Chapitre 20 : Ne pas la tuer.
Ils ne voulurent pas y croire, tout d'abord. Personne ne le voulut. Quand L'Ancien comprit tout ce que cette découverte pouvait bien signifier, il envoya chercher les autres nains, ainsi que Blanche-Neige et Samson.
Ils décidèrent de ne prévenir personne d'autre, et de laisser Jack avec Lilith, afin que celle-ci n'ait absolument aucun soupçon. Cela désolait l'Ancien d'agir de la sorte à son égard, mais il se devait avant toute chose d'être bien sûr quant à ce que Poussin et lui avaient vu.
Après tout, peut-être s'étaient-ils trompés, peut-être avaient-ils tords. Peut-être que ce qu'ils avaient vu n'était pas la vérité.
« Que savons-nous exactement ?
- Hé bien Samson, pas grand-chose, malheureusement, se désola l'Ancien. Poussin a trouvé des objets étranges et très compromettants. Cela nous a conduit à penser que Lilith était du côté de la reine Christelle.
- Ce n'est pas possible ! » S'exclama Blanche-Neige.
Les autres se retournèrent vers elle. La jeune princesse, les mains sur la table (ils étaient à présent dans le salon), s'y tenait appuyée, et elle tremblait, n'osant pas croire cela.
« Lilith est notre amie. Elle ne ferait jamais une chose pareille. Cela ne peut être vrai.
- Regarde les choses en face Blanche-Neige, fit Poussin. Je ne dis pas forcément qu'elle est coupable, mais il y a certaines choses plutôt étranges, maintenant que j'y repense.
- Quoi donc ? Comment peux-tu oser l'accuser sans preuves, dans son dos, et sans qu'elle puisse être ici pour se défendre ou se justifier ?
- Mais enfin Blanche-Neige, dit le nain, nous en avons des preuves. Regarde cette dague, je me souviens l'avoir vu dans la chambre de ta belle-mère, je suis certain qu'elle la lui a donné.
- Qu'en sais-tu ? demanda la jeune femme, se voilant toujours la face. Et de quoi l'accusez vous exactement ? »
Elle ne pouvait pas y croire. Elle ne voulait pas y croire. Elle ne voulait pas penser que à nouveau, elle allait se faire trahir par une personne à laquelle elle tenait.
« J'ai confiance en Lilith. J'ai confiance en elle. Elle et moi sommes amies, je sais que jamais elle ne nous trahirait. »
Blanche-Neige était une personne naïve. Mais elle était la plupart du temps assez bonne pour juger du caractère et de la nature des gens. Et, assez ironiquement, elle était la seule personne de la pièce à avoir vraiment compris qui était réellement Lilith.
À savoir que sa nature était bonne, et qu'elle ne lui ferait jamais aucun mal.
« Il y a de nombreuses zones d'ombre autour de son histoire et de ce qu'elle nous a raconté, confia la Science à Blanche-Neige. Maintenant, j'ai effectivement quelques doutes à son sujet. Je suis désolé Blanche-Neige, mais je pense qu'il y a certaines choses qu'elle nous a cachées.
- C'est son droit, se rebiffa la princesse. Moi aussi je cache mon identité et la raison de de ma présence ! Et pour de bonnes raisons ! Peut-être fuit-elle aussi ma belle-mère.
- Le problème, intervint alors l'Ancien, c'est qu'il y a des divergences dans son récit, selon la personne à laquelle elle l'a dit. »
Samson, quant à lui, restait pensif et semblait assez soucieux, comme se rappelant d'une chose qu'il avait mise de côté pendant un moment.
« Qu'y a-t-il Samson ? Lui demanda Froussard. Ça n'a pas l'air d'aller.
- Je repensais à quelque chose. Cela fait longtemps que je travaille pour la reine, et j'ai entendu parfois des rumeurs, qui pouvaient être étranges. Dont une en particulier, à laquelle je n'ai jamais vraiment cru. Mais maintenant, je me demande si elle ne pourrait pas être véridique.
- Quoi donc ?
- On disait que la reine avait une personne à son service. Une tueuse, qu'elle envoyait pour la débarrasser de ceux qui la gênaient. Notamment certaines personnes de sa famille, qui pouvaient risquer de lui prendre le trône, et qui ont disparu mystérieusement.
- Tu crois qu'il peut s'agir de Lilith ?
