Le chapitre devait être lus long à la base. Et puis comme ça fait déjà un moment que j'ai délaissé la fic et vous fait attendre, j'ai décidé de couper plus tôt pour publier déjà ce que j'avais écrit depuis un long moment. Ce qui m'arrange aussi quelque part, pour peaufiner la suite et la direction à prendre. Désolée aussi pour le titre peu inspiré, je fais vraiment ça sur un coup de tête, et histoire de montrer signe de vie…

Merci à vous qui suivez encore cette histoire malgré ma lenteur !

One Piece ne m'appartient pas, excepté mes OC.


Chapitre 7 : Transition

Le tintement des clochettes accrochées au-dessus de la porte d'entrée se fait entendre, attirant mon attention vers celle-ci s'ouvrant sur une tête rousse qui ne m'est pas inconnue. Cela fait maintenant deux jours que Kahan et moi sommes arrivés sur cette petite île de Grandline, du nom d'Orubossa. La population de celle-ci se concentre principalement dans la ville portuaire où nous nous trouvons, le reste étant recouvert de champs et de pâturages, ainsi que de forêts peu denses. Un endroit pour le moins paisible, et donc assez ennuyeux à mon goût. Mais un endroit où au moins, je me sentais à peu près en sécurité, ce qui n'avait pas toujours été mon impression pendant notre voyage en mer, surtout quand nous sommes arrivés sur Grandline et que nous avons essuyé sa météo capricieuse.

D'ailleurs, ce voyage… J'espère bien que la prochaine fois que je prendrai le large, ce sera sur un bateau où l'on pense un peu plus aux éventuelles femmes qui pourraient se trouver à bord. J'avais passé une semaine sans me laver, à part mes cheveux. UNE SEMAINE, COMME UN BON GROS GEEK DE WORLD OF WARCRAFT ! La raison à ce manque flagrant d'hygiène est que les douches du navire étaient communes, et qu'en plus de ça je n'avais pas de serviette, ni n'avait osé en demander. Au bout de trois jours, j'avais craqué, et avait attendu l'heure du midi ou je savais que je ne trouverai personne pour aller me laver au moins les cheveux, en me penchant sous le jet d'eau pour ne pas mouiller mes vêtements. Par contre une douche intégrale, j'avais trop la trouille que quelqu'un débarque à l'improviste pour tenter le diable, surtout sans rien pour me sécher, j'aurais eu l'air maline. Le reste du temps, je m'étais faite discrète, essayant de garder Kahan en vue au cas où, même s'il n'avait pas eu l'air de se soucier de moins pendant le reste du trajet après notre dernière discussion.

Étonnamment, le rouquin ne m'avait pas abandonné après que nous ayons foulé le port. Il était resté plus ou moins à portée, visible, semblant me garder à l'œil de loin lorsqu'il ne me tenait pas compagnie. Je m'en étais réjouis, car bien que je le connaisse très peu, pour ne pas dire pas du tout, je me suis habituée à sa présence et à sa relative protection. Ou plutôt, au fait que je me sente en sécurité. Toutefois, je sais bien que cela ne durera pas, et qu'il serait salutaire de ma part d'apprendre à me défendre et à ne pas compter constamment sur lui ou quelqu'un d'autre.

« Alors, cet entretien ? » me fait-il, alors que je lâche un soupir à sa question.

« Pour l'instant, je fais toujours chou blanc. Le gérant m'a dit qu'il n'avait pas besoin de serveuse ici, que je devrais plutôt aller voir les établissements sur le port.

- Je te l'avais dit.

- Oui, je sais, mais j'espérai trouver quelque chose dans un coin plus tranquille que là-bas… Mais je ne vais pas avoir le choix je pense.

- Tu trouveras, je m'inquiète pas. Tu devrais bien au moins arriver à faire ça, c'est pas sorcier de prendre commande et de porter des plats. »

Ses piques n'ont pas cessé, autant dire qu'il doit me voir pour une parfaite incapable, à s'acharner comme ça… J'ai appris à les ignorer. C'est ça, ou m'énerver après lui.

« Suis-moi, il faut qu'on parle.

