Chapitre 21 : Une quête douloureuse.

« La reine est impossible à battre Mylarka, elle est beaucoup trop puissante.

- Peut-être pas. Sais-tu d'où elle tient son pouvoir ?

- De la magie de son miroir ?

- Exact. Enfin, pas exactement. Il y a un monde derrière le miroir, là où Speck est enfermé, d'après ce que tu m'as dit.

- A quoi cela va-t-il nous servir de savoir ce qui fait sa puissance ?

- Pour la détruire, il faut aussi détruire cet autre monde. Et il va falloir que tu le détruises.

- Comment ?

- En t'y rendant, en passant à travers un miroir.

- Ce monde est dangereux et puissant, pas vrai ?

- Oui.

- Hé bien, si on l'attaque, elle le saura, pas vrai ?

- Oui… probablement.

- Attaquer ce monde ne suffira pas, j'en suis certaine. Il faut autre chose.

- Attaquer la reine au même moment. Mais, tu ne pourras pas faire les deux en même temps.

- Alors il faudra envoyez quelqu'un... »

C'était ainsi que Mylarka et Lilith avaient élaboré leur plan avant que la princesse ne s'écroule sur le sol, comme morte. Voilà à quoi Lilith repensait alors qu'elle entrait dans le château, la princesse dans ses bras.

Tout les gardes la laissèrent passer, remplis d'horreur, à cause de qui elle était, mais aussi à cause de la personne qu'elle portait dans ses bras.

Les murmures commencèrent à cet instant. Ceux des soldats mais aussi ceux des servantes et des serviteurs.

« Est-ce que c'est la princesse ?

- Oui, c'est bien elle.

- Est-elle… morte ?

- Oh non ! Ce n'est pas possible, pas notre petite princesse. »

Le silence se fit brusquement quand la reine apparut. Celle-ci reçut en plein visage le regard plein de morgue de Lilith, comme si cette dernière la mettait au défi de se sortir de cette situation encombrante. Ce n'était pas un hasard si l'elfe était pour cette fois-ci entrée par la grande porte, elle voulait adresser à la reine un dernier ennui, quelque chose qu'elle ne pourrait pas régler tout de suite.

« Calmez-vous, clama-t-elle avec force et sévérité. La princesse n'est que malade, je vais la soigner, et d'ici peu, il n'y paraîtra plus. »

La foule se dispersa rapidement, effrayée par ses paroles, malgré leur apparente tentative pour les rassurer.

Effectivement, ironisa intérieurement Lilith, bientôt, votre princesse vous reviendra en bonne santé et sans que rien ne soit différent. À part elle-même, bien sûr.

La reine s'autorisa enfin un sourire et eut un air satisfait.

« Entre Lilith, fit la reine en lui indiquant sa chambre. »

Bientôt, le rituel commencerait, et plus jamais elle n'aurait à avoir peur de vieillir.

§§§§

« Tu aurais pu être plus discrète dans ton entrée, lui lança la reine avec un air de reproche.

- Combien sont-ils à encore croire vos mensonges ? Demanda l'elfe en balayant le blâme d'un revers de main.

Christelle grimaça.

- Peu importe. Leur opinion n'a aucun intérêt, et n'a pas d'importance pour moi. Ce qui compte c'est que tu as enfin fait ce que personne n'avait encore réussi : tu as tué Blanche-Neige. Je te félicite Lilith ! Tu as été parfaite ! Je savais que je pouvais te faire confiance. »

Lilith eut un sourire quand elle entendit cela, constatant que, une fois de plus, même en faisant un compliment, la reine ne pouvait s'empêcher de se glorifier elle-même, ce qui ne changeait pas par rapport à d'habitude.

« Certes, oui. Je ne vous contredirais pas à ce sujet. »

La reine ne l'écoutait déjà plus, déjà concentrée sur autre chose.

Lilith la regardait de loin, alors qu'un profond sentiment de satisfaction prenait place en elle.

