C'est sous la neige que je poste la première moitié du chapitre 9 ^^
Merci à AmbreKuchiki47 pour la review.
Chapitre 9 – Partie 1
Pour la deuxième fois, il se réveilla l'esprit embrumé.
Il grogna et ouvrit les yeux. Il avait changé d'endroit. Le plafond était blanc et la lumière aveuglante. Il prit quelques minutes pour s'habituer et observer autour de lui. Il remarqua alors Sôjun assis à côté de lui.
« Bonjour, murmura-t-il. »
Il releva la tête vers lui et se leva aussitôt pour venir à ses côtés.
« Comment te sens-tu ?
- Euh… Je sais pas trop… Je suis un peu dans le coton mais… Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
- Nous sommes à l'hôpital… Izaka t'avais drogué et les médecins souhaitaient te garder jusqu'à que les effets se soient dissipés pour être sûr que ça allait.
- J'ai dormi longtemps ?
- Deux heures, je dirais… »
Il essaya de remettre de l'ordre dans ses idées et de se souvenir. L'enlèvement. Izaka. Byakuya qui venait régler la rançon. Et puis…
« Enlèvement ? Rit-elle. Comment pourrais-je enlever mon propre fils ? »
Cette phrase résonna dans sa tête. Il entendait encore son rire et revoyait la mine effrayée de Byakuya. Il ne l'avait jamais vu aussi pâle.
« Byakuya est là ?
- Non. Je lui ai dit de rentrer, il… Il n'était pas en état de rester.
- Et… Madame Izaka ?
- Elle a été arrêté… Les policiers auront besoin d'entendre ta version.
- Je vais passer la nuit ici, alors ?
- Si tu as le feu vert des médecins, nous pourrons rentrer. Je peux appeler un docteur si tu veux.
- Elle… Elle a dit un truc bizarre lorsqu'ils l'ont emmené… Pourquoi est-ce qu'elle a fait ça ? Et qu'est-ce qu'elle voulait dire ? Pourquoi elle a dit que j'étais son fils ? »
Il avait besoin d'être rassuré, d'entendre qu'elle était dérangée, qu'il ne devait pas s'inquiéter… Pourtant le regard de Sôjun ne fit que l'angoisser. On lui cachait des choses.
« Cette femme n'aurait jamais dû reprendre de poste dans l'enseignement. »
Il bottait en touche.
« Pourquoi elle a fait ça ? Répéta-t-il.
- Pour l'argent… Elle n'a pas réussi sa carrière comme elle l'aurait souhaité alors elle s'en est pris à toi.
- Pourquoi moi alors ? Byakuya avait peur d'elle ? Pourquoi ? Qu'est-ce qu'il s'est passé entre eux ? Elle semblait très bien savoir ce qu'elle faisait… Dis-moi la vérité, s'il-te-plait… Ça à un rapport avec mon adoption, c'est ça ? Elle a parlé d'analyse génétique, de son silence, de… »
Il était à bout de souffle. Il savait où ça menait mais il refusait de l'admettre. Il ne voulait pas croire tout ça, il refusait de croire que sa vie reposait sur des mensonges.
« Tu as raison… Tu as le droit de savoir la vérité mais est-ce que tu te sens prêt à l'entendre ?
- Non mais je veux savoir sinon je vais imaginer tout et n'importe quoi.
- D'accord, acquiesça-t-il. »
Il vint s'assoir à côté de lui, juste au bord du lit.
« Byakuya… T'as eu lorsqu'il avait dix-sept ans. Lorsque nous l'avons su, il avait passé le cinquième mois et nous ne lui avons pas laissé le choix. Je connaissais bien Isshin et Masaki et je savais qu'ils n'arrivaient pas à avoir d'enfants… Alors j'ai pensé à eux pour t'accueillir. Je savais qu'ils s'occuperaient bien de toi.
- Et Izaka dans tout ça ?
- Elle était professeure au Seireitei et…
- Stop ! En fait, je veux pas savoir… Je veux pas savoir. »
Il n'avait pas envie d'entendre cette phrase en particulier. Quand il repensait à la manière dont Byakuya la craignait et la tension qu'il y avait entre eux. Cela n'avait rien d'une relation équilibrée ou même consentie.
« Le plus simple sera que tu parles avec Byakuya… Lorsque vous vous sentirez prêts. Je comprendrais que tu te mettes en colère mais j'aimerais juste que tu entendes quelque chose avant : nous ne lui avons pas laissé de choix dans cette décision, à notre époque et pour notre génération, ce n'était même pas envisageable qu'il puisse avoir un enfant à cet âge et sans être marié… Je n'ai pas fait ce qu'il fallait pour lui… Alors si tu dois être en colère contre quelqu'un soit le contre moi. C'est moi qui suis responsable, pas Byakuya. »
Il ne dit rien. Il n'était pas en colère. Il était dévasté, sa vie avait été bâtie sur des mensonges et les informations restaient bloquées dans son esprit embrumé.
Il était perdu dans toutes ces paroles mais certains mystères s'éclaircissaient enfin. Il comprenait pourquoi il avait été recueilli par les Kuchiki.
« Qui est au courant ?
- Mes parents, le notaire et le médecin de famille… Nous avons tenu les autres membres de la famille à l'écart et Rukia était trop jeune de toute manière.
- Donc pour tout le monde, il était à l'étranger ?
- Oui mais il a bien fait un semestre à l'étranger après et avant d'entrer à l'université. »
Byakuya avait donc passé des mois coupé du monde et même de sa famille. Peut-être était-ce lui qui devrait être en colère de l'avoir vu revenir dans sa vie ? Lui cet enfant illégitime et non-désiré. Une vague de honte l'envahit… Et si Byakuya ne l'avait recueilli que par devoir ? Et si, au fond de lui, il le détestait ? Il était la preuve vivante de ce qu'il avait vécu.
« Et… Mon adoption… Enfin… Mon retour ou je ne sais pas comment appeler ça… De qui venait l'idée que Byakuya m'accueille chez lui ? »
Sôjun eut l'air confus.
« C'était son idée. Honnêtement, je pensais qu'il préférait que je m'occupe de toi mais il a insisté pour s'occuper de toi. Ça lui fait plaisir de t'avoir chez lui si c'est là, la vraie question… Enfin il aurait surement préféré que les conditions soient différentes. »
Cela calma son angoisse.
« Et… Comment il va ? »
Il n'aurait peut-être pas dû poser cette question mais il y avait trop de bruit dans sa tête pour qu'il fasse le tri.
« Il avait besoin de calme lui aussi… Et de faire le point avant de te parler. Il n'a jamais aimé en parler ou même voulu en parler. Je devrais peut-être aller chercher un médecin. »
Il crut voir de la gêne dans son regard. Sôjun ne s'attendait peut-être pas à révéler autant de chose. Si il acceptait de se montrer vulnérable et avouer les faiblesses de son fils, cela signifiait qu'il lui faisait confiance… Qu'il le considérait comme assez mature pour comprendre.
Après tout, peut-être l'était-il ?
Il n'avait pas encore explosé ou fondu en larmes. À moins que cela n'arrive plus tard ? Il n'arrivait pas à assimiler toutes les informations et devait les traiter une après l'autre.
Ses parents n'étaient pas ses parents biologiques, soit, il n'était pas le premier à être adopté après tout. Ça il pouvait l'accepter. Il aimait ses parents et savait que cela avait été réciproque mais il aurait préféré l'apprendre de leur bouche.
Ensuite, il était l'enfant caché de l'héritier d'une des familles les plus influentes du pays. Au moins ça expliquait pourquoi la famille Kuchiki l'avait recueilli plutôt que la famille de son père ou de sa mère. Enfin… Il se comprenait.
Son ascendance cachée avait mené sa mère biologique à l'enlever contre une rançon pour des raisons encore obscures. C'était ça le plus difficile à avaler. Sa mère l'avait kidnappé pour faire chanter son père. Plus grave encore, sa naissance était probablement issue d'un viol.
Cette pensée le rongeait.
Il avait toujours pensé qu'il avait été désiré, voulu… Sa vision se troubla. Il renifla et releva la tête en entendant la porte de la chambre s'ouvrir. Sôjun devait revenir avec un docteur. Il avait envie de rentrer et de retrouver sa chambre et… Quelque chose de familier. Quelque chose qui avait l'air normal dans tout ce foutraque.
Une grande femme aux cheveux clairs accompagnait Sôjun. Elle affichait un sourire doux et calme en s'avançant vers lui.
« Bonjour, je suis Isane Kotetsu votre médecin, dit-elle. Je me suis occupée de vous à votre arrivée… Nous vous avons fait une prise de sang à ce moment-là. Comment est-ce que vous vous sentez ? Vous avez essayé de vous lever ou de bouger ?
