Bonjour, ou plutôt bonsoir, très chers lecteurs ! Merci d'avoir jeté un oeil à cette histoire !

Voici donc le second chapitre, un peu plus court que le précédent, mais j'espère qu'il vous plaira quand même ^^ Bonne lecture !


Jack se frotta la nuque et étouffa un bâillement dans sa paume. La journée avait été longue, tellement longue. Éprouvante, aussi. Une petite fille était décédée sur sa table d'opération. Accident de la route. Hémorragie interne. Arrêt cardiaque.

Jasmine, qu'elle s'appelait.

Jack avait encore ses mains gantées entre ses côtes, quand l'affreuse sonnerie avait retenti. La réanimation n'avait même pas pu être envisageable.

Foutu timing. Foutu accident. Foutu gamine pour avoir traversé au rouge. Foutu camion pour l'avoir fauchée.

Jack se sentait amer. Il se sentait toujours amer, quand un de ses patients mourrait. Et cela arrivait souvent. On ne devient pas chirurgien, spécialisé en problèmes cardiaques, lorsqu'on ne veut pas saluer la mort de temps à autre.

Mais Jack voulait les sauver. Il voulait tous les sauver. Appelez ça un complexe du héros, si vous voulez.

Depuis toujours, Jack avait au fond de lui cette envie d'être un héro, cette envie d'être celui capable de sauver la situation. Celui qui savait être le dernier espoir.

Il endurait parfaitement la pression. Il savait toujours comment réagir. Il était toujours fiable.

Mais oh, comme les défaites lui faisaient mal. Comme il haïssait se sentir impuissant. Comme il haïssait regarder une gamine mourir.

Jack se secoua. Il n'était pas du genre à s'apitoyer trop longtemps. Aller de l'avant, c'était sa devise.

Ne pas regarder en arrière, pour ne pas sombrer. Ne pas penser à la gamine, à papa, à maman, ou à Gray. Non, surtout pas.

L'air frais de ce début janvier lui fouetta le visage, et Jack revint à la réalité. Il n'avait pas réalisé qu'il était sorti de l'enceinte de l'hôpital.

Aussitôt, un sourire prit place sur ses lèvres. Son sourire, c'était sa marque de fabrique. Brillant, avenant, arrogant.

C'était l'heure de rentrer à la maison.

Jack n'habitait pas loin de l'hôpital – à deux rues à peine, en réalité. Son immeuble n'était pas aussi chic qu'on pourrait s'y attendre, compte tenu de son métier. Son appartement pouvait même paraître presque petit. Mais c'était chez lui, et Jack avait depuis longtemps décidé que ça le resterait.

Surtout qu'il y'avait Estelle, qui vivait juste en face. Et jamais Jack n'abandonnerait sa quasi-cohabitation avec la petite dame.

Tout en jetant son écharpe et son manteau sur son canapé, Jack se débarrassa de ses chaussures. Puis, sans prendre la peine de refermer la porte, il se dirigea vers l'appartement d'en face.

Il souleva le pot de fleur à gauche de l'entrée, persuadé d'y trouver les clefs. Estelle laissait toujours un double là, au cas ou. Elle n'avait jamais voulu le confier à Jack, ou à qui que ce soit. Le chirurgien trouvait ça ridicule. Elle prenait quand même le risque de se faire cambrioler.

Quand il lui faisait remarquer cela, Estelle lui disait toujours qu'elle préférait qu'on la vole sans casser sa porte.

Jack avait donc raison, d'être tellement sûr de trouver là la petite clef qui lui permettrait de récupérer Moses – ce chat devait être devenu presque fou, à ne pas voir sa maîtresse de la journée.

Mais la clef n'y était pas.

Confus, Jack souleva le pot de droite, mais la clef n'était pas là non plus.

- Quoi ? marmonna t'il pour lui-même.

Qu'était-il censé faire maintenant ? Retourner à l'hôpital pour demander ses clefs à Estelle ? Attendre le lendemain et prendre le risque que Moses ravage l'appartement ?