Parce qu'elle venait de se rendre compte d'une chose.

Pour la première fois, elle avait gagné contre la reine. Cette dernière, persuadée qu'elle n'avait pas à se méfier de l'elfe, ne sen rendait même pas compte. Elle avait délivré sa famille, sans même savoir tout ce que la jeune femme lui cachait.

Et Lilith sourit encore une fois.

Elle n'avait plus peur de la reine.

§§§§

Le cheval du prince Richard se déplaçait à vive allure, portant un cavalier paraissant être très inquiet, et il y avait de quoi.

La princesse Blanche-Neige était très mal en point, en danger de mort, et le jeune homme devait tout faire pour se rendre le plus vite possible au village où elle vivait. Il n'avait rien dit au roi Conrad, ne voulant pas l'inquiéter, chose qui ne manquerait pas d'arriver si jamais il apprenait que sa fille n'allait pas aussi bien qu'il pouvait le penser.

Quand il aperçut de loin le village qui se profilait à son regard, il sentit son cœur se serrer.

Le message n'indiquait pas grand-chose, seulement qu'il devait se dépêcher s'il ne voulait pas perdre la jeune femme. À aucun moment il n'avait remis en cause la véracité du message, bien trop pris par son inquiétude.

Il arrêta son cheval devant la maison et en descendit, son cœur battant à toute allure.

« Je suis venu aussi vite que j'ai pu ! S'exclama le jeune prince. Qu'y a-t-il ? »

Il se retrouva face à une étrange situation. Les nains semblaient comme désemparés, Jack était perdu dans ses pensées et souvenirs, se disant qu'il aurait dû plus faire confiance à Lilith, comme cela, elle n'aurait pas eu à passer par cette ruse.

(Mais d'un autre côté, si elle ne leur avait pas menti…)

L'Esprit de la forêt était toujours là, et il expliqua la situation à Richard très rapidement, aidé en cela par les nains et Jack, qui avait reprit contenance.

Le prince hocha la tête.

Bien. Maintenant qu'il avait toutes les informations, il savait comment réagir. S'il y avait un combat à mener, ça lui allait, il était un soldat après tout, c'était sa spécialité.

Il allait se battre aux côtés de sa princesse, afin de réussir à détruire la magie d'une méchante sorcière.

Il venait tout juste d'une guerre, cela ne lui faisait pas peur !

§§§§

« Blanche-Neige… je vais te raconter une histoire. Et quand celle-ci sera finie, tu auras à faire un choix. Et j'espère que tu feras le bon.

- De quoi parles-tu ?

- Il était une fois, continua-elle sans prendre en compte cette interruption, une petite elfe enlevée par la reine Christelle, et qui fût détruite par elle. Qui fût séparée de sa famille et de tout ce qu'elle avait jamais aimé.

- Lilith, je suis désolée, mais…

- Elle grandit ensuite, cette petite elfe. Elle devint adulte, au prix de nombreuses souffrances. Elle essaya de rester elle-même, de combattre, de rester forte, mais elle sentait qu'elle sombrait, de plus en plus.

- Pourquoi me racontes-tu ton histoire ?

- Pour te faire comprendre pourquoi je suis ici. Et un jour, une reine cruelle, la même reine que celle qui lui avait fait tant de mal, lui demanda quelque chose. De partir, et de tuer une jeune femme nommée Blanche-Neige.

- Alors tout est vrai, elle t'a réellement envoyée pour me tuer…

- Et l'elfe accepta, immédiatement, sans même une seule hésitation. Parce que la méchante reine lui avait promis quelque chose qu'elle voulait depuis toujours : qu'elle libérerait sa famille et son peuple, quand sa tâche serait accomplie. Sinon, elle les tuerait tous.

- Elle t'a fait du chantage ?

