Chapitre 13 : Fièvre.
Lilith, couverte d'eau, s'avança légèrement, tentant de déterminer d'où pouvait bien venir la voix. Elle passa la main le long de son visage, afin de repousser les cheveux tombés devant ses yeux qui lui bouchaient un peu la vue. Puis, l'elfe frissonna, se rendant compte que se jeter de cette manière sous l'eau n'avait peut-être pas été la meilleure idée du monde.
Son impulsivité la perdrait sûrement un jour…
« Qui est là ? Où êtes-vous ?
Elle ne voyait pas grand-chose, en fait, elle devait bien reconnaître que la grotte était assez sombre, ce qui ne l'aidait pas vraiment à se repérer dans tout ça.
Quelques secondes après, son regard se posa sur le rocher et plus précisément sur l'épée qu'elle avait aperçue quelques temps auparavant, et elle se figea.
Non, attendez… cela ne pouvait pas être cela…
Elle vit alors quelque chose qu'elle n'avait pas perçu auparavant, à savoir qu'il y avait quelqu'un dans l'épée.
« MonnomestMylarka et je suis la fée de l'épée. Maintenant répondez-moi, qui êtes-vous ? »
Les yeux de Lilith s'écarquillèrent alors qu'elle recevait l'information.
« Mylarka ? La… la promise de Speck ? »
Voici donc l'endroit où la petite fée se trouvait depuis si longtemps ! Elle était enfermée dans cette épée, depuis des siècles, et sans aucun moyen de contacter son amant ! Lilith ressentit un mélange d'excitation et de peine, alors qu'elle comprenait tout ce que cela impliquait.
« Oui c'est exact, c'est bien moi, mais…. Ainsi donc vous connaissez Speck ? Oh, savez-vous où il est ? Et comment va-t-il ?
- Je suis Lilith, et je suis une amie de Speck.
- Vous êtes une elfe du Nord ? Comment…. Comment connaissez-vous mon Speck ? Et que lui est-il arrivé ?
- Lui et moi nous sommes les prisonniers de la reine Christelle. Je suis son esclave, et lui, il est forcé de répondre à toutes ses questions, sans pouvoir mentir, il est prisonnier d'un miroir. »
Le regard de la petite fée se chargea d'une profonde tristesse alors qu'elle écoutait tout ce que lui disait Lilith.
« Oh, mon Speck… tu me manques tellement, murmura-t-elle avec douleur.
- Je suis désolée Mylarka… très sincèrement.
- Dis-moi Lilith, que fais-tu ici ? Est-ce la reine Christelle qui t'envoie ? »
La fée avait été hors du monde pendant des siècles, mais elle avait conservé quelques pouvoirs qui lui avaient permis de rester au courant de certaines choses. Elle savait parfaitement qui était Christelle et aussi quelle pouvait être sa cruauté.
L'elfe eut un sourire atrocement faux, avant d'éternuer.
Et en plus du reste, elle allait être malade, vraiment, cette journée était exceptionnelle.
En même temps ça serait pas arrivé si tu t'étais pas foutue toi-même sous l'eau espèce d'abrutie…
Ouais, exact, mais peut-être qu'en faisant cela, elle avait alors tenté de se punir elle-même pour ses actes. Même si c'était absurde et stupide.
Même si ça allait avoir des conséquences mauvaises pour elle…
Mais bref…
« Ce qu'elle veut, c'est que je tue la princesse Blanche-Neige.
- Oh non, tu ne peux pas faire une chose pareille ! S'exclama alors la fée, effarée. »
Lilith leva les yeux au ciel.
« Bon, j'aimerais bien savoir pourquoi tout le monde me dit ça… Je veux dire, je sais que le meurtre c'est mal, mais bordel, pourquoi dois-je nécessairement l'épargner elle ? Les innocents ça ne manque pas !
- La princesse est notre seul espoir face à la reine Christelle…
La jeune femme grogna.
- En quoi je te pris ? Elle est peut-être moins faible qu'elle ne semble l'être, mais ce n'est pas une combattante, et elle ne fait pas de magie. Comment quelqu'un comme elle pourrait détruire la reine ?
- Tu ne comprends pas. La princesse a le cœur pur, et quand le moment sera venu, elle sera prête à se battre. Mais elle ne sera pas seule, et si…. Si la reine gagne et s'empare d'elle, alors… tout sera perdu pour nous. Lilith, il ne faut pas que tu la tues.
