Une vie de ténèbres et de sang.

Toutes les histoires commencent par Il était une fois.

Celle-ci ne fait pas exception.

En revanche, elle ne se termine pas par tout est bien qui finit bien.

Cette histoire ne vient peut-être pas tout juste de commencer, mais le fait est qu'elle n'est pas encore terminée.

§§§§

L'histoire de l'elfe Lilith commença un splendide jour d'été, lors d'une journée ordinaire. Son histoire personnelle à elle débuta bien sûr le jour de sa naissance, mais quand celle-ci, que nous allons raconter, eut un début, ce n'était qu'une enfant.

L'elfe n'avait alors que neuf ans, et elle n'avait aucune idée de ce que l'Enfer pouvait être. Elle ne tarda pas à le découvrir. Le peuple des elfes du nord était un peuple qui n'était pas porté à la guerre, mais ils savaient en revanche se défendre, apprenant tous à se battre et à utiliser la magie.

Mais aucun d'eux ne s'attendit à ce qu'il se passa ce jour-là.

Des cavaliers humains, qui les attaquèrent, sans qu'ils puissent faire quoi que ce soit, alors que leurs ennemis étaient immunisés face à leur magie, grâce à l'action de la reine Christelle. Cette dernière avait fait dépêcher un groupe de soldats afin de faire prisonnier le peuple des elfes, assez peu nombreux, mais aussi très puissants.

La reine avait grand besoin de leurs pouvoirs, afin de pouvoir continuer à être la plus belle, afin de pouvoir réussir à rester jeune. Ainsi, les elfes ne comprirent pas ce qu'il leur arrivait en se faisant pourchasser par tout ces cavaliers.

Ils se battirent, bien sûr, et bon nombre d'entre eux moururent ce jour-là, entraînant une grande quantité de soldats avec eux. Mais ils finirent tous enchaînés, finalement, menés vers le royaume de la Vallée d'Émeraude.

Ces elfes seraient alors enfermés dans les cachots du château, loin des yeux de tous, si ce n'est ceux des soldats de la reine Christelle, et de cette dernière. Elle se rendit par ailleurs avant cela sur ce qui avait été le champ de bataille, et en profita pour recueillir le sang de ces elfes, ainsi que leurs ailes.

Elle devait les étudier, afin de mieux connaître leur magie et la manière dont ils fonctionnaient. Et en aucun cas elle ne les enterra, se contentant de les faire brûler.

On entendit plus parler des elfes du Nord après cela.

Ils étaient deux cent à trois cent dans les cachots de la reine, tous terrifiés, et ne sachant que faire. Leur magie était bridée, une partie de leur peuple avait été réduit en cendre, et la peur les avait envahi.

Parmi tout cela se trouvait la petite Lilith.

Petite fille, petite elfe de neuf ans, perdue, désemparée, ne comprenant pas ce qu'il se passait.

Elle était belle, cette petite elfe, ses yeux, ses oreilles, ses cheveux, et surtout ses ailes. Ce n'était qu'une elfe comme les autres, mais d'un point de vue humain, elle était vraiment ravissante. C'est probablement pour cela que la reine fit attention à elle, plus qu'aux autres.

Les elfes en général, particulièrement ceux du Nord, étaient d'une beauté superbe et éblouissante. C'était une des raisons pour laquelle la jeune reine d'alors, de vingt-deux ans, avait souhaité s'emparer d'eux. Pour parvenir à trouver un moyen de rester jeune et belle à jamais.

Ce désir s'était peu à peu changé en une terrible obsession dont elle ne parvenait pas à se dépêtrer, et, curieuse, elle avait observée Lilith, ses longs cheveux fins, ses belles ailes transparentes. Sa jeunesse et son innocence. Ce n'était qu'une enfant, facile à manipuler, autant psychologiquement que physiquement.

Elle fit donc des expériences sur les elfes.

Non, ce n'est pas exact.

Ce fut bien pire que cela.

Correction : elle les tortura.

Elle en tua au moins une bonne cinquantaine, déchirant les chairs, les faisant hurler de douleur et, pire que tout, leur arrachant leur magie. Pas totalement, il leur resta des bribes, de la magie défensive, qui leur sauverait la vie. Qui pourrait les protéger, mais qui resterait toujours faible, malgré tout. Et ne pourrait pas toujours fonctionner.

Ce fut ce qui arriva pour ceux qui furent détruits, brisés en mille morceaux.

Tués.

Le sort de la pauvre Lilith fut tout aussi ignoble.