- C'est ce qu'elle fait toujours… Et l'elfe partit, tentant de se faire accepter de ces gens qu'elle comptait déjà trahir, avant même de les avoir rencontrés.

- As-tu jamais été sincère avec nous ? Ou bien tout cela n'a été que mensonges ?

- Je vous ai toujours menti. Dès le début, mais pas complètement non plus. Mais j'étais sincère, oui.

- Est-ce que tu as essayé de me tuer ?

- Oui.

- Quand ?

- Par deux fois. Lors du premier repas. J'ai mis du poison dans ton assiette, mais Poussin est tombé, et après cela, je n'ai plus réussi. Puis la reine m'a manipulée et a tenté de me contrôler, et à nouveau je t'ai empoisonnée.

- C'est quand tu es partie du village que c'est arrivé, pas vrai ?

- Oui. Et j'ai repris le contrôle, et je t'ai administré l'antidote. Plus le temps passait, fit-elle, continuant sa narration, et plus l'elfe se perdait de plus en plus. Elle ne savait plus quoi faire, elle commençait à comprendre que sa vision des choses était erronée. Elle se fit des amis, et elle tomba amoureuse, aussi.

- Tu es en train de me dire que tu n'as pas toujours triché ?

- Non. Bien sûr que non. Je ne suis pas Christelle, je n'ai pas sa fourberie.

- Tu es en train de me dire que tu n'as pas eu le choix, pas vrai ?

- Exact. Depuis que j'ai neuf ans, je n'ai presque plus jamais eu le choix. Je ne te demande pas de me plaindre, Blanche-Neige, mais de me comprendre. Et je veux que tu m'écoutes, aussi.

- Je ne fais que cela. Et je suis désolée de ce qui a pu t'arriver.

- Merci.

- Que veux-tu, en somme ?

- Détruire ta belle-mère. Et je vais avoir besoin de ton aide.

- Moi ? Mais comment ? Je ne suis pas une combattante, je ne l'ai jamais été ! Je n'ai jamais eu besoin de l'être.

- Je t'ai appris à te battre princesse. Et ne t'en fait pas, je me battrais contre la reine. J'aurais besoin que tu fasses autre chose pour moi.

- Quoi donc ?

- Que tu boives ceci. Cela t'enverra dans le monde derrière le miroir, là où réside le pouvoir de la reine. Si jamais tu affaiblis assez ce monde, je pourrais détruire le miroir et tuer la reine. Nous ne pouvons rien faire d'autre que la tuer, ajouta Lilith, sentant qu'elle allait être contredite, nous ne pouvons l'exiler ou l'enfermer, ni la priver de ses pouvoirs. Elle est bien trop puissante. »

Blanche-Neige avait hoché la tête d'un air grave, semblant comprendre qu'elles n'avaient pas d'autre choix.

« Tu ne seras pas seule, je ferais en sorte que Jack et Richard viennent te rejoindre. À vous trois, vous serez en mesure de détruire ce monde. »

A sa grande surprise, Blanche-Neige était venue la serrer dans ses bras.

« Blanche-Neige… que…

- Merci, lui fit la princesse avec émotion. Merci de ne pas être une traîtresse et de ne pas totalement nous avoir manipulés. »

Lilith répondit à l'étreinte avec la même émotion.

« Je comprends pourquoi tu as fait tout cela, et je te remercie de ne pas m'avoir tuée. J'espère que tu parviendras à libérer ta famille.

- La potion que tu dois boire pour entrer dans cet autre monde devrait m'y aider. »

Blanche-Neige la regarda avec surprise.

« Cela te fera passer pour morte. Ainsi, j'aurais la possibilité de retourner au château, et j'irais me battre contre la reine. Pendant ce temps, vous trois, vous vous battrez dans ce monde. »

La princesse hocha la tête avec détermination.

« Ainsi, ajouta-t-elle, ce sera une diversion contre ma belle-mère, le fait que tu ailles la combattre.

- Oui, effectivement.