- Je me sens un peu au ralenti, dit-il. Un peu secoué par tout ce que je viens de vivre.
- C'est plutôt normal. On va tester vos réflexes. »
Elle le fit se lever et passa plusieurs minutes à l'ausculter. Ses jambes tremblaient mais il parvenait à se maintenir. Cela ne sembla pas inquiéter la jeune femme.
« Les effets se sont dissipés et les réflexes sont revenus, pour moi tous les signes sont bons. Au niveau physique, ajouta-t-elle. Pour le reste il est possible que tu ressentes des angoisses, que tu aies dû mal à dormir ou que tu te sentes plus fatigué, après ce qui t'es arrivé ce sont des réactions normales, ce qu'il faut c'est en parler si ça arrive… Il ne faut pas que tu restes seul avec ça, d'accord ? »
Il hocha la tête et elle continua.
« Pour aujourd'hui, je pense que ce serait plus rassurant de rentrer chez toi pour te reposer. Je t'ai pris un rendez-vous avec la psychiatre du service. Tu pourras discuter avec elle à tête reposée. »
Elle lui tendit une carte avec le nom du médecin, la date et l'heure. Rendez-vous lundi à 10h30. Il serait probablement exempté de lycée pour la semaine.
Il avait presque oublié ce détail : le monde extérieur. Cette histoire n'allait pas rester entre eux. Il repensa aux semaines qu'ils venaient de passer à cause d'un divorce, il n'imaginait pas ce qui allait leur tomber sur le nez. Un enlèvement, un enfant illégitime et un héritier de bonne famille enceint à dix-sept ans. Il y avait tous les ingrédients pour que ça durent des mois.
Yuzu et Karin.
Leurs visages lui vinrent à l'esprit. Comment allaient-elles accueillir cette nouvelle ? Comment leur expliquer tout ça ? C'était déjà dur pour elles…
« Bien, si vous êtes prêt je peux valider votre sortie. J'aurais besoin de vous monsieur Kuchiki pour l'administratif. »
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Le retour fut silencieux.
Il triturait ses mains, craignant la confrontation à venir. Il ne savait plus comment se comporter. Il n'avait jamais été aussi tendu que lorsqu'il se trouva devant la porte. Sôjun dut sentir son trouble car il posa la main sur son épaule.
« Tout va bien se passer. »
Il souffla et ouvrit la porte mais aucune lumière ne les accueillit.
« Ça c'est étrange, commenta-t-il. Monsieur Yamada ?
Ils entrèrent et retirent leurs chaussures. Du bruit s'échappa de la cuisine et la lumière apparut avec Hanatarô dans son sillage.
« Bienvenu à la maison messieurs.
- Byakuya est rentré ?
- Oui il… »
Il jeta un coup d'œil vers l'étage.
« Il est allé se coucher… »
Hanatarô semblait hésiter.
« Est-ce qu'il a mangé avant ? Questionna-t-il.
- Non, il est monté directement en arrivant. Son invité lui a monté un plateau en allant le voir. »
Son invité ?
Sôjun ne semblait pas surpris.
« Je vois… Pourrez-vous nous servir quelque chose ? Et je pense rester cette nuit.
- Je m'en occupe tout de suite. »
Il retourna à la cuisine et réapparut avec de la vaisselle. Il dressa la table dans le même élan avant de se rendre dans la chambre d'ami attenante au salon.
Ichigo resta amorphe et patienta. Il n'avait qu'une envie : dormir. Il se demanda quand même qui pouvait être cet invité. Le visage de monsieur Zaraki apparut un bref instant avant qu'il ne chasse cette idée. Pourquoi serait-il venu ici ? Il sortait avec Byakuya, enfin ça il n'était pas certain, mais était-ce suffisant pour qu'il soit présent ?
Hanatarô leur servit le diner et ils s'attablèrent. Il monta se coucher en ayant laissé la moitié de son assiette. Il avait besoin repos mais ne savait pas s'il pourrait le trouver après une journée pareille.
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Cette soirée ne lui rappelait que de mauvais souvenirs.
Si jusqu'à maintenant il n'avait pas vu de ressemblance entre Byakuya et Ichigo, elles lui avaient sauté aux yeux ce soir. Cette même mine fermée et cette manière de ne pas toucher à la nourriture lorsqu'ils étaient contrariés.
Ce détail en particulier l'inquiétait. Byakuya avait terminé en anorexie et il ne voulait pas revivre cette angoisse.
Cela c'était mieux passé qu'il ne l'espérait pour l'annonce mais il craignait la conversation à venir entre son fils et petit-fils. Il n'arrivait pas à imaginer suite à des évènements. Son père ferait des bonds jusqu'au plafond et il devrait arrondir les angles entre eux. Ginrei n'accepterait jamais que cette affaire soit portée en public mais il savait que Byakuya ne resterait plus silencieux. Il lui avait confié à l'hôpital son désir de mener le récit avant qu'Izaka n'ait le temps de s'exprimer ou de donner sa version. Il refusait de lui laisser la main et il le soutiendrait dans cette épreuve.
Pour la première fois en quinze ans, il avait aperçu la détermination à conclure cette affaire plutôt que de la résignation à garder ça pour lui.
Les prochains jours s'annonçaient difficile mais il était heureux de voir que son fils n'était pas seul pour affronter tout ça. Même si cette relation n'allait pas de soi tant ils étaient opposés, il devait reconnaitre que Zaraki se montrait attentionné.
Il aurait peut-être l'occasion d'en apprendre plus sur cette relation dans les prochains jours.
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Kenpachi se réveilla seul.
Il fronça les sourcils et grogna à la recherche de son compagnon. Il remua les bras mais ne trouva que le vide. Il se redressa en soupirant. Il avait passé la nuit à le câliner et voilà qu'il disparaissait. Le lit était confortable et il n'avait pas envie de le quitter mais il devait retrouver le fuyard.
Il se leva à contrecœur et se rhabilla dans la lumière tamisé du matin. Il se fraya un chemin en silence pour se rendre dans le salon. L'appartement semblait sans vie à cette heure mais un très léger bruit arriva à ses oreilles : des tapotements irréguliers.
Il descendit l'escalier en essayant de se faire léger, Ichigo devait être rentré la veille. Il supposa que Sôjun l'avait raccompagné et était resté pour surveiller son propre fils.
Il soupira en voyant Byakuya assit à la table du salon devant son ordinateur. Il s'avança vers lui et se planta à côté de lui, ne voyant pas de réactions, il attrapa une chaise et s'assit à côté de lui. Il patienta jusqu'à ce que le brun relève la tête.
« Bien dormi ?
- C'est plutôt à toi que je devrais demander ça, rétorqua-t-il. Je sais pas quelle heure il est mais je suppose que ça fait déjà un moment que tu es debout… Et tu bosses en plus…
- J'étais réveillé et sûr que je n'allais pas me rendormir alors autant le mettre à profit.
- Tu pouvais me tenir compagnie et me garder au chaud… Qu'est-ce que tu trafiques ?
- Je réorganise mon emploi du temps de la semaine, je prépare un rendez-vous avec mon avocat et une déclaration officielle.
-« Une déclaration officielle » ?
- Je ne veux pas que les journalistes se fassent des idées avec des fuites… Je veux leur couper l'herbe sous le pied en faisant une déclaration une fois pour toute.
- Je pensais que tu voudrais garder l'affaire en privé.
- C'est ce que je préfèrerais mais tu as vu avec Shunsui… Il a suffi que quelqu'un le voit sortir de chez moi pour que les tabloïds se fassent des films alors là… Avec Izaka qui souhaite me pourrir la vie… Elle le criera sur tous les toits et je ne veux pas être transformé en le méchant de l'histoire qui abandonne son fils, le cache et l'empêche de voir sa mère où je ne sais quoi d'autre. Et d'une certaine manière, rédiger cette déclaration ça m'aide à trouver les mots pour en parler avec Ichigo ou Yuzu et Karin.
- Présenté sous cet angle… Tu crois que ça va aller ?
- Il va falloir, rétorqua-t-il.
- Je te demande ton avis Princesse, je veux savoir ce que toi tu ressens. Je veux t'aider autant que possible. »
Byakuya resta silencieux un instant comme s'il prenait le temps de réfléchir à la question.
« C'est vrai que ça m'inquiètes, commença-t-il. Après des années de thérapie, je pensais avoir passé le plus dur et que finalement j'étais guéri mais le fait est que c'est encore loin d'être fini… J'ai plutôt refoulé que fait face alors je me dis que c'est peut-être le moment de parler, d'en parler et de… D'une certaine manière m'en libérer, de partager ce poids, de le diluer…
- Ça me rassure, dit-il. »
Byakuya sursauta presque à cette réponse, il le fixa en quête de sens.
