- Gin'?
-Mmm ?
- Tu sais où est Hermione ?
La rouquine abaissa son livre et chercha le regard fuyant de son époux. Elle était confortablement installée sur le sofa, les reins calés par de confortables coussins. Harry était, quant à lui, allongé de tout son long sur le canapé et sa tête reposait à cet instant sur les jambes de son épouse. Il affectionnait d'autant plus cette position depuis quelques mois car, de temps à autre, un léger mouvement tout contre sa tête lui tirait un sourire émerveillé. Enceinte de plus de sept mois, Ginny restait toutefois suffisamment active pour que son mari doive lui "suggérer fortement" de se reposer de temps à autre. Harry avait donc transformé ces repos imposés en séances câlines et intimes et il n'était pas rares que des discussions qui auraient été difficiles voire impossible par ailleurs s'épanchent doucement dans ces moments intimes.
- Hermione est à Poudlard, Harry, où elle a repris le poste de Professeur de Potions, déclara la rouquine avant d'attaquer frontalement. Depuis quand Hermione ne te dit pas ce genre de choses ?
- Depuis... Plus de six mois ? Murmura Harry, le regard toujours fuyant.
- Nom d'un sombral ! Harry James Potter ! Qu'est ce que tu as ENCORE fait ?
Harry grimaça. Il allait devoir affronter sa très chère et très enceinte épouse en colère... Autant dire qu'il aurait préféré avoir insulté un hippogriffe. Le jeune homme décida de foncer tête baissée... Après tout, ça lui avait généralement réussi.. Ou pas.
- C'est... Ron.
Un haussement de sourcil dubitatif lui répondit.
- Ron...? Peut-on savoir ce que mon crétin de frère a à voir dans cette histoire ?
- À peu près tout, Gin' souffla Harry. Et tu viens de le dire, c'est un crétin. Un crétin obtus si tu veux la vérité. Tu n'es pas sans savoir que Hermione et lui ont rompu. Tu ne sais cependant pas dans quelles circonstances.
Harry soupira et son regard croisa celui de son épouse.
-Gin'... Il a été odieux. C'était durant le procès en réhabilitation de Snape et elle avait osé le défendre. Il a été horrible, Gin'... Molly le renierait si elle savait l'ampleur des propos qu'il a osé lancer à Hermione.
- Et... Pourquoi tu ne t'es pas éloigné de lui, alors ? Pourquoi t'as-tu éloigné de Hermione ?
- Parce que je suis amené à travailler avec lui tous les jours et parfois même à lui confier ma vie. Je préfère ne pas me le mettre à dos, si tu vois ce que je veux dire. Ron peut être... Impulsif, lorsqu'il est en colère.
Ginny avait cessé de passer ses doigts dans les cheveux en pagaille du sorcier et le regardait avec un mélange de déception et de colère. Sa voix, cependant, resta calme lorsqu'elle reprit la parole.
- Harry. Je suis consciente de la difficulté de tes choix. Mais Hermione est mon amie et je ne sais pas si je peux ne pas t'en vouloir de l'avoir abandonnée pour Ron. Elle a souffert beaucoup plus que tu ne pourrais le croire mais elle n'a jamais voulu que quiconque s'apitoie sur elle. Bill m'a dit qu'elle était heureuse de pouvoir enseigner à Poudlard malgré les derniers souvenirs qu'elle en a et qu'elle lui avait avoué avoir longuement hésité avant d'accepter ce poste en particulier.
Harry fronça les sourcils.
- À cause de Snape ?
- Merlin, oui Harry ! Soupira Ginny en levant les yeux au ciel. À cause de Snape ! Enfin, ouvre les yeux ! Elle la défendu de toutes ses forces ! Elle a choisi de tirer un trait sur un amour possible uniquement pour lui !
- Tu crois... Qu'elle en pinçait pour LUI ? M'enfin, Gin'! Tu te rends compte de ce que tu sous-entends ?
La sorcière sourit doucement devant l'air absolument horrifié du jeune homme.
- Non, Harry. Je ne pense pas qu'elle "en pinçait" pour Snape. Mais qu'elle l'ait trouvé fascinant, certainement ! Et je comprends tout à fait qu'elle ait hésité avant d'accepter le poste de Professeur de Potions. Il devait être "sacré" à ses yeux et la connaissant comme je la connais, elle devait se considérer comme indigne de prendre sa place.
Harry fronça les sourcils puis acquiesça doucement.