La torture, de toute sorte, physique, psychologique, sans oublier chantage affectif en menaçant ses parents et leur vie. La reine n'eut aucune pitié pour elle, malgré son jeune âge, se décidant à se servir d'elle plutôt que de la tuer, voyant la puissance potentielle qui pouvait être la sienne.

Sachant qu'elle pourrait très bien l'utiliser. Tout d'abord, elle lui arracha sa magie, chose absolument ignoble à vivre pour une elfe. La magie était naturelle pour elle, ne plus pouvoir s'en servir était presque l'équivalent de la perte d'un membre.

Ce ne fut que le début de ses douleurs.

§§§§

Après cela, elle fut ramenée au cachot, près de ses parents. Ces derniers étaient encore jeunes, et ils blêmirent en voyant l'état de leur petite fille. Son corps était en sang, ses blessures innombrables commençaient à peine à se refermer.

Elle ne mourrait pas, oh non. Mais en voyant cela, ses parents auraient presque préféré que ce soit le cas. Ils savaient que ce n'était que le début d'une longue vie de torture et de souffrance pour leur petite fille.

Mais elle se battrait, ils en avaient conscience, sa magie, même affaiblie, n'abandonnait pas.

Sans même penser à eux, ils dirigèrent leur magie vacillante en direction des blessures de leur fille, tentant d'apaiser ses douleurs. Ils maudirent la reine et ses sorts, et sa folie : eux qui n'avaient voulu que vivre en paix.

Cela ne s'arrêta pas, à aucun moment par la suite.

Cela s'empira, en fait.

La reine continua ses expériences, insatisfaite de ses dernières. La magie des elfes était puissante, mais ne correspondait pas à la sienne, et ne lui était donc d'aucune utilité. Elle s'en débarrassa donc, et ne restait plus en elle que ses propres pouvoirs.

Ainsi donc, cette cruelle et égoïste reine, sans aucun remords, dispersa au vent les pouvoirs de tout un peuple, après les leur avoir arrachés.

Quand Lilith eu douze ans, Christelle se décida à autre chose, à la fois pour exercer sa magie, mais aussi par simple cruauté. Elle la priva d'une des choses les plus précieuses que pouvaient posséder un elfe, encore plus précieux que sa magie.

Elle lui arracha ses ailes.

Elle ne se contenta pas de faire cela, de saisir la petite paire d'aile de la jeune adolescente, et de les transpercer de ses ongles acérés. Ses ongles traversèrent la fine matière qui constituaient les ailes de l'elfe, et s'enfoncèrent dans la peau tendre, alors que l'enfant hurlait.

Christelle souriait, ravie. Sa cruauté était sans pareille, et elle le prouvait encore à cet instant. Ivre de bonheur, elle lacérait et labourait lentement et avec sadisme le dos de sa victime, tandis que les hurlements de la prisonnière s'intensifiaient et qu'elle l'implorait.

D'un dernier coup, elle lui retira ses ailes, et sourit en voyant qu'il ne restait plus que des lambeaux. Ses ongles fins et acérés se posèrent alors sur les deux ouvertures d'où sortaient les ailes, et en retira les quelques morceaux qui y étaient encore accrochés.

Il ne restait plus rien.

Juste la souffrance, et le sang.

Et les ténèbres.

(Car bien évidemment, elle finit par s'évanouir.)

Presque tendre, de façon obscène, la reine déposa sa bouche sur les blessures qu'elle venait de provoquer, pour en lécher le sang. Quand la petite elfe recommença à hurler, un affreux sourire ensanglanté se peignit sur le visage de Christelle.

Son corps la brûlait.

Elle souffrait comme elle n'avait jamais souffert. La blessure était ouverte, tandis que sa magie encore plus affaiblie tentait sans aucun résultat de les refermer toutes deux. Oh, elle avait tellement mal ! Pourquoi ? Pourquoi la reine avait-elle fait cela ? Elle sentait désormais sa main sur son dos, et ça la brûlait, ça la brûlait encore plus que tout ce qu'elle avait pu vivre avant.

Mais l'enfer n'était pas fini, il ne faisait que commencer. Lilith pouvait facilement être tuée, réduite en mille morceaux, à l'instant même. Sauf que la reine était plus fine que cela, et qu'elle savait qu'elle pourrait l'utiliser.

Comment ? Elle l'ignorait.

Mais une elfe dont elle retenait la famille et le peuple pourrait très bien lui être utile. Les elfes savaient se battre, et si elle l'entraînait, alors dans ce cas-là, peut-être qu'un jour elle pourrait lui servir.

