Chapitre 18 : Un choix à faire.
Avant l'arrivée de ce jeune homme inconnu, l'elfe avait accompli autre chose, après avoir soigné Blanche-Neige, et cela concernait la forêt.
En effet, une fois qu'elle eût vérifié que tout allait bien avec la princesse, elle se rendit compte d'une chose.
Son double avait fait plus de dégâts qu'elle ne l'avait pensé de prime abord.
Elle se souvint alors de ce qu'elle avait fait, et elle sursauta d'un seul coup, paniquée.
« L'Esprit de la forêt ! » S'exclama-t-elle avec horreur.
Ce dernier était toujours enfermé, enfin, endormi, là où elle l'avait laissé, sans pouvoir sortir de cette mauvaise situation.
Alors, elle se mit à courir, le plus vite possible, se maudissant de ne pas y avoir pensé plus tôt.
Par chance, elle le retrouva justement là où l'autre l'avait laissé, toujours invisible et endormi, enfin, ça, elle l'espérait.
D'un geste, elle défit les deux sortilèges, et poussa un soupir de soulagement en voyant que l'esprit se réveillait doucement, presque comme sorti d'un rêve (ce qui était en quelque sorte le cas).
Ce dernier cligna des yeux à plusieurs reprises, le regard encore brumeux, alors qu'il tentait de se souvenir de ce qu'il s'était passé, et de comprendre où il était. Quand soudain, il aperçut le visage de Lilith qui était penché sur lui, et il sursauta alors, complètement réveillé.
Une lueur de peur s'installa dans son regard, et son corps se tendit, l'esprit étant encore persuadé que les intentions de l'elfe qui était face à lui étaient hostiles.
Lilith, comprenant sa méfiance qui était entièrement fondée, ne put presque malgré elle s'empêcher de pousser un soupir de tristesse.
« Esprit, fit-elle en tentant d'être la plus convaincante et rassurante possible, ne vous en faites pas. C'est moi ! Je suis redevenue moi-même, ne vous inquiétez pas, j'ai vaincu l'autre Lilith, et je suis libérée du sortilège. »
L'esprit, toujours méfiant, se releva et garda une certaine distance avec elle.
« Prouve-le !
- Je ne veux pas tuer Blanche-Neige, mon esprit est tout à fait clair, et je vous ai libéré. Et ma magie est redevenue celle qu'elle était à l'origine, ne me dites pas que vous ne l'avez pas encore remarqué !
- Excuse-moi, dit l'esprit avec une voix acide, mais j'ai à peine eu le temps de récupérer, alors non, je n'ai pas encore réussi à évaluer si ta magie était sombre ou lumineuse.
- Je suis désolée de ce que j'ai fait, esprit, avoua alors la jeune femme. Je n'étais pas moi-même, mais cela ne change rien de ce que j'ai commis. Je suis navrée, sincèrement. »
L'esprit sembla à cet instant se radoucir quelque peu, ayant fini par comprendre qu'elle disait la vérité.
« Ne t'en fait pas. Tu as réparé ton erreur, et c'est tout ce qui compte.
- Non. Pas tout. Je veux dire… je me suis attaquée à la forêt, je l'ai fragilisée, je… j'avais fait la promesse, je m'étais faite la promesse que je protégerais la forêt, il n'avait jamais été question d'essayer de la détruire. »
L'esprit hocha la tête face à ces paroles, voyant que l'elfe était définitivement débarrassée de ces ténèbres qui l'avaient envahie peu de temps avant.
« Et… que comptes-tu faire maintenant ? »
Lilith se lança alors dans une intense réflexion, tentant de trouver une solution à cette situation impossible dont elle ne pouvait pas sortir. Elle n'avait aucune envie que la reine se doute de quelque chose, et il fallait que cette dernière soit persuadée que la mission avançait bien.
Il fallait qu'elle pense que Lilith lui était toujours fidèle, sinon elle risquait d'intervenir, et alors là, Lilith ne pourrait plus rien faire.
