Chapitre 16 : Je le refuse !
Tout tanguait autour d'elle, et Lilith sentit qu'elle allait bientôt s'écrouler, s'effondrer, elle aurait voulu que cela se passe comme cela, mais son corps n'en faisait qu'à sa tête. Elle allait bien, beaucoup trop bien, elle était nourrie et reposée, et elle savait qu'elle pourrait marcher jusqu'à la forêt sans aucune difficulté.
Et c'était bien cela qui l'effarait.
Son corps ne lui appartenait plus, et si sa volonté vacillante était malgré tout encore et toujours présente, malgré l'effet da la potion de la reine, cela ne serait bientôt plus le cas. Ou alors cela ne serait plus la sienne, mais celle viciée et tortueuse de la reine Christelle.
Et à cet instant, elle ne pourrait plus rien faire, elle serait piégée, obligée de céder au bon vouloir de la reine, sans pouvoir faire ses propres choix.
Toute révolte serait inutile, et la princesse n'y échapperait pas.
Et ne resterait alors que les ténèbres, et plus rien d'autre. Et l'elfe Lilith qui n'avait voulu que sauver ses parents et sa propre vie, ainsi que celle de son peuple, aurait disparu.
À cet instant précis, tout se brouillait dans les pensées de l'ancienne esclave, qui n'arrivait plus très bien à réfléchir, ne sachant pas faire la différence entre ce qui venait d'elle et ce qui était induit par la potion de Christelle.
En elle s'opposaient deux choses, deux volontés : tuer Blanche-Neige, ou bien l'épargner. En effet, la reine Christelle était bien une magicienne puissante, capable de sorts et de potions ou d'élixirs efficaces, mais elle n'avait pas pris en compte le fait que sa victime était une elfe.
Elle n'avait pas pensé au fait que cela serait plus difficile de dompter son esprit qu'avec un humain normal, non pas à cause de sa morphologie ou d'autre chose, mais à cause de sa magie.
La reine n'avait pas vu que la magie de l'elfe était de retour, plus sorte que jamais, et c'est ce qui lui permettait encore de tenir. Peu de temps auparavant, la reine avait testé cette potion sur l'un de ses serviteurs, et, si ce dernier avait pu lutter pendant un jour ou deux avant d'abandonner, cela ne serait pas aussi facile et rapide avec Lilith.
Et la jeune femme le sentait confusément, elle sentait qu'elle devait aller dans la forêt, déjà parce que le sortilège le lui commandait, et qu'elle ne pouvait rien faire d'autre à part obéir à ce dernier, mais pas pour cette unique raison.
La magie là bas pourrait, non pas la protéger du sort, mais au moins lui permettre de lutter encore plus longtemps, ce qui lui permettrait d'essayer de penser à trouver une solution.
Et peut-être même que l'esprit de la forêt pourrait lui porter secours, et que…
Oh non…
Et si l'esprit ne la laissait pas entrer ? Et si, encore une fois, il sentait qu'elle pouvait être dangereuse, qu'elle l'était ?
Cela serait une catastrophe…
Et oui, elle s'en était sortie la première fois, mais cela ne serait sûrement pas pareil cette fois-ci, et…
Une violente douleur la transperça à nouveau, manquant de la faire hurler. Elle comprit que c'était de cette manière que le sort devait fonctionner, provoquer la douleur chez celui ou celle qui avait été ensorcelé, afin de le pousser à faire ce qu'il n'avait aucune envie de commettre.
Lilith s'arrêta quelques secondes pour reprendre son souffle, constatant qu'elle était déjà bien loin du château, donc de la reine, et cette pensée la rendit plus calme.
Ses jambes l'avaient portée ici, dans la forêt, en direction du village, sans même qu'elle ait eu à faire quoi que ce soit, si ce n'est par se laisser porter, et elle maudit le sortilège. Elle ne pourrait pas résister bien longtemps, elle en avait conscience, sa magie n'était pas suffisamment puissante.
Sans oublier le fait que la douleur risquait de devenir peu à peu de plus en plus insupportable et incontrôlable, ce qui n'arrangeait pas les choses. Ce qui la pousserait sûrement à cesser le combat, pour, au final, accepter d'accomplir sa mission.
Qui aurait dit quelques semaines auparavant qu'elle en serait à ce stade ?
