Arya se glissa dans le château sans se faire remarquer. Elle regarda la fenêtre qui débouchait sur la chambre de sa sœur. Sansa n'avait pas vraiment changé, elle jouait toujours à la poupée fragile, baissait trop souvent les yeux pour que cela soit crédible et ne cessait de recevoir des compliments pour sa beauté. Un peu qu'elle était belle. Il arrivait que la souffrance sied bien au teint.
De son voyage au Sud, il ne subsistait rien à part quelques idées de coiffure. Elle était devenu une bonne femme comme aimaient le dire les Nordiens : teint pâle, hanches marquées, formes rebondies. Sa taille et sa chevelure étaient certainement les seuls éléments qui rappelaient sa mère et les Tully. Deux éléments dont Arya n'avait pas du tout hérité.
Icelle s'agaçait qu'elle ne puisse rendre discrètement visite à sa sœur. Contre toutes les convenances, les chevaliers et l'apprenti logeaient parfois – assez souvent – dans sa chambre. Arya n'aurait eu aucune chance de dormir sachant que le Lannister était à moins de deux mètres.
En attendant que Sansa se libère, Arya choisit de voir son petit frère. Brandon se faisait voir assez rarement, il restait avec la jeune femme qui l'accompagnait au pied de l'arbre-cœur. Ça lui arrivait d'y dormir et quand on lui demandait s'il n'avait pas froid, il répondait par un regard amusé avant de sourire.
Quand elle arriva, elle observa les feuilles rouges qui se déployaient sans gène. Cet arbre, avant même qu'elle n'y associe une quelconque magie, avait toujours été spécial. Avec la neige qui s'étendait sur tout le territoire, le vert sombre qui balayait la forêt, ce rouge réchauffait. Bran arrêta de faire semblant de dormir mais évita de gigoter pour ne pas réveiller Meera qui s'appuyait sur lui.
Elle s'assit à côté de lui et lui proposa un bout de sa miche de pain.
— Tu as grandi, non ? remarqua-t-il dans un murmure.
— Pas autant que toi.
Ils ne dirent rien pendant un moment, il n'y avait rien de plus étrange pour eux que d'être là, au calme, et d'avoir une discussion qui ne consistait pas en moqueries.
— J'ai demandé à Jon de venir à la crypte, j'ai quelque chose à lui annoncer. Viens si tu peux.
Arya lui assura qu'elle serait là. Elle pensa un moment à lui extorquer l'information avant même qu'ils se retrouvent mais elle manquait d'enthousiasme pour un acte aussi puérile. Elle s'appuya à son tour contre son petit frère comme lorsqu'ils étaient enfants et que tous écoutaient la même histoire du soir. Théon faisait semblant d'être trop vieux pour tous ça mais ne cessait de commenter. Elle se souvint de son père et d'à quel point il avait belle allure même dans ce moment de détente. Il restait généralement assis sur le fauteuil, sa stature carré prenait entièrement le meuble, et pour une fois, Mon Seigneur laissait sa tête aller. C'était pour le dire, son seul moment de repos – garanti par sa très chère femme. Depuis leur premier enfant, elle s'échinait à les empêcher de lui sauter dessus en vue de satisfaire leurs besoins affectifs. Puis c'était Madame qui racontait. Et Madame pouvait sortir de son rôle de madame. Sa mère était bien la plus drôle : ils n'arrivaient pas à savoir à quel point elle inventait ce qu'elle racontait mais c'était toujours drôle, effrayant, surprenant,... Jamais elle ne se souviendrait de ces moments avec l'intensité et la joie qui l'avaient auparavant accompagnée.
— Fais attention à Sansa, murmura le jeune homme.
Devant le regard étonné de sa sœur, Bran précisa :
— Elle a bien remarqué Gendry.
Arya détourna la tête avec mauvaise foi.
— Il n'y a rien à remarquer, maugréa-t-elle.
S'il fallait être sincère, la vue de Gendry l'avait ébranlée bien plus que celle de ses frères et sœur. Elle ne mettait pas la main sur ce pourquoi elle en avait été bouleversée. Il avait déjà décidée de la laisser, ils n'étaient pas supposé se rencontrer de nouveau.
