Hello tout le monde ! Bonne année !
J'ai bien avancé dans cette histoire ( tellement que j'en ai oublié de poster... Désolé), et je peux maintenant dire que je maintiendrais un rythme régulier d'un chapitre par semaine, probablement le samedi et le dimanche.
Je tenais aussi à remercier ceux qui ont pris la peine de me laisser une review. Ne pas en recevoir, au début, alors que je voyais mon compteur de vue augmenter, m'a fait un peu peur - je ne suis toujours pas persuadée que cette histoire mérite d'être postée. Alors merci à ceux qui m'ont fait savoir qu'ils désiraient lire la suite, ça compte beaucoup pour moi ^^
Ceci étant dit : Bonne Lecture ! J'espère que cela vous plaira !
Chapitre 3 :
Jack avait passé une mauvaise nuit. C'était inhabituel. Il avait l'habitude de dormir peu, mais de dormir bien. Cinq heures pleines de sommeil par nuit lui avaient toujours semblées amplement suffisantes, et son métabolisme n'avait jamais eu l'idée de protester.
Mais Jack avait mal dormi, et son corps, d'ordinaire si docile, semblait désormais lui faire payer ses années de négligences.
Ses paupières étaient comme plombées, sa nuque était raide, et chaque pas lui arrachait un soupir.
En d'autres termes, Jack Harkness était fatigué. Et profondément irrité.
Jack avait l'habitude de bien dormir, peu importait ce qui lui était arrivé durant la journée. Qu'il ait perdu un patient ou trois n'influençait jamais son sommeil. Il n'avait même pas besoin de somnifères pour s'en assurer. C'était écrit en grand, quelque part dans son organisme : « dors pour ne pas faire d'erreurs stupides demain ».
Mais quelque chose avait envoyé cet ordre sacré aux oubliettes.
Et ce quelque chose était un adorable, mais très fuyant, infirmier.
Jack avait passé la nuit a pensé à Ianto Jones. Selon les circonstances, penser à Ianto Jones aurait pu être tout à fait agréable, et aurait bien mériter la perte de quelques minutes de sommeil, le temps de se débarrasser d'une tension trop longtemps accumulée.
Mais, malheureusement, son esprit n'avait pas été occupé par ce type de pensées.
Non, au lieu de bien sagement profiter de sa nuit, Jack, ou du moins une partie très agaçante de son cerveau, avait préféré se demander ce qui pouvait bien pousser le jeune homme à le fuir ainsi.
Cela avait duré des heures. Des heures à se retourner, encore et encore, à creuser dans sa mémoire, dans l'espoir de se souvenir de l'affront qu'il avait pu faire subir au jeune infirmier. Des heures à essayer d'interpréter son comportement. Etait-ce vraiment une fuite ? Du rejet ? De la gêne ?
Et pendant ces heures, Jack ne cessait de se demander pourquoi cela l'affectait autant. Pourquoi l'attitude de Ianto Jones à son égard le perturbait tellement. D'accord, il avait un visage d'ange, et les fesses de Lucifer en personne, mais cela n'expliquait pas totalement la profonde frustration que Jack ressentait en le sachant hors de sa portée. Jack n'avait jamais été du genre à s'offusquer d'un rejet. Quand une des ses envies d'un soir ne semblait pas intéressée, il passait juste à la suivante. Il n'y avait pas à tergiverser longtemps.
Mais ce qui l'ennuyait, à propos de Ianto Jones, c'était qu'il n'y avait pas eu de rejet, justement. Pas de regard dégoûté, ou de mots d'excuses. Juste ces pas précipités, comme s'il ne pouvait pas supporter être en sa présence. Jack n'était même pas certain que le jeune homme avait remarqué qu'il flirtait avec lui.
Ce fut une demi-heure avant que son alarme sonne que Jack avait eu la révélation. Bien sûr, que Jones avait remarqué son flirt. Bien sûr, qu'il avait dû avoir eu vent de sa réputation, à l'hôpital.
Et ce Jones était purement et simplement horrifié à l'idée d'être l'objet de son attention.