« Je vais envoyer un message à la reine, il faudra qu'elle pense qu'elle ne peut plus me contacter. Je vais lui dire qu'il lui sera impossible de le faire, parce que je vais créer une barrière qui empêchera la princesse de s'échapper.
- Et que feras-tu ?
- Je vais renforcer la protection de la forêt, comme cela, la reine ne pourra véritablement plus me contacter, et elle croira que je lui ai dit la vérité. »
Une fois que cela fût fait et que la chauve-souris fût repartie, Lilith commença alors à connecter sa magie à celle de la forêt. L'esprit se mit à sourire, voyant que toute cette situation avait au moins permis une chose : que la magie de la jeune elfe s'était réellement réveillée, et elle semblait être presque entièrement revenue à ce qu'elle était autrefois.
À savoir une magie forte, lumineuse, et puissante, assez semblable à celle de la forêt.
Lilith posa alors ses mains sur la barrière de la forêt, grimaçant alors qu'elle voyait que oui, ce qu'elle avait fait quelques jours plus tôt contre celle-ci n'avait pas disparu comme cela. La barrière s'était bien reformée, et pour quelqu'un qui n'avait pas un grand lien avec la magie, rien ne semblait avoir changé.
Mais elle, elle voyait.
La barrière était blessée, endommagée, et si l'elfe avait encore essayé de s'en prendre à elle, elle aurait pu finir par la détruire. Une fois qu'elle eut suffisamment examiné les dégâts, elle se décida à commencer à les réparer.
Elle laissa la magie l'envahir, s'y jetant avec allégresse, puisqu'il s'agissait cette fois-ci de sa magie, une magie non corrompue et qu'elle pouvait contrôler.
L'esprit, quant à lui, eut un sourire joyeux alors qu'il sentait peu à peu que la protection de la forêt aux sept couleurs reprenait son aspect d'origine, et que surtout, elle se renforçait, et qu'elle se fermait à toutes les attaques possibles de la reine.
La jeune femme resta un temps collé contre la barrière, renouant de façon plus définitive avec sa magie, l'utilisant de façon complète pour la première fois depuis longtemps. Elle sentait la magie circuler en elle, apportant son soutien et sa puissance à la forêt, tout comme cette dernière le faisait avec elle, et Lilith sourit en sentant que sa magie redevenait de plus en plus puissante.
Quelques secondes plus tard, elle se détacha de la barrière, sa respiration s'accélérant, comme si elle avait courut pendant de longues minutes, mais cette fatigue était plus libératrice qu'autre chose.
Cela faisait bien longtemps qu'elle n'avait pas ressenti une chose pareille.
« Merci Lilith, murmura l'esprit avant de disparaître et de redevenir une forme immatérielle, comme autrefois. Merci à toi.
- De rien esprit », répondit l'elfe.
§§§§
Et elle était là, devant ce garçon qu'elle ne connaissait pas, et qui semblait espérer voir quelqu'un. Le jeune homme finit par descendre de cheval, et il se rapprocha du lac, sans doute, pensa Lilith, pour faire boire son cheval.
Sauf que le cheval en question n'avait semble-t-il aucun besoin de se désaltérer, et de toute façon, le jeune homme n'était venu là que pour observer le lac en lui-même, avec un air mélancolique.
Il l'avait vue, mais ne paraissait avoir aucune envie de la déranger, et Lilith se rendit soudainement compte qu'il l'intriguait. Elle ne l'avait jamais vu, de cela, elle en était certaine, et il n'aurait sans doute pas dû pouvoir entrer dans la forêt.
Sa simple présence montrait qu'il devait sûrement avoir de bonnes intention, en tout cas, la forêt l'avait laissé entrer.
« Excusez-moi ? Fit-elle au jeune homme. Êtes-vous perdus ?
- Non, pas du tout. En fait, j'aurais voulu revoir quelqu'un ici, mais cette personne n'est pas là. Je pense que je vais repartir.
- Et vous êtes ?
