Helllloooooooooooo! Vous sentez comme mon "hello" pue la bonne humeur? lol J'ai terminé le chapitre 17! ça faisait plusieurs mois que j'étais dessus. Ouf! Bon, par contre, comme j'ai voulu faire les choses bien (genre^^), ce ne sera pas le dernier chapitre. Faut que j'attaque le chapitre 18 maintenant. Ce sera le dernier (peut-être). Voilà, ça avance! Je suis super contente :)
PUB: Il y a de bons auteurs sur ce site. Mais de très bons, il n'y en a pas tant que ça^^ Je vous invite à aller lire les histoires de Sigognac, sur le fandom de Naruto. Elle écrit vraiment trop bien et ses histoires sont super! En ce moment elle publie L'Un à l'autre inconnus, qui traite aussi de la mémoire, mais d'une façon très différente d'Avada Memomagia. Vous m'en direz des nouvelles!
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Les non logés trouveront une réponse à leur review en fin de chapitre.
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Toujours mille mercis à Aizhi, super bêta, super patiente, qui attend que j'ai terminé un chapitre pour lire et corriger la suite. Je peux vous assurer que un moins entre chaque chapitre, c'est rien en comparaison lol
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! ATTENTION !
CE CHAPITRE EST VRAIMENT (souligné trois fois) DUR. SON CONTENU PEUT HEURTER LA SENSIBILITÉ DES CŒURS LES PLUS TENDRES.
Du coup, pour me faire pardonner, je publierai exceptionnellement la suite dans 15 jours.
Dans le chapitre précédent : Voldemort a puni Bella pour l'erreur qu'elle a commise en offrant Luna à Harry, punition à laquelle Harry a assisté en rê a commencé ses cours avec Lucius et Rodolphus. Si le premier lui laisse toute latitude pour utiliser sa baguette, le second se borne à lui faire apprendre par cœur la liste de tous les sorts de magie noire ainsi que leurs effets. A la fin d'un de ces cours, il croise Bella dans un couloir. Elle exhibe avec fierté la cicatrice que Voldemort lui a laissée lors de sa punition. Très en colère, Harry est bien décidé à obtenir que son fiancé prenne ses distances avec la mangemorte. Mais, encore une fois, les choses ne se passent pas exactement comme il l'avait prévu. Voldemort lui offre une vipère prénommée Aizih avant de l'envoyer au septième ciel avec ses mains habiles. Ils font le pari qu'Harry finira par demander à son fiancé de lui faire l'amour sans qu'il n'ait besoin de se plier à ses exigences concernant Bellatrix.
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Chapitre 6 : Le Marteau des Sorcières
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Comme toutes les semaines, Harry sortit de sa table de chevet les gouttes que Severus lui avait prescrites, pour soigner sa myopie. Il ouvrit la petite fiole et dirigea la pipette vers son œil, penchant la tête en arrière et maintenant ses paupières ouvertes de son autre main. Il laissa tomber deux gouttes de potion turquoise sur sa pupille, provoquant un léger crépitement qui se propagea sur toute la surface de son globe oculaire, l'aveuglant un instant. Ce n'était pas spécialement agréable. Ça picotait un peu. Mais c'était un moindre mal pour pouvoir y voir correctement et sans lunettes. Il renouvela l'opération pour son deuxième œil.
Cela fait, il invita Aizih, qui se prélassait sur les pierres encore chaudes de l'âtre de la cheminée, à s'enrouler autour de son bras. Puis il se dépêcha de rejoindre Lord Voldemort dans le petit salon attenant à leur chambre. C'était aujourd'hui que son fiancé devait l'accompagner au bureau où il avait l'habitude de travailler, avant qu'il ne devienne amnésique. Harry espérait que cet endroit familier réveillerait certains souvenirs en lui, ou du moins certaines sensations.
Lord Voldemort aurait pu les faire transplaner jusqu'à son bureau, mais il voulait qu'Harry puisse y retourner seul par la suite. Or, il avait oublié comment transplaner. Et, secrètement, il s'en réjouissait un peu. Il aimait ces moments où il déambulait dans les couloirs du château, seul avec son fiancé. Leurs capes bruissaient doucement et parfois, leurs doigts se frôlaient. Harry ne poussait jamais plus le contact. Son fiancé avait été très clair sur ce point : pas de démonstrations publiques. « Notre tendresse n'appartient qu'à nous, lui avait-il murmuré dans le creux de l'oreille, de cette voix grave et profonde qui le rendait tout chose. » Or, ils n'étaient pas seuls ce matin dans les couloirs de Morsonge, ayant quitté l'aile qui leur était réservée. Les mangemorts s'affairaient. Tous ceux qu'ils croisèrent ne manquèrent pas de leur présenter leurs salutations, buste incliné et main sur le cœur. Et, bien que Lord Voldemort n'en fasse rien, Harry mettait un point d'honneur à répondre à chacun, d'un petit signe de tête courtois. Il adoptait son propre style, comme il s'était plu à le raconter à Lucius. Son professeur appréciait ses efforts pour s'imposer en tant que Prince et les conseils qu'il lui donnait étaient précieux pour Harry. Si Lord Voldemort était la main de fer, il devait être le gant de velours, lui avait dit le blond. Ce rôle-là, Harry se sentait tout à fait capable de l'endosser.
