Chapitre 11 : Drago et le lama
L'atmosphère s'alourdit soudainement. À croire que même la montagne rivait son attention sur ce qu'il se passait à l'intérieur de sa roche, dans la salle à manger, entre ses locataires et leurs invités. Comme bien souvent lorsqu'un danger imminent et grave manquait de l'approcher, un calme olympien l'envahit. Son cerveau filtrait les pensées pour ne laisser apparaître que les plus logiques, celles pouvant la sortir de cet enfer. Machinalement, elle occulta tout, se concentrant surtout sur Drago. Elle resta stupéfaite lorsqu'elle le vit sourire, les yeux pétillants de malice. Visiblement, cette situation l'amusait beaucoup. Il la mettait presque au défi de le faire. Comprenant que tous les regards convergeaient vers eux, elle se pencha lentement vers le Serpentard. Ses lèvres entrèrent en contact avec sa joue pour un baiser tellement rapide qu'il aurait pu aussi ne pas jamais exister. Puis elle se redressa brusquement et sourit à l'assistance.
-Elle est timide, leur confia Drago, comme s'il s'agissait d'un secret.
Mais le Pedro n'avait pas dit son dernier mot.
-Allons, señora, tu ne peux pas être sérieuse ! C'est comme ça que les jeunes s'embrassent ? Vous êtes mariés non ? Vous êtes amoureux ? Alors ? Embrasse ta señora !
Le ton était implacable, ne laissant aucune échappatoire. Comprenant qu'elle n'avait pas d'autres choix, Hermione se tourna pour la seconde fois vers Drago. Elle tenta d'éviter son regard. Son « mari » ne lui laissa pas le choix. Ses yeux vinrent se fondre dans les siens, lui coupant toute retraite. Elle tressaillit devant ce qu'elle vit. Une lueur profonde, déterminée qui la cloua sur place. Ils se contemplèrent ainsi quelques minutes puis d'un geste brusque, Drago attrapa son visage dans ses mains et captura ses lèvres dans un baiser brûlant. Interloquée, Hermione resta quelques secondes sans bouger alors que la bouche de Drago caressait la sienne avecune dévotion qu'elle n'aurait jamais pu imaginer. Puis, doucement, alors que sa tête lui hurlait de se détacher, elle ferma les yeux et s'abandonna à son étreinte. Ses lèvres étaient douces, l'enveloppant dans une caresse tendre. Une chaleur étrange l'envahit, consumant ses dernières résistances, ne leur laissant aucun moyen de survie. Elle sentit son cœur remonter le long de sa poitrine pour venir se lover dans sa bouche, répondant lui-même au baiser de Drago. Le temps s'arrêta, protégeant cet instant qui n'appartenait maintenant qu'à eux. Rien d'autre n'existait en dehors des lèvres de Drago sur les siennes, de ses mains encadrant son visage. Elle se sentit brûlée, immolée par les feux de la passion qui ne cessaient de croître. Puis, aussi soudainement que ça avait commencé, tout s'arrêta. Il rompit le contact. Ses mains restèrent un peu plus longtemps sur son visage, avant de s'éloigner définitivement, la laissant là, haletante, l'esprit totalement engourdi et figé par le désir. Elle tenta de croiser son regard sans y parvenir. Cette fois, il semblait l'éviter. Des applaudissements et des exclamations ravies retentirent, la faisant sursauter. Elle se rappela du contexte et se mit à rougir brutalement, se rasseyant à sa place en bredouillant des sons incohérents. La tête lui chauffait, son cœur tambourinait furieusement et elle n'avait jamais senti son corps aussi engourdi. En essayant d'attraper sa fourchette, elle dut s'y reprendre à plusieurs fois tellement elle tremblait. Elle comprit que Pedro approuvait ce baiser et les félicitait, mais elle n'en était même pas sûre. En réalité, elle n'était plus vraiment consciente de rien et finit son repas dans un silence presque sacré.
Drago l'avait embrassée, c'était une certitude. Elle s'était non seulement laissé faire, mais elle y avait répondu avec une ferveur dont elle ne se serait jamais crue capable. Elle n'était pas sûre de ce que ça voulait dire. Hermione craignait d'ailleurs la réponse à cette question. Ses lèvres la brûlaient toujours et une chaleur lancinante réchauffait son cœur. C'était agréable sans l'être. La sorcière avait la sensation de quelque chose d'inachevé.