Elle était partie chasser avec trois hommes et elle avait aperçu Gendry. Ou Gendry lui était tombé dessus. Elle s'était bien moqué de lui, peu importe qu'il ait l'air frigorifié dans ses vêtements fins et sa cape humide sa première parole fut « Alors elle était bonne ? ». Ça l'avait fait sourire.
Mais il n'était le seul qu'elle ait revu. Tourte Chaude était venu avec son maître d'œuvre comme de nombreux artisans désœuvrés qui avaient vu cette réunion des grandes maisons comme une occasion en or de se refaire. Le peuple avait subi l'arrivée des Immaculés et des Dothraki avec une surprise apeurée.
L'armée royale autant que l'armée Lannister avait subi une défaite cuisante. D'autant plus frustrante que ses morts n'avaient pas été respecté par la Reine régente : icelle fuit. La population en deuil et privée de ses principales moyens de subsistance n'avait même pas eu l'idée de protester contre l'occupation des Dothrakis. Des sauvages qui représentaient la nouvelle reine. Elle ou une autre, quelle différence ?
Les gens avaient bien changé tous. Chacun s'attendait au pire. Habitué aux exécutions, aux têtes coupées, au rivière de sang, aux tripes à l'air salis par le foin, la boue ou la poussière, aux cadavres aux branches, aux bûchers hurlants et leur odeur de chair brûlée. Ce n'était pas une paire d'armées, des dragons et ce qui dans le Nord retenait leur attention – quoi que ce soit – qui allaient changer les choses.
Dès qu'elle le put, Arya partit voir sa sœur comme c'était prévu au départ. Sansa s'occupait de ses cheveux quand elle entra discrètement dans la pièce. Elle lui jeta un regard indifférent en la voyant s'installer sur la malle au bien de son lit.
— Qu'est-ce qui t'arrive pour que tu viennes ici ? lui demanda-t-elle une fois qu'elle eut fini d'appliquer son onguent sur sa belle chevelure.
— Rien, souffla sa petite sœur en balayant la pièce du regard.
Les traces de ses chevaliers étaient nombreux, des couvertures en laine dans quelques coins, des couches faites de trois fois rien, des effets personnels sans valeur à même le sol.
— Maman t'a-t-elle dit quelque chose de particulier lorsque nous sommes partis pour Port Real ?
— Que voulais-tu qu'elle me dise ? lui retourna Sansa qui s'était retournée pour la fixer à loisir.
— Quelque chose qui t'aurait aidé dans cette transition...
Devant le regard de sa grande sœur, Arya se sentit avec agacement obligé de préciser :
— D'enfant à femme.
Face à cette question, Sansa parut un moment désarmé. Elle regardait un coin de sa chambre, les yeux vitreux, ni complètement absente ni complètement présente.
— Mère ne m'a rien dit. Cersei m'en a parlé du temps de mes fiançailles avec son fils puis une servante particulièrement prévenante. Leur conception de la femme ne te conviendrait certainement pas.
— Je me fiche pas mal de leur idéal, je veux savoir ce que tu emploies contre ces saignées.
— On dit simplement les sangs. Lèves-toi, c'est dans la malle.
Sansa souleva plusieurs objets avant de commencer à lui présenter une ceinture de cuire.
— C'est justement ce que je veux éviter. Tu n'aurais pas quelque chose de pratique ?
Sa sœur leva les yeux au ciel marmonnant quelque chose qu'elle ne chercha pas à comprendre à propos de femme et de praticité. Finalement elle trouva ce qu'elle cherchait et lui présenta un nouveau système, bizarre, gênant, encombrant mais bien plus approprié. Dès qu'Arya eut fini de faire la tresse de remerciement qui incombait, elle disparut à ses occupations insolites.
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Bran observait Meera. Il observait souvent Meera maintenant qu'il était à Winterfell. Il faisait attention à ce qu'elle ne le remarque pas, il se concentrait et il essayait de percer ce qu'elle avait dans le cœur. Qu'est-ce qui la poussait à faire tant d'effort pour le porter, le transporter, nuit et jour sans jamais se plaindre ?