- Hé bien, je n'y avais jamais repensé jusqu'à aujourd'hui, mais… peut-être.
- Mais… comment ?
- On disait que ce tueur ou cette tueuse, personne ne connaissait son visage, si ce n'est certains soldats peut-être, n'était pas un être humain. Je ne suis pas sûr de moi, mais je pense que ce peut être elle.
- Et pourquoi serait-elle venue ici dans ce cas ? Demanda Grognon, inquiet.
- Pour faire ce que la reine Christelle a encore échoué à faire. Tuer Blanche-Neige. »
Tous frémirent d'horreur, en particulier Blanche-Neige, qui voyait peu à peu tout ce dont elle était certaine s'effondrer sous ses yeux.
« Pourquoi ferait-elle une chose pareille ? Je ne lui ai jamais rien fait ! Elle n'a aucune raison de m'en vouloir alors pourquoi voudrait-elle me tuer ? Et surtout, a-t-elle jamais essayé de le faire ? »
Persuadée d'avoir enfin trouvé un contre-argument valable, la jeune femme se détendit un peu, avant de voir Cookie froncer les sourcils.
« Vous ne trouvez pas que le comportement de Lilith a été plutôt étrange et suspect ces derniers temps ? Je veux dire… toutes ces fois où elle a insisté pour aider Maud à faire la cuisine alors que cette dernière n'avait pas besoin d'aide et pouvait se débrouiller seule.
- Oui tu as raison, renchérit la Science, moi aussi j'ai trouvé cela un peu bizarre. Après tout, elle n'avait aucune nécessité de le faire.
- Vous pensez qu'elle aurait pu vouloir empoisonner Blanche-Neige ? S'exclama Poussin avec horreur. »
La Science hocha la tête d'un air sombre, avant de porter son regard sur ce qu'il se trouvait encore dans le sac de Lilith. Il blêmit alors. Dans celui-ci se trouvait encore le poison que l'autre Lilith avait tenté d'utiliser contre la princesse, et que Lilith n'avait pas jeté, par peur que cela ne soit retrouvé.
« Cette fois, je crois que cela va mettre fin à tout nos doutes. Voyez-vous cela ? C'est un poison d'un type très particulier, qui provoque une mort lente sans que le sujet ne se rende compte de rien.
- Tu crois qu'elle avait pour projet de l'utiliser sur Blanche-Neige ? Demanda Froussard.
- J'ai bien peur qu'elle ne l'ai déjà fait. Princesse, il va falloir que je t'examine, afin de vérifier si tout est en ordre.
- Bien sûr la Science. Mais je suis certaine que tu ne trouveras rien , j'ai toute confiance en Lilith.
- Et ce malgré le fait que toutes les évidence soient contre elle ?
- Justement Poussin, je suis la seule à trouver cela étrange ? Tout l'accuse ! Et elle n'est même pas là pour se défendre, attendons au moins qu'elle vienne pour s'expliquer.
- Si tu le veux princesse, accepta L'Ancien. Après tout, nous ne devons pas nous fier aveuglément aux apparence. On ne sait jamais.
§§§§
Lilith était encore inconsciente de cet espèce de procès qu'on était en train de mener contre elle, mais elle réfléchissait à nouveau à un moyen de se sortir de cette terrible situation dans laquelle elle était, ignorant quel terrible piège s'était déjà refermé sur elle.
Elle devait tuer la reine. Par justice, vengeance. Pour se sauver elle-même, et sauver les autres aussi.
Parce que c'était ce qu'il fallait faire, qu'enfermer cette femme ne changerait rien.
Parce qu'elle savait qu'elle était trop puissante pour pouvoir rester enfermer en prison.
Christelle était un monstre qui ne méritait que la mort, rien d'autre, et Lilith le savait, elle devait la stopper. Personne d'autre ne le ferait, si elle n'agissait pas avant.
Alors que Jack lui parlait, elle réalisa qu'elle devait pour l'instant mettre de côté toute cette histoire, du moins pendant un moment. Et profiter du moment présent.
Avant que tout ne lui soit retiré…
§§§§
Le reste du village avait été mis au courant, et la consternation régnait en ville. Personne n'arrivait à croire que tout cela fut possible. On dévoila enfin la vérité : à savoir que Blanche-Neige était la princesse de la Vallée d'Émeraude et que la reine Christelle voulait sa mort.