- Oh, pardonnez-moi, fit-il en souriant. Je me nomme Richard d'Alberville. »
Lilith se figea alors d'un seul coup, se remémorant une conversation qui avait eu lieu entre Blanche-Neige et Maud. Conversation qu'elle avait surprise, un peu de temps avant de se rendre chez la reine.
« Dites-moi princesse, que pensez-vous de Jack ?
- Je sais ce que tu veux me faire dire Maud, mais je ne le ferais pas. Jack et moi nous sommes amis, rien de plus.
- J'en conviens Blanche-Neige, en réalité, ce n'était pas par rapport à vous que je me posais la question. Mais plutôt par rapport à Lilith.
L'elfe avait alors rougit, comprenant ce que la gouvernante insinuait.
- Oui Maud, je vois ce que tu veux dire.
- Mais princesse, puisqu'on en parle, et vous ? »
Ce fut au tour de la princesse de rougir, gênée.
« Que veux-tu dire ?
- N'y a-t-il personne auquel vous teniez particulièrement ?
- Non !
- Vraiment ? Et le prince Richard d'Alberville ? »
Lilith ne se rappelait plus du reste du dialogue, et cela n'avait aucune importance. Devant elle se trouvait celui dont Blanche-Neige était amoureuse, elle n'en avait aucun doute. C'était ce nom là qu'elle avait murmuré cette nuit là où Lilith avait été malade et où elle avait failli la tuer.
Et de toute évidence, ce jeune homme était à sa recherche, ça expliquait sa présence ici, ça expliquait aussi sa déception.
Et elle, que pouvait-elle faire ? Elle savait à quel point la princesse regrettait le jeune homme, qu'elle n'avait pas vu depuis une éternité, et semble-t-il, lui aussi voulait ardemment la revoir.
Devait-elle l'aider à la retrouver ? Pouvait-elle le faire, en avait-elle le droit ?
D'un autre côté, pouvait-elle continuer à les séparer ?
Et soudain, l'espoir commença à l'envahir. Richard était un prince, si jamais il apprenait ce qu'il s'était passé, peut-être pourrait-il agir.
Peut-être pourrait-il aider.
« Vous avez l'air d'être assez fatigué, fit-elle avec amabilité. Vous devriez venir dans mon village pour venir vous reposer. »
Le jeune homme hocha la tête.
« Hé bien… pourquoi pas. »
L'elfe sourit.
« Vous ne le regretterez pas, fit-elle avec un ton nébuleux. »
§§§§
Personne au village ne reconnut le prince, et ce même s'il était vêtu de sa tenue de chevalier.
(Enfin, on parlait tout de même d'un endroit où les gens ne reconnaissaient pas Blanche-Neige comme étant leur princesse.)
En réalité, si ce n'est la princesse, personne ne l'avait vu auparavant, ce qui expliquait très certainement pourquoi personne ne sembla prêter attention à son arrivée.
Une seule le fit réellement.
Quand Richard aperçut Blanche-Neige, son corps se figea complètement. La jeune femme était de dos, et pendant quelques secondes, il ne fut pas sûr de ce qu'il voyait. Parce que ce n'était pas possible, c'était trop beau pour être vrai, pas après tout ce temps.
Et pourtant, c'était bien elle, il en était presque certain.
Quand il entendit son rire, il n'eut plus aucun doute, et il sourit.
Se retournant vers Lilith, il ne manqua pas son sourire à elle, qui semblait ravie d'elle-même et de ce qu'elle avait fait.
« Vous saviez que... »
Elle hocha la tête.
Il eut un sourire ému en regardant à nouveau la princesse.
« Merci, murmura-t-il. »
C'est le moins que je puisse faire après avoir essayé de la tuer.
Ignorant ses réflexions internes, le prince continua d'observer de loin sa princesse, toujours incapable qu'il était de bouger ou de prononcer un autre mot.
Ce n'était qu'un regard, rien de plus, pas un discours rempli d'amour ou même des serments de fidélité éternelle, non.
Mais c'était suffisant pour Lilith, qui comprit tout ce qu'il y avait dans ce regard.
Il l'aime.
De façon véritable et sincère.