« Nous y voilà, le sortit de ses pensées son fiancé. »
Ils se tenaient devant une porte simple, en acajou, au bout d'un couloir sans issue. D'un simple mouvement de main, Lord Voldemort l'ouvrit, révélant une pièce de taille modeste mais où régnait un petit quelque chose de chaleureux qui donna tout de suite le sentiment à Harry que ce bureau était bel et bien le sien.
Il y avait d'abord le petit bazar organisé, sur son bureau, face à la large fenêtre aux épais rideaux rouges. On y trouvait, entre autre, une étrange plante grasse, ainsi qu'une tasse de chocolat encore fumante. Le large siège de velours vert lui plaisait aussi. Une cape en tweed y était abandonnée, comme s'il s'était absenté hier. Elle semblait très confortable. C'était le genre de cape dans laquelle on devait aimer se blottir par mauvais temps. Une large bibliothèque prenait place contre le mur de droite, profitant de la luminosité de la fenêtre toute proche. Des volumes de livre de toutes tailles et de toutes couleurs y étaient rangés. Ainsi qu'une collection de vifs d'or et un masque de mangemort du plus bel ouvrage. Son masque de mangemort. Le mur opposé était habillé d'une tapisserie figurant une clairière au centre de laquelle un homme à la longue barbe blanche laissait s'envoler de ses mains un rouge gorge. A ses pieds était assise une très belle femme rousse regardant partir l'oiseau avec émerveillement. Sous la tapisserie se trouvait la cheminée.
« Comment te sens-tu ? lui demanda Lord Voldemort lorsqu'il eut terminé son inspection. »
« Bien. J'aimais cet endroit, je crois. »
Le Seigneur des Ténèbres était satisfait. Severus et Drago avaient bien œuvré.
« C'est ici que tu passais tes journées, à travailler. Tu as arrangé cette pièce à ta convenance, au fil du temps. »
« En quoi consiste mon travail exactement ? demanda-t-il en passant derrière le bureau, balayant du regard des parchemins abandonnés. »
« Tu gères la répartition de mes mangemorts sur les différentes missions en court. Tu estimes les besoins matériels, que tu transmets ensuite à Lucius, qui gère la trésorerie. Tu réfléchis aux moyens d'atteindre les buts que nous nous sommes fixés en réunion. »
« Et quels sont-ils ? Je veux dire, j'ai bien compris que vous deviez mettre l'Ordre du Phénix hors d'état de nuire et conquérir le Ministère de la Magie. Mais quelle est votre stratégie ? »
« Notre stratégie, Harry. Tu désires tout autant que moi reprendre les rênes de notre société. »
Ces paroles rendirent Harry mal à l'aise. Tout cela ne lui parlait pas. Il ne se souvenait pas de la cause pour laquelle il devait se battre.
« C'est assez simple, en fait. Je désire que nous mettions la main sur tous les fondements de la société sorcière. D'abord, Poudlard. L'école forme les sorciers de demain. Il est donc essentiel d'avoir la maîtrise de l'enseignement pour créer un nouvel ordre. C'est chose faite depuis que Severus en a pris la direction, grâce à toi. »
Ce rappel oppressa un peu plus Harry.
« Ensuite, Gringotts, la banque sorcière. La fortune est le siège du pouvoir. Et j'estime que l'argent sorcier doit revenir aux sorciers. Les nés moldus et les Sang-mêlé n'ont en aucun cas bâti la richesse de notre nation. Il est donc tout à fait inconcevable qu'ils puissent en disposer, parfois même plus que les plus vieilles lignées de sorciers au sang pur. La presse devra elle aussi être maîtrisée, le moment venu. Elle sera une arme redoutable pour assoir mon pouvoir. Enfin, les rouages administratifs et judiciaires de la société sorcière : le Ministère de la Magie. Ce n'est que quand nous aurons pris le Ministère que nous pourrons mettre en place un système efficace d'épuration de la communauté sorcière de tous ceux qui la gangrènent : les Sang-De-Bourbe, ainsi que tous ceux refusant de se plier à ce nouvel ordre. »
« Epurer la société sorcière ? Que… Qu'entendez-vous par là ? s'inquiéta Harry, dont le malaise grandissait à chaque parole de son fiancé.»
Voldemort hésita un instant. Il sentait qu'il avait peut-être été un peu trop loin. Le garçon était encore trop fragile, trop doux. Il devait tempérer son propos. Il s'approcha de Potter pour lui faire face et le saisir par les épaules, comme il le faisait souvent pour asseoir de façon physique son emprise sur lui.
« Tu dois comprendre, Harry, qu'il s'agit avant tout de protéger les sorciers, nos semblables, contre les moldus. De défendre leurs droits, leur Histoire et leur patrimoine. De protéger leur magie en préservant la pureté du sang. »
Les grands yeux trop verts d'Harry le fixaient, plein de perplexité.
