Hermione était loin, très loin de la réalité.

Snape n'était pas fou de rage.

Il était totalement fou de rage. Sa magie formait un halo sombre autour de lui et la jeune femme aurait voulu disparaître dans le fauteuil dans lequel elle était. Seul Drago semblait garder un semblant de dignité et, étonnement, son épouse ne semblait pas totalement effrayée par le sorcier.

"Quelle partie de la phrase "Restez sur vos gardes" votre petit cerveau atrophié n'a-t-il pas compris ?!" hurla Snape. "Vous n'êtes qu'une bande d'incapables, surtout vous, Granger ! Quand on prétend vouloir protéger des enfants, on ne les laisse pas aux mains de monstres à moins d'en être un soi-même ! Vous me dégoûtez, Granger ! Jamais, je n'aurais dû vous faire confiance, JAMAIS ! Encore une fois, j'ai été trompé par de stupides paroles de Gryffondors arrogants ! Vous n'êtes après tout que comme eux ! Gryffondors un jour, Gryffondors toujours ! Prenez les mêmes une génération plus tard et recommencez ! Aucun courage, aucune veille ! RIEN ! Ah si ! Pardon..." Sa voix dégoulinait de sarcasme. "Le confort de croire que l'on a fait tout ce que l'on pouvait. C'est fini, Granger ! Je ne veux plus JAMAIS avoir affaire à vous !"

La voix laconique de Drago osa retentir.

"Parrain. Tu sais pertinemment que nous ne pouvions pas le prévoir. Si ce gamin, comme nous le craignons est moitié aussi intelligent et fourbe que sa génitrice, nous ne sommes pas au bout de nos peines. Sa baguette n'a rien révélé, il n'est donc techniquement pas responsable de l'Impardonnable." Il jeta un coup d'œil à Hermione qui ne pipait mot. "De plus, aucun des membres de la maison d'Hermione n'est concerné. Alors arrête de t'en prendre à elle. C'est ridicule."

Le regard que Snape lui jeta aurait glacé un iceberg et la température déjà glaciale de la pièce chuta encore de plusieurs degrés. La rage de l'ancien Professeur irradiait et Hermione sentit un courant d'air glacé lui traverser l'échine. Terrorisée, elle vit les murs de la pièce trembler, et les vitres voler en éclats avant que l'homme ne disparaisse subitement dans un transplanage plus proche de l'explosion.

-Eh beh... Il ne fait pas les choses à moitié quand il est fâché, ton ami.

La voix de Camille retentit de façon presque incongrue au vu de la situation. Hermione hoqueta. Elle ne comprenait pas la douleur qui l'étreignait. Elle avait besoin de rester seule et la présence du couple près d'elle lui était presque douloureuse. Drago capta son regard suppliant et entraîna son épouse vers la sortie de ses quartiers, non sans avoir auparavant réparé les vitres et les objets cassés tombés des étagères.

Le jeune homme parti, la sorcière laissa libre cours à ses larmes. Merlin, qu'il était difficile ! Le mépris suintant de ses paroles l'avait blessée plus certainement qu'une lame enfoncée dans son cœur. Elle revoyait ses yeux brûlants, elle réentendait sa voix encore et encore. Ses paroles acerbes, son dégoût... Elle hoqueta et sanglota. La douleur qui vrillait son corps était plus insupportable que toutes celles qu'elle avait vécu jusqu'alors.

Je ne veux plus JAMAIS avoir affaire à vous

Les mots tournaient dans sa tête, comme une lame insidieuse que l'on aurait tourné dans une plaie suintante.

Je ne veux plus JAMAIS avoir affaire à vous

Elle ne sentait même plus les larmes brûlantes ruisselant sur ses joues. Elle ne sentait plus que cette douleur qui lui martelait le corps et l'esprit.

Je ne veux plus JAMAIS avoir affaire à vous

Pourquoi ? Pourquoi était-ce si difficile ? Pourquoi ces mots la touchaient-ils autant ? Pourquoi cette haine dans son regard ? Pourquoi cette étincelle de douleur aussi ? POURQUOI ?