- Je ne sais plus quoi faire Mylarka, confia l'elfe. Elle a ma famille en otage, et ceux qui restent de mon peuple. Mais si je tue la princesse, je détruirai quelqu'un qui ne le mérite pas. Je ne peux pas les laisser mourir, et je ne peux pas non plus la faire disparaître elle. Je suis perdue, chuchota-t-elle. »
Mylarka la regarda un peu plus attentivement, lisant la peine, les regrets, et l'incertitude inscrits sur son visage. Elle disait la vérité, c'était une évidence.
Et elle doutait toujours.
Hé bien, la fée ferait tout pour qu'elle fasse le bon choix.
§§§§
« Ne pourrais-tu pas retourner au château, et les sauver ? Les faire s'échapper, et partir loin de la terrible reine Christelle ? »
Lilith lui sourit, presque avec tendresse, et secoua la tête face à tant de naïveté.
« Oh, Mylarka… Tu crois que je n'ai pas déjà essayé ? Elle m'a déjouée à chaque fois, et moi et ma famille… nous en avons payé le prix, crois-moi, ajouta-t-elle, en frissonnant, se remémorant un épisode en particulier. »
Mylarka arborait désormais un air grave, regardant très attentivement la jeune femme face à elle, cherchant à comprendre ce qui pouvait bien clocher. Car il y avait quelque chose, elle le sentait, et ce, depuis l'arrivée de la nouvelle venue.
Et soudain, elle comprit, et l'horreur la saisit.
« Oh non je ne peux pas le croire… Lilith ne me dis pas qu'elle… ne me dis pas qu'elle t'as pris tes ailes !
- Elle l'a fait Mylarka, bien sûr qu'elle l'a fait. C'est un monstre de cruauté, tu croyais réellement qu'elle n'aurait pas pu aller jusque là ? »
Il y avait du cynisme de sa voix et aussi tellement, tellement de colère, que Mylarka la comprit aussitôt. Parce qu'elle était une fée et qu'elle ne pouvait qu'imaginer la douleur qu'elle avait dû ressentir quand elle avait perdu ses ailes.
« Que comptes-tu faire maintenant Lilith ? Épargner Blanche-Neige ? »
Lilith sursauta, avant de soudainement exploser.
« Pourquoi tout le monde s'attend forcément à ce que je fasse cela ? Pourquoi vous pensez tous que je vais faire le bon choix, ou tout du moins ce que vous voyez comme tel, tout simplement parce que vous me le demandez ? Vous pensez que c'est facile peut-être ?
- Lilith, je n'ai jamais dit cela… tenta Mylarka avec gaucherie et gêne.
- Vous pensez que je peux faire cela sans penser aux conséquences ? Que je vais sacrifier ma famille, comme cela, tout ça parce qu'une fée et un putain de lutin me l'ont demandé ? Vous croyez que j'en suis capable ?
- Lilith, s'il te plaît, je…
- Et pourquoi ce serait à moi d'être celle qui doit tout faire ? S'exclama-t-elle sans tenir compte de l'interruption de Mylarka. Qui était là le jour où mon peuple a été décimé, enlevé, torturé ? Qui était là quand ma vie a été réduite en morceaux ? Personne ! J'étais seule ! Et je le suis toujours !
- C'est faux Lilith…
- Oh, tu crois Mylarka ? Qu'en sais tu ? Tu ne me connais pas, tu ne sais rien de moi. Tu n'as aucune idée de qui je suis ! Je pourrais tout aussi bien être en train de te mentir, que tu n'y verrais que du feu !
- Je ne pense pas non, fit Mylarka avec froideur.
Lilith sursauta.
- Quoi ?
- Je ne te connais pas, c'est vrai. Mais ce que je sais, c'est que tu peux encore être quelqu'un de bien. Et tu n'es pas seule, les habitants du village, je suis sure qu'ils seront là pour toi, si jamais tu as besoin de leur aide.
L'elfe tremblait désormais, réalisant que ses hurlements n'avaient peut-être pas de fondements. Elle avait eu raison de s'énerver c'était compréhensible, surtout après tout ce qu'elle avait vécu. Tout ce qu'elle avait enduré, et le fait que personne, jamais personne ne lui avait porté secours.
Et elle réalisa qu'elle avait été injuste avec Mylarka, parce que cette dernière avait en partie vécue la même chose qu'elle.
La solitude.
La douleur.
Le désespoir.
Et malgré sa colère, et toutes ses mauvaises émotions qui étaient tout juste remontées à la surface, elle eut un léger sourire.
Tout comme avec Jack, elle avait trouvé quelqu'un d'autre, comme elle, quelqu'un qui pourrait la comprendre.