« Ecoute, je vois bien que tous ces enjeux te dépassent. Avec ta perte de mémoire, tu as aussi oublié notre Histoire. L'Histoire des Sorciers. Peut-être serait-il bon de commencer par là. Qu'en dis-tu ? »
En apprendre plus sur les sorciers était une perspective qui plaisait à Harry. Mais les cours d'Histoire, pour il ne savait quel raison, lui semblaient rébarbatifs au possible.
« Et bien… je suppose que oui, fit-il avec une petite grimace. »
Son peu d'entrain sembla amuser son fiancé, qui se dirigea vers la bibliothèque de son bureau. Il parcourut du regard les rangées de livres avant d'en extraire un plutôt volumineux, de l'avis d'Harry. Il le lui tendit de manière à ce qu'il puisse en découvrir le titre : Histoire de la Persécution Institutionnalisée des Pratiques et Croyances Magiques en Europe Durant l'Inquisition Moldue.
Pouvait-on vraiment donner ce titre à un ouvrage et espérer qu'il soit lu ? se demanda Harry. Manifestement, oui. Puisque ce manuel se trouvait dans sa bibliothèque. Cette fois-ci, les yeux de Lord Voldemort s'étrécirent devant son air peu enjoué.
« Tu es un pilier important de mon pouvoir et de ma réussite, Harry. Je ne t'en ai rien dit pour le moment car je ne voulais pas ajouter de pression supplémentaire à ton amnésie, mais tu es un sorcier qui jouit d'une très grande popularité. Tout le peuple sorcier croit en toi et en ta volonté de le protéger. J'aimerais donc que tu prennes tout ceci un peu plus sérieusement. Il ne s'agit pas d'un jeu. Nous sommes en guerre. Et tu es en première ligne, à mes côtés. »
Harry se sentit un peu honteux face aux remontrances de son fiancé. Aussi prit-il le livre d'Histoire sans plus faire de manière, déchiffrant même le nom de son auteur : Bartus Cafteur.
« Le chapitre trois devrait particulièrement attirer ton attention, mentionna Lord Voldemort. Nous nous voyons ce soir, A Chuisle, ajouta-t-il avant de se pencher pour lui donner un baiser. »
Il quitta la pièce, laissant Harry en tête-à-tête avec ce pavé de l'Histoire. Celui-ci s'installa à son bureau, constatant que, comme il l'avait pensé, son fauteuil était des plus confortables. Il garda l'Histoire de la Persécution Institutionnalisée des Pratiques et Croyances Magiques en Europe Durant l'Inquisition Moldue sous son coude et huma avec délice l'odeur du chocolat chaud, qu'un elfe de maison avait laissé à son intention. Avant de commencer quoi que ce soit, il extirpa de sa poche le rapeltout que Drago lui avait apporté lors de sa première visite après son agression par les membres de l'Ordre du Phénix. La balle rougeoyait toujours autant à son contact. Il adorait ses volutes et toutes leurs déclinaisons de teintes vermeilles : Pourpre, grenat, incarnat, cerise, amarante, rubis, carmin, sang… Autant de nuances que dans les yeux insondables de son fiancé. Il la fit tourner un instant entre ses doigts avant de la poser doucement contre le pot de sa plante, où elle reprit sa transparence d'origine. Puis il saisit sa tasse de chocolat d'une main alors que de l'autre il ouvrait le livre choisi par Lord Voldemort, bien décidé à ne pas décevoir ce dernier. Il chercha la table des matières et la parcourut avec attention :
Histoire de la Persécution Institutionnalisée des Pratiques et Croyances Magiques en Europe Durant l'Inquisition Moldue.
Introduction : La cohabitation du peuple sorcier et du peuple moldu jusqu'au Moyen-âge.
Chapitre 1 : Les croyances moldues au Moyen-âge
Un être supérieur invisible : Dieu
Une doctrine aux versions divergentes : le christianisme
Un culte encadré : le monde ecclésiastique
Chapitre 2 : Le rejet de la Magie et l'obscurantisme moyenâgeux
L'intolérance des moldus : l'interdiction des pratiques païennes
La crédulité des moldus : des peurs créées de toutes pièces
La servitude des moldus : le contrôle des masses par la religion
Chapitre 3 : L'Inquisition : traque et élimination systématique des Sorciers
Diablerie et sorcellerie : l'amalgame de tous les maux
Les directives du Pape: la consécration du Malleus Maleficarum (1)
La justice divine: le procès des Sorciers
Conclusion : Sorciers et moldus : l'impossible cohabitation
Harry ayant été élevé au sein d'une famille moldue (il avait de plus en plus de mal à parler de celle-ci en tant que sa famille, la douceur de son existence à Morsonge lui donnant une toute autre perspective de ce qu'aurait pu être son enfance), il ne s'attarda guère sur le premier chapitre, se contentant de le survoler rapidement, notant toutefois le scepticisme évident de l'auteur envers la foi des moldus. Le chapitre deux ne lui sembla guère plus objectif, au vu des intitulés donnés par Bartus Cafteur à chacune de ses parties. Mais il traitait de faits historiques dont Harry n'avait que vaguement entendu parler au cours de sa scolarité, tout du moins de la scolarité dont il se souvenait. Il s'y attarda donc plus longuement, durant trois matinées, ses après-midi étant consacrées à ses cours avec Lucius et Rodolphus. A la suite de cette lecture, Harry pouvait difficilement remettre en question l'intolérance, la crédulité et la servitude des moldus. Il se disait tout de même qu'il devait se garder de se faire une opinion sur la base de ce seul ouvrage et se promit qu'une fois celui-ci achevé, il en chercherait d'autres traitant du même sujet dans sa bibliothèque.
