Plusieurs choses, avant de vous laisser lire le chapitre !
J'oublie toujours de le dire, mais bienvenue aux nouveaux followers (qui ne sont plus si nouveaux pour certains, depuis le temps), et merci pour vos reviews, elles me font chaud au cœur !
Et je me rends maintenant compte que la fin du dernier chapitre n'était pas claire (je l'ai pourtant relu presque une dizaine de foix…). La narratrice s'appelle Gillian, et notre rouquin, Kahan. J'ai ajouté une petite ligne au moment de leur présentation pour qu'il n'y ait plus de méprise.
J'avais prévu de couper ce chapitre, car il est bien deux fois plus long que les autres. Cela dit, l'idée me gênait quelque peu car je le vois comme un tout. Finalement, le problème est réglé : comme je déménage entre temps et que je ne vais pas pouvoir publier la semaine prochaine, j'ai finalement recollé les deux bouts de chapitre pour vous le donner d'un bloc, histoire de compenser.
Et aussi, j'ai convenu avec moi-même de rehausser le rating de la fanfiction par prévention, car j'ai tendance à avoir une sensibilité personnelle moindre pour tout ce qui est le langage ou la violence, et donc pas toujours correcte. Et puis je me dis que cela concorde mieux avec l'idée globale que j'ai de cette fiction et de l'évolution que je lui prévois.
Enfin, il y a plusieurs choses qui se passent et qui sont dites dans ce chapitre. Les choses s'enchaînent un peu rapidement. J'ai fait de mon mieux pour que le tout soit le plus clair possible, mais si certains points vous paraissent obscurs, n'hésitez pas à me le dire.
One Piece ne m'appartient pas, excepté mes OC.
Chapitre 5 : Fuir Loguetown !
ou comme disait Murphy, « Si tout semble aller bien, c'est que vous ne savez vraiment pas ce qui vous attend. »
« Bouge-toi Gigi, on n'a pas de temps à perdre, faut se tirer de là ! »
Gigi. J'ai horreur qu'on me donne ce surnom ridicule. D'habitude je prends bien le temps de le faire comprendre aux gens, mais là je dois avouer que c'est pas trop le moment de se chamailler pour ça. Alors que nous remontons en courant le long couloir désert ainsi qu'une série d'escaliers, je tente de faire ralentir Kahan pour qu'il m'écoute.
« Attends ! Avant qu'on parte d'ici, je dois à tout prix récupérer mes affaires ! Il doit y avoir un coffre ou quelque chose tout près où ils doivent stocker les affaires des détenus, non ?
- T'es sérieuse là ? Oublie ton sac à main, ta palette de maquillage ou je ne sais quoi. Je suis même prêt à t'en racheter si on arrive à sortir de là, pourvu que tu te magnes et que tu ne me fasses pas regretter de t'avoir délivré !
- Mais, crétin, je suis pas superficielle à ce point, si je te le demande c'est parce que c'est extrêmement important ! Et puis, tu dois bien vouloir récupérer tes armes ou quelques babioles non ? Tes berrys aussi, si t'en avais ? Ce sera pas du luxe d'avoir un peu d'argent si on est en cavale.
- Bon d'accord, tu marques un point… Ce sera pas du luxe non plus, comme tu dis, d'avoir des armes pour se défendre quand on tombera sur des marines. On fait ça, et on s'arrache en vitesse. »
Nous arrivons finalement devant une porte après avoir continué notre route. Pour avoir déjà fait le chemin jusque-là, je sais que derrière celle-ci se trouve le poste de garde des cellules situées plus bas. Je pense qu'on trouvera ce qu'on cherche ici, du moins je l'espère. Peut-être pas pour mon artéfact en fait… Smoker l'avait sur lui, et aucun moyen de savoir ce qu'il en a fait par la suite. Mais maintenant que j'y réfléchis, vu la nature de cet objet, je me mets à douter qu'il le garde au même endroit que mes autres affaires… Enfin ça ne sert à rien d'y penser maintenant, il faut d'abord qu'on entre dans cette salle en empêchant le garde de donner l'alerte. Kahan me fait signe de rester derrière lui. Il doit avoir un plan en tête. Enfin j'espère, et quand je dis « plan », ça veut dire autre chose que de défoncer la porte d'un coup et profiter du relatif effet de surprise pour maîtriser la personne derrière… Un peu comme ce que le rouquin vient justement de faire. Le pauvre homme a à peine le temps de se lever de sa chaise que Kahan est déjà en train de lui foncer dessus, et le renvoie se rasseoir d'une violente droite. La chaise et le marin partent tous deux en arrière, puis plus rien. Hé bah ! Il doit avoir une sacrée force, plus qu'il n'y paraît ! Je le vois alors se pencher vers sa victime pour lui faire les poches, le délestant de son sabre et de son pistolet par la même occasion.