§§§§
Elle repartit quelques heures plus tard, toujours pleine de doutes, mais satisfaite d'avoir rencontré quelqu'un d'autre.
Lilith avait froid, vraiment très froid, et en fait, elle s'en rendit compte alors qu'elle quittait la grotte. Sa magie ne fit rien, étant toujours très faible, parce qu'elle ne semblait pas considérer que l'elfe courait un grave danger. Elle éternua, avant de frissonner une nouvelle fois.
Avec rapidité, elle se réfugia dans le village, tremblant de froid, se maudissant une nouvelle fois.
Blanche-Neige, la voyant surgir de nulle part, dans un état semblable, sursauta, et la regarda avec inquiétude.
« Lilith ! Que t'est-il arrivé ? Mais… tu es trempée ! Hoqueta la jeune princesse. »
Le regard de Blanche-Neige était désormais rempli d'effroi, alors qu'elle se retrouvait face à la jeune elfe, qui tremblait et frissonnait, prête de s'effondrer.
Les yeux de la princesse plongèrent dans ceux de sa nouvelle amie, qui étaient remplis de douleur et de peine. Sans même prendre garde au fait que la femme devant elle était couverte d'eau et plus que très probablement malade, elle se jeta sur elle, l'enveloppant d'une couverture.
Lilith lui adressa un regard reconnaissant, sentant sa culpabilité augmenter encore plus, surtout que sa plus que probable fièvre à venir ne la rendait que plus faible encore, et elle éternua de nouveau.
« Bon, très bien Lilith, je… je ne sais pas ce qu'il c'est passé, et peu importe, je… Il faut que tu ailles te reposer, je vais aller chercher la Science pour qu'il fasse quelque chose. D'accord ? »
Lilith lui adressa un sourire si faible que Blanche-Neige en eu presque mal et, sans se soucier une nouvelle fois de l'état de son amie, elle la serra dans ses bras.
Son cerveau pas complètement fonctionnel indiqua à Lilith qu'elle aurait pu tuer la princesse de cette manière, en lui refilant sa maladie, et si elle avait été dans son état normal, elle aurait compris que cette théorie n'avait aucun sens.
Mais elle se contenta de se laisser enlacer, ne ressentant presque aucune douleur, seulement un sentiment de paix.
Et soudain, d'un seul coup, la réalisation la saisit, presque avec violence.
Ce qu'elle avait dit à Mylarka n'était effectivement pas vrai.
Elle n'était pas seule.
§§§§
La Science n'avait pas vraiment été en mesure de faire grand-chose. Il avait constaté une chose que Lilith et Blanche-Neige avaient déjà vu. La jeune elfe était malade, elle avait de la fièvre, plus précisément.
Le nain lui fit boire un de ses mélanges, fait de différentes herbes, chose qui la soignerait et ferait tomber la fièvre. Puis, puisque le soir venait, elle alla se coucher, épuisée et malade.
Sa nuit ne fut pas bonne, enfin, elle fut carrément merdique. Parce que la maladie qui l'avait touchée resta encore sur elle, apparemment, ce que la Science lui avait donné n'était pas très efficace (les herbes présentes dans cette partie de la forêt n'étaient les mêmes que celles qu'il utilisait d'ordinaire. Ça expliquait pourquoi cela ne fonctionnait pas).
Ce qui fait qu'elle ne dormit pas, et que la fièvre continua de la faire souffrir.
Au bout d'un moment, elle sombra dans l'inconscience et, quand elle se réveilla, rien n'avait changé.
Elle n'avait plus froid, en fait, c'était même le contraire.
Elle brûlait.
Comprenant rapidement qu'elle ne réussirait pas à dormir, elle se releva, et s'habilla. Sortant de sa chambre, elle se dirigea vers celle de la princesse. Cette dernière, paisible, dormait, innocente, sans même savoir qu'elle hébergeait sa potentielle future meurtrière chez elle.
Lilith eut un léger sourire.
Pendant une seconde, une courte et incertaine seconde, elle hésita. Réalisant très rapidement qu'elle aurait pu finir à cet instant précis, qu'elle aurait pu la tuer à cet instant cette petite princesse. L'étrangler, serrer ses mains sur son joli cou, l'étouffer, et ce sans qu'elle puisse se débattre. Sans qu'elle ait la possibilité de se défendre, de crier, de survivre face à cette attaque.
Elle aurait presque voulu que cela arrive. Avant, en tout cas, avant de vivre ici, avant de comprendre qu'elle n'était pas vouée au ténèbres.
