Salut à tou·t·e·s ! :)

Alors quelques avis sur ce qu'il va arriver ?

Bonne lecture 3


Chapitre 13

« Si j'avais su qu'on passerait autant de temps à décrypter l'écriture des élèves... soupire Anak. J'aurais dû faire prof d'archéologie !

- Et encore, dis toi que ce n'est pas les pires. Les premières années ont une écriture désastreuse... marmonné-je.

- De quoi vous parlez ? S'étonne Valérian. »

Anak et moi jetons un coup d'œil par dessus son épaule. Je manque de m'étouffer de rire. Toutes ses copies ont une écriture délicatement ciselée, impeccable. Comme si tous les élèves voulaient faire plaisir à Valérian et lui rendre la tâche la plus agréable possible. Je m'en retourne au torchon de Peterson qui semble ne pas avoir compris que je ne vais pas lui mettre une bonne note juste par ce qu'il écrit deux pages de plus. Comme dirait Bilbo Baggins, c'est comme étaler du beurre sur une tartine trop longue : ça ne marche définitivement pas.

« Je vais me faire injecter des gènes de vélanes j'crois bien ! »

Je porte ma tasse de thé brûlante à mes lèvres tandis que Kenneth d'un coup de baguette fait repartir une nouvelle dose de café. La salle des professeurs est presque déserte le mercredi après-midi, et c'est presque une tradition de venir corriger tous ensemble nos copies. L'activité la moins stimulante et la plus laborieuse se fait généralement en groupe sur fond de musique zen de façon à ne pas déchirer de frustration les parchemins les plus mauvais. Ce qui est arrivé plus d'une fois à Murdock, qui ne prends d'ailleurs même pas la peine de recoller les morceaux avant de balancer sa copie à l'élève en aboyant un « torchon d'merde ! ».

Kenneth vient s'assoir à côté de moi, offrant une tasse de café à Anak au passage. Il corrige ma traduction des runes elfiques pour mon article. Je n'ai jamais été très douée pour les subtilités des symboles du Moyen Age. Je remonte mes lunettes sur mon nez, fronçant les sourcils. Peterson se fout littéralement de ma tronche. D'un geste sec j'inscrit un T sur la copie, et il compte avoir ses ASPICS à la fin de l'année ? Ben ça m'étonnerai en Histoire.

« Z'êtes bien studieux !

- T'as pas des copies à corrige Murdoch ? Fais suspicieusement Valérian.

- Cette semaine c'était exercice pratique.

- Exercice pratique ? En histoire ?

- Ah ben oui, t'aurais aimé ça Kenny. On a reconstitue la prise d'Esagroth. Tu peux être sûr que tout va leur rester en tête jusqu'à l'examen !

- Et jusqu'à la fin de leur vie peut être...

- Encore mieux ! Bon on se fait un p'tit Bille'roule ?

- C'est un groupe de travail...

- Ah non mais pas de soucis, j'vous regarde travailler pendant que je joue moi y'a pas de soucis ! »

Lassée de ses fichues copies interminables de stupidités, je les pose sur la table basse et me lève pour le rejoindre.

« Allez, une p'tite partie, sourié-je.

- Ca c'est ma p'tite Sib ! »

OoOoOo

« Sympa ton appart dis donc ! Si j'avais su j'en aurais accepté un aussi ! »

Histoire de débarrasser, je ramasse les livres qui calent le pied de ma console et retire mes foulards de mon fauteuil. Anak retire ses chaussures, j'en profite pour enlever les tasses sales de ma table basse et les balance dans l'envier.

« Je t'en pris, installe toi.

- T'as une sacrée collection dis donc ! Siffle-t-elle. »

Je relève la tête des placards, elle admire mes livres éparpillés dans toute la pièce. Je rougis de honte. Je n'invite jamais personne à venir prendre le thé chez moi. Et c'est un vrai bordel, je n'ai pas eu le temps de ranger. Ça s'est fait comme ça après notre session à la salle de sport et maintenant elle a une vision impayable de mon sens de l'organisation. Elle se laisse glisser sur le fauteuil d'un rouge passé, s'enfonce entre les coussins en poussant un soupir de soulagement. Apparemment nullement offusquée du bazar qui s'offre à elle.