« Tiens, attrape ! J'espère que tu sais viser. »
Puis il me balance le pistolet que je rattrape de peu, ne sachant qu'en faire. Je n'ai jamais tiré de ma vie, et je ne sais même pas comment fonctionne ce genre de flingue d'un autre âge. Encore si c'était un automatique comme ceux de mon monde, je dis pas, c'est tellement banal de voir des gens s'en servir à la télé dans des séries et j'en passe. Enfin bref. Je verrai ça le moment venu, en croisant les doigts pour ne pas avoir à m'en servir si ce n'est pour faire dans l'intimidation et rien d'autre. Je le garde en main, le canon baissé, reportant alors mon attention sur Kahan.
Celui-ci a dû dégoter des clefs sur le garde car je le vois encore avec un trousseau différent à la main. Et il a trouvé un coffre ! Espérons que ce soit bien ce que je crois. Il l'ouvre et en sort un holster et un flingue qu'il fixe à sa ceinture, puis me lance encore quelque chose. Un poignard, qui doit faire un peu moins de vingt centimètres en tout. Sans le moindre étui. Du coup, je m'empresse de dégager de sa trajectoire plutôt que de tenter de l'attraper, puis le ramasse une fois qu'il est tombé au sol pour le glisse à ma ceinture.
« Celui-là est à moi, le perd pas. Tu me le rendras quand on sera tiré d'affaire. Et ça, je suppose que c'est ton sac ? »
Il sort du coffre un sac à main en cuir bordeaux, avec une grande sangle pour le porter en bandoulière ou simplement relâcher sur l'épaule. Ma veste en cuir est même toujours dessus, je l'avais complètement oublié celle-là ! J'acquiesce en le voyant, Kahan referme alors le coffre et m'apporte mon sac, que j'ouvre aussitôt après avoir enfilé ma veste pour voir ce qu'il reste dedans. Tout est présent à priori, même mon téléphone. Tous, sauf la pierre… Mon air déçu n'échappe pas à Kahan.
« Qu'est-ce qu'il y a ? Il te manque quelque chose ?
- Oui… Quelque chose de très important. Je ne peux pas partir d'ici sans. »
Il secoue la tête et pousse un soupir exaspéré.
« Pour nos affaires, je veux bien, en plus c'était sur notre chemin. Mais là, quoi que tu cherches, c'est non, oublie tout de suite. Même si tu sais où aller, c'est pas un risque que je prendrai. L'absence du type qui est venu m'apporter à manger va se faire remarquer d'un instant à l'autre. Quand ce sera le cas, les marines commenceront doucement à se mettre en alerte, jusqu'à ce qu'ils viennent ici et voient qu'on s'est fait la malle. Là, ce sera infernal, et on aura tous deux intérêts à être le plus loin possible à ce moment-là. »
Je baisse la tête, passant mon sac sur mon épaule, indécise. Je sais bien qu'il a raison. Et je sais d'autant plus que si je tombe sur des soldats de la marine, j'aurai peu de chances de leur échapper, et aucune de les vaincre.
« Alors vas-y, échappe-toi. Moi je ne peux pas partir sans cet objet. »
Mes mots ne contiennent ni force, ni aucune conviction, et nous le savons tous les deux. Mais si je ne récupère pas cette sphère, qu'est-ce que je vais faire… ? Je la vois comme la clef pour rentrer chez moi, je ne peux pas m'en séparer comme ça. Mais pour autant, je ne peux pas non plus la récupérer, je le sais. Si Smoker l'a toujours en sa possession, c'est perdu d'avance. Ce serait même complètement suicidaire d'aller la lui réclamer. Il ne me la donnera jamais, et me renverra gentiment dans ma cellule.
« Ne dis pas n'importe quoi ! Je t'ai fais sortir pour que tu puisses m'aider, pour qu'on s'échappe tous les deux. Alors tiens-toi à cet engagement et ne va pas faire n'importe quoi toute seule. »
Sur ces mots, ils tournent les talons et franchit l'autre porte en face de celle que nous avons franchi. Je ne me souviens pas avoir fait la moindre promesse contrairement à ce qu'il dit, mais il ne me laisse pas vraiment l'occasion de répliquer.
