Chapitre 2 : La mission.
Christelle, désormais revigorée par la certitude de sa future victoire, souriait alors. Mais cela n'enlevait rien de l'expression menaçant de la jeune femme, oh que non. En fait, c'était même le contraire, elle semblait presque plus effrayante ainsi.
En tout cas, c'était bien le point de vue de ses soldats, qui tremblaient aisément face à elle.
Cela faisait désormais environ deux semaines que la jeune princesse Blanche Neige s'était rendue au château, puis en était repartie sans encombre. Depuis, la terreur régnait au château, parmi les habitants, les serviteurs, et les soldats.
Surtout les soldats, en fait, puisque ces derniers étaient rendus responsables de la fuite de la princesse, et même s'ils s'étaient un peu rachetés en indiquant à la reine où se trouvait le village dans lequel la jeune femme s'était réfugiée, cela ne changeait rien.
La colère de la reine ne s'était toujours pas apaisée, jusqu'à cet instant, où un air de triomphe régnait sur son visage, alors qu'elle passait en revue ses soldats.
Puis elle sourit, avant de se rembrunir.
« Messieurs, débuta-t-elle, un air de fureur gravé sur le visage, vous m'avez beaucoup déçue ses derniers temps, par votre incompétence, et vos multiples erreurs. »
Les hommes frémirent, tremblant presque face à la sourde colère de leur reine.
« Cependant, ajouta la jeune femme, vous êtes parvenus ces derniers temps à m'être un temps soit peu utile, et vous m'avez été, étonnement, d'une grande aide. »
Les soldats eurent un léger soupir de soulagement, mais ne se relâchèrent pas pour autant, attendant avec angoisse le prochain terrible ordre de la reine.
« Et de ce fait, je vais encore avoir besoin de vous. Je souhaiterais que l'un de vous descende aux cachots, dans ceux situés dans l'aile Est. »
Ses interlocuteurs blêmirent tous au même moment. L'un d'eux osa, à ses risques et périls, s'adresser à la reine.
« Mais, ma reine…
La reine se figea, puis se tourna vers le soldat.
- Quoi, qu'y a-t-il ? Qu'avez-vous donc ? Parlez !
- Ce sont les cachots dans lesquels les… les créatures magiques sont enfermées.
- Oui, et alors ?
- Hé bien, votre majesté… ces créatures sont dangereuses. »
Comprenant quelle était la peur de ses soldats, la reine éclata de rire.
D'un rire affreux, et atroce.
« Oh ? Ce n'est que cela ? Ne vous en faites pas, elles ne vous feront aucun mal. Enfermées et privées de leurs pouvoirs, que pourraient-elle vous faire ? »
Le soldat hocha la tête. Présenté comme ça…
« Mais de toute façon, peu importe. Ce que je vous demande, c'est d'aller chercher une certaine personne… Et vous savez pertinemment de qui je parle. »
Si jamais les soldats avaient semblé effrayés auparavant, cela n'avait rien à voir avec cet instant, alors que chacun de leurs visage devint blême.
« Majesté… vous voulez dire… elle ?
- Parfaitement ! Et ne me décevez pas, c'est clair ? Vous n'avez qu'à aller la chercher maintenant, et amenez-la ici. Ne vous en faites pas, ironisa-t-elle, cela ne devrait pas vous être très difficile de la trouver. Trouvez la bonne cellule, et tout ira bien. »
Et, malgré leur peur, les soldats acquiescèrent.
§§§§
Speck continuait d'angoisser, même s'il ne le montrait pas, toujours enfermé dans le miroir. Personne ne le voyait, mais lui voyait tout, et ce qui venait de se passer dans la chambre de la reine ne lui plaisait absolument pas.
Qui était cette elle mystérieuse, il commençait à en avoir une petite idée.
Et cela ne lui plaisait pas du tout.
Les soldats, quant à eux, se trouvaient désormais en marche en direction des cachots, et grimacèrent en voyant ce qu'il se trouvait face à eux.
Des elfes. Et pas n'importe lesquels, des elfes du Nord *.
Ils se rendirent alors dans une cellule particulière, fermée à tous, dans laquelle se trouvait une jeune elfe. Cette dernière ne releva même pas la tête quand les soldats ouvrirent la porte de la petite pièce.