Pas elle, en tout cas.
§§§§
Une autre chose était en train de l'effarer, alors qu'elle sentait le poison se répandre de plus en plus dans ses veines. Celle qui était en train de la remplacer n'était pas du genre à être impulsive, à foncer dans le tas, et à être prête à se jeter sur la princesse dès l'instant où elle la verrait, non.
Elle était comme Lilith elle-même, comme celle-ci avait pu se comporter alors qu'elle était encore une tueuse, une meurtrière au service de la reine, et que le but était de ne pas se faire prendre et d'agir de façon furtive et discrète.
D'une certaine manière, c'est presque comme si le sortilège avait réveillé cette Lilith là, la tueuse sanguinaire, la meurtrière impitoyable et cruelle, ne se souciant pas d'épargner des vies. Prête à tout pour sauver sa propre peau et celle de ses parents.
Mais cette femme, avait-elle jamais cessé de l'être ?
Ou bien s'était -elle seulement endormie pendant son séjour au village, loin des ténèbres, loin de la douleur et de la reine ?
Le village n'avait-il été qu'une parenthèse agréable, illusoire et utopique ?
N'était-ce pas sa vraie nature qui était en train de se réveiller ?
L'elfe se mit à espérer que non.
Parce que, si c'était le cas, elle savait qu'elle ne pourrait plus jamais regarder ses parents en face. Ou même elle-même.
Elle était une tueuse, c'était la vérité. Elle ne l'était pas devenue de son propre chef, non, mais cela ne changeait rien.
Elle avait tué. Des monstres, oui, mais ça non plus cela ne changeait rien.
Et si elle ne se battait pas de toutes ses forces, elle allait recommencer, et ce serait mal.
Pire que tout ce qu'elle avait déjà fait, parce qu'elle tuerait une bonne personne, et aussi parce que la reine gagnerait.
Et cela, Lilith ne pouvait pas l'accepter.
§§§§
L'esprit ne la laissa pas passer cette fois, comprenant qu'il y avait plus que des mauvaises intentions en elle, et que cette fois-ci, il ne pourrait pas raisonner sa jeune femme.
Il le vit à ses yeux, non pas vides, mais ne reflétant presque aucune émotion. Si ce n'est la peur, et le désespoir, un peu comme si elle implorait quelqu'un.
Il le vit en percevant son attitude, et voyant cela, il comprit.
Il y avait de la magie noire en elle.
Cela ne s'améliora pas quand Lilith se mit à parler, d'un ton paniqué, presque comme luttant contre elle-même.
Mais cela… ce n'était pas possible, n'est-ce pas ?
« Ne me laissez pas passez ! Fit-elle avec terreur, et seul l'esprit l'entendit. Je ne suis plus moi-même, ou du moins je ne le serais bientôt plus. Je vous en pris, esprit, ne me laissez pas passer !
- Lilith, enfin, que t'est-il arrivé ?
- La reine ! Elle m'a empoisonnée ! M'a droguée pour que j'obéisse à ses ordres, et d'ici peu cela sera le cas. Elle veut que je tue la princesse, mais pour elle, je ne vais pas assez vite ! Oh, je vous en pris, esprit de la forêt, faites quelque chose ! »
L'esprit étant immatériel, il ne pouvait afficher aucune expression, mais si il avait eu un visage, Lilith l'aurait vu arborer un air triste et douloureux.
« Je suis navré Lilith, mais je ne peux rien faire. Mes pouvoirs ne peuvent rien face à ceux de la reine. Tu devras te débrouiller seule dans cette situation. »
Lilith se mit à trembler.
« Alors nous sommes perdus, souffla-t-elle. »
§§§§
« Je ne te laisserais pas entrer Lilith, ne t'en fait pas, du moins je ferais tout pour te stopper.
- Merci esprit, merci infiniment. C'est la seule chose que nous pouvons faire si nous voulons contrer la reine.
- Le pouvons nous seulement ?
- J'ai bien peur que non, je… Aïe ! Hurla enfin la jeune femme, ne pouvant plus supporter la douleur.
- Lilith ?