Ce fut donc dans cet état second qu'elle termina le repas, participant aux conversations d'une voix mécanique. Elle ne s'aperçut presque pas que le dîner venait de se terminer ou qu'elle se levait de table. Elle ne fit pas plus attention au fait qu'elle passait la porte, gravissant les marches vers sa chambre. Elle n'eut aucun regard pour Drago qui la précédait dans un silence aussi étrange que le sien. Hermione reprit conscience qu'une fois dans la chambre, face au seul lit de la pièce, avec Drago à ses côtés qui fuyait son regard. La jeune femme sembla sortir de sa torpeur au fur et à mesure que la réalité reprenait le dessus. Elle allait devoir dormir ici. Dans ce lit. Avec Drago.
-Bon, on tire à pile ou face ? lança soudain le Serpentard.
-Quoi ? dit-elle d'une voix étranglée.
-On tire à pile ou face ? proposea le Serpentard avec un sourire goguenard. Ou bien, tu veux peut-être qu'on dorme ensemble ?
Ses joues chauffèrent aussitôt et elle lui lança un regard noir. Drago sortit alors une noise de sa poche.
-Pile je gagne, face tu perds ? lança-t-il innocemment.
Hermione hocha lentement la tête. Puis, lentement, la phrase fit son chemin parmi ses pensées troublées.
-Tu te moques de moi ? Vil serpent !
Drago ricana.
-C'est bon, j'ai pas encore réussi à te geler le cerveau !
La jeune femme détourna la tête, dissimulant toutefois un léger sourire. Elle ne savait pas s'il avait cherché à la mettre à l'aise, à la faire rire ou s'il était juste aussi insupportable qu'avant. Ce qu'elle savait, c'est qu'elle avait soudain l'esprit un peu plus léger.
Plus tard dans la nuit, la jeune femme se débattait avec ses cauchemars. Elle en faisait de temps à autre, revivant les scènes les plus traumatisantes de la guerre. Peut-être toute la tension accumulée les derniers jours avait eu raison de son esprit. Elle se retrouva en prise avec l'un de ses cauchemars les plus terrible. En sueurs, elle poussait des gémissements proches du désespoir, incapable de se réveiller. Un bras puissant vint alors passer au-dessus d'elle pour venir l'attirer contre un corps chaud et musclé. Elle crut entendre quelques murmures réconfortants chuchoter au creux de son oreille, l'entraînant doucement dans un sommeil plus serein. Apaisée avec l'impression d'être en parfaite sécurité, Hermione se laissa doucement aller à cette étreinte réconfortante. Elle finit par sombrer dans un sommeil tranquille, le visage soudain relâché de toute tension.
Le lendemain, ce fut la lueur du soleil timide, chatouillant son visage, qui la sortit de sa torpeur. Elle mit quelques minutes à se réveiller avant de se souvenir où elle se trouvait exactement. Son pouls s'accéléra. Hermione n'osa pas faire le moindre geste de peur de réveiller la personne derrière elle. Il lui fallut quelques minutes de plus pour se rendre qu'elle n'entendait aucun bruit. Elle se retourna alors prudemment pour constater qu'elle était seule dans le lit. Drago avait dû se réveiller bien avant et descendre. Hermione profita de ces quelques moments de répit, seule, pour sombrer dans une délicieuse torpeur. Ils s'étaient couchés sans un mot la veille, chacun de son côté, tournant le dos à l'autre. Elle se souvenait vaguement avoir fait un cauchemar, tard dans la nuit. En réfléchissant bien, elle avait même l'impression brumeuse que quelqu'un l'avait rassurée.
Hermione chassa aussitôt cette idée. L'unique personne présente pour le faire n'était autre que son pire ennemi de l'école. Impossible. Elle balaya aussitôt les quelques pensées rebelles qui venaient lui insuffler qu'il n'était peut-être pas son ennemi, s'arracha à son lit et entreprit de faire ses petits préparatifs du matin.
