Note : Coucou tout le monde ! Comme d'habitude, j'espère que ça va ! Je galère un peu à corriger en ce moment parce que je vois la fin arriver, c'est terrible, ça me motive pas du tout. Je suis à deux doigts de rajouter cinquante chapitres de désespoir. Bref, des bisous !
CHAPITRE 9A
Contrairement à la croyance populaire, Tony avait un instinct de survie. Il choisissait simplement de l'ignorer dans la plupart des situations. Toujours était-il qu'il avait pris le temps de la réflexion et conclu que se ramener sur une planète extraterrestre pour voler la clef de l'immortalité à des dieux à force surhumaine pour séduire leur prince maniaque, adopté, chaotique et supposé mort, ne se faisait pas sans un peu de préparation. Il avait donc renoncé à foncer sans réfléchir sur le putain de pommier et décidé d'adopter une approche plus diplomatique.
Loki lui avait parlé d'un certain Heimdall et de ce que Tony en avait compris, le gars pouvoir voir à peu près tout ce qu'il se passait au sein des Neuf Royaumes. Il espérait vraiment qu'il n'avait pas jeté un œil du côté des elfes et vu Tony flanquer la raclée de sa vie à leur souverain, parce que le gars risquerait alors d'ordonner qu'on le tue à la seconde même où il poserait le pied sur leur planète raciste et… plate, apparemment ? Tony se pencha pour mieux apercevoir la chose et ouais, c'était définitivement très plat. Des rivières tombaient dans l'espace. Comment c'était possible alors que les capteurs de son vaisseau ne décelaient pas la moindre trace de gravité, Tony n'en avait aucune putain d'idée. Putain d'extraterrestres et leurs putains de lois physiques de merde. Il était convaincu que tout cela faisait partie d'une gigantesque machination cosmique destinée à le rendre fou.
Il aurait certainement pu se choisir une petite clairière tranquille où poser le vaisseau, mais, après tout, il n'avait encore rien à se reprocher. Pour l'instant. Tony décida donc que l'espèce de pont LGBT ferait parfaitement l'affaire, d'autant qu'il était du meilleur goût dans ces circonstances précises.
Il n'était pas encore sorti qu'il apercevait déjà des gardes entourer le vaisseau, l'air perturbés de son atterrissage. Tony détacha sa ceinture et éteignit le moteur avec un soupir dramatique, bien qu'il n'ait pas d'autre public que lui-même. Et dire qu'il n'était toujours pas arrivé à la fin de cette histoire de moteur à distorsion. Loki allait l'entendre lorsqu'il lui remettrait la main dessus. Il décida d'enfiler l'armure, juste au cas où l'un des gardes se serait levé du pied gauche, et descendit, visière ouverte et sourire fermement en place.
« Salut les gars, je viens en paix ou quelque chose comme ça, déclara-t-il, paumes ouvertes.
- Je vous ai vu arriver, dit un homme en les rejoignant. Il était imposant, la voix grave et les yeux remplis d'or. Tony sut immédiatement qu'il s'agissait du fameux Heimdall.
- Vous devriez m'expliquer comment ça marche votre, euh, truc là, amorça Tony en pointant ses yeux bizarrement dorés.
Le gars le mettait un peu mal à l'aise. Il ne pouvait pas s'empêcher de se demander s'il avait déjà jeté un œil à sa vie d'avant, cette vie pleine de mauvaises décisions et d'égoïsme, et plus important encore, s'il savait quelque chose à propos de la relation qu'il entretenait avec Loki. L'expression neutre que le gardien semblait porter en permanence ne le rassurait pas du tout.
- Puis-je m'enquérir des raisons de votre visite, Tony Stark de Midgard ? l'interrogea-t-il.
- Tourisme ? couina Tony. J'ai un super vaisseau, il fallait bien que je l'utilise. Aussi, je me suis dit que Thor serait dans le coin… On est copains comme cochons, lui et moi.
Ni Heimdall, ni le reste des gardes n'étaient convaincus par son explication. Tony savait qu'ils l'auraient envoyé chier sans autre forme de cérémonie s'il n'avait pas été, effectivement, le frère d'armes de leur oh si cher prince. Il eut une brève pensée reconnaissante pour Thor.
- Il a été prévenu de votre atterrissage, l'informa Heimdall. Vous avez ordre de rester ici jusqu'à ce qu'il arrive.