- C'est gentil de te soucier de savoir si je n'ai pas encore d'autres bars et auberges à écumer dans le coin pour trouver du boulot… »

Visiblement, lui aussi a décidé d'ignorer ce que je dis et qui ne lui plaît pas, car il m'entraîne par le poignet en dehors du restaurant, sans même prendre la peine de me répondre. Nous nous éloignons dans une ruelle déserte, et je remarque alors qu'il transporte un sac négligemment accroché à son épaule.

« Tu pars aujourd'hui, c'est ça… ?

- Ouais. Mais c'est pas pour ça que je voulais te voir. Regarde. »

Il plonge la main dans son sac et me tend une feuille froissée, dont je m'empare. Mes yeux s'agrandissent de stupeur et d'effroi en voyant ce qui figure dessus.

Gillian Guibert
50.000 B

« C'est pas vrai…

- Et si. C'est le prix à payer pour t'être évadée et avoir sauvé ta peau. C'est maintenant que les choses sérieuses vont commencer. T'as vraiment intérêt à apprendre à te battre si tu veux pas te faire chopper par le premier mercenaire qui vient ou par la Marine.

- Tu crois que je devrais quitter l'île, moi aussi ?

- Non, pour l'instant tu crains rien je pense. C'est calme ici, et y'a pas de base navale. Puis t'as vu ta prime ? Ils ont dû voir que tu savais pas t'battre. C'est pas ta tête qu'on risque de voir placardé dans toutes les villes. Par contre, si tu pars comme tu voulais le faire, ce sera peut-être pas la même chose ailleurs, dans une plus grande ville… »

J'acquiesce silencieusement à ses paroles, fixant encore l'avis de recherche dans mes mains tremblantes. Ça y est, je suis fichée, comme tous les grands bandits de One Piece… A ceci près que je n'ai rien de grand, et que je n'ai rien fait d'extraordinaire non plus. En plus de ça… Ma photo est vraiment à chier. Vu la tête que je fais et mes cheveux en pagaille, je suppose que ça vient d'une image du système de surveillance de la base navale de Loguetown, alors qu'on courrait comme des fous pour s'échapper. Ça me fait un souci à gérer en plus. Alors que mes yeux fixent toujours ma photo, Kahan me tend quelque chose sous mon nez. Le poignard qu'il m'avait prêté plusieurs jours plus tôt et qu'il avait récupéré après notre descente du navire marchand. Cette fois-ci, il est dans son étui, avec même une sangle pour l'attacher. Je relève la tête vers Kahan, pour être certaine de son geste.

Prends-le.

- Mais… J'avais cru comprendre qu'il était important pour toi.

- Prend-le, c'est tout. Je survivrai sans. Toi en revanche, c'est moins sûr.

- Tsss… Toujours le mot qui fait plaisir, hein ? Merci. »

C'est toujours ça comme arme, et c'est bien mieux que ma droite faiblarde en comparaison de celle du rouquin. Surtout que je ne me sens pas de me procurer un sabre ou un flingue. Ces armes sont bien trop chères, et je ne sais pas m'en servir. Même si elles possèdent un potentiel de dissuasion, je ne crois pas que ce soit suffisant pour qu'elle représente un avantage plus qu'un inconvénient. Quand on porte une arme, quelle qu'elle soit, il vaut mieux savoir s'en servir. Une dague comme celle-ci, c'est déjà bien plus dans mes cordes, même si j'ignore encore si j'aurais le courage de m'en servir contre une personne en dernier recours.

Alors que je sors de mes pensées et tente d'attacher correctement la dague autour de ma taille de façon à ce qu'elle soit dissimulée par ma veste en cuir, j'entends les pas du rouquin s'éloigner de moi sans crier gare.

« Kahan !

- Quoi encore ?

- Merci pour tous… Et bon voyage. »

C'est sans même se retourner une dernière fois en arrière qu'il reprend sa route, ne daignant pas répondre à mes paroles. Je le regarde s'éloigner, jusqu'à ce qu'il échappe à ma vue en disparaissant à un croisement. Je finis par lâcher un soupir, me résignant au fait que désormais je vais devoir faire sans lui. Allez, il est temps de se ressaisir !