- J'accepte. »

Lilith eut un sourire.

« Merci princesse. Merci pour ton courage, et merci de me faire confiance, à nouveau, malgré ce que je t'ai fait. »

Blanche-Neige repensait à cette conversation, alors qu'elle était dans le monde derrière le miroir. Elle se sentait soulagée de savoir que son amie ne l'avait pas trahie, en fait, même si elle ne l'avait pas dit, elle l'admirait pour n'avoir pas cédé à la reine, pour avoir réussi à résister si longtemps.

Et d'avoir réussi à ne pas sombrer du côté des ténèbres, et d'avoir fait le choix courageux de désobéir à ce monstre qu'était Christelle, alors qu'elle avait toutes les raisons de ne pas le faire.

Elle marchait en ce moment, dans un endroit ressemblant à une forêt, emplie de brouillard et de brumes, et il lui était difficile de se repérer. La jeune princesse était munie d'une épée, qui lui était apparue dans la main dès son arrivée dans ce monde étrange. Elle n'avait pour l'instant encore croisé personne, aucun ennemi n'était venu lui faire face.

Le monde était sombre et rempli d'ombres, mais la princesse n'avait pas peur.

Les ombres, elle avait commencé à y être confronté quand sa belle-mère avait dévoilé son vraie visage.

Blanche-Neige se désolait de ce qu'elle était devenue, mais elle commençait à comprendre qu'en fait, elle avait probablement toujours été ainsi.

Elle avait perdu sa belle-mère avant même de l'avoir rencontrée, et cela lui faisait mal.

Parce qu'en réalité, ce masque de gentillesse qu'elle avait porté pendant toutes ces années n'avait été qu'un mensonge habilement déguisé, et en cet instant, maintenant qu'elle savait ce que Christelle avait fait à Lilith, la princesse le comprenait réellement.

Christelle ne pourrait pas être sauvée…

§§§§

Jack et Richard entrèrent dans le monde derrière le miroir seulement quelques secondes après l'explication de l'Esprit de la forêt. Ce monde leur était totalement inconnu à eux aussi, mais ils étaient décidés à se battre.

Ce qu'ils devaient faire, c'était trouver Blanche-Neige, et ensemble, ils trouveraient un moyen de détruire ce monde et la méchante reine.

Au bout d'un certain temps, ils parvinrent enfin à la retrouver, et ils sourirent de joie en voyant la jeune femme devant eux.

« Blanche-Neige ! S'exclamèrent-ils tout deux d'une seule voix, d'un seul souffle, sans aucune hésitation.

- Richard ! Jack ! » Répondit-elle avec bonheur, en voyant son ami et son bien-aimés tout deux réunis et face à elle.

Et elle se mit à courir le plus vite possible, allant finalement vers eux et les serrant dans ses bras.

« Je suis tellement heureuse que vous soyez là ! Dit alors la princesse.

- Est-ce que tout va bien Blanche-Neige ? Demanda Richard avec inquiétude. On m'a expliqué la situation, mais et toi, comment vas-tu ?

- Tout va bien Richard, ne t'en fait pas, Lilith ne m'a forcée à rien, elle m'a tout expliqué et elle m'a laissé le choix. Je vais bien, ne t'inquiète pas. »

Un air de soulagement apparut sur le visage de Jack quand il comprit que la jeune femme n'avait pas été prise au piège, et que Lilith n'avait pas mal agi dans cette situation.

Ses sentiments étaient réellement très confus, en fait, il ne savait pas vraiment quoi penser de tout cela, et, alors qu'ils avaient recommencé à marcher, il se perdit peu à peu dans ses pensées, se demandant comment il agirait vis-à-vis de Lilith quand toute cette histoire serait terminée.

Chose dont Blanche-Neige finit par se rendre compte.