Quelques minutes plus tard, son éternel sac en bandoulière sur l'épaule, la sorcière atterrit dans la salle à manger. La mère d'Elio sy'affairait, préparant le petit déjeuner en vue de l'expédition à venir. Drago était déjà debout, prêt, mangeant en silence. Il ne lui accorda aucun regard et elle s'efforça de ne pas laisser ses yeux trop s'attarder sur lui. Hermione opta donc quelques tartines et du thé, répondant d'une voix mécanique aux questions qu'on lui posait. Elle avait mal au ventre, ne sachant pas si elle devait cette sensation à hier soir, à l'appréhension ou juste à la nourriture un peu épicée de la veille. Sûrement un peu de tout ça.
-Je crois qu'il est l'heure, avisa alors Elio.
Sa mère passa ses bras autour de son cou et l'embrassa avec affection.
-Cuidado mi hijo, murmura-t-elle. Et vous aussi mes chéris. La Vallée Sacrée est pleine de surprises. Tâchez de bien la considérer, sinon elle risque de vous en vouloir.
Sur ces dernières paroles énigmatiques, elle les accompagna dehors. Hermione se retourna une dernière fois pour contempler sa silhouette leur adressant de grands signes de mains, au pied de la montagne. Une certaine nostalgie s'empara d'elle. La Gryffondor avait trouvé dans ces montagnes un calme et une sérénité incomparable. Ces sensations allaient lui manquer. Elle soupira profondément puis se détourna une bonne fois pour toutes.
L'ascension n'était pas très compliquée. En pente douce, la piste offrait des appuis solides. Parfois, quelques cailloux glissaient sous leurs chaussures, cependant le trajet se révéla plutôt agréable. Une brise douce venait tantôt caresser son visage et la vue qui s'étalait autour d'eux leur laissait le souffle coupé. Elio poursuivait son rôle de guide à la perfection, les attendant lorsqu'il le fallait, les abreuvant d'anecdotes diverses sur la Vallée, la montagne ou les animaux. La piste avait depuis longtemps bifurqué vers la gauche, le soleil chauffant à présent leur dos, les accompagnant dans la descente. Ils avaient contourné la montagne par son flanc droit pour la redescendre. Ils arrivèrent ainsi sur un plateau bien verdoyant, où paissaient de nombreux lamas. Hermione les contempla brouter l'herbe avec un léger sourire. Ils offraient un spectacle reposant, se mariant avec l'atmosphère du site. Les lamas ne s'encombraient pas de tension. Ils vaquaient à leurs occupations sans pression, avec même un air désabusé, comme si rien ne pouvaient jamais les atteindre. En même temps, il s'agissait de lamas.
-Qu'ils sont étranges ! Qu'est-ce que c'est ?
Drago les regardait avec une réelle fascination. Son expression d'ordinaire moqueuse ou méprisante, revêtait maintenant un masque de franche surprise. Visiblement, c'était la première fois qu'il voyait pareil animal. Il se rapprochait avec lenteur, incapable de détourner son regard.
-Des lamas, lui répondit patiemment Elio.
-Des lamas ? C'est la première fois que j'en entends parler ! Ils savent faire quoi de spécial ?
-Pas grand chose, rit Elio. Ils appartiennent aux bergers du village qui tondent leur laine pour la vendre ou en faire des vêtements qu'ils porteront ou vendront. C'est l'une des principales économies du coin,.
Drago hocha la tête et se rapprocha encore de l'un deux. Il hésita une seconde puis tendit la main.
-Fait attention, l'avertit Hermione, ils ont tendance à...
-Granger quand je voudrai repredre un cours, je te sonnerai, l'interrompit vivement Drago.
Il se pencha un peu plus en avant, près à le toucher quand l'animal, sûrement offusqué par son ton péremptoire, lui cracha soudainement à la figure, le figeant instantanément sur place.
-Cracher, acheva alors Elio dans un souffle avec un sourire indulgent.
Furieux, Drago s'écarta vivement, le visage ruisselant de bave, les yeux lançant des éclairs. Il aurait pu le tuer sur place et se lança aussitôt dans une tirade véhémente et peu courtoise sur la façon dont il comptait lui régler son compte. Il en était au milieu de sa diatribe lorsqu'un bruit cristallin vint soudain l'interrompre, le laissant presque essoufflé dans sa rage. C'était un son merveilleux, presque pur, et totalement libéré de toutes entraves. Pliée en deux, Hermione riait aux éclats. Son rire se répercutait dans la Vallée qui semblait le propager à l'infini, comme si elle riait avec elle. Des larmes perlaient au coin de ses yeux alors que tout complexe, toute retenue paraissaient se disloquer entre ses hoquets de bonheur.