Deux mois et demi ont passé. Deux longs mois pendant lesquels, j'ai finalement trouvé un travail dans une auberge, sur le port. L'endroit que je voulais éviter car je savais que le travail y serait très soutenu, puisque au plus près de la clientèle potentielle que représente les voyageurs. Finalement, je n'ai pas eu le choix. Il fallait bien que je trouve un moyen de subvenir à mes besoins, trivialité parfaitement banale qui pourrait presque me blaser quand je pense au fait que je suis dans One Piece et qu'il y a un millier de choses plus intéressantes à voir et faire dans ce monde, mais elles sont néanmoins nécessaires si je veux survivre et avoir une chance de retrouver mon vrai chez-moi.

Au moins, mes collègues et le gérant sont facile à vivre et toujours très chaleureux. Ce dernier à même accepté que je squatte gratuitement les combles de l'établissement, pourvu que je ne compte pas mes heures de travail. Peu confortables et bas de plafond, ça pourrait m'insupporter si je devais y rester pour autre chose que dormir, mais je n'ai pas le luxe d'avoir beaucoup de temps libre depuis que je travaille ici. Ou plutôt, le peu que j'ai me sert à récupérer de mon travail épuisant, par des siestes ou un repos réparateur bien mérité. Toute la journée debout, à piétiner, et à servir les clients aux heures des repas, et même entre les deux, à transporter des plats ou des plateaux entiers de vaisselle sale. C'est bien plus physique que ça en a l'air, d'être serveuse, surtout dans un établissement très fréquenté.

Au moins, plongée dans le travail comme je le suis, je ne passe plus mon temps à ruminer mes pensées, et à me demander ce que je vais faire et comment m'en sortir. Et pourtant, si j'avais le temps d'y penser, j'aurais de quoi… Bientôt trois mois que je suis là, dans ce monde. Souvent le soir, je suis bien trop fatiguée pour que mes pensées m'empêchent de m'endormir comme une masse. Mais parfois, je me demande comment mes amis ont pu prendre ma disparition. En sont-ils bouleversés, inquiets ? Sans doute. Pensent-ils à moi en ce moment, comme je pense à eux ? Et ma famille… On pense toujours qu'on aura le temps avec ses proches. Le temps de se réconcilier par exemple. Quand on part quelque part, on ne s'imagine pas ne plus pouvoir rentrer chez soi ou être dans l'incapacité de contacter ses proches. Alors on se dit qu'on verra plus tard, à notre retour et que les choses s'arrangeront. Quand je pense que j'ai quitté la France avec mes amis en laissant derrière ma mère fâchée contre moi, et qu'on a du ensuite lui apprendre ma disparition soudaine, ça me rend malade.

A chaque fois que je pense à ça, je suis terriblement tentée de prendre le premier navire pour Loguetown afin de récupérer l'artefact et tenter de rentrer chez moi. Sans doute que si j'avais plus de cran et de courage, j'aurais déjà pu quitter cette île et avancer dans ma quête. Mais je n'ai pas ces deux choses en moi… Alors me voilà encore sur cette petite île, à mettre de l'argent de côté de manière à pouvoir voyager et survivre pendant quelques temps, en espérant que cela soit suffisant. J'ai décidé de partir une fois ma prochaine paie en poche, car l'attente ici me tue à petit feu. Je surveille le journal tous les jours, à l'affût de l'article qui me signalera le passage de Luffy à Loguetown, mais pour l'instant, rien à signaler. Je sais pourtant que ce sera cette année et que je ne l'ai pas loupé, mais j'ignore si je vais devoir attendre encore longtemps.

Finalement, je me suis décidée pour aller à Alabasta. Je pense ne pas m'être laissée influencée par la perspective d'avoir une petite chance de croiser Ace, en bonne fangirl que je suis. Même si c'est bien tentant il faut dire. Alabasta risque d'être un peu dangereuse sûrement, avec la guerre civile, et je supporte mal la chaleur en plus de ça. Mais au moins, là-bas, je saurais où aller et quoi faire, contrairement à Water Seven qui est un arc que je connais beaucoup moins bien. Si je vais là-bas, ce sera quasiment en aveugle. Et puis honnêtement, la perspective de peut-être tomber nez à nez avec le CP9 ne m'enchante pas beaucoup.