Les choses se précisèrent lorsqu'il entama le troisième chapitre, celui sur lequel Lord Voldemort avait particulièrement insisté.
La première partie expliquait comment, entre le Moyen-âge et la Renaissance, les sorciers avaient été assimilés à des adorateurs du Diable, figure emblématique des religions catholiques et protestantes.
Bartus Cafteur relatait dans son ouvrage qu'à cette époque, il était courant que les sorciers et surtout les sorcières, viennent en aide à leurs voisins moldus pour la fertilité de leurs champs et de leurs bétails, en pratiquant pour eux la voyance ou en leur prodiguant des soins médicaux. Les sorciers vivant au sein de la communauté moldue s'installaient souvent en tant que guérisseur dans leur village, ou ouvraient un petit commerce de préparations thérapeutiques. Cependant, en 1233 le Pape Grégoire IX avait édicté la Vox in Rama, première bulle de l'Histoire contre la sorcellerie, à la demande de son inquisiteur exerçant en Allemagne, Conrad de Marbourg (2). Il y était fait une description du Sabbat des sorciers et de leur culte du Diable. Il y était question de réunions de sorciers, donnant lieu à des danses rituelles où les sorcières entraient en transe pour invoquer démons et autres fléaux. Le tout se terminait dans des orgies abominables où femmes, hommes, boucs, diables et démons s'accouplaient.
Mais, le décret papal qui avait vraiment mis le feu aux poudres était la bulle Super Illius Specula, rédigée en 1326 par le Pape Jean XXII, définissant la sorcellerie comme une hérésie (3), c'est-à-dire une pratique tombant sous le joug de la justice inquisitoriale, mise en place en 1231 afin de combattre les doctrines contraires au dogme catholique (4). Jusque-là, le monde ecclésiastique et sa terrible Inquisition ne s'étaient jamais mêlés de la vie des sorciers, considérant les activités des sorciers comme purs fantasmes du petit peuple moldu. Mais à partir de cette époque, les sorcières connues comme guérisseuses virent leur travail surveillé. Les autorités ecclésiastiques leur imposèrent de changer les formules qu'elles proféraient lors de leurs soins par des prières aux Saints (5). Celles refusant de se plier aux règles ou pratiquant l'avortement furent assimilées à des adoratrices du Diable.
La deuxième partie du chapitre racontait le début de la chasse aux sorcières à proprement parler. Elle relatait qu'en 1484, l'inquisiteur Heinrich Kramer avait demandé au Pape Innocent VIII de lui octroyer des pouvoirs explicites pour mettre un terme à une épidémie de sorcellerie en Allemagne. C'est à cet effet que fut promulguée la bulle papale Summis Desiderantes Affectibus, dont Bartus Cafteur publiait un extrait (6):
« Le 5 décembre 1484, Bullarium Romanum anno 1484. Innocent, évêque, domestique des domestiques de Dieu, annonce désirer avec l'ardeur suprême […] que la foi catholique en nos jours partout se développe et s'épanouisse autant que possible, et que toute la dépravation hérétique soit mise loin des territoires du fidèle.. » […]. Il est récemment venu à nos oreilles, avec grande douleur, que dans certaines régions de l'Allemagne […] c'est aux périls de la damnation éternelle que beaucoup de personnes des deux sexes, insouciantes de leur propre salut et abandonnant la foi catholique, commettent d'elles-mêmes par leurs incantations, sorts, conjurations et par d'autres superstitions/charmes et sortilèges abominables de leur artisanat d'énormes infractions horribles, tuent les bébés encore dans le ventre de la mère, ainsi que la progéniture du bétail, fustigent le produit de la terre, les raisins de la vigne, les fruits des arbres […]; qu'ils affligent et torturent avec de grandes douleurs et angoisses, internes et externes, hommes, femmes, bétail, […] et gênent des hommes pour l'engendrement et des femmes pour la conception, empêchant toute la consommation du mariage cela, d'ailleurs, ils le nient avec les lèvres sacrilèges de la foi… » (7)
« Quel ramassis de conneries, marmonna Harry. »
Innocent VIII avait ainsi approuvé toutes les mesures nécessaires pour combattre et punir les sorciers « selon leurs mérites ». Malgré cela, les inquisiteurs Heinrich Kramer et Jacques Spenger eurent le plus grand mal à trouver des appuis dans leur lutte contre la sorcellerie, les autorités ecclésiastiques locales refusant de leur prêter main forte. Loin de renoncer, les deux hommes d'église publièrent en 1486 un véritable traité sur la sorcellerie intitulé Malleus Maleficarum. A ce sujet, Bartus Cafteur écrivait :
« Le Malleus Maleficarum, ou Marteau des Sorcières, se divise en deux parties. La première dépeint de façon parfaitement grotesque la nature de la sorcellerie, toujours en lien avec ce que les moldus appellent des actes de diablerie. […] Ses auteurs y font preuve d'une misogynie sans borne en prétendant que les femmes, de part leur infériorité physique et intellectuelle, seraient les plus à même de se laisser séduire par le Diable et de s'adonner en son nom à la pratique de la sorcellerie. Ils prétendent que certaines d'entre elles auraient confessé pouvoir se transformer en animal, mais que ces déclarations ne seraient que purs mensonges ou illusions suscitées par la Diable. Nos animagus seront ravis de l'apprendre. […]