- Vous lui avez envoyé un pigeon ? »
Tony aperçut un tremblement nerveux entre les sourcils du gars, ce qu'il ajouta à la liste de ses victoires personnelles. Il ne savait pas combien de temps Thor mettrait à les rejoindre, mais il comptait bien en profiter pour enrager cette espèce de voyeur au maximum. Oui, il était légèrement sur les nerfs en ce moment et il avait besoin d'évacuer. Emmerder le monde était un moyen comme un autre d'y parvenir. Peut-être pas des plus sains, mais à ce stade, il n'allait pas faire la fine bouche.
« Okay, vous gardez votre secret là-dessus, vous savez, je suis américain, très attaché à la liberté des autres, tout ça. Et il vient d'où tout cet euh, cet or ? Parce que ça fait vraiment beaucoup, continua-t-il en gesticulant en direction de l'immense ville qu'il pouvait apercevoir.
- Vous ne me posez pas de question sur la provenance de nos matériaux et je ne vous pose pas de question sur celle de votre vaisseau, qu'en pensez-vous Tony Stark ? lui répondit le gardien qui ne goûtait pas à son bavardage.
- Je l'ai trouvé dans un kinder surprise, répondit Tony bien décidé à ne pas se laisser intimider. Non, parce que vous en avez même sur les armures et honnêtement, à quoi ça vous sert ? Il va être bousillé. C'est du gâchis, si vous me demandez.
- Je ne vous ai rien demandé, lui fit remarquer Heimdall. Tony scruta avec attention son visage à la recherche d'un autre signe d'énervement.
- C'est parce que vous êtes timide, c'est ça ? Je comprends, on a pas tous les jours l'occasion de rencontrer une célébrité comme moi. Vous voulez un autographe ? Je peux même signer votre armure pleine d'or d'origine suspecte. »
Tony fut interrompu dans sa session de questions-réponses sans réponse par l'arrivée de Thor, la seule personne qui avait l'air heureuse de le trouver là. Tony bénit mentalement sa crédulité et sa nature enthousiaste et il ne se plaignit même pas lorsqu'il lui passa un bras familier autour des épaules et que le métal de son armure grinça. Il lui ferait rembourser ça une autre fois.
« Homme de fer ! Je suis heureux de vous trouver chez nous, le salua Thor avec son entrain habituel. Comment allez-vous depuis la dernière fois où j'ai eu le plaisir de vous voir ?
Tony avait rencontré son oncle, l'avait combattu puis menacé, avait filé la parfaite idylle avec son frère mort sur une planète extraterrestre, entendu deux ou trois trucs sur un certain Svadilfari qui, apparemment, avait une énorme bite et s'était fait briser le cœur par ledit frère comme le parfait idiot qu'il était. Oh, et il avait aussi appris qu'Odin était un connard raciste qui méritait le titre du pire père, loin devant Howard ce qui n'était pas peu dire. Et que Loki était le plus gros des enfoirés, qu'il était très bleu et très froid, et que le rouge lui allait bien.
- Tu me connais mon grand, je suis toujours au top, mentit tranquillement Tony. Je me suis dit que j'allais passer voir comment toi, tu allais, vu que c'était pas la grande forme la dernière fois.
- C'est une bien délicate attention mon ami, sourit Thor. Venez, je vais vous faire visiter Asgard, je suis sûr que vous trouverez notre technologie à votre goût.
Heimdall prit un air pincé qui amusa Tony plus que raison. Ça lui apprendrait à jouer au voyeur. Est-ce qu'il l'avait déjà vu aux toilettes ? C'était tordu, toute cette histoire.
- Mon Prince, je dois vous rappeler que les mortels ne sont pas autorisés à Asgard, articula-t-il lentement. Surtout que celui-ci porte des armes sur lui.
Tony se retint de lui rétorquer que la partie mortel ne serait plus un problème à la seconde où il aurait mis la main sur ce putain de pommier. Oh, et que c'était raciste. Il le pensa juste très fort en espérant que le gars pouvait aussi lire dans son esprit. Vous êtes des gros racistes de merde.
- Ce ne sera pas long, promit Thor avec un sourire si large qu'il fendait son visage en deux. Mais je pense que mon ami a raison, vous devriez ôter cette armure, homme de fer. Elle pourrait transmettre un message agressif et nous ne voudrions pas de cela entre nos peuples. »
Tony dut admettre qu'il n'avait aucun argument officiel qui lui permettrait de garder l'armure sur lui, aussi fut-il forcé de la laisser au vaisseau. Il se sentait un peu vulnérable à se balader sans elle parce que n'importe quel habitant du coin pouvait l'envoyer voler d'une pichenette si l'envie lui en prenait. Thor, indifférent à ses problèmes, marchait à grands pas à côté de lui et Tony devait trottiner pour suivre son rythme. Putain de dieu à grandes jambes.