Enfin bref, pour l'instant, j'ai du travail qui m'attend !


« Tenez monsieur, votre bière, bien fraîche comme il faut !

- Merci bien ma p'tite !

- Remet m'en une à moi aussi, ma jolie ! »

Encore une nouvelle journée bien agitée. Il est à peine midi et la salle est déjà bondée, remplie de marins ayant fraîchement amarré quelques heures plus tôt. Ils sont souvent braillards et bons vivants, comme ceux d'aujourd'hui. Loin d'être désagréables en général, mais parfois un peu trop portés sur les petits surnoms affectueux… Cela dit, je préfère ça à ceux qui se montrent parfois trop entreprenants. Les premières fois, j'étais tellement gênée, peu habituée à voir des hommes se comporter ainsi avec moi, partagée entre l'envie de leur en coller une et ma conscience qui me disait que je ne pouvais pas frapper comme ça un client… Heureusement, le tenancier, et même les autres garçons de l'établissement, font très attention à ce genre de choses et n'hésitent pas à intervenir. Dans les débuts, je leur étais reconnaissante de me débarrasser de ce genre de fardeaux. Maintenant, je prête moins attention à ce genre de comportement, et j'ai appris à les refroidir diplomatiquement sans trop les froisser. C'était ça, ou la bonne vieille technique de ma main dans leur grande gueule. Ce qui n'aurait sûrement pas été une bonne idée, puisqu'ils n'ont en général rien de comparables à des blancs-becs ou des chochottes.

Tout ça pour dire que je suis bien contente lorsque mon patron me propose un petit quart d'heure de pause pour apaiser mes pieds déjà brûlants à force de courir partout. Il en profite même pour me passer le journal du jour. C'est devenu une sorte de petit rituel entre nous, qu'il me donne son exemplaire du journal après l'avoir lu. Je passe la porte arrière de l'auberge où l'on récupère normalement les livraisons et m'assoie à même les pavés qui jonchent la rue, dépliant le journal. Mon regard parcourt les dernières nouvelles, avant de se figer sur un événement bien précis, prenant place à Loguetown, mentionnant la fuite d'un certain pirate ainsi qu'une tempête inhabituelle sur la ville… ENFIN ! Luffy a finalement fait des siennes là-bas !

« JE VAIS POUVOIR PARTIR, ENFIN ! » que je gueule un grand coup tout en me relevant, tenant le journal devant moi à bout de bras.

Rien à foutre qu'on me dévisage bizarrement dans la rue, ça fait trop longtemps que j'attends ce moment, trop longtemps que je suis partie de chez moi ! Journal sous le bras, je détale comme un lapin à l'intérieur de l'auberge, zappant complètement ma pause et hélant mon patron.

« DUKE ! Il faut qu'on parle ! »

L'intéressé débarque alors de la cuisine, plusieurs plats prêts à être portés en salle.

« Ça ne peut pas attendre ?

- Non, j'ai vraiment besoin de toi, maintenant ! Est-ce que tu sais si parmi tous les marins qu'on a, certains se rendent à Alabasta ?

- Il me semble bien, oui. Essaie la table trois. »

Et il me plante là, allant vers la salle où est regroupé la clientèle. Je trottine derrière, ne comptant pas en rester là. Maintenant que j'ai eu le signal que j'attendais, il n'est plus question de rester ici. Il me faut des réponses, et au plus vite, que ce soit pour partir d'ici, ou pour rentrer chez moi. Duke ne l'avouera jamais, mais il laisse toujours traîner ses oreilles lorsqu'il fait le service, alors je lui fais confiance à propos de l'info qu'il m'a donné, et me rend directement à la fameuse table trois. Elle est située près de l'entrée, juste en face d'une fenêtre. Cinq hommes y sont attablés, et je me souviens les avoir servis récemment.