Je m'empresse de le suivre, partagée entre l'envie tenter le tout pour le tout au risque de me rater en beauté, ou de suivre Kahan jusqu'au bout en espérant qu'on s'en tire. En fait, je crois que je n'assumerai pas de faire cavalière seule, ni d'avoir assez de sang froid pour ça actuellement. Alors je le suis tel le papillon désespérément attiré par la flamme, trop peureuse à l'idée de perdre le point de repère et la chance qu'il représente en cet instant. Je n'ai aucune idée s'il sait où il va, mais en tout cas je ne le lâche pas d'une semelle, le suivant de près. Il a dégainé le sabre qu'il a récupéré un peu plus tôt et le garde en main, semble-t-il prêt à fendre en deux le premier marine qui nous tombera dessus. Moi, j'espère naïvement qu'on en viendra pas là, mais ça tient plus de l'impossible que du faisable et j'en ai bien conscience. Progressant aussi furtivement que possible, nous parvenons à un croisement de couloirs sans avoir encore rencontré qui que ce soit sur notre se passe plutôt bien pour le moment, c'est même plus facile que ce je pensais. Trop facile même.
« Comment on va sortir de là ? Même si on arrive à atteindre la sortie, on sera à découvert un moment avant de rejoindre la ville et de se fondre dans la masse, ils vont tout de suite nous griller.
- Je comptais plutôt filer directement au port. On ne peut pas rester sur cette île, et puis il faut que je rejoigne mon équipage.
- Je pourrais venir ? Juste histoire de quitter cette île, je descendrai à la prochaine et je me débrouillerai. »
Il me fait vaguement signe que ce n'est pas le moment d'en discuter, toujours à l'affût du moindre signe de la présence de marines, puis nous continuons de progresser. Je me doute bien aussi que ce n'est pas à lui que revient la décision d'accepter ou non ma présence sur son navire, mais plutôt à son capitaine. Cela dit, si je peux avoir son appui, ça pourrait être bien. Il se stoppe soudainement et je manque de percuter son dos, alors qu'il se retourne vers moi, le visage illuminé de ce que je devine être une idée.
« On pourrait se faire passer pour des marines. Juste pour sortir de là sans se faire remarquer, en leur piquant des uniformes. Et dès qu'on ne sera plus en vue de leur base, on s'en débarrasse, on regagne le port, et adieu Loguetown ! »
Je l'observe un instant, atterrée. J'ai moi-même brièvement pensé à une idée de ce genre, avant de me dire qu'un truc aussi simple et enfantin ne fonctionnera jamais. Un peu comme le coup de prendre par surprise un garde entrant dans sa cellule pour ensuite s'échapper, à tout hasard… Chose qui a étonnamment bien marché, mais je mets ça sur le compte d'une confiance excessive du marine concerné, et à la musculature du rouquin ainsi qu'une droite plus développées que les miennes, ce qui est quand même un avantage certain quand on cherche à maîtriser quelqu'un.
« Ne le prend pas mal, mais tu ne crois pas que c'est un peu trop simplet comme plan ?
- D'autant plus, vous seriez bien aimables de ne pas nous prendre pour des incompétents incapables de reconnaître des fugitifs dissimulés sous un uniforme de la Marine. » nous interrompt derrière nous une voix qui me rappelle vaguement quelque chose. Kahan et moi nous retournons de concert pour voir le sergent Kain – celui qui m'a interrogé un peu plus tôt avant Smoker – nous tenant en joue de son sabre, nous sommant ensuite de déposer nos armes et de nous rendre.
« Et si on refuse ? » ne pus-je m'empêcher de demander.
« Alors je me verrai dans l'obligation d'employer la force…
- Encore faut-il que tu en ai ! » rugit Kahan, forçant le soldat à prendre une posture défensive en lui assénant un violent coup de sabre, se plaçant devant moi. Il continue ainsi à lui porter plusieurs assauts dont la violence me laisse pantoise, les bras du marine tremblant un peu plus sous chaque parade, Kahan ne lui laissant pas d'autre choix que d'encaisser ses attaques. Le rouquin finit par désarmer le soldat et, à mon grand soulagement, se contente d'envoyer voler son adversaire d'une bonne vieille droite qui le laisse inconscient, plutôt que de le trancher de son sabre. Au même moment, trois autres marines déboulent plus loin au détour d'un couloir, sûrement alertés par le bruit de l'affrontement.