Jack allait prendre le parti de téléphoner à l'hôpital pour demander des explications à sa voisine, quand il entendit du bruit venant de l'appartement.

Il se tendit instantanément. Ainsi, ce qu'il avait toujours prédit était en train d'arriver. Un sombre idiot tentait de voler son Estelle.

Jack bandit ses muscles. Il était plutôt bien bâti, et intiment persuadé de pouvoir s'occuper seul du petit merdeux qui se cachait derrière la porte. Encore son complexe du héro qui parlait, sans doute.

Prêt à se jeter au cou du cambrioleur, Jack frappa violemment contre la porte.

Il entendit des pas discrets se glisser jusqu'à l'entrée. Jack serra les dents, et les poings.

Puis la porte s'ouvrit, et avant qu'il ait pu porter un magnifique crochet du droit au nez de la personne qui se trouvait derrière, il reconnut le dit-nez. Retroussé, avec un discret point de beauté sur le bout. Et au dessus, deux yeux bleus-orages interrogateurs.

- Ianto Jones ! s'exclama Jack.

C'était l'infirmier qui l'avait fui, un peu plus tôt. L'ami d'Estelle. Aussitôt, Jack se détendit.

Ianto, au contraire, se raidit visiblement. Jack pu voir son regard se durcir et sa mâchoire se crisper. Que lui reprochait-il, bon sang ?

- Docteur Harkness, salua poliment, mais glacialement, le jeune homme. Que faites-vous ici ?

Jack haussa les épaules.

- Estelle m'a demandé de m'occuper de Moses, en son absence.

La confusion fut clairement lisible, pendant quelques secondes, sur les traits du jeune Jones. Mais il reprit si rapidement son masque impassible que Jack crut avoir rêvé.

- C'est étonnant. Elle m'a demandé la même chose. J'étais venu récupérer Moses, et j'étais en train de rassembler ses affaires quand vous m'avez… interrompu.

Le regard de Jack s'éclaira de compréhension. Il était un peu amusé aussi.

Il ne crut pas une seule seconde qu'Estelle ait pu demander aux deux hommes de récupérer son chat, sans savoir précisément ce qu'elle faisait. Estelle avait peut-être une jambe dans le plâtre, mais elle était surtout l'entremetteuse la plus assidue que Jack connaissait.

Il eut envie de rire. Il aurait ri, si le regard de Ianto n'avait pas été aussi… froid.

Jack choisit d'éluder la question du petit jeu d'Estelle. Clairement, ce jeune homme n'avait aucune envie d'avoir à faire à lui.

- Je la connais depuis des années, et puis, j'habite en face. Ce serait plus simple si c'était moi qui m'occupais de lui. Pas de déménagement impliqué, comme ça, sourit-il.

- Comment ça, vous habitez en face ? Attendez, vous êtes le fameux Jack, le Jack d'Estelle ?

Jack fut surpris de cette appellation, mais sourit encore plus largement. Au moins, le ton incrédule de Ianto avait remplacé sa froideur.

- Lui-même. Dois-je comprendre qu'elle t'a parlé de moi ?

Jack n'avait pas pu se retenir, et son ton était devenu légèrement charmeur. Ianto le cherchait, en même temps, avec ses lèvres en bouton de rose, et ses pommettes délicatement tracées. Jack en ferait bien son dîner.

Ianto, dans tous les cas, ne sembla pas remarquer le flirt. Il avait l'air profondément confus.

- Je n'avais jamais réalisé… Que le Jack d'Estelle était vous. Elle vous adore tellement. Je n'avais jamais fait le lien.

Ianto semblait absent. Jack haussa un sourcil surpris, et tenta de reprendre le contrôle de la conversation :

- Imagine ma surprise quand j'ai compris que l'infirmier qui avait pris ses jambes à son cou en me voyant, était en fait l'adorable Ianto Jones dont Estelle me bassine les oreilles depuis des mois.