« Jack, dis-moi, es-tu… es-tu toujours en colère par rapport à ce que Lilith a fait ? Je veux dire, vu son histoire, je comprends parfaitement qu'elle ait agi ainsi. Je pense même que les choses auraient bien pu être pire.

- Non Blanche-Neige, je ne suis plus autant en colère, et ce, pour une bonne raison… Il y a certaines choses que tu ne sais pas princesse. Regarde moi, tu ne trouves pas que quelque chose a changé chez moi ? »

La jeune femme l'examina sous toutes les coutures quelques secondes, avant que son regard ne s'éclaire.

« Tes oreilles ! Elles sont pointues !

- Elles l'ont toujours été, mais c'est beaucoup plus flagrant désormais. Blanche-Neige, je suis une créature magique, un esprit de la forêt. Mon héritage magique n'avait jamais été éveillé avant, mais c'est le cas désormais. Je me suis souvenu de choses dont j'ignorais l'existence il y encore peu de temps.

- Que veux-tu dire ?

- Pendant mon sommeil, j'ai parfois été dans le monde des rêves, et j'ai parlé avec Lilith. Dans ce monde, notre relation s'est développée, de manière plus profonde. »

Il ne lui donna pas les détails, mais, quand elle comprit ce que cela devait être, la jeune princesse sourit.

« Oh, Jack, je suis tellement heureuse pour toi et Lilith ! C'est merveilleux ! Ainsi donc, tu ne lui en veux plus ?

- Je… je crois que non. Tout ce qu'elle m'a dit dans l'autre monde à propos de ce qu'elle avait fait, et des raisons de ses actes… cela m'a convaincu. Le problème, c'est qu'à chacun de mes réveils, je ne me souvenais plus de rien. »

Blanche-Neige hocha la tête, comprenant que ses deux amis s'étaient enfin trouvés, tout comme elle et Richard, en somme.

« J'espère que vous pourrez vous expliquer quand tout cela sera enfin terminé…

- Moi aussi Blanche-Neige, répondit Jack. »

§§§§

Il y avait des ombres dans ce monde.

C'était cela le grand danger que les trois jeunes gens devaient affronter. Des monstres, des choses sans visage, sans corps. Sans âme. Qui reflétaient parfaitement la magie de la reine Christelle, aussi sombres et mauvaises qu'elle.

Effrayante, aussi.

Et impossibles à tuer, semble-t-il.

En tout cas, personne n'avait essayé avant.

Personne ne se rendait dans le monde derrière le miroir, non pas parce qu'il était impossible d'y rentrer, non.

Personne n'avait voulu y aller avant, en fait, tout ceux qui étaient là étaient d'ordinaire enfermés et incapables de sortir.

(Speck en était un des nombreux exemples.)

Le problème de ce monde, ce n'était pas de réussir à y entrer.

C'était de parvenir à en sortir, qui était compliqué.

Ils frémirent tout trois en voyant les ombres se dresser devant eux, mais ils restèrent droits, calmes, malgré la peur qui grandissait entre eux.

Les ombres étaient là, silencieuses, attendant presque.

Elles ne les attaquèrent pas tout de suite, se contentant de regarder ces trois mortels qui avaient osé pénétré dans leur demeure sans y être invité.

Puis, elle se ruèrent vers eux, et le combat commença.

Les ombres étaient immenses, beaucoup plus que nos trois héros, et elles pouvaient sembler innombrables, bien qu'il n'y en ait que trois. Elles tentèrent de les engloutir, ne s'attendant sûrement pas à tomber face à une solide défense.

Les ombres s'éloignèrent quelque peu alors qu'elles sentaient contre elle la lame aiguisée d'épées.

Elles ne poussèrent aucun cri de souffrance, mais, si elles avaient eu un visage, sans doute auraient-elles eu un regard indigné.

Les trois jeunes gens, enhardis par ce succès, ré-attaquèrent immédiatement, s'unissant dans ce combat, se défendant les uns les autres quand un autre était en danger.