Cela se voyait à cette joie mêlée de tristesse qui se trouvait dans ses yeux, une joie de la revoir, après tout ce temps de séparation.
Après toutes ces épreuves.
Je ne peux pas faire cela.
Je ne peux pas la tuer, les séparer, non, je ne peux pas.
Enfin, Richard prit la parole.
« Blanche-Neige ! » S'exclama-t-il d'une voix forte et joyeuse.
Entendant cette voix dont elle avait été privée si longtemps, la princesse se figea à son tour, n'osant même pas espérer. Cela ne pouvait pas être Richard, il était loin d'elle, avec le roi Conrad, son père à elle, à la guerre.
Cela ne pouvait pas être vrai.
Elle se retourna avec rapidité, apercevant alors le jeune homme qui lui manquait tant, et elle le vit, apparaissant à son regard sans prévenir.
« Richard ! » Fit-elle alors, elle aussi avec une grande joie.
Et, sans attendre, sans se soucier de rien, elle se mit à courir, tout comme le jeune homme lui-même, pour aller se jeter dans ses bras.
Quand ils se retrouvèrent tout les deux dans les bras l'un de l'autre, ils mirent tout deux à pleurer, de joie très certainement.
Mais ils souriaient également, heureux enfin de se retrouver, après tout ce qu'ils avaient pu vivre auparavant, Blanche-Neige poursuivie par Christelle, Richard lors de son temps à la guerre.
Quand ils se séparèrent, Blanche-Neige continuait de pleurer, alors que lui revenait en mémoire tout ce qu'elle avait vécu.
« Blanche-Neige, fit Richard, surpris. Pourquoi pleures-tu ?
- Je ne sais pas, fit la princesse. Je pleure de joie, et de tristesse aussi. Oh Richard, tu n'as aucune idée de ce que j'ai pu endurer depuis ton départ. »
Et soudain, le jeune homme comprit qu'il y avait quelque chose d'étrange.
« Attends une seconde Blanche-Neige. Que fais-tu ici, dans ce village ? Pourquoi n'es-tu pas au château ?
- Je vis ici maintenant Richard. »
Un air de surprise passa sur le visage du prince, qui ne comprenait pas.
Lilith s'approcha.
« Je pense mon prince, que vous ne savez pas tout. Et que ce que vous allez apprendre ne devrait pas beaucoup vous plaire. »
Le visage du prince s'assombrit alors.
§§§§
« Tu veux dire que la reine Christelle veut ta mort ? »
Ce n'était pas une question, mais plus une remarque exprimant son étonnement. Blanche-Neige ainsi que les nains, Samson, Maud, et Lilith se trouvaient dans la maison habitée par Maud, Blanche-Neige et l'elfe.
Ils venaient tout juste de raconter dans les grandes lignes ce qui était advenu.
« En effet mon prince, dit alors Samson. La reine Christelle m'a envoyé pour tuer la princesse, mais je n'ai pas pu.
- Ce que tu ne dis pas Samson, c'est que tu m'as également sauvé la vie, ajouta Blanche-Neige. En plus de m'épargner.
- Mais pourquoi veut-elle une chose pareille ? »
Le visage de Poussin se ferma.
« Pour une simple et affreuse raison. Elle veut être la plus belle, son miroir magique lui a dit que Blanche-Neige l'était plus qu'elle, c'est pour cela qu'elle veut s'en débarrasser.
- La reine est… une mauvaise femme, affirma l'elfe. Je pense qu'elle l'a toujours été, et qu'elle ne changera jamais, malheureusement. Je suis désolée princesse, mais personne ne peut la sauver. »
Blanche-Neige, quelque peu attristée, hocha la tête. Mais même elle, qui avait tant de compassion, ne pouvait pas nier que sa belle-mère était un monstre.
« Que pouvons-nous faire ?
- Peu de choses, je le crains, fit l'Ancien. La reine a de la magie, et elle très puissante, sûrement impossible à battre. Pour l'instant, nous ne pouvons qu'espérer que la guerre ne se termine très vite, et que le roi revienne.