Je ne veux plus JAMAIS avoir affaire à vous

La jeune femme s'allongea sur le canapé, vaincue par les larmes et la fatigue. Elle ne désirait plus qu'une chose : sombrer dans l'inconscience afin d'échapper à ces paroles. Merlin ! Pourquoi s'en était-il pris à elle ? Elle n'était même pas concernée par les deux élèves !

Je ne veux plus JAMAIS avoir affaire à vous

C'était fini. Plus de rencontres. Plus de discussions intelligentes. Plus de potions à quatre mains. Plus de disputes, de débats dont aucun ne sortait vraiment vainqueur. Il ne voulait plus avoir affaire à elle. Elle frissonna en regardant autour d'elle. Ses quartiers avaient désormais l'air vides, vides de sens. Elle invoqua une couverture et s'en enveloppa avant de s'allonger pour la nuit. Elle n'avait pas le courage d'aller se coucher. La nuit serait courte, elle le savait d'avance.

Hermione ferma les yeux et sombra comme une masse dans un océan de cauchemars.

--

Elle s'éveilla en hurlant, la voix rauque d'avoir trop crié. Un Tempus informulé lui appris qu'il était tôt, 4 heures du matin. Elle frémit et soupira. Le pire de ses cauchemars était revenu. Il gisait dans son sang, la gorge déchirée mais cette fois, sa voix rauque et cassée tentait de lui parler dans un abominable gargouillis. Elle s'était penchée vers lui, avide de ses paroles et les yeux noirs remplis de haine l'avaient stoppée dans son geste : Je ne veux plus JAMAIS avoir affaire à vous.

Ses joues étaient brûlantes de larmes. Merlin ! Comment faisait cet homme pour la poursuivre jusque dans ses songes ? Et pourquoi ses paroles lui faisaient-elles tant de mal ?

Hermione s'enroula dans sa couverture et se leva. Elle ne se rendormirait pas, elle le savait. Marchant comme un somnambule, elle se dirigea vers la petite cuisine de ses quartiers et se fit un thé brûlant qu'elle goûta accotée contre le meuble. La douleur que lui procurait la boisson brulante lui semblait bénéfique, comme si elle pouvait occulter la lame d'acier qui lui transperçait le cœur. Une angoisse sourde ne la lâchait plus, boule oppressante dans sa gorge et il lui semblait que les larmes et les sanglots s'accumulaient derrière ses paupières, n'attendant qu'une étincelle pour ruisseler de nouveau.

La jeune femme rinça sa tasse à la main, comme si occuper ses mains pouvait écarter momentanément les paroles massacrantes de son esprit. Le craquement d'une buche dans la cheminée la fit sursauter et elle se retourna vivement comme si elle s'attendait à voir surgir une haute silhouette sombre... mais la pièce était vide.

Perdue, Hermione décidé d'aller marcher un peu. Ses quartiers vide étaient devenus oppressant, l'absence les rendant suffocants. Elle jeta une cape chaude sur ses épaules. Les couloirs de Poudlards pouvaient être glacials dans ces nuits de début d'Octobre. Sans jeter un regard en arrière, la jeune femme sortit et laissa ses pas la conduire où ils le voulaient. Un sanglot lui échappa lorsqu'elle arriva finalement devant les cachots. Tout la ramenait à lui.

Elle s'approcha de la porte qui était restée close pour tant d'autres mais qui s'était de nombreuses fois ouverte pour elle depuis le début de l'année. Ce miracle lui avait d'ailleurs valu le respect d'une bonne parte des Serpentards. Il n'était pas donné au premier venu de pouvoir pénétrer dans l'antre de l'ancien Maître.

Elle approcha sa main de la porte et ne put retenir un cri. Le bois avait frémit mais un choc vicieux contre sa main lui refusa l'ouverture. Elle sanglota.

Je ne veux plus JAMAIS avoir affaire à vous.

Elle s'affaissa contre un mur, se laissant une nouvelle fois submerger par les larmes.

Elle ne sentit pas son approche.

Elle ne le vit pas non plus s'approcher d'elle.

Tout juste entendit-elle un mot.

"Slavuus Æternam"

Et l'enfer se déchaîna.