Jon venait de se rincer et une servante entreprenait de l'habiller quand sa sœur entra de façon très cavalière. Déjà apprêtée elle se dirigea vers lui prenant soin de congédier la jeune femme. Elle finit elle-même de l'habiller avec un certain empressement.
— La Targaryenne arriva d'ici deux jours si le temps est stable.
Oui-da c'était bien ce qui était prévu. Il l'observa abîmer ses doigts fins et blancs. Il attendait patiemment qu'elle parle.
— Sais-tu combien de temps j'ai passé dans le sud ? Je pense les avoir assez longuement pratiqués...
— Pour dire que ?
Sansa s'arrêta à quelques pas de lui, les yeux fixés sur les murs de la chambre seigneuriale elle le prévint d'une voix blanche.
— Tu ne peux pas t'agenouiller devant eux.
— Mon intention n'est pas telle.
Elle lui sourit avec douceur.
— Mais tu es Jon, tu es obsédé par le Mur et tout ce qui grouille au-delà et qui viendra tôt ou tard. Ce ne sont pas les intérêts du Nord que tu as en vu mais ceux des Sept Royaumes.
— Les deux ne se confondent-ils pas ?
— Pas tant que tu es le seul à connaître ce danger. Les sudards vont débarquer ici dans la seule intention de posséder le Nord, d'y trouver la vengeance ou la partie manquante de leur royaume. Si tu t'agenouilles, le Nord ne pourra plus se relever et tu donneras une légitimité suffisante à une femme qui peut-être ne te sera d'aucune utilité. Ensuite le respect des sauvageons tu perdras. Puis ce sera le tour de notre liberté à tous.
Il tendit la main et lui caressa doucement les cheveux.
— T'inquiètes-tu de politique ou d'un mariage ?
— Je suis une dame, mon mariage sera politique je m'y suis déjà résignée. Cependant, il est hors de question que tu ne me donnes pas voix au chapitre et mon mariage ne devra avoir qu'un unique but, fortifier le Nord.
— Nous représentons bien un tiers des Sept Royaumes.
— Mais notre commerce maritime comme terrestre est moins développé, nous avons peu de ressources donc peu de richesses, et de nombreuses zones sont tous simplement désertes. Ne deviens pas un agenouillé.
Le mot roula sur sa langue et tomba tel un cheveu dans le ragoût. Ce mot sauvageon dans sa bouche de lady ne pouvait lui rappeler que ce changement brutal chez sa petite sœur. Elle en avait définitivement fini de la douceur des contes.
Il se souvint du Lord Eddard Stark assis en tête de table dans une pièce accolé à la cuisine. Tous ses protégés étaient autour de la tête. Même Madame ne se montrait plus aussi rigide sur les convenances et la politesse. Dans n'importe quel ordre on trouvait Brandon, Rickon, Sansa, Théon, Robb, Arya et lui était là aussi.
Jon comprenait à présent pourquoi leur père restait si silencieux et n'éprouvait jamais le besoin de bavasser ou même de mettre un terme à leurs querelles minables. Il se questionnait sur ce qu'il fallait à chacun, ce qui leur permettrait d'être aussi heureux qu'en ce moment-même.
Devant Sansa il se demanda s'il était trop tard, s'ils avaient tous laissé le bonheur entre Winterfell et le chemin emprunté, s'ils avaient déjà renoncé à un paquet trop lourd pour ce voyage.
— Je te promets de ne m'agenouiller devant aucun sudard.
— Je te promets de défendre des intérêts comme s'il s'agissait des miens.
•
Sandor Clegane venait de finir de déjeuner. Il but une bonne gorgée de bière, une boisson sauvageonne bien plus forte que tout ce qu'il y avait au Sud du Mur. Il observa sa maîtresse, le Petit Oiseau qui avait enflé de partout.
Autour de lui, il y avait la Brienne, la dame-chevalier, le gosse Pod trop content de manger chaud, et le Lannister manchot. Le Chien but de nouveau une gorgée. Il ne comprenait pas ce que Jaime Lannister faisait là. Il ne comprenait pas pourquoi sa maîtresse montrait tant de sollicitude à ce traître, un noble au comportement de roturier. Icelui errait autour d'elle, pompait la gentillesse qui lui restait, se cachait là où il avait commis son pire crime.