« Elfe Lilith ! Tonna l'un des soldats, tentant de garder son assurance. La reine demande à vous voir. »
Un affreux sourire apparut sur les lèvres de la prisonnière et, lentement, elle se releva, puis se tourna en direction des soldats.
« Dites-moi, soldat, fit-elle d'une voix atrocement rauque, sans doute en aucun cas habituée à parler régulièrement, pensez-vous réellement que l'on puisse me qualifier d'elfe à présent ? »
Et sur ces paroles nébuleuses, elle les suivit sans discuter. Plus par précaution que pour réellement l'empêcher de nuire, les soldats attachèrent ses mains, toujours sous le regard et le sourire ironique de la jeune créature.
Aucun d'eux ne parvenaient à la regarder en face, et cela aurait pu l'amuser, sans doute.
Avant.
Ce n'était plus le cas, et son sourire était plus amer et douloureux qu'autre chose. N'étant pas stupide, elle ne fit aucun mouvement brusque qui aurait pu effrayer un de ses geôliers. Elle se contenta de les suivre, souriant toujours, d'un sourire faux, et du sourire un peu fou des prisonniers.
Car prisonnière, elle l'était, et ce depuis des années, elle en avait presque perdu le compte.
La reine la faisait appeler à nouveau, ce qui ne pouvait signifier qu'une chose : elle avait une mission d'importance à lui confier. Quelque chose qu'elle-même ne pouvait pas accomplir, ou quelque chose qu'il faudrait faire discrètement.
Un meurtre. Cela ne pouvait être que cela, c'était toujours ça que la reine Christelle lui demandait.
Qui, quand, pourquoi, elle ne le savait pas encore, et ça n'avait aucune importance.
Les humains étaient des monstres sans aucun état d'âme, et ce n'était pas la reine Christelle qui allait faire changer son jugement, alors peu importe qu'elle, jeune elfe et surtout esclave, en supprime quelques uns de la surface de la terre.
Ils le méritaient bien, elle n'en doutait pas.
C'était le cas de toutes les personnes que la démoniaque reine l'avait envoyer supprimer, chacune d'entre elle avait une âme foncièrement noire.
Lentement, elle monta les marches qui allaient la mener à l'air libre, et plissa des yeux en revoyant la lumière du jour à nouveau, ce qu'elle n'avait pas fait depuis longtemps. Elle prit une profonde inspiration.
S'arrêtant quelques secondes, sans qu'un des soldats ne l'en empêche. Et son sourire s'accentua.
Quelques années plus tôt, elle aurait sûrement haï cette peur qu'elle leur inspirait.
Mais maintenant ? Elle s'en contentait. Cela lui permettait de ne pas rester près de ces foutus humains, qui n'avaient rien fait d'autre que de persécuter son peuple.
Oh, comme elle les haïssait !
§§§§
Un sourire plus que satisfait atteignit le visage de la reine à l'arrivée de sa prisonnière. Un air plus que maussade était désormais plaqué sur le visage de l'elfe. Celle-ci ne tenta pas de se débattre quand on l'amena devant la reine.
Cela faisait bien longtemps qu'elle ne tentait plus de le faire.
« Laissez-nous, ordonna aussitôt Christelle. »
Les soldats exécutèrent rapidement son ordre, pressés de fuir cet endroit, autant à cause de l'elfe que de la reine.
« Hum… D'après ce que je vois, ta réputation n'est plus à faire auprès de mes soldats. C'est drôle qu'une petite chose comme toi puisse faire peur à des soldats expérimentés. »
L'esclave ne répondit rien, et la reine la regarda, un air satisfait sur le visage, examinant minutieusement celle qui avait finit par devenir en quelque sorte sa créature, son œuvre, en somme.
Lilith était une elfe du Nord, par conséquent, contrairement aux autres peuples d'elfes, elle faisait environ une taille humaine, étant seulement plus petite que certains d'entre eux. Elle faisait environ un mètre soixante, et avait une longue chevelure d'un magnifique vert émeraude.
Ses yeux quant à eux était d'une banale et ordinaire couleur bleue. Elle était vêtue d'une tenue d'homme, sorte de vêtement, plus proche des haillons, ainsi plus pratiques à porter dans sa cellule, et plus simple pour se mouvoir.
Ses ailes, qu'elle aurait dû arborer fièrement, semblaient être repliées dans son dos, et invisibles aux yeux de tous, et sans ses oreilles pointues, l'on n'aurait su dire qu'elle était une créature magique, une elfe, plus particulièrement.