- Ça recommence, grimaça alors l'elfe, ça… essaye encore de me contrôler. »
Elle tremblait désormais, toujours emplie d'horreur, sa respiration s'accélérant, alors qu'elle luttait toujours pour ne pas céder, pour ne pas abandonner, et pour ne pas accepter son sort. C'était peine perdue, bien sûr, et viendrait sans aucun doute un moment où toutes ses barrières tomberaient, réduites en cendres par le sortilège.
Ses poings se serrèrent alors, et elle resta figée sur place, déterminée, ses ongles s'enfonçant dans sa chair, ajoutant de la douleur à celle qui était déjà présente.
Presque sans s'en rendre compte, elle posa alors une de ses mains sur la paroi invisible que l'esprit immatériel venait de reformer, et sembla comme tenter de la détruire. Après quelques secondes, elle se rendit compte de son geste, et retira rapidement sa main, comme horrifiée parce qu'elle avait failli (ou tenté de) faire.
Elle était en train de perdre le contrôle, elle le sentait déjà, et une envie de hurler la transperça à nouveau, alors qu'elle voyait son corps lui échapper petit à petit.
Et il y avait pire…
Sa magie, qui était en train de gagner en puissance depuis son arrivée ici, semblait vouloir encore plus se réveiller sous l'impulsion de la drogue que la reine lui avait faite ingérer, et ce n'était pas sa magie telle qu'elle la connaissait.
Mais une magie bien différente, plus sombre, plus pernicieuse aussi.
Une magie qui n'était pas la sienne, qu'elle ne savait pas contrôler, et qui, elle le savait, venait de la reine.
Cette dernière avait dû finir par comprendre que brider la magie de son esclave ne serait plus utile, maintenant qu'elle était prête à lui obéir sans discussion, et qu'elle lui appartenait corps et âme.
Du moins le croyait-elle.
Le bon côté, c'est qu'au moins, Lilith n'aurait ensuite plus de problème pour utiliser sa magie, mais cette dernière risquait en fin de compte d'accélérer le processus, ainsi que sa chute. Si elle se servait de cette magie, cela ne ferait qu'empirer les choses.
Et elle ne voulait en aucun cas que cela arrive.
Mais en réalité, il était déjà trop tard, alors qu'elle voyait sans pouvoir réagir ses mains rougeoyer d'un seul coup, prêtes à lancer un sortilège. Celui-ci se destinait à la paroi infranchissable mise en place par l'esprit de la forêt, qui était la seule et unique protection contre la folie meurtrière de Lilith.
L'esprit aurait voulu pouvoir appeler au secours, mais il ne pouvait rien faire, rien dire, puisqu'il n'avait aucune possibilité de communiquer avec qui que ce soit, Lilith était la seule avec qui il pouvait parler, puisqu'elle seule avait pris contact avec lui.
Il frémit en sentant les mains imbibées de magie noire de l'elfe se poser sur la protection, avant de commencer lentement un travail de sape sur cette dernière, et l'esprit se figea, avant de hurler en silence, alors qu'il sentait qu'il ne pourrait bientôt plus se défendre contre elle. D'ici peu, elle pourrait entrer.
Le regard de Lilith était empli de peur, l'elfe avait la sensation d'être hors de son corps, d'assister à une scène qui ne dépendait pas d'elle et sans être vraiment présente.
Quelques secondes plus tard, un passage finit par s'ouvrir face à cette terrible magie, contre laquelle l'esprit n'avait aucun moyen de résister. Et un sourire apparut sur le visage de l'elfe, alors qu'elle sentait que l'esprit finissait par céder.
« On dirait bien que tu n'es pas si puissant que cela, esprit, le railla-t-elle d'une voix sarcastique bien loin de celle que l'elfe pouvait avoir en temps normal.
- Je n'ai jamais prétendu être invincible, rétorqua l'esprit en grimaçant face à cette attaque qu'il ne contrôlait en aucun cas.
- Dommage, fit-elle, paraissant presque dépitée, cela aurait pu être bien plus amusant si cela avait été le cas. J'aurai eu droit à plus de combativité. C'est assez décevant. »
S'il avait pu, l'esprit l'aurait fusillée du regard.
Un soupir de lassitude mêlé de détermination l'agita.