Encore un petit hétéro trop inconfortable avec sa propre sexualité pour souffrir de se faire draguer par un mec, avait pensé Jack, irrité, en se levant du lit.
Et maintenant qu'il parcourait les couloirs de l'hôpital, Jack était non seulement éreinté, mais également profondément agacé. Il avait perdu une nuit de sommeil pour en venir à cette conclusion évidente. Il était passé par les théories les plus abracadabrantes – bon dieu, il avait même un instant envisagé que l'infirmier était en réalité un agent secret ! – pour finalement en arriver là. C'était déplorable.
Jack oubliait trop souvent à quel point la société du vingt-et-unième siècle pouvait encore se montrer rétrograde. Il aurait aimé pouvoir l'oublier encore plus souvent.
Ce fut donc épuisé, vexé, et passablement de mauvaise humeur, que Jack arriva prêt du comptoir des infirmières, où son horaire du jour devait lui être confirmé. Jack savait déjà que, par chance, il aurait une journée courte, et peu remplie. Il devait vérifier l'état de ses patients qui étaient déjà passés en chirurgie, et n'avait qu'une seule intervention prévue pour la fin d'après-midi. Il aurait le temps de faire une courte sieste d'ici là.
- Oi, Capt'ain, tu nous honores enfin de ta présence ?
Jack se retint de grogner en direction d'Owen. Le docteur Owen Harper, comme il aimait se présenter lui-même, avait été son interne en chirurgie, quand il avait vingt-quatre ans. Il s'était ensuite orienté vers la neurochirurgie, gagnant, quelques années plus tard, le droit de considérer Jack comme un collègue, et non plus comme son boss.
Mais ce stupide surnom de « Capt'ain », lui était resté, depuis que, lors de son premier jour, le jeune Harper, après que Jack lui aie aboyé ses ordres à la figure, avait accompli un parfait salut militaire en claironnant « Oui Capt'ain, mon Capt'ain ».
Les deux médecins s'étaient par la suite découvert une passion commune pour Robin Williams.
Owen avait vingt-huit ans maintenant, avait perdu un peu de son effronterie, mais gagné en sarcasme et froideur.
- Ne crie pas si fort, Owen. J'ai une de ces migraines, gémit piteusement Jack.
- T'as encore la gueule de bois ? Bon sang, Jack, tu m'avais promis de ne plus boire en semaine.
- On s'était mutuellement promis de ne plus boire en semaine, et je tiens à te rappeler que tu as brisé cette promesse il y'a un mois déjà. Et non, je n'ai pas la gueule de bois. J'ai juste mal dormi.
Le froncement de sourcil d'Owen fut remplacé par une grimace.
- Je ne veux pas savoir avec qui tu as mal dormi. Une des infirmières, encore ?
- Ta question sous-entend que tu veux savoir, au contraire, Owen. Mais j'étais seul.
Cette fois, Owen haussa les sourcils.
- Vraiment ? Après ce qui est arrivé à la gamine sur ta table d'op', j'aurais pensé…
- J'apprécie ton tact, Owen, vraiment… soupira Jack.
Il avait réussi à oublier la gamine.
- Tu n'as jamais eu besoin de tact, Capt'ain. Mais tu as l'air tellement irrité, que je vais me faire l'affront de te demander si quelque chose ne va pas ?
Jack eut presque envie de lui balancer toute l'histoire. Il était assez certain qu'Owen en rirait, et l'insulterait presque pour être si souvent persuadé que le monde n'était qu'un gigantesque arc-en-ciel de diversité sexuelles. Jack savait qu'il avait besoin d'entendre les sarcasmes réconfortants de son ami.
Mais il pouvait voir d'ici les oreilles d'une jeune infirmière traînés dans leur conversation.
Jack haussa donc les épaules :
- Juste un autre gars trop hétéro pour moi. Ça m'apprendra à piocher dans le personnel de l'hôpital.
- T'as pas dormi à cause d'un simple râteau ? Mec, il faut vraiment que t'apprennes à gérer ton ego, il va finir par te sortir par les oreilles.
- Tu es neurochirurgien, tu es supposé savoir que l'amour-propre ne dégouline pas des oreilles des gens.