- Il faut que je le prévienne.
- Non ! S'écria Blanche-Neige à la surprise générale. Mon père a suffisamment de soucis comme cela, ajouta-t-elle alors qu'on la regardait avec incompréhension. Il est en guerre ! Si jamais je le force à revenir, ou s'il reste à la guerre en y étant contraint et en s'inquiétant pour moi, les choses ne se passeront pas bien. Je préfère l'épargner, une fois que la guerre sera fini, alors seulement il faudra le lui dire. »
Les autres hochèrent la tête, comprenant la pertinence de cette proposition. Ils ne pouvaient pas vraiment faire mieux.
« Nous ne pouvons qu'attendre que les choses tournent en notre faveur, » résuma alors l'Ancien, un peu dépité de ne pas avoir trouvé mieux.
Tous acquiescèrent.
Comment ils feraient cela exactement, ils n'en avaient aucune idée.
La porte s'ouvrit alors, laissant entrer Beth Bourrue, qui sursauta en voyant toute cette assemblée.
« Maud ? Je voulais vous prévenir, vous et les autres, bien sûr, ajouta-t-elle. En l'honneur de Blanche-Neige et de l'arrivée de son ami, nous allons ce soir organiser une fête. Un bal, plus particulièrement. Je voulais seulement vous le dire pour que vous vous prépariez.
- Oh, mais vous m'aiderez Beth, bien évidemment. »
L'autre femme rougit.
« Oh, oui, bien sûr. »
Puis elle partit.
« Prince Richard, lui dit Maud, cela vous intéresserait-il de participer à cette fête ?
- Oui, bien sûr, je pourrais aussi vous aider.
- Merci à vous. »
§§§§
Quelques heures passèrent, et les gens se préparèrent pour la fête. Blanche-Neige insista pour aider Lilith à le faire.
« Tu n'es pas obligée.
- Non, mais cela me fait plaisir. As-tu quelque chose à te mettre, autre que tes vêtements habituels ? Histoire de changer par rapport à d'habitude. »
Lilith hocha la tête, elle avait effectivement une robe dans son sac contenant ses affaires venant du château.
Quand elle apparut ainsi vêtue devant la jeune princesse, cette dernière eut un hochement de tête approbateur.
C'était une robe bleue, quelque peu semblable à celles portées par les elfes du Nord, qui dévoilait les jambes et le dos (donc les ailes) de la personne qui la portait. C'était une des rares choses qu'elle conservait venant de son peuple, une de ses seules réelles possessions, que la reine Christelle n'avait pas encore détruite.
Puis, la princesse fronça les sourcils.
« Il faut qu'on fasse quelque chose avec tes cheveux. Ils sont suffisamment longs pour qu'on puisse les coiffer d'une jolie façon. Est-ce que tu voudrais quelque chose en particulier ? »
Lilith se souvint alors des coiffures traditionnelles de son peuple, coiffures qu'autrefois elle-même pouvait avoir.
Qu'elle n'avait plus désormais.
Ses cheveux étaient détachés, le long de son dos, cachant de ce fait ce qui avait été ses ailes.
C'était fait à dessein, et elle comprit alors qu'elle pouvait changer cela.
« Hé bien, fit-elle presque avec hésitation. J'aimerais bien avoir une tresse, avoua-t-elle. »
Blanche-Neige se mit à sourire.
« C'est comme si c'était fait. »
§§§§
Elle était magnifique.
Vraiment, Blanche-Neige, alors qu'elle la regardait, ne pouvait que s'en persuader. C'était quelque chose qui était déjà visible, à la base, mais maintenant, alors qu'elle était coiffée et habillée ainsi, cela n'était que plus éclatant.
« Alors ? Demanda avec timidité la jeune femme.
- Tu es superbe, murmura Blanche-Neige, presque subjuguée. »
Oui, elle était bel et bien une elfe, c'était une certitude.
Un sourire timide vint prendre place sur le visage de Lilith, et d'une certaine manière, cela frappa Blanche-Neige.
« A quel point t'as-t-elle fait du mal ?