L'esprit de la forêt était à l'origine un esprit assez mineur, ne pouvant pas pratiquer une magie très puissante, cette dernière ne pouvant à la base n'être qu'une magie de protection. Celle-ci avait été renforcée depuis peu grâce à l'action des nains, ces derniers l'ayant fait afin de dissimuler de façon plus précise leur forêt des yeux du monde.
Et plus particulièrement des yeux de la reine Christelle.
Quand, pendant quelques secondes, un passage s'ouvrit complètement pour laisser passer l'elfe, la magie de l'esprit sembla pendant quelques instants pâlir et s'affaiblir, avant que la protection ne redevienne ce qu'elle était avant.
§§§§
A l'instant même, dans un autre endroit que la forêt, certains autres habitants étaient encore paisibles. Avant que le sortilège ne soit lancé, personne ne se doutait de rien.
L'absence de Lilith s'était faite sentir, et une grande partie des enfants avaient demandés après elle, et avaient semblé quelque peu déçus qu'elle ne soit pas là. Même si ces derniers avaient comme institutrices des personnes comme Maud, Beth, ou encore Blanche-Neige, ils étaient très attachés à l'elfe.
(Surtout depuis qu'ils savaient qu'elle en était une. Elle les fascinait tous un peu depuis lors.)
C'était la même chose avec Lilith elle-même, puisqu'elle adorait les enfants, et avait su se faire aimer d'eux, tout comme ils avaient su se faire apprécier par la jeune femme.
Innocents, insouciants, et sans méfiance, ils avaient été les premiers à l'accepter, et c'était à eux qu'elle s'était ouverte en premier, avant même de la faire avec Jack, Blanche-Neige, Maud, ou d'autres.
Il y avait Caroline, mais d'autres aussi, bien sûr, et c'est à eux qu'il avait fallu expliquer qu'elle reviendrait dans quelque temps.
« Blanche-Neige, avait finalement demandé Cookie, sais-tu où elle est allée et quand elle reviendra ? Je voulais lui demander à elle et à Poussin de venir m'aider pour préparer le dîner.
- Non Cookie, je suis désolée, elle ne me l'a pas dit. J'imagine qu'elle sera là d'ici ce soir, elle m'a indiqué qu'elle ne serait sûrement pas longue. En tout cas, elle n'a rien pris avec elle, je suppose donc qu'elle ne devrait pas tarder. »
Cela faisait déjà plusieurs heures que la jeune elfe était partie, et personne ne savait encore ce qui allait bientôt se passer.
En fait, quand cela arriva, quand la barrière fut endommagée pendant quelques secondes, peu de temps, mais bien trop, bien sûr, une seule personne le sentit.
L'Ancien, le plus vieux des nains, et le plus sage aussi, qui de ce fait était le plus sensible à la magie, se tendit pendant quelques instants, réalisant que quelque chose d'étrange était en train de se passer.
Poussin, lui, jetant un regard sur l'Ancien, remarqua le visage de celui-ci tordu par l'inquiétude.
« L'Ancien, dis-moi, qu'as-tu ? »
Tout les autres se tournèrent vers lui avec inquiétude également, voyant son air soucieux.
« Quelque chose de terrible vient d'arriver.
Tous sursautèrent, et le regardèrent avec curiosité.
- Je ne sais pas quoi, mais… ça a à voir avec la barrière qui protège la forêt.
- Qu'est-il arrivé ? Demanda Blanche-Neige. Quelqu'un aurait-il tenté de la franchir sans en avoir le droit ? »
Un air pensif prit place sur le visage de l'Ancien.
« Je crois qu'on a essayé d'entrer, effectivement. Je ne sais pas encore ce qu'il s'est passé, mais quelque chose est arrivé. Quelque chose de grave. »
§§§§
L'esprit n'avait plus le choix désormais. Il devait se défendre, engager le combat, empêcher Lilith de commettre quelque chose qu'elle regretterait plus tard si jamais elle reprenait le contrôle d'elle-même.
Avec difficulté, et ce, avant que Lilith ne s'engage dans les profondeurs de la forêt, l'esprit tenta alors une chose qu'il n'avait pas faite depuis sans doute des siècles.
À savoir prendre une forme matériel, afin de se dresser contre l'elfe, ce qui était sans doute peine perdue, car cela lui prendrait beaucoup de sa magie afin de réaliser cela.
Ainsi, à sa grande surprise, devant elle apparut lentement une personne qui paraissait être une créature de la forêt.
