Bonjour à toutes et à tous ! On se retrouve aujourd'hui pour le quatre-vingt-huitième chapitre de SAMLP !
.
Sarah MAES : Merci, bonne année à toi aussi ! Ravie que les deux derniers chapitres t'aient plu =) Tu as bien cerné le titre du prochain chapitre XD J'ai ri en lisant «À plus dans le bus», ça faisait longtemps que je n'avais pas entendu cette expression XD Merci pour ta review =D
Mayura Seno : Oui, je réponds toujours aux dernières reviews lors de la nouvelle publication ! Ok, je vois pour l'histoire du bureau ! Mais je crois que j'ai carrément changé d'endroit le bureau de Tonks, et que je n'ai pas dû le préciser XD Genre, avant, elle était à l'écart des autres Aurors, et là, elle a été installée avec ses collègues, comme une sorte de promotion… Il faudrait que je voie ça ! Je comprends pour les réactions à chaud, c'est beaucoup plus pratique XD Et merci pour tes reviews !
mimibou : Des échanges de questions qui sont des réponses à des questions qui sont elles-mêmes des réponses à des questions… XD D'accord, je pense que c'est à peu près pareil au Québec et en France, mais en France, c'est davantage un petit travail provisoire, qui n'a pas vocation à devenir un vrai métier… Jobine ? Ah ça, par contre, ce doit être typiquement québécois ! Ça me fait penser à «chocolatine» et donc à une guerre que se livrent des régions de France entre pain au chocolat et chocolatine XD
Oui, recentrons-nous sur la fic XD Alors j'ai fait en sorte de faire de Sirius un cobaye pour les sorts les moins dangereux, qui ne représentaient pas de grand danger, et de faire du mannequin un cobaye pour les sorts les plus dangereux, comme le Levicorpus qui, pour moi, peut faire très mal si la personne en suspension s'écrase par terre ! C'est ce qui arrive lors d'une séance de l'AD dans le cinquième film, car je crois qu'il est bel et bien question du Levicorpus quand Cho fait léviter Nigel et qu'il retombe brusquement par terre car Cho est un peu trop accaparée par Harry… Un brin dangereuses, ces séances XD Mais j'avoue que même si c'étaient des sorts basiques, Sirius ne devait pas se sentir totalement en sécurité avec les élèves pas très forts en sortilèges XD
Oups, je n'ai pas dû faire attention en me relisant ! En plus, ce n'est pas comme si je n'avais pas mis plusieurs fois «quelle est la formule» sans faire la faute XD Mais je crois qu'à la base, j'étais partie sur «quel sort a pour formule», mais ça n'allait pas avec le reste de la phrase, c'est un vrai calvaire, parfois, de bien formuler les phrases pour que la compréhension soit aisée XD Merci d'avoir relevé cette coquille !
Non, ce sont les enseignants qui ont surveillé les examens, c'est expliqué dans l'un des POV par le fait que les examinateurs du Ministère sont partout à la fois et que chaque année, soit Poudlard, soit différentes écoles de formations doivent se passer des examinateurs… Le monde sorcier, tout comme le monde moldu, est loin d'être parfait XD Justement, il y a des matières, comme la DCFM, la métamorphose et les sortilèges, dont les examens se déroulent surdeux semaines, car les élèves passent les uns après les autres pour la pratique, ce qui n'est pas le cas pour la botanique et les potions. Et tout comme pour les cours, les examens réunissent tous les élèves, car dans ma fic, les maisons ne sont pas divisées lors des cours, car j'ai fait le calcul, et si les quatre maisons étaient séparées, ça ferait quatre fois plus d'heures de cours pour les professeurs, les maisons n'auraient que deux heures de cours dans chaque matière, ce qui ferait des semaines relativement légères, et du coup, ça n'expliquerait pas pourquoi Hermione avait besoin d'un retourneur de temps lors de sa troisième année… Tout ça était incohérent, et c'est pourquoi j'ai décidé de réunir tous les élèves dans les mêmes cours pour qu'ils aient suffisamment d'heures de cours dans chaque matière :) Merci pour ta review =D
.
Merci à vous tous pour ces reviews, et merci à ceux qui continuent à suivre cette histoire ! J'avais annoncé qu'il resterait deux chapitres, mais j'ai fait la liste de tout ce qu'il y avait à inclure avant la fin du tome, et ça ne rentrait pas dans deux chapitres XD Après celui-là, il y aura trois chapitres, et ils seront concentrés sur trois jours, avec plusieurs POV dans la même journée, car oui, il s'en passe, des choses, à quelques jours des vacances XD
Allez, je vous laisse avec le nouveau chapitre, et je vous souhaite une agréable lecture !
.
.
88 - Identités révélées, impacts et confessions
.
.
(mardi 25/06) POV Daphné
.
Les couloirs étaient calmes et déserts, des conditions idéales pour une promenade tranquille. Il était seize heures, il faisait beau et bon dehors, ce qui faisait que bon nombre d'élèves étaient dans le parc, profitant du soleil et de leurs débuts de congés. Les autres étaient dans leur salle commune, dans leur dortoir, ou dans la salle des binômes qui s'était transformée depuis la veille en un endroit où tout le monde discutait et s'amusaient, sans pour autant faire trop de bruit. Les professeurs ne le leur interdisaient pas, tant que cela demeurait raisonnable. Et puis, c'était l'occasion pour les élèves d'être tous réunis avant les vacances… Mais bien que Daphné ne croisât personne, elle avait estimé plus prudent de se réfugier sous sa forme Animagus. Elle aurait préféré être sous sa forme humaine, où elle aurait pu flâner et ainsi mieux savourer son tour du château, mais elle aurait trop risqué de se faire coincer par Murray, son fiancé, qui la cherchait. Elle lui avait échappé, dans la salle commune de Serpentard, où il était venu vers elle, mais elle s'était enfuie. Mais même sous son déguisement de rongeur, elle n'était pas à l'abri. Car cela faisait plusieurs jours qu'elle se faisait courser par Miss Teigne. Jusque-là, elle avait réussi à ne pas se faire repérer par le chat, mais une semaine plus tôt, en détalant après avoir effrayé un jeune garçon, elle était tombée nez à nez avec le félin au détour d'un couloir. Heureusement, une fille plus âgée avait dissuadé la fidèle alliée du concierge de ne pas lui courir après, craignant sûrement que la gerbille ne fût l'animal de compagnie d'un élève. Mais cette rencontre avait éveillé l'instinct de prédateur de Miss Teigne qui était désormais à l'affût. Du coup, Daphné était entre deux feux : sous sa forme de rongeur, elle était en sécurité par rapport à Murray, mais pas par rapport à Miss Teigne, et sous sa forme humaine, c'était l'inverse. Mais se cacher de la chatte du concierge était bien plus gérable pour elle que de se cacher de Murray. Elle allait bien plus vite avec ses quatre petites pattes qu'avec ses deux jambes. D'autant plus que les escaliers n'étaient nullement un problème pour elle. Même si elle ne les grimpait pas de la même façon qu'un chat ou qu'un chien, elle les montait facilement grâce à des sauts verticaux qui étaient propres aux rongeurs.
En bondissant de marche en marche pour atteindre le cinquième étage, elle entendit des pas qui lui étaient familiers. C'étaient ceux de Rusard. Et ses pas se dirigeaient vers elle. S'il avait Miss Teigne avec lui, elle était dans la panade. Dans le doute, elle fit demi-tour. Mais à peine eut-elle descendu la dernière marche qu'elle entendit un feulement. Miss Teigne l'avait vue. Et elle ne perdit pas une seconde avant de se lancer à sa poursuite. Daphné avait juste assez d'avance pour se précipiter vers les toilettes, et ce fut ce qu'elle fit. Sur moins de vingt mètres, elle se ferait rattraper par le chat qui avait une vitesse maximale bien plus élevée que celle d'une gerbille. Une fois dans les toilettes, elle se rua vers une cabine et se métamorphosa afin de fermer la porte, chose qu'elle ne pouvait pas faire en étant un rongeur. Lorsque Miss Teigne entra dans les toilettes, Daphné était déjà dans sa cabine. Miss Teigne avait beau être un chat, elle n'avait pas de sens spécifique pour deviner la supercherie. Au son de ses coussinets sur le sol, Daphné sut qu'elle vérifiait toutes les cabines.
- Eh bien ma belle, qu'est-ce qui t'a amenée ici ?
Ça, c'était Rusard.
- Sûrement une souris ou un rat, hein ? Ah, je rêve du jour où ces maudites bestioles ne seront plus admises dans ce château… Elles ne servent à rien, elles attirent ton attention et elles t'éloignent de ton travail… Allez, viens.
Miss Teigne et Rusard s'en allèrent. Du moins, ce fut ce que Daphné déduisit en se fiant à son ouïe. Elle patienta tout de même quelques minutes pour sortir de sa cabine. Elle fut rassurée de constater qu'il n'y avait bel et bien personne. Elle se dépêcha de déserter les toilettes, qui n'étaient pas celles des filles, mais celles des garçons. Mieux valait regagner sa salle commune, en espérant que Murray n'y soit pas… C'était trop périlleux d'errer dans l'école à découvert. Et cela l'était tout autant de se retransformer, Miss Teigne n'étant pas loin. Résignée, Daphné se dirigea vers les escaliers. Mais en plein couloir, elle fut hélée, derrière elle, par une voix masculine :
- Daphné !
C'était Murray. Et zut. Elle était bloquée. Bon, elle n'aurait qu'à faire en sorte de couper court à la conversation… Elle fut rejointe par son fiancé qui avait l'air trop paisible pour quelqu'un qui aurait dû être en colère
- Je pestais contre toi depuis tout à l'heure parce que tu avais quitté la salle commune quand je t'ai fait un signe de la main, mais tout compte fait, ce n'est pas plus mal ainsi. Dans la salle commune, il y avait trop de gens. Nous n'aurions pas été tranquilles. Là, nous sommes tout seuls.
Daphné se sentit tout à coup vulnérable en réalisant que Murray avait raison. Si l'absence d'élèves dans les couloirs était une aubaine pour elle vingt minutes auparavant, à présent qu'elle était en tête-à-tête avec son futur mari qui la terrorisait, c'était tout le contraire. Elle était en danger. Elle aurait imploré Merlin et toutes les divinités existantes pour qu'une foule d'élèves débarque soudainement, ce qui empêcherait Murray de tenter la moindre chose contre elle.
- Après, même si on est mieux ici, tu serais priée à l'avenir d'arrêter de m'éviter, c'est énervant. Et ce n'est pas comme ça qu'on va construire notre relation… Il faut qu'on se connaisse un minimum avant le mariage, et que tu soignes les apparences quand tu seras à mon bras. Ce sera beaucoup plus facile si on aura passé pas mal de temps ensemble. C'est pour le bien de la réputation de notre futur mariage que je dis ça. Tu ne voudrais pas qu'il y ait un scandale car tu tires une tronche de six pieds de long le jour du mariage ? Ce ne serait pas une attitude digne d'une femme Sang-Pur. Tu dois être distinguée et souriante, mais sans en faire trop non plus. Autant dire que tu as beaucoup d'efforts à faire là-dessus… Je veux dire, sur le sourire. Car tu ne souris jamais en ma présence. C'est tout de même embêtant.
- Si tu te comportais un peu mieux, ce serait plus simple pour moi de paraître enjouée quand je suis avec toi, se défendit Daphné.
Le visage de Murray se durcit. Il empoigna brusquement Daphné par le bras.
- Je crois que tu n'as pas bien saisi la place que tu as à tenir auprès de moi. Tu es censée m'obéir, te plier à tous mes ordres. Et non m'ignorer, te soustraire à moi et me faire des reproches comme tu le fais. Ça, c'est inadmissible. C'est moi qui attends de toi que tu te conduises mieux avec moi, et pas l'inverse. Et j'aimerais qu'on soit plus intimes, aussi.
- On ne doit rien faire avant le mariage, rappela Daphné.
- Mais qu'est-ce que j'en ai à faire ? Personne ne sera là pour vérifier ! Et tant que c'est moi qui te ravit ton innocence, ça n'a pas d'importance que ça se fasse avant ou après le mariage ! Et puis c'est tout de même dingue que j'aie des filles facilement dans mon lit et que je ne réussisse même pas à y avoir ma propre fiancée !
Daphné était au bord des larmes. Elle avait l'impression de n'être qu'un vulgaire morceau de viande pour Murray. Un morceau de viande qu'il désirait ardemment dévorer. Mais s'il n'y avait que ça… Elle n'était aussi qu'une chose, pour lui. Une chose destinée à être la bonne petite épouse parfaite, qui n'avait le droit de ne rien dire, qui avait juste à se soumettre à son mari et le satisfaire à tous les niveaux. En fait, elle n'était pas qu'une chose. Elle était sa chose. Cette façon de penser typique des Sang-Pur conservateurs donnait une image tellement dégradante de la femme… Daphné avait envie de se révolter. Mais elle ne pouvait pas. Du moins, pas à Poudlard. Elle s'en tiendrait au plan qu'elle avait concocté : fuir le pays lorsqu'elle aurait ses ASPIC en poche, et avant la date du mariage. Ce serait sa rébellion à elle. Sa manière de dire non aux valeurs de ces Sang-Pur et à ce qu'on exigeait d'elle. Mais elle ne devait rien laisser paraître de son plan devant Murray. Il fallait qu'elle continue à esquiver Murray, mais sans trop le rejeter pour autant, et à faire comme si elle adhérait malgré elle à cette future union. C'était ce qu'elle faisait déjà, et cela l'obligeait souvent à mentir ou à broder la réalité, et c'était exactement ce qu'elle allait faire :
- Je ne suis pas prête, c'est trop tôt, et je souhaite absolument respecter la tradition, c'est important pour moi, se justifia-t-elle.
Murray souffla.
- Bon, je veux bien faire un effort et ne pas trop t'en demander, mais on peut au moins se toucher. À ce que je sache, ce n'est pas interdit, ça ! Ce serait même plutôt recommandé… Tu t'imagines, lors de la nuit de noces, t'offrir à moi alors qu'on n'aura jamais eu d'intimité ? Tu ne penses pas que ce sera trop violent, pour toi ?
Daphné ne sut quoi répondre face à cela. Elle ignorait si, pour le coup, Murray était sincère, s'il se préoccupait un minimum d'elle, ou s'il cherchait juste un prétexte pour la pousser à accepter le fait de commencer à se rapprocher l'un de l'autre. Elle ignorait également si, comme le croyait Murray, ils étaient autorisés à aller plus loin que de simples bisous, mais en y réfléchissant, cela lui semblait probable… Et si c'était le cas, cela n'allait pas arranger ses affaires… Elle n'aurait plus d'excuses valables de se refuser à son fiancé… «Si, le consentement» songea-t-elle. Et cela primait sur tout le reste. Mais elle n'était pas certaine que Murray y accorde un quelconque intérêt… Tant pis, elle fit le pari de s'en tirer avec cet argument :
- Tu ne peux pas me forcer à faire quoi que ce soit si je n'en ai pas envie.
Le regard perçant que Murray posa sur Daphné la fit frissonner.
- C'est quand-même bizarre que tu sois aussi réfractaire à l'idée d'avoir des contacts physiques avec moi… Pourtant, je n'ai aucun doute sur ma capacité à plaire. J'ai toutes les filles à mes pieds. Donc en fait, le problème, ce n'est pas vraiment moi, n'est-ce pas ?
Daphné recula instinctivement d'un pas alors qu'un affreux doute s'emparait d'elle. Murray avait-il tout compris sur elle ? Ou faisait-il référence à autre chose ? À une éventuelle asexualité ? Ou à une autre hypothèse qui expliquerait le fait qu'elle ne veuille rien faire avec lui ? La possibilité qu'il ait deviné sa véritable orientation sexuelle l'effrayait. Ce serait un désastre pour elle si Murray venait à partager la révélation qu'il avait eue à leurs parents respectifs, et surtout aux siens à elle. Ils allaient la renier, c'était certain.