Le visage serein de Sansa ne lui donnait aucun indice. Elle gardait tout pour elle comme au Donjon Rouge où elle était la seule gardienne de ses intérêts. C'était étrange de voir cette Sansa-là entre les murs de Winterfell. Il y avait quelque chose d'indécent. Aye, indécente elle l'était devenue.
Il avait marché seul à pied sur Winterfell dès qu'il avait appris qu'elle y résidait à nouveau. Il avait volé un cheval et cavalé dangereusement dans la neige. Il avait du s'arrêter à un auberge délabrée où une grosse femme abîmé lui avait demandé ce qu'il avait pour payer une nuit. « Si vous êtes un homme utile vous trouverez moyen de me payer, sinon allez crever dehors votre vie sert à rien. » Il avait réparé le toit de la dépendance qui servait parfois d'écurie.
Il avait continué à se rapprocher de Winterfell, sur le chemin il avait rencontré des petits gens.
« Ser, allez-vous à Winterfell? »
« Aye. »
« Tout le monde dit que le loup est de retour. On les entend hurler la nuit. Les Stark sont là, et nous bah on est sauvé y'a pas de doute. »
L'homme trimbalait toute sa famille avec difficulté. Il s'était mis sur le rythme de Sandor si bien qu'il ne pouvait plus le laisser.
« Les Sark, la seule famille digne d'avoir des servants. »
« Parait qu'il n'en reste que deux. »
« Bah heureusement que Lady Cat et Lord Ned ont eu une portée ! »
Ces babillages incessants lui tordaient le cou. Cela dura bien cinq heures avant qu'ils n'arrivent en pleine nuit. De toute façon, la moitié du jour était nuit. Ils avaient été accueillis et logés, on leur avait dit que les maîtres de lieu les recevraient le lendemain. La petite famille était excitée de tant d'égard. Sandor Clegane s'était endormi dans le lit trop petit qu'il quitta le lendemain.
Quand Sansa l'avait vu elle avait souri. Il se souvenait qu'elle avait parlé à la famille de brise-boules mais n'avait aucune idée de ce qu'elle leur avait dit. Ensuite elle s'était approché de lui, elle lui avait caressé la joue avec une tendresse inhabituelle. Avant qu'il n'ait dit un mot, elle avait baisé le coin de ses lèvres.
— Vous êtes enfin là.
Le Petit Oiseau avait brisé sa coquille pour de bon.
— Jaime Lannister. (Le concerné leva la tête vers elle.) Daenerys va certainement essayer de vous tuer.
Il acquiesça en silence. C'était l'état qu'il préférait depuis son arrivée à Winterfell.
— Pod si tu tiens à saluer Tyrion, tu y es bien entendu autorisé.
— Je vous remercie milady. Je crois que j'attendrai un contexte moins officielle surtout que son attention est déjà prise.
En effet de l'autre côté de la pièce, Lady Lyanna Mormont était allée à la rencontre de Daenerys pour leur installation. Mieux valait que ce soit elle qui s'en charge et non Sansa qui n'était pas certaine de parvenir à autant de sang froid.
— Je suis Lady Lyanna Mormont, je viens de la part de monseigneur Jon Snow, châtelain de Winterfell, et Roi du Nord. Il m'a expressément demandé de veiller à ce que vous soyez bien installés.
Tyrion comme Daenerys la regardaient avec un hébétude certaine à laquelle elle était habituée.
— Malheureusement, nous ne pouvons vous proposer des appartements au sein de Winterfell, nombreux vassaux sont encore présents pour le moment. Il me semble que vous avez des campements.
Tyrion hocha la tête alors sa reine continuait de l'observer.
— Nous vous aiderons à les installer sur un terrain propice et à les isoler si vous avez des difficultés.
— Nous ne pouvons que nous remercions de tant de sollicitude, sourit Tyrion.
Malheureusement l'enfant n'était pas faite pour les civilités.
— J'ose espérer que tant que vous résiderez ici, vous vous plierez aux lois d'ici. En particulier, la chasse est interdite sans l'autorisation du seigneur.
— Peut-on savoir pourquoi ? demanda enfin la Petite Reine.
L'enfant sembla surprise d'une telle question. Elle fronça les sourcils et répondit :
— Et bien, c'est l'hiver.