Un elfe, environ de la taille de Lilith, aux cheveux bleu pâle et avec des yeux de la même couleur, et l'autre elfe se figea.
« Esprit ? Demanda-t-elle avec incrédulité, semblant redevenir elle-même pendant un temps.
- Oui Lilith, c'est moi, fit-il avec difficulté. Alors je t'en pris, reprends-toi, et arrête cette folie. »
L'éclaircie ne dura qu'un temps, et l'autre reprit bientôt sa place sans aucun problème.
« Hors de question. (Et cette fois, la voix était presque celle de Lilith. L'autre semblait presque avoir réussi à imiter l'attitude de son hôte.) Je ne vais pas m'arrêter en si bon chemin. »
Et le combat s'engagea alors sans attendre, Lilith se jetant sur l'esprit qui, s'y attendant, la para avec facilité (elle avait peut-être une magie égale à la sienne, mais lui avait quant même des siècles d'existence et d'expérience.)
Et la partie de Lilith qui n'avait pas encore sombré ne put que se sentir soulagée en se rappelant qu'elle n'avait pas emporté d'arme avec elle.
Sans hésitation, la jeune femme forma entre ses mains une boule de feu, qu'elle lança en direction de l'esprit qui, agile, l'esquiva, et le sortilège vint finir sa course en plein sur un arbre.
Une lueur mauvaise se fit place dans le regard de la démoniaque magicienne, alors qu'elle comprenait quelque chose.
L'esprit avait ressenti la brûlure, même si cette dernière ne l'avait pas touché, et il se précipita alors sur l'arbre et invoqua un sortilège pour éteindre le feu.
De ce fait, il ne put pas esquiver le sortilège suivant, qui entailla son bras en partie, et il gémit de douleur face à l'attaque. Son sang, de couleur verte, très semblable à de la sève, se mit à couler, et Lilith eut un rictus.
L'elfe se retourna pour la regarder, et il faillit bien ne pas la reconnaître. Son visage était déformé par une joie méchante, et par la satisfaction d'avoir pris le dessus dans leur combat.
Elle se rapprocha de lui, qui, blessé qu'il était, ne put pas bien bouger pour fuir.
« Tu es la forêt, siffla-t-elle en souriant, presque avec gourmandise, comme si elle était déjà certaine d'avoir gagné et qu'elle s'en réjouissait. Et c'est ça ta faiblesse. Si on fait du mal à ce que tu protèges, tu souffres. »
Le sang de l'esprit coulait toujours, et il tenta de se défendre en lançant un sortilège qui envoya l'elfe valdinguer contre un arbre. Mais, désormais, elle semblait presque incapable de ressentir la douleur, et elle se releva très rapidement. L'esprit formula un sortilège de guérison, et il soupira de soulagement en sentant la douleur disparaître.
« C'est douloureux, hein ? Demanda l'elfe avec ironie. »
Il n'avait même pas vu qu'elle était si près.
« Tu n'as même pas idée d'à quel point la douleur peut être terrible. À quel point ça peut faire mal.
- Tu crois ? Hoqueta l'esprit encore faible. Hé bien, crois-tu réellement qu'on peut vivre pendant des siècles sans souffrir ? Si c'est le cas, c'est que tu ne me connais pas. »
Lilith était encore là, il le savait, cette dernière réplique le montrait bien. Mais ce n'était pas la véritable Lilith, seulement une version tordue, assombrie et désespérée d'elle-même. Il fallait juste faire revenir la véritable elfe à la surface.
Il n'en eut pas le temps. Alors qu'il se préparait à attaquer à nouveau, il reçut un coup en plein visage, et il s'écroula. Après cela, Lilith en rajouta en lui lançant un sort qui plongerait l'esprit dans un profond sommeil, sans le tuer, mais sans qu'il puisse se réveiller de lui-même non plus.
Là encore, cela montrait que Lilith était toujours là, l'autre aurait sans doute préféré essayer de le faire disparaître pour toujours, ou de le faire basculer de leur côté.
(Ce qui aurait été compliqué, puisqu'il s'agissait quant même d'un esprit immortel.)
Elle le prit dans ses bras, presque avec douceur, et elle le reposa derrière un arbre, là où personne ne pourrait le trouver et elle lui jeta un autre sort pour le dissimuler.