Aussi, quand Lilith revint au village, elle sentit que quelque chose n'allait pas. Alors qu'elle entrait dans sa maison, elle vit sur la table les fameux objets trouvés par les nains, et autour de la table, on trouvait les nains, Blanche-Neige et Samson.
Lilith se figea.
Et elle sut.
Ils savent. Ils savent et je suis perdue.
Elle baissa les yeux face à cette situation, face à cette défaite déjà acceptée par elle, alors que Jack ne comprenait pas ce qu'il se passait.
Ce fut sa première erreur, un aveu implicite qu'ils accueillirent tous de cette manière.
L'Ancien soupira, ayant préféré ne pas avoir raison.
Il se mit à parler, expliquant à Jack tout ce qu'ils avaient découvert et déduit de tout cela, alors que le visage de jeune homme s'assombrissait de plus en plus.
Il se tourna vers la jeune elfe, un air interdit et perdu sur le visage, espérant qu'elle remette tout cela en cause, qu'elle nie, qu'elle trouve une explication logique et satisfaisante, que tout cela ne soit pas vrai.
Mais l'elfe ne parvint pas à dire un seul mot.
« Lilith… as-tu été envoyée ici par la reine Christelle pour me tuer ? Demanda enfin Blanche-Neige, son cœur se brisant lentement.
- Oui, osa enfin répondre l'elfe. C'est exact. »
Elle aurait pu se défendre à cet instant, tout leur dire, leur avouer la vérité.
Et son regard se posa sur Jack, elle le suppliait silencieusement de la comprendre, de l'accepter, de se souvenir de tout ce qu'ils avaient vécu.
S'il te plaît. S'il te plaît. S'IL TE PLAÎT !
Elle hurlait en silence, alors que le regard sévère des autres et celui brisé de Blanche-Neige et Jack se posait sur elle, et ce fut comme si elle se taisait à dessein.
Comme si elle était persuadée à nouveau que cela ne servirait à rien de parler, de tenter de s'expliquer, comme si elle croyait qu'elle méritait qu'on la condamne sans rien connaître de ce qu'elle avait vécu.
Le regard des autres n'aidait en rien.
Ils attendaient cela, ils attendaient qu'elle s'explique, qu'elle leur dise pourquoi elle avait accepté.
« Je suis désolée…
Jack sursauta.
- Tu es désolée ? Tu nous as menti, tu nous as trahis, tu nous as manipulés. Tu as essayé de tuer Blanche-Neige ! Comment peux-tu être seulement désolée ? »
Il y avait de la haine en lui. Dans ses yeux, dans sa voix, et si Lilith avait eu besoin d'une preuve que son secret ne serait pas accepté, c'était bien celle-là.
Mais que pouvait-elle dire ? La vérité ? Qu'est-ce que cela changerait ?
Alors, bloquée, à nouveau, face à la colère haineuse de Jack, elle se tut, comme l'autre jour, face à lui, parce qu'elle n'était pas capable de dire un seul mot.
« Il faut qu'on l'enferme, dit alors Samson. Elle pourrait être dangereuse. »
Ils savaient désormais qu'ils ne pourraient plus rien tirer d'elle, et qu'ils devaient la mettre hors d'état de nuire, ils parlaient même d'elle comme si elle n'était pas là. Blanche-Neige regardait celle qu'on appelait meurtrière, monstre, et dont on disait qu'elle les avait trahis.
Elle ne parvenait toujours pas à y croire.
Elle les avait aidés.
Cela ne comptait-il pas ?
§§§§
Apparemment non. Pas pour les autres, en tout cas. Il n'y avait pas à proprement parler de prison dans le village, mais en revanche, on y trouvait une petite cellule, dans laquelle Lilith fut enfermée.
Cette dernière ne disait plus rien depuis que son secret avait été découvert. C'était comme si quelque chose s'était brisé en elle, encore, comme si elle avait perdu toute volonté et toute combativité.
En la voyant, on ne reconnaissait plus la terrible tueuse qui avait de nombreuses fois effaré les soldats de la reine.
Elle était redevenue la petite fille qui venait de perdre son peuple et ses parents, et qui n'avait pour seul choix que d'obéir à un monstre. Le fait qu'elle soit à nouveau en prison n'aidait pas par ailleurs.