- Dans ton cas, Capt'ain, rien ne m'étonnerait. Bon, tu le prends, ton horaire ? Tu as encore du boulot, le monde ne s'arrêtera pas parce que un mec t'a dit non.
Jack soupira, et offrit un étincelant sourire à la jeune infirmière.
Ianto avait eu l'esprit ailleurs toute la matinée. Il pouvait sentir qu'il avait encore les yeux gonflés d'avoir trop pleurer, sa gorge le faisait souffrir, et l'alcool qu'il avait ingurgité pour calmer ses sanglots lui donnait un léger mal de tête.
Il avait beau avoir essayé toute la nuit, il n'avait pas réussi à se pardonner son affection éclair pour Jack Harkness.
Il devrait le haïr. Il avait passé six mois à la haïr. Alors pourquoi maintenant, il n'y arrivait plus ?
Sans doute parce qu'il n'arrivait pas à associer le Docteur Harkness qu'il méprisait tant au Jack d'Estelle, qu'elle adorait tellement. Sans doute, aussi, parce que parler avec l'homme avait quelque peu détruit le monstre d'arrogance et d'indifférence qu'il s'était construit. Il avait vu la détresse de Jack, quand il avait déboulé dans la chambre d'Estelle. Il avait perçu le ton chaleureux de sa voix, quand il lui avait proposé de prendre soin de Moses.
Ce Jack-là, qu'il avait si brièvement rencontré, n'était en rien celui qu'il avait imaginé. Et Ianto avait peur de ce que cela pouvait signifier. Pendant six mois, il avait eu un coupable tout désigné pour la mort de Lisa. Mais maintenant que ce monstre ne semblait plus réel, qui lui restait-il à blâmer ? À part lui-même.
Ianto avait passé la matinée à secouer ces pensées hors de son esprit. Deux brèves rencontres ne prouvaient rien. Le Docteur Jack Harkness avait peut-être paru à son avantage, la veille, mais cela ne signifiait rien. Absolument rien. N'est-ce pas ?
Et puis, Ianto n'était pas aveugle, il avait bien vu la manière dont l'homme l'avait détaillé. Son attitude chaleureuse et avenante n'était sans doute qu'un truc pour le traîner dans son lit.
Ianto eut un reniflement méprisant, et Rhys leva les yeux du dossier qu'il relisait.
- Tu vas continuer à fusiller le vide du regard encore longtemps, ou tu vas te décider à me dire ce qu'il t'est arrivé ?
Ianto eut un léger sursaut, et fusilla, sans vraiment le vouloir, son meilleur ami du regard.
- Je ne fais que demander, se défendit aussitôt Rhys, en levant les bras.
- Tu n'as pas besoin de savoir, cracha Ianto, un peu trop sèchement.
Il n'avait jamais parlé à Rhys de Jack Harkness et de son implication dans la mort de Lisa. Il n'allait pas commencer maintenant.
Rhys eut l'air un peu vexé, mais avant qu'il n'ait pu creuser plus loin le problème, Emma et une de leur collègue, Beth, arrivèrent à portée de voix.
- … Quand même dommage, qu'il soit tellement intéressé par les hommes, soupira Beth.
- Oh, de ce que je sais, les femmes sont à son goût aussi ! gloussa Emma.
- Non !
- Si ! Tu es nouvelle, c'est pour ça que tu ne le sais pas, mais tout le monde ici…
- De qui vous parler ? interrompit joyeusement Rhys.
Ianto, lui, s'était davantage renfrogné. Il avait déjà une très nette idée de qui parlaient les deux jeunes femmes. Il avait souffert ce genre de commérages depuis assez longtemps pour le savoir.
Ianto n'aimait pas les rumeurs, mais à son grand damne, Rhys était la plus grande commère qu'il connaissait.
Emma s'approcha avec un air de conspiratrice, et, en se glissant entre Rhys et Ianto, murmura :
- Du Docteur Harkness.
- Jack Harkness ? sourit Rhys. Dire qu'il est bi est encore considéré comme un secret ?
- Non, bien sûr, pouffa Emma.