Elle était jolie, pas autant que la princesse ou que la reine, c'est vrai, mais elle possédait un certain charme. Il est probable que la jeune femme aurait été encore plus magnifique s'il n'avait pas eu le visage et les cheveux aussi sales.
Après des années passées sans se laver ou prendre soin d'elle, il y avait certaines traces…
Sans oublier les autres choses tout aussi, voire plus graves qui se dissimulaient sous ses vêtements, et qui était le résultat d'années de souffrances sous la coupe de la reine.
Et de tortures.
« Que me voulez-vous majesté ? »
C'était abrupt, sans formule de politesse, ni salutation, ni autre hypocrisie.
« Ne sois donc pas si rapide, fit la reine en s'approchant d'elle, laisse moi regarder un peu ton beau visage. »
Elle se saisit de ce dernier entre ses doigts et l'autre ne put retenir un frisson de dégoût. La reine la rapprocha d'elle, et passa sa main derrière le dos de Lilith. Cette dernière frémit en sentant la main s'y poser, et y demeurer un temps.
La jeune femme avait envie de hurler. La douleur était là, cuisante, comme elle l'était toujours en permanence, exacerbée à cet instant précis par la main de la reine. Elle tremblait comme une feuille maintenant, voulant juste que la reine retire sa main, mais n'osant le demander, petite poupée fragile qu'elle était entre les mains de la reine.
Son jouet, sa chose, sa créature, qu'elle était parvenue à dompter avec les années, et qui lui obéissait désormais, malgré elle.
C'était ce qu'elle était maintenant, esclave de la reine, qui se délectait de l'emprise qu'elle avait sur elle, et ce après des années de tortures.
Il fallait toujours qu'elle lui prouve qu'elle était la plus forte, la meilleure.
La plus belle.
« Ce que je veux est simple, déclara-t-elle enfin, relâchant Lilith par la même occasion. Que tu supprimes quelqu'un qui m'est d'une gêne atroce, une personne qui gâche ma vie.
- Quelle peut être cette personne si atroce ? Ironisa la jeune femme. »
La reine fronça les sourcils, mais ne répondit rien. La riposte de la jeune elfe à la cruauté de la reine était le sarcasme, et l'humour, sorte d'armure pour se protéger d'elle.
« Ma belle-fille, Blanche Neige. L'autre haussa un sourcil circonspect.
- Une enfant en somme, du moins je présume.
- Non, répliqua la reine avec colère. Plus maintenant. Une femme, cracha-t-elle, presque avec mépris.
- Si vous le dites, fit-elle avec indifférence. Pourquoi désirez-vous sa mort ?
- Cela ne te regarde pas. Tue-la tout simplement, sans faire d'histoire.
- A quoi aurais-je droit en échange ? »
La reine sourit. Elle s'attendait à cela, il y aurait un prix à payer pour ce service, et elle l'avait déjà prévu, et elle était prêt à payer le prix fort.
« Je libérerai ta famille et ton peuple de l'esclavage, et vous pourrez alors repartir libre.
Lilith sursauta sous le coup de la surprise, et son regard se remplit alors d'un fol espoir.
« Vous désirez réellement sa mort alors, murmura-t-elle.
- Plus que tu ne peux l'imaginer. Alors, dis-moi… acceptes-tu cette mission ? »
C'était plus une question rhétorique qu'autre chose, elle savait que l'autre accepterait. Aussitôt, Lilith hocha la tête.
« C'est d'accord… Marché conclu. Je tuerais la princesse Blanche Neige. Je la tuerais, et alors je serais libre. »
Libre…
Enfin…
Après toutes ses années…
Après mon peuple réduit en esclavage, et tout ce que la reine nous aura fait subir, enfin…
Nous serons libres…
Enfermée depuis des années dans les cachots, Lilith n'avait aucune conscience de ce qui avait pu se passer au cours des dix dernières années. Elle ne savait donc rien de la princesse Blanche Neige, et pensait donc que celle-ci devait probablement être au moins aussi affreuse que sa belle-mère pour que cette dernière veuille sa mort.
Elle se prépara donc intérieurement à exécuter cette mission qui les sauverait tous.
Ignorant que celle-ci serait sûrement une des plus difficiles et complexes qu'elle ait jamais eu à accomplir…
A suivre…
* Ils n'existent pas dans la série.
