Waouh, deux chapitres en deux jours, mais que m'arrive-t-il ?!

Merci pour celles/ceux qui prennent le temps de laisser une review, ça encourage vraiment, surtout pour écrire une histoire aussi particulière que celle-ci. Soyez patients, les intrigues commencent à se mettre en place, l'air de rien.

Allez, bonne lecture !

Chapitre 11 : Stupides chaudrons

Décembre 1990 – Poudlard

« Les chaudrons sont derrière vous, dans le placard de gauche. »

Fronçant les sourcils, Amelia s'avança vers le dit placard. La porte mal fermée trahissait la présence de chaudrons encombrants.

« C'est de l'étain ? », demanda-t-elle, dubitative, en jetant un regard au premier modèle de la pile

« Vous auriez préféré de l'or ? », questionna le professeur Rogue avec indifférence, occupé à régler le support à chaudron au-dessus du brûloir où devait s'allumer le feu.

« L'étain, c'est correct pour des préparations élémentaires avec une base d'eau, » répondit Amelia sans hésiter, sûre d'elle. « Mais là, avec une base de composition inconnue, c'est risqué. »

« Éclairez-moi donc, Miss Dippet, », répliqua l'homme d'une voix doucereuse, toujours sans la regarder. « J'ai hâte, vraiment, d'entendre votre définition du risque. »

Amelia sentit ses joues brûler. Évidemment, il ne pouvait que lui rappeler qu'elle avait fait croire au professeur Chourave qu'un protocole parfaitement sûr permettait de mener les analyses sans aucun risque.

Mais après tout, lui-même avait validé ce mensonge sans sourciller, il devait donc avoir la même définition.

Il se moque de moi, s'agaça intérieurement Amelia. Il ne pouvait tout de même pas sérieusement vouloir utiliser un chaudron en étain, qui risquait de ne pas résister à certains réactifs que requérait l'analyse…

« J'espère que vous avez l'intention d'apporter ce chaudron d'ici la fin de la journée, » déclara le professeur Rogue alors qu'Amelia ne se décidait pas à bouger.

« Je vous dis que l'étain ne convient pas pour faire l'analyse, » persista Amelia en essayant de ne pas perdre patience face au maître des potions qui cherchait visiblement à la provoquer. « Vous devez bien avoir des chaudrons en zirconium, ou en… »

« Si vous voulez bien cesser de me faire perdre mon temps, ouvrez un peu les yeux et apportez-moi le chaudron. »

« Mais… »

Et au moment où Amelia s'apprêtait à contester une nouvelle fois la consigne, elle vit que le placard ne contenait pas seulement la pile de chaudrons en étain. Le deuxième battant de porte, resté fermé, cachait une deuxième pile de chaudrons vraisemblablement moins sollicités que les chaudrons en étain qui restaient les plus utilisés dans l'enseignement.

Ouvrant le deuxième battant, Amelia reconnut instantanément l'aspect satiné du zirconium.

« Dix points pour Poufsouffle, » commenta le professeur Rogue avec une ironie non dissimulée face à l'embarras évident d'Amelia, mortifiée d'avoir tenu tête alors que les chaudrons se trouvaient pratiquement sous son nez.

Sans oser répondre de peur de se ridiculiser davantage, Amelia attrapa le premier chaudron de la pile et vint le poser sur le support.

« Cela aurait été cent points en moins si vous m'aviez rapporté de l'étain, » ajouta le maître des potions avec, semblait-il, une certaine satisfaction.

Et Amelia comprit que cette histoire de chaudrons avait été un test. Un test qu'elle venait, sans faire exprès, de valider.


« Ah, Amanda, vous voilà, j'ai bien cru que vous n'alliez jamais venir déjeuner ! »

Amelia avait fait un détour par sa chambre pour se débarrasser de l'odeur tenace d'urine de putois – un réactif malheureusement souvent indispensable dans l'analyse par ajouts successifs. Le dessert était donc déjà servi quand elle s'installa en face du professeur Chourave, toujours à la table unique dressée pour les enseignants et les quelques élèves restés pendant les vacances.

Le hasard voulut que le professeur Chourave était elle-même assise entre le professeur Flitwick et le professeur McGonagall, ce qui fit perdre à Amelia le peu de bonne humeur que lui avait laissé cette longue, très longue, matinée à déjouer les pièges du professeur Rogue, qui n'avait cessé de chercher à lui faire commettre des erreurs.