Trop habitée par son rire, Hermione ne se rendit pas compte que Drago s'était interrompu, la fixant d'un regard intense. Ce regard qui la perturbait tant. Il n'y avait nulle trace de mépris. Il ne semblait pas non plus s'offusquer d'être l'objet de cette hilarité. À vrai dire, il paraissait même plutôt content. Si elle avait prêté plus d'attention au Serpentard, elle aurait pu voir le léger sourire qui se dessinait sur ses lèvres alors qu'il l'observait. Ses yeux d'ordinaire si froids, semblaient fondre sous la chaleur de son rire. Il la contemplait avec une pointe de tendresse qui ne le caractérisait pas. Néanmoins, Hermione ne voyait rien de tout ça, trop occupée à se gondoler. Cela faisait une éternité qu'elle n'avait pas eu un tel fou rire et elle avait beaucoup de mal à se calmer. Au prix d'un effort, toutefois, elle parvint à s'arrêter, bien que son corps fut encore secoué par quelques soubresauts.
-Au moins il n'a fait que cracher à la figure ! Il y en a qui t'aurait sûrement arraché le bras, lança-t-elle avec un clin d'œil complice avant de repartir dans un fou rire.
Drago grommela une réponse intelligible à se souvenir.
-Bon on continue ? On va pas y passer la journée, cracha-t-il en se retournant.
Son sourire mystérieux resta pourtant encore quelques minutes sur ses lèvres, alors qu'il descendait lentement le flanc de la montagne, suivi par Hermione et son rire éclatant dont l'écho répandait une mélodie joyeuse.
Ils mirent encore deux bonnes heures avant d'arriver à destination. La pente finit par laisser place à une route plus large et droite, s'échappant de la montagne pour se jeter dans une prairie d'où ils finirent par apercevoir la silhouette massive du temple. Prisonnier et entouré par les montagnes, ce dernier était un véritable chef d'œuvre de la civilisation maya. En parfait état, il ressemblait aux pyramides, bien que plus petit. Des escaliers constituaient chacun de ses flancs et se rejoignaient en haut sur une esplanade de forme carrée. Dessus, une sorte de maison en pierre à trois étages, percée de plusieurs trous faisant offices de fenêtre achevait cette architecture atypique.
Ce ne fut qu'une fois au pied de la bâtisse qu'ils prirent conscience de la hauteur du temple. Ils allaient à nouveau devoir grimper. Devant leurs mines déconfites, Elio suggéra une pause et ils entreprirent de manger les repas que la mère d'Elio leur avait préparés. Cette petite pause se révéla salvatrice. Hermione se laissa pénétrer par cette ambiance apaisante qu'elle ressentait depuis son arrivée. Si l'Indonésie regorgeait de merveilles, elle en avait surtout retenu un environnement complexe et hostile dans lequel ils s'étaient embourbés. Ici, par contre, elle ne sentait aucune menace. Tout n'était que paix et tranquillité. La jeune femme sentait qu'elle pourrait rester des jours ici sans jamais ressentir le moindre ennui. Cet endroit possédait également des merveilles incroyables, recelait de mystères qu'elle démangeait de résoudre sans pour autant se sentir pressée de trouver une réponse. Un sentiment paradoxal qui ne paraissait pourtant pas incongru, comme s'il se calait dans la logique des choses. Ici, tout semblait trouver un sens. Chaque chose venait à point, il suffisait d'un peu de patience et de garder l'esprit ouvert. Hermione sut alors qu'elle avait un véritable coup de cœur pour l'endroit.
Il leur fallu près de trois-quarts d'heure pour atteindre le haut du temple. Les marches en pierre devinrent ses pires ennemis. Contrairement à Poudlard, l'escalier prenait un malin plaisir à rester immobile, refusant obstinément de les porter plus vite. Lorsqu'elle parvint en haut, essoufflée, Hermione se retourna, voulant contempler les splendeurs du site vue de haut. Elle eut la surprise de découvrir que le temple s'élevaient beaucoup plus qu'il n'y paraissait au premier abord. Il semblait concurrencer la montagne elle-même, prêt à toucher le ciel. Lorsqu'elle fit part de son observation à Elio, celui-ci sourit doucement.