Kramer et Spenger reconnaissent aux sorcières la capacité de voler sur un balai, mais aussi sur des chevaux, activité hautement condamnable car elle leur aurait permis de se rendre au Sabbat afin de forniquer avec le Diable, toutes enduites d'un onguent préparé grâce à la peau d'un nouveau-né. Notons le caractère tout à fait morbide des relations sexuelles auxquelles se seraient adonnées nos semblables, selon ces deux moldus : « Par des démons pareils, les actes sexuels de l'impureté la plus honteuse sont commis, non pour le plaisir mais pour l'infection du corps et de l'âme de ceux dont ils se font incubes et succubes. » (Extrait du Malleus Maleficarum) […]
La seconde partie de ce traité explique méthodiquement comment procéder à la capture d'une sorcière, comment lui faire avouer ses crimes (supposés ou avérés) et comment l'éliminer. Nous reviendront plus en détails sur la mise en pratique de cette procédure dans la troisième partie de ce chapitre : La justice divine : le procès des Sorciers. […] »
Bartus Cafteur continuait ainsi son analyse, critiquant l'ouvrage des deux inquisiteurs à qui le Pape Innocent VIII avait donné les pleins pouvoirs, abandonnant aux mains de chasseurs de sorcières sadiques le destin de centaines d'hommes et de femmes, sorciers et moldus confondus.
Harry avait du mal à réaliser qu'un tel ouvrage ait pu exister et soit toujours publié. Tout ce qui y était relaté relevait le plus souvent de la fable et, lorsque les auteurs s'approchaient de la vérité, ils s'empressaient de la salir et de la condamner.
Bien qu'il essaya de garder le plus de distance possible avec tout cela, Harry ressentit une profonde colère de voir ainsi la Magie et ses semblables diabolisés, calomniés, traités comme le fléau le plus ignoble de la terre. Pourtant, au fond de lui, il savait que le pire restait à venir. Raison pour laquelle, sûrement, il avait repoussé d'une bonne semaine la lecture de la dernière partie du troisième chapitre de l'Histoire de la Persécution Institutionnalisée des Pratiques et Croyances Magiques en Europe Durant l'Inquisition Moldue. Le procès des sorciers ne lui disait rien qui vaille, mais il devait savoir. Aussi finit-il par se replonger dans l'ouvrage de Bartus Cafteur, faisant tourner sans arrêt son rapeltout entre ses doigts.
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Manon Tinguely avait 16 ans lorsque sa voisine, Isobelle Courvoisier, avait été trouver les inquisiteurs installés dans leur petit village de Suisse depuis plus d'un mois pour leur raconter comment elle l'avait vue entrer dans l'étable de ses parents pour ensorceler leur bétail, afin qu'aucun vêlage ne se produise cette année.
Les Frères dominicains Alain Cretton et Dominik Droz firent mander Manon pour l'entendre. Le Père Droz savait que la jeune fille était pieuse. Il l'avait observée prier avec ferveur à chaque office, les yeux fermés. Sa bouche en bouton de rose remuait doucement et ses joues s'empourpraient adorablement au fur et à mesure du sermon. C'est pourquoi il avait commencé par lui rappeler combien il était mal de souhaiter ou d'intriguer pour le malheur de son prochain. Manon acquiesça vivement, ne comprenant pas encore la raison de sa présence dans la nef de l'église à cette heure de la journée. Elle devait aider ses parents aux champs. Le Père Cretton lui demanda si elle s'était rendue à l'étable des Courvoisier la nuit dernière, lui rappelant que mentir était un péché. Bien qu'avec un peu d'hésitation, Manon avoua y avoir été. Et, quand on l'interrogea sur ce qu'elle avait fait au bétail de ses voisins, elle assura n'avoir rien fait du tout. Enfin, lorsque le Père Droz la questionna sur ce qu'elle faisait dans l'étable de ses voisins, elle baissa les yeux et répondit en rougissant qu'elle y avait rejoint Daniel Masseron. Ils étaient amoureux et désiraient se marier.
« Vous a-t-il touché intimement ? lui demanda brutalement le Père Droz. »
« Non, Mon Père ! Je vous jure que non ! s'affola Manon, les larmes aux yeux. »
Et les choses en restèrent là. Manon renta chez elle et ne vit plus Daniel durant quelques jours. Puis la vie reprit son cours normal. Jusqu'à ce qu'une bête des Courvoisier donne naissance à un veau mort-né. La mère de Manon, Irène, était allée assister ses voisins pour le vêlage. Elle et sont mari étaient des sorciers et faisaient tout pour vivre en bonne harmonie avec les autres villageois. Irène était connue pour ses dons de guérisseuse. Mais cette nuit-là, ses dons n'avaient pas suffi à sauver ce veau, depuis longtemps mort dans le ventre de sa mère.