Afin qu'elle ne s'échappe pas, on plaça une sorte de barrière qu bloquerait sa magie, et qui empêcherait la jeune femme de fuir par elle-même.
Lilith n'arriva même pas à leur en vouloir, en fait, elle n'arrêtait pas de s'en vouloir à elle-même.
Elle était seule, perdue, et abandonnée, sans espoir de sauver qui que ce soit.
Elle n'avait plus rien.
« Bonjour Lilith. »
C'était Blanche-Neige, qui, semble-t-il, était la seule à ne pas lui en vouloir. Lilith faillit lui sourire avec cynisme, mais elle n'y parvint pas. Elle n'en avait plus la force.
« Que fais-tu là princesse ?
- Pourquoi obéis-tu à ma belle-mère ? »
L'elfe releva la tête, et croisa le regard attristé de la jeune femme.
« Elle ne m'a pas laissé le choix. »
Mais, avant qu'elle ne puisse continuer, Poussin entra.
« Blanche-Neige, ne reste pas ici !
- Pourquoi donc Poussin ?
- On va la garder à tour de rôle, afin d'être sûrs qu'elle ne s'échappe pas. On préfère que tu ne restes pas près d'elle. La Science veut t'examiner, il a peur qu'elle n'ai commencée à t'empoisonner. »
(Une fois que cela fut fait, la Science soupira de soulagement en constatant qu'ils étaient arrivés à temps.
La princesse allait très bien.)
Plus maintenant Poussin.
C'est fini.
Tout est fini…
Lilith ne put s'empêcher de sourire en voyant Poussin prendre la place de la princesse.
Ainsi donc, il ne vous aura pas fallu beaucoup de temps pour ne plus me faire confiance, pas vrai ?
Tu avais raison Mylarka…
J'aurais dû le leur dire.
§§§§
« Lilith ? »
L'elfe sursauta en entendant une voix résonner dans sa tête, sans que personne ne lui ai, semble-t-il, encore parlé.
« Qui est là ? Pensa-t-elle.
- C'est moi, Mylarka.
- Mylarka ? Mais enfin, où es-tu ?
- Je suis encore dans la grotte. J'étais inquiète, ta magie avait disparu. Que se passe-t-il ?
- Oh Mylarka, je suis tellement heureuse de t'entendre ! Ils ont découvert la vérité, ils savent, et ils m'ont enfermée ! Je n'ai pas la possibilité d'utiliser ma magie, et je ne peux pas m'échapper ! Et tu sais quoi ? Je pense qu'ils ont bien raison.
- Non, je ne pense pas.
- J'aurais dû le leur dire avant, maintenant, ils ne feront plus confiance.
- Que pouvons-nous faire maintenant ?
- Je ne sais pas… Si tu as une idée…
- Hé bien… peut-être. »
Les deux femmes discutèrent pendant un temps et formulèrent un plan. Une fois que cette discussion intérieure fut finie, l'elfe fit appel à l'esprit de la forêt. Poussin s'était mis à dormir pendant ce temps.
« Lilith, qu'y a-t-il ?
- Je ne peux pas parler trop fort.
- Que fais-tu en prison ? Chuchota l'esprit.
- Ils savent. Et je n'ai pas réussi à m'expliquer. Ce que je te demande, c'est d'aller me chercher quelques plantes que je t'indiquerais, j'ai quelque chose à faire.
- Quoi donc ? »
Un air sérieux s'installa sur le visage de Lilith.
« Il faut que je tue Blanche-Neige. »
Quand l'elfe se fut complètement expliquée et qu'elle eut convaincu l'esprit du fait que ce qu'elle devait faire était une bonne chose, ce dernier partit chercher ce dont elle avait besoin.
Puis, à son retour, l'esprit détruisit sans aucune difficulté la barrière qui avait été installée, puisque sa magie, tout comme celle de Lilith, ne cessait de gagner en puissance. Et il lui donna les diverses plantes, que grâce à sa magie, Lilith parvint rapidement à changer en une potion de couleur verte.
« Es-tu sûr que cela va marcher ?
- Certaine. Cela me vient de Mylarka, on n'y verra que du feu. »
Elle se tourna une dernière fois vers Poussin et se mit à sourire.
« Qu'est-ce que tu fais ?
- Je leur laisse un message. »
Sur la porte de sa cellule, on voyait désormais un papier où était inscrit les mots Je ne suis pas coupable. L'esprit se mit à sourire.