Ils finirent par prendre l'avantage, et les ombres disparurent.

Elles n'étaient pas vaincues, mais affaiblies, et de toute évidence, cela serait largement suffisant pour que Lilith puisse mettre fin aux agissements de Christelle.

« Sois prudente Lilith, pensa Blanche-Neige. »

§§§§

Avant ce combat, dans le monde réel, la conversation entre Lilith et Christelle allait prendre une autre tournure.

Lilith allait parler, et Christelle ne pourrait pas la stopper.

Elle allait lui dire tout ce qu'elle avait sur le cœur, toute sa haine et sa révolte.

L'elfe allait se venger.

D'un geste, elle fit disparaître le corps de Blanche-Neige, la faisant revenir là où était sa place, au village où elle vivait, et où elle serait loin des manigances de Christelle.

« Qu'est-ce que… Hoqueta la reine Christelle de stupeur. Puis, elle se retourna vers Lilith. Toi… murmura-t-elle avec colère. COMMENT OSES-TU !

- Mais j'ose parce que c'est mon droit ma reine ! Ironisa la jeune elfe. J'ose parce que c'est la fin, que bientôt, je ne serais plus votre esclave, que d'ici peu, tout sera terminé, et je serais libre ! Vivante ou morte, peu importe, mais je serais loin de vous ! Enfin !

- Que dis-tu ?

- Je vous hais ma reine. Mais cela, vous le saviez déjà. En revanche, je vais vous apprendre quelque chose. Vous n'êtes pas la plus belle, et vous ne le serez jamais. Vous êtes la femme la plus laide que j'ai jamais rencontré. »

Le visage de Christelle se remplit d'horreur.

« Non c'est faux, tu mens, tu mens ! Je suis la plus belle, je l'ai toujours été, et je le serais toujours ! Quand j'aurais pris possession du corps de Blanche-Neige, alors plus rien ne pourra plus jamais m'atteindre, tu m'entends ! »

Un sourire satisfait et particulièrement méprisant et ironique se figea sur le visage de l'elfe.

« Vous voyez ? Vous ne comprenez toujours pas. Et vous ne comprendrez jamais. Même avec son apparence, cela ne changerait rien ! Vous seriez toujours la même, ce serait votre esprit, votre méchanceté, votre noirceur. Votre laideur ! Celle de votre cœur, et et de votre âme. La beauté ne tient pas qu'à celle du corps Christelle. Vous le sauriez si vous n'aviez pas déjà été détruite par les ténèbres. »

Alors, la reine ne tint plus, et elle la gifla. Et Lilith se mit à sourire.

« Je n'ai plus peur de vous Christelle. Plus jamais je ne vous laisserais me manipuler ou me contrôler. Et plus jamais je ne vous obéirais. »

Et à cet instant, la reine comprit, et son regard se fit encore plus sombre qu'avant.

« Tu ne l'as pas tuée, pas vrai ? C'est cela ? Tu m'as trompée !

- Oui, je vous ai dupée Christelle, et cela n'a pas été sans mal. La princesse vit, et oui, elle est belle, parce que son âme l'est bien plus que la votre. Elle a un cœur pur, et sa grande bonté est ce qui fait d'elle la plus belle personne de ce royaume. Vous avez tord, et vous avez toujours eu tord. »

A cet instant, elle se décida à sortit Mylarka de son fourreau, et elle en menaça la reine.

« Gardes ! Hurla Christelle alors. Gardes ! Venez tout de suite, on m'attaque. »

Elle pouvait bien se défendre elle-même, mais son but était de faire enfermer Lilith et de se faire passer pour une victime.

Un soldat entra très rapidement dans la chambre. C'était celui que Lilith avait vu quand elle était revenue au château, avant que la reine ne l'empoisonne.

Celui à qui elle avait essayé de parler, et elle se dit qu'elle devait réessayer.