- Tu as sûrement raison. Toujours est-il que je l'ai perdue de vue depuis trop longtemps... et qu'étrangement, il se trouve que j'ai peut-être besoin de ses lumières...
Ginny chercha le regard de son sorcier et attendit des explications qui arrivèrent rapidement, non sans un soupir.
- Je suis sur une enquête et plus précisément sur le meurtre d'un gobelin de Gringotts. Mais je suis tombé sur un os. Le gobelin en question a semé des indices avant sa mort, dont une lettre scellée destinée à un certain Lord Prince... inconnu au bataillon. Il n'apparaît nulle part, ni dans les archives du ministère, ni dans les archives généalogiques. La branche Prince s'est éteinte il y a une trentaine d'années avec la disparition de Eilleen Prince. Depuis, je piétine...
Le sourire goguenard de Ginny le fit soupirer.
- Vas-y... crache le morceau et tu as même le droit de me dire que je suis un imbécile borné...
La rouquine ne se fit pas prier.
- Franchement Harry... Ose dire que ce nom ne te dit rien...
- Si, justement... C'est pour ça que je suis mal à l'aise. Il est censé être mort, Ginny. Et il n'a jamais été Lord. Mais dans le doute, j'ai relevé Ron de cette enquête. Sait-on jamais. Si Lord Prince et Snape ne faisait qu'un, cela voudrait dire qu'il est vivant... et Ron ne pourrait pas le supporter.
- Tu veux donc demander à Hermione ce qu'elle pense de cette théorie ? Que Snape soit vivant ?
-Oui. Bien que j'aie comme une intuition sur la réponse. Avec un peu de chance, elle aura même une idée de l'endroit où il se cache... Elle a toujours été perspicace.
- Beaucoup trop perspicace pour son propre bien, oui ! Mais un conseil : attends les vacances. Hermione doit se donner corps et âme à l'enseignement comme elle le faisait pour ses études. Tu n'en tireras rien en période scolaire.
Harry soupira.
- Je l'entends. Mais il me reste un meurtrier dans la nature... et je ne peux laisser l'affaire en plan durant tout ce temps. Je vais tenter ma chance durant un week-end...
Ginny passa sa main dans la tignasse ébouriffée de son époux en souriant. Il allait devoir affronter un bourreau de travail aussi aimable qu'un hippogriffe. La sorcière se promit de lui demander tous les détails de cette entrevue... Après tout, depuis quelque temps, elle manquait de distractions.
Snape avait eu raison. Le gamin avait donné signe de vie tôt. Très tôt. La première attaque eu lieu deux semaines après la Répartition. Hermione se hâtait vers les cachots. Elle avait horreur d'arriver en retard à son cours, mais ne voulait pas non plus arriver en avance. Elle avait appris de son ancien professeur la subtilité et l'efficacité d'une entrée réussie qui garantissait (presque) la tranquillité des cours. La jeune femme avait calculé qu'elle arriverait quelques petites secondes après ses élèves et, si elle ne maîtrisait pas l'envolée de cape de l'ancien titulaire du poste, elle savait assez efficacement jouer d'un œil noir et d'un claquement de langue réprobateur suivi d'un silence menaçant. La jeune femme se hâtait au détour d'un couloir lorsqu'un hurlement lui glaça le sang.
Hermione se précipita dans le couloir adjacent ou un terrible tableau l'attendait. Une fillette minuscule tenait sous le contrôle de son Doloris un adolescent de sixième année qui se tordait de douleur en hurlant. Retrouvant ses réflexes de guerre, la jeune femme stupéfixa immédiatement l'enfant et envoya un patronus d'urgence à Drago. Le jeune homme gémissant au sol portait les couleurs de Serpentard et un coup d'œil lui apprit que la fillette venait de Serdaigle.
Drago accourut quelques minutes plus tard accompagné de Luna Lovegood, professeur de Soins aux Créatures magiques et Directrice des Serdaigle. Un simple regard de Drago lui suffit à appréhender la situation. Luna se pencha vers la fillette de sa maison et lui prit sa baguette par mesure de précaution avant de la ranimer. Celle-ci ouvrit les yeux et hoqueta avant de fondre en larmes.
- Madame...madame...
- Chuuut... la rassura Luna en se penchant vers elle. Il lui était impossible de croire que cette enfant, fille de Moldus, tout juste arrivée en première année ait pu se rendre coupable du Doloris dont elle avait reconnu les effets sur le jeune homme dont s'occupait Drago.