On ne savait jamais…

A cet instant précis, Lilith ne sentait plus rien. La douleur l'avait presque anesthésiée, sa magie l'avait faite sombrer dans les ténèbres et l'inconscience, elle n'avait aucune conscience de son corps, ballottée qu'elle était entre réveil et sommeil.

Cet état de presque paix ne dura pas longtemps, et elle finit par reprendre conscience d'une terrible manière. Christelle savait comment fonctionnait la magie des elfes, elle leur avait fait suffisamment de mal pour voir comment cela se passait. Elle savait que cette dernière pouvait rester en eux à un bas niveau, même si on l'arrachait, et qu'elle continuait de les sauver et de les guérir.

Si elle ne faisait rien, les ailes de l'elfe repousseraient, et cette dernière aurait une autre possibilité de fuir. Elle ne le ferait pas, mais elle refusait de prendre ce risque.

Et puis, cela lui permettrait de s'amuser encore un peu.

Cela pourrait être drôle.

Ainsi, quand Lilith sentit quelque chose de chaud et de brûlant couler sur les deux endroit où se trouvaient ses ailes avant, elle se mit à hurler, encore. Du plomb fondu, enchanté par Christelle pour qu'il soit moins atroce à supporter, et qui en quelque sorte, permettrait de stopper l'extension de la blessure.

Mais c'était aussi par pure sadisme.

Une fois l'opération terminée, le visage de l'elfe perdit toute couleur, et toute expression, toute joie. Un grand vide se fit alors en elle, la douleur n'était pas le pire, étrangement, par ailleurs la magie de Christelle l'avait en partie faite disparaître.

C'était la sensation d'avoir perdu quelque chose qui l'avait faite basculer à cet instant. Une partie de son âme, comme si elle n'était plus elle-même, presque comme si on l'avait dépouillée de ce qu'elle était réellement.

Elle ne pourrait plus voler.

Plus jamais elle ne pourrait voler.

Elle n'était plus une elfe…

§§§§

A cet instant elle voulut mourir. La douleur se rappela à elle, cruelle et implacable, au moins autant que la reine. Regardant autour d'elle, elle comprit soudainement qu'elle était de retour dans son cachot, mais dans une cellule séparée des autres.

Et en plus de cela, elle était seule maintenant…

Cela n'aurait pas pu être pire…

Elle grandit. Les années passèrent, la reine comprit l'inutilité de continuer ses expériences et se rabattit sur d'autres choses, continuant dans l'ombre d'utiliser sa magie pour préserver sa beauté. Faisant parfois sortir la jeune elfe devenue son esclave, pour la torturer, ou l'entraîner au combat.

Malgré son aspect frêle, elle était douée, et forte, et une idée commença à se former dans son esprit, l'utiliser pour se débarrasser de ses ennemis. Ces derniers étaient tout aussi immondes que la reine, et ils la gênaient. Pourquoi ne pas envoyer cette petite elfe les tuer ? Si cette dernière mourrait, peu importe ! Et dans le cas contraire, ce serait une victoire pour elle !

Lilith refusa, bien sûr. La reine la brisait lentement, peu à peu, au fil des années et des tortures, mais ce n'était pas encore le cas. Elle avait encore une morale, mais la menace de mort contre son peuple la fit changer d'avis.

Ceux qu'elle devait tuer étaient des monstres, et peu à peu, la petite fille qui tentait encore de se battre contre les ténèbres et le mal, et le découragement finit par s'éteindre. Elle devint cynique, amère, et ironique.

Cruelle ? Non. Elle tenta de garder une part d'innocence, ou tout au moins d'humanité. Avec difficulté, c'est certain. Elle avait dix-sept ans quand elle tua pour la première fois, un cousin de la reine Christelle, pervers, dérangé et violeur, qu'elle voulait écarter du trône.

Elle dut également mettre fin aux jours d'une tante de la reine, meurtrière quant à elle, tout aussi immonde. Désormais, la jeune elfe était âgée de seulement dix-neuf ans, et pourtant, tout ce qu'elle avait côtoyé depuis dix ans c'était l'horreur, et les ténèbres.

En somme, quand la reine lui demanda de commettre un autre meurtre, elle n'hésita pas.

La liberté, c'est tout ce qu'elle voulait.

La liberté et sa famille.

Ce serait seulement ainsi qu'elle pourrait ressortir des ténèbres…