Bonjour je vous laisse un mot pour remercier Rose-Eliade et Miss Stark99 de leur commentaire qui m'ont fait très plaisir. Je ne sais pas si ça m'a aussi rendu prolifique mais j'espère ! Bonne lecture et à très bientôt, Maneeya.
Il aurait du rester mort. C'était ce qu'il voulait d'ailleurs – comment aurait-il pu prévoir qu'il en soit autrement ? Il n'avait pas été élevé dans ces mythes où il n'existait qu'un simple mur – certes impressionnant mais franchissable – entre la vie et la mort. D'ailleurs il n'y avait aucun palais qui réunirait l'ensemble des morts pour festoyer éternellement. De l'autre côté du mur, il n'y avait rien et il n'y avait personne.
Après les révélations de Bran, le seigneur s'était senti chaque minute un peu plus ébranlé. Était-ce vraiment un soulagement d'avoir une mère ? Il était vraiment illégitime à porter le titre de Roi du Nord. Jon Snow le nom d'un enfant bâtard de nom mais par amour ou par un résidu de violence ?
Jon pensa aussi beaucoup à Ned Stark. C'était peut-être horrible d'être un bâtard mais être la descendance de Ned Stark valait tout ce que le monde pouvait couvrir. Et il ne l'était plus. Cela rendait sa figure paternelle encore plus admirable alors que lui... Lui était juste un bâtard parmi tant d'autre, un bâtard royal comme il y en avait plein, un bâtard Targaryen qui avait échappé à l'élimination massive.
Son grand-père était le roi fou. Son grand-père paternel avait fait tuer son grand-père maternel ainsi que son oncle. Ce n'est pas Lady Catelyn qui aurait du lui jeté ces regards mais la princesse Elia Sand. Et son père était le grand frère de Viserys et Daenerys donc la Khalessi était sa tante. Et Robb était un cousin éloigné. Tout comme Sansa. Et Arya. Et Bran. Et Rickon.
Sa vie n'était qu'un champ de bataille labouré qu'on avait vendu comme une parcelle agricole, de seconde main certes mais de qualité. Sa vie défilait devant ses yeux éclairée d'une lumière nouvelle et de questionnements incessants. Il pensa douloureusement à Lady Catelyn Tully qui avait toujours été une châtelaine formidable et une hôte attentive. Et justement à cause de la probité de son mari, elle n'avait jamais connu cette vérité.
Il n'eut pas le droit à un vrai repos puisque son pupille vint le chercher dans la crypte. Robyn le découvrit debout face à la statut de Lady Lyanna, la beauté des Stark.
— Daenerys insiste pour vous voir, elle a un traité à vous proposer.
— Lequel ?
— Si vous me permettez d'être franc, elle ressemble à une bonne femme hystérique.
Ceci fit sortir Jon avec résignation de son refuge. Il n'avait pas le droit de penser à lui. Alors il se remit en œuvre. Lady Mormont lui apprit que les traités avec le Val et le Conflanc avaient été rédigés et n'attendaient que sa signature. Sansa, désormais Protectrice du Nord depuis de récentes révélations, les avaient déjà contre-signés.
Ces traités devraient permettre de pallier à l'incurie de l'Hiver mais surtout aux manques d'équipement pour la guerre qui s'annonçait. Il n'y avait pas assez de forgerons pour fabriquer tout ce qui était nécessaire.
— La Khalessi vous attend dans sa tante.
Jon repensa à ses géniteurs qui, par amour ou par désir, avaient déclenché une terrible guerre qui avait ravagé au passage la famille d'une petite fille et l'avait contrainte à grandir sur un territoire inconnu.
Arrivé devant l'impérieuse tente Dothraki gardée par deux gardes Immaculés au regard fixe, Jon se demanda s'il devait entrer et s'annoncer ou attendre d'être annoncé par quelqu'un d'autre. Il aurait pu tergiverser longtemps sur la question, en temps normal il l'aurait fait. En tant que seigneur de Winterfell et Roi du Nord – deux titres pour lesquels il avait infiniment de respect – il est soucieux de respecter l'étiquette.
Il entra et personne ne l'en empêcha.
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Robyn avait choisi de ne pas attendre la fin de cette entrevue. Il y avait quelques chances que cela s'éternise et il avait quelques objectifs qu'il voulait remplir aujourd'hui. Il ne devait plus repousser l'échéance et se contenter des saveurs de l'enfance. Après tout, personne n'aimait la bière la première fois, et tout le monde en buvait.
Il n'eut pas de difficulté à trouver Sansa Stark puisqu'il croisa Sarella Sand. La jolie fille était assise en tailleur à l'écart, un livre posé sur le genou et le regard qui papillait entre la forge et les pages. Elle n'avait pas l'air affable des ladies mais cela lui convenait. Le jeune seigneur l'avait déjà croisée plusieurs fois, échangeant toujours quelques paroles vides.
— Milady, salua-t-il, comment allez-vous ?
— Je suis dans un bon jour. J'essaie de profiter du peu de lumière qui vient à nous.
Robyn aimait bien cette lady qui sortait d'un livre. Tout chez elle était différent. Alors même qu'elle connaissait tout d'eux, elle la Dornienne leur apparaissait comme une espèce étrangère.
— Et vous monseigneur, qu'est-ce qui vous amène ?