- Réponds-moi, intima Murray d'une voix dure, et en enserrant plus fort le bras de Daphné. Ce n'est pas de ma faute si tu te dérobes sans cesse à moi, hein ? Ça ne vient que de toi. Car tu as quelqu'un d'autre en tête, avoue-le. Peut-être même que tu fricotes avec. Peut-être même que tu couches avec, et que tu me mens depuis le début en me disant que tu souhaites te préserver pour être pure jusqu'au mariage… Je suis sûr que c'est ça.
- Non, je n'ai personne, réfuta Daphné. Tu t'inventes des délires, là. Je peux très bien ne pas vouloir coucher avec toi parce que je n'en ai tout simplement pas envie, ça ne veut pas forcément dire que je suis comblée avec un autre ! Si c'est trop dur pour toi d'intégrer ça, je ne peux plus rien pour toi ! Et maintenant, lâche-moi, tu me fais mal !
Murray desserra lentement sa prise autour du bras de Daphné, sans rompre le contact visuel. Il finit par la lâcher complètement, et après l'avoir fixée avec des traits emplis de méfiance et de colère, il s'en alla. Daphné soupira de soulagement en s'adossant contre le mur. Elle tremblait, mais c'était dû à la peur qui s'était emparée d'elle lorsqu'elle avait craint d'avoir été percée à jour par Murray. Elle tâchait de se calmer quand un mouvement sur sa droite lui fit tourner la tête. Lisa Turpin, qui avait dû espionner malgré elle le «couple» sans se faire repérer, était sortie de l'ombre et s'avançait vers Daphné.
- Est-ce que ça va ?
Daphné fut étonnée par cette question. En même temps, si sa camarade de classe s'était dissimulée dans un recoin, c'était qu'elle avait assisté à tout l'échange entre Murray et elle…
- Oui, je… je reprenais juste mes esprits.
Cela ne semble pas convaincre totalement Lisa.
- Excuse-moi si je suis un peu indiscrète, mais… c'était ton petit-ami, le garçon avec qui tu étais ?
- Euh… on peut dire ça, oui.
- Tu n'avais pas l'air très à l'aise avec lui… Et lui n'était pas du tout tendre avec toi. Tu es sûre que c'est ton petit-ami ?
- Qui voudrais-tu que ce soit d'autre ?
L'hésitation qui se lut sur le visage de Lisa fit deviner à Daphné ce que sa camarade pensait.
- Non, ce n'était pas un dealer ! s'exclama-t-elle.
Elle eut la preuve que c'était bien ce qu'avait suspecté Lisa en voyant sa mine rassurée.
- Désolée, tu dois me trouver intrusive, et tu n'aurais pas tort, car tout ça ne me regarde pas, mais… je me faisais du souci, j'ai cru qu'il allait te faire du mal et j'étais prête à intervenir… Si ce type est réellement ton petit-ami, j'espère qu'il va se calmer, ou que tu vas prendre la bonne décision…
Les larmes envahirent de nouveau les yeux de Daphné, qu'elle retint néanmoins. Mais cela ne passa pas inaperçu auprès de Lisa, ce que vit Daphné qui sentit ses barrières mentales s'effondrer. Elle ne put cacher la vérité plus longtemps à Lisa, bien qu'elle ne la connaissait pas. Mais elle avait besoin qu'elle conçoive pourquoi quitter son «petit-ami» n'était pas une bonne solution. Elle n'avait jamais vraiment parlé à Lisa, certes, mais elle savait que c'était une fille très gentille et qu'elle n'était pas du genre à répéter ce qu'on lui confiait. Elle n'avait pas été élue suppléante pour rien. Et c'était un point qu'elles avaient en commun : Lisa était la suppléante de Padma Patil, tandis que Daphné était la suppléante de Pansy. Même si elles n'effectueraient pas de rondes ensemble, ou, du moins, pas en binôme, elles allaient tout de même être amenées à se côtoyer plus souvent. Mais quand Lisa aurait accouché, pas avant. Les rondes n'étaient pas du tout compatibles avec une grossesse… Mais autant profiter de cette future occasion pour se rapprocher de sa future collègue…
- C'est mon fiancé, avoua-t-elle.
Le choc fut clairement visible sur les traits de Lisa, si bien qu'elle demeura figée pendant quelques instants.
- Oh le chameau, finit-elle par murmurer.
Cette réaction intrigua Daphné. Lisa releva soudain la tête, comme si elle avait d'un coup saisi tout le sens des mots que Daphné avait prononcés.
- Ton fiancé ? Tu… tu vas te marier avec lui ?!
- Oui, c'est ce qui est prévu une fois que j'aurai quitté Poudlard…
Lisa eut l'air horrifiée, ce qui décontenança Daphné. Mais elle n'était pas au bout de ses surprises :
- Il faut que tu annules ce mariage, déclara Lisa d'un ton très sérieux.
Daphné haussa les sourcils.
- J'aimerais bien, mais ce n'est pas aussi fa…
- Ce n'est pas une option, c'est vital, coupa Lisa. Tu es en danger, Daphné. Tu dois vite trouver un moyen d'échapper à ce mariage.
La panique commença à gagner Daphné même si elle ne comprenait pourtant rien à ce que lui disait Lisa. Mais ses mises en garde alarmistes suffisaient à lui faire peur.
- Mais pourquoi ? demanda-t-elle, désespérée. De toute évidence, tu as des informations que je n'ai pas et qu'il serait préférable que j'aie, mais lesquelles ?
Lisa secoua la tête.
- Non, ce sont des choses que tu sais très bien, mais dont tu ignores l'étendue.
- Sois plus précise, s'il te plaît, tu m'angoisses, là…
Lisa se mordilla la lèvre, puis elle prit une profonde inspiration et se lança :
- Je suis sortie avec Murray, mais sans avoir été au courant qu'il avait une fiancée… Si je l'avais su, je ne me serais pas laissée charmer par lui. Et j'aurais ainsi pu éviter tout ce qui s'est produit… Car si je t'enjoins à rompre ce contrat que ta famille a avec celle de Murray, par n'importe quel moyen que ce soit, c'est parce que j'ai eu une très mauvaise expérience avec lui. Durant les trois quarts de notre relation, il a été normal, ou, du moins, je ne m'apercevais pas de quelques détails qui auraient pu me mettre la puce à l'oreille, comme le fait qu'il était légèrement insistant quand je n'avais pas envie d'avoir un rapport avec lui. Il abandonnait vite, mais quelques semaines avant que je ne mette fin à notre relation, il s'est mis à être de plus en plus pressant, j'avais plus de mal à le repousser, et j'étais carrément obligée de lui hurler dessus ou de lui donner un coup pour qu'il me lâche… Je ne me refusais pas à lui en permanence, loin de là, mais le problème, c'était qu'à chaque fois qu'on se voyait, c'est-à-dire presque tous les jours, il voulait qu'on couche ensemble… Et moi, je n'avais pas tout le temps la tête à ça… Et il est arrivé un jour où je n'ai pas réussi à lui échapper. Il a obtenu par la force ce qu'il désirait. Et c'est lors de cet unique rapport où je n'étais pas consentante que je suis tombée enceinte. Je le sais, car c'est le seul rapport où il ne s'est pas protégé, trop occupé qu'il était à essayer de me maîtriser… Il a détruit ma vie, et je ne veux pas qu'il fasse de même avec toi.
Lisa se tut sur ces mots. Daphné avait la sensation qu'une chape de plomb venait de lui tomber sur la tête. Elle était assommée par le récit de sa camarade. Elle ne doutait pas de sa sincérité, mais elle avait peine à réaliser que tout cela était bien vrai. Car cela signifiait qu'elle était fiancée à un garçon qui avait commis un des crimes les plus abjects qu'ils soient… Et elle était aussi affreusement triste pour sa camarade. Elle fut peu à peu gagnée par la haine à l'égard de ce type qui avait saccagé la vie d'une jeune fille, qu'il avait violée et mise enceinte. Elle était plus dévastée par ce qu'il avait fait à sa camarade que par le fait qu'il l'avait trompée. Ça, elle s'en fichait complètement, et ce n'était pas comme s'il ne lui avait rien dit à ce sujet… Il lui avait avoué qu'il comblait ses besoins en couchant avec d'autres filles, et cela ne la dérangeait pas, tant qu'il respectait ces filles avec qui il s'octroyait du bon temps… Cela n'avait pas été le cas avec Lisa, et ça, en revanche, elle ne s'en fichait pas du tout. C'était beaucoup trop grave. Elle voulait que Murray soit confronté à ses responsabilités, qu'il paie pour ce qu'il avait fait… Mais comment ? Si Lisa dénonçait Murray, ce serait sa parole contre la sienne… Elle se sentait impuissante. Lisa l'avait alertée sur le comportement de Murray pour la préserver, et Daphné, elle, n'était en mesure de rien faire pour aider sa camarade… En plus de cela, la culpabilité se fraya une place en elle entre la haine, le dégoût et la tristesse. Murray lui avait bien dit qu'il allait voir ailleurs pour se débarrasser de sa frustration… Et elle n'avait pas cherché à avoir le nom de ses amantes. Elle n'avait pas songé qu'il y avait des risques qu'il se conduise de la même manière avec ces filles qu'avec elle, et qu'il pourrait même aller plus loin… Non, elle avait juste été soulagée car les infidélités de Murray avaient le mérite de l'éloigner d'elle. Et alors qu'elle profitait de cette tranquillité, Murray abusait d'une de ses camarades, rejetant sur elle un désir non assouvi à cause des rejets de Daphné… Tout ça, c'était de sa faute. Si elle avait été plus intime avec Murray, il ne se serait jamais vengé sur Lisa qui n'avait rien fait…
- Je suis désolée pour ce qu'il t'a fait, dit-elle sincèrement. Et je m'en veux. Il est très pressant avec moi aussi, et c'est parce que je lui tiens tête qu'il a dû se trouver des maîtresses…
- Mais ce n'est pas parce qu'il était lourd avec toi qu'il l'était forcément avec les autres filles, dont moi… C'est ce que tu as dû te dire, inconsciemment. Et ça aurait pu être vrai. Malheureusement, il paraîtrait qu'il traite toutes les filles à la même enseigne… Et tu ne savais pas, pour lui et moi. Tout comme je ne savais pas pour lui et toi. Tu n'aurais rien pu faire. Ne t'en veux pas, d'accord ?
Daphné acquiesça sans grande conviction. Une question lui traversa l'esprit.
- Est-ce qu'il sait, pour le bébé ?
Lisa haussa les épaules.
- Non, mais cette grossesse est un secret de polichinelle, et s'il n'est pas trop bête, et s'il n'imagine pas que j'ai plein d'amants, ce qui est absolument faux, il a dû deviner qu'il était le père… Mais ce n'est pas lui qui irait assumer sa paternité en étant séparé de la mère de l'enfant… Et tant mieux, ça me crisperait que mon enfant soit en contact avec son père qui n'est autre qu'un violeur… Et l'idée que tu vas te marier et fonder une famille avec lui n'est pas du tout faite pour me rassurer… S'il te plaît, fais en sorte que cette union n'ait pas lieu…
- J'en rêve tous les jours, mais si j'avais le moyen de le faire, cela ferait longtemps que je me serais délivrée de ce contrat…
- Le fait qu'il soit limite violent envers toi, qu'il veuille te contraindre à avoir des rapports, ou qu'il soit volage ne seraient-ils pas des motifs suffisants ?
- S'il m'avait réellement forcée à coucher avec lui, oui, car je ne serais plus pure lors du mariage, ce qui serait problématique, mais je n'aurais pas de preuves, donc ça ne servirait à rien…
Le mot «preuve» provoqua un déclic à retardement chez Daphné. Dans un contrat, si le garçon avait des aventures avec d'autres filles avant le mariage, cela n'était pas gênant, bien moins que lorsque c'était la fille qui avait des amants – cette vision des choses moyenâgeuse écoeurait Daphné – mais si une de ces aventures aboutissait à une grossesse, là, c'était une autre histoire… Car une grossesse issue d'une relation entretenue par le garçon avec une autre fille que sa fiancée changeait tout… La famille de la fiancée décidait souvent d'annuler le contrat, surtout lorsque la fille enceinte était une Sang-Mêlée, ou pire, une née-moldue… La famille du fiancé n'était alors plus de Sang-Pur avec cet enfant qui serait un Sang-Mêlé, ce qui faisait que le contrat n'avait plus aucun sens.
- Il y aurait bien une solution, mais… il y aurait tant d'obstacles…
- Dis toujours, l'encouragea Lisa.
- Si mes parents apprenaient qu'une fille de Poudlard était enceinte de Murray, le contrat volerait en éclats. Car ton enfant sera un Sang-Mêlé. Si j'en avais un avec Murray, il serait de Sang-Pur, mais il y aurait tout de même ton enfant qui ferait désormais des Ashby une famille de Sang-Mêlés…
- Eh bien tu n'as qu'à dire la vérité à tes parents, suggéra Lisa.
- Mais je n'aurais pas de preuves, là non plus, opposa Daphné. Il faudrait que je puisse en avoir une attestant de la paternité de Murray… Et c'est là que ça se complique. Mais si toi, tu révélais ce que t'a fait subir Murray, cela ternirait sa réputation, et par extension, celle de sa famille, et ça, ce serait intéressant. Car la réputation, c'est sacré. Mes parents ne seraient pas très enclins à me marier à un type qui aurait des casseroles sur le dos… Mais dans ce cas, il n'y aurait que des aveux de Murray qui permettraient de rompre le contrat. Et on peut courir pour les avoir… À moins de lui faire boire du Veritaserum. C'est une pratique qui se fait, chez les Sang-Pur, dans ce genre de situation, quand il y a un doute sur la bonne conduite du futur époux ou de la future épouse… Mais bon, encore faut-il se le procurer, ce Veritaserum.
- On a quelqu'un qui peut en fabriquer, ici, déclara Lisa. Mais cela signifierait tout lui raconter…
- Il n'en fera jamais juste pour m'éviter un mariage d'intérêt, rétorqua Daphné.
- Il ne s'agit pas que de ça ! Il s'agit également de lui faire avouer un crime qu'il a commis !
- Mais est-ce que toi, tu serais prête à témoigner face à mes parents et à ceux de Murray ?
- Oui. Il ne me fait pas peur. Ça peut paraître étonnant, au vu de ce qu'il m'a fait, mais quand je l'ai quitté, je n'ai pas tremblé, je n'ai pas bégayé, et je l'ai fixé droit dans les yeux. Et c'est moi qui suis allée vers lui. J'aurais très bien pu lui envoyer un mot pour lui dire que c'était fini entre nous, mais ce n'était pas ma façon de faire. Et si je n'ai pas peur de lui, c'est parce que je ne considère pas qu'il est plus fort que moi. Car il ne l'est pas. Et je ne parle pas du plan physique. S'il n'a pas été capable de contrôler ses pulsions, c'est qu'il y a une faiblesse en lui. Une faiblesse qui n'a rien de physique. Ça, il s'en est servi pour me maîtriser. Mais avant ça, il a cédé à ses envies, et s'il a cédé, c'est qu'il n'a pas eu le mental pour résister. Et c'est à ce niveau-là que je suis plus forte que lui. Sur le mental. Car il en faut pour ne pas baisser les yeux face à son violeur, et pour aller engager de soi-même une conversation avec lui, aussi courte soit-elle. Je sais que ce n'est pas évident pour tous ceux et celles qui ont subi la même chose, et c'est tellement compréhensible… Et ça ne veut pas dire pour autant que ces personnes sont faibles. Loin de là. On ne réagit pas tous pareil face à un viol, car on est tous différents, et chaque viol est différent. Mais voilà, j'ai pu vite me relever, et c'est sûrement grâce au fait que j'étais trop animée par la rage pour m'enfoncer dans une forme de mal-être. Mais une rage non violente, une rage saine, qui incite à aller de l'avant et à se battre. Et c'est cela qui va m'aider à dénoncer Murray devant ses parents et les tiens, si on réussit à aller au bout de ce plan…
Daphné était subjuguée par la force de caractère de Lisa. Elle était une vraie guerrière. Elle avait le courage des Gryffondor, l'intelligence des Serdaigle, le sens de la justice des Poufsouffle, ainsi que la détermination des Serpentard. Était-elle un Chapeauflou ? Elle poserait la question à sa camarade plus tard.