Elle le posa à même le sol et lui demanda s'il était bien installé. Il y a des chances pour qu'il ne soit plus jamais bien installé. Il la remercia. Il respira cette odeur qui lui avait manquée : la cire des bougies, la poussière du temps, le souffle des morts. Arya et Sansa étaient déjà là, gardant un œil sur la malle qui avait été si dure à obtenir. Des bruits de pas les informèrent de l'arrivée de Jon, Meera s'était déjà éclipsée.
Quand Jon leur sourit, trop heureux d'avoir pu les rassembler dans cette demeure ancestrale, Bran s'en voulait déjà. Il était maintenant et depuis peu la Corneille à Trois Yeux, et il avait déjà la sensation qu'il annoncerait rarement le bonheur à autrui. Son pouvoir n'était malheureusement pas fait pour raconter des histoires.
— J'ai déjà évoqué brièvement les pouvoirs que je détiens désormais. Et par ceux-ci j'ai appris quelque chose de capital.
Son frère et ses sœurs étaient déjà pendus à ses lèvres. Cette crypte était le seul lieu que tous considéraient comme dédié à la famille. Un lieu lugubre où son murmure était déformé, où l'écho rendait le moindre bruit inquiétant. Arya plissait les yeux en entendant ses visions. Sansa pinça les lèvres lorsqu'il mit en doute la version officielle de l'« enlèvement » de leur Tante Lyanna. Il sentait au fur et à mesure, ils décrochaient, ils ne voyaient pas l'intérêt de tout ça mais ils avaient encore une once de politesse.
— Quand Père est arrivé, sa sœur l'a supplié de protéger l'enfant – de Robert Barathéon en particulier. Alors Père a pris l'enfant, finit-il, et l'a présenté comme son bâtard.
Durant plusieurs minutes, le silence lui répondit. Arya perdit son sourire. Sansa regardait fixement le sol. Jon finit par s'asseoir sur le socle d'une statue le regard dans le vague.
— Comment être sûr... ?
— Mes visions m'ont projeté dans le passé, j'ai vu tous ces événements en tant que témoin. Ce statut de bâtard n'était pas destiné à t'humilier mais à te protéger. Tu es un vrai noble, tu es un Targa-
— Il suffit, siffla Sansa avec colère.
Tous trois se tournèrent vers elle avec surprise. Il n'était pas rare que Sansa se mette en colère. Là la louve semblait avoir repris le dessus sur elle. Arya pensa à la fois où par négligence elle avait écrasé la patte de Lady. Les muscles bandés, les yeux plissés, la mâchoire sèche.
— Jon a grandi dans le Nord, a été élevé à Winterfell, s'est battu pour les Nordiens, Jon est un Stark.
Lorsqu'elle prononça ce dernier mot, Bran ressentit tout le mépris qu'elle ressentait pour tout autre maison. Sa fureur avait des raisons qu'il n'était pas prêt à élucider. Arya s'était déjà désintéressée d'eux et se penchait vers Jon, dont le regard demeurait dans le vide, prenait peu à peu conscience de tout ce que cela impliquait.
— Que dois-je faire de cette information ?
— Pour l'instant, cela repose uniquement sur la parole de Bran donc il faudrait éviter que cela ne s'ébruite.
— Cependant les Targaryens ont un très aigu sens de la famille, Daenerys pourrait se montrer plus souple une fois convaincue de votre lien de parenté. Il serait néanmoins risqué de l'annoncer haut et fort, cette filiation pourrait être utilisée contre toi et conduire à la révolte de tes vassaux.
Bonjour ! Je m'excuse de ce retard, une fois la folle inspiration passée il est difficile de tenir le rythme (sans parler de mes études). Donc je suis ravie de poster, ravie si vous lisez et encore plus ravie si vous souhaitez continuer à suivre ce petit bout d'aventure. Maintenant vous avez surement une assez bonne idée de ce dans quoi je m'embarque. Je vous dis à bientôt du moins j'espère, bonne journée (et si vous voulez écrire en français sur GOT lâchez-vous), Maneeya.