« Tu sais qu'ils n'y croiront pas…
- Je n'en doute pas un instant. »
Pour que personne ne se rende compte de rien, elle fit apparaître un double d'elle-même, toujours enfermé dans la cellule. Et elle disparut, invisible, sans que personne ne se soit rendu compte de rien.
Lorsqu'elle entra là où se trouvait Blanche-Neige, tout ceux qui étaient là, si ce n'est la princesse, s'écroulèrent sur le sol, endormis et bloqués par un sortilège. Lilith eut un soupir de contentement en se disant qu'elle était contente d'avoir retrouvé cet aspect de sa magie.
Le regard de la princesse était sans peur, elle restait debout, figée, digne, comme si elle affrontait son destin sans frémir. Lilith ne l'en admira que plus pour cela, regrettant déjà les événements qui allaient suivre.
« Tu es venue me tuer, pas vrai ?
- On peut dire cela comme cela. »
Elle n'allait pas se défendre, et cela, Lilith le comprit immédiatement en croisant son regard résigné. Elle ne tenta même pas de fuir, voyant avec quelle facilité elle avait mis hors d'état de nuire tout les autres en un claquement de doigt.
(Sans oublier effectivement les autres habitants du village qui eux aussi étaient endormis depuis quelques secondes.)
Elle ne se battrait pas, parce qu'elle savait qu'elle n'avait aucune chance. Parce que même si la jeune femme lui avait appris à se battre, cela ne serait pas suffisant, et elles le savaient toutes les deux.
« Tu sais, Blanche-Neige, la situation est… plus compliquée qu'elle en a l'air. »
Une lueur d'espoir apparut dans le regard de la princesse, espérant que l'autre allait enfin lui dire pourquoi elle avait agi ainsi.
L'elfe sortit de sa poche une fiole qu'elle tendit à Blanche-Neige. Cette dernière la prit avec inquiétude, comprenant rapidement de façon implicite de quoi il s'agissait.
« Blanche-Neige… je vais te raconter une histoire. Et quand celle-ci sera finie, tu auras à faire un choix. Et j'espère que tu feras le bon. »
§§§§
Quand elle vit la jeune femme s'écrouler au sol, Lilith eut un sourire douloureux. Elle avait semble-t-il convaincu la princesse, puisque celle-ci venait tout juste de boire la potion qu'elle avait préparée.
« Je suis désolée princesse. Ne t'en fait pas, l'histoire n'est pas finie. »
Elle était morte, jusqu'à preuve du contraire, du moins il fallait que la reine le croit.
« Va-y esprit, lança Lilith. Défait la protection. »
Celui-ci s'exécuta, et pendant un moment, la forêt aux sept couleurs resta sans aucune barrière magique pour la protéger.
Malgré sa répugnance, Lilith décida alors d'envoyer un message à la reine Christelle, par la pensée, afin que celle-ci puisse voir ce qu'elle avait fait à la princesse. En sentant son esclave la contacter, la reine sursauta surprise.
« Je croyais que tu ne comptais plus me contacter, lui dit-elle en pensée.
- Certes ma reine, mais ceci est d'une extrême importance. »
Toujours prise par son incrédulité face à la situation, la reine ne remarqua même pas qu'elle n'était plus sous l'influence de son sortilège, ou si elle le fit, peut-être en tira-t-elle des conclusions.
« Hé bien, qu'y a-t-il ?
- Regardez par vous-même majesté ! » S'exclama l'elfe.
Christelle s'exécuta et se pencha vers son miroir. Speck, quant à lui, se demandait bien ce qu'il pouvait se passer. Lilith était-elle passée à l'action ? D'un seul coup, il entendit la voix de Mylarka dans son esprit (puisqu'il n'y avait plus de protection pour la forêt aux sept couleurs depuis au moins quelques minutes, ils pouvaient désormais communiquer) et il se mit à sourire, comprenant que les choses tournaient enfin à leur avantage.
« Miroir, montre moi la forêt aux sept couleurs. »
Le visage de la reine disparut du miroir pour laisser place à la petite maison dans laquelle habitaient Blanche-Neige et d'autres et elle vit enfin ce qu'elle attendait de voir depuis si longtemps.
Cette petite idiote gisait sur le sol, inerte, morte.