- On fera tout pour que ça se fasse. Mais si ça se fait, tes parents devront être là…
- Je leur dirai tout. À la fois pour le viol et pour la grossesse.
- Ça ne va pas être trop dur ?
- Si, mais je n'ai pas trop le choix… Et j'insisterai bien sur le fait que je vais bien, même si ce serait bien que j'aille consulter un psychomage pendant l'été. Car même si ça va, quelques séances seront sûrement nécessaires pour s'en assurer.
- Oui, mieux vaut être prudent… La santé mentale, c'est hyper important. Et pour le bébé ? Ils vont le prendre comment ?
- Ça va leur faire un choc, mais ils seront là pour me soutenir et pour m'accompagner avec le bébé.
- Tant mieux… C'est une bonne chose que tu puisses t'appuyer sur tes parents.
- Oui, c'est une chance énorme que j'ai… Bon, pour le Veritaserum, on fait quoi ?
- On va voir le professeur Snape. Tu m'as convaincue.
- Allons-y maintenant, alors, intima Lisa.
Sa voix était ferme, mais son corps, lui, s'était crispé, ce qui inquiéta Daphné :
- Ça va ? s'enquit-elle.
- Oui, mais… j'ai le trac, tout à coup. Si je n'ai pas eu trop de mal à tout te dire, c'est parce que tu as mon âge et que tu es une fille, mais le professeur Snape, lui, est un homme et un adulte… Je serai moins en confiance avec lui. Si je me dégonfle, n'hésite pas à me secouer.
Daphné sourit.
- J'emploierai une méthode plus douce, mais je te motiverai, je te le promets.
- Merci. On peut y aller.
Daphné acquiesça et se dirigea avec Lisa vers les escaliers. Elle était un peu étourdie par tout ce qui s'était passé en moins de trois quarts d'heure. Si on lui avait annoncé la veille qu'elle en saurait plus sur Lisa en trente minutes qu'en six ans, elle aurait été franchement incrédule… Et elle l'aurait été encore plus si on lui avait dit que la grossesse de sa camarade serait peut-être synonyme de rupture de contrat entre sa famille et celle de Murray… Elle aurait répliqué : «mais quel est le rapport ?!», car rien ne semblait relier Lisa à cette affaire de contrat… Le monde était définitivement petit. Et si une rencontre se ferait bien entre les Greengrass, les Ashby et les Turpin, que Murray reconnaîtrait sous Veritaserum l'acte ignoble qu'il avait perpétré sur Lisa, et qu'il y aurait la preuve qu'il était le père du bébé engendré par ce viol, cela ferait d'une pierre deux coups : Daphné serait libérée de ce mariage qui la répugnait tant, et Murray paierait pour ce qu'il avait fait à Lisa, ce qui soulagerait en partie celle-ci. Car cela n'allait pas s'arrêter là, pas si le professeur Snape s'en mêlait. Avec lui, tout cela irait jusqu'aux oreilles des Aurors, chez qui, selon Draco, il aurait des contacts qui allaient leur être très utiles…
.
.
POV Severus
.
Ce qui était bien, quand on était professeur de potions et qu'on était en charge des examens, c'était que ces derniers étaient vite expédiés. En une semaine, tout était fait. Avec des journées très remplies, certes, mais au moins, il n'avait pas deux semaines d'examens comme c'était le cas pour Brian, Remus et Sirius. Il était ainsi disponible pour seconder Poppy à l'infirmerie, et ce n'était pas elle qui allait s'en plaindre… Elle aurait été débordée sans lui avec tous les élèves qui avaient afflué à cause de la fête qui avait eu lieu dans la salle commune des Serdaigle… À deux, c'était bien plus gérable. Et ils n'avaient pas tant de travail que ça. Il y avait bien des moments où c'était plus tendu, mais cela demeurait raisonnable.
Severus avait justement profité d'une période calme pour aller à son bureau vers quatorze heures. Et il avait bien fait, car il avait reçu la visite de deux élèves : un de quatrième année, et une de sixième année. S'il n'avait pas été là, ces élèves auraient su qu'il était sûrement à l'infirmerie. Il répondait à son courrier quand des coups furent frappés à sa porte.
- Entrez !
La porte s'ouvrit sur Daphné Greengrass et Lisa Turpin.
- Bonjour, Miss Greengrass, bonjour, Miss Turpin. Que puis-je pour vous ?
- Eh bien… c'est assez long et compliqué, prévint Miss Turpin.
- Ce n'est pas un souci. Asseyez-vous et dites-moi tout.
Les deux jeunes filles obéirent et s'installèrent sur les chaises.
- C'est à propos du père de mon enfant, indiqua Miss Turpin. S'il n'y avait rien eu de spécial autour de lui, j'aurais gardé pour moi son nom, mais il y a des choses que je ne peux plus cacher. Le père du bébé, c'est Murray Ashby, et…
Miss Turpin s'interrompit, l'air soudain mal à l'aise. Miss Greengrass lui pressa alors délicatement l'épaule.
- Rien ne sortira d'ici sans ton accord, et le professeur Snape est le plus apte à entendre ce genre de choses.
Ouh là, ce n'était pas bon, ça… Il y avait beaucoup d'éléments qui échappaient à Severus – depuis quand ces deux élèves étaient-elles proches l'une de l'autre, notamment – mais ce dont il était sûr, c'était qu'il y avait un sombre secret concernant la grossesse de Miss Turpin, et qu'elle était sur le point de le dévoiler. Visiblement rassérénée par les paroles de sa camarade, elle reprit :
- Je n'étais pas consentante lors du rapport qui a généré cette grossesse. Et je suis certaine que c'est celui-là car c'est le seul que nous avons eu qui n'a pas été protégé. Mais avant cela, j'avais déjà dû le repousser plusieurs fois. Mais cette fois-là, je n'ai pas pu, il m'a bloquée de sorte que j'étais dans l'impossibilité de me défendre. J'ai mis fin à notre relation quelques jours plus tard et j'ai tout fait pour l'oublier, ce qui m'a amenée à taire ce qu'il m'avait fait. Mais quand je l'ai vu avec Daphné il y a une heure, j'ai su que j'avais eu tort. Il la brutalisait, et ce n'était pas normal. Quand il est parti, je suis allée vérifier si Daphné allait bien, et comme elle était vague sur ses liens avec Murray, je me suis fait des idées et elle a dû me dire la vérité.
- Lisa croyait que c'était mon dealer, mais ce n'était pas du tout ça, car d'une, je ne me drogue pas, et de deux, Murray est mon fiancé. Il est très agressif et insistant avec moi aussi. Je ne compte plus le nombre de fois où j'ai dû me soustraire à ses avances. Il n'est pas allé aussi loin avec moi qu'il ne l'a fait avec Lisa, pour la simple et bonne raison que je n'ai pas la même relation avec lui que celle que Lisa et lui entretenaient. Lisa et lui étaient intimes, ce qui est loin d'être notre cas. C'est à peine si je le laisse me toucher… De ce fait, je n'ai pas mis une seule fois les pieds dans son dortoir. Nous nous voyons même hors de notre salle commune, car nos fiançailles ne doivent pas être ébruitées. Il y aurait des prétendants qui exerceraient des pressions sur Murray et c'est ce que veulent éviter nos familles. C'est pour ça que Lisa ne savait pas que nous étions fiancés. Et de mon côté, je ne savais pas qu'ils avaient une liaison. Mais Murray m'avait prévenue qu'il avait des aventures avec d'autres filles, car comme je me refusais à lui, il allait voir si l'herbe était plus verte ailleurs… Et cela ne me dérangeait absolument pas. Au moins, il me fichait un tant soit peu la paix. Mais si j'avais su qu'il se comporterait de la même façon avec d'autres filles qu'avec moi, et qu'il avait jeté son dévolu sur Lisa, j'aurais de suite alerté Lisa… Quoi qu'il en soit, il s'est rendu coupable de viol, et en plus de ça, Lisa est maintenant enceinte de lui. J'aurais sûrement dû parler plus tôt de l'attitude que Murray a envers moi, mais comme c'est mon fiancé, ce n'était pas évident, et cela n'aurait servi à rien… À la rigueur, il aurait été éloigné de moi, mais qu'à Poudlard, pas en-dehors… Mais d'un autre côté, il ne peut pas s'en tirer comme ça…
- On ne peut rien faire pour cette grossesse, c'est quasiment sûr qu'elle est trop avancée pour que je puisse avorter, mais on peut faire quelque chose pour Daphné, enchaîna Miss Turpin. Elle est contre ce mariage, elle n'en veut pas, et au vu de ce que Murray m'a fait, on peut craindre qu'il en fasse un jour autant avec Daphné… D'où la nécessité de faire en sorte que cette union n'ait pas lieu.
- Dans les mariages d'intérêt des Sang-Pur, le contrat peut être rompu quand la fiancée est enceinte d'un autre garçon, ou quand il y a une grossesse extérieure issue d'un rapport entre le fiancé et une autre fille, ce qui est le cas avec la grossesse de Lisa. Il faut alors que les deux familles soient mises au courant, et qu'il y ait des preuves. Comme cette deuxième condition va être difficile à remplir, je me suis penchée sur une autre solution : jouer sur la réputation de Murray. Si on parvient à lui faire avouer à nos deux familles ce qu'il a fait à Lisa, mes parents ne vont pas vouloir qu'il entre dans la famille, cela ternirait leur image… Mais ce serait naïf de croire qu'on aura facilement les aveux de Murray à ce sujet… C'est pourquoi on a besoin de Veritaserum, et donc de vous.
Miss Greengrass se tut sur ces mots. Elle n'avait manifestement plus rien à ajouter, mais Severus ne réagit pas tout de suite, assommé par les récits de ses deux élèves. Sa confusion était d'autant plus accentuée par les diverses émotions qui se mélangeaient en lui : le choc, la colère, la consternation, le dépit… Il avait devant lui deux jeunes filles qui étaient victimes d'un même bourreau, fiancé de l'une, et violeur et père de l'enfant de l'autre… La situation n'avait rien d'aisé. Elle était même très complexe. Il connaissait bien les cas où les unions contractuelles entre Sang-Pur étaient susceptibles d'être annulées, et c'était clairement faisable pour celle de Miss Greengrass et M. Ashby… Mais ce n'était pas aussi simple que ça ! Il ne suffisait pas de faire boire du Veritaserum à M. Ashby et de le présenter aux familles des deux partis pour qu'il leur déballe tout… Il y avait toute une procédure à respecter avant cela. Et c'était ce qu'il allait devoir expliquer à Miss Greengrass et à Miss Turpin.
- Je suis tout à fait prêt à vous aider, mais il y a plein de choses à régler avant l'obtention des aveux de M. Ashby. Tout d'abord, comment vous sentez-vous, Miss Turpin, par rapport aux abus que vous avez subis ?
- C'est assez dur de m'exprimer là-dessus. C'est très bizarre, mais je ne suis pas si traumatisée que ça… En fait, c'est surtout de la colère et du dégoût que j'ai au fond de moi. Et pas seulement envers Murray. Je suis aussi en colère contre moi-même. Car j'avais toujours pu arrêter Murray, soit en lui criant dessus, soit en le frappant, mais ce jour-là, je n'ai pas réussi. Et puis j'ai été bête. J'aurais dû le quitter dès qu'il a commencé à essayer de m'avoir par la force… C'est contre moi-même que je suis le plus énervée, je crois. Je suis de nature fière et indépendante, et ça me fait rager d'avoir été sous la coupe d'un garçon sans m'en être aperçue…
Severus étudia longuement les paroles de Miss Turpin. Pour lui, elle avait inconsciemment préféré se faire submerger par la haine et la diriger tant envers M. Ashby qu'envers elle-même, pour ne pas laisser de place à une quelconque forme de mal-être, et pour ne pas souffrir mentalement de ce viol qu'elle avait enduré… Mais cela ne signifiait pas que ce mal-être n'était pas là… De plus, elle était sur une pente dangereuse. Il ne fallait pas qu'elle en vienne à se haïr et à faire un rejet de sa propre personne… Une discussion s'imposait avec cette élève.
- Vous n'avez pas de reproches à vous faire, déclara-t-il d'une voix à la fois douce et ferme. Le seul responsable, dans cette histoire, c'est M. Ashby. Il a usé de son avantage physique sur vous et vous n'y êtes pour rien. Quant au fait que vous ayez continué cette relation en dépit de la façon dont il se conduisait avec vous, est-ce peut-être juste parce que vous étiez amoureuse ou attachée à lui ?
Miss Turpin baissa les yeux.
- Peut-être, répéta-t-elle dans un murmure.
- Si c'est le cas, ce serait donc parfaitement normal que vous ne fussiez plus vraiment lucide… Tout ça pour vous dire que n'avez pas à vous détester comme ça. Vous n'avez rien fait de mal. Vous êtes une victime, même si je sais que ce n'est pas agréable de se voir coller cette étiquette… Mais il n'y a rien de honteux à cela. Ce qui est honteux, c'est ce qu'a fait M. Ashby. Comprenez-vous ceci ?
- Oui, répondit Miss Turpin.
- Bien. Ensuite, je peux me tromper, mais j'ai l'impression qu'il y a bien eu un traumatisme suite au viol que vous avez vécu, mais qu'il a été annihilé par cette haine que vous vous portez et que vous portez à M. Ashby. Mais ça, il n'y a qu'un suivi psychologique qui permettrait de le confirmer ou de l'infirmer.
- Vous voulez dire… que je ferais une sorte de déni ? Que je refoulerais mon traumatisme ?
- C'est à peu près ça, oui.
- J'avais prévu de consulter un psychomage, pendant l'été, après avoir tout dit à mes parents, je vais réellement le faire, du coup…
- Ce serait bien, en effet. S'il s'avère qu'un suivi est bel et bien recommandé, vous vous arrangerez à la rentrée avec votre directeur de maison pour avoir l'autorisation d'aller à Sainte-Mangouste ou au cabinet de votre psychomage pour vos séances. Ce ne sera qu'une formalité, le plus long sera de choisir un horaire où vous n'aurez pas cours et qui conviendra à votre psychomage.
Miss Turpin acquiesça.
- Bon, nous allons désormais traiter du plan que vous avez toutes deux en tête. Avant de faire quoi que ce soit, il faudra avoir la preuve que M. Ashby est bien le père de votre enfant, Miss Turpin.
- Mais comment ? Le bébé n'est pas encore là !
- Cela se fera par étapes, précisa Severus. Et ne vous en faites pas, il n'y aura pas à attendre que le bébé naisse. Je vais rapidement contacter le gynécomage qui vous fera passer l'échographie pour lui demander de vous faire une amniocentèse. Il aura ainsi de nombreuses informations sur la génétique de votre bébé. Dans le monde sorcier, cet examen est réalisable plus tôt que dans le monde moldu, grâce au fluide magique qui se mêle au liquide amniotique et qui contient plus précocement toutes ces informations. Dans notre monde, c'est donc un examen qui se fait dès la onzième semaine de la grossesse.
- Je ne suis pas sûre d'en être là, grimaça Miss Turpin.