« De quoi ?
- De voir que tu vas mieux qu'hier.
- En même temps, je crois que c'est difficile de faire pire qu'hier. Ça m'a fait de bien de t'en parler et… De te dire la vérité sur mon départ. »
Il mentirait s'il disait que cela ne lui faisait pas plaisir d'avoir sa confiance.
« Tu t'en sors où tu as besoin d'un coup de main ? »
Il le vit sourire.
« Tu veux m'aider à faire de la paperasse ?
- Je vais pas passer la matinée à te regarder, si ?
- Tu ne vas pas aller travailler ?
- Ils peuvent se passer de moi une journée je pense, enfin, à moins que tu n'es plus besoin de moi ? »
Byakuya s'éloigna de son écran et poussa l'ordinateur. Il devait avoir terminé.
« Je vais passer la journée dehors, dit-il. Et cette après-midi ou ce soir, selon, il faudra que je parle avec Ichigo, alors je ne sais pas si tu as envie de passer la journée à m'attendre.
- Tu marques un point… En plus il faudra expliquer ma présence à ton père.
- Il n'est pas aveugle, tu sais… À mon avis, il sait déjà de quoi il retourne.
- Je pensais que tout le monde allait faire comme si de rien n'était.
- C'est déjà plus ou moins ce qu'on fait, pouffa-t-il.
- Et pour les jumelles ? Elles vont rentrer ? Tu as prévu de leur en parler aussi j'imagine ?
- Elles devaient rentrer avec Sôsuke dimanche mais je vais lui demander de les ramener plus tôt. Je veux qu'elles soient là avant que cela n'explose.
- Hum… Dans ce cas mieux vaut que je ne sois pas dans le coin. En plus j'aurais trop envie d'emmerder ton ex-mari.
- Je voudrais bien voir ça, dit-il. Enfin s'il n'y avait pas de témoin.
- J'espère que tu ne t'attends pas à ce que ça vire au plan à trois… Je suis pas disposé à partager maintenant que je t'ai mis la main dessus. »
Byakuya fit une grimace et il se mit à rire.
« Je vois que l'idée t'emballe.
- Je préfère ne pas y penser… Quelle horreur. »
Il éclata de rire en oubliant l'heure matinale et les gens qui dormaient.
« Et si tu faisais une pause ? Reprit-il. Je prendrais bien une douche avant de partir mais j'ai peur de me paumer dans cette baraque. »
Il le vit hésiter alors il ajouta : « En tout bien tout honneur, évidemment.
- Evidemment… Il y a une baignoire si tu as un peu de temps mais tu as des vêtements de rechange ?
- Je fais du sport tous les jours, bien sûr ! Si je retrouve mon sac.
- Je dois pouvoir arranger ça. »
Il le regarda fermer son ordinateur puis se lever. Il avança jusqu'à l'entrée et ouvrit un placard d'où il sortit son sac. Il lui jeta un petit regard, trouvé. Il le passa à son épaule et grimpa l'escalier avant de lui lancer un nouveau regard. Il sortit de sa torpeur et se leva d'un bond pour le rejoindre.
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Etait-ce une bonne idée ?
Il hésitait à entrer dans la salle de bain et en même temps… Il avait provoqué la situation et n'avait pas envie de reculer. Il n'avait pas été gêné jusqu'à maintenant alors pourquoi cette hésitation ?
C'était pourtant banal.
Prendre un bain avec son conjoint, ça n'avait rien d'exceptionnel.
C'était ça le problème. C'était trop normal. Il n'avait jamais eu de vraie relation intime avec quelqu'un. Il n'y avait pas eu de connexion profonde avec Sôsuke. Il était le père de ses filles et un amant ponctuel mais cela s'arrêtait là.
Il prit une grande inspiration et entra. Il n'aurait pas droit à un moment tranquille comme celui-ci une autre fois alors autant en profiter. Kenny ne le regarda pas, trop occupé à s'attacher les cheveux et l'entendre raller chassa son malaise. Il s'approcha de la baignoire pour ouvrir l'eau et régler la température.
« Tu sais que ta salle de bain est aussi grande que mon premier appart' ? Enfin… Je me plains pas hein, c'est juste une observation.
- Mon père avait acheté cet appartement pour être plus proche du travail, le manoir familial est très éloigné du centre-ville maintenant. À l'époque les prix était moins exorbitant… Aujourd'hui il doit valoir le double avec les rénovations qu'il y a eu dans le quartier et la résidence.
- Tu sais que tu es pas obligé d'argumenter avec de la logique, j'y connais rien en immobilier à par le prix de mon loyer.
- Excuse-moi un mauvais réflexes, soupira-t-il. »
Son amant se retourna.
« Je rêve où tu viens de t'excuser ? S'exclama-t-il. Tu as vraiment besoin de repos… Dépêche-toi avant que l'eau refroidisse. »
Il eut un sourire en coin, ça faisait longtemps que quelqu'un ne s'était pas moqué de lui ainsi. Il s'exécuta et se débarrassa des vêtements de la veille dans lesquels il s'était endormi. Kenny avait raison : pour que des éléments pareils lui échappent c'était que le repos lui manquait. Cependant la journée s'annonçait épuisante. Il tenta de chasser toutes ses pensées parasites pour faire le vide.
Il sentit sa présence derrière lui et se retourna.
« Qu'y a-t-il ?
- Rien, soupira-t-il. »
L'entraineur se colla à lui et embrassa son cou. Il huma son odeur et sentit ses dents contre sa peau. Il grogna, si Kenny lui laissait des marques à chaque fois qu'ils étaient ensemble, il pouvait dire adieu à la discrétion. Son cou se couvrait de marques plus ou moins visibles et tenaces.
« C'est fichu pour la discrétion…
- Je veux être sûr que ton ex sache que tu es déjà pris… Tout le monde d'ailleurs. »
Il souffla et eut un sourire. Ses épaules se relâchèrent enfin.
« Tu veux que je te frotte le dos ? »
Leur petite bulle venait d'éclater pour laisser place à une question pratique et sans arrière-pensée. Il acquiesça et se laissa faire. Il savait que le retour à la réalité serait rude mais il préférait l'ignorer.
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« Il faut que je me prépare. »
Il discerna un soupir dans sa voix. Byakuya resta contre lui et n'amorça pas de mouvements malgré son intention de bouger. Il resserra sa prise sur son torse. Il ne voulait pas le lâcher mais ils devaient reprendre le cours de leur vie avant que la réalité les rattrape. Byakuya devait régler ses affaires de famille avant que la situation ne lui échappe ou ne s'envenime. Quant à lui, il devait retourner au travail. Ça paraissait tellement lointain après les évènements de la veille.
C'était si banal : se lever et aller au travail.
Sa routine avait été égaillée par la présence d'une magnifique créature à consoler mais il digérait mal les derniers évènements. Comment avait-il pu rater ça ? Comment avait-il pu être si aveugle ? Il grogna.
« Que t'arrive-t-il ?
- J'ai pas envie de bouger… Ni que ça se termine…
- Que ça se termine ? Il me semble que nous sommes en couple maintenant. »
Il s'arrêta.
« Je parlais du bain mais… D'accord Princesse. J'aime t'entendre dire ça.
- C'est un fait, point, reprit-il avec mauvaise foi. Il faut vraiment que j'aille me préparer si je veux coincer mon avocat.
- Le « coincer » ?
- La famille Kuchiki n'est pas son seul client et j'y vais à l'improviste… Je ne pense pas qu'il aura vu mon message.
- Comment ça ? Il n'est pas à ton service ? »
Il reçut un coup dans les côtes en guise de réponse.
« Rha ça va… De toute façon, il va pas t'envoyer bouler. Tu lui amène une grosse affaire-là.
- Certes.
- Et ça pourrait lui ramener d'autres affaires du genre aussi.
- Que veux-tu dire ?
- Bah… Tu as dit que tu voulais faire une déclaration officielle, non ? Donc se sera surement repris dans les journaux et tu as de l'influence dans ton milieu… Peut-être que ça incitera d'autres personnes à parler.
- Je n'avais pas pensé à ça.
- Avec tous les profs particuliers qui vous avez, il doit bien y en avoir des pourris dans le tas.
- J'aimerais croire que non mais tu as probablement raison… J'ai toujours veillé à ce que mes filles ne se retrouvent jamais seules avec un professeur et ce n'était probablement pas la solution… Enfin pas la seule. »
Il resta silencieux comme s'il réfléchissait à ce qu'il allait ajouter mais rien ne vint. Puis il s'éloigna à son grand désarroi.
« Le petit-déjeuner doit être prêt si tu veux. Il me faut du temps pour me préparer.