Un sourire cruel et fourbe s'invita sur ses lèvres, et, ivre de joie, elle éclata d'un rire maléfique et glaçant, qui pétrifia tout ceux qui l'entendirent, soldats y compris.
Lilith restait debout, attendant que la reine revienne de cet état de bonheur euphorique.
« Ah mon Dieu, c'est parfait ! S'exclama la meurtrière. C'est merveilleux Lilith ! Enfin, enfin, je suis débarrassée de cette petite idiote ! Ah, je vais enfin prendre possession de son corps et être la plus belle pour toujours ! Ah, que je suis heureuse ! »
Lilith eut un air méprisant pour elle, même si elle ne le voyait pas. La beauté, n'était-ce donc que cela qui intéressait la reine ? Elle le savait déjà, mais ces derniers mots venaient d'achever de perdre la reine dans son esprit.
« En effet majesté. Nous avions un accord, osa-t-elle enfin, chose qu'elle n'aurait sans doute pas faite quelques mois plus tôt. Libérez ma famille, maintenant. »
La reine se figea quelques secondes, coupée abruptement dans son explosion de joie, et elle sourit.
« Oh, mais… bien sûr. Après tout ma chère, tu m'as rendue si heureuse en me débarrassant de mon pire fléau, que je ne peux que te rendre la pareille en faisant ton bonheur. »
Devant elle, Lilith vit le miroir refléter autre chose que son reflet, alors qu'elle voyait les portes des cachots emprisonnant sa famille et son peuple être enfin ouvertes. Pour la première fois depuis des années, elle eut enfin une respiration plus sereine, et elle s'autorisa à sourire, heureuse.
Sa famille était libre. Elle avait fait ce qu'elle avait à faire.
Enfin non, pas tout à fait.
Il lui restait encore une tâche à accomplir, et alors, tout serait fini.
Tuer la reine Christelle.
Elle se mit alors à courir en direction de la grotte de Mylarka, la petite fée lui serait bien utile pour vaincre la méchante reine.
§§§§
Une fois que l'elfe se fut enfuie, tout ceux qui étaient allongés sur le sol se réveillèrent alors.
Et il comprirent, et l'horreur les frappa tous.
Blanche-Neige était morte.
Leur petite princesse devenue grande n'était plus, et tous se mirent à pleurer.
Elle ne respirait plus, sa peau était froide, et ses yeux ne se rouvriraient plus jamais.
Ils pleurèrent, et tous ils maudirent l'elfe Lilith.
§§§§
Quand elle se mit devant le rocher, Lilith n'hésita pas une seule seconde, et elle empoigna Mylarka, la délogeant de sa prison.
Une fois que cela fut fait, elle la brandit en l'air, un sourire de fierté sur les lèvres.
« Prête à combattre, Mylarka ?
- Toujours, répondit la fée. »
Moi de même…
Afin de mener son plan à bien, la jeune elfe émit un sifflement strident, et, quelques minutes plus tard, un cheval surgit devant elle, le même cheval qui l'avait amenée au village, et auquel elle s'était attachée avec le temps.
« Ne t'en fait pas, c'est la dernière fois que je demande ton aide, murmura-t-elle. Après tout sera finit, terminé, et il n'y aura plus rien. Pour le meilleur ou pour le pire… » ajouta-t-elle d'un air sombre.
Elle glissa l'épée Mylarka dans le fourreau qu'elle avait dérobé à un des hommes du village quelques minutes auparavant, et elle monta l'instant d'après sur le cheval.
Lilith soupira.
Avant de pouvoir partir, elle devait encore faire une dernière chose.
§§§§
A l'instant où Blanche-Neige disparut, tout le monde sursauta, et les nains et Jack se regardèrent avec surprise et consternation.
« Qu'est-ce… Que s'est-il passé ? Hoqueta Poussin, qui, comme tout les autres, ne s'était pas encore remis de la perte de son amie.
- Où est Blanche-Neige ? S'exclama Jack.
- Je n'en ai aucune idée, fit l'Ancien, qui blêmissait à vue d'œil.
- L'Ancien, faîtes quelque chose, je vous en supplie, lui demanda Jack.
- Je suis navré Jack, mais je crains de ne rien pouvoir faire. J'ai bien peur que ce ne soit Lilith qui ait fait cela. »
Le jeune homme se figea et serra les poings de colère, furieux et enragé.