Ianto lui lança un regard fier, comme s'il le défiait de critiquer son comportement du début d'après-midi. Jack pensa qu'il adorerait faire plier cette fierté.

- J'ai déjà demandé à Estelle de cesser de me qualifier d'adorable. Ce n'est pas vraiment l'introduction rêvée.

- Pourtant tu l'es certainement, lâcha nonchalamment Jack, ne se gênant pas pour détailler ouvertement le jeune homme.

Ianto roula les yeux, et sa bouche prit une moue sarcastique, que Jack trouva définitivement délicieuse.

- C'est du harcèlement, monsieur.

- Seulement si tu veux que ce le soit, ronronna presque Jack, en se penchant légèrement en avant.

Ianto sembla sur le point de répliquer, peut-être de flirter en retour, Jack espérait, quand une soudaine réalisation parut le frapper. Il recula de quelques pas.

- Bien, je devrais m'en aller. Occupez-vous bien de Moses.

- Tu ne veux pas rester ? Prendre un café, peut-être ?

Jack avait envie d'avoir de la compagnie ce soir. Sans doute parce qu'il avait besoin de penser à autre chose qu'au sang de la gamine qu'il n'avait pas pu sauver.

Et ce Ianto, dans son jeans parfaitement serrant et sa chemise blanche ouverte sur un T-shirt noir, était la parfaite distraction.

Le jeune homme lui lança un regard indéfinissable.

- Non.

Et sans un mot de plus, Ianto le bouscula et se précipita dans le couloir. Jack eut à peine le temps de cligner des yeux, qu'il avait déjà disparu.

Cela commençait à devenir un scénario récurrent, s'agaça Jack.

Estelle pouvait bien dire ce qu'elle voulait, quelque chose n'allait décidemment pas avec ce Ianto Jones.

Et Jack était bien déterminé à comprendre quoi.


Ianto courrait. Il courrait loin de l'appartement d'Estelle, loin de Jack Harkness. Ce Jack Harkness qu'il n'avait jamais associé au voisin bienveillant de la vieille femme. Ce Jack qu'il essayait depuis six mois maintenant d'haïr de toute son âme. Ce Jack qu'il était persuadé d'haïr de toute son âme.

Ce Jack qui ne savait même pas ce qu'il lui avait fait. Ce Jack qui n'en avait sans doute rien à faire. Pourquoi s'en soucierait-il ?

Il était tellement arrogant, tellement au dessus de tout.

Ce Jack qui avait flirté avec lui. Ce Jack que Ianto, l'espace d'un fragment de seconde, s'était pris à apprécier.

Comment pouvait-il ? Comment pouvait-il trahir Lisa à ce point ?

Ianto avait envie de pleurer. Il avait envie de vomir. Il ne savait plus vers où il courrait. Vers la baie sans doute. Ses pas le menaient toujours à la baie.

Sur leur banc. Sur le banc où il avait embrassé Lisa pour la première fois. Sur le banc où il avait hésité tellement de fois à lui demander sa main. Sur le banc où il ne l'avait jamais fait, et ne le ferait jamais.

Il devait se sentir à nouveau proche de Lisa. Il avait besoin de sentir sa présence. Alors à la fin de sa course, Ianto se retrouverait devant ce banc, à tenter de rendre les souvenirs tangibles.

Mais pour l'instant, Ianto courrait. Ianto courrait, et essayait de comprendre. Dans sa confusion, il essayait de comprendre.

Il essayait de comprendre comment, même pour une seconde, il avait pu apprécier celui qui avait tué sa petite-amie.


Voilà voilà, j'espère que ça vous a plu ^^ N'hésitez surtout pas à me laisser un petit commentaire, cela réconfortera la case review prévue à cet effet, je suis certaine qu'elle doit se sentir bien seule, en ces froids mois d'hiver... Une petite review lui ferait sans doute le plus grand bien ^^ Et cela me ferait plaisir également, quelques soient vos impressions ^^

Et Joyeux Noël !