Murlap, continua-t-il, mais c'était pas aussi profond que ça.
Madame Pomfresh émit un grognement qui me fit légèrement peur. Elle s'affairait sur le bras de Potter, ses doigts pressant toujours sa chair, ses sourcils plissés au milieu, avec encore plus d'intensité que Potter. Lui-même avait presque l'air passible, en comparaison. Enfin, presque. Il était évident qu'il était en train de souffrir.
-Vous avez eu de la chance, Monsieur Potter, soupira Pomfresh. Ça aurait pu être bien pire. Ça m'a tout l'air d'être de la magie noire. Très noire. C'est un sort qui est fait pour être mortel. Vous voyez, dit-elle, sortant sa baguette de sa poche, j'ai l'impression que le sort empêche la cautérisation de la plaie. C'est étrange.
Elle se releva, alors que ses yeux s'écarquillèrent soudain. Elle se mit à marmonner dans sa barbe, inexistante, avant de courir vers son bureau.
Potter et moi nous sommes regardés avec incrédulité. Il a profité de son absence pour remettre ses lunettes et s'est mis à examiner lui-même la taillade sur son bras.
-Je crois qu'elle me l'a un peu soignée. Tu trouves pas ? Regarde, elle est un peu moins profonde qu'hier, non ?
-Je sais pas, oh, oui peut-être un peu. Ça doit être grâce à l'essence de Murlap, si ça a marché la dernière fois, ça doit être ça.
Madame Pomfresh est revenue vers nous en courant, brandissant un vieux grimoire dans les airs, l'air triomphante.
-Je crois que je sais comment soigner ça !