- Pardon ? Demanda Lilith avec un air perplexe.
- Ma belle-mère. À quel point t'as-t-elle faites souffrir ?
- Je… tu ne veux pas le savoir.
- Mais je le dois. Si jamais cette histoire se termine un jour, si jamais je deviens reine, je… Il faudra que je sache tout ce que la reine Christelle a fait de mal, si je veux pouvoir un jour le réparer. À quel point t'as-t-elle brisée pour que tu ais si peu confiance en toi ?
- Elle… je crois qu'elle m'a détruite », avoua enfin l'elfe.
Son amie l'entraîna alors dans une étreinte réconfortante.
« Ne t'en fait pas Lilith. Je suis là, nous sommes là. »
Une larme roula le long de la joue de Lilith.
Comment pouvait-elle tuer la princesse si cette dernière se trouvait être si compréhensive ?
§§§§
C'était un bal en plein air, bien différent de ceux que la princesse (ou même le prince Richard) pouvait connaître, un bal simple et sans beaucoup de personnes pour y participer.
Peu importe.
Une fois que les deux femmes furent prêtes, elles sortirent de la maison de Maud.
À cet instant, les regards des autres s'arrêtèrent sur elles deux, non seulement Blanche-Neige, qui était encore plus belle que d'habitude (ce qui n'était pas peu dire), mais aussi sur Lilith, qui semblait s'être comme révélée au grand jour devant tout les habitants du village.
Oui, comme Blanche-Neige l'avait pensé plus tôt, elle était une elfe, ne lui manquait plus que ses ailes pour que tout soit comme avant. Sa beauté était désormais égale à celle de la jeune princesse, et sa joie la faisait encore plus resplendir qu'auparavant.
En tout cas, c'était bien l'avis de Jack, qui ne pouvait pas détacher son regard de la jeune femme.
En fait, à cet instant, un grand changement était en train de s'accomplir en lui.
Il y avait une différence entre penser qu'il avait des sentiments pour Lilith, et le comprendre.
Il n'en avait pas la certitude avant cela, pas dans le monde réel en tout cas.
Mais maintenant, alors qu'il la voyait ainsi, telle qu'elle était quand elle était dans le monde des rêves (à peu de choses près), les choses étaient différentes.
Pas parce qu'elle était bien plus jolie que d'habitude (ce qui n'était pas le cas par ailleurs), mais parce que, encore une fois, elle était elle-même.
Et ça, ça changeait tout.
Maintenant, il savait.
Il était amoureux de l'elfe Lilith.
Il ne se souvenait toujours pas du monde des rêves, pas encore, mais le fait de confronter ces deux visions faisait qu'il avait des réminiscences de ce qu'il avait vu.
(Ainsi, pendant quelques secondes, il crut apercevoir une paire d'ailes dans le dos de l'elfe. Et cela arriva à plusieurs reprises au cours de la soirée.
Sauf que cela n'avait pas de sens.)
Il la regarda encore, et n'eut presque aucun regard pour la princesse. La jeune elfe portait sa robe bleue, robe qu'il n'avait jamais vue avant et habit traditionnel des elfes du Nord, et dans sa tresse, Blanche-Neige avait placé quelques fleurs.
Ce qui donnait quelque chose de superbe.
Presque d'instinct, il se dirigea vers elle pour l'inviter à danser, alors que Richard faisait de même avec Blanche-Neige.
Et le bal put commencer.
§§§§
Lilith souriait, heureuse. Elle était dans un endroit où les gens l'appréciaient, elle était dans les bras de celui qu'elle aimait, et la douleur dans son dos était quasiment inexistante, grâce à sa magie, désormais suffisamment puissante pour la faire disparaître.
« Je ne savais pas que tu savais danser, lança-t-elle à Jack.
Celui-ci la regarda avec surprise.
- Tu m'as déjà vu danser, répondit-il.
Lilith roula des yeux, amusée.
- Oui, certes, mais tu dansais avec une petite fille. Principalement. Ce n'était pas vraiment une vraie danse ce jour-là.
