"I can't help but love you

Even though I try not to."

(Ruelle- War of Hearts)

Ian se retourne pour la millième fois dans ses draps rendus moites par la chaleur de l'été avant de se décider à se lever. Il n'arrive de toute façon pas à dormir. Sans bruit, il quitte la chambre s'efforçant de ne pas réveiller Carl et Liam. Ses petits frères ronflent joyeusement, entortillés dans leurs couvertures, ils n'entendent rien de la porte qui se referme. Le jeune homme s'échappe de la maisonnée endormie, tout aussi oppressante que le jour dans un registre différent. Pendant la journée, les perpétuelles questions sur son traitement, sur son état. La nuit, le silence assourdissant et le milliard d'interrogations qui se bousculant dans son crâne embrumé par les médicaments.

Il inspire l'air nocturne et ses pas le mènent naturellement quelques rues plus loin. Vers la demeure Milkovich laissée dans un quasi abandon depuis que Svetlana et le gosse crèchent ailleurs et qu'il est en prison. Cela fait bien longtemps que le nom de Mickey n'a pas franchi ses lèvres. Officiellement parce qu'il a tourné cette page de sa vie, officieusement c'est tout autre chose. Dire son nom à voix haute ou en pensée, devient plus dur à mesure que le traitement éclaircit ses idées. Parce que dire que la page est tournée ne veut pas dire qu'elle l'est vraiment. Ian a un goût âpre d'inachevé dans la bouche quand il pense à Mickey. Et il y pense bien plus souvent qu'il ne le désirerait.

Chaque fois qu'il est chez lui, dans ce lit qui les a accueilli tous les deux. Chaque fois qu'il passe devant chez les Milkovich qui a vu naitre leur relation. Chaque fois qu'il passe devant la supérette de Kash. Le moindre foutu recoin de ce trou lui fait penser à Milkovich.

Ian s'assoit sur les marches défoncées du perron, ferme les yeux. Il se repasse leur dernière rencontre, derrière les vitres du parloir et le combiné d'un téléphone. Ce tatouage artisanal idiot à la faute d'orthographe ridicule, mais fait à sa gloire. Le rejeton de Terry a tatoué son putain de nom sur son torse, bordel. Cela couplé à l'espoir et putain, l'amour, dans les yeux de Mickey. S'il avait été capable de ressentir quelque chose, Ian en aurait chialé pour un peu. A une époque pas si lointaine, il aurait tué pour ça. Pour savoir qu'il l'avait dans la peau autant que lui l'avait dans la peau. Et le voilà, glacé jusqu'à la moelle, incapable de lui donner quoique ce soit auquel s'accrocher pendant les huit prochaines années. Incapable de ressentir quoique ce soit, douloureusement perdu aussi entre les battements de son cœur erratique à la vue de son grand amour et le dégoût qu'il ressent de piétiner encore une fois le cœur de Mickey Milkovich.

Aujourd'hui, sa vie retrouve un sens. Ian a quelqu'un de nouveau dans sa vie. Caleb. Ce dernier lui apporte tout l'amour dont il a besoin et la stabilité nécessaire à un gars comme lui. Loin du chaos qui suit les Gallagher comme leur ombre, loin de la tempête Milkovich. C'est doux, tranquille, rassurant. Aussi éloigné que possible de Mickey. Ian pensait qu'il lui fallait ça quand il a commencé à fréquenter Caleb, qu'il était parfait pour lui.

La suite a confirmé ce qu'il pensait au départ. Caleb est doux, gentil, attentionné, tendre. Tout ce que n'était pas le brusque et maladroit Mickey, au langage délicieusement fleuri des quartiers Sud. Ian trouve chez Caleb tout ce qu'il a désiré chez Milkovich, c'est ce qui fait que le jeune homme est parfait pour lui. Le fait est qu'il ne l'est pas tant que cela, s'il se retrouve à chercher Mickey à chaque coin de rue. A parfois acheter les mêmes clopes dégueulasses que lui, juste pour raviver le souvenir de son parfum. Et à errer dans les rues à quatre heures du matin, abruti par le manque de sommeil parce que son visage apparait derrière ses paupières quand il ferme les yeux. Que cela lui plaise ou non, il n'a pas besoin d'un putain tatouage pour l'avoir dans la peau. C'est si puissant qu'il le ressent jusque dans ses os.

Un instant, Ian repense aux paroles de Monica la dernière fois qu'ils se sont vus. Sa mère lui a dit de trouver quelqu'un qui le comprenait, qui n'essaierait pas de le réparer comme le jouet cassé qu'il n'était pas. Quelqu'un qui l'aimerait pour ce qu'il était dorénavant. Il a trouvé cette personne en Caleb, mais continue d'aimer celui qui aurait sacrifié absolument tout pour lui.

Et il ne devrait pas, putain.