« Nous sommes sur le Bifröst, lui expliquait celui-ci en désignant le pont LGBT. Il s'agit d'un passage entre les Neuf Royaumes, bien plus efficace que la méthode traditionnelle qui consiste à employer des vaisseaux.
- Pratique, commenta Tony, bien qu'il fût déjà au courant de ces détails. Il agresse mes rétines délicates, mais pratique. Tu m'as pas dit si ça allait mieux, au fait. Pas que j'ai vraiment envie de t'entendre pleurer sur mon épaule, mais j'essaie de devenir une meilleure personne. Les sentiments des autres, tout ça… On m'a dit que j'étais égocentrique.
- Vous l'êtes sans aucun doute, acquiesça Thor. Je ne vous ai rien dit parce qu'il y a peu à dire sur le sujet, mon ami. Ma mère et Loki me manquent, certains jours plus que d'autres.
- Désolé, grogna Tony, toujours un peu embarrassé de le laisser croire que son précieux petit frère était six pieds sous terre.
- Vous n'avez pas à vous excuser, le contredit gentiment Thor. À vrai dire, vous êtes le seul à vous y intéresser, c'est un changement rafraîchissant. »
Tony essaya très fort de ne pas se sentir coupable à l'idée de ce qu'il s'apprêtait à faire. C'était de la faute de Loki, tout ça, merde ! Si le dieu avait appris à communiquer comme un adulte responsable, il ne serait pas là à essayer de s'intéresser aux sentiments de Thor et à l'architecture dorée d'Asgard ! Et non, il n'était pas en train d'essayer de trouver des excuses bancales pour apaiser sa conscience ! Merde à la fin.
Thor lui fit traverser la ville en commentant tout ce qui bougeait. Tony avait envie de le frapper, parce qu'il avait des problèmes d'objectivité et qu'il semblait convaincu qu'Asgard était la meilleure planète de la création. Okay, il était mauvaise langue, et certains trucs étaient vraiment cools, mais il avait comme l'intuition qu'une bonne partie desdits trucs avait été empruntée à d'autres peuples. Juste une intuition, hein.
« C'est la taverne où j'ai mes habitudes, lui indiqua Thor en pointant un bâtiment large et bien entretenu. Mes amis et moi-même nous y rendons encore souvent, mais dans ma jeunesse, ah, j'y passais des journées entières. Je vous faisais bien concurrence !
Il appuya ses propos d'une tape enthousiaste dans le dos de Tony qui manqua d'en recracher ses poumons.
- Je te crois pas. Personne ne me fait concurrence, râla-t-il plus pour la forme qu'autre chose. Si tu savais le nombre de comas éthyliques que j'ai fait… Non, remarque, je sais pas non plus. Enfin, c'est beaucoup.
- Nous pourrons organiser un petit concours amical plus tard, lui répondit Thor, une once de compétitivité dans le regard. Oh, et voici le palais ! »
Tony n'était pas sûr de pouvoir apprécier à sa juste valeur l'architecture futuriste, pleine de cylindres et très dorée des Asgardiens, aussi s'abstint-il de commenter. Thor semblait de toutes façons très heureux d'entretenir la conversation tout seul. Il lui montra le grand hall avec enthousiasme, jeta un œil précautionneux à la salle du trône avant de déclarer qu'ils pouvaient y entrer. Il insista pour lui faire faire le tour de la pièce alors que bon, il y avait surtout des colonnes et des décorations stupides, puis l'entraîna dans ses propres quartiers.
L'endroit était énorme, bien plus grand que ce dont Loki et lui-même avait disposé à Alfheim. Tony devait admettre qu'il était impressionné et peut-être aussi un peu jaloux. Lui-même était plein aux as, mais il n'avait jamais possédé de suite pareille. Il prit note de remédier à cela dès son retour sur Terre.
À côté des appartements de Thor se trouvait une autre suite et Tony n'eut aucun mal à deviner à qui elle appartenait. Au milieu de tout cet or, les portes en bois massif et sombre ressortaient comme deux énormes tâches. Thor s'arrêta deux secondes de trop, le regard perdu dans le vague et Tony ne put s'empêcher de l'imiter. Il se demanda distraitement à quoi ressemblait l'endroit où avait grandi son amant, s'il y avait des livres partout, une garde-robe démesurée et de quelle couleur étaient les draps. Ce qu'il avait bien pu faire dans cet espace et avec qui. Tony se sentait terriblement attiré par ces portes. Il aurait voulu les secouer pour qu'elles lui parlent et racontent leurs petits secrets.