- Ça, ça ne m'étonne pas Princesse. »
Il le regarda sortir de la baignoire et profita de la vue qui s'offrait. Un petit cul ferme avant le petit-déj s'était toujours sympa. Il suivit le conseil et sortit de l'eau à son tour. Il se sécha et s'habilla avec les vêtements de rechange qu'il emportait tout le temps avec lui. Cela ferait l'affaire s'il n'avait pas le temps de rentrer chez lui avant d'aller bosser.
Byakuya avait disparu dans ce qui semblait être un dressing. Pas étonnant avec une Princesse. Il jeta son sac sur son épaule et descendit dans le salon. Son estomac grognait.
Il entendit du bruit dans la cuisine. Le majordome devait déjà être arrivé. La majordome… Quand il y pensait, il s'était associé à quelqu'un d'un tout autre monde.
« Bonjour monsieur Zaraki, je vois que vous êtes rentré avec Byakuya finalement. »
Il sursauta et se retourna vers Sôjun. Il se demanda s'il ne le faisait pas exprès d'apparaitre sans crier gare.
« Bonjour… C'est vrai qu'il y a eu un petit changement. Vous deviez rentrer avec Ichigo… Comment il va ? Avec tout ce qu'il a appris… »
Il le vit hausser les sourcils.
« Il était secoué mais il est resté plutôt calme, plus que ce à quoi je m'attendais. Les prochains jours seront surement plus difficiles… Byakuya est réveillé ?
- Ouais… Il s'habille… Enfin il se prépare.
- Il se prépare ? Répéta-t-il. »
Il se retint de répondre : bah il se fait beau quoi. Sôjun se refrogna.
« Il n'a pas l'intention de rester tranquillement ici durant les prochains jours alors… Quelle tête de mule.
- J'ai pas l'impression qu'il soit déjà resté tranquille.
- Certes… Vous m'excusez un instant. »
Il hocha la tête ne sachant que dire. Il le vit se rendre à l'étage et se demanda ce qu'il avait à excuser. Il n'aurait pas dû laisser entendre que Byakuya allait sortir. Sôjun allait-il remonter les bretelles de son garçon ? Il était plus expressif mais aussi plus anxieux que son fils. Il resta planté dans le salon à attendre, ne sachant que faire. Il devrait peut-être les laisser en famille.
Ils avaient besoin de se retrouver et lui se trouvait là comme un chien dans un jeu de quille. Avec Byakuya, ils étaient dans leur bulle et avaient oublié le monde extérieur.
Il releva le regard vers la passerelle et vit Byakuya descendre seul. Il le trouva beau dans sa tenue soignée. Peut-être allait-il le renvoyer poliment après avoir parlé avec son père ? Avec toute cette animation Ichigo risquait de se réveiller.
« Je pensais te trouver à table.
- À vrai dire, je me demandais s'il ne valait pas mieux que je vous laisse en famille… Puisque ton père est réveillé…
- Il est allé se doucher alors tu échapperas au petit-déjeuner non-officiel avec ton futur beau-père.
- « Futur » ? Pourquoi « futur » ?
- Nous ne sommes pas encore mariés. »
Il eut un sourire à cette évocation.
« Pas encore ?
- Pas encore, reprit-il. Ça fait à peine deux semaines que nous nous sommes retrouvés.
- Parce que tu as attendu deux ans avant de te marier ?
- C'est vrai, sourit-il, mais la situation était différente. »
Il s'attendait à tout sauf à ça. Il aurait cru qu'évoquer son mariage allait le mettre en rogne.
« Alors ? On déjeune ? »
Bonne nouvelle : Byakuya avait repris de l'appétit.
Ses réticences s'envolèrent et il le suivit à table. Il l'observa en se demandant comment il faisait pour rester si calme. Comment faisait-il pour maintenir cette façade ? Si une chose pareille lui était arrivée, il serait en colère, il bouillonnerait de rage et voudrait se venger… Il se rendait bien compte que s'énerver n'aurait rien changé mais il ne comprenait pas comment il arrivait à retenir tant d'émotion à l'intérieur.
« Tu m'impressionnes, souffla-t-il.
- Allons bon… Que me vaut ce compliment ?
- À ta place, j'aurais tout envoyé bouler : le boulot, la presse… Je serais resté chez moi pour éviter de tout exploser.
- Pourtant si tu regardes bien, j'ai planté le travail. Je n'ai pas dit que j'y retournais tout de suite. Il faut juste que je prévienne Renji et que je remette un peu d'ordre.
- Tu es très… Pragmatique ? C'est comme ça qu'on dit, non ?
- On peut dire ça… J'ai toujours été ainsi que veux-tu ? »
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Il se réveilla avec difficulté.
Il avait mal à la tête et les évènements de la veille lui revenaient par flash. Il s'était réveillé plusieurs fois durant la nuit mais avait réussi à retrouver le sommeil à chaque fois. Cela l'avait étonné d'être parvenu à se rendormir mais il avait repoussé ses pensées pour garder l'esprit vide au moins un temps.
À peine les yeux ouverts qu'il sentait déjà la fatigue l'habiter. La nuit n'avait pas été aussi reposante qu'il l'espérait. Ichigo se tourna mollement vers son réveil qui affichait dix-heures. Il cligna des yeux plusieurs fois pour déchiffrer ce nombre rond : il n'avait jamais autant trainé au lit. Il s'étonna que personne ne soit venu le réveiller.
Il redressa péniblement dans son lit, les courbatures s'éveillèrent en même temps que lui. Il ne voulait pas quitter sa chambre, il avait peur de croiser Byakuya… De croiser son père. Il ne savait pas quoi lui dire, pas quoi lui demander et craignait ce qu'il pourrait encore apprendre sur son passé. Il comprenait la situation de Byakuya, il avait à peu près le même âge que lui lorsque s'était arrivé… Lui non plus n'aurait pas su quoi faire d'un enfant ni comment réagir… Mais cela le taraudait : lui aurait-on dit la vérité si ses parents adoptifs étaient encore en vie et qu'il n'avait pas été enlevé ?
Aurait-il su la vérité sur ses origines ?
D'un autre côté avait-il vraiment envie de savoir ? Il n'avait jamais eu de doutes sur ses parents. Ils avaient toujours été aimant, attentionnés et il n'avait jamais manqué de rien. Il s'était bien occupé de lui et il avait toujours été heureux avec eux.
Yuzu et Karin.
Cela le heurta, il aurait pu ne jamais connaitre ses petites sœurs mais comment allaient-elles réagir face à la nouvelle ? Elles l'avaient accueilli comme leur frère c'est vrai mais la situation pourrait changer maintenant… Comment allaient-elles vivre tout ça ?
Il devait se reprendre et être fort pour elles. Il devait se comporter comme leur grand frère.
Il parvint à se lever et s'habiller. Il attrapa son portable et le regarda machinalement : six messages non-lus. Il fronça les sourcils et les ouvrit.
Keigo Asano :
Salut Ichigo, tu viens ce matin ou tu as oublié de mettre ton réveil ?
Tu as été exclu à cause d'hier ?
Attends une minute, l'autre gugusse est là ! Ils ne peuvent pas t'exclure et pas lui !
C'est quoi cette histoire encore ?!
Ichigooooo !
Mizuiro Kojima:
Si tu veux que Keigo te laisse tranquille je crois qu'il faut lui donner un signe de vie. Je sais qu'il peut être pénible mais il s'inquiète. Je t'enverrais les devoirs si tu veux mais je crois qu'Ishida doit te contacter. Il est venu nous parler, tu imagines ?
Il pouffa et opta pour une réponse vague : j'ai eu des problèmes familiaux hier, je sais pas si je peux en parler tout de suite mais je vais bien. Je crois que je vais pas revenir au lycée tout de suite.
Keigo Asano :
Ah merde ! Bon courage et prend soin de toi !
Le message arriva dans la minute qui suivit sa réponse. Keigo devait être collé à son portable. Il ne lui semblait pas qu'il était du genre à sauter sur la moindre notification. Il devait vraiment être inquiet… Il devrait leur parler avant que tout ça n'explose mais il se voyait mal leur raconter ça par SMS. Il ne savait pas comment les Kuchiki allaient traiter cette affaire. Comment faire ?
Il soupira et franchit le pas de sa porte.
Il ne pouvait pas rester terré indéfiniment dans sa chambre. Plus vite il se confronterait à la réalité, plus vite il saurait à quoi s'attendre. Il s'avança dans le couloir puis la passerelle mais il ne discerna aucune animation dans le couloir. C'est vrai que Byakuya était discret mais de là à ne faire aucun son… Il jeta un coup d'œil dans l'espoir de voir une silhouette ou un début de réponse à ce calme ambiant dérangeant.