« Ok, on laisse tomber la discrétion Gigi, cours !
- Ça me va ! »
Je m'empresse de le suivre et s'engage alors une course poursuite avec les trois soldats qui nous somment à leur tour de nous arrêter. Mais bien sûr, comme si on allait s'exécuter… Une détonation suivit d'un sifflement passe tout près de mon oreille et je ne peux m'empêcher de lâcher un bruyant cri de panique, accélérant nettement la cadence, dépassant même Kahan.
« Idiote, sers-toi du flingue que je t'ai filé ! » me crie-t-il alors qu'il s'est arrêté et retourné pour faire face aux trois marins.
« JE SAIS PAS M'EN SERVIR, ET ENCORE MOINS VISER !
- MAIS A QUOI TU SERS ALORS, BORDEL ?! »
Lâchant une volée de jurons, les mains tremblantes, je pointe le canon de l'arme sur les trois hommes, l'abaissant au niveau de leurs jambes, puis appuie sur la détente alors que ma visée est plus qu'hasardeuse. Rien ne se produit.
« IL FAUT ARMER LE CHIEN, IDIOTE !
- COMMENT VOULAIS-TU QUE JE LE SACHE, JE VIENS DE TE DIRE QUE JE SAIS PAS UTILISER CE TRUC ! »
Nous finissons par remarquer que les soldats à notre poursuite se sont arrêtés devant nos braillements soudain, l'air de se demander quel serait le moment opportun pour s'incruster dans notre dispute afin d'accomplir leur devoir sans se prendre une volée de bois vert. Ce moment de flottement passe rapidement dès lors qu'un des leurs s'exclame de nous attraper alors que trois autres soldats viennent les rejoindre. Nous reprenons aussitôt notre fuite Kahan et moi-même, toujours ignorante de comment utiliser l'arme que je tiens toujours en main. Je ferai mieux de la balancer à la tête de nos poursuivants, ça aurait le mérite d'être bien plus efficace que ma misérable tentative de tir !
Kahan bifurque soudainement, m'attrapant le poignet pour que je suive son mouvement, geste qui m'arrache une grimace car je ne m'attendais pas à ce qu'il dévie ma trajectoire et la sienne si soudainement. De grandes portes nous attendent à l'autre bout du couloir que nous avons pris de justesse ! De grandes portes qui ressemblent bien à une entrée, ou dans notre cas, une sortie ! A cette pensée je sens un regain d'énergie affluer dans mes membres et mon souffle qui commence à se faire sifflant. Je me force alors à pousser toujours un peu plus et plus fort sur mes pieds, suivant Kahan comme son ombre alors qu'il ouvre à la volée ces portes qui nous dévoilent alors l'immensité du ciel au-dessus de nos têtes, comme la promesse de notre liberté retrouvée. La Marine toujours sur nos talons, nous n'avons pas le temps de nous réjouir d'avoir retrouvé un semblant d'espoir pour notre évasion, laquelle sera peut-être aussi brève qu'éphémère.
« Ils vont finir par nous rattraper avant qu'on atteigne le centre-ville et qu'on arrive à les semer dans la foule ! On devrait se séparer, on aura plus de chances de leur échapper ! » s'exclame Kahan entre deux souffles, tandis que je lui réponds de manière plus laborieuse, moins à l'aise que lui dans ma course qui commence à m'essouffler sérieusement.
« J'ai plutôt l'impression… Hhha… que tu veux te débarrasser de moi ! Hhha… J'ai aucune chance de m'en tirer seule, je sais pas… Hhha… me défendre !
- Rah ça, si j'avais su que tu serais plus un boulet qu'une aide, je me serai débrouillé tout seul !
- La ferme ! Hhraah… On peut encore s'en tirer, j'en suis sûre ! »
Et comme pour illustrer mes propos et contredire sa remarque sur mon inutilité qui me reste en travers de la gorge, je me force à accélérer mon allure, allant même jusqu'à le dépasser de peu, au mépris du goût métallique que je sens monter dans ma gorge et des battements douloureux de mon cœur qui s'active à me donner les moyens de continuer d'avancer. La volonté est un outil à ne pas négliger, c'est sûrement ce que me dirait à nouveau mon prof de sport en me voyant galoper ainsi, alors que d'habitude en course d'endurance, je traînais toujours les pieds jusqu'à finir par marcher en attendant la fin du cours. Avoir une bonne raison pour courir, autre que celle d'un chrono et d'une performance que l'on vous donne à accomplir, croyez-moi, ça vous donne des ailes et y'a pas besoin de Redbull pour ça !