Thor s'éclaircit la gorge à côté de lui.
« Désolé, ce sont les quartiers de Loki. Il est mort depuis des mois, bien sûr, mais je ne peux pas m'empêcher de me souvenir de… Enfin, ça fait toujours quelque chose, expliqua-t-il un, peu pitoyablement.
- C'est bon, le rassura Tony en tapotant un biceps qui se trouvait à sa portée. Tu sais, j'ai refusé de revenir dans la maison mes parents après leur mort. T'as déjà bien plus de couilles que moi, mon gros.
Thor lui jeta un regard reconnaissant qui ne fit qu'augmenter son sentiment de culpabilité.
- Vous savez, je passe devant, mais je n'ose pas y retourner non plus. Une part de moi a toujours du mal à accepter que Loki soit mort. Cela peut vous paraître étrange, mais comme nous n'avons pas organisé de funérailles pour lui, j'ai l'impression qu'entrer dans cette pièce serait le tuer pour de bon.
- Un peu comme la boîte de Pandore quoi, commenta Tony. Et en voyant l'expression perdue de Thor, il ajouta. C'est une métaphore. En gros, si tu l'ouvres, il t'arrivera de la merde. Tu verras que y'a plus personne dans la chambre, et tu seras forcé de… Tu sais, accepter la réalité.
- Cela me paraît une description adéquate, admit Thor en penchant la tête. Enfin, assez parlé de choses aussi peu réjouissantes. Venez, je vais vous faire visiter le terrain d'entraînement. »
Oh joie, songea Tony. Il n'avait plus qu'une envie, que tout cela se termine, et vite. Entre les montagnes d'or, la culpabilité et la nervosité qui commençait à l'envahir, il se sentait sur le point de s'évanouir. C'était de la faute de cet enfoiré de Loki.
« Tu penses que je peux rester là, cette nuit ? demanda-t-il à Thor en faisant mine d'admirer deux brutes luisantes qui se mettaient sur la gueule.
- Je ne sais pas, ami Stark. Heimdall avait raison lorsqu'il vous a dit que les mortels n'étaient pas admis à Asgard.
Tony avait l'étrange impression d'avoir à nouveau dix ans et d'essayer d'organiser une soirée pyjama. Mais il préférerait agir à la faveur de la nuit. Il se voyait mal dérober la pomme qu'il convoitait à la vue de tous et comptait sur l'obscurité pour rendre l'opération plus facile.
- T'es sûr ? Promis, je ferai rien exploser, insista-t-il.
- Il me faudra demander à mon père, mais je doute qu'il nous en donne l'autorisation. Je suis désolé, je sais que votre voyage jusqu'ici a été fatigant, mais les lois d'Asgard doivent être respectées. Je ne peux pas me permettre de demander une exception. Loki disait souvent que la loi était la même pour tous… et qu'elle était faite pour être contournée, évidemment. »
Tony sentit un petit sourire monter à ses lèvres malgré lui. Loki. Cela lui ressemblait bien. Mais ça ne l'aidait pas beaucoup dans ses plans.
« Oh, et ce sont les jardins de la reine. Ma mère s'en occupait personnellement lorsqu'elle était encore en vie. Elle passait un temps fou parmi ces plantes et répétait à qui voulait bien l'entendre que ça la changeait de la politique. Loki aussi aimait beaucoup s'y rendre, c'était un peu leur endroit à eux. Aujourd'hui, c'est devenu un lieu de promenade, beaucoup de nobles y viennent en famille. Mais vous n'êtes pas un homme à vous intéresser à la botanique, ajouta-t-il avec un rire.
- Oh si, s'empressa de le contredire Tony. J'adore la botanique. Les fleurs, tout ça. Un vrai romantique dans l'âme. Un bouquet de roses et je suis le plus heureux des hommes.
- Vraiment ? demanda Thor, une trace de surprise dans la voix. En ce cas, nous devrions absolument y aller, suivez-moi, Stark. »
Thor n'avait pas l'air très emballé par les différentes variétés qui les entouraient. Tony ne pouvait pas l'en blâmer, même si les lieux étaient magnifiques et entretenus avec soin et amour, ce n'était jamais que des buissons et des tiges. Il se força tout de même à s'arrêter régulièrement et à poser des questions, histoire de donner le change, mais il ne pouvait s'empêcher de scanner les environs à la recherche du putain de pommier. S'il y avait bien un endroit dans ce putain de palais doré où il parviendrait à le trouver, c'était bien ici. Il devait être ici.