Il descendit l'escalier et remarqua enfin du mouvement. Hanatarô sortit de la cuisine : « Bonjour monsieur, souhaitez-vous manger quelque chose en particulier pour le petit-déjeuner ?
- Euh… Bonjour, Byakuya n'est pas là ?
- Monsieur est parti à la première heure ce matin, monsieur Sôjun est resté mais il est descendu pour récupérer quelques affaires. Il sera là dans un instant.
- D'accord… Merci. »
Après un moment de silence Hanatarô reprit la parole : « Est-ce que je peux vous préparer quelque chose à manger ? Quelque chose vous ferez plaisir ? J'ai préparé de la brioche ce matin… Elle sort tout juste du four.
- J'en prendrais un petit morceau alors.
- Je vous amène ça avec un jus de fruit. »
Il n'eut pas le temps de protester qu'Hanatarô avait déjà disparu. Il aurait préféré manger dans la cuisine. Il s'installa à la table de la salle à manger un peu gêné d'attendre d'être servi. La table avait déjà ramassé et il repensait à l'heure déjà bien avancé. C'était la première fois qu'il se levait aussi tard, même les week-ends il gardait son réveil pour rester au rythme de la maison. Avant, cela n'était pas si rare qu'il se lève les dix heures passés les week-ends. Son père se moquait et sa mère lui disait d'en profiter tant qu'il pouvait faire des grasses matinées. Maintenant qu'il y repensait, il ne se souvenait pas avoir désactivé son réveil ou même de l'avoir entendu sonner.
Cette drogue qu'elle lui avait administrée avait surement des effets à plus long terme. Comment aurait-il pu dormir au milieu d'un chaos pareil ? Hanatarô revint avec un plateau.
« Je vous ai ajouté de la confiture si vous voulez.
- Merci. »
La part était tout sauf une « petite » part. Il eut même le sentiment qu'Hanatarô avait volontairement coupé un morceau trop gros. Yuzu aurait adoré manger cette brioche. La vapeur qui s'en dégageait porta un délicat parfum jusqu'à son nez. Il découpa un morceau du bout des doigts et le mangea. Il fondit instantanément dans sa bouche. Hanatarô l'avait bien eu.
La porte d'entrée s'ouvrit et il sursauta. Il vit Sôjun entrer avec un sac à la main. Ils se jaugèrent un instant avant que son… Grand-père ne reprenne vie. Il referma la porte et alla poser le sac près de la porte du bureau. Il avança vers lui d'un pas hésitant. Il remarqua alors ses traits tirés et cernes sous les yeux. Il avait mal dormi. Il s'installa en face de lui.
« Bonjour, dit-il. Ne t'arrête pas à cause de moi. Tu as réussi à dormir un peu ?
- Etonnement oui, murmura-t-il. J'ai presque trop dormi. »
Il jeta un coup à la pendule du salon.
« Ne t'inquiètes pas pour ça. Ce n'est pas important. Hanatarô te l'a peut-être dit, Byakuya est sorti ce matin. Il souhaite prendre les devants avant que l'information ne fuite. De nos jours, il n'est plus possible de cacher une telle histoire. Yuzu et Karin devraient rentrer dans l'après-midi. Il essaye de régler un maximum de dossiers avant de rentrer je pense.
- Des dossiers, hein ?
- Ce n'est pas… Exactement ça. Il est parti en catastrophe hier et a tout laissé en plan. De plus, il tenait à préparer une annonce officielle et il faut que l'information circule dans la famille aussi. Ça sera le plus difficile, murmura-t-il. Enfin il doit rentrer dans l'après-midi. Le lycée est prévenu que tu n'y retourneras pas cette semaine, pour la suite je pense que vous ferez au fur et à mesure. »
Il ne répondit rien alors Sôjun reprit : « Comment est-ce que tu te sens ?
- Je sais pas… J'en sais rien. Il se passe trop de chose… Et… Pour Izaka, que va-t-il se passer ?
-Elle est en garde à vue et je ne pense pas qu'elle sortira de sitôt.
- Tant mieux. »
Il ne voulait pas la revoir. Jamais.
Il ne voulait plus rien avoir avec elle. Pas maintenant. Il ne pouvait pas faire face à ça. S'il pouvait entendre que Byakuya était son père biologique, il ne pouvait pas accepter qu'Izaka soit sa mère, pas après ce qu'elle avait fait. Elle l'avait enlevé contre de l'argent tout en sachant qu'il était son fils. Elle souhaitait faire chanter Byakuya alors qu'elle l'avait agressé. À moins qu'il n'y ait encore des informations qu'on lui cache. Il ne saurait jamais tout sur cette affaire mais il avait besoin d'entendre la version de Byakuya. Besoin de l'entendre de sa bouche. Il en avait besoin pour comprendre.
Il devrait pourtant patienter jusqu'au retour de Byakuya. Qu'allait-il faire pour tenir jusque-là ? Il devait s'occuper l'esprit.
o~~O~~o
Cela le fatigua plus qu'il ne l'aurait pensé. Il avait bien fait de préparer à l'avance sa déclaration. Son avocat l'avait regardé comme un OVNI à son arrivée mais il l'avait reçu. Au fur et à mesure qu'il lui expliquait la raison de sa venue, il voyait ses sourcils se lever. Il ne fit pas de commentaire et prit le temps d'inspecter la déclaration qu'il lui avait envoyé.
« Bien, je vais transmettre ça aux membres de votre famille. Je ne donnerais pas les détails mais les préviendrait de ce qui va arriver. Je vais prendre contact avec le commissariat pour la suite de l'enquête et je vous tiendrais informé de l'avancé. Je vais surveiller la presse et contacter une de mes connaissances. Il acceptera de me tenir au courant de tout ce qu'il se dit contre l'exclusivité si cela vous convient. »
Il avait accepté sa proposition puis ils avaient continué de discuter les détails.
Après cette entrevue, il prit la direction du siège de l'entreprise et en profita pour contacter Rukia. Il devait aussi lui en parler de vive. Elle lui répondit presque aussi vite :
J'ai mon après-midi et j'avais prévu de passer chez toi en début d'après-midi de toute façon !
Il esquissa un léger sourire. Sa petite sœur ne changeait pas. Dans l'immeuble, il vit les regards se tourner vers lui. Il était inhabituel de le voir arriver si tard et son départ de la veille devait soulever des questions. Il resta neutre autant que possible et monta à son bureau. Il devait prévenir Renji que son absence allait s'allonger et récupérer les dossiers urgents. À son étage, le silence se fit dès qu'il entra. Des pairs d'yeux inquiets le scrutaient. Il salua ses employés et s'avança sans faire attention à l'ambiance étrange qui régnait. Certes il était rare qu'il s'absente mais de là à en faire une affaire d'état… Il commença à se demander si exposer ce qu'il lui était arrivé était une si bonne idée. Cependant il ne pouvait plus reculer, il ne pouvait plus nier ce qu'il lui était arrivé.
Il reconnut sans peine les mèches rouges de Renji qui s'agitait dans tous les sens. Il pestait en tapotant sur son clavier d'ordinateur. Il semblait ne plus savoir où donner de la tête.
Son assistant releva la tête et le regarda arriver avec des yeux ronds, comme s'il n'espérait plus le voir venir de la journée. Il le salua brièvement et lui demanda de le suivre dans son bureau. Il le fit s'installer et s'assit à son tour dans son siège en laissant échapper un soupir.
« J'ai vu que tu avais repris les choses en main, commença-t-il.
- Votre secrétaire m'a dit que vous étiez parti précipitamment hier alors j'ai supposé que c'était une urgence. Comme je ne vous ai pas vu arriver ce matin, j'ai tenté de m'occuper du plus urgent.
- Bien, tant mieux… Je suis revenu pour te dire que mon absence risque de durer plus longtemps que prévue. Une vieille histoire de famille est sur le point de ressurgir et je vais de nouveau me trouver sous le feu des paparazzis. Comme je préférais éviter ça, je vais rester chez moi auprès de mes enfants pendant cette période mais je compte continuer à travailler, je pensais opter pour du télétravail. »
Renji acquiesça silencieusement, il semblait perdu dans d'intenses réflexions.
« Je vais de nouveau avoir besoin de toi pour me représenter ici. Tu t'en es bien sorti durant mon congé alors je ne m'inquiète pas mais je t'ai confié la promotion de notre nouvelle gamme et je ne peux plus te laisser tout mon travail. Pour mes rendez-vous, je les ferais en visioconférence ou à l'extérieur des bureaux. »
Il commença à s'inquiéter du manque de réaction de Renji et fit une pause dans son discours.
« Tu as des questions ?
- C'est juste que… Cette histoire de famille, c'est si grave que ça ? »
C'était donc cet aspect-là qui le dérangeait et non son absence indéfinie.