« Messieurs, avez-vous tout ce qu'il vous faut ? » leur dis-je en guise d'approche, un parfait sourire commercial tout droit sorti d'une pub pour Colgate Total, talent à l'utilité certes limitée, mais qu'on finit par acquérir quand on cherche à avoir le maximum de pourboires. Une unanimité affirmative laisse place à ma question, alors j'en profite pour entrer tout de suite dans le vif du sujet.

« On m'a dit que votre navire se rendait à Alabasta, c'est vrai ?

- Tout à fait, d'moiselle. On va y livrer des marchandises, surtout d'la nourriture en fait.

- Un navire marchand, formidable ! Et vous repartez quand ?

- Dans une heure ou deux, j'dirais. Faut pas qu'on traîne, ou certains produits risquent de s'abîmer, et on a encore un bout de chemin à faire.

- Dîtes, vous croyez que je pourrais monter à bord avec vous ? Je dois me rendre à Alabasta et c'est très urgent…

- J'peux voir avec le capitaine, et s'il est d'accord, on r'viendra vous chercher. Vous en dîtes quoi ?

- Ce serait parfait ! Merci beaucoup ! »

Bon, ça c'est fait. Enfin il faut encore que leur capitaine accepte, mais au premier coup d'œil, ces gars-là m'ont déjà l'air plus agréables que les premiers avec lesquels j'ai fait route. Reste à espérer que ce soit aussi le cas de leur capitaine. Une fois arrivée sur place, j'aurais pas mal d'avance sur Luffy et son équipage. Je compte en profiter pour affiner mon plan et repérer les lieux afin de ne pas me retrouver bêtement perdue une fois sur place comme le serait un certain épéiste aux cheveux semblables à du gazon, une fois où il sera temps pour moi de passer à l'action… Mais chaque chose en son temps ! Pour l'heure, il faut que j'avertisse Duke de ma démission. Je l'intercepte alors qu'il allait semble-t-il prendre sa pause, l'invitant à ce que nous allions tous deux dehors.

« Alors, tu as été leur parler, à ces marins ?

- Oui, et ils vont bien à Alabasta. »

Duke se contente de hocher la tête en guise de réponse, puis allume la cigarette qu'il vient de sortir. C'est au moment où il expire la première bouffée de fumée cancérigène que je me décide à reprendre.

« Je vais partir. Dans quelques heures, tout au plus.

- A vrai dire, je m'en doutais un peu depuis tout à l'heure. Tu vas nous manquer.

- Désolée… J'aurais voulu te prévenir plus tôt, mais je n'avais pas vraiment moyen de savoir quand je partirai. J'ai un peu l'impression de partir comme une voleuse en te mettant au pied du mur. Si tu veux faire une retenue sur mon dernier salaire, je comprendrai… »

Un nuage de fumée m'enveloppe soudainement le visage, me faisant tousser et grimacer. Je distingue un coup d'œil agacé de la part de Duke alors que la fumée se dissipe.

« Je t'ai dis que tu allais nous manquer, pas que je t'en voulais. Et puis, tu n'es pas la première tu sais ? Je sentais bien que tu ne resterais pas toute ta vie ici, quand tu es venue me demander du travail. Promets-moi juste de faire attention à toi. Et bien sûr, repasse quand tu veux. » sourit-il, me réchauffant le cœur, quelque part. Je n'ai sans doute pas voulu le voir plus tôt, par crainte de trop m'habituer à cet endroit, mais il est vrai que j'ai fini par l'apprécier lui et mes collègues, par m'attacher à eux. Ce que je ne veux pas, même si d'un autre côté, savoir que d'autres personnes que mes proches se soucient de moi et m'apprécient, me fait me sentir moins seule dans ce monde-là.