Les jardins étaient beaucoup plus vastes que Tony ne l'avait anticipé. Louis XIV en aurait été jaloux. Et c'était un véritable dédale. Heureusement pour lui, Thor connaissait bien les lieux, parce qu'il se serait perdu en moins de deux. Au bout d'un certain temps, tout finissait par se ressembler et il aurait été bien incapable de dire s'ils avaient oui, ou non, déjà telle ou telle allée.
Thor était en train de lui expliquer que certaines zones avaient été enchantées par Frigga elle-même pour correspondre aux climats de leurs planètes d'origines, lorsque Tony aperçut un éclair doré du coin de l'œil. Il garda son expression sous contrôle en examinant la chose de plus près. D'où ils étaient, il ne voyait qu'un feuillage, haut et dissimulé par d'autres plantes qui semblaient former un cercle autour de lui. Cela devait être une petite place, décida-t-il en altérant le plus naturellement possible la direction de leur petite promenade. Thor le suivait en babillant.
Il faisait beau, avec juste ce qu'il fallait de soleil qui tombait sur la peau de Tony pour la réchauffer agréablement. Autour d'eux, les senteurs du jardin lui montaient aux narines et les allées étaient paisibles. Mais Tony ne voyait plus que cet arbre massif qui se tenait au milieu d'une place aux pavés blancs, son tronc noueux et impressionnant, son feuillage aussi vert que les yeux de Loki, et, par-dessus tout, ses pommes d'or, si lourdes que les branches semblaient ployer sous leurs poids. Malgré tous les efforts qu'il déployait encore à paraître ingénu, Tony ne parvint pas à détourner ses yeux du tableau qui s'offrait à lui.
Elle était là, toute proche, cette possibilité de récupérer Loki et leur futur ensemble. De récupérer un futur plein de réveils doux, de baisers, de disputes, d'explorations de terres inconnues et de moments tendres.
Tony avait prévu de faire du repérage et de retourner sur place plus tard. Il avait prévu d'agir si discrètement que ni Thor ni personne d'autre n'en saurait jamais rien. Il s'épargnerait ainsi bien des problèmes, et un peut-être même un peu de chagrin. Mais Tony ne pensait plus, il ne voyait que le pommier et ses pommes, et cette pomme, en particulier, juste devant lui, qui tombait juste à sa hauteur. Elle n'attendait que lui pour la cueillir, ronde comme la paume de sa main, créée pour lui, Tony Stark, et pour Loki.
Il entendit Thor s'alarmer, mais son esprit était déjà trop loin pour que ses mots exacts lui parviennent. La pomme se détacha presque d'elle-même et elle se coula dans sa main exactement comme il l'avait imaginé. Et comme il l'avait imaginé, elle pesait lourd et elle était fraîche. C'était la même fraîcheur que la peau de Loki. Tony vit son reflet sur la peau du fruit et, en une fraction de seconde, il considéra tout ce qui l'avait amené à ce moment précis.
Thor piailla quelque chose, Tony leva le nez pour voir quatre gardes débarquer. Avec la conviction qu'il était en train de faire une énorme connerie, il mordit dans le fruit à pleines dents. C'était tendre et sucré.
« Pourquoi avoir fait cela, ami Stark ?
Tony leva le nez du sol blanc de la cellule. Elle n'était pas aussi confortable que celle des elfes et pas aussi glauque que celle des pirates. Il contempla le visage grave de son ami, ou ancien ami, qui le scrutait à travers la vitre qui les séparait.
- J'aimerais pouvoir te le dire, Thor, j'aimerais vraiment, lui répondit-il avec le plus de sincérité possible parce que Thor méritait au moins ça.
- Vous devez avoir une explication, n'importe laquelle, insista le dieu. Vous avez combattu à mes côtés lors de l'invasion de mon frère sur Midgard, nous n'oublierons pas cela. Mais vous devez nous donner une raison.
Tony soupira. Il pouvait mentir. Lui dire qu'il voulait aider sa propre planète pour les siècles à venir et lui donner toutes les technologies possibles afin qu'elle puisse résister au monde extraterrestre qui l'entourait. Ou il pouvait juste lui raconter qu'il n'était qu'un idiot égocentrique avide de pouvoir, pourquoi pas après tout ? Mais il n'y parvenait pas. Il n'avait pas la force d'ajouter un mensonge de plus.