« Pour le moment cela doit rester entre nous, reprit-il. »
Il le vit froncer les sourcils et afficher une mine grave.
« Si j'ai dû partir hier, c'est parce qu'Ichigo avait été enlevé… Il est rentré sain et sauf à la maison, ajouta-t-il aussi vite pour parer d'éventuelle question. Cet évènement a fait ressurgir avec lui d'autres histoires… Je ne peux pas t'en dire plus pour le moment car je dois d'abord en parler avec Rukia… Je ne voudrais pas te mettre dans une situation où tu devrais lui cacher des informations. »
Il le vit rougir à cette évocation mais il n'osa pas le contredire. De toute manière leur relation serait bientôt officialisée et en comparaison avec Kenpachi, Renji ressemblerait au gendre idéal.
« Donc pour reprendre, je suis passé ce matin pour régler ce départ en télétravail pour… Une durée indéterminée et j'aimerais que cela se passe au mieux alors il faut organiser ça maintenant. »
Son assistant hocha la tête et ils mirent au travail pour régler les détails. Après deux bonnes heures ils furent interrompus par un gargouillement qui s'échappa du ventre de Renji. Byakuya décida que cela suffirait, de plus il devait rentrer avant Rukia. Il avait fait trainer sa visite au bureau pour repousser cette confrontation qui l'effrayait. Il ne pensait pas être bien accueilli par son fils après sa fuite au petit déjeuner. Ça allait être difficile pour lui et il n'imaginait pas ce que ce serait pour l'adolescent.
Le trajet jusqu'à l'appartement ne lui avait jamais semblé si court. Il se tordait dans tous les sens et ne trouvait pas de position confortable. Il se préparait à tous les scénarios possibles : larmes, colère, dispute ou même se faire insulter. Il n'arrivait pas à imaginer de scénario où tout se passait bien. Même si son père s'était voulu rassurant quant aux réactions d'Ichigo, il ne voyait pas comment il pourrait accepter ça si facilement.
Lui ne pouvait pas se le pardonner.
Il arriva bien trop vite à la résidence. Il envoya un message à son père pour lui annoncer son arrivée imminente. Quelques secondes après il reçut un SMS de Rukia lui disant qu'elle quittait le Senbonzakura. Il calcula rapidement qu'il faudrait une demi-heure avant qu'elle arrive. Il entra dans l'ascenseur et sélectionna l'étage. Il devait se reprendre et rester fort. Il avait réussi à en parler avec Kenny la veille, il devrait arriver à en parler à Ichigo. Il le fallait, pour tous les deux.
La cabine s'immobilisa et il en sortit lentement. Il s'avança sur le palier et se planta devant sa porte quelques instants avant de se décider à attraper la poignée.
La confrontation était arrivée.
Il avait toujours espéré ne jamais avoir à faire cette discussion. Il craignait ce qu'il pourrait voir dans les yeux de son fils. Ce bébé qu'il avait abandonné et confié à des inconnus. Sa naissance lui revint brutalement en mémoire. Cela avait été difficile, douloureux et épuisant mais lorsque la sage-femme l'avait posé sur son torse tout avait disparu. Il était minuscule et tremblant. On lui avait repris pour le laver mais il ne l'avait pas quitté des yeux. Comme il était prématuré, on le lui avait ramené pour qu'il le garde au chaud contre sa peau et le calmer le temps d'être emmené à la maternité. Il avait à peine crié pourtant il n'avait pas pu fermer les yeux cette nuit-là, trop angoissé qu'un de ses mouvements ne le réveillent ou de rater quelque chose d'important. Il voulait s'assurer qu'il aille bien.
Il se rappelait de l'inquiétude dans le regard de son grand-père Hiro. Ce n'était qu'aujourd'hui qu'il en comprenait pleinement le sens. Hiro avait eu six enfants et il avait dû voir qu'il créait du lien avec Ichigo. Dès cet instant il avait compris que la séparation serait douloureuse. Il repoussa ce souvenir pour l'instant. Il en aurait d'autres à raconter et il serait plus simple de tout reprendre dans l'ordre.
Il souffla et ouvrit la porte.
Il entendit que la télévision était allumée et il retira son manteau pour le suspendre. Il retira ses chaussures avant de balayer le séjour du regard. Il vit son père à la table à manger en train de regarder leur album de famille. Il releva la tête vers lui avec un sourire rassurant. Il reporta son attention vers le salon et vit Ichigo dans le canapé. Il avait tourné la tête dans sa direction et ils se jaugèrent silencieusement. Il fit le premier pas et alla s'installer sur le canapé à canapé à côté de lui. Derrière eux, il entendit son père se retirer, probablement vers la cuisine, pour les laisser parler seul à seul.
Il ne savait plus par où commencer. Toute la trame qu'il avait créée s'était décousue mais il n'en laissa rien paraitre.
« Comment tu te sens ? »
Il le vit hausser les épaules.
« Ça va, un peu fatigué mais j'imagine que c'est à cause des produits qu'on m'a injecté. Et toi ? Tu dois être secoué aussi, murmura-t-il.
- On ne peut pas dire que la revoir ait été une bonne surprise. J'imagine que tu avoir des questions ? Ou tu aimerais des explications sur ce qu'il s'est passé hier ? »
Ichigo resta silencieux et s'adossa contre le canapé. Il patienta. Il ouvrit la bouche et la referma à plusieurs reprises avant de tourner vers lui.
« C'est vrai ? C'est vrai ce qu'elle a dit, que je suis votre fils ? »
Sa voix était hésitante.
« Oui… Tu es bien notre fils biologique.
- Tu avais quel âge ?
- Dix-sept ans lorsque tu es né…
- Mais tu en avais seize lorsque… Lorsque, bredouilla-t-il.
- Oui, c'est exact. »
Ichigo se tut et les expressions se succédèrent sur son visage : choc, perplexité et tristesse. Il passa une main tremblante dans ses cheveux.
« Putain, souffla-t-il. Non c'est pas… Enfin je… Je sais pas c'est… »
Il resta silencieux et attendit qu'il remette de l'ordre dans ses idées.
« Ce que je veux dire c'est que… Ça a dû être difficile… Je m'imagine pas à mon âge être enceint. »
Il s'attendait à tout sauf à ça. Il avait imaginé les pires scénarios et soudain… Il était surpris et sans voix.
« Je crois bien que j'aurais fait pareil dans ta situation et puis on ne peut pas dire que j'ai été malheureux enfant alors… Voilà.
- Ça n'a pas était une décision facile à prendre tu sais.
- Sôjun m'a dit qu'ils ne t'avaient pas laissé le choix de toute façon. »
Son bébé lui avait manqué mais l'inverse n'était pas vrai.
« Je n'aurais pas su m'occuper de toi et à l'époque cela me paraissait être la seule solution possible. Je ne voulais pas te confier à des inconnus ni te perdre de vue et en même temps je ne pouvais pas débarquer dans ta vie comme ça après ça…
- Vous vouliez m'en parler ? Me dire la vérité ?
- Masaki et Isshin souhaitaient que tu saches la vérité, enfin, au moins de dire qu'ils t'avaient adopté. Nous n'avions rien fixé de précis… Rien ne pressait. »
Il se tut en se remémorant les évènements qui avaient mené à la situation. Le décès de Masaki et Isshin n'avaient jamais été envisagé dans leur arrangement.
« Cela n'aurait pas dû se passer ainsi.
- C'est sûr… En même temps à cet âge-là, c'était quoi les probabilités que tu te retrouves enceint d'une de tes profs.
- Cela ne m'avait pas traversé l'esprit non plus pourtant cela aurait dû m'alarmer. Ça avait trop duré, murmura-t-il. »
Il sentit Ichigo trembler à côté de lui à cette évocation. Il le regarda et vit le trouble dans ses yeux.
« Tu… As une question ? Encouragea-t-il.
- Je me rappelle pas de tout ce qu'il s'est passé hier mais j'ai bien senti qu'il y avait de la tension entre toi et… Izaka alors est-ce que… Enfin, je suppose que tu ne veux pas parler de ça mais… Elle… »
La sonnette de l'entrée retentit et le coupa. Il avait oublié Rukia.
« Je reviens, dit-il, Rukia devait passer mais je ne pensais pas qu'elle arriverait si tôt.
- D'accord. »
Il se leva et vit Hanatarô déjà à la porte pour ouvrir. Dès qu'elle entra il remarqua ses sourcils froncés. Ils se saluèrent et elle jeta un coup d'œil interrogateur vers Ichigo. Elle ouvrit des yeux encore plus ronds lorsque leur père montra le bout de son nez.