- Hermione ? Viens ici, s'il te plaît.
La sorcière jeta un coup d'œil interrogatif vers Drago qui la rassura d'un hochement de tête avant d'aider son élève à se relever. Ce dernier tenait à peine debout et son Directeur de Maison eut toutes les peines du monde à le faire tenir debout. Il avait renoncé à le faire léviter : jamais un élève de sa maison n'aurait accepté une telle solution à moins d'être aux portes de la mort. Il se contenta donc de le soutenir afin de l'aider à marcher jusqu'à l'infirmerie, laissant la fillette aux bons soins des deux femmes.
Hermione s'était approché de la petite fille avec précautions. Le regard trouble, les tremblements, tout portait à croire qu'elle venait de reprendre ses esprits. Il lui fallait en avoir le cœur net. Elle s'accroupit auprès de son amie qui n'avait cessé de murmurer des paroles de réconfort et posa doucement sa main sur l'épaule de l'enfant.
- Comment t'appelle-tu ?
- Jane...Jane...Catlyn... hoqueta l'enfant.
- Respire doucement et profondément, Jane. Comme cela. C'est bien.
Sa voix apaisante eut l'effet escompté et l'enfant se calmait peu à peu, même si son regard restait effaré.
- Jane. Regarde-moi. Sais-tu ce qui vient de se passer ?
-"J'ai... j'ai...fait..." Elle éclata à nouveau en sanglots, se précipitant sur sa Directrice de Maison pour cacher son visage contre elle. Luna l'enveloppa dans une tendre étreinte, lui communiquant autant que faire se peut son réconfort, tout en échangeant un regard avec son amie.
- Hermione... Tu devrais regarder.
L'interpellée hocha la tête. Le processus ne lui plaisait guère mais elle ne voyait pas d'autre solution. Un Prior Incanto avait révélé bien sûr le Doloris mais également quelques sorts mineurs de première année. Rien à tirer de ce côté-là. Il fallait aller chercher l'information à la source. Sur un signe d'Hermione, Luna prit l'enfant contre elle et la tourna vers son amie, sans la sortir de ses bras, afin de la mettre le plus possible en confiance.
- Jane... Regarde-moi. Je vais regarder tes souvenirs, tu veux bien ? Pas longtemps, juste pour comprendre ce qui s'est passé. Tu me fais confiance ?
La petite hocha la tête, ses yeux verts remplis de larmes. Hermione prit son visage en coupe entre ses mains et prononça l'incantation.
- Legilimens.
Elle fut aussitôt happée par les souvenirs de la fillette. Rapidement, légèrement, elle écarta ceux qui ne la concernaient pas, refusant de violer l'intimité et la confiance de l'enfant. Très vite, elle trouva ce qu'elle cherchait et après avoir visionné le souvenir, elle se retira en douceur de son esprit.
La fillette était prostrée contre sa Directrice, sa main frottant son front douloureux. Hermione invoqua une fiole et la tendit à l'enfant.
- Tiens, bois, ça ira mieux.
Jane ne se fit pas prier et avala la potion avec une grimace de dégoût qui fit sourire la jeune femme. Malgré ses efforts, ses potions étaient aussi infectes que celles de son mentor.
- Hermione ? Qu'as-tu vu ?
La question de son amie ramena la jeune femme à la réalité et ses sourcils se froncèrent.
"Ce que je craignais, Luna. Un Imperium. Je n'ai pas reconnu la voix mais le seul élève qu'elle venait de croiser dans le couloir à ce moment était Magnus." Elle soupira. "On devait s'y attendre. Il va falloir être plus prudent. Je vais demander à Drago de regarder les derniers sorts de la baguette de Magnus mais je ne me fais pas d'illusions. Il aura pris la baguette d'un camarade ou il se sera débrouillé autrement."
Les deux jeunes femmes se relevèrent et Luna prit dans ses bras la petite fille afin de l'amener à l'infirmerie. Le tableau de la frêle jeune femme au regard éthéré portant la fillette était à la fois surprenant et attendrissant. Luna était décidément bien plus forte qu'il n'y paraissait et ce, dans tous les domaines.
Alors que son amie s'éloignait, Hermione soupira. Le compte-rendu du jour allait rendre un certain ténébreux fou de rage.
La soirée promettait d'être longue, songea-t-elle en grimaçant.