Avant que l'impensable ne se produise.
À savoir qu'elle se remette à espérer.
Son esprit était brouillé par la maladie et la fièvre, mais il y avait quelque chose qui ne changeait pas.
Elle ne voulait pas que la petite princesse meurt.
Lentement, presque avec douceur, Lilith passa sa main dans les courts cheveux de la jeune femme, souriant en la voyant si… apaisée.
Elle semblait faire des rêves paisibles, tout comme avait pu le faire Lilith, avant que Jack… puis le sourire qui se trouvait sur le visage de Lilith disparut, alors que ses mauvais souvenirs revenaient à sa mémoire.
« Richard… » murmura alors dans un souffle la belle endormie.
L'elfe sursauta, alors qu'un sourire triste surgissait sur son visage. Alors comme ça la petite princesse était amoureuse ? La manière dont elle avait dit ce nom ne mentait pas en tout cas.
Lilith aurait bien voulu avoir cela, elle aussi…
§§§§
Elle avait finit par sortir, en fin de compte.
Pourquoi ?
Elle n'en avait aucune idée, encore une fois, son impulsivité allait la trahir.
L'elfe avait besoin de sortir, de s'en aller et de faire quelque chose.
Quoi ?
Encore une fois, elle l'ignorait.
Mais elle savait une chose, c'est que Jack lui manquait atrocement. Pas le Jack qu'elle voyait tout les jours et avec qui elle parvenait vaguement à nouer une certaine amitié, non.
L'autre Jack, celui qui avait été avec elle dans le monde des rêves, celui avec qui elle avait parlé, une fois, et qui lui faisait confiance.
Alors, c'est tout naturellement que ses pas la portèrent en direction de la maison de Jack, et, alors qu'elle se rendait compte d'où elle était, et qu'elle était prête à rentrer chez elle (parce qu'elle avait conscience que son attitude n'avait pas le moindre sens), la porte s'ouvrit soudainement.
Et Jack sortit de chez lui, ne pouvant apparemment pas non plus dormir, et il posa son regard sur elle, étonné.
« Lilith ? Qu'est-ce que… qu'est-ce que tu fiches ici ? »
L'elfe tremblait encore et toujours.
Elle le regardait.
Son esprit était rempli de confusion, sans doute à cause de la fièvre.
De ce fait, elle s'écouta elle-même, et non pas sa raison.
Sans attendre, elle se jeta dans les bras du jeune homme.
§§§§
Jack trouvait cette situation très confuse. Lui et Lilith étaient amis, certes (du moins ils commençaient à le devenir), mais ils n'étaient pas si proches que cela.
Alors il ne comprenait pas pourquoi c'était chez lui qu'elle était partie se réfugier.
Il ne l'avait pas chassée, bien sûr, parce qu'elle semblait être en pleine détresse.
Et il y avait de quoi.
Que ce soit à cause de son impossibilité revoir Jack dans le monde des rêves, sa discussion avec Mylarka qui l'avait pas mal ébranlée, ou le fait qu'elle se savait incapable de tuer Blanche-Neige, elle se sentait vraiment mal.
Et perdue.
Et malheureuse, aussi.
Par réflexe, elle était donc partie chercher refuge chez Jack.
Ce dernier avait accepté de la laisser dormir chez lui, juste pour la nuit.
Ça lui suffisait.
« Tu sais, ce n'est pas très raisonnable Lilith. Tu es malade, tu aurais dû rester chez toi.
Lilith afficha un air contrit, qu'il ne put s'empêcher de trouver adorable.
- Je sais, confessa-t-elle. Mais… j'avais envie de te voir. »
Il sursauta, ne s'attendant pas à ce que la pudique Lilith se dévoile ainsi, de cette manière. Même si elle l'avait déjà quelque peu fait auparavant.
Et il sourit.
Il aimait beaucoup cette gamine.
Définitivement.
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Avec Jack à ses côtés, elle finit par s'endormir et, quelques temps après, il s'en alla se coucher.
Mais avant cela, leurs mains se touchèrent, et leur lien se renoua.
Ce qui n'arrangea pas tout de suite les choses.
Quand elle entra dans le monde des rêves, Lilith l'aperçut aussitôt, qui s'éloignait d'elle.
« Attend Jack. ATTEND ! »
Quelques secondes plus tard, il se retourna, le visage empli de colère.
Il croisa les bras, toujours furieux.
« Alors, dis-moi Lilith… qu'est-ce que tu as à me dire ? »