-C'est l'une des épreuves du temple et de la Vallée. Il ne paraît pas bien haut vue d'en bas, mais en réalité l'ascension est longue parce qu'il est vraiment très grand.
Hermione hocha la tête, impressionnée. Son regard dériva sur Drago qui observait avec beaucoup d'intérêt les marches, comme s'il espérait découvrir quelque chose. En même temps, depuis l'épisode avec le lama, Drago s'était montré très peu bavard, tout en paraissant beaucoup trop méfiant. Il avait jeté de fréquents coups d'œil derrière lui, tout au long de leur randonnée, si bien que Hermione ne put s'empêcher de pouffer.
-Tu as peur que le lama te poursuivre, Malefoy ?
-Très mature, Granger, gronda le Serpentard en la foudroyant du regard. Non, j'ai l'impression d'être suivi et je n'aime pas ça.
-Cela paraît peu probable, répliqua Elio. À ma connaissance, il n'y a personne ici à part nous.
-Et comment tu peux en être sûr ?
-Il y a des choses que je dois vous dire avant d'aller plus loin, répondit Elio sans détour. Déjà, vous avez sûrement compris que la Vallée et la montagne sont particulières. Elles sont imprégnées par l'histoire et la magie des Mayas depuis des générations. Ce sont des lieux sacrés dotés d'une conscience qui leur est propre. Ainsi, seules les personnes autorisées peuvent l'arpenter. Vous m'accompagniez donc vous ne vous en êtes pas rendus compte, mais les moldus ne peuvent la visiter comme ils veulent. À certains endroits, des barrières magiques les empêchent de poursuivre leur route. Quant aux sorciers non invités, ils finissent par se perdre dans les chemins changeant de la montagne. Seuls les initiés comme nous, peuvent trouver le chemin jusqu'au temple. Ma famille, par exemple, d'autres briseurs de sorts et certains hauts dignitaires. Ensuite, une fois à l'intérieur, nous aurons à résoudre des énigmes et à déjouer des pièges. Le temps ne file pas non plus à la même vitesse, les montres vont s'arrêter et vous perdrez vos repaires. Enfin, vous ne garderez presque aucun souvenir de tout ce périple. Vous risquez même de ne pas vous rendre compte sur le moment de ce que nous allons faire. Vous vous rappellerez de nos discussions et de ce que vous allez apprendre, cependant, vous oublierez le chemin pour y accéder, ainsi que ses obstacles.
-Vous avez l'air de vous donner beaucoup de mal, railla Drago.
-Nous n'avons pas le choix. Il y a eu des pillages par le passé. Le savoir conservé ici relève d'une importance majeure, le temple étant le dépositaire des mystères les plus secrets de notre passé. C'est un véritable privilège pour vous d'être ici et je suppose que quelque chose de très grave doit se jouer, sinon vous n'auriez jamais pu y accéder. Malgré tout, vous devez vous plier à nos exigences. Je suis sûr que vous possédez également des secrets très bien protégés.
Nul reproche ne perçait dans sa voix. Elio leur expliqua tout d'une voix douce, surtout désireux de leur faire comprendre l'importance que les sorciers péruvien accordait à cet endroit sacré. La jeune femme regrettait déjà ne pas pouvoir se souvenir des merveilles qu'elle avait observé au cours de leur marche. Elle pouffa même, espérant se souvenir toujours de la rencontre entre Drago et le lama. Malgré tout, elle comprenait le positionnement de leur guide et acceptait de bonne volonté toutes les mesures entreprises pour protéger le savoir péruvien. Drago se contenta de hausser les épaules. De toute façon, ils n'avaient pas le choix. Hermione se refusait de perdre la confiance du Protector, maître de l'histoire pour qui elle vouait une admiration sans borne.
Ils laissèrent ainsi le panorama derrière eux pour pénétrer dans une salle aussi large que longue. Des ouvertures rectangulaires laissées filtrer la lumière sur les pans des murs en pierre. L'unique décor résidait dans deux statues bien distinctes. Celle de droite représentait un homme aux traits malicieux tout en étant étrange, comme s'ils n'avaient aucun rapport les uns avec les autres. Il donnait presque l'impression de ressembler à plusieurs personnes tout en étant qu'un seul et même être. Quant à celle de gauche, elle ressemblait également à un homme, mais sa face aussi ronde qu'un disque diffusait des traits tout autour de lui, tel un soleil au visage humanoïde. Chacun d'eux avait les paumes des mains ouvertes et tournées vers le plafond, comme s'ils accueillaient le monde originel.