« Si j'avais sû, j'aurais un peu rangé, m'excusé-je.

- Oh non t'inquiète ! Ton appart a l'air de l'antre d'un Zatarg comparé à celui

- Je vais prendre ça comme un compliment alors, sourié-je, thé noir ou vert ?

- Noir, sans sucre. C'est dingue tout ce que tu as comme bouquins de SF !

- Oh oui... Beaucoup ne sont pas si bons que ça mais je n'arrive pas à me décider à les jeter...

- Faut dire que ça peut faire de bon cale meuble !

- Entre autres, rougissé-je. »

Beaucoup sont des souvenirs d'enfance. Mes doigts courent sur la version toute cornée de Narnia que papa m'a offert pour mes sept ans. Alors même si je ne les ouvre pas souvent, les savoir autour de moi me rassure. Ils me font me sentir pleinement chez moi. Anak brasse d'un coup de baguette son thé avant de le porter à ses lèvres.

« Même si c'est sympa, je crois que j'ai encore besoin de surveiller mon frangin. Puis je crois que je pourrais pas vivre toute seule.

- On finit par s'habituer et apprécier un peu de solitude.

- C'est vrai qu'ici c'est un vrai petit nid !

- C'est un abris aussi je crois, murmuré-je. »

Elle me glisse un regard long et silencieux. J'apprécie qu'elle ne relève pas.

« Wow mais t'as aussi une sacré collection de DVD ! S'écrit-elle, H2G2 ? C'est quoi ça ?

- Oh ! Tu ne connais pas ? Il faut vraiment le voir, c'est super loufoque !

- Tu me le prêtes ? Se retourne-t-elle. »

J'hésite un instant qu'elle interprète avec un air gêné :

« Enfin j'veux pas non plus te mettre la pression hein...

- Oh non ce n'est pas ça, la rassuré-je, mais si tu veux rester dîner on peut le regarder ce soir.

- Ah ben carrément alors ! »

Surprenant, je crois que je ne me rappelle pas la dernière fois que j'ai invité quelqu'un à venir manger chez moi.

OoOoOo

« Oh Sib ! Ça sent bon ! Tu nous a fait quoi ?! »

Niail débarque dans la cuisine, son bonnet encore sur la tête. Anak se retourne et le salue. Il la dévisage, éberlué. Passe ses yeux de son visage au mien avec interrogation.

« Du chili ! Répond Anak.

- Ben si je m'attendais ! S'exclame-t-il.

- Comment ça ?

- Nia tu es au courent qu'ici c'est chez moi ? Et que tu as ton propre appartement à Ilvermorny toi aussi ?

- Ben c'est pas souvent que Sib a de la visite, on va dire qu'elle est plutôt du genre casanière..., souffle-t-il à l'oreille d'Anak en s'asseyant. »

Je préfère ignorer sa remarque, et lui sort une assiette. Mon frère n'a jamais pu supporter la solitude, c'est pour ça qu'il a toujours une copine, qu'il ne dort jamais chez lui si il n'a pas de coloc ou de personne dans son lit. Il est malade de contact humain, peut être parce que d'une certaine façon ça lui donne l'impression d'exister.

« Et sinon, c'est comment de faire rentrer du plomb dans la cervelle de mioches ? demande-t-il la bouche pleine.

- ça fait aller, répond Anak, ya des éléments perturbateurs mais je les cadre plutôt bien !

- Mwouaiiiis, se moque-t-il, j'ai dû mal à croire que ta frimousse fasse peur à qui que ça soit !

- Ne sous-estime pas le pouvoir chamanique de mes ancêtres, nargue-t-elle.

- Oulaaa moi j'veux pas être maudit sur cinq générations ! Et sinon tu vas aider Sib à sortir de sa tanière ? J'te le dis, c'est pas une mince affaire !