Nous parvenons finalement au centre-ville, et y semer nos poursuivants se révèle finalement plus compliqué que je ne le pensais car nous ne rencontrons pas la foule espérée sur notre passage. En revanche les quelques personnes qu'on croise ne manquent pas de s'écrier « Des pirates ! » en nous voyant arriver à toute vitesse et poursuivit par la Marine. Sur le moment, je me dis que quelque chose cloche, car après tout ce n'est pas écrit sur notre front qu'on est des pirates, surtout moi qui ne le suit pas... Sauf que j'ai pas trop le loisir d'approfondir ma pensée pour le moment !
Kahan renverse tout ce qui a le malheur de se trouver sur son chemin, à commencer par quelques étales de magasin trônant sur les trottoirs, me forçant à accélérer l'allure si je ne veux pas me retrouver derrière lui et entravée par le bordel qu'il met et ralenti quelque peu nos poursuivants. Ma course à moi se veut plus fluide, mais tellement plus casse gueule. J'ai l'habitude, ainsi qu'un certain talent sans vouloir me vanter, pour me faufiler à travers les foules compactes et les obstacles, car s'il y a bien un truc que je ne supporte pas, c'est d'être coincée au milieu d'une foule qui piétine. Sauf que d'ordinaire, je le fais d'un pas rapide. Pas en courant. Résultat, j'ai l'impression que je vais me louper à tout moment et m'étaler lamentablement par terre alors que les marines me rattraperont.
Sans crier gare, Kahan m'attrape une nouvelle fois par le bras et me tire dans une petite ruelle perpendiculaire à celle plus grande où nous courrions. Entraînée par le mouvement, sans arriver à freiner alors que je perds l'équilibre et atterris sur le dos sur une pile de cartons, alors que je sens ma tête qui tourne sur le coup. Je me redresse, avant de regarder d'un air hagard les cartons ayant amorti ma chute. Quant à Kahan, je le vois qui ne quitte pas du regard la rue où nous étions.
« C'est bon, on les a semé.
- Enfin… »
Et sur ce, je m'avachis au milieu de la ruelle, toujours sur mes cartons, trop épuisée pour dire autre chose et faire l'effort de me remettre debout, le souffle court. Étendue ainsi, je ne vois plus la tête que tire Kahan, mais je devine au son de sa voix qu'il est contrarié alors qu'il reprend la parole.
« Par contre il y a des patrouilles dans le coin. Et je crois qu'on va en trouver pas mal plus on va s'approcher du port.
- Si tu le dis…
- Tu n'as rien trouvé d'étrange ?
- Maintenant que tu le dis, si. Que les passants nous aient tout de suite catalogués comme étant des pirates.
- Et les rues peu fréquentées peut-être ? Là où on est, et même à cette heure-ci, ça devrait être bien plus animé. »
Maintenant qu'il me fait remarquer l'heure, je me rends compte que le ciel a pris des teintes orangées, bien qu'on discerne toujours du bleu. Bon sang, chez moi il était quasiment 19 heure, et ici le soleil commence à peine à décliner, et c'est seulement maintenant que j'y fais attention. Je devrais être en train de dormir vu tout le temps qui a passé depuis, mais ici la journée se termine à peine. J'étouffe un bâillement dans ma main à cette pensée, comme si toute la fatigue que j'aurais dû ressentir plus tôt venait de s'abattre sur moi d'un coup.
« Je pense que c'est mon équipage qui a dû passer à l'action
- Hein, quoi ? »
Je redresse le buste et tente de faire un effort de concentration pour écouter Kahan.
« Notre capitaine voulait marquer un gros coup en attaquant Loguetown avant notre départ pour Grandline. Avant qu'on ne passe à l'action, nous devions investir progressivement la ville, seul ou par petits groupes, sans nous faire remarquer. Nous avions même volé un navire à des marchands pour pouvoir arriver en ville au plus vite et sans nous faire remarquer. C'est ce que je faisais avant de me faire attraper. Puis après ça, avec un signal bien précis qu'on aurait reçu lorsque tout le monde serait arrivé en ville, le capitaine voulait qu'on attaque et qu'on pille tout ce qu'on pouvait prendre.
- Heuuu… Ouais ? Pourquoi vous n'avez pas déferlé depuis le port et attaqué plus simplement ? Il est peu tordu votre capitaine.