-Il y a des trous dans leurs mains, remarqua Drago, lui aussi regardant avec intérêt la statue.
Les yeux de la jeune femme descendirent sur les socles où des runes étaient gravées sur la longueur. Doucement, elle fit glisser son doigt sur le relief des runes, cherchant dans sa mémoire sa signification.
-C'est soleil et de la lune, murmura-t-elle, la voix vibrante d'émotion.
-Voici Inti et Coniraya, les divinités du soleil et de la lune, répondit doucement Elio. Inti est le dieu majeur des Incas. Le soleil a toujours été vénéré et porteur de grands pouvoirs. C'est la puissance originelle. Coniraya paraît plus timide, mais c'est un farceur. Roi du déguisement et de la malice, il aimait se mêler aux hommes sous diverses formes, humaines ou animales.
Ce faisant, Elio passa la main sous sa robe de sorcier pour en sortir un collier rond qu'il sépara en deux dans un tintement clair, se répercutant doucement contre les parois de la salle. L'un des morceaux, aussi rond et plat qu'un disque, symbolisait le soleil, l'autre, en forme de croissant, représentait la lune. Il plaça ainsi chacun des morceaux dans la main correspondante de la statue. Au début, rien ne se passa, puis il y eut un grondement sourd, comme le tonnerre rugissant. Hermione l'entendait résonner dans son propre corps, rendu fébrile par l'intensité de l'instant. Les statues se tournèrent pour se retrouve face à face, levant le bras où se trouvait maintenant encastré les morceaux du collier, en l'air, l'une vers l'autre. Ainsi dressés, les deux bras formaient une haie d'honneur et mettaient en avant un trou béant.
-Voici l'entrée, commenta Elio.
L'entrée n'avait rien d'engageante. Aussi obscure que les ténèbres, elle ne laissait filtrer aucune lumière, dissimulant ses secrets à ceux sur le point d'y pénétrer. Machinalement, Hermione serra sa baguette dans sa main, marmonnant un sortilège informulé pour produire de la lumière. En vain. Sa baguette demeura inerte, dépossédée de sa magie. En revanche, celle d'Elio ne tarda pas à s'allumer, à la stupéfaction générale. Devant leur mine ébahie, il ne put s'empêcher de sourire, presque penaud.
-Nous ne sommes que très peu à accéder au poste de briseur de sorts de la Salle des Archives. C'est une formation spécifique, très longue et rude. Nombreux échouent avant la fin. Pourtant, lorsque nous y arrivons, nous recevons une baguette dont les matériaux sont exclusivement prélevés dans la Vallée Sacrée. Ainsi, elle nous reconnaît et permet d'utiliser une certaine forme de magie, notamment destinée à déjouer les pièges que nous allons rencontrer.
-Vous faites beaucoup d'histoire pour juste un endroit, grommela Drago.
L'idée de ne pas pouvoir utiliser la magie et de se reposer uniquement sur l'habilité de leur guide ne lui plaisait absolument pas.
-Nous avons appris de nos erreurs et évitons de les reproduire, répliqua-t-il évasivement. Allez, venez. Nous avons encore un peu de chemins. Restez bien prêt de moi et faites exactement ce que je vous dis.
La suite de leur périple se déroula dans un brouillard des plus total. Hermione n'en garda presque aucun souvenir. Les secondes se distillaient dans la boucle interminable du temps, leur ôtant tout repère. Le futur ne devint qu'une bride destiné au présent avant de mourir pour le passé. Elio trouvait une parade à chaque obstacle qu'ils rencontraient pourtant elle n'en gardait qu'un tourbillon confus d'émotions contradictoires qui n'avait d'ailleurs aucun sens à ses yeux. Trompé par ses sens, son cerveau s'accrochait à Elio avec l'énergie du désespoir. Dans cette spirale brumeuse, il constituait l'unique élément concret auquel il pouvait se fier.