Et, soudain alors que le combat dans son esprit était toujours en train d'être mené, et qu'elle n'était pas loin de basculer, elle murmura avec tristesse et avec découragement :
« Je suis désolée Esprit. »
Et elle perdit connaissance.
§§§§
Rien de ce qu'il venait de se passer n'avait été perçu par les autres personnes présentes dans la forêt.
Mais le fait est que ce que l'Ancien leur avait dit les avait inquiétés (en tout cas, en ce qui concerne ceux qui étaient présents, à savoir les autres nains et Blanche-Neige.) Ils se décidèrent donc d'aller explorer la forêt et d'aller vérifier à la frontière entre la forêt et le chemin qui menait au château si rien ne s'était passé.
Une fois face à celle-ci, l'Ancien poussa un soupir de soulagement, constatant que rien n'avait été définitivement endommagé.
« Hé bien l'Ancien ? Demanda Grognon au nain qui ne disait encore rien. Y a-t-il eu quelque chose ou bien tout est-il rentré dans l'ordre ?
- Je pense qu'il y a effectivement eu une attaque contre notre chère forêt aux sept couleurs, et qu'on a tenté de détruire la barrière protectrice. Mais je pense que cela n'a pas réussi, elle paraît être totalement intacte. Je sens la présence de magie noire, mais celle de la barrière de protection a été assez forte pour résister.
- L'Ancien, osa la princesse avec une légère hésitation. Pensez-vous que cela puisse venir de la reine ? »
Les autres se tournèrent vers la jeune princesse, qui arborait un air douloureux sur le visage, rempli de tristesse. Le nain voulut choisir ses mots avec soin, afin de préserver la princesse, mais cette dernière l'étonna en reprenant la parole :
« Dites le moi sans avoir crainte de me blesser. Est-ce une nouvelle perfidie de ma belle-mère ? Pensez-vous qu'elle a encore tenté de venir ici pour me tuer ?
- Je le pense, oui, princesse, reconnut à regret le nain. Après tout, elle sait que tu es en vie à présent, et je suis presque étonné qu'elle n'ait rien tenté avant ce jour.
- Peut-être l'a-t-elle déjà fait. »
C'était la Science qui venait de parler.
« Mais avant aujourd'hui, ajouta-t-il, elle n'avait peut-être pas assez ébranlé notre protection pour que nous puissions le sentir.
- Ce qui signifie donc que c'est le cas à présent, et que nous serons bientôt en danger, rajouta Costaud.
- Je pense que nous ne craignons rien pour l'instant, fit l'Ancien avec confiance. Pas pour l'instant, mais par pur précaution, nous devrions essayer de renforcer cette protection, afin de ne courir aucun risque.
- Je suis bien d'accord avec vous l'Ancien, murmura Blanche-Neige, qui elle-même n'était pas très assurée quant à la situation.
- Ne t'en fait pas princesse, lui dit Poussin, tentant de la réconforter. Je suis sûr qu'avec l'Ancien, on trouvera une solution pour que ta belle-mère ne te retrouve jamais. Après tout, on s'est plutôt bien débrouillés ces derniers temps, non ?
- Oui, tu as raison, reconnut la jeune femme. Il n'empêche que je reste inquiète. »
Elle avait un mauvais pressentiment, sans savoir pourquoi. Elle se doutait que dans cette forêt, quelque chose s'était bel et bien passé.
Quelque chose qu'elle savait être mauvais pour eux.
§§§§
Afin d'être certains que tout était en ordre, ils décidèrent de patrouiller quelques minutes le long de la barrière, pour vérifier qu'à aucun endroit cette dernière n'avait pu être endommagée ou affaibli, voire détruite.
Après avoir marché quelque temps et s'être aperçus que tout était en ordre, ils aperçurent alors une forme d'abord indistincte, avant qu'ils ne reconnaissent une forme humaine.
Blanche-Neige fut la première à réaliser de qui il s'agissait.
« Oh mon Dieu, Lilith ! » S'exclama-t-elle en se précipitant sur elle, inquiète pour sa jeune amie.
Ignorante de ce qui avait bien pu se passer.
Ignorante de l'état actuel de Lilith.
Ignorant qu'en ce moment, son amie était sûrement en train de disparaître.