- Euh, merci de prendre en considération le fait que je suis ici, coupé-je.

- Ya rien de mal à rester tranquille chez soi pour regarder un film je trouve.

- Un film ? blémit-il, ah non, pas encore !

- Si tu n'es pas content, tu peux toujours aller passer la soirée avec Hanabi.

- Tu sais bien que je peux pas manquer une occasion de déguster les bons petits plats de ma soeurette, lâche-t-il avec un clin d'oeil.

- On va regarder H2G2, fait Anak.

- Sérieux ? »

Il se gratte le crâne, pensif. Avant de décider que décidément ça fait longtemps qu'il n'a pas vu Martin Freeman se faire bazarder dans la découverte galactique. Je glisse un regard désolé à Anak, mais elle semble parfaitement d'accord avec l'idée d'avoir mon frère pour lui souffler toutes les répliques en postillonnant du popcorn sur elle.

« Tu ne sais pas dans quoi tu t'engages... Il peut être insupportable, soupiré-je.

- Oh ça peut pas être pire que mon cousin Jarg !

- Crois moi... Ca peut... »

OoOoOo

L'eau battante dégouline sur mon manteau, s'infiltrant à travers lui pour venir me glacer les épaules. Mon parapluie n'est d'aucune utilité contre le vent. Un frisson me parcourt les bras, l'entrée du bar ne m'a jamais paru aussi bienvenue. Je m'ébroue, tel un chien mouillée. Instantanément de la buée se dépose sur mes lunettes.

« Sib !

- Salut Murdock, je suis en avance ?

- Naaaan, on est jamais trop en avance pour un verre ! »

Je me débarrasse de ma veste dont s'empare le porte-manteau en un simulacre de courbette. Je m'assois alors au comptoir auquel est accoudé Murdock et sa pinte de bière. Il s'esclaffe de mon visage, mes cheveux collés à mes joues. Je rougies et retire mes lunettes, d'un coup de baguette il fait s'évaporer l'eau des verres. Je le remercie d'un sourire.

« C'est pas mieux comme ça ? Allez un verre de whisky pour réchauffer ma collègue Marcello !

- Euh, du whisky... Je suis pas...

- Allez, Sib, c'est jour de fête ! Notre bel étalon va fêter sa première ride !

- Comme si un vélane pouvait vieillir...

- Ah ben c'est sûr que ça a des avantages de chier des paillettes et des arc-en-ciel à la gueule de tout le monde à chaque fois qu'on ouvre sa délicate bouche !

- Charmant.

- J'ai toujours été considéré comme un poète dans mon clan ! Se vante-t-il.

- Ce qui ne présage rien de bon sur l'actuel talent du poète moyen chez les nains !

- Un jour, je t'emmènerai voir ce qu'ils font, m'assure-t-il avec un clin d'oeil, tu risques pas d'être déçue du talent moyen de ma race Sib. »

Marcelo fait glisser le verre sur le bois lissé par l'usure du bar et Murdock me le tend d'autorité. Je trinque avec lui. Le liquide brûlant coule dans ma trachée comme le feu d'un volcan.

« Encore un nouveau rencart Murdock ?! l'apostrophe le barman.

- Un nouveau rencard ?

- Aaaah, pas celle-là non Marlo ! »

Murdock se caresse la barbe avec satisfaction, visiblement à la pensée de son précédent rencart. J'arque un sourcil, presque blessée de ne pas être au courant. On passe nos journées dans le même département que l'on dirige ensemble, et je ne sais même pas qu'il voit quelqu'un. Un fossé entre nous, nous ne sommes pas vraiment amis. Peut être est-ce de ma faute plus que de la sienne, après tout je ne partage pas beaucoup non plus. Un serrement au cœur me coupe l'envie de boire. L'eau ruisselle sur la vitre. J'ai envie de rentrer chez moi maintenant.

