Je suis désolée de poster si tard ^^'. Mais je suis malade et corriger se chapitre m'a pris un temps fou ^^" Enfin, bref, il est là ^^

Merci énormément pour toute les reviews, et commet toujours à l'anonyme Dibart à qui je ne peux pas répondre !

La grande révélation arrive : on apprend enfin ce qui est arrivé à Lisa !

Bonne Lecture !


Jack avait un million de choses à dire. Des centaines de milliers d'excuses. Des milliers d'explications. Des centaines de questions, et quelques reproches.

Mais debout face à Ianto Jones, à son regard glacé et épuisé, Jack se trouva à court de mots.

Ses pensées, ses idées, ses souvenirs, tout se mélangeait dans son esprit en un magma informulable, et Jack ne pouvait que rester là, à se demander encore comment le jeune Jones avait pu bouleversé son monde à ce point.

Jack était un héros, un sauveur. Jack était arrogant et ne réfléchissait pas aux conséquences. Jack sauvait autant qu'il blessait. Jack détruisait plus qu'il n'aidait.

C'était ce que son histoire avec Jones semblait lui crier. Et encore une fois, Jack se demanda comment il avait pu oublier.

Ianto semblait indifférent à sa tempête intérieure. Il n'avait pas dit un mot, depuis qu'il avait retrouvé Jack, à la sortie des vestiaires de l'hôpital. Pas une parole, quand il avait pénétré dans son appartement. Pas un bruit, quand il avait pris place dans le canapé en cuir du salon.

Jack aurait aimé croire que c'était parce que Ianto réfléchissait autant que lui-même. Qu'il se sentait tout aussi perdu et dépassé par leur histoire. Mais Jack savait que Ianto était simplement fatigué. Une coquille vide. Il attendait que Jack parle le premier, pour, peut-être, enfin, se laisser aller.

Ce fut pour lui que Jack parla. Parce que les beaux yeux de Ianto Jones avaient dû être les plus expressifs du monde mais qu'aujourd'hui, à cause du destin ou de lui-même, ils ne reflétaient plus rien.

- Lisa Hallet avait vingt-six ans. Il y'a un an, elle a été admise aux urgences. AVC. L'attaque l'a laissée dans un coma profond. Stade 3, d'après les premiers à l'avoir auscultée.

- Mort cérébrale d'après vous, murmura Ianto d'une voix rauque.

Les deux hommes échangèrent un regard. Un de ces regards qui en disent plus que les mots. Un de ces regards qui brûlent et glacent à la fois. Un de ces regards qui font baisser la garde.

Et Jack vit, pour un instant, le monde de Ianto Jones. Ce monde qu'il avait brisé.

- Oui, approuva Jack. Et je sais que j'avais raison. Cela faisait six mois que son état ne changeait pas. Six mois, où elle ne vivait que grâce aux machines.

- On enregistrait encore des fluctuations cérébrales.

- Tellement faibles qu'il s'agissait plus probablement d'erreur de mesure. Et même si c'était de vraies variations, ce n'était qu'une preuve de plus que son activité cérébrale était trop faible pour lui permettre un jour de se réveiller.

Ianto eut un reniflement méprisant. Jack sut instantanément qu'il ravalait un sanglot. Il dût se battre avec l'envie de s'installer à ses cotés pour le prendre dans ses bras. Laisser ce jeune homme détruit pleurer sur son épaule.

Mais ce n'était pas le moment. Cela ne serait sans doute jamais le moment.

- Dans tout les cas, vous savez que ce n'est pas ça, le plus grave.

Il y'avait toujours cette fierté, dans la voix de Ianto. Mais Jack pouvait l'entendre trembler.

- Je sais.

- Vous comptez raconter la suite, avec votre ton de documentariste ? « Lisa Hallet avait vingt-six ans ». Comme si je ne savais pas quel âge ma petite amie avait quand elle est morte.

- Je pensais que je devais te prouver que je me souvenais, répliqua calmement Jack.