Ignorant que d'ici peu, cette dernière ne voudrait plus que la tuer.
Ne sachant qu'une seule chose.
Son amie avait besoin d'elle.
§§§§
Ils retournèrent tous au village, Lilith se trouvant dans les bras de Blanche-Neige, qui était la seule à pouvoir réellement la porter, les nains, bien que pouvant être forts, n'étaient pas assez grands pour cela.
« L'Ancien, demanda Blanche-Neige sur le chemin du retour, à votre avis, qu'a-t-il pu se passer dans la forêt ? Qu'est-il arrivé à Lilith ? On dirait qu'elle a été blessée, un peu comme si on lui avait jeté un sort. Je ne m'y connais pas beaucoup en magie, mais c'est l'impression que cela me donne.
- Je n'en ai pas la moindre idée, mais j'ai une théorie à ce sujet.
- Penses-tu que cela vient de la reine ? Fit alors Poussin.
- En fait, c'est même très probable. Ce que je crois, c'est que Lilith est tout à l'heure revenue dans la forêt, depuis l'endroit où elle était partie, j'ignore où et de toute façon cela n'a pas d'importance.
Puis il fronça les sourcils, un peu comme s'il avait la sensation qu'il lui manquait quelque chose pour trouver la réponse, et aussi que quelque chose clochait.
Et alors, quelque chose s'alluma dans son regard.
« Oh ! Dit-il en se stoppant. Je crois avoir trouvé.
Les autres firent de même, et se mirent à l'écouter très attentivement.
- Lilith était hors de la forêt, de toute évidence. Et, puisque la reine doit sans doute savoir que toi, Blanche-Neige, tu te trouves ici, elle a dû suivre ou faire suivre notre jeune amie. Étant donné le fait que notre forêt est protégée par un charme puissant, elle et ses soldats n'ont pas pu y pénétrer. J'imagine alors dans ce cas qu'elle a lancé un sortilège pour détruire notre protection, et qu'il a touché Lilith par la même occasion.
- Et qu'a-t-il fait à notre belle forêt ce sort ? L'interrogea Froussard.
- Il a un peu déchiré la barrière protectrice, mais seulement pendant un temps, ce qui est une chance pour nous. Comme je l'ai déjà dit, nous allons devoir nous tenir sur nos gardes. »
Ils acquiescèrent tous, l'air grave.
« Il n'y a plus qu'à attendre qu'elle se réveille, » ajouta Blanche-Neige, résumant leur pensée à tous.
§§§§
« Princesse, arrêtez donc de tourner en rond, s'exclama Maud à celle qu'elle considérait comme sa fille.
- Je suis désolée, mais je ne peux pas ! Je suis trop inquiète pour Lilith ! Et si… et si elle ne se réveillait pas et que le sortilège de ma belle-mère était beaucoup trop puissant ?
- Je suis sure que tout finira par s'arranger, fit-elle avec un ton optimiste.
- Pardon Maud, mais j'ai si peur que… Et Jack qui n'est pas là ! »
A cause de son inquiétude, Maud n'osa même pas insinuer ce qu'elle avait pu évoquer avec Lilith peu de temps auparavant.
La princesse se stoppa brutalement en voyant son amie bouger et ouvrir les yeux.
« Elle se réveille ! » S'écria-t-elle d'une voix joyeuse.
Avec hésitation, Lilith ouvrit lentement les yeux, aveuglée pendant quelques secondes par la lumière avant de sourire faiblement à la princesse.
« Oh Lilith, j'étais tellement inquiète ! » Fit l'autre jeune femme en la serrant dans ses bras.
L'elfe répondit timidement à l'étreinte, chose que personne ne vit.
Ce qu'ils ne savaient pas, c'est que Lilith n'était plus là, qu'elle avait disparu, en tout cas de manière temporaire, enfermée dans son propre esprit.
Ils ne savaient pas que la bataille n'était pas finie, qu'elle ne venait que de commencer, et qu'elle serait rude.
Ils ne virent pas le sourire mauvais, perfide et satisfait de la jeune femme, ni la lueur malsaine qui éclaira brièvement ses yeux.
Ni que tout ce qu'il y avait de bon en elle avait pour l'instant disparu.
Pour toujours ?