- Mrs Pomfrey m'a dit que lorsque vous avez effectué le test, la potion a très vite viré au vert, bien plus vite qu'elle ne le fait quand ce n'est que le tout début de la grossesse. Cela se produit quand la grossesse en est à au moins huit ou neuf semaines, révéla Severus. Si mes souvenirs sont bons, vous avez fait le test de grossesse il y a neuf jours, et l'échographie a lieu dans trois jours, ce qui fait que si vous en étiez à neuf semaines, il y a des chances que vous entamiez la onzième semaine le jour de l'échographie. Mais même si vous en êtes au milieu de la dixième semaine, l'amniocentèse sera tout de même praticable. Il manquera peut-être les données les plus approfondies, mais celles que nous recherchons seront largement disponibles. Nous aurons ainsi les éléments génétiques du bébé, et il faudra les comparer avec ceux de M. Ashby pour déterminer s'il est bien le père. Là, ce sera à vous de jouer, Miss Greengrass. Vous devrez récupérer un cheveu de M. Ashby, et bien vous assurer que c'est le sien, et pas celui d'une tierce personne. J'enverrai cela à un laboratoire, et quand j'aurai les résultats, je les dupliquerai et je vous les enverrai à chacune de vous. Ce ne sera qu'à ce moment-là, Miss Greengrass, que vous pourrez faire part à vos parents de la relation que votre fiancé a eue avec une autre fille qui est enceinte de lui, avec preuves à l'appui. Ils utiliseront sûrement le révélasort de Scapin pour vérifier si le parchemin a été modifié, et ils verront que le seul sort qu'il aura subi sera celui de duplication. Il n'auront donc aucun moyen de réfuter l'authenticité de cette preuve. Et c'est là qu'ils exigeront une rencontre avec les deux autres familles concernées. Vous me communiquerez la date, Miss Greengrass, quand vous l'aurez, et vous annoncerez à vos parents que ce sera moi qui fournirai le Veritaserum. Et comme il est hors de question que M. Ashby s'en sorte avec seulement une annulation de contrat, cette confrontation se fera en présence d'Aurors. Mais ce sera la surprise pour tout le monde, hormis pour vous. Je me tiendrai prêt à neutraliser M. Ashby pour ne pas qu'il s'enfuie.
- Mais ses parents risqueront de le défendre, s'inquiéta Miss Turpin.
- Ils auront à peine le temps de dégainer leurs baguettes qu'ils auront déjà celles de trois ou quatre Aurors braquées sur eux… Ils ne feront pas le poids, croyez-moi.
- Mais comment allez-vous convaincre les Aurors de venir chez les Greengrass pour assister à cette entrevue et embarquer Murray quand il aura avoué ? Ils vont vous dire qu'ils ont autre chose à faire que de s'occuper d'une histoire de mariage entre Sang-Purs…
- Pas quand il y a une affaire de viol dans le lot, nuança Severus. Et j'ai des contacts qui vont m'être très utiles. Même si je n'en ai pas eu besoin les autres fois où j'ai dû gérer cette même situation.
La stupéfaction se lut sur les visages de Miss Greengrass et de Miss Turpin.
- Parce que ce n'est pas la première fois ? interrogea Miss Turpin.
- Oh non ! Des jeunes filles de Sang-Pur qui sont promises à un garçon de Sang-Pur et qui profitent d'une grossesse extérieure et inopinée pour rompre le contrat entre leurs familles et celles de leurs fiancés, c'est quelque chose qui arrive tous les deux ou trois ans, et qui n'est plus rare du tout. Cela tend même à arriver presque tous les ans, car en dix ans, il y a eu huit grossesses de ce genre. Il y a même des jeunes filles qui, parfois, se mettent elles-mêmes «en tort» en faisant en sorte de tomber enceinte de quelqu'un d'autre pour échapper à ce mariage non désiré. Oui, car le plus souvent, c'est la jeune fille qui est enceinte d'un autre garçon que son fiancé. Et quand c'est l'inverse, d'habitude, l'élève enceinte ne va pas dire à la fiancée du père du bébé qu'elle attend un enfant de son fiancé… C'est là où votre cas se distingue de celui des autres.
- On a eu de la chance que nos chemins se soient croisés, commenta Miss Greengrass. Mais si cela arrive maintenant tous les ans, pourquoi y a-t-il si peu de grossesses à Poudlard ?
- Car la plupart du temps, les élèves concernées sont en septième année et découvrent leur grossesse peu avant les ASPIC. Bon, pour ce qui est du plan, est-ce que vous avez des questions ?
- Oui, indiqua Miss Greengrass. Dans ce plan, il y a des choses qui ne sont pas très légales, n'est-ce pas ? Comme, par exemple, se procurer le cheveu d'une personne sans son consentement pour faire un test ADN dans son dos ?
- Oui, je ne vais pas vous mentir, l'accord de votre fiancé devrait être requis. Mais autant vous dire que cela fait longtemps que les Aurors ne font plus attention aux tests ADN pratiqués chez les Sang-Purs en secret, tellement c'est devenu monnaie courante. La loi a même changé pour que ce ne soit plus vraiment interdit dans le cadre des Sang-Purs. Mais ce n'est pas très clair. En fait, actuellement, ce n'est ni interdit, ni légalisé. Mais vous n'avez pas à vous en faire, Miss Greengrass. Cependant, il va falloir que vous soyez discrète, pour que M. Ashby ne s'aperçoive de rien.
- Je le serai, promit Miss Greengrass.
- Bien. Avez-vous d'autres questions ?
Les deux élèves firent non de la tête.
- Tout cela va être dur et éprouvant, mentalement parlant. Êtes-vous certaines d'être prêtes à aller au bout de ce plan ?
- Oui, approuvèrent Miss Greengrass et Miss Turpin en choeur.
- Si vous avez le moindre doute, contactez-moi aussitôt. Vous avez chacune un hibou, chez vous ?
- Oui, j'ai même le mien à Poudlard, souligna Miss Turpin.
- Moi aussi, renchérit Daphné.
- Tant mieux, c'est une bonne chose. J'ai une dernière question avant de vous libérer. Elle est pour vous, Miss Turpin. Est-ce que vous m'autorisez à partager tout cela avec votre directeur de maison ?
- Oui, bien sûr. Et même s'il n'a rien à voir avec moi, cela vaut également pour le professeur Lupin, car j'imagine que ce doit être difficile pour eux de garder confidentiel quoi que ce soit sans que l'un en fasse part à l'autre, au regard de leur lien… Cela aurait été pour n'importe quel autre professeur, je n'aurais pas vu l'intérêt, mais là, c'est mon directeur de maison…
- Votre accord était nécessaire. Puisque je l'ai, j'en référerai très vite au professeur Black. J'écrirai à Sainte-Mangouste d'ici ce soir, ou alors j'irai directement là-bas, et je vous informerai toutes deux de tout ce qu'il y aura de nouveau. Miss Greengrass, attendez-vous à ce que je vous fasse signe de me rejoindre quand je viendrai le soir dans la salle commune, comme je le fais régulièrement. Miss Turpin, si je ne réussis pas à vous intercepter dans la journée, je vous transmettrai le message par le biais du professeur Black.
Miss Turpin acquiesça.
- Je crois vous avoir tout dit. Vous êtes libres de vaquer à vos occupations.
Les deux élèves remercièrent Severus, lui souhaitèrent une bonne fin d'après-midi et s'en allèrent. Lorsque la porte se referma, Severus soupira. Les vacances, ça n'allait pas être pour tout de suite… Mais il ne pouvait décemment pas rester là sans rien faire ! Il allait secourir ces deux jeunes filles, et elles allaient gagner ! Miss Greengrass allait être délivrée de ce contrat qui liait sa famille à celle de M. Ashby, celui-ci allait être jugé et envoyé à Azkaban, et Miss Turpin allait ainsi être plus sereine en sachant M. Ashby loin d'elle et emprisonné pour ce qu'il lui avait fait. Il n'y avait pas une seule seconde à perdre, et ce fut pourquoi Severus s'empressa de faire parvenir un Patronus à Sirius en lui disant qu'il avait à lui parler. Il avait ses examens avec les troisième année, mais Severus avait bien dû lui faire sentir que c'était urgent car peu après dix-sept heures, il entendit toquer.
- Entrez !
La porte s'ouvrit sur Sirius.
- Collaporta, lança Severus. Nous serons plus tranquilles comme ça. Installe-toi, intima-t-il à Sirius.
Celui-ci s'assit sur une des chaises.
- Je t'écoute, qu'est-ce qu'il y a ? s'enquit-il.
Severus lui raconta la conversation qu'il avait eue avec Miss Greengrass et Miss Turpin. Sirius eut les mêmes réactions que lui, ce qui n'était guère étonnant.
- Merlin, mais quel enfer, souffla Sirius quand Severus eut fini son récit.
- À qui le dis-tu…
- Je me souviens que Lisa avait évoqué une rupture qu'elle avait du mal à digérer, quand elle a fait son malaise dans la Grande Salle… Elle avait éludé le sujet, mais c'est plus limpide, à présent.
- Oui, c'était avec ça qu'elle avait justifié son manque d'appétit, mais c'était en réalité les premiers symptômes de sa grossesse.
- Mais c'est horrible qu'elle soit issue de l'unique rapport qui n'a pas été consenti…
- Et qui n'a pas été protégé. En même temps, cette ordure était trop accaparée par le fait de maîtriser Miss Turpin qui se débattait pour songer au sort de protection… Mais il n'avait ni à maîtriser Miss Turpin, ni à penser au sort de protection, puisque sa petite-amie ne voulait pas avoir ce rapport avec lui ! vociféra Severus en tapant du poing sur son bureau.
Sirius haussa les sourcils. Les épaules de Severus s'affaissèrent d'un coup.
- Excuse-moi, mais je t'ai épargné les détails pour aller à l'essentiel, et parce que je n'étais pas sûr d'être capable de tout te dire sans m'énerver… Mais ce type est complètement détraqué. J'ai dû ne rien laisser paraître quand Miss Greengrass et Miss Turpin étaient là, j'ai tout emmagasiné, et…
- La pression est en train de redescendre, acheva Sirius. Tu as bien fait de me faire venir, même si ce n'était pas pour ça, à la base. Il valait mieux que tu ne sois pas tout seul. Sinon, tu aurais dévasté ton bureau qui n'a pourtant rien fait… Déjà qu'il s'est pris un coup de poing gratos…
Severus ne put s'empêcher de sourire. Il n'y avait que Sirius qui avait le don de le dérider en toutes circonstances.
- Mais quel va être mon rôle, dans tout ça ? Car je n'apparais pas, dans le plan…
- Ton rôle sera multiple. Jusqu'aux vacances, tu seras là pour soutenir Miss Turpin. Elle sait qu'elle peut s'adresser à toi si ça ne va pas, si elle doute, si elle a des coups de mou… Et c'est pour ça que ça me soulage qu'elle ait accepté que je te mette dans la confidence. Ensuite, vendredi, c'est toi qui seras avec Miss Turpin pour son échographie à Sainte-Mangouste. Il y aura aussi Miss Jenner, mais ce sera toi, l'adulte référent de Miss Turpin. Vu que tu es au courant à propos de l'amniocentèse, si Miss Turpin stresse dans la salle d'attente, tu seras en mesure de la rassurer. Et enfin, durant les cinq jours qui vont suivre, si j'ai une information à donner à Miss Turpin et si je ne la croise pas dans le château, tu seras mon intermédiaire pour lui faire passer le message. Est-ce que tout cela te va ?
- Je n'ai pas trop le choix pour les deux premiers points, et ça ne me dérange pas du tout d'être ton intermédiaire. Et je serai ravi de faire mon devoir de directeur de maison en étant là pour Lisa et en l'accompagnant à Sainte-Mangouste. Je ne demande que ça. Mais pour ce qui est du plan, il y a des choses qui m'intriguent…
- Quoi donc ?
- S'il n'y avait pas eu les aveux d'Ashby à obtenir, est-ce que les Aurors auraient tout de même dû être là lors de la confrontation entre les trois familles ?
- Oui, car même sans ça, il y aurait eu des questions posées sous Veritaserum et l'utilisation de cette potion doit être contrôlée par les Aurors.
- Oui, logique… Bon, j'espère que tout ira bien et que ça aboutira à l'annulation du contrat entre les Ashby et les Greengrass…
- On va tout faire pour. En tout cas, merci pour l'aide que tu apporteras à Miss Turpin.
- Je ne fais que mon travail…
- Non, tu fais plus que ça. Il y en a qui se contenteraient d'être là parce qu'il le faut, alors que toi, tu seras là parce que tu en auras envie, parce que ce sera naturel, pour toi.
- Mmmh, ce n'est pas faux.
- C'est même entièrement vrai, appuya Severus.
- C'est moi ou tu insinues par-là «parce que j'ai toujours raison» ?
- Ah ça, c'est toi qui le dis…
Sirius leva les yeux au ciel.
- C'est dingue comme tu peux être sérieux et en l'espace d'une seconde, devenir un vrai gamin…
- C'est à force de te côtoyer. Je copie tes mauvaises habitudes.
- Et ça va être de ma faute… Bon, je vais y aller, sinon tu vas me coller l'augmentation du prix de la poudre de Cheminette sur le dos !
Severus se mit à rire.
- Non, je n'irais pas jusque-là ! Mais ne pars pas tout de suite, j'ai un truc à voir avec toi. Est-ce que tu as réfléchi à une élève pour remplacer Miss Turpin au poste de suppléante de Miss Patil ?
Sirius gémit.
- Oh, je n'y avais pas du tout pensé… Mais qui vais-je choisir ? Il n'y en a aucune qui fasse l'affaire à part Lisa…
- Ce ne sera pas toute l'année, juste…
- Les cinq ou six mois restants de la grossesse, plus un mois pour récupérer et apprendre à s'occuper de son bébé avant la reprise des cours et de ses fonctions… Elle ne sera donc opérationnelle qu'en février, si mes calculs sont bons.
- Oui bah c'est ce que je disais, ce ne sera pas toute l'année, rétorqua Severus.
- Oui, mais ça fait six mois à confier un rôle à une élève qui n'est pas trop faite pour…
- Ce sera mieux que rien, insista Severus. Et puis, comme tous les nouveaux suppléants et toutes les nouvelles suppléantes, elle fera ses premiers remplacements avec des préfets aguerris. Elle ne sera pas mise en binôme avec des préfets de cinquième année qui n'auront pas assez d'expérience pour former une novice.
- Oui, et ce n'est pas comme si elle allait faire des rondes toutes les semaines… Si c'est le cas, c'est que Padma serait dans l'incapacité d'assumer son poste de préfète, et ce serait bien embêtant… De toute façon, il faut bien nommer quelqu'un. Et je pense que ce sera Mandy Brocklehurst.
- Parle-en rapidement avec elle, histoire qu'elle se prépare à son futur rôle…
- Oui, je le ferai dès que je la verrai. Merci de m'avoir fait rappeler ça, j'avais carrément zappé…
- Je m'en doutais, c'est bien pour ça que je voulais en discuter avec toi, s'amusa Severus. Bon, vas-y, tu as sûrement des choses à faire… La pleine lune approche, Remus doit réclamer la présence de son compagnon pour apaiser son loup…
- Oui, je suis son remède humain, plaisanta Sirius. Je l'ai prévenu que je serais un peu en retard, vu que j'étais appelé à rappliquer ici juste après mes examens avec les troisième année… Allez, je vais retrouver mon loup adoré. Bon courage, et à plus tard.
Severus hocha la tête et Sirius s'en alla. Du courage, Severus en allait avoir besoin. Il s'empara d'un rouleau de parchemin, déchira une feuille et commença à rédiger sa lettre pour le gynécomage qui allait recevoir Miss Turpin pour son échographie à Sainte-Mangouste. Après avoir écrit sa requête, Severus quitta ses appartements et se rendit à la volière. Il attira l'attention d'un hibou grand-duc, et ce fut vers lui qu'il s'avança. Il attacha sa missive à la patte de l'oiseau, le porta jusqu'à la fenêtre et tendit le bras pour qu'il s'envole, ce que fit le rapace en déployant ses ailes et en s'élevant dans les airs. Severus l'observa disparaître à l'horizon et se perdit dans ses pensées. Quelques semaines plus tôt, il avait déclaré à Sainte-Mangouste qu'il ne leur fournirait provisoirement plus de potions, étant trop débordé par toutes ses responsabilités qui l'épuisaient. Et là, il venait de signer pour un plan de secours qui allait le priver d'une partie de ses vacances… Mais il ne regrettait pas de s'être plongé là-dedans. S'il avait la possibilité de sauver une de ses élèves d'un mariage dans lequel elle serait en danger, et de mettre sous les verrous son fiancé qui avait abusé d'une autre élève, eh bien il n'allait pas se gêner ! Ce serait bien mal le connaître… Après le Severus professeur, le Severus potionniste, le Severus médicomage, et le Severus psychomage, il y avait le tout nouveau Severus justicier. Et ce rôle lui allait à merveille…
.
.
(mercredi 26/06) POV Ginny
.