Il savait que Ianto tentait de l'énerver. Tentait de l'amener à une nouvelle dispute. Des cris pour soulager la douleur, des cris pour ne pas avoir à pleurer.

Jack ne le laisserait pas s'échapper. Pas à nouveau.

- Vous vous souvenez donc de ce que vous avez fait ?

- Oui. J'ai sauvé la vie d'un jeune homme.

Ianto leva un regard interdit sur lui. Ce n'était pas la réponse à laquelle il s'attendait. Il attendait des excuses et des explications. Il s'attendait à ce que Jack avoue regretter son acte. Il s'attendait à une conscience torturée.

La conscience de Jack l'était, bien sûr. Mais il ne regrettait pas son choix. Il regrettait juste de ne pas avoir vu plus tôt, de ne pas avoir pris en compte, l'impact que cela aurait, sur Ianto Jones ou sur un autre.

Il regrettait de s'être montré si insensible. Mais pas d'avoir agi de la manière dont il l'avait fait.

- Vous avez sauvé sa vie au prix de celle de Lisa. Un docteur n'est pas supposé faire ce genre de choix. Pourquoi lui méritait-il de vivre ? Pourquoi pas elle ?

Ianto commençait à hausser le ton. Jack fit de même, comme par réflexe.

- Parce que ce jeune homme, Tommy, avait une chance de vivre. Lisa ne se serait jamais réveillée. Et il avait besoin d'un nouveau cœur.

- Comment pouvez-vous le savoir ? Vous vous êtes entretenu avec Dieu en personne ? Ou peut-être pensez-vous avoir la sagesse divine ? D'autres médecins pensaient qu'elle avait une chance !

Des larmes de rages dévalaient à présent les joues creuses de Ianto. Jack pouvait le voir, se faire frapper par les souvenirs. Il pouvait voir la haine qu'il s'était inventé à son égard tenté de ressurgir.

- Un autre médecin le pensait, corrigea sèchement Jack. Un seul médecin donnait à ses parents, et à toi, un espoir insensé.

Ianto se redressa fièrement, les poings serrés, le regard acéré.

- Vous vous en foutiez pas mal, de nos espoirs, tant qu'ils n'interféraient pas avec vos affaires. Je ne vous aie pas vu examiner Lisa avant que votre patient ait besoin d'une greffe. Je ne vous ai pas vu parler à ses parents avant que vous n'ayez dû les convaincre de la débrancher, de la tuer, pour pouvoir récupérer son cœur.

Jack serra les mâchoires et détourna les yeux. Il savait qu'il le méritait. Qu'il méritait tous les mots que Ianto allait lui lancer à la figure.

- Vous auriez du les entendre, quand ils sont venu m'annoncer que Lisa était morte. Ils étaient heureux. Vous les aviez si bien convaincus, vous leur aviez tellement fait de promesses, tellement dit que leur fille sauverait une vie, qu'ils étaient heureux de la voir mourir.

- Tu les aurais préféré effondrés, écrasés par le deuil ?

Ianto eut un rire bref et sec.

- J'aurais préféré que vous veniez m'en parler, au lieu de les convaincre en une nuit de tuer leur fille. Sûrement, puisque vous êtes un médecin tellement attentionné, que vous saviez que son petit-ami la veillait tous les jours ? On aurait pu espérer que vous jugiez utile de le prévenir. D'au moins demander son approbation. Mais non. Vous n'aviez pas besoin de sa signature, sur le formulaire.

Et tout était vrai, encore une fois. Jack se souvenait maintenant de cette histoire aussi clairement que s'il l'avait vécue la veille. Tommy Brockless avait vingt ans. Myocardite aigüe. En besoin urgent d'une greffe de cœur. Jack avait fait son métier. Il avait contacté les banques d'organes, mais Tommy n'avait aucune chance, Jack le savait. Pas assez riche, pas assez important. Alors Jack et son complexe du héro avaient ratissé l'hôpital à la recherche du donneur idéal. Et il l'avait trouvé. Lisa Hallet. Un cœur parfait mais un cerveau ruiné. Il lui avait suffi de recourir au charme Harkness, de mettre en avant son diplôme, et sa sympathie, pour avoir deux signatures au bas d'un précieux formulaire. Un formulaire qui avait sauvé la vie de Tommy. Et à ce moment là, peu lui importait que le petit ami dont parlait madame Hallet ne prenne pas part à la décision. Peu lui importait, s'il brisait sa vie. Il en sauvait une. Cela devait être le plus important, non ?