« C'est Manon ! Cette satanée Sorcière ! s'était écriée Isobelle. »
Et, pour la seconde fois en moins de deux semaines, Manon fut convoquée par les inquisiteurs. Trois jours avant, la vieille Marta avait été mise au bûcher, reconnue comme sorcière. Mais les Tinguely savaient bien que la pauvre femme ne faisait pas partie de leur communauté. Ils n'avaient rien pu faire. Ils avaient songé à quitter le village, mais Erik, le père de Manon, avait pensé que cela n'aurait fait que confirmer les soupçons des Courvoisier.
« Crois-tu en l'existence des sorciers, Manon ? lui demanda le Père Cretton, de retour dans la nef de l'église. »
« Non, Mon Père, répondit Manon, comme le lui avaient recommandé ses parents. »
« Non ? la reprit le Père Droz. Pourtant, la Sainte Bible nous met en garde contre de tels démons. Ne crois-tu donc pas en l'existence du Diable ? »
« Si, Mon Père. Je crois en l'existence du Diable. Le Diable existe. »
« Tu l'aurais donc rencontré ? enchaîna le Père Cretton. »
« Non ! Non ! Jamais ! »
« Alors, d'où tiens-tu la certitude que le Diable existe ? »
« La… La Bible en parle… »
Manon était perdue. N'étais-ce pas eux qui venaient de le lui dire ?
« Elle parle aussi des sorciers. Tu nous as pourtant assuré ne pas croire en leur existence. Qui cherches-tu à protéger ? Toi-même ? Ou ta mère ? »
« Non ! Ma mère n'a rien fait de mal ! paniqua-t-elle.»
Elle aimait sa mère, son père et son jeune frère.
« Ah, c'est donc toi-même que tu souhaites protéger. Reconnais-tu être une sorcière, Manon ? »
« Non ! Je ne suis pas une sorcière ! Je le jure, je ne suis pas une sorcière ! répondit-elle en pleurant. »
Mais qu'importe, l'avis des deux inquisiteurs était fait depuis longtemps. Ils avaient longuement parlé du cas de Manon, à plusieurs reprises depuis sa première comparution devant eux. Une telle beauté, une telle candeur ne pouvait qu'être l'œuvre du Diable.
Aussi Manon ne rentra-t-elle pas chez elle ce soir-là. On la laissa trois jours à l'isolement, comme on l'avait fait avec la vieille Marta. Puis on était venu la chercher. On l'avait mise nue devant les Frères Droz et Cretton, mais aussi devant le prêtre de sa paroisse, le Père Brandt, qui l'avait vue grandir. Il y avait aussi les hommes de main des inquisiteurs, dont elle ignorait le nom, ses parents lui ayant interdit de les approcher. Sa honte avait fait rougir sa peau pâle, sous le regard concupiscant du Père Droz.
Son corps fut entièrement rasé, avec une lame chauffée à blanc. Toute marque prouvant son affiliation avec le Diable devait être visible. Allongée sur une table de bois, elle subit l'inspection des petits yeux porcins et des mains sèches de Père Droz. C'était lui, le piqueur (8). Ses doigts osseux caressèrent la peau fraîche de Manon, examinant le dessous de ses aisselles, sondant les replis de son cou, palpant sa poitrine généreuse.
Le père Droz aurait bien englouti ses petits tétons roses, pour les mordre. Ils avaient l'air si tendre. Mais il savait qu'un un autre trésor, accessible celui-ci, l'attendait. Il fit courir ses doigts le long des cuisses de Manon avant de les lui écarter, arrachant un sanglot à la jeune fille. Il inspecta les lèvres de sa vulve, les triturant de ses doigts crochus.
« Alors, fiancée du Diable, que nous caches-tu ? Combien de verges as-tu déjà accueillies dans ton vagin insatiable ? Combien de fois le Diable y a-t-il déversé sa semence ? As-tu déjà couché avec un bouc ? »
« Non… Non… pleura Manon. »
Mais les doigts la pénétrèrent et la fouillèrent sans vergogne. Elle saigna. Manon était vierge. Mais cela n'arrêta pas le Père Droz qui, n'ayant rien trouvé de suspect de ce côté-là, demanda à ses hommes de la retourner sur le ventre. Et c'est là qu'il la vit. Une adorable petite tâche de naissance en forme de cœur, sur le haut de sa cuisse.
Le rôle du piqueur était simple : trouver une « anomalie » sur la peau de l'accusée et la piquer à l'aide d'un aiguillon pointu. Si elle criait, la tâche n'était pas la marque du Diable. En revanche, si elle gardait le silence, n'exprimant pas la moindre douleur, c'est qu'elle était une sorcière. C'est donc avec la satisfaction du travail bien fait que le Père Droz enfonça la pointe de son instrument dans la jolie petite tâche de naissance de Manon. Celle-ci cria. La zone était très sensible et l'inquisiteur l'avait piquée jusqu'au sang.