« Oh c'est pas vrai ! » Fit-il avec rage.
Quelques secondes plus tard, il tomba à genoux, pétrifié, et il se mit à pleurer.
En seulement quelques heures, il avait perdu deux personnes auxquelles il tenait profondément, l'une par la mort, l'autre par la traîtrise, et il ne savait plus quoi faire.
Personne ne parvint à dire un seul autre mot.
§§§§
Où était donc Blanche-Neige ?
Une seule personne aurait pu le dire, à savoir Lilith, puisque c'était avec elle que la princesse se trouvait. La jeune femme se trouvait sur le même cheval que l'elfe, transportée là par la magie de la jeune femme.
Alors, l'elfe se rendit enfin vers le château, afin de finaliser sa mission, et de finir ce qu'elle avait commencé.
§§§§
Ils se lamentaient encore, quand quelqu'un apparut devant eux.
C'était l'esprit de la forêt, que l'Ancien reconnut.
« Esprit de la forêt ? Que fais-tu ici ?
- Peux-tu sauver Blanche-Neige ? L'interrogea Poussin, sans même se soucier de quoi que ce soit d'autre.
- Je n'ai pas à le faire. »
Ils le regardèrent avec surprise.
« Blanche-Neige n'est pas morte. Elle paraît l'être, mais elle n'est qu'endormie, son esprit a été envoyé dans le monde derrière le miroir. Lilith n'a fait cela que pour tromper la reine Christelle.
- Pourquoi ferait-elle cela ? Demanda Jack avec une hargne pas encore dissimulée. »
L'esprit sourit.
« Lilith n'est pas ce que vous pensez qu'elle est. Elle a fait des erreurs, mais elle avait ses raisons. Elle a essayé de tuer Blanche-Neige, mais à son corps défendant.
- J'ai du mal à y croire, fit Jack, suspicieux. »
L'esprit de la forêt le regarda alors.
« Oh, je vois, comprit-il alors. Vous êtes Jack, Celui-qui-toujours-dort. »
Le jeune homme sursauta.
« Pardon ? »
L'esprit de la forêt plaça alors ses deux mains sur la tête de la créature magique.
« Vous ne vous souvenez pas, mais cela ne va pas durer. Jack, esprit de la forêt, il est temps de te réveiller. »
Alors que la magie de l'autre agissait sur lui, Jack se figea, et d'un seul coup, tout ses souvenirs reprirent leur place d'origine, et il s'attarda sur ce qui était vraiment important.
« Il dit la vérité ! »
Et il leur expliqua à tous les choses qu'il savait.
« Que pouvons-nous faire ? Se lamenta Poussin.
L'esprit sourit.
- Lilith va se rendre au château, pour se battre contre la reine. Elle m'a dit que vous ne deviez pas vous en faire pour elle. En revanche, Blanche-Neige aura besoin de votre aide. Dans peu de temps, le prince Richard sera ici, Lilith m'a demandé de lui envoyer un message.
- Qu'est-ce cela changera ? Demanda Jack. En quoi nous aidera-t-il ?
- Lilith a ensorcelé ce miroir, afin que vous puissiez vous rendre dans l'autre monde, et apporter votre aide à la princesse. Celle-ci ne sera pas sans défense, ne vous inquiétez pas. Mais elle ne pourra pas s'en sortir seul, cet autre monde est très dangereux.
- Alors pourquoi l'y a-t-elle envoyée ? Demanda Jack.
- Parce que détruire ce monde permettra de mettre fin au règne de la reine Christelle et détruira sa magie. Et, ajouta-t-il avant d'avoir contre lui des questions, elle ne pouvait pas le faire par elle-même, parce qu'il faut que la reine Christelle soit déconcentrée. Si on attaque cet autre monde sans qu'elle-même soit en danger, cela ne conduira qu'à l'échec. Il faut qu'elle soit attaquée sur deux fronts. »
Ils hochèrent la tête.
Oui, cela semblait être un bon plan.
§§§§
De son côté, Lilith, après n'avoir été qu'au pas pendant tout le trajet, venait tout juste d'arriver aux porte du château.
Elle prit une profonde inspiration.
Ça y est, elle y était.
Bientôt, oui, bientôt, elle serait face à son bourreau.
Elle espérait que dans l'autre monde, la princesse s'en sortait bien.
Elle-même ne savait pas encore si elle y arriverait.