- Ah ça, t'as pas idée… Et pour ta question, j'en étais pas certain, mais je crois que je sais maintenant. C'était un test.
- Quel genre de test ?
- Je pense qu'il voulait faire le tri dans l'équipage, entre ceux qui seraient capables de se débrouiller pour revenir ensuite au navire, et ceux qui se feraient prendre par la Marine. »
Je fonce les sourcils tout en réfléchissant à cette drôle d'histoire. Car il y a quand même un truc qui cloche dans tout ça.
« Mais pourtant on n'a pas vu de pirates dans le coin, ni de traces de combat. Y'en a même pas qui ont été amenés en cellule pendant qu'on y était encore. T'es vraiment certain qu'ils ont attaqué tout compte fait ?
- Je pense. Souviens-toi, on a rencontré quasiment aucune résistance pour nous échapper de leur base. Pour moi ça veut dire que la majorité de leurs effectifs sont mobilisés ici, sur le terrain. Et si aucun prisonnier n'a été fait… Peut-être qu'ils les maintiennent autre part, plutôt que de faire des allers-retours à la base, ce qui leur ferait perdre du temps pour boucler le maximum de monde. Peut-être qu'ils sont toujours en train de se battre et d'essayer d'accéder au port. Ou peut-être que… »
Il ne termine pas sa phrase, mais je la devine sans qu'il aille plus loin. Peut-être bien que ses compagnons ont été abattus. Mais ni moi, ni lui, n'avons le courage de mettre bout à bout ces mots à voix haute, si bien que je finis par baisser le regard.
« C'est normal qu'on trouve rien ici, on est trop loin du port. Je pense qu'ils ont tous dû rester aux environs, y'a déjà pas mal de commerces et de marchandises à piller par-là, ils auront pas pris de risques.
- Et c'est là-bas qu'on doit aller. Donc si on suit ton raisonnement, on va croiser de plus en plus de marines. Super…
- T'inquiète pas. On est pas leur priorité, je suis même sûr que nos têtes ne leur reviendront pas. Alors si on fait comme si de rien n'était, je pense que y'a moyen de s'en tirer. »
Sans en ajouter d'avantage, il passe à côté de moi et continue son chemin, alors que je reste assez sceptique. Ce type est naïf, je suis sûre qu'il va nous arriver une tuile… C'est en poussant un long soupir que je me redresse, traînant les pieds pour le suivre, peine remise de notre folle course. Nous avançons en marchant d'un pas rapide, mais assez lent pour qu'on passe pour des gens n'ayant rien à se reprocher et surtout pas à des évadés de taule en cavale. Bien que je tente de l'imiter, Kahan paraît bien plus aux aguets que je ne le suis, sans doute parce qu'il sait déjà quel comportement adopter si on tombe nez à nez avec une patrouille et que celle-ci nous reconnait. J'espère qu'il connait bien la ville car moi, je n'ai aucune idée d'où on se trouve vis-à-vis du port ! Lassée de garder en main le pistolet qu'il m'a confié plus tôt, je décide de le glisser au fond de mon sac.
Les suppositions du rouquin semblent se révéler exactes : plus nous avançons, et plus j'ai l'impression de voir de marines patrouiller. Kahan fait en sorte que nous les évitions et contournions un maximum, mais à deux reprises, nous nous faisons héler par des soldats nous sommant de rebrousser chemin, de rentrer chez nous et d'y rester pour la soirée. Nous finissons tout de même par emprunter la rue qu'on nous interdisait une fois la patrouille passée, et cette fois-ci, je constate que des traces d'affrontement sont bien visibles dans la rue. Désordre, marques de balles au sol ou sur les murs, tâches de sang. Mais c'est autre chose qui va me confronter à cette vérité. Alors que nous allions prendre une autre de ces ruelles étroites pour éviter de croiser une autre patrouille, Kahan s'arrête brusquement devant moi, avant de rebrousser chemin, m'attrapant brusquement par le bras pour me forcer à suivre le mouvement.
« Hé ! Mais qu'est-ce que tu… »
Je ne fais qu'entrapercevoir une forme allongée au sol dans la rue, entourée d'une tâche sombre formant une auréole autour d'elle, mais cette image furtive dont mes yeux se détournent aussitôt suffit à me couper le sifflet. Kahan me pousse fermement en dehors de la ruelle, et nous poursuivons sur un chemin différent. Je remarque avec un temps de retard et une petite absence qu'il n'a pas lâché mon bras.