- Si tu le dis », répondit Jack sans grande conviction.
Lilith éclata alors de rire, un rire fort, véritable, et joyeux, plein de vie. Elle ne le savait pas, mais elle l'était à l'instant même observée par Beth, qui dansait au même moment avec Maud, et toutes deux discutaient des deux jeunes gens.
L'institutrice sourit en voyant cela, en voyant à quel point la jeune femme semblait heureuse, et en vie. Elle se dit alors que Jack avait bien accompli sa mission.
« Ils feront un très beau couple », rajouta Maud en souriant.
Beth la regarda avec tendresse, chose que l'autre ne vit pas, mais qu'elle percevait un peu.
« J'en suis certaine. »
§§§§
Jack reprit la parole.
« Maud et Mme Bourrue m'ont appris à le faire il y a peu. Et toi ? Quand as-tu appris à danser ? Tu as vécu un certain temps au château de la vallée d'Émeraude, quand as-tu pu le faire exactement ?
- Avant d'y aller et d'y vivre, je vivais avec mes parents, et le reste de mon peuple. Il y avait souvent des bals chez nous, et ce sont eux qui m'ont appris. »
Elle revoyait dans sa mémoire les bals chez elle, et elle ressentit une douleur presque physique en réalisant que cela lui manquait beaucoup. Enfin, pas les bals en eux-même, mais surtout ce moment de sa vie où elle était heureuse et encore en paix, et sans réels soucis.
« Comment était-ce ?
- On dansait, on chantait, et on jouait de la musique aussi. On s'amusait, en somme. C'était merveilleux. »
Jack sourit en la voyant si nostalgique et enthousiaste.
« J'espère que ce que tu as ce soir te suffit, dit Jack avec humour et d'un ton léger.
Elle sourit à son tour.
« Ne t'en fait pas. C'est parfait. »
Et oui, cette phrase avait plus de sens que ce qu'on aurait pu penser.
Leur danse ainsi que leur conversation durèrent encore un certain temps, tout comme Blanche-Neige et Richard le faisaient, non loin d'eux.
Au bout d'un moment, ils s'arrêtèrent, se séparèrent, et Lilith alla pendant un moment danser avec Blanche-Neige. Jack les regardait toutes les deux, en particulier l'elfe, et il réfléchissait.
Il aurait très bien pu tomber amoureux de Blanche-Neige, si Lilith n'avait pas été là. En fait, c'est très certainement ce qui serait arrivé sans elle. Sauf que c'était elle qu'il aimait désormais, maintenant, il en était sûr. Il sourit.
« Vous êtes Jack, n'est-ce pas ? »
Le jeune homme hocha la tête, voyant le prince Richard se diriger vers lui.
« Et vous êtes l'amie de Blanche-Neige.
- Exact. »
Le silence se fit, et Jack le regarda, ce prince dont Blanche-Neige était amoureuse. (Il n'était pas dupe non plus !)
Ce dernier la regardait à cet instant, avec amour, chose visible avec une évidence presque éclatante. Il ne savait vraiment pas dissimuler, tout comme Blanche-Neige elle-même en fait.
« Vous l'aimez ? »
Richard sursauta.
« Pardon ?
- Blanche-Neige. Est-ce que vous l'aimez ?
- Je tiens beaucoup à elle.
- Ce n'est pas ma question. Vous savez, moi aussi je tiens à elle, en tant qu'amie, bien sûr. Ce que je veux, c'est qu'elle soit heureuse. Alors, dites-moi. Êtes-vous amoureux de Blanche-Neige ? »
Un air serein et joyeux illumina le visage du prince.
« Oui, avoua-t-il enfin, peut-être pour la première fois. Je l'aime.
Jack sourit.
- Bien.
Richard haussa un sourcil.
- Comment ça, bien ?
- Je sais ce que je voulais savoir. Cela me suffit. »
Ils se sourirent alors, devenus amis, unis qu'ils étaient dans leur affection sincère pour Blanche-Neige.
Une fois que la fête fut finie, tous allèrent se coucher.