Sans paraître remarquer la raideur soudaine de sa voisine de table, ni la tension évidente de son apprentie, le professeur Chourave en vint immédiatement au sujet qui l'intéressait :

« Alors dites-moi, comment s'est passé cette analyse de réactifs successifs, ou je ne sais plus comment vous dites, déjà… »

« Analyse par ajouts successifs, » rectifia Amelia entre ses dents.

« Voilà. »

« On a bien avancé. »

La réponse courte ne sembla pas gêner le professeur Chourave, qui avait visiblement envie de discuter d'un sujet précis.

« J'ai été étonnée de voir que Poufsouffle avait gagné des points ce matin, » fit-elle innocemment remarquer.

« Ah oui ? », s'étonna le professeur Flitwick.

« C'est d'autant plus étonnant qu'aucun de mes poufsouffles n'est resté à Poudlard pendant les vacances, » insista le professeur Chourave.

Occupée à littéralement noyer une tranche de cake aux raisons sous une épaisse couche de crème servant à dissimuler le goût infect des fruits, Amelia ruminait intérieurement les points que le professeur Rogue s'était amusé à donner à Poufsouffle chaque fois qu'Amelia contestait une de ses consignes fallacieuses.

« Vous n'auriez pas une idée sur l'origine de ces points, par hasard, Amelia ? »

Amelia leva les yeux vers sa tutrice d'apprentissage.

« Une stupide histoire de chaudron, » répondit-elle, trop fatiguée pour chercher une meilleure formulation.

Le professeur Chourave sembla néanmoins très satisfaite par cette réponse, arborant un sourire presque victorieux.

« Je ne regrette pas de vous avoir accepté en apprentissage, » dit-elle avec fierté.

« Après quatre mois, il serait trop tard pour regretter, de toute manière, » pouffa le professeur Flitwick.

« Je regrette seulement, » continua le professeur Chourave sans prêter attention à son époux et collègue de sortilèges, « que vous n'ayez pas fait votre scolarité à Poudlard, vous auriez été un excellent élément pour Poufsouffle. »

« Vous êtes donc certaine que Miss Dippet aurait été répartie à Poufsouffle, professeur Chourave ? », questionna malicieusement le professeur Flitwick.

« Oh mais je n'ai aucun doute là-dessus, » répliqua, courroucée, son épouse et collègue de botanique. « Après tout, les meilleurs botanistes sont toujours sortis de Poufsouffle, c'est bien connu… »

« C'est étonnant de vous l'entendre dire, Pomona, car j'ai justement un excellent contre-exemple. »

Amelia se figea au-dessus de son assiette inondée de crème, reconnaissant instantanément la diction parfaite du professeur McGonagall.

« Ah ? », s'étonna le professeur Chourave. « À Gryffondor, vous voulez dire ? »

« Naturellement. »

« Cela doit dater d'un moment, car moi-même je ne me souviens pas de… »

« C'est pourtant étonnant que vous ne vous souveniez pas de Miss Merrington. »

Au nom de Merrington, prononcé si délicatement, avec une pointe d'accent écossais, Amelia avala de travers le morceau de cake qu'elle mâchouillait. Tout en toussant pour ne pas s'étouffer, Amelia sentait sur elle le regard intensément calculateur du professeur McGonagall.

« Merrington ? », répéta le professeur Chourave en pâlissant distinctement.

« Miss Merrington, » répéta le professeur McGonagall en quittant Amelia des yeux pour se concentrer de nouveau sur son propre dessert. « Devenue Mrs Londubat peu après sa diplomation, en effet. »

« Alice Londubat, » murmura le professeur Flitwick, perdant instantanément toute trace de jovialité.

Connaissant mieux que quiconque l'histoire d'Alice Merrington, Amelia ne chercha pas à poser de questions. Par curiosité, elle aurait pu en profiter pour entendre l'histoire par la bouche de quelqu'un d'autre que son père, qui la lui avait racontée plusieurs fois, à sa demande.

Mais la curiosité, à cet instant, n'avait rien de très sain, et Amelia préféra avaler son cake en vitesse, tâchant de ne pas s'étrangler de nouveau, et quitta la table, pressée de mettre de la distance avec le regard vert et intense du professeur McGonagall.