« Ils vont le laisser là… ? »
Aucune réponse ne me parvient. Cet homme, était-il… ? Peut-être qu'il était seulement blessé, inconscient, qu'on aurait pu l'aider ! Ou peut-être que j'ai mal vu, que ce n'était pas quelqu'un, mais juste un tas de déchets comme les cartons où je suis tombée tout à l'heure… Les deux images semblent se superposer et se confondre dans ma tête, si bien que je ne suis plus sûre de rien. Après tout, je n'ai même pas vu la scène une seconde. Juste une image à la dérobée, dans le mouvement que m'imposait le rouquin pour pivoter sur moi-même et faire demi-tour. Mais des sentiments contradictoires m'empêchent de dire tout cela à Kahan, de lui demander de confirmer ou d'infirmer ce que je crois. Des sentiments égoïstes qui me disent que ce n'est pas le moment, qu'on aurait rien pu faire car on a rien ne serait-ce que pour donner les premiers soins. Qu'il faut d'abord qu'on pense à se tirer de Loguetown, avant de vouloir sauver la veuve et l'orphelin. Et que si on fait un pas de travers, peut-être qu'on sera les prochains à se retrouver sur le ventre et le nez sur les pavés, dans une ruelle comme celle-là.
Je finis par me sentir flotter, me laissant guider par Kahan sans la moindre résistante et ne pensant plus à rien si ce n'est à cette question : tout ceci est-il bien réel ?
Nous arrivons finalement près du port, toujours vigilants à la moindre patrouille. Kahan relâche enfin mon bras, sans un mot, et nous nous arrêtons, dissimulés derrière des caisses. Je reprends peu à peu mes esprits, redescendant sur terre, mais encore détachée de ce que je vois. Comme l'avait prévu Kahan, ici les patrouilles sont conséquentes, formant presque un cordon de sécurité pour empêcher le moindre pirate de s'enfuir clandestinement sur un navire. D'autres groupes plus petits semblent être en train de vérifier très consciencieusement les personnes et chargements présents sur les navires amarrés. Plus loin, sur les flots cette fois, nous apercevons deux navires semblant s'éloigner de la côte, se confondant presque avec la ligne d'horizon. L'un est incontestablement un bâtiment de la marine. Même s'il est déjà bien loin, j'en suis quasiment certaine à voir ses couleurs. L'autre, je le devine en levant les yeux vers Kahan et en contemplant l'expression de son visage, mais surtout de ses yeux.
« C'était celui-là, le navire de ton équipage ?
- Oui… »
Il reste silencieux pendant un long moment, alors que je détourne mon regard pour le reposer sur les deux bateaux qui s'éloignent. J'ignore quoi lui dire. Je ne sais même pas dire ce qu'il ressent, s'il est triste, blessé, ou en colère. Pour cette raison, je garde également le silence à ses côtés, attendant patiemment qu'il reprenne la parole.
« Ils nous ont pas mal compliqué la tâche… On ne pourra pas s'introduire sur un navire en douce comme je le pensais. Ou alors il faudrait attendre que leur coup d'éclat retombe, en espérant que quelques jours y suffisent.
- C'est trop risqué. Si on attend, la nouvelle que notre évasion va parvenir à toutes les oreilles, et je suis presque sûre qu'ils se mettront à nous rechercher aussi activement que tes camarades. Du moins, en ce qui me concerne… » déclarai-je piteusement en baissant la tête, suite à quoi Kahan laisse échapper un bref rire sans joie.
« Alors notre seule chance, c'est de prendre au vol le premier navire qui commencera à partir. Ça vaut sûrement mieux que de s'éterniser dans cette ville en essayant de s'y cacher.
- Tu crois vraiment qu'on peut se risquer sur le port, l'air de rien ? Si on se met à courir d'ici vers le premier bateau qui partira, les soldats auront largement le temps de nous voir venir, de comprendre que quelque chose ne va pas, et donc de nous arrêter. Enfin quoique… Ils ne doivent pas tous connaître notre visage, si ? Pas le mien en tout cas je pense. Peut-être le tien.