- Et pour ça, je m'excuse. La manière dont j'ai agi était terrible. Je n'aurais pas dû m'attaquer aux parents de Lisa. J'aurais dû leur laisser le temps de réfléchir. J'aurais dû venir te trouver. Je regrette la manière dont cela c'est passé. Je regrette que tu sois incapable de faire ton deuil parce que tu n'as pas pu dire au revoir, par ma faute.

- Mais vous ne regrettez pas l'avoir tuée, acheva Ianto, faiblement.

Il se laissa tomber dans le canapé, et prit sa tête entre ses mains. Jack ne pouvait pas l'entendre pleurer, mais il voyait ses épaules tressauter. Sans vraiment réfléchir, il s'assit prudemment à coté du jeune gallois.

- Non. Je ne le regrette pas. Tommy méritait de vivre, et Lisa était morte depuis longtemps. Tu méritais de vivre à nouveau, toi aussi.

- Que voulez-vous dire ? hoqueta Ianto, le visage toujours caché dans ses mains.

- Tu passais tes journées et tes nuits avec elle. À attendre un réveil qui ne serait pas arrivé. Ianto, tu te détruisais.

Le jeune infirmier frappa ses cuisses du plat des mains et explosa :

- Je le faisais parce que je l'aimais ! Parce que j'avais de l'espoir ! C'était mieux que ce qui me reste maintenant. Je n'ai plus rien. Je travaille tous les jours dans le bâtiment où elle est morte. Et je sais que vous êtes là aussi, tous le temps. Ce travail est toute ma vie, alors je continue. Mais cela me tue. Est-ce que vous pouvez comprendre ça ? Avez-vous jamais aimé à ce point, et perdu si cruellement ?

Ianto le regardait à nouveau droit dans les yeux, et Jack pouvait voir l'ampleur de la douleur du jeune homme.

- Non, murmura t'il doucement. Je ne peux même pas imaginé, Ianto. Mais je veux t'aider. Je dois t'aider.

- Je n'ai pas besoin de votre compassion.

- Je pense que si.

Et avant que Ianto ne puisse répondre, ne puisse lui cracher sa douleur et sa haine au visage, Jack saisit ses mains. Le geste figea Ianto suffisamment longtemps pour permettre à Jack de reprendre.

- Tu as besoin d'un ami. De quelqu'un qui connaisse toute l'histoire. De quelqu'un de suffisamment investi pour que tu reconnaisses sa sincérité. Je suis là. Je veux t'aider. J'ai besoin de t'aider. Parce qu'honnêtement Ianto, je n'ai jamais été aussi dégoûté par moi-même qu'en cet instant.

- Vous voulez m'aider pour guérir votre ego ? ricana l'infirmier.

- Non. Enfin si. Mais je veux t'aider parce que tu mérites une nouvelle chance d'être heureux. Quel âge tu as ? Vingt-six ans ?

Ianto secoua la tête et souffla :

- Vingt-cinq.

- Tu es jeune. Trop jeune pour ce que tu as souffert. Trop jeune pour penser que ta vie s'achève ici et maintenant. Pour croire que plus rien de bon ne peut en ressortir.

Ianto rejeta la tête en arrière en poussa un profond soupir. Jack réalisa alors qu'il avait toujours ses mains fermement serrées dans les siennes, et les relâcha rapidement. Ianto ne parut même pas s'en rendre compte.

- Que comptez-vous faire pour m'aider, exactement ? M'inscrire chez un psy ? J'ai donné un coup de poings au dernier que j'ai vu.