- Moi je ne savais pas, clarifia Beth. Mais cela semble être une connaissance assez répandue, dans l'hôpital…
- Il n'a jamais rien fait pour le cacher, expliqua posément Rhys.
Emma lui envoya un sourire de connivence, auquel Rhys répondit. Ianto, lui, cherchait la plus proche issue de secours. Jack Harkness occupait suffisamment son esprit pour qu'il n'ait pas besoin, en plus, d'entendre parler de sa vie sexuelle trop bien connue dans leur service.
- J'ai entendu une conversation entre lui et le docteur Harper, ce matin, poursuivit Emma. Ils parlaient des activités d'Harkness la nuit dernière…
- Pitié, soupira Ianto, je n'ai pas besoin d'en entendre plus.
Emma lui donna un coup de coude joueur pour lui signifier de se taire, et Ianto se résigna à attendre la fin de son supplice.
- Le fait est que Harkness n'a apparemment pas eu ce qu'il voulait. Un gars l'aurait rejeté.
Ianto éprouva une délicieuse, et très étrange, satisfaction en entendant cela.
- Qui donc ? demanda Rhys, avide comme toujours.
- On ne sait pas, soupira Emma. Mais ça reste une nouvelle. Qui serait assez fou pour se refuser une chance avec Harkness. Je veux dire, vous l'avez déjà vu ?
- A vrai dire, non, rit Rhys. Je connais tous les exploits sexuels de cet homme, mais je ne l'ai jamais rencontré en personne.
Ianto haussa les épaules.
- Je l'ai déjà vu. Il n'a rien de particulier.
- Oh, Ianto, ne sois pas jaloux, tu es magnifique, toi aussi, minauda Emma. Mais ne mens pas, Jack Harkness a presque quelque chose de divin.
- Le complexe du chirurgien, lâcha sarcastiquement Ianto.
Emma rit, persuadée que Ianto jalousait son intérêt pour Jack.
- Oh, mais je ne vous aies pas dit la meilleure partie ! s'écria Emma. Apparemment, ce serait un homme de l'hôpital. Et connaissant l'affection d'Harkness pour les infirmières, peut-être même que c'est l'un de vous deux !
Ianto et Rhys échangèrent un regard, alors qu'Emma s'éloignait avec Beth, toute deux riant joyeusement à la blague.
Ianto était figé. Jack Harkness avait laissé sous-entendre qu'un homme de l'hôpital l'avait rejeté la veille. Hors, Ianto savait pour sûr, que Jack était rentré seul – il l'avait après tout invité à prendre un verre.
Donc le soir précédent, Jack ne pouvait pas avoir de rendez-vous programmé avec un autre membre du personnel de l'hôpital. Au début de leur conversation avec Emma, Ianto avait simplement assumé que Jack était sorti après son départ pour chercher de la compagnie.
Qu'il soit tombé sur un collègue par hasard était très peu probable.
Conclusion : Jack Harkness avait possiblement interprété sa fuite comme un rejet du flirt innocent qu'il avait commencé.
Ianto était sonné. Le voilà devenu, à l'insu de tous, un sujet de commérage.
- Ce n'est pas moi qui aie envoyé Harkness baladé, en tout cas, dit simplement Rhys, un sourire dans la voix.
Ianto lui lança un regard incrédule.
- Je pense que c'est peut-être moi.
Et alors que le visage de Rhys se tordait dans un très convaincant masque de stupeur, l'alarme d'une chambre proche retentit. Ianto courrait dans cette direction dans la seconde qui suivit. Le travail avant tout.
Il allait assister le patient.
Et ensuite, ensuite seulement, il retrouverait Jack Harkness pour lui faire payer le fait de répandre de fausses rumeurs à son propos.
Et Ianto n'en avait strictement rien à faire, que personne ne savait qu'il s'agissait de lui. Il avait enfin une occasion en or d'hurler à pleins poumons sur l'homme qui avait ravagé sa vie.
Il n'allait pas la laisser filer.
Voilàaaaa j'espère que ça vous a plus !
Comme d'habitude, n'hésitez surtout pas à me laisser un petit commentaire, ils me font vraiment plaisir ^^
A dans une semaine !