« Eh bien… Que se passa-t-il ? Dit-elle. J'ai entendu que tu partais en télétravail pour une durée indéterminée… Il se passa quelque chose de grave ?
- Pas exactement, reprit-il, mais-
- Byakuya, je vais lui parler si tu veux bien, coupa Sôjun. Je crois que tu n'as pas fini avec Ichigo, je me trompe ?
- Certes mais… »
Il s'arrêta et s'avoua vaincu : « D'accord, souffla-t-il. »
Rukia les observa passant de l'un à l'autre, imaginant toutes les raisons possibles qui avaient pu mener à cette situation étrange.
« On va parler dans la cuisine, peut-être ? »
Il ne saurait pas gérer les larmes de sœur contrairement à leur père. Il souffla et retourna s'assoir à côté d'Ichigo. L'adolescent le regarda revenir s'installer. Il attendit que Rukia et Sôjun soient partis pour reprendre :
« J'ai une autre question c'est vrai mais c'est… »
Il le vit tordre ses doigts.
« C'est à propos d'Izaka, n'est-ce pas ? »
Il hocha la tête : « Sur vous deux en fait… Elle t'a…
- Oui, souffla-t-il, elle m'a violé. »
Ichigo baissa la tête.
« Tu n'as peut-être pas envie que je te parle de ça… Pas maintenant.
- Si enfin… J'ai pas envie de l'entendre mais j'ai besoin de savoir… Pour comprendre et connaitre l'histoire depuis le début.
- Dans ce cas, dis-moi si tu veux que j'arrête… J'avais quinze ans, c'est arrivé au début de deuxième trimestre après les vacances d'été. J'étais délégué et elle voulait me parler donc nous nous sommes retrouvés seuls et… Elle en a profité. Je ne me l'explique pas. Elle s'est transformé l'espace d'un instant en une autre personne et je n'ai pas su comment réagir. Je pensais pouvoir le gérer et me débrouiller tout seul mais ça ne s'est pas arrêté.
- Il n'y avait personne à qui tu pouvais en parler.
- Je ne pouvais pas parler. J'avais honte et si je ne t'avais pas eu… Personne ne l'aurait su.
- Tu aurais pu vivre avec ça ? Je sais pas mais… Avec monsieur Zaraki par exemple, vous vous entendiez bien, non ? »
Il arqua un sourcil.
« Je ne pouvais pas en parler, reprit-il. J'ai été élevé par mes grands-parents, pour Ginrei l'honneur est la valeur la plus importante qui soit. Qu'une professeure s'adonne à de telle chose était inimaginable et que je ne me sois pas défendu non plus. J'étais en forme, j'avais pratiqué des sports de combat et de défense alors ce n'était pas possible que cela arrive.
- Ça a dû être difficile de supporter ça sans rien dire. »
Il haussa les épaules.
« Comment tu as su ? Reprit-il. Comment as-tu appris que tu étais enceint ?
- J'ai fait un malaise à la fin d'une compétition. On m'a fait une prise de sang pour vérifier que je n'avais pas de carence, j'avais perdu du poids par rapport à ma dernière visite médicale et je me trouvais assez bas sur les courbes de poids. Ça a été une sacrée surprise.
- Ça faisait longtemps ?
- Environ cinq mois.
- Cinq mois ? S'exclama-t-il. Et… Tu avais perdu du poids et tu faisais des compétitions en plus ?
- C'était un déni de grossesse mais après deux-trois jours je me suis retrouvé avec un ventre de cinq mois de grossesse. C'était étrange.
- J'imagine bien oui… Tu t'es retrouvé avec l'enfant de celle qui t'as agressé… »
Il le vit baisser la tête et se renfrogner.
« Ce n'est pas la grossesse qui a été difficile mais le regard de ma famille et des quelques personnes extérieurs au courant… Ils m'ont cru mais j'avais le sentiment qu'ils me jugeaient : de ne pas m'être défendu, de n'avoir rien dit, de ne pas avoir remarqué la grossesse et de ne pas avoir réagi plus tôt j'imagine…
- C'est à cause de moi que tu es parti à l'étranger ?
- Je ne suis pas parti à l'étranger à ce moment-là, c'était une couverture… Je suis parti après faire un semestre à l'étranger mais j'ai passé ma grossesse à Kyoto au manoir familial.
- Tu es resté enfermé pendant quatre mois là-bas ?
- En réalité trois mois, tu avais un mois d'avance… Quelle angoisse ça a été, j'avais à peine perdu les eaux qu'il était trop déjà trop tard pour me transporter à l'hôpital.
- Attends, tu as accouché chez toi ? »
Il sourit en voyant la mine choquée de l'adolescent.
« Ça a été très rapide mais je ne te le recommande pas… J'aurais préféré une péridurale.
- Mais…
- Je n'ai pas accouché tout seul, ajouta-t-il. Il y avait un médecin et une sage-femme… J'ai été à la maternité après… Tu étais minuscule mais en pleine forme. Tu n'étais pas plus grand que ta peluche.
- Ma peluche ?
- Oui… Une sorte de lionceau je crois, un peu bizarre d'ailleurs. »
Ichigo se tourna vers lui interloqué. Ce n'est qu'à ce moment-là qu'il se rendit compte que leurs positions respectives s'étaient détendues et rapprochées. Une idée lui traversa l'esprit : la boite qu'il avait retrouvée à l'étage dans son armoire. Il y avait enfermé ces souvenirs.
Peut-être qu'Ichigo voudrait les voir.
« Cette peluche, reprit-il, je l'avais quand j'étais petit. Je crois bien même qu'elle est restée chez moi, enfin… C'était mon doudou, murmura-t-il. »
Il eut un pincement au cœur et en même temps… Cela lui faisait plaisir.
« Excuse-moi un instant, je viens de penser à quelque chose qui pourrait t'intéresser. »
Il se leva et pris la direction de sa chambre. Il ouvrit son armoire et retrouva la boite où il l'avait laissé. Il l'attrapa et s'arrêta net. Etait-ce vraiment une bonne idée ? Il avait fermé tous ses souvenirs et n'était pas sûr de ce qu'il s'y cachait vraiment. Des doutes, de la tristesse, de la honte… Et en même temps des souvenirs qui aideraient Ichigo à comprendre qu'il ne l'avait pas oublié et à quel point sa famille d'adoption l'avait voulu et désiré. Il devrait vérifier son contenu mais il savait que s'il l'ouvrait maintenant il serait pris par l'émotion. Il serra la boite entre ses mains et prit une grande inspiration.
Il redescendit dans le salon et vit qu'Ichigo avait pris une position plus décontracté. Il s'était adossé contre les coussins et affichait enfin une mine détendu. La discussion était allée dans le bon sens, il n'aurait pas pensé que cela puisse se passer si bien.
Ichigo fronça les sourcils intrigué et regarda cette vieille boite à gâteau rouillée. Il s'assit à côté de lui et garda la boite sur ses genoux un instant.
« Masaki avait pris l'habitude de m'envoyer des lettres… J'avoue ne pas lui avoir toujours répondu mais cela me faisait plaisir d'avoir des nouvelles. Je les ai conservés et je pense que, peut-être, tu voudrais les lire… Cela n'a rien d'extraordinaire mais… Je savais que tu étais entre de bonnes mains grâce à ça. Son amour pour toi embaumé ses lettres, elle parlait tout le temps de toi avec émerveillement. Il y avait parfois des photos : premiers pas, des anniversaires… Des photos de famille mais c'est vrai que fait exprès ou non, il y avait toujours des photos où tu étais seul… Comme si elle voulait que je puisse m'y identifier aussi. »
Il hésita mais lui tendit la boite.
« Tu es sûr que cela ne te dérange pas ?
- Ça fait aussi partie de ta vie alors tu as le droit de savoir. »
Il l'attrapa.
« Tu voudrais pas qu'on regarde ça un autre jour, ensemble ? »
Il lui jetait des regards nerveux et se demanda ce qui causait ce trouble.
« Si tu veux mais… »
Il s'arrêta en remarquant un tremblement dans sa voix. Il ne pensait pas être troublé à ce point et préféra changer de sujet.
« Yuzu et Karin vont rentrer ce soir, je vais leur parler de tout ça aussi. Comme je m'attends à ce que toute cette histoire finisse dans les journaux je préfère leur en avoir parlé avant. Je ne pense pas qu'elles le prendront mal mais j'ai peur de ce qu'elles pourraient entendre à l'extérieur alors je vais faire de mon mieux pour leur expliquer. »
Peut-être était-ce à lui-même qu'il disait cela ?