Jack haussa les sourcils à cette révélation, mais ne fit aucun commentaire.

- Tu m'as dit en avoir assez d'avoir besoin d'un coupable. Je peux peut-être commencer par te faire comprendre qu'il n'y en a pas. Que ce n'est pas ma faute, ni la tienne.

- Cela pourrait marcher, approuva doucement Ianto.

Jack lui sourit. Ce n'était pas son sourire charmeur habituel, celui qui mettait en avant ses dents blanches et ses fossettes. C'était un sourire plus discret, plus sincère. Un coin de la bouche de Ianto se releva en réponse. C'était un bon début.

Pour éviter l'installation d'un silence gênant, Jack se leva et proposa :

- Tu veux quelque chose à boire ? J'ai de la bière, du scotch, de la vodka…

- Tu comptes me proposer que de l'alcool ?

- Tu as l'air d'en avoir besoin.

Ianto hocha la tête.

- Une bière suffira. J'ai vidé mon stock de whisky la nuit dernière.

Jack fit son chemin vers la cuisine, et revint en tendant une cannette à Ianto.

- Tu bois souvent ? demanda t'il naturellement.

- Trop. Ça étouffe la douleur. C'est d'un cliché, hein ? Viré alcoolique à la mort de sa petite amie. Tellement tragique. Pauvre, pauvre Ianto.

Jack n'aimait pas le ton sardonique du jeune homme, mais décida qu'il ne pouvait pas déjà lui faire des reproches à ce sujet. Ianto devait encore apprendre à l'accepter dans sa vie.

Ianto porta sa bière à ses lèvres.

- Juste après la mort de Lisa, continua-t-il, je ne faisais plus rien. Je ne mangeais pas, et ne buvais pas plus. Puis je suis arrivé à cours de congé maladie, et j'ai dû retourner travailler. J'ai commencé à boire pour me donner du courage. Ça a fini par passer, mais au lieu de boire le matin, je m'achevais le soir, seul, chez moi.

Ianto eut un ricanement. Il devait trouver son choix du mot « achever » particulièrement adéquat. Une chose était certaine, c'était que cela glaça le sang de Jack.

Le médecin s'enquit, inquiet :

- Tu n'avais personne à qui parler ? Pour te soutenir ?

- Il y'avait Rhys. On se connaît depuis qu'on est gamin, il est infirmier aussi. Tu l'as peut-être déjà croisé. Enfin, bref. Rhys m'a aidé à sortir de cette phase. Je ne sais pas ce que j'ai fait pour mériter un ami pareil. Il m'a traîné pendant un bon mois tous les soirs, à son appartement. Il s'occupait de moi. Ça rendait Gwen, sa copine, complétement folle, mais Rhys continuait.

Jack fut soulagé d'apprendre que Ianto n'avait pas été complétement seul. Ce Rhys avait l'air d'avoir endigué la vague d'autodestruction dans laquelle Ianto s'était lancé. Il fut aussitôt reconnaissant à cet inconnu.

Mais Ianto souffrait toujours. D'une façon moins visible, d'une façon que la gentillesse de Rhys ne pouvait pas apaiser.

- Je bois moins. Toujours chez moi. On peut considérer que c'est une amélioration.

- Certainement, murmura Jack, en buvant un peu de sa bière.

Les deux hommes restèrent en silence un moment, tous les deux plongés dans leurs pensées.

- Je devrais y aller, dit soudainement Ianto.

- Tu peux rester. Il n'est pas si tard. On pourrait regarder un film.

Jack s'attendait à ce que Ianto refuse. À ce que dans la seconde qui suive, il est déjà disparu. Mais Ianto acquiesça doucement.

- C'est une bonne idée.

Et juste comme ça, Jack commença à espérer que tout pourrait aller pour le mieux.


Voilà j'espère que cela vous a plus ^^ Une petite review ? ^^

Je retourne à mon thé au miel moi ^^

A samedi ! ( Ou dimanche ^^)