Et une énième bombabouse éclatée ramassée par terre… Heureusement qu'il n'y avait plus les odeurs ! Mais à force, Ginny allait finir par en faire une collection… Elle en avait au moins sept ou huit dans sa poche ! Elle en avait découvert à tous les étages, elle en était au cinquième et elle en avait encore deux à monter… Pourquoi le temps avait-il si brusquement viré à l'orage ? Il faisait si beau, les jours précédents ! Les élèves étant dehors, le château était relativement calme… Là, à part quelques irréductibles qui aimaient bien la pluie, ils étaient tous à l'intérieur, et les couloirs étaient bondés… Les bombabouses avaient dû être jetées une bonne heure auparavant, car l'air était tout à fait respirable.
Ginny était arrivée près des escaliers quand elle faillit se cogner contre Demelza Robins, une élève de sa classe et de sa maison, et qui avait été joueuse de réserve au poste de poursuiveur durant toute l'année.
- Oh, Ginny, pardon, je ne regardais pas où j'allais… Mais tu tombes bien ! Je m'interrogeais sur les postes vacants l'année prochaine, dont ceux de poursuiveurs… Vu qu'Angelina et Alicia ne seront plus là, il manquera deux poursuiveurs titulaires ?
- Tous les postes sont remis en jeu chaque année, rappela Ginny. Donc théoriquement, l'équipe est vide lors des sélections. Sauf en ce qui concerne le poste du capitaine, évidemment. Mais comme ça fait cinq ans que Katie est dans l'équipe, c'est quasiment sûr qu'elle conservera son poste… Sinon, pour les autres, c'est le suspense.
- Ok, j'avais peur d'être titularisée d'office…
- Si Harry juge que parmi Dean, Kyle et toi, il y en a un ou deux qui sont meilleurs que les autres, il les nommera titulaires. Tu ne peux pas être certaine de rester remplaçante ou de devenir titulaire. Ça dépendra des prestations des uns et des autres. Mais si tu ne désires pas être titulaire, dis-le à Harry. Il ne t'obligera pas à endosser le rôle si tu n'es pas prête.
- Je vais y réfléchir. Merci beaucoup, Ginny.
Demelza prit congé de Ginny et continua sa route. Ginny fit de même, mais dans le sens inverse, et parvint à la Tour Gryffondor vingt minutes plus tard, après avoir fait le tour des couloirs du sixième et du septième étage. Elle grimpa les marches jusqu'à sa salle commune, prononça le mot de passe et entra dans le repaire des lions. Elle vit Harry dans un coin et le rejoignit. Il leva les yeux vers elle et sourit.
- Salut, Ginny ! Comment vas-tu ?
- Bien, et toi ?
- Ça va. Tu as été lâchée par tout le monde ?
- Non, c'est moi qui me suis isolée. Je voulais me promener tranquillement dans le château, en tête-à-tête avec moi-même, mais c'était un projet un peu trop ambitieux… C'était tout sauf tranquille, il y avait énormément de monde, les plus jeunes étaient surexcités, ils faisaient la course entre eux, ce qui fait que je n'ai pas pu laisser mon esprit vagabonder, et au lieu de ça, j'ai dû faire la chasse aux bombabouses…
- Ah ouais, très sympathique, comme programme… Et tu vas en faire quoi, de tous ces charmantes boules puantes ?
- Les remettre au professeur Lupin juste avant d'aller déjeuner. J'ignore qui a disséminé toutes ces bombabouses partout dans l'école, et même si je l'avais su, tout ce que j'aurais été en droit de faire, c'est de fournir leurs noms au professeur Lupin. Tant que je ne suis pas officiellement préfète, je ne peux pas faire de rapport.
- Mais tu en faisais, avant, non ?
- Oui, lors des tests, quand les autres candidats et moi étions évalués. Mais là, il n'y a plus de tests, j'ai été élue préfète, mais ce ne sera effectif qu'à la rentrée. Il y a quelques petites choses mineures que je suis autorisée à faire, mais c'est tout. Et c'est frustrant.
- Tu m'étonnes… Ça va filer droit, quand tu seras véritablement préfète !
- Non, je ne serai pas si sévère que ça ! rit Ginny. Je ferai simplement mon job.
- Oui, et pas que pendant les rondes… D'ailleurs, tu en feras avec qui ? Je n'ai pas tous les noms…
- Chez les cinquième année, avec Simon, Dimitri Kirby et Shane Barton, et chez les sixième année, avec Draco, Terry et Ernie MacMillan. Enfin, quand il sera apte à reprendre son poste de préfet.
- Ce qui ne sera pas pour tout de suite… Mais du coup, c'est pour toi que Draco va m'abandonner, parfois, plaisanta Harry.
- Oui, mais tu n'as pas à être jaloux, rigola Ginny. Il n'y aura strictement rien entre nous, car d'une, Draco est gay, de deux, nous sommes tous deux en couple, et de trois, nous ne sommes pas du genre à tromper nos petits-amis. Et puis bon, ce ne serait pas très cool de ma part de trahir Blaise avec son meilleur ami…
- Ça, c'est clair ! Non mais je ne suis pas jaloux, je serais idiot de l'être… Mais entre ses rondes, les entraînements, et nos fonctions de capitaines, ça va être compliqué de se voir en-dehors des cours…
- Vous aurez un peu moins de cours, non ?
- Oui, Draco et moi ne suivrons plus les options, ni l'astronomie. Ce qui nous fait quatre heures de cours en moins, et toutes nos soirées de libres.
- Vous pourrez vous voir lors de vos heures de creux. Et lors de vos séances de travail en binôme. Et il y aura bien des nuits où vous dormirez ensemble… Si vous en êtes bien là.
- Oui, j'ai dormi deux fois dans son dortoir. Et c'est vrai que c'est toujours ça de gagné…
- Vous êtes mieux lotis que Blaise et moi. Mais ça, c'est de ma faute…
- C'était difficile pour toi de faire autrement… Remus comptait sur toi pour le poste de préfète qui te faisait de l'oeil, et tu étais la mieux placée pour me seconder au poste de capitaine… Après, si ça met ton couple en danger d'avoir autant de fonctions à gérer, dis-le-moi et je tâcherai de m'appuyer sur quelqu'un d'autre…
- Je verrai. Mais ne suggère pas le poste à Demelza, en tout cas. Elle tremble à l'idée d'être titulaire à la rentrée, alors je n'imagine même pas si tu lui proposais d'être co-capitaine…
Harry soupira.
- C'est ça, le problème, il y en a qui intègrent l'équipe de leur maison juste pour faire du Quidditch, et on ne va pas les blâmer pour ça, vu que c'est le seul moyen d'en faire… Mais résultat, quand les anciens titulaires s'en vont et qu'il en faut de nouveaux, ça ne se bouscule pas au portillon… Mais normalement, s'il n'y a pas de candidats plus forts que vous, ce sont Dean et toi qui atterrirez dans l'équipe des titulaires, en plus de Katie.
- Moi, ça me va. Et ce n'est pas Dean qui va se débiner… Oh, au fait, tu es au courant qu'il est avec l'un des poursuiveurs de Serpentard ? Mince, c'est quoi, son nom ? Ah oui, Montague.
Harry haussa les sourcils.
- D'où tu tiens ça, toi ?
- J'ai été témoin, avec Blaise. J'étais avec lui, hier soir et lundi soir, dans sa salle commune, de dix-neuf heures à vingt-trois heures, et que ce soit hier ou avant-hier soir, vers vingt heures, Montague a débarqué avec Dean, et ils sont aussitôt allés aux dortoirs.
- Ah ouais ? Eh bien ils ne s'en font pas. Et ils ont bien raison. Oh mais…
Harry semblait avoir eu une révélation.
- C'est donc Dean que Graham embrassait à pleine bouche, à quelques mètres de moi, quand j'étais sous ma cape d'invisibilité…
- Hein ? C'est quoi, cette histoire ?
- Samedi, j'ai tenté de surprendre Draco dans sa salle commune avec ma cape d'invisibilité…
- Oui, et même que Ron, Hermione et moi avons dû te consoler car tu avais mal interprété les mots de Draco dans une conversation avec Blaise et Pansy…
- Voilà, et pour ne pas qu'un Serpentard vende la mèche en disant qu'il y a un fantôme car la porte s'est ouverte sans qu'il n'y ait personne, j'ai décidé de me faufiler dans la salle commune en même temps qu'un Serpentard. Et la première fois, c'est Graham qui m'a permis d'y accéder. Mais il était avec un garçon que je n'ai pas pu identifier car il l'a plaqué contre le mur pour lui rouler le patin du siècle. Bon bah maintenant, je sais qui c'était… Mais c'est logique, en fait. Lors de la fête qui a été organisée pour célébrer la fin du tournoi de Quidditch, Dean a été très intéressé par Graham, je l'ai incité à aller vers lui, mais Dean s'est fait rejeter car Graham avait déjà un mec en tête. Mais il n'a pas dû résister bien longtemps au charme de Dean… Mais ça avait l'air sérieux, leur relation ?
- Non, à mon avis, il n'y a que du sexe entre eux. Et sur ce plan-là, nul doute qu'ils s'entendent très bien ! Pour coucher tous les soirs ensemble, c'est qu'il doit y avoir une osmose… Mais j'ai un peu de mal à comprendre comment on peut en avoir envie tous les jours…
- Oh, ça ne sera plus étrange pour toi quand tu auras franchi le pas avec Blaise…
- Oui, c'est ce que tout le mon… Non mais je ne parlais pas forcément de ça ! Ils peuvent faire plein d'autres choses que l'acte en lui-même ! Mais attends… Pourquoi est-ce que tu dis ça comme si tu savais de quoi tu parlais ?
Harry parut tout à coup gêné. Il s'empressa d'insonoriser le coin où ils étaient assis, ce qui intrigua de plus en plus Ginny :
- Est-ce que tu aurais une annonce à me faire ? Allez, Harry, crache le morceau !
- Ouibonjel'aifaitavecDraco, avoua Harry à toute vitesse.
- Quoi ? Pardon mais je n'ai rien saisi…
- Je l'ai fait avec Draco, répéta Harry plus distinctement.
- Oh mais c'est super ! C'était quand, ça ? Vous l'avez refait, depuis ? Apparemment, oui, puisque tu sembles totalement partager l'enthousiasme de Dean et de Montague… Et ça s'est bien passé ? Je suis curieuse, désolée, mais…
- Non, ne t'en fais pas, j'étais hyper mal à l'aise il y a deux minutes, mais j'avais oublié qu'il y avait zéro tabou entre nous… Bon, dans l'ordre : ça a eu lieu samedi soir, en fin d'après-midi, après mon énième tentative de faire peur à Draco, ce qui a marché, on ne l'a pas refait depuis, et même si cette première fois a été difficile, je ne la regretterais pour rien au monde. Elle s'est faite dans l'amour, le respect, et la douceur, et c'était le principal pour moi. Et s'il n'y a pas encore eu de deuxième fois, ce n'est pas parce qu'on ne voulait pas, mais parce qu'il y avait une certaine partie de mon anatomie qui était trop sensible pour ça. Mais en dépit de ça, même pas un quart d'heure après, j'en avais de nouveau envie !
- Bon bah Draco n'a qu'à bien se tenir, s'amusa Ginny.
- Oh, il ne sera pas le dernier pour initier des rapports, loin de là, rétorqua Harry d'un ton léger.
- Oui bah j'espère que vous ne zapperez pas le sort de silence ! Si je viens un soir dans le dortoir de Blaise - et de Draco et de Théo – et que j'entends vos ébats, pas sûr que je revienne !
- On fera attention, c'est promis, jura Harry. Mais ce serait drôle si, un même soir, il y avait Justin, toi et moi dans le dortoir…
- Ouais, ce serait soit drôle, soit gênant, grimaça Ginny. Si on se croise tous le matin au réveil, on va tous chercher nos mots pour casser le blanc qui se sera installé entre nous…
- Mmmh, pas faux, concéda Harry. Mais ça a peu de chances d'arriver, car il y a fort à parier que ce sera surtout Théo qui ira dans le dortoir de Justin. Il est plus habitué à être chez les Poufsouffle que Justin ne l'est à être chez les Serpentard. Blaise et toi, par contre, vous n'aurez pas trop le choix… À moins que vous n'alliez dans la salle sur demande.
- Ça, c'est à méditer. D'un côté, ce sera plus pratique pour moi d'être dans la salle sur demande, car elle est proche de la Tour Gryffondor, ce qui fait que je n'aurais que quelques mètres à faire le matin pour aller prendre mon sac de cours si nous dormons ensemble en pleine semaine, mais d'un autre côté, c'est mieux d'être dans le dortoir de son petit-ami… Bon, ça se réglera le moment venu avec Blaise.
- Oui, ce sera peut-être lui qui tranchera… C'est ça qui est embêtant : sortir avec un élève qui n'est pas de la même maison, et dont la salle commune se situe à l'extrémité de la sienne !
- Mais trop ! s'exclama Ginny. Justin et Théo n'ont pas ce souci, eux… Leurs salles communes sont toutes les deux dans les sous-sols ! Ce sera cool pour eux, quand ils iront dans le dortoir de l'un ou de l'autre. Mais au fait, Draco et toi, vous êtes les premiers de la bande à avoir sauté le pas… J'en ai discuté récemment et brièvement avec Pansy, quand je lui ai dit que si elle venait au Terrier, Ron et elle devront sûrement faire chambre à part, et elle m'a dit que ça ne changera pas beaucoup d'ici. Et des confessions en entraînant d'autres, elle m'a dit qu'ils n'avaient pas fait grand-chose, et que par conséquent, ma mère n'aurait pas à s'en faire. Et Hermione n'en est pas du tout là avec Terry.
- Mais tu as les confidences de toutes les filles de la bande, toi ! Bon, il n'y en a que deux en plus de toi, tu me diras…
- Oui, et tu sais bien que les gens, filles comme garçons, ont tendance à se tourner vers moi, et que moi, je les écoute et je les conseille naturellement…
- Ce qui ferait de toi une bonne psychomage.
- Ouais, quand je serai contrainte d'arrêter ma carrière sportive… C'est ma mère qui sera contente, car j'exercerais enfin un vrai métier… Mais je serais peut-être attirée par l'enseignement.
Une question traversa soudain l'esprit de Ginny.
- Mais j'y pense, ça a été, ton examen avec Sirius ? Tu allais mieux, au niveau physique ?
- Non, et je me suis fait griller, car je me déplaçais un peu trop bizarrement… J'ai été obligé de dire la vérité à Sirius, car il n'allait pas me lâcher…
- C'est ton parrain, c'est normal qu'il s'inquiète…
- Oui, ça m'a agacé au début, mais j'ai fini par me faire la même réflexion…
- Et tu l'as dit à quelqu'un d'autre, excepté à Sirius et à moi ?
- Non, mais quand Draco est allé à l'infirmerie pour avoir de quoi me soigner, il a bien dû expliquer pourquoi il lui fallait des potions anti-douleurs… Il a d'abord eu affaire à Mrs Pomfrey, mais elle a été accaparée par un autre patient, et c'est le professeur Snape qui a pris le relais. C'était très gênant pour Draco, mais son parrain a su le détendre. Après, il faudra bien que Remus le sache aussi… Et Draco et moi le dirons au reste de la bande quand on en aura l'occasion.
- Ça leur donnera peut-être des idées, blagua Ginny.
- Hé, qui sait ! Tiens, pour toi, quel sera le prochain couple de la bande qui fera sa première fois ?
- Ah… Je n'ai pas du tout envie de me les figurer dans une telle situation, car par Merlin, c'est mon frère, mais j'opterais pour Ron et Pansy. Pour être honnête, je croyais même que ce seraient eux, les premiers. Mais vous les avez coiffés au poteau ! Et toi ? Tu paries sur qui ?