Elle ne sut exactement combien de temps s'était écoulé depuis leur entrée dans cet étrange couloir. Ils finirent toutefois par déboucher dans une pièce immense, tellement lumineuse qu'elle en fut d'abord aveuglée. Petit à petit, ses sens revinrent et ses yeux commencèrent à s'habituer à la lumière, lui révélant une salle encore plus grande et qui la laissa muette d'admiration. La première chose à laquelle elle pensa, ce fut qu'elle venait de pénétrer dans le soleil lui-même. Il y régnait une chaleur douce, réconfortante, qui enveloppait ses sens, rassérénait son cerveau troublé et caressait ses membres endoloris. Des étagères s'élevaient à une hauteur impressionnante, grignotant toutes les parties des parois de la salle, ne leur laissant aucun centimètre de vide. Dedans, des parchemins, des objets ou des tiroirs présentaient fièrement le savoir des Incas. Ce savoir si précieux qui avait traversé des siècles et constituait toute leur histoire, recellant leurs secrets les plus enfouis. De forme hexagonale, sur chacun de ses murs, un immense soleil possédant une bouche, un nez, et des yeux fermés, illuminait plus encore la pièce. Au centre, une table, uniquement décorée par un grand plateau rond d'or reposant sur un socle, permettait de consulter les œuvres précieuses. Dévorée par l'admiration et la curiosité, Hermione n'arrivait pas à décrocher son regard de cette salle et de ce qu'elle représentait. C'était comme si elle se retrouvait frappée par la foudre et sublimée par le soleil. Sous chacun des soleils, des runes s'étalaient les unes derrière les autres, formant une phrase qui lui sauta tout de suite aux yeux.
-C'est par la lumière que se révélera le salut, parvint-elle à traduire dans un souffle respectueux.
Elio se contenta de sourire doucement.
-Notre devise à tous, connue et répétée depuis des siècles. Alors ? Vous trouvez ça comment ?
-C'est juste... magnifique.
Le mot était faible, pourtant, elle ne savait pas quoi dire de plus. Ses yeux passaient d'étagères en étagère. Il y avait quelques parchemins, des objets, même des squelettes d'animaux ayant foulé cette terre. Puis son regard se figea soudainement. Le visage blême, elle sentit toute volonté quitter son corps alors que la réalité se révélait à elle, absolue et implacable. Une réalité qui coulait de source, mais à laquelle elle n'avait absolument pas pensé.
-Par Merlin, bredouilla-t-elle, la voix blanche. Par Merlin.
Drago la regarda avec un drôle d'air. Il n'avait pas dit grand-chose depuis qui leur avait avoué son impression d'être suivi. Lui aussi avait certainement dû ressentir la terrible confusion de ce couloir étrange. S'il avait manifesté quelque chose, Hermione n'en gardait aucun souvenir. En réalité, elle avait même presque oublié sa présence jusqu'à maintenant.
-Quoi Granger ? grogna-t-il.
D'un geste tremblant, Hermione désigna les étagères où d'étranges fils, reliés les uns aux autres, reposaient paresseusement.
-Des quipus, lâcha Hermione dans un souffle. Évidemment, ce sont des quipus.
-Et ? C'est quoi ça ? insista-t-il, agacé.
-Le code secret des Incas. Depuis toujours, ils ont tout consigné grâce aux quipus.
Son gémissement perça le silence de la pièce. Son accablement était tel qu'elle n'osait même pas regarder Drago dans les yeux.
-Tu veux dire que... commença-t-il, lentement, soudain habité d'un affreux doute.
-Exactement. Je ne sais pas lire les quipus, acheva-t-elle.
Et la fatalité de cette révélation les mura dans un silence désespéré.
Chapitre 12 : Révélations
Pourtant, par un heureux hasard, alors qu'elle se tordait l'esprit pour essayer de trouver le plus de piste possible, Hermione tomba sur un document qui leur rendit espoir. Nulle en espagnole, ce fut Drago qui confirma cette bonne piste. C'était une simple archive d'un registre de décès, mais ce fut le nom qui leur donna aussitôt la puce à l'oreille. Hermione le contempla avec une réelle stupeur, les yeux agrandis par la surprise. Trop hébétée, elle ne parvenait même pas à articuler le moindre mot. À ses côtés, Drago contemplait également ce nom griffonné grossièrement, presque effacé, comme s'il ne pouvait y croire.
T'as... t'as vu Granger, souffla-t-il, la voix rauque.