« Voilà votre preuve, intervint pour la première fois le Père Brandt. Manon n'est pas une sorcière. Rhabillez et relâchez cette pauvre enfant, Mes Frères. »
« Pas encore non, répliqua le Père Droz. Cette marque n'est peut être pas l'œuvre du Diable. Mais il existe peut-être une autre marque, mieux dissimulée, susurra-t-il en passant les mains sur les fesses de Manon. »
Il les écarta. Ses yeux scrutèrent attentivement son anus. Sa robe d'homme saint lui permettait de bander allègrement, en toute discrétion. Le Père Brandt ne protesterait pas plus, il le savait. Le Malleus Maleficarum était très clair sur ce point : ceux qui se faisaient les avocats zélés d'une hypothétique sorcière étaient probablement sorciers eux-mêmes. Le courage du Père Brandt n'irait pas jusqu'à mettre sa propre vie en jeu. C'est donc en toute quiétude qu'il enfonça ses doigts dans l'anus de Manon, allant et venant dans sa tendre chair alors qu'elle pleurait de plus belle.
« La sodomisation est un péché, Manon. Alors, dis-moi, as-tu pratiqué cet acte contre nature lors du Sabbat ? As-tu laissé les dizaines de verges des serviteurs du Diable profaner cet endroit ? »
Le Père Droz était en fait le premier à profaner ainsi son intimité. Mais Manon se doutait bien qu'une telle réponse ne lui apporterait que plus d'ennuis. Aussi se contenta-t-elle de jurer une fois de plus son innocence. Après cela, le Père Droz décida qu'il fallait lui raser la tête, son abondante chevelure, blonde comme les blés, pouvant dissimuler la preuve de son pacte avec le Diable. Mais il ne trouva rien de plus.
C'est nue, la crâne et le pubis rasés que Manon entendit le verdict du Père Cretton : puisque la preuve de sa nature de sorcière n'avait pu être établie par le piqueur, elle devrait en passer par l'ordalie pour prouver définitivement son innocence (9).
Ainsi, dès le lendemain, la jeune fille fut conduite au bord de la rivière. Elle avait revêtu sa robe blanche et son tablier noir. Mais le Père Droz avait refusé qu'elle couvre sa tête de son fichu. Le Père Cretton lui avait expliqué que si elle était innocente, elle n'avait pas à avoir honte et devrait être capable de marcher la tête haute, même ainsi. Ce à quoi elle s'était appliquée, même lorsqu'elle avait aperçu sa mère, essuyant ses larmes dans un mouchoir blanc.
C'est le Père Brandt qui avait béni le cours d'eau. Il en avait fait expressément la demande. Et le brave homme avait prié avec ferveur avant d'appliquer l'onction aux flots de la rivière. Il priait pour que l'enfant des Tinguely, qu'il avait vue naître, se sorte saine et sauve des rouages de l'Inquisition.
On lia les pieds et les mains de Manon tandis que le Père Droz expliquait à tous les habitants du village, rassemblés pour l'occasion, que comme la vieille Marta, Manon serait plongée dans l'aqua frigida. Si elle coulait, c'est qu'elle était reçue par l'eau bénite et était donc innocente. Si elle flottait, c'est qu'elle était coupable de sorcellerie.
« Sorcière ! crièrent certains villageois, les Courvoisier en tête. »
Daniel aussi était là, tordant son couvre-chef entre ses doigts. Il était amoureux de Manon. Elle ne pouvait pas être une sorcière. Elle était si belle, si douce, si gentille… Il fut à la fois rassuré et paniqué lorsqu'il la vit couler. Il ne cessait de lancer des regards affolés aux deux inquisiteurs, se demandant quand ils donneraient l'ordre d'aller la sortir de l'eau. Mais les deux hommes ne faisaient rien, se contentant de la voir se débattre, se noyer et s'enfoncer toujours plus dans les profondeurs de la rivière.
Quand soudain, le corps de Manon remonta à la surface, tirée des eaux par une force invisible. Daniel vit son visage émerger de l'eau alors qu'elle prenait une grand goulée d'air. S'il en fut soulagé, ainsi que la famille Tinguely, ce ne fut pas le cas des autres villageois qui eurent un mouvement de recul, apeurés.
« Sorcière ! se remirent-ils à crier de plus belle après un moment de flottement. »
Et c'était bien le cas. La jeune fille s'était sentie mourir, engloutie par les flots, et sa magie instinctive avait réagi à son appel, la sortant de l'eau mortelle.
Signant son arrêt de mort.
Toute la nuit, depuis sa cellule, Manon entendit les hommes s'afférer à construire le bûcher sur lequel elle serait brûlée vive dès le lendemain. Leurs marteaux cognèrent, les fagots s'entassèrent et les yeux de Manon pleurèrent. De tristes pensées la submergèrent. Peut-être aurait-elle dû croire en Dieu et prier pour de vrai à chaque messe, au lieu de réciter silencieusement les incantations que sa mère lui apprenait. Peut-être Dieu avait-il plus de pouvoirs que les sorciers et que la Dame du Lac elle-même.
Aux premières lueurs de l'aube, lorsque les hommes de main des inquisiteurs vinrent la chercher dans sa cellule, ils trouvèrent la jeune Manon agenouillée pieusement au milieu de sa cellule, priant de tout son être le Seigneur de lui venir en aide. Mais Dieu resta sourd à ses prières.