Il balance son énorme biceps sur mes épaules, goguenard. Me plaquant sa joue barbue, étonnamment lisse et douce, sur la mienne. La proximité pourtant familière me lance une vague de malaise, à quoi ça rime tout ça ? Il lève son verre :

« Comme quoi, sentir la sueur et le nain des cavernes ça peut avoir autant d'effet que d'avoir des cils de vélane !

- Mais oui bien sûr... »

Je me retourne sur Wenda, affublée d'une paire d'escarpins vertigineux et d'une mini-robe elle semble tout droit sortie d'un magazine. Maquillée comme une voiture volée.

« Tu t'es trompé Wend, la boite de streap ease c'est la porte d'à côté !

- Va te faire foutre.

- Roooh, si on peut plus rigoler. Allez viens poser ton p'tit cul en attendant ton prince charmant. C'est ma tournée !»

OoOoOo

Voir Valérian souffler ses trente bougies a un effet inexpliqué sur mon humeur. Les feux d'artifice qui explose au dessus de l'énorme gâteau au chocolat lui arrache un sourire qui me coupe le souffle. Le temps semble n'avoir aucun effet sur sa beauté, la courbe de son sourire et les plis au creux des yeux. Mais il n'en reste pas moins que je me demande bien où les années sont passées. Je n'ai fait qu'étudier avec acharnement pour décrocher ma thèse et espérer avoir un jour le boulot de mes rêves. Je n'ai pas vraiment de vie sociale et je passe mon temps libre à lire des livres de SF.

« Ca va Sibéal ?

- Oh oui oui, très bien, je suis un peu fatiguée c'est tout. La semaine a été longue, assuré-je.

- Okay, fait Valérian pas convaincu. Tu veux du gâteau ?

- On est venu que pour ça mon vieux ! Rétorque Murdock. »

La chaleur d'une main sur mon bras me fait sortir de ma torpeur. Anak me dévisage avec sérieux. Oh, je suppose que ma morosité ne passe pas si inaperçue que ça...

« C'est la pause pipi ! S'écrit-elle.

- Quoi ?! S'offusque Murdock. On a pas entamé le gâteau !

- Et il a même pas ouvert ses cadeaux, vous êtes un peu relou les filles ! Soupire Wanda.

- Oui ben la nature n'attend pas hein ! Voilà ! »

D'autorité elle me prend le poignet m'entraîne aux toilettes.

« Qu'est-ce qui ne va pas Sibby ? »

Il n'y a que mon frère qui me pose des questions aussi frontales. Surprise, oui. Soulagée, aussi.

« C'est stupide, soufflé-je en m'appuyant sur le lavabo.

- Stupide ? Fronce-t-elle les sourcils, ben vas-y alors. Dis moi.

- C'est juste que... »

C'est difficile. Je ne sais pas si je vais y arriver.

« C'est juste que voir le temps qui passe tout ça... Je... »

Je me sens soudainement complètement ridicule. Je retire mes lunettes et machinalement nettoie les verres. Anak n'émet aucun son mais son regard sur moi est lourd. Je déglutis.

« Je crois que j'ai loupé une étape dans ma vie, et... et je me sens un peu déphasée avec le reste du monde et des gens. Je... j'connais même pas la vie sentimentale de Murdock, ya que le boulot et... et je sais pas. Ca me rend triste.

- Tu penses que tu es passé à côté de quoi ?

- De tout... des gens... »

Je me retourne sur le miroir, remonte mes lunettes sur mon nez et ramène ma mèche derrière mon oreille. Anak s'approche de moi, et me sourit gentiment.

« Les rencards de Murdock sont tellement éphémères que je crois que même lui il ne sais pas ce qui se passe réellement, alors t'en fais pas. Ca veut pas dire que vous êtes pas amis ! »

Elle m'enlace avec chaleur. La surprise me fige un instant. Peut être que je suis passée à côté de certaine personnes, c'est vrai j'ai beaucoup sacrifié. Étonnamment Merlin, je ne suis pas passée à côté d'Anak. Je n'ai jamais ressenti un tel soulagement.