« Merci, Duke…

- Tu devrais te reposer un peu, avant ton départ. Je vais te donner ta paie pour ton temps de travail de ce mois-ci. Profites-en pour aller chercher les quelques affaires que tu as là-haut. »

J'acquiesce, rentrant à l'intérieur et grimpant en trombe l'escalier, montant jusqu'aux combles. Mes possessions se résument à bien peu. Ma veste de cuir noir. Les vêtements de chez moi, que je m'empresse de troquer avec l'uniforme de travail que je porte. Un second ensemble acheté ici, un simple pantalon noir et un t-shirt bordeaux. Mes tongs, que j'ai délaissé au profit d'une paire de chaussures semblables à des docks, achetées ici aussi. Et mon sac, qui contient pêlemêle, mon téléphone que je garde constamment éteint désormais, un paquet de mouchoir, mes écouteurs, un rouge à lèvre, ma brosse à cheveux, mes papiers et cartes de fidélité, mes clefs de maison, des livres sterling, de vieux Tic-Tac, un appareil photo instantané, une boîte d'aquarelle avec un pinceau et un calepin fait exprès pour, des miettes de pain ou que sais-je, et pour finir… Une boîte d'allumettes.
Oui, parce qu'on ne sait jamais quand on va avoir besoin d'allumettes. Surtout quand on ne fume pas, qu'on a pas de gaz à allumer, ou qu'on a pas de bougie. Hm, bref…

Je plie vite fait ma tenue de rechange et la glisse dans mon sac. De toute manière, peu importe le soin que j'y apporterai, elle sera fripée à tous les coups ! Puis je finis par redescendre avec mes affaires, mon uniforme dans la main. Mauvaise surprise au départ, j'ai fini par l'adopter car il n'est en rien vulgaire ou osé, et évite à mes vêtements d'être salis ou de prendre les odeurs de bouffe qui finissent par nous coller à la peau à force de faire des sauts incessants dans les cuisines. Il va droit au sale avec ceux des autres, puis je me dirige dans la salle principale, qui commence peu à peu à se vider. Les marins de la table trois sont partis entre temps. Ne reste plus qu'à espérer qu'ils tiennent parole, mais ça m'avait l'air d'être de bons gars.

Duke m'interpelle, me donnant alors ma paie et m'offrant un verre de jus d'orange, mon pêché mignon à moi, qui n'aime pas l'alcool. Je le sirote pensivement, alors que Duke reprend le travail, réfléchissant au voyage qui m'attend. Avant, chez moi, être entourée d'hommes ne me dérangeait pas, au contraire. J'ai tendance à mieux m'entendre dans un groupe d'hommes que de femmes. Sûrement mon côté un peu geek et garçon manqué, bien que ce dernier se soit atténué et que je sois devenue bien plus féminine… Mais ici, c'est différent. Depuis mon emprisonnement, ma fuite, et le comportement peu amical de l'équipage qui nous a accueilli Kahan et moi. Les gens de ce monde ne sont pas des sauvages bien sûr, mais pour autant, nous n'avons pas le même rapport à la violence je trouve. Je réalise que je me trouve bien loin du cocon protecteur que constitue la société où j'ai grandi. Chez moi, le danger le plus grand que j'ai eu à affronter, c'est celui de traverser la route sans me faire écraser, ou justement de conduire sans écraser qui que ce soit. Ici, j'ai l'impression que le danger est partout. Peut-être parce que je perçois mal de qui, d'où, et sous quelles formes il peut se présenter…

Des bruits de pas dans mon dos attirent mon attention, me sortant de mes pensées. C'est le marin m'ayant adressé la parole tout à l'heure qui est de retour !

« Le Cap'taine est d'accord pour que tu montes à bord. Il est même prêt à t'offrir le voyage, pourvu qu'tu fasses ta part de travail sur l'navire. C'est que c'est pas non plus un bateau d'plaisance. » dit-il en ajoutant sa dernière phrase sur le ton de la plaisanterie. J'hoche la tête, criant victoire intérieurement. Il faudra que j'aille le remercier, ce capitaine. Au moins, lui ne cherche pas à me plumer comme l'a fait sans se gêner celui que nous avions rencontré Kahan et moi.

Aucun souci ! Par contre je n'y connais rien en navigation ou sur ce qu'on fait sur un navire…

- T'inquiète donc pas pour ça gamine, y'a bien d'aut' choses à faire qui seront dans tes cordes ! »

Puis finalement nous partons, moi avec pour seul bagage, mon sac à main. Jamais je n'aurais pensé un jour voyager si léger, moi qui est plutôt du genre à partir avec deux grosses valises même si c'est juste pour un week-end…