« Et en ce qui concerne ton avenir au sein de la famille Kuchiki, si on peut l'appeler ainsi, je ne veux pas que tu ressentes d'obligation, c'est les Kurosaki qui se sont occupés de toi alors je comprendrais que tu ne veuilles pas t'assimiler à nous après tout ce que nous t'avons caché… Mais si tu le souhaites évidemment tu pourras rejoindre l'entreprise familiale… Mais rien ne presse, ajouta-t-il.
- D'accord mais… Tu sais pour le moment je n'y vois pas encore très clair sur mon avenir. Je sais bien que je suis au lycée et qu'il faudrait que je m'en inquiète mais je sais pas trop ce que je veux faire encore et j'ai pas vraiment l'impression d'avoir le niveau pour entrer dans une entreprise pareille…
- Ne dis pas ça, il est toujours possible d'évoluer avec l'expérience et il y a pas mal de postes différents, je pense que tu trouverais quelque chose qui te conviendrait.
- C'est pas faux, sourit-il, mais pour le moment je crois que… J'ai besoin de faire le chemin par moi-même. Et… Il y a autre chose, je… Tout va très vite et je suis un peu paumé mais je sais pas si je pourrais… »
Il se frotta les cheveux et chercha ses mots.
« Je sais pas si je pourrais t'appeler papa ou… C'est tout nouveau, ajouta-t-il, je veux pas te blesser ou être irrespectueux c'est juste qu'il faut le temps de m'habituer à l'idée. »
Il resta sans voix. Il ne pensait pas que cela viendrait d'Ichigo lui-même, à vrai dire il ne l'espérait pas. Il n'avait pas été là pour lui, il l'avait abandonné alors il était normal qu'il ne le considère pas comme son père.
« Tu n'es pas obligé, tu sais… Je comprendrais même que tu ne veuilles jamais m'appeler ainsi après tout j'ai- »
Il ne parvint pas à terminer sa phrase et à nouveau il vit de la nervosité chez son fils. Il comprit alors que c'était ses hésitations qui le mettaient mal à l'aise. Il contrôlait mal ses expressions et n'arrivait pas à réfréner les élans qui l'habitaient. Il se pinça le nez et ferma les yeux un instant. C'est en se passant les doigts sous les yeux qu'il sentit quelque chose. Il retira sa main et regarda ses doigts. Il vit une goutte sur son index. Il… Pleurait ?
Non, ce n'était pas exactement ça. Pas vraiment des pleurs, plutôt une larme solitaire. Comment avait-il pu passer à côté de ça ? Comment cela avait-il pu lui échapper ? Il prit un instant pour se ressaisir.
« Je-»
Il fut coupé par des bruits de pas venant de la cuisine, il releva la tête pour voir qui venait les interrompre et vit Rukia. Elle s'arrêta, ouvrit la bouche mais aucun son de sortit. Il vit leur père apparaitre derrière elle pour tenter de la rattraper avec une mine inquiète. Il se leva et presqu'aussitôt elle fondit sur lui.
Il n'eut pas le temps de réagir qu'elle avait déjà ses bras enroulés autour de sa taille. Il ouvrit la bouche mais ne trouva aucune objection. Sa petite sœur sanglota dans ses bras et il sentit tout de suite le besoin de la réconforter même s'il ne comprenait pas bien son émoi. Il lui caressa les cheveux et se pencha sur elle. Parfois il oubliait à quel point elle était petite dans ses bras. En le serrant contre lui il se rappela de cette fois où elle était venue une nuit en pleurant dans sa chambre à cause d'un orage.
Leur père n'était pas là et Ginrei avait toujours effrayé Rukia enfant. Elle n'osait jamais relever les yeux vers lui de peur de le fâcher, avec le temps Hiro l'avait aidé à surmonter sa crainte mais à cette époque il lui faisait toujours peur. Elle était venue se réfugier dans sa chambre et il lui avait fallu un moment pour la calmer et aller la recoucher.
Il n'était pas sûr qu'il puisse aller la mettre au lit à son âge.
Il l'entendit marmonner contre son torse et mouiller sa chemise. Il ne rappelait pas qu'elle pleurait à grosse larmes comme ça et il ne comprenait toujours pas pourquoi elle se mettait dans un état pareil. Même si leur père lui avait tout dit, elle n'avait pas de raison de se mettre à pleurer.
Puis elle le repoussa violement et lui donna un coup dans le bras.
« Aïe.
- Crétin que tu es, va ! Pourquoi tu restes aussi calme ? »
Il fut déconcerté cette fois. Elle était encore plus imprévisible que Yoruichi. Il se frotta le bras ne sachant que dire. Il regarda vers Ichigo qui semblait aussi perplexe que lui. Cela le rassura de ne pas être le seul. Il regarda à nouveau sa petite sœur trembler de rage puis elle desserra les dents et revint se serrer dans ses bras.
Il regarda son père en quête d'une réponse sur cette situation. Celui-ci affichait un sourire tendre. Il semblait être le seul à comprendre ce qu'il se passait. Rukia continua à sangloter dans ses bras. Il ne comprenait rien aux femmes. Il se dit que gérer ses filles risquaient de se compliquer dans les années venir. Il lui frotta le dos et ses pleurs s'estompèrent. Elle retrouvait son calme.
« Tout va bien, dit-il. C'est fini.
- Non, soupira-t-elle, c'est loin de l'être. C'est pas normal. »
Sa voix était enrouée, elle se frotta les yeux mais garda une main accrochée à sa chemise. Elle renifla bruyamment mais se recolla à lui.
« Excuse-moi mais ça m'a énervé. C'est pas normal ce qu'il s'est passé et en plus… Dire que j'étais fâchée que tu n'aies pas donné de nouvelles pendant ton soit disant séjour à l'étranger.
- Je ne voulais pas te mentir.
- Je viens de prendre un coup vieux, sourit-elle, j'ai un neveu de quinze ans et dire que je me trouvais déjà trop jeune pour être tata lorsque Yuzu et Karin sont nées. D'ailleurs tu leurs as dit ? Elles rentrent quand ? Et pour-
- Rukia, intervint Sôjun. Laisse-le respirer. »
Elle rougit et le relâcha pour s'éloigner de quelques pas. Elle défroissa sa robe et replaça une mèche de cheveux égarées. Elle se racla la gorge et regarda Ichigo : « J'ai dû vous interrompre en plus. » Il vit son embarra et se dit qu'il devait agir. Il regarda son fils un instant et reprit la parole : « Nous avions évoqué les sujets principaux, j'imagine que cela ne fera pas de mal de faire une pause et de laisser poser un peu. »
Ichigo hocha la tête. Au moins, ils étaient tous les deux d'accord sur ça, il fallait laisser un peu de temps avant de reprendre le sujet.
« Tu ne vas pas retourner au travail tout de suite, si ?
- Je vais télétravailler quelque temps pour éviter les désagréments et surtout gérer les affaires internes à la famille. »
Il regarda leur père qui semblait partager son avis sur la question, la famille serait peut-être le plus difficile à gérer. Ses oncles et tantes risquaient de mal accueillir ce nouveau coup de projecteur sur leur famille. Il devrait affronter leurs réflexions et leurs regards. Soudain il pensa à ses amis, comment Shunsui, Jûshirô et Yoruichi allaient accueillir la nouvelle ? Il n'avait pas pensé à eux.
« Dis… »
Il baissa le regard et vit que Rukia s'était approché pour poser une main rassurante sur son bras.
« Tu ne voudrais pas qu'on regarde Kiki la petite sorcière comme lorsqu'on passait les vacances chez nos grands-pères ? J'ai mon après-midi de libre et à part venir te voir ou commencer à chercher une tenue pour le mariage de Yoruichi, j'avais rien prévu d'autre. Ce sera l'occasion de faire connaitre à Ichigo une vieille tradition familiale.
- Une vieille tradition ? Tu n'as pas l'impression d'exagérer des fois ?
- Allez, ralla-t-elle. Je vais demander à Hanatarô de faire des chocolats chauds. Ichigo, tu aimes les chocolats chauds, non ? Et puis il y a de la brioche de ce matin, c'est l'occasion de faire un goûter ensemble. Tu sais depuis combien de temps on n'a pas fait ça ?
- Je dirais que-
- Depuis trop longtemps, coupa-t-elle. Cherche le DVD et Ichigo ne bouge pas de là où tu es ! »
Ichigo n'eut pas le temps d'en placer une lui non plus. Cette scène sembla beaucoup amuser leur père.
« Et père dans le fauteuil, reprit-elle. »
Ichigo sourit. Il venait de découvrir une autre facette de la famille : Rukia et son côté autoritaire. Cela ne l'empêcha pas de venir se blottir contre lui une fois le film commencé. L'espace d'un instant elle redevint sa petite sœur de huit ans qui venait dans ses bras avec son doudou à la main pour profiter d'un des rares moments de calmes qu'ils avaient juste tous les deux.
