Yara s'approcha de la chambre qu'elle cherchait. Ce couloir était presque désert, seuls les domestiques entraient çà et là pour préparer les chambres à leurs nouveaux hôtes. Les vassaux du Roi du Nord étaient partis il y a plusieurs heures.
Son frère et elle logeaient dans une tente. Et même si cela réduisait ses divertissements elle était satisfaite de le garder à l'œil. Ce retour à Winterfell ne lui faisait pas du bien et cela sans m^me prendre en compte la présence de Sansa Stark devant qui il ne pouvait s'empêcher de trembler.
Quand la future reine arriva à la chambre d'icelle, elle resta quelques minutes à écouter le moindre bruit qui aurait pu lui parvenir. Les chevaliers que Lady Stark trimbalait avec elle étaient affairés dans les différentes cours, le seul risque était qu'un membre de sa famille soit présent.
Yara pénétra doucement la pièce. La damoiselle se brossait les cheveux dans un geste mécanique et souple. La Greyjoy allait devoir s'adonner à une occupation qui ne figurait pas parmi ses favorites : la manipulation.
Daenerys perdait patience devant la faiblesse des négociations en cours. Sa reine n'avait comme objectif que la reconquête de son royaume – entier. Leur hôte ne parlait que du danger venu du Nord qu'il appelait marcheurs blancs – des personnages de contes. Pour sa part, Yara n'était pas encore convaincue mais la confiance que son frère plaçait en Jon Snow suffisait à la faire douter. Elle serait facile à convaincre.
Quoi qu'il en soit, entre Jon qui semblait esquiver Son Altesse et Tyron qui révulsait à prendre Sansa comme femme, Daenerys avait besoin de points d'ancrage pour pouvoir s'imposer. Elle pouvait toujours brûler la demeure ancestrale des Stark et les faire tous bouffer par ses bébés mais ce serait semble-t-il envoyer un mauvais message au peuple.
Et Yara était là pour ça, fournir à sa reine les munitions qu'il lui manquait. Et seulement cela.
— Bonjour milady.
La jeune femme pivota sur son tabouret. Ses lèvres s'étirèrent en un sourire poli.
— Votre Altesse.
N'importe qui aurait pu s'attaquer à Sansa Stark. Il aurait plus utile d'envoyer Lady Olenna elles se connaissaient déjà. Nymeria Sand aurait pu s'approcher sans aucun problème de cette jouvencelle. La présence de Yara au contraire ne pouvait éveiller que la méfiance.
Elle n'avait pas la démarche fluide de ces lady qui passaient leur temps à déambuler dans de grands couloirs. Elle n'avait pas les formes des femmes, et doutait que cela importe à Lady Stark. Après tout, elle avait bien à ses côtés Lady Brienne.
— Vous êtes à la recherche de quelqu'un ? Ou bien de quelque chose ?
— Vous, et je vous ai trouvé, sourit Yara.
Elle prit assez ses aises pour découvrir la chambre. Des dimensions tout juste agréables, une tenture prenait une bonne partie du mur, les fenêtres étaient étroites – comme partout ici –, un petit coin près de la cheminée semblait particulièrement agréable mais encore moins que la couche spacieuse de la damoiselle. Yara s'y installa et passa sa main sur les draps tissés et peaux de bête.
— Vous êtes venu m'aider à me préparer ?
— Je ne saurais m'occuper de vos cheveux.
Sansa se mit à tresser ses longs cheveux roux.
— Et moi qui pensait que vous réserviez vos faveurs à la Khalessi.
Évidemment, son allégeance à la Reine Daenerys était connu de tous. Et étant donné l'impatience dont avaient fait preuve les Aspics et la Reine aux Épines, il n'était pas difficile de conclure que Cersei constituait le seul facteur commun entre Dorne, le Bief, et la prétendante au trône de fer.
— Vous n'êtes pas la seule à penser ça mais il faudra bien me livrer au bénéfice du doute.
La jeune femme quitta son tabouret pour s'approcher de son invité. Elle s'assit à ses côtés avec ce même sourire poli. Yara était déjà fatiguée des efforts qu'elle devrait faire pour faire parler la cadette des Stark.
— Vous n'êtes pas lassée de vos robes, de vos obligations, de vos tuteurs ?