- Je suis désolé, soupira-t-il à la place.
Le visage de Thor s'effondra un peu plus, Tony retint un soupir navré. Il était désolé, il l'était vraiment. Mais il n'y avait pas de limites aux choses qu'il était prêt à faire pour Loki. Il le savait et, quelque part, il l'avait toujours su. Il avait été foutu dès la première fois où avait ri à l'une de ses blagues cyniques, dès la première fois où ils s'étaient embrassés et toutes les fois où Loki lui avait souri de cette manière si tendre et…
- Est-ce que vous le saviez ? l'interrompit Thor. Que vous voliez le bien le plus précieux d'Asgard en goûtant à cette pomme ?
Tony se contenta d'un mouvement de tête affirmatif. Thor marchait à présent devant sa cellule, à grands pas frustrés.
- Je témoignerai en votre faveur, mais vous devez comprendre que cela ne suffira pas ! Vous encourrez la peine de mort, est-ce que vous le savez, au moins ?!
- Je sais mon grand, je sais, soupira Tony. Encore une fois, je suis désolé, répéta-t-il. J'avais prévu de le faire quand tout le monde dormirait.
Thor poussa un grognement rageur.
- C'est encore pire ! »
Tony ne savait plus quoi lui dire. Il se sentait apathique et vide, mais au moins, le sentiment de culpabilité l'avait quitté. Il s'était un peu attendu à recevoir des super pouvoirs bizarres, mais la pomme n'avait pas encore fait effet sur son organisme. Il était juste très fatigué.
Le procès fut une vaste blague. Non pas que Tony s'attendait vraiment à voir avocats, juges et témoins débarquer pour sa petite personne, mais la salle du trône était carrément vide, exception faite d'Odin, de quelques gardes, de Thor et de lui-même.
Tony resta muet lorsqu'Odin rendit son verdict. Il était occupé à regarder son visage vieux, parcheminé et débile, le visage d'un homme avec lequel on ne pouvait plus raisonner. Oh, il avait su cela avant même d'entrer dans la salle, mais à présent, il en était sûr. Ses arguments n'auraient rien changé à la décision du souverain d'Asgard, il n'entendait plus les autres depuis longtemps.
Lorsqu'on le saisit pour le ramener au fond de sa cellule, Tony ne put détacher son regard du fossile en face de lui, incapable de maîtriser le mépris qui envahissait son visage. Il espérait qu'Odin le voie et qu'il sache, qu'il comprenne, même s'il ne saurait jamais pourquoi, que Tony le haïssait profondément. Il aurait pu le tuer.
Il passa une nuit blanche dans sa cellule, occupé à fixer le plafond blanc et impeccable qui lui rappelait la prison des elfes et qui lui rappelait Loki. Mais Loki n'était pas avec lui. Ce fut au cours de cette nuit que Tony en vint à la conclusion qu'il était effectivement un putain d'idiot. De tous les gens du monde, il avait fallu qu'il développe des sentiments pour cet enfoiré de Loki, et alors même et qu'il avait su que tout cela ne pourrait que mal finir, il s'était entêté à poursuivre une chimère de futur.
Il avait oublié de quoi Loki était capable. Il avait oublié New York, alors qu'il y avait été en première ligne. Évidemment que si Loki pouvait envahir des putains de planètes, il n'aurait aucun problème à briser son petit cœur d'humain. À quoi avait-il rêvé, exactement ? À guérir tous les problèmes du dieu grâce au pouvoir de l'amour ? L'idée était si idiote que, pour un peu, il en aurait ri.
Tony aurait aimé pouvoir penser qu'il aurait mieux fait de le laisser crever sur son tapis. Mais même alors qu'il se trouvait enfermé et sur le point de crever, il ne parvenait pas à regretter de l'avoir sauvé. D'ailleurs, il ne regrettait pas un seul de leurs moments, pas même cette fois où il avait craqué et tout déballé au dieu. Je suis désolé, lui avait murmuré Loki, juste avant de disparaître. Mais Tony ne l'était pas. Pas une seule seconde.
Ouais, il se sentait idiot et ouais, il avait fait une énorme connerie en mangeant cette stupide pomme dorée. Mais non, Tony n'était pas désolé. Et peut-être même que si c'était à refaire, il ne changerait rien.