- J'hésite. Mais j'ai un peu peur de ta réaction…
- Harry ! s'écria Ginny. Depuis quand as-tu peur de me dire quoi que ce soit ? Te souviens-tu que je n'avais que douze ans lorsque tu m'as confié un soir, dans la salle commune, que tu ressentais des choses très physiques quand tu étais avec Olivier, comme le fait que tu avais très chaud, et que ça te faisait douter de ton orientation sexuelle ? D'accord, il n'y avait rien de bien choquant dans tout ça, mais ça prouve que tu as toujours été en confiance avec moi et qu'il n'y a aucun tabou entre nous… C'est ce dont tu t'es rappelé il y a même pas une heure. Alors vas-y.
Harry capitula :
- Bon bah… pour moi, ce sera soit Ron et Pansy, soit… Blaise et toi.
Ginny haussa les sourcils.
- Ah oui, ok, pouffa-t-elle au bout de quelques secondes. Je comprends mieux. Bon, on n'en est pas du tout là, car Blaise tient à attendre mes quinze ans pour qu'on aille plus loin. Mais je pense que ça arrivera vite quand-même. Il y en a qui estimeront que je serais trop jeune, mais je m'en fiche. Je ne veux pas m'embarrasser de leur opinion. Si Blaise et moi en avons envie, que nous sommes prêts, et que nous sommes tous deux consentants, je ne vois pas pourquoi on s'en empêcherait…
- Parfaitement d'accord, asséna Harry. Blaise et toi, vous êtes libres de faire ce que vous voulez tant que c'est dans le respect de l'un et de l'autre. Mais si je saisis bien, il est fort probable que ça vous prenne d'un coup ?
- Bah, franchement, ce serait à l'image de notre couple… On se prend rarement la tête, on laisse les choses venir comme elles viennent, et le midi, dans la Grande Salle, on peut très bien déjeuner à la même table et décider sur un coup de tête de se voir le soir-même dans la salle sur demande ou dans le dortoir de Blaise alors que c'était acté depuis longtemps que ce jour-là, on resterait chacun chez soi… On accède à nos désirs tant que c'est raisonnable.
Harry sembla admiratif.
- Ça a l'air si simple, entre vous… J'adore votre relation. Mais si vraiment ça se fait d'un coup entre vous, n'oubliez pas de vous protéger car vous serez trop à fond dans le feu de l'action, hein…
- T'en fais pas, en tant que futur médicomage, Blaise est très pointilleux là-dessus, et de mon côté, je suis déjà sous potion contraceptive. Du coup, double protection.
- Ouais, vous êtes parés ! approuva Harry. Mais au fait… Ça n'a aucun rapport, outre le fait que ça concerne les mêmes personnes dont on parlait précédemment, mais que ce soient Ron et Pansy, ou Blaise et toi, vous allez tous vous voir chez l'un ou chez l'autre durant l'été… Imagine que Blaise et Pansy débarquent au Terrier en même temps !
Ginny éclata de rire.
- Ce serait drôle ! Mais ça ne devrait pas être le cas. J'ai vu ça avec Ron ce week-end, et c'est prévu que le séjour de Pansy ait lieu chez nous au tout début des vacances, pendant que ses parents seront à la maternité, si ces derniers sont d'accord. Et il se trouve que du premier au vingt juillet, Blaise a son stage à Sainte-Mangouste, ce qui implique qu'il ne pourra pas venir au Terrier en même temps que Pansy. Mais ça reste à confirmer pour Ron et elle. En tout cas, il risque d'y en avoir, du monde, au Terrier !
- Oui, ça va être animé, renchérit Harry. Et ça va faire bizarre à tes parents d'avoir coup sur coup les moitiés de leurs deux derniers enfants sous leur toit…
- Il va falloir prier Merlin pour que ça se passe bien, et pour que ça ne fasse pas comme avec Olivier et George… Mais avec Blaise, on a convenu que si ça tourne au vinaigre, on irait chez lui.
- Tes parents voudront bien ?
- Je ne compte pas leur demander la permission. Ni même les prévenir, d'ailleurs.
- Ouh là, tu vas jouer à un jeu dangereux… Mais je comprends ta décision. Je profite que tu les aies mentionnés, mais comment vont George et Olivier ? J'ai vu Olivier lors de la dernière sortie à Pré-au-Lard, mais pas George… Tu es en contact avec lui ?
- Oui, et il va bien, tout comme Olivier.
Harry et Ginny continuèrent à discuter de choses et d'autres jusqu'à l'heure du déjeuner. Ginny alla remettre les bombabouses au professeur Lupin, puis elle descendit avec Harry à la Grande Salle afin d'aller se restaurer.
.
À treize heures, l'orage s'était calmé. Il n'en fallut pas plus à Ginny pour aller dans le parc. Elle y trouva Simon qu'elle rejoignit près du lac.
- Salut ! Tu n'es pas avec Fiona ?
- Non, on s'est disputés ce matin.
Ginny ravala de justesse un «Encore ?», mais Simon dut le deviner à son expression faciale :
- Oui, c'est récurrent…
- Mais qu'est-ce qui ne va pas, entre vous ? Ou qui ne va plus ?
- Si seulement je le savais… Non mais ça va s'arranger, il va y avoir les vacances, ça va nous faire du bien.
- Vous n'allez pas vous voir au moins une fois ?
- Si, mais plus vers la fin de l'été. De l'eau aura coulé sous les ponts, la pression des examens sera retombée, on se sera reposés… Bref, ça ira sûrement mieux.
- Et… non, rien.
- Non, vas-y, dis.
Ginny hésita, puis se lança :
- Et si ce n'est pas le cas ?
- Eh bien, on avisera. Et s'il le faut, on rompra.
- Oh…
Le visage de Ginny s'assombrit, ce que vit Simon :
- Mais ça n'aura aucun impact sur le groupe, précisa-t-il. Ce n'est que la nature de la relation entre Fiona et moi qui changera. Nous ne serons plus en couple, mais amis. Vous n'aurez pas à choisir.
- Certes, mais ce ne sera plus comme avant, regretta Ginny. C'est triste, un couple qui se sépare au sein d'un groupe…
- Ce ne sera pas si différent que ça. Fiona et moi serons toujours les mêmes ! Et vous vous y ferez. Ce ne serait pas sain qu'on s'acharne à rester ensemble.
Ginny dut reconnaître la véracité des mots de Simon.
- Tu as raison. Mais rien n'est fait, ça se sera peut-être arrangé entre vous à la rentrée !
- Oui, les vacances peuvent avoir un effet bénéfique…
Simon émit cette hypothèse avec la même conviction que s'il prédisait que les Canons de Chudley allaient gagner la Coupe de la Ligue…
- Ouais, tu n'y crois pas, constata Ginny, déçue.
Simon fit une moue éloquente.
- C'est moi ou tu es plus affectée que moi par l'éventualité de cette future rupture ?
- Ben… vous étiez faits l'un pour l'autre, pour moi.
- C'est parce que Fiona et moi étions déjà ensemble quand on est devenus amis, toi et moi.
- Oui, ce doit être ça…
Ginny fixa attentivement Simon.
- Sois honnête. Est-ce que tu aimes encore Fiona ?
- Je ne sais pas, répondit sincèrement Simon. C'est comme si mes sentiments étaient moins forts, ou qu'ils s'étaient estompés. Mais je me dis que c'est comme ça dans tous les couples, après deux ans de relation… Mais je crois surtout que Fiona et moi avons fait une erreur.
- Laquelle ?
- Pas ce samedi-là, mais celui d'avant, nous avons participé à une fête qui a été organisée dans ma salle commune une fois les préfets couchés. Ce n'était pas très malin, pour un futur préfet, mais on avait besoin de décompresser. Mais on n'aurait pas dû. Ça a été la soirée des premières fois, que ce soit pour Fiona ou pour moi. On a bu pour la première fois, et dans la foulée, on s'est pris une cuite pour la première fois. On a eu du mal avec le premier verre, puis on s'y est fait et ça s'est enchaîné. Résultat : on s'est fait surprendre par l'effet de l'alcool, on était un peu naïfs, on ne s'attendait pas à ce qu'après trois verres, on ne soit plus tout à fait nous-mêmes… Et à ce moment-là, on n'était déjà plus assez lucides pour se dire qu'il valait mieux être sages et passer au jus de citrouille ou au jus de fruits… Sur les coups de trois heures, il n'y avait plus grand-monde et Fiona et moi avons décidé de quitter la fête. Comme Fiona était trop bourrée pour rentrer à sa salle commune, et que je l'étais trop également pour l'accompagner, elle est montée avec moi à mon dortoir. On n'était pas fatigués, on avait eu un petit coup de mou vers une heure, mais il avait vite disparu, et plutôt que de dormir, on a préféré s'embrasser. Ça a dérapé et… on a fait notre première fois cette nuit-là, sans en avoir jamais vraiment parlé avant. Le lendemain, le réveil a été tout sauf romantique. On avait la gueule de bois, on était malades, et il y avait un gros malaise entre nous. On avait parfaitement conscience que si on avait été sobres, il ne nous serait pas venu à l'esprit d'avoir notre premier rapport comme ça, sur un coup de tête… Et j'ai l'impression que c'est ça qui a tout gâché. Car si le malaise s'est dissipé, les tensions, elles, ont vite commencé à apparaître. Samedi, ce n'était pas notre première dispute. On en avait eu une ou deux durant la semaine, mais pas à ce point-là. Enfin voilà, tu sais tout, maintenant.
Ginny demeura silencieuse quelques instants. Elle était à la fois surprise et déroutée par le récit de Simon, et peinée pour Fiona et lui. Tout cela à cause d'une soirée un peu trop arrosée… L'alcool, ça ne pardonnait pas, et ça faisait faire des choses que l'on ne ferait pas en temps normal…
- Est-ce que vous en avez discuté… calmement ? finit-elle par demander.
- Non, confessa Simon.
- Faites-le, dans ce cas. Et abordez le sujet de votre sexualité, même si c'est pour vous dire que vous ne le referez pas tout de suite. Mettez les choses à plat, c'est très important.
Simon acquiesça lentement.
- Je tâcherai de voir ça avec elle. Merci, Ginny. Ça m'a fait du bien de me livrer ainsi…
- C'est le principal, et je suis ravie d'avoir pu t'être utile.
- Ça ne t'a pas trop choquée, ce que je t'ai raconté ?
- Non, cette histoire est relativement classique… Mais rassure-moi, vous vous êtes protégés ?
- Alors, ça va te sembler bizarre, mais j'ai des souvenirs très précis, dont celui d'avoir lancé le sort. Et Fiona a ses potions contraceptives.
- Tant mieux. Mais c'est le sort de protection qui est primordial. Il évite les grossesses non désirées, mais aussi d'attraper quoi que ce soit.
Ginny venait de terminer sa phrase quand elle sentit des gouttes.
- Oh non, il va de nouveau pleuvoir… On ferait mieux de retourner au château.
- Oh, ça ne me dérange pas, la pluie. Mais vas-y, toi, je vais réfléchir à ce que tu m'as dit.
Ginny acquiesça et regagna seule le château. Dans le hall, elle vit Luna qui placardait des affiches.
- Tes affaires se sont encore fait la malle ? s'enquit Ginny en lisant ce qui était écrit.
- Oui, elles se plaisent bien à Poudlard, elles ne veulent pas que je les rembarque avec moi, s'amusa Luna.
- Mmmh, ce sont plutôt des idiots qui ne veulent pas que tu les emmènes avec toi…
- Ils font ça pour rire, prétendit Luna en appliquant un sortilège de glu sur une affiche.
Ginny ne chercha pas à argumenter. Luna n'était pas spécialement têtue, mais quand il s'agissait des vols dont elle était victime, il n'y avait pas moyen de la raisonner…
- Et puis ce ne sont que des chaussettes qui n'allaient plus m'appartenir.
Ginny fronça les sourcils.
- Comment ça ?
- J'avais l'intention d'en faire cadeau à Dobby. La dernière fois qu'il est venu faire le ménage dans la salle commune de Serdaigle, il était triste car toutes ses chaussettes étaient trouées. Comme j'en avais plein, j'ai voulu aller lui en apporter avant le dîner. J'avais donc mon sac près de moi, dans la salle commune, pour ne pas oublier. Mais je n'avais pas un œil dessus à tout bout de champ, et il y a des petits malins qui en ont profité pour le voler. Heureusement que tout le monde n'est pas comme ça… Tiens, d'ailleurs, devine qui m'a proposé son aide !
- Euh… Padma ?
- Non, mais tu n'es pas loin, en quelque sorte. Car cette personne est pour toi ce que Padma est pour moi.
- Oh… Blaise ? C'est tout lui, ça. Mais c'est sympa de sa part. Il ne te connaît pas tant que ça…
- Oui, c'est un vrai gentleman. Mais il est un peu imprévisible. Quand il a lu plus en détails une des affiches, il a poussé un juron et il m'a plantée en me disant qu'il revenait…
- Ah bon ? Ce n'est pas logique, il t'offre son aide et il se barre juste après…
- Oui, mais ne t'attarde pas trop là-dessus, l'être humain est un spécimen difficile à cerner…
- Ça vaut pour moi aussi ?
- Pour tous ! Mais ce n'est pas une critique. C'est ce qui fait de nous des êtres uniques.
Ginny sourit. C'était cela qu'elle aimait, entre autres, chez Luna : sa façon bien à elle de considérer les choses.
- Ouais, ce serait triste, si on était tous pareils… On a chacun notre propre personnalité et c'est très bien ainsi.
- Oh, en parlant de ça… Hier, Padma m'a dit que ça l'intéresserait de découvrir mon univers. Pour l'instant, elle est sceptique quant à l'existence des Nargoles, des Joncheruines, des Héliopathes ou des Ronflaks Cornus, mais pour elle, c'est parce que ce n'est pas simple de changer d'avis dans une école où les trois quarts des élèves se moquent de ceux qui y croient… Tandis que chez moi, on sera plongés dedans.
- Donc elle ira chez toi pendant les vacances ?
Ginny n'en serait pas étonnée : depuis que Padma avait embrassé Luna deux semaines plus tôt, tout était allé très vite entre elles. Le lendemain, sur le conseil de Ginny, Luna avait eu une conversation avec Padma, et cela avait abouti à leur mise en couple, Padma assumant pleinement ses sentiments envers Luna, après les avoir quelques temps refoulés. Leur relation demeurait cependant secrète. Il n'y avait que Ginny et leur groupe d'amis qui étaient au courant.
- Si ses parents sont d'accord, oui. Mais même si c'est le cas, rien n'est sûr, car ça impliquerait plein de choses. Par exemple, ce serait la première fois qu'elle serait autant éloignée de sa sœur jumelle, que ce soit sur le plan spatial ou dans la durée. Certes, ici, elles sont séparées de par leurs maisons respectives, mais elles sont sous le même toit, tout au plus à une centaine de mètres l'une de l'autre, et elles se voient tous les jours… Mais comme elle l'a souligné, il va bien falloir qu'elles vivent leur vie après Poudlard, chacune de leur côté… Mais il y a aussi le fait que Padma ne sache pas si elle va dire à ses parents qu'elle voudrait aller chez une amie ou chez sa petite-amie…
- Elle a peur de leur réaction ?
- Ben… ce n'est pas un sujet qu'elle a souvent évoqué avec eux… Elle se doute bien qu'ils ne vont pas la jeter dehors, mais elle craint qu'il y ait un gros malaise une fois qu'elle aura fait son coming-out…
- C'est normal… Enfin, ça ne devrait pas l'être, mais on est dans une société où on se sent obligé de déclarer être bi, gay, lesbienne, pan, asexuel, ou autre, alors qu'à aucun moment, on n'aurait l'idée de réunir toute sa famille autour d'une table pour leur dire qu'on est hétéro…
Tout en lâchant ces mots, Ginny réalisa qu'elle ignorait si Luna avait révélé son orientation sexuelle à son père.
- Est-ce que ton père sait que tu aimes les filles ?