Sansa observa sa tenue de parfaite dame du Nord. Ici on aimait pas les damoiselles qui manquaient de chair, un peu trop élancée, un peu trop grande, un peu trop fluide. Ce qu'on attendait d'une dame c'était un soupçon de grâce pour avoir le sentiment de goûter à quelque chose de précieux, un soupçon de graisse pour se garantir des héritiers et éviter d'avoir à enterrer sa bonne femme à la première neige tombée. La damoiselle revint à son invité, une guerrière. La silhouette forte et imposante d'Obara se retrouvait ainsi chez la reine. Toutes deux avaient l'assurance, les pieds ancrés dans le sol, les formes ni explosées ni cachées. Elles étaient toutes deux très certainement splendides.
— Je crois...qu'il est plus facile de gagner lorsque il y a des règles au jeu.
Yara comprit que c'était peine perdu. Il aurait été inestimable d'avoir Sansa à leur botte, cela aurait été le meilleur moyen d'influencer directe le seigneur des lieux. Mais c'était une vrai Lady des terres, elle n'avait pas été élevé à Essos ou sur une île : jamais elle n'avait failli se noyer en se disant que ses forces, ses muscles, sa détermination seraient les seuls causes de sa survie. Sansa Stark n'allait pas se soumettre pour la liberté mais pour le devoir.
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Le regard de Sarella se perdait sur les briques, cherchant à savoir ce qui se cacher derrière ses fissures. Ce château avait un mystère qu'elle voulait lever. Elle avait ses mains sur la paroi cherchant ce changement de température qu'elle avait observé sur la partie sud du château au deuxième étage.
— Puis-je vous aider ?
Une voix la fit sursauter. Elle se tapissa contre le mur certaine d'avoir été prise en faute – quelle faute ? elle n'en savait rien. Un visage souriant la regardait, il semblait bien s'amuser ce qu'il n'était pas non plus bon signe. Puis elle le reconnut. Il était grand, sa cape le rendait encore plus impressionnant, sa peau était parsemée de cicatrice et ses cheveux retenus sur le sommet de son crâne. Elle venait d'être prise en faute par Lord Snow. Dans sa précipitation, sa révérence de ressemblait à rien. Elle décida de s'excuser avant même qu'il ait à énoncer ses fautes.
— Les excuses ne sont pas de rigueur vous ne faites rien de mal. Un peu de curiosité ne fait pas de mal. Que cherchez-vous sur ce mur ?
Il n'était tout simplement pas comme elle l'avait imaginé.
— Les murs ne sont pas tous de la même température et cela ne s'explique ni par l'orientation du soleil ni par leur situation dans le château.
— Voilà une très bonne observation. Winterfell a été bâti sur des sources chaudes et pour que cette chaleur se diffuse, les fondateurs ont inventé un système pour faire circuler l'eau dans la bâtisse.
Les lèvres fines de la jeune fille s'entre-ouvrirent comme si elle voulait dire quelque chose. Elle resta cependant sans voix.
— Descend le plus bas possible et au centre du château, tu pourras voir les mécanismes d'alimentations.
Encore plus enthousiasme, Sarella s'inclina rapidement avant de disparaître en courant. C'était ce qui ressemblait le plus à un enfant insouciant ici, se dit Jon. Lui-même venait de sortir de négociations qui n'en finissaient plus. Tous restaient bloqués sur leur objectif sans envisager que tout sera détruit s'ils ne se préoccupaient pas de l'essentiel. Il reporta son attention sur son pupille qui restait silencieux la plupart du temps. Mais vu sa tête, c'était cette fois parce qu'il avait été soufflé par l'apparition furtive de la jeune dornienne. Très furtivement, le bâtard pensa à quel point cela aurait plaisant et drôle de voir ses jeunes frères et sœurs s'initier aux soubresauts de l'amour. Surtout Arya, il la voyait encore grimacer devant les baisers pleins d'amour de ses parents.
Il revint tristement à ses problèmes actuels et toucha l'épaule du jeune Robyn.
— Que penses-tu de ses négociations ?
— Ces bonnes femmes sont têtues comme des cerfs en brame.
Snow eut de mal à retenir son sourire. C'était vraiment que mesdames étaient particulièrement intransigeantes. Tyron essayait tant bien que mal d'écouter tous le monde. Tormund était bien le seul à comprendre l'urgence de la situation. Ces grandes familles étaient tellement habituées à se faire la guerre entre elles qu'elles en avaient oublié que l'ennemi pouvait venir de dehors.
— Dis moi ce que tu préconiserais.
Robyn prit le temps de réfléchir alors qu'ils marchaient jusqu'au cuisine.
— Nous avons besoin d'un catalyseur pour faire évoluer les positions. Mais à part les envoyer au-delà du mur, je ne vois pas comment.
— Ce triste voyage ne sera pas nécessaire, sourit son mentor.