« Je vais me battre contre elle. Je vais la tuer. Je vais la détruire. Voulez-vous enfin être débarrassé de votre tyran ? Alors n'appelez pas les autres gardes, je vous en pris. »

Il se figea, ne sachant pas trop quoi faire.

Les choses ne sont pas toujours ce qu'elles semblent être.

La reine était un monstre, qui voulait voir sa belle-fille morte. Cela, le garde le savait, comme presque tout le monde au château.

Si elle échouait, les choses tourneraient mal pour lui, et il le savait.

Mais l'espoir était désormais en lui, et il se décida que, pour une fois, ne rien faire pourrait être la bonne chose à faire, contrairement à d'habitude.

Pour une fois, il ne ferait rien, et peut-être qu'alors, ils n'auraient plus de reine cruelle pour les gouverner.

Il hocha la tête, et referma la porte.

Lilith sourit et soupira de soulagement.

Leur sort était scellé.

§§§§

La reine ne se démonta pas, et se saisit elle aussi d'une épée qui était à portée de sa main, et elle se mit en garde.

Lilith souriait toujours. La reine savait bien sûr se battre, tout comme Lilith, et le combat promettait d'être intéressant et long. L'elfe eut une rapide pensée pour ceux qu'elle avait envoyés dans l'autre monde, espérant qu'ils s'en sortiraient, alors qu'elle-même était prête à mourir contre la reine.

Mourir en la tuant et en détruisant son œuvre, ce serait une belle mort.

Pendant toutes ses années où elle n'avait pas pratiqué la magie, l'elfe avait malgré tout appris certaines chose en théorie, c'était pour cela qu'elle en savait autant sur la magie des miroirs, c'est pour cela qu'elle avait su les envoyer là-bas.

Les connaissances de Mylarka aussi l'avaient aidée.

Et maintenant, le sort du royaume était entre leurs mains à tout les quatre. Il ne fallait pas qu'ils échouent, à aucun prétexte.

Le combat débuta alors pour elle, alors même que les trois autres eux aussi commençaient leur lutte contre les ombres. Si Christelle se rendit compte de quoi que ce soit par rapport à cela, elle n'en fit rien paraître, ou du moins, elle ne sembla pas réaliser qu'on l'attaquait sur deux fronts.

Ce fut long et rude, la reine tout comme Lilith ne semblaient pas vouloir utiliser leur magie. Lilith n'avait pas l'intention de tricher (et sans doute considérait-elle que sa magie n'était pas assez puissante pour cela), quant à Christelle, elle avait peur que sa magie n'accélère encore plus ce processus de vieillissement inéluctable qui avait commencé quand elle avait pratiqué la magie noire.

Le combat était dans l'ensemble assez égal, les deux femmes étant d'une puissance assez semblable, même si, grâce à sa jeunesse et ses nombreux entraînements, Lilith avait un peu plus de compétences dans ce domaine.

Et cela, Christelle commençait à s'en rendre compte.

L'elfe était en train de gagner.

Tout à coup, alors que les ombres du monde derrière le miroir s'évanouissaient, la reine se raidit. Chose que vit Lilith, et qui la déconcentra quelques secondes.

La reine en profita pour enfoncer son épée dans le flanc de l'elfe, qui ne put parer cette fois-là, et qui grimaça sous le coup de la douleur.

Elle tenta de rester droite, sentant que quelque chose n'allait pas dans cette blessure. Sa respiration s'accéléra, et elle tenta de reprendre le combat.

« Fais-le, lui lança Mylarka. Fais ce que nous avons convenu.

- Tu es sure ?

- Oui. Il est temps. La reine est affaibli. Cela suffira. »

Et, rassemblant les dernières forces qui lui restaient, s'éloignant de la reine, elle empoigna l'épée et la balança le plus fort possible dans le miroir juste en face d'elle.

La collusion fut terrible, et la reine hurla en comprenant ce qu'il se passait.

Le miroir explosa.