- Le mien, peut-être, mais bon... J'ai une prime, mais pas assez intéressante pour qu'on se souvienne de ma tête. Quand tu m'es tombée dessus un peu plus tôt, c'était le hasard, les marines qui te pourchassaient en avait après moi un peu plus tôt auparavant. C'est pour ça que l'un d'eux m'a reconnu. Mais ici, si on se comporte normalement, je pense que tout ira bien. »
Nous patientons en retrait. Je me repose sur Kahan pour la suite des événements, encore une fois. Quand on sera sorti de là, autant dire que j'aurais une énorme dette envers ce garçon…
« Celui-là ! » désigne Kahan en pointant du doigt un imposant navire qui vient de lever l'ancre et de hisser ses voiles.
Il n'est pas très loin de nous, et nous nous avançons d'un pas rapide vers notre cible. Un marine finit par nous héler, nous demandant de décliner notre identité ainsi que le navire où nous nous rendons. Je me crispe sans pourtant m'arrêter ni même me retourner, faisant celle qui n'a pas entendu. Kahan semble imperturbable à mes côtés, ignorant parfaitement le soldat, alors je suis son exemple. Nous entendons le marine hausser la voix et réitérer ses questions.
De brusques éclats de voix me parviennent d'un peu plus loin sur le quai. Je tourne la tête vers tout ce bruit sans pour autant m'arrêter, et vois un attroupement se former, le bruit des sabres s'entrechoquant me parvenant alors que la foule se fait plus compacte et désordonnée. On dirait bien qu'il y a encore des pirates dans le coin qui tentent de s'enfuir, malheureusement leur navire est déjà loin. Je rattrape Kahan pour arriver à sa hauteur et lui parler.
« Ce sont tes camarades, non ? Tu ne vas rien faire pour les aider ?
- Faire quoi ? On est que deux je te rappelle. Si on fonce là-bas, on se fera prendre et on grillera notre chance de nous tirer de là. On ne peut rien pour eux, alors avance. »
Le rouquin pique alors un sprint, bien déterminé à sauter sur la poupe du navire à ce que je comprends. Je le suis, bien que mes jambes protestent, essayant d'y mettre autant d'énergie et de vitesse que lui malgré la fatigue. Le bateau commence doucement à s'éloigner, guidé par le vent vers l'immensité bleue et mouvante qui s'offre devant lui. Kahan saute le premier, agitant les bras et les jambes en plein vol comme si cela allait lui permettre d'atterrir plus loin. Il réussit en se ramassant lourdement sur ses jambes, manquant de perdre l'équilibre. Je le suis de peu, tandis le navire s'éloigne encore un peu plus. A cet instant, mon esprit me rappelle que c'est pour le saut en hauteur que j'étais forte à l'école. Pas celui en longueur.
Je pousse aussi fort et vite que je peux sur ma dernière foulée, avant de me projeter. Ne pas regarder en bas, surtout pas, se concentrer sur mon objectif droit devant. La poupe. Kahan, qui s'est retourné. La poupe du navire, rien que la rambarde fera l'affaire. Mais je constate avec effroi que je n'ai pas assez d'élan. Ou que le bateau s'est déjà trop éloigné. Kahan le comprend lui aussi. Je le vois s'élancer contre la rambarde du navire, tandis que les exclamations du soldat de la marine me parviennent au loin et que la gravité m'attire irrésistiblement vers les flots.
C'est peut-être encore un peu tôt étant donné que les personnages n'ont pas fini de se dévoiler, mais que pensez-vous de Gillian et de Kahan ? La présence d'un autre OC vous dérange ? En soi ça ne changera rien à la présence et au rôle de ce dernier, mais j'aime bien avoir les avis et impressions des lecteurs, c'est utile pour avoir un avis plus objectif que le sien sur l'image que renvoie un OC de lui-même. Bien sûr, il n'y aura pas que des OC dans cette fanfiction, mais pour l'instant ne vous attendez pas à ce que les personnages du manga occupent une place importante dans le premier arc que je dessine. Pour le moment, ils feront des apparitions plus ou moins longues, à l'image de Smoker (que l'on reverra plus tard et plus longtemps, même si j'ignore encore quand). Nous en verrons d'ailleurs d'autres bientôt. Si je possède une idée générale de la trame principale, tout ce qui gravite autour, entre ce début et la fin que je veux dessiner pour mon histoire, est susceptible d'évoluer d'une manière que je ne soupçonne même pas encore moi-même puisque je n'ai rien établi qui soit immuable à ce sujet.
Et aussi, à partir de maintenant, mon rythme de publication se fera plus incertain car je reprends les cours en DUT. Je vais tenter de garder un rythme de deux semaines entre deux chapitres, mais je ne peux pas promettre de pouvoir m'y tenir.
Sur ce, à dans deux semaines !