- Oh, oui, mais je ne le lui ai pas vraiment annoncé. C'est venu tout seul, un soir, dans la discussion. Il y a un an, il y a eu un article dans la Gazette sur un homme qui avait séquestré sa femme car il ne supportait pas qu'elle soit en contact avec d'autres hommes à son travail, et j'ai lancé comme ça que ça m'ennuierait si ma petite-amie était jalouse… J'ai appris à mon père que j'avais une petite-amie de la même manière que si je lui avais dit que j'avais faim… Il n'a pas rebondi sur l'information, et je ne me suis pas attardée dessus non plus, car chez nous, le fait d'avoir telle orientation sexuelle est aussi naturel que d'avoir telle autre orientation sexuelle… Tout comme croire en telle chose est tout aussi valable que de croire en telle autre chose. On n'a pas de préjugés. Bon, évidemment, pour ce qui est des idéologies qui discriminent des êtres ou une ou plusieurs parties de la population, là, on ne cautionne pas. Il ne faut pas exagérer… Bon, par contre, comme je ne suis pas rentrée chez moi depuis que Daphné et moi avons rompu, je vais devoir préciser à mon père que je ne suis plus avec elle, mais avec Padma, et là, je serai un peu plus solennelle.
- Oui, si tu accueilles Padma chez toi cet été, ce serait gênant si ton père l'appelait Daphné…
- C'est sûr ! Je n'ai pas caché à Padma que j'avais eu deux petites-amies avant elle, ce qu'elle a très facilement accepté, mais de là à tolérer de se faire appeler par le prénom de l'ex de sa copine…
- Ton père n'est pas du genre à faire des gaffes, j'espère ?
- Non, il fait très attention. Mais c'est horrible, à nous entendre, on dirait que je saute de fille en fille alors qu'il y a eu six mois entre ma rupture avec Daphné et mon premier baiser avec Padma !
- Mais non, c'est juste que Daphné a mis fin à votre histoire peu après les vacances de Noël, que tu es restée à Poudlard lors des vacances de Pâques, et que par conséquent, tu n'as pas pu dévoiler tout ça à ton père, et que ce ne sont pas des choses que toi, tu vas dire par lettre… Et Parvati, elle ? Est-ce qu'elle sait, pour Padma ?
- Non, mais elle le saura peut-être avant qu'on ne s'en aille de Poudlard. Ça évitera à Padma d'avoir à faire son coming-out devant ses parents et devant sa sœur en même temps…
- Eh bien bon courage à elle.
- Oui, elle va en avoir besoin… Mais je m'en veux un peu, confia Luna. Elle m'a clairement dit que si elle n'était pas avec moi, elle aurait continué à garder ça pour elle…
- Mais ce n'était pas un reproche ?
- Non, mais si c'est un échec avec ses parents, ce sera de ma faute…
- Hé, si elle va avouer à ses parents qu'elle aime les filles, ce n'est pas à cause de toi, mais pour toi, nuança doucement Ginny. C'est par amour qu'elle va le faire. Pour que vous puissiez vivre le votre plus sereinement. Et peut-être que l'année prochaine, elle osera se montrer en public avec toi…
- Ouh là, assumer son homosexualité devant sa famille, c'est une chose, l'assumer devant toute une école, c'en est une autre ! Je n'aime pas trop le verbe «assumer», car ça a une connotation négative, pour moi, comme si tu étais en tort, mais je n'en ai pas d'autres. Bref, ce n'est pas demain la veille que je me promènerai main dans la main avec Padma…
- Tu serais prête à le faire, toi ?
- Oh, oui. S'il n'y avait eu que moi, je l'aurais fait avec toutes mes petites-amies, mais elles avaient toutes le point commun de ne pas souhaiter ébruiter notre relation. La première n'était pas au point sur son orientation et me baladait, ce qui provoquait des disputes qui ont fini par briser notre couple, la deuxième a dû sacrifier notre idylle car elle avait un fiancé, et que ce n'était pas gérable pour elle, et la troisième – ma copine actuelle – n'a admis que très récemment son attirance pour les filles…
- Ouais, tu n'as pas de chance, compatit Ginny.
- Si ça casse avec Padma, la prochaine fois, je me mets avec un garçon, ce sera moins compliqué ! plaisanta Luna.
- Oh, ne crois pas ça ! Ils ont leur caractère aussi, prévint Ginny.
- Ça sent le vécu, constata Luna avec humour. Mais de toute façon, ça ne collerait pas. Les garçons, ce n'est pas mon truc. Oh, revoilà Blaise… Hé, mais c'est mon sac !
Ginny tourna la tête et vit effectivement Blaise s'avancer vers elles, un sac à la main. Elle sut à ses traits crispés qu'il était en colère. Ils s'adoucirent néanmoins lorsque son regard capta le sien. Elle eut même droit à un petit sourire. Puis il s'adressa à Luna :
- C'est le tien ? demanda-t-il en désignant le sac.
- Oui, où l'as-tu eu ?
- Dans ma salle commune.
- Comment a-t-il atterri là-bas ? s'étonna Ginny.
- Deux options : soit il y avait un ou des Serpentard dans la salle commune de Serdaigle quand Luna y était, et c'était un jeu d'enfant pour eux de lui dérober son sac et d'aller le cacher dans leur propre salle commune, soit un ou une Serdaigle a des amis à Serpentard et s'est dit que leur salle commune serait un bon endroit pour y cacher les affaires de Luna.
- Dans les deux cas, c'était hyper immature et stupide, comme comportement, marmonna Ginny.
- Mais comment as-tu deviné qu'il était dans ta salle commune ? enchaîna Luna.
- C'est tout bête : je me suis souvenu qu'en partant, j'ai trébuché contre un sac qui correspondait à la description du tien. Ça a fait tilt en la lisant. J'ai eu peur que les coupables ne soient plus là mais non, ils étaient toujours dans ma salle commune.
- Tu as leurs noms ? interrogea Ginny.
- Oui, ce sont des sixième année assez connus dans ma maison. Ça aurait été des troisième année, je ne les aurais peut-être pas eus. Tu les veux ?
Ginny hésita.
- Ce ne serait pas la peine, soupira-t-elle au bout de quelques secondes. Je ne suis pas encore préfète et il n'y a qu'un préfet ou qu'une préfète qui est habilité à s'occuper de ça. Mais je peux en souffler deux mots à Ron ou Hermione… Et tu peux en faire autant avec Draco et Pansy. Ils sont là pour ça, ce sont eux, les intermédiaires, entre les élèves et les professeurs.
- Bien, je le ferai ce soir, quand on mangera.
- Non mais ne vous embêtez pas pour ça, intervint Luna, l'air mal à l'aise. Il y a plus grave qu'une blague puérile comme celle-là…
- Il ne faut pas minimiser, répliqua Blaise. Ça commence par des petites blagues puériles, comme tu dis, et ça finit par des vols ou des actes beaucoup plus graves ! Ce n'est pas la première fois que ça se produit, n'est-ce pas ?
Luna haussa les épaules.
- Je suis habituée.
- Mais ce n'est pas une raison, et se résigner est la pire erreur à faire… Pour eux, c'est comme si tu leur donnais raison et que tu les incitais à poursuivre leurs méfaits… Et ce n'est pas une faiblesse de prouver que ça te touche, tout ce que tu subis. Les moqueries, les surnoms, les vols, les mauvaises blagues, l'attitude des gens en général envers toi… Tout ça doit être signalé. Si tu laisses les préfets dénoncer ce vol-là, avec le nom des responsables, ces derniers seront punis et ça servira d'exemple pour les autres. Quand ils verront que les professeurs ont pris ça au sérieux, ça leur passera l'envie de s'en prendre à leur bouc-émissaire préféré… S'il le faut, on avertira tous les préfets, et à l'heure où il y aura le plus de monde dans leurs salles communes respectives, ils feront tous un speech pour inviter les élèves à rapporter à leurs directeurs de maison les formes de harcèlement dont ils peuvent être témoins dans le château ou dans le parc. Ce ne sera pas que pour toi, mais pour tous les élèves qui se font persécuter. Il y a déjà eu un discours de Dumbledore à ce sujet, mais une petite piqûre de rappel, ça ne fait pas de mal… Mais ça ne se fera sûrement qu'à la rentrée, car ce ne serait pas très judicieux de la faire à quelques jours des vacances… Qu'en dis-tu, Ginny ?
- Que c'est un super plan, approuva Ginny. C'est dommage que tu aies refusé d'être le suppléant de Draco, tu as de bonnes idées…
- Oui, mais ce sont les rondes, le problème… Ce n'est pas mon délire.
- Ouais, et comme c'est l'une des activités principales des préfets, si ce n'est leur activité principale tout court, ce ne serait pas du tout un rôle fait pour toi…
- Je peux être un «sous-suppléant», celui qui n'a aucune fonction à remplir, mais qui est là pour filer des tuyaux, s'amusa Blaise.
- C'est un concept intéressant, renchérit Ginny sur le même ton. J'aime beaucoup ! Bon, pas sûr que les professeurs adhèrent, en revanche. Sinon, autant nommer tous les élèves préfets ! Ce sera entre Draco, Théo et toi.
- Et Pansy et Daphné, si on fait une réunion de préfets de maison, ajouta Blaise.
- On va rénover le système des préfets, à ce rythme, pouffa Ginny.
- Avec tous les changements prévus, il deviendrait presque parfait ! affirma Luna. Bon, maintenant que j'ai récupéré mes chaussettes, je vais aller les offrir à Dobby. Merci de me les avoir ramenées, Blaise.
Luna fut sur le point de partir, mais elle fit soudain volte-face :
- Oh, et… je suis d'accord pour qu'un préfet ou pour qu'une préfète aille livrer le nom de ceux qui ont volé mon sac. Et pour que vous lanciez une lutte contre les harceleurs. Merci également pour ça. Vous êtes géniaux.
Luna sourit à Blaise et à Ginny et s'éloigna sur ces mots.
- Tu as réussi là où j'ai sans cesse échoué, commenta Ginny.
- On a souvent tendance à écouter ceux dont on n'est pas particulièrement proches, parce qu'ils sont plus neutres. Et si on allait dans la salle sur demande ? Ou dans mon dortoir, c'est comme tu veux.
- Ton dortoir, plutôt, choisit Ginny. La flemme de se taper les sept étages.
- Ouais, c'est bien plus rapide d'aller à mon dortoir. Allons-y !
Blaise et Ginny se mirent en route et se rendirent aux sous-sols. Ils arrivèrent quelques minutes plus tard devant la salle commune de Serpentard.
- Plume de Jobarbille, prononça Blaise.
La porte s'ouvrit sur l'antre verte et argent. Les deux tourtereaux s'y faufilèrent et se dirigèrent vers les escaliers qu'ils montèrent jusqu'au dortoir des garçons de cinquième année. Ils y pénétrèrent et rejoignirent l'espace de Blaise. Ginny s'assit sur le lit et fut imitée par Blaise lorsqu'il eut fermé les rideaux. Il s'adossa contre la tête du lit et attira à lui Ginny en enroulant ses bras autour de sa taille. Ginny se blottit dans cette étreinte en exhalant un soupir de bien-être.
- Alors, qu'as-tu fait de ta journée ? s'enquit Blaise.
- Eh bien… pas grand-chose. Enfin, disons que mon programme a été chamboulé. À la base, j'étais censée courir dans le parc, ce matin, mais ça aurait trop glissé avec l'orage qui grondait dehors. Du coup, j'ai pris mon petit-déjeuner et je suis allée à ma salle commune où j'ai vu Harry. On a eu une conversation très… profonde, et on a entre autres songé à une nuit où il y aurait six membres de la bande dans ce dortoir, c'est-à-dire Draco, Théo et toi, ainsi que Harry, Justin et moi.
- Oh… Je ne m'étais pas fait la réflexion, mais il y a moyen que ça se fasse… Ce serait drôle.
- Mmmh, je ne suis pas sûre que tu serais plié de rire si tu croisais la moitié de la bande en caleçon au réveil… Car pas de bol pour toi, mais à part moi, tous les invités seraient des garçons !
- Ah oui, j'avais zappé ce détail… C'est toi qui te rincerais l'oeil, pour le coup.
- Comme si c'était mon genre, ironisa Ginny.
- Ça ne me dérangerait pas, informa Blaise.
- Oui, parce qu'ils sont tous gay, répliqua Ginny.
- Roooh, pour une fois que je pouvais prétendre ne pas être jaloux…
- En vrai, tu n'aurais rien à craindre concernant Théo, Justin et Harry, mais Draco, par contre…
- Quoi, Draco ?! réagit aussitôt Blaise.
- Ben… je ne suis pas convaincue qu'il soit à cent pour cent gay. Il a bien tenté quelque chose avec deux filles, mais ça n'a pas collé. Il a ensuite cédé aux avances de son capitaine, qui ne lui était pas indifférent, puis il est tombé amoureux de Harry, et il en a donc logiquement conclu qu'il était gay. Mais il ne l'avait pas supposé avant. Ce n'est pas parce que ça ne l'avait pas fait avec les deux filles qu'il s'est dit «Tiens, je suis peut-être gay», non, il l'a au contraire nié lorsque son capitaine rôdait autour de lui, avant qu'il ne se rende à l'évidence… En fait, il n'a pas eu le temps de confirmer s'il n'était définitivement pas attiré par les filles. Il n'a pas eu d'autres expériences que ces deux filles. Ça se trouve, ces filles n'étaient juste pas son style…
- Plausible, admit Blaise. Mais ça a direct marché avec Graham et Harry, même si, dans un premier temps, il a repoussé Graham, parce qu'il n'était pas au clair avec son orientation. On peut aisément en déduire que les garçons, c'est plus son truc que les filles…
- Oui, ça, c'est sûr. Mais bon, l'essentiel, c'est qu'il soit bien avec Harry, qu'ils s'aiment et que tout aille bien entre eux.
- Tout à fait. Mais pour en revenir à cette hypothétique nuit où tu serais là, ainsi que Harry et Justin, ce ne sera pas avant plusieurs mois, car toi et moi n'en sommes pas encore à dormir ensemble, et de même pour Justin et Théo…
- Pour ce qui est de nous, c'est uniquement parce qu'on risquerait fort de sauter sur l'occasion pour aller plus loin… Et comme tu as décrété que tant que je n'aurais pas quinze ans, on ne ferait rien…
Cette remarque fit rappeler à Ginny la discussion qu'elle avait eue avec Simon quelques heures plus tôt. Elle fut brusquement saisie par la peur.
- Blaise ?
- Oui ?
- Je sais qu'on n'a jamais abordé frontalement le sujet, hormis pour se dire qu'on ne fera rien avant mes quinze ans, comme je viens de le mentionner, mais… promets-moi que s'il y a un malaise entre nous après notre première fois, on ne le laissera pas s'éterniser et qu'on brisera vite la glace…
Blaise parut troublé par cette requête, ce qui n'avait rien d'étonnant, car elle sortait un peu de nulle part…
- Pourquoi est-ce que tu penses à ça, tout à coup ?
- Parce qu'en début d'après-midi, j'ai appris qu'un couple d'amis avait fait leur première fois il y a peu, et que ça a généré des tensions entre eux…
- Oui mais attends, il doit forcément y avoir une explication à cela…
- Ben… ils ont fait ça un soir de beuverie, alors qu'ils ne l'auraient pas fait s'ils avaient été sobres, car ils n'auraient pas été prêts… C'est l'alcool qui leur a fait faire n'importe quoi…
- Ah ben voilà, il y avait bien un contexte ! Mais tu n'as pas à t'en faire pour nous, ce n'est pas leur première fois, le problème, mais les circonstances dans lesquelles elle a été faite… On n'ira pas aux mêmes soirées avant notre première fois, si ça peut te rassurer. Comme ça, ce ne sera pas l'ivresse qui nous incitera à la faire ! Mais plus sérieusement, c'est triste pour tes amis. C'est l'une des pires façons d'avoir son premier rapport sexuel avec son ou sa partenaire…
- Ils ont sous-estimé les effets de l'alcool, grimaça Ginny. C'était aussi leur première cuite. Ne m'en veux pas, mais je préfère taire leurs noms.
- T'inquiète, je comprends. Et tu fais bien de préserver leur anonymat. Mais c'est pour ça que c'est une bonne idée d'inclure de la prévention sur divers thèmes. Si ça avait été fait avant, peut-être que tes amis auraient été plus prudents… Quoi qu'il en soit, si, pour une raison ou pour une autre, il y a un froid dans notre couple suite à notre première fois, je te fais le serment qu'on en parlera afin de le dissiper, jura Blaise.