— Je suis à la recherche de Lady Sansa.
La fille de Dorne lui indiqua qu'icelle avait une entrevue avec Tyene Sand pour un autre traité commercial. Vraisemblablement, Sansa n'avait pas perdu le nord et continuait de placer ses pions. Soit, il ne pouvait l'en blâmer ayant pris les mêmes dispositions. Robyn remercia la jeune lady puis poursuit sa route dans le château.
Il retrouva sa cousine et dut patienter, icelle sortit à la fin de son entretien. Poliment, le jeune seigneur prit des nouvelles de l'avancée de ses plans. Elle répondit sobrement puis fit un brin de conversation sur le plus superficiel tandis qu'ils se rendaient dans sa chambre.
Une fois arrivés, Sansa s'assit sur une chaise abandonnée dans la pièce, elle l'observa avec rigueur attendant qu'il lui révèle la raison de cette visite. Les deux cousins n'étaient guère proches, surtout pas avec le passage éclair de Sansa au Val qui s'était achevé sur la mort grotesque de sa mère. Pendant plusieurs jours, le petit garçon nourri au sein avait attendu que la mort l'emporte à son tour mais il avait du se rendre à l'évidence, sa mère n'était en rien essentiel à sa survie.
— Vous connaissez Lord Belish, certainement mieux que moi.
Sansa hocha la tête.
— Et vous avez connu brièvement ma mère.
— Qu'avez-vous à me demander ?
— Était-elle folle ? Ma mère était-elle folle ?
Robyn avait beaucoup réfléchi à la façon dont il voulait tourner sa question. Il souhaitait comprendre cette impression qu'avait tant de gens et qui lui échappait à lui, son fils, supposé la connaître mieux que personne. Malade, désespéré et orphelin, il échappait tous les jours à la vigilance du mestre ou de sa Nan pour trouver un endroit calme retiré où il pourrait mourir sans que personne le retienne. Ces gens avaient une telle tendance à le maintenir en vie.
Il atterrissait donc dans de petite pièce avec très peu de passage, un niche à côté des cuisines, une pièce secrète accolée aux diverses salles pour manger, des lieux petits, exigu et pleins de ragots. Ses gens ne prenaient plus la peine de chuchoter lorsqu'il n'était pas présent : pas étonnant que la faible Lisa se soit suicidée, une folle qui avait gâté et gâché leur héritier, oh mais non tout est la faute de ce Littlefinger, d'ailleurs n'était-ce pas lui qui l'avait tuée...
— Folle, répéta Sansa, comment vous est venu cette idée ?
— Là n'est pas la question.
Sansa réfléchit à tout ce qu'elle aurait pu lui dire pour édulcorer, nier ou détourner la seule réponse qu'elle pouvait donner. Elle trouverait un moyen de s'arranger avec sa conscience en se disant qu'il ne fallait pas détruire son image maternelle, qu'elle ne lui devait rien ou qu'elle ne connaissait pas assez Lisa née Tully pour répondre. Elle aurait fait ça pour n'importe quel gosse, pour un inconnu, pour ses petits frères même.
Malheureusement elle s'adressait au seigneur du Val.
Il n'y avait certainement rien de plus dangereux que Belish à la tête d'un des royaumes, son statut de Protecteur du Val lui donnait bien trop d'importance à ses yeux. Le Robyn qui lui faisait face n'avait rien à voir avec l'enfant qu'elle avait giflé des années plus tôt. Outre un développement physique appréciable, icelui était venu chercher des réponses, il s'entraînait tous les jours et menait de longues discussions avec Jon et parfois avec Lady Olenna sur la gouvernance. Il était le père du Val et l'assumait peu à peu.
— Votre mère avait sûrement de merveilleuses qualités mais elle était amoureuse et ça faisait ressortir ce qu'il y avait de pire. Elle a vu Belish me donner un baiser et a essayé de me précipiter par la porte de la Lune.
— Non.
— Pardon ?
— Elle n'a pas fait ça, affirma Robyn le regard sévère. Tu ressembles à sa sœur, elle a pas fait ça.
Sansa sourit puis se leva pour se placer face au jeune homme.
— Elle m'a attrapée par les cheveux et m'a crié des insanités. Je lui ai affirmé en pleurant que je n'avais aucune ambition au sujet de Petyr Belish, qu'il était tout à elle. Elle n'a pas décoléré. Belish est arrivé et nous a écarté l'une de l'autre.
— Puis il l'a poussée.
— Et c'est grâce à moi qu'il s'en est sorti.
Sansa s'attendait à ce qu'il exprime une certaine colère mais face à ce visage fermé et résolu, elle comprit que cette discussion n'était qu'une confirmation. Elle s'éloigna un peu apeurée de tout ce qu'elle venait de révéler. Cette dernière phrase qui avait franchi sa bouche n'aurait jamais du être émise. Elle ne tenait pas à ce que le seigneur l'associe à Petyr Belish. Au contraire.
— Les gens de tout bord déblatèrent aux Éryés, je pense y avoir glané quelques informations de valeur dont eux-même n'ont peut-être pas conscience. Je vais vous laisser maintenant, cette honnêteté dont vous avez fait preuve vous rapportera du bon soyez-en assurer.
Le fils de Jon Arryn sortit.