- Merci, dit Ginny, soulagée. Si seulement mes deux amis se décidaient à en faire autant… C'est ce que j'ai conseillé à l'un d'entre eux. Pourvu qu'il m'écoute…
- Tu devrais être psychomage, plus tard. Tu es la confidente de tout le monde…
- C'est ce que Harry m'a dit ce matin. Soit vous êtes connectés, soit vous vous êtes concertés pour me faire capituler, plaisanta Ginny.
- Pourquoi ferait-on ça ? s'indigna Blaise.
- Pour me faire renoncer à une carrière de Quidditch ? Non, ça y est, j'ai deviné : c'est le professeur Snape qui t'a mis sous Imperium. Car il ne veut non pas un, ni deux, mais trois psychomages pour les élèves de l'école. En me persuadant de faire des études de psychomagie après Poudlard, il espère que je me poserais ensuite ici pour exercer… Ce qui leur ferait moins de travail, à lui et sa collègue.
- Mmmh, c'est cohérent. Mais même si j'étais effectivement sous Imperium, je serais incapable de te le dire, puisque je n'en aurais pas conscience… Non mais tu fais ce que tu veux. C'est ton avenir, pas le mien ou celui de Harry. Je serai derrière toi, quel que soit ton projet.
Ginny sourit, touchée, et en guise de réponse, donna un tendre baiser à son petit-ami.
- Et moi, je t'encouragerai pendant tes études de médicomagie. Et je suis sûre que je serai un jour la compagne du meilleur chirurgimage de Grande-Bretagne…
- Ouh là, tu m'idéalises un peu trop, là ! Après, peut-être que ça se fera, même si j'en doute, mais il va falloir patienter… Et j'ai le temps de me rabattre sur une autre spécialisation. Surtout qu'il y en a plein… Il n'est pas exclu que, lors du stage, cet été, je m'aperçoive que la chirurmagie, ce n'est pas pour moi, et que j'aie un coup de coeur pour un autre service…
- Ce serait fort si tu en avais un pour celui de kinémagie, car ça ferait deux membres de la bande qui suivraient cette formation…
- Bonjour la diversité ! Il y a dix mille services à Sainte-Mangouste, ce qui fait qu'il y a très peu de probabilités qu'on fasse la même formation, et on réussirait malgré tout à choisir le même service ! Non mais ce serait marrant, en réalité. Et comme ça, si tu te blesses pendant un entraînement ou un match, tu auras deux fois plus de chances de te faire soigner par quelqu'un que tu connais…
- Dans un souci d'efficacité, ce serait mieux pour moi d'être entre les mains de Justin. Toi, tu aurais envie de traiter bien plus que la zone douloureuse…
Blaise fit les gros yeux.
- Non mais qu'est-ce que tu insinues, là ?! Je saurais parfaitement rester professionnel, même avec le sublime corps de ma petite-amie offert à ma vue… Et à mes doigts. Et pas de sexe au boulot, de toute manière. Les cabinets et les salles de consultation ne sont pas faits pour ça !
- Il y en a qui ne se privent pas. À moins que ce ne soient des clichés…
- Oh non, il y a une part de vrai. Et certainement aussi une part d'exagération…
- Oui, comme dans tout…
Ginny marqua une pause, puis reprit :
- N'empêche, imagine, durant ton stage, tu entres dans une salle avec ton maître de stage ou le chef du service que tu es en train de visiter, et là, vous découvrez un couple en pleins ébats…
L'horreur se lut sur le visage de Blaise.
- Ne me mets pas de telles scènes en tête, ça va être ma hantise !
- Non mais vois le bon côté des choses : tu seras moins gêné si ça t'arrive lors de ta formation, car tu auras eu l'expérience quelques années plus tôt…
- Ouais…
- Bon, si c'est Justin et Théo, là, ça va être chaud…
- Ah mais arrête, je vais faire des cauchemars cette nuit qui n'auront aucun sens mais qui vont bien me traumatiser !
- Dit celui qui fait sans cesse des allusions osées quand on est avec toute la bande…
- Ce n'est pas pareil, se défendit Blaise, avec mauvaise foi. Mais bon, ça m'étonnerait beaucoup que Justin et Théo fassent leurs petites affaires à Sainte-Mangouste… Théo est bien trop à cheval sur les règles de bonne conduite pour ça.
- Ils ne sont pas à l'abri de petits écarts… On refera un action vérité, dans plusieurs années, avec la bande, et avec quelques verres qui délieront les langues au fil de la soirée, tu seras surpris de tout ce que tu apprendras…
- On fera ça. Ils seront tous partants, je pense.
- Oui, et ça nous rappellera de bons souvenirs…
Blaise acquiesça.
- J'avais rarement autant ri que ce soir-là… Notamment avec le Magicobus bourré. On a tous eu des défis qu'on s'est empressés d'oublier, mais c'était bon enfant et c'était génial. Et ça a fait beaucoup de bien à Daphné. Elle était détendue comme elle ne l'avait jamais été.
- C'était le but : qu'on chasse le temps de quelques heures tous nos problèmes… Mais on s'en fera d'autres, des soirées comme ça. Bon, le truc, c'est que ça demande pas mal d'organisation, mais on s'était bien débrouillés.
- Oui, même sans Draco qui était considéré comme le chef de la troupe… Mais il était réquisitionné ailleurs.
- Il a l'âme d'un chef. Il est préfet, il est à la tête de la bande, même s'il n'y a pas de hiérarchie, il va être capitaine de l'équipe de Quidditch de sa maison… On me reproche le fait que je vais avoir trop de responsabilités l'année prochaine, mais Draco ne sera pas mieux…
- Il aura moins de cours. Mais j'avoue que ce sera chargé pour lui aussi. Mais en parlant de ça, j'ai bien réfléchi, et finalement, c'est une bonne chose que tu sois co-capitaine. Car quand Harry ne sera plus là, ce sera toi, la plus ancienne de l'équipe. C'est inévitablement à toi que sera attribué le rôle de capitaine. Et en ayant été co-capitaine pendant deux ans, tu auras de solides bases. Ce ne sera pas brutal, pour toi. Et la transition se fera naturellement.
- C'est vrai. Et la même année, il y aura un autre changement : je serai titulaire. Mon premier match en tant que capitaine sera peut-être également mon premier match tout court !
- Mais oui ! Ce serait bien que tu aies remplacé Harry au moins une ou deux fois… Mais sans qu'il ne se soit fait mal. Et sans qu'il ne se soit fait punir…
- Ça va être compliqué d'être titularisée sans l'une ou l'autre de ces conditions… Mais ce n'est pas grave, ça va aller quand-même. Mais ça va me faire bizarre quand j'intégrerai une équipe locale… Je passerai de capitaine et titulaire à simple joueuse, sûrement de réserve…
- Oui, mais ce sera d'un tout autre niveau ! Faire du Quidditch à Poudlard, ce n'est absolument pas la même chose que de jouer dans une équipe locale ou nationale…
- Locale, ce sera déjà très bien.
- Tu viserais quelle équipe ?
- Il y en a quatre ou cinq qui me plairaient : le Club de Flaquemare, les Crécerelles de Kenmare, les Flèches d'Appleby, les Harpies de Holyhead… J'inclurais bien les Chauve-Souris de Fichucastel ou les Pies de Montrose, mais ces équipes sont tellement au-dessus des autres… Ce n'est pas en ayant été membre quatre ans de l'équipe de Quidditch de sa maison qu'on va être accepté dans une de ces équipes… Ce sont les plus titrées de la Coupe de la Ligue, avec respectivement vingt-sept et trente-deux victoires… C'est énorme. À titre de comparaison, les Catapultes de Caerphilly et les Frelons de Wimbourne n'ont gagné «que» dix-huit fois… Mais je crois que mon coeur pencherait davantage pour les Crécerelles de Kenmare. Leur public est l'un des meilleurs et il y a toujours une ambiance de dingue quand cette équipe joue.
- Oui, et leur attrapeur est plutôt beau gosse…
Ginny leva les yeux au ciel.
- Le physique des joueurs n'a rien à voir avec leur talent, répliqua-t-elle.
- Ce n'est pas ce que j'ai dit, mais il y a des filles qui apprécient une équipe juste parce qu'il y a un joueur sexy dedans…
- Oui, mais il ne faut pas en faire une généralité, et puis il n'y a rien de mal à ça. En revanche, c'est un peu dommage de réduire un joueur à sa beauté…
- On est bien d'accord. Mais tant mieux si tu ne prêtes pas d'importance au physique des joueurs.
- Toi, tu serais rassuré que j'aille chez les Harpies de Holyhead, hein ?
- Ben… c'est une bonne équipe, qui n'a pas de casseroles sur le dos, contrairement aux Faucons de Falmouth réputés pour leur jeu violent, les Frelons de Wimbourne qui ont tendance à déconcentrer leurs adversaires en émettant des bourdonnements lors des penalties, les Tornades de Tutshill dont les joueurs sont accusés de chantage et de sabotage…
- Oui, et c'est bien pour ça que je ne suis intéressée par aucune de ces équipes. Mais si tu aimerais bien que je rejoigne les Harpies de Holyhead, c'est aussi parce que cette équipe n'est constituée que de filles…
- Oh mais oui, j'avais zappé ce détail… Tu fais bien de me le…
Ginny s'empara d'un coussin et le jeta à la figure de Blaise qui éclata de rire.
- Tu ne te ficherais pas de moi, par hasard ?!
- Roh, ça va… Non mais honnêtement, je me moque de l'équipe où tu iras, tant que tu t'y sens bien, que les joueurs et les joueuses sont sympas avec toi, et qu'il n'y a pas de gros dossiers sur eux. Mais je ne m'en fais pas pour ça. Tu ne postulerais pas pour des équipes qui traînent de sombres affaires derrière elles…
- Ça, c'est clair. J'ai des principes et des valeurs, même en Quidditch.
- Et c'est ça qui fera ta force, approuva Blaise. Mais parmi toutes les équipes que tu as citées, il n'y en a pas une que tu préfères ?
- Non, elles ont toutes leurs atouts et ils se valent tous.
- Dans ce cas, il vaudrait mieux se baser sur l'équipe où tu as le plus de chances d'être admise… Et pour moi, c'est le Club de Flaquemare.
- Ah oui ? Et pourquoi cela ?
- Parce que tu y as un futur beau-frère qui peut appuyer ta candidature auprès du capitaine…
- Blaise, je viens de dire que j'avais des principes et des valeurs, et me faire pistonner n'en fait pas partie !
- Mais comment crois-tu que la plupart des joueurs se font recruter ?
Ginny grimaça. Elle était tout à fait au courant de la façon dont les capitaines des équipes locales et nationales sélectionnaient leurs joueurs, bien que ce fût quelque chose d'assez secret qui n'avait pas vocation à être ébruité. Mais les informations finissaient toujours par fuiter…
- Il n'y a pas trente-six mille moyens, reconnut-elle.
- Exactement, renchérit Blaise. Le Quidditch est un monde relativement fermé, il faut bien que les capitaines se fassent conseiller s'ils veulent gonfler leurs effectifs… Ils n'ont pas les yeux partout. Et ce n'est pas forcément du piston comme tu l'entends. Souvent, les joueurs de l'équipe glissent un nom au capitaine, font l'éloge de la personne, en toute objectivité, mais sans en faire des caisses non plus, et le capitaine se fait ensuite sa propre idée. Il y a aussi un autre procédé utilisé : assister à des matchs à Poudlard. C'est comme ça qu'ils repèrent les jeunes talents prometteurs. Mais ça, peu de gens le savent. Ils passent incognito dans les gradins, où, lors des matchs, il y a plein de personnes extérieures à Poudlard. Bref, ne sois pas trop réticente à ce que le petit-ami de ton frère parle de toi à son capitaine, car c'est comme ça que ça marche. Et tu ne seras pas le premier nom que soumettra Dubois à son capitaine.
- Comment ça ? s'intrigua Ginny.
- Eh bien, il y a quelques mois, il a suggéré le nom de Graham qui était très intéressé par le Club de Flaquemare.
- Ah ouais ? C'est hyper fair-play de sa part… Ils étaient tout de même rivaux, quand Olivier était à Poudlard…
- Oui, ils étaient rivaux, mais… que sur le terrain.
Ginny fronça les sourcils, avant de saisir brusquement ce que voulait dire Blaise à l'intonation de sa voix.
- Ils ont été ensemble ?!
- Oui, il y a trois ans, mais ça n'a pas duré très longtemps. C'est Draco qui me l'a dit. Ce n'était que du sexe, entre eux. Il n'y avait pas de sentiments. Mais ils sont devenus très amis et ils ont gardé le contact. Ce qui a bien servi à Graham. Mais leur amitié va bien au-delà de ça.
- Alors là, tu m'apprends des choses… C'est étonnant qu'ils aient eu une relation alors qu'ils étaient rivaux et qu'à l'époque, c'était la guerre entre les maisons… Comme quoi, il n'y a pas eu besoin du concept de travail en binôme pour que certains élèves se rapprochent. C'est comme Simon et Fiona. Leur idylle a commencé quand les maisons entretenaient encore des rapports très conflictuels… Et les leurs n'étaient pas vraiment faites pour s'entendre. L'un est à Serpentard, l'autre à Poufsouffle…
- Il n'y a pas plus opposées que ces deux maisons, commenta Blaise. Mais c'est beau. Car ça prouve leur ouverture d'esprit. Mais ça ne te choque pas trop, que Graham et Dubois aient eu une histoire ?
- Non, Olivier pouvait bien faire ce qu'il voulait tant qu'il n'était pas engagé avec quelqu'un, ça ne regardait que lui. Et je sais bien qu'il a eu beaucoup d'amants avant George. Maintenant, il est casé, fidèle, et fou amoureux de George, qu'il rend plus qu'heureux, et c'est tout ce qui compte.
- Tu as bien raison. Et je ne leur souhaite que du bonheur.
- Toi, tu cherches à avoir des points auprès de mon frère, plaisanta Ginny.
- Ça aurait pu, mais non, je suis entièrement sincère.
- Ils t'ont déjà accepté, de toute manière.
- Bon bah c'est bien, j'ai la moitié de la fratrie dans la poche ! rigola Blaise.
- Oui, tu n'as plus que les plus vieux à amadouer, pouffa Ginny. Mais il n'y aura pas de problèmes. Bill et Charlie sont très cool. Quant à Percy… euh… ce sera un miracle si tu parviens à être convié à un repas avec ma famille où il sera là.
- Je suis sûr que ça se fera, même si ce n'est pas pour tout de suite. On a tout notre temps.
Ginny acquiesça. Elle continua à discuter de choses et d'autres avec Blaise jusqu'à l'heure du dîner. Ils se promirent de retourner au dortoir une fois qu'ils auraient mangé, n'étant pas rassasiés de ces quelques heures qu'ils avaient partagées ensemble. N'ayant plus d'examens, l'un comme l'autre, ils étaient totalement libres. Et ils avaient bien l'intention d'en profiter…
.
.
Et voilà pour aujourd'hui ! J'espère que le chapitre vous a plu ! Vous savez enfin qui est le père du bébé de Lisa, et c'est vrai que ce n'était pas évident à deviner XD
Ne m'en voulez pas trop d'avoir mis Severus à contribution, il était le seul à pouvoir faire quelque chose XD
Avant de se quitter, une petite question pour vous : quel est le genre de fics que vous préférez ? Les fics centrées sur l'angoisse ? Sur la romance ? Sur l'amitié ? Sur les liens familiaux ? Les fics sur les Maraudeurs ? Sur le trio ? Sur d'autres personnages à l'époque des Maraudeurs ou du trio ? Les fics sur les enfants de la génération d'après ? Les fics sur l'époque des fondateurs ? Les fics sur d'autres époques que celles mentionnées ? Oui, c'est très vaste, comme question, mais au moins, vous avez l'embarras du choix XD
Sur ce, on se retrouve le dimanche 5 février pour le prochain chapitre intitulé «Arrangements et contrariétés». D'ici là, je vous souhaite de passer deux bonnes semaines, portez-vous bien, je vous embrasse fort, et plein de bisous tout le monde !