Ce n'est que lorsqu'elle fut attachée au bûcher qu'elle en connut la raison. Dans son sermon le Père Cretton expliqua que c'était la volonté de Dieu de voir son enfant, Manon Tinguely, périr brûlée afin d'expier ses crimes et de pouvoir être reçue dans son Royaume.
Elle comprit qu'elle devrait endurer son supplice jusqu'au bout lorsque le Père Droz ajouta qu'il fallait s'assurer qu'aucune progéniture n'avait été créée lors de sa débauche infâme avec le Diable. Ses yeux pleins de larmes se posèrent une dernière fois sur sa famille. Son père, qu'elle n'avait jamais vu pleurer jusqu'à aujourd'hui, son petit frère âgé de 8 ans, pâle comme la mort, et sa mère effondrée au sol. Sa vue brouillée eut tout juste le temps d'apercevoir la silhouette de Daniel, sans distinguer la gravité de son visage. Le bourreau planta un couteau dans son ventre et le lui ouvrit, révélant à tous qu'elle ne portait aucun fœtus démoniaque en son sein.
Manon hurla à en perdre la raison. Tout comme sa mère. Daniel ne put en supporter d'avantage et quitta la petite place du village. Malgré tout, il entendit le bois craquer lorsque le bourreau y mit le feu. Il entendit les cris de Manon s'éteindre alors que son corps était livré aux flammes. Puis ce furent ceux d'Irène, sa mère, qui moururent en même temps que sa fille. Il apprendrait plus tard que la pauvre femme avait perdu connaissance. Les cris dont les échos le poursuivirent le plus longtemps furent ceux des autres villageois. Leurs voisins. Leurs amis. Qui scandèrent « Sorcière ! Sorcière ! Sorcière ! » tout le temps que perdura le brasier.
Trois jours plus tard, on brûla Irène Tinguely, dont le chagrin l'avait rendue suspecte aux yeux des inquisiteurs. Pleurer son enfant avec tant de force lorsqu'il était avéré qu'elle était une fiancée du Diable ne pouvait signifier qu'une seule chose : que l'on était soit même une sorcière.
Le lendemain, le reste de la famille Tinguely disparut, confirmant aux habitants de leur petit village de Suisse qu'ils étaient tous adeptes de la sorcellerie. Certains prétendirent que le soir de leur disparition, ils avaient vu une chouette s'envoler de la fenêtre de leur maison. Isobelle Courvoisier colporta même que des gens portant d'étranges chapeaux pointus et de longues robes noires étaient venus chercher le père et le fils. Propos que jamais personne ne remit en question.
En effet, depuis que les femmes Tinguely avaient été brûlées, Isobelle jouissait d'une réputation des plus enviables. Elle était celle qui avait débusqué et dénoncé le mal. Elle était considérée comme la plus pieuse enfant du village.
Un an plus tard, elle épousa le beau Daniel Masseron. (10)
.Oo. .
Harry referma l'Histoire de la Persécution Institutionnalisée des Pratiques et Croyances Magiques en Europe Durant l'Inquisition Moldue.
Il se sentait mal.
Il sortit sa baguette de la manche de sa cape et lança un « tempus ». Sa voix raisonna étrangement dans le silence de son bureau. L'œil vide, il regarda « 14h30 » flotter dans l'air en lettres d'or. Il était en retard pour son cours avec Rodolphus. Et il n'avait absolument pas envie d'y aller. Il se passa les mains sur le visage pour tenter de se ressaisir, décrispant ses mâchoires. Un picotement désagréable remonta jusqu'à ses oreilles. Il resta encore un instant, les yeux perdus dans le néant. Puis il relâcha son rapeltout qui roula doucement sur son bureau.
« Bidule ! appela-t-il d'une voix ferme. »
Le petit elfe de maison fit son apparition dans un « pop » qui agaça inexplicablement Harry. Il se retint de lui faire une réflexion pour qu'il tâche d'être moins bruyant à l'avenir.
« Que peut Bidule pour Harry Potter, Monsieur ? »
« Va trouver Rodolphus Lestrange, je te prie. Et informe-le que je ne pourrais assister à son cours aujourd'hui. Je ne me sens pas très bien. »
« Oui, Harry Potter. Ce sera fait, Monsieur, répondit-il en s'inclinant, avant de disparaitre dans un autre « pop » sonore. »
Harry grinça des dents. Foutu elfe de maison.
.
.
Ce n'est qu'en milieu d'après-midi qu'Harry fut tiré de ses tourments. La personne qui entra dans son bureau à ce moment-là s'était permise de le faire sans s'annoncer. Et pour cause, il s'agissait du maître des lieux.
Lord Voldemort avisa son jeune fiancé, recroquevillé dans son fauteuil, Aizih lovée autour de son cou. Le livre de Bartus Cafteur sur la chasse aux sorcières était fermé mais trônait toujours sur son bureau. Le garçon lui adressa un regard accablé.
« Je viens d'apprendre par Rodolphus que tu ne te sentais pas très bien. Que se passe-t-il ? »
Harry haussa les épaules et se mit à triturer le bas de sa tunique sans plus le regarder. Il n'était pas très à l'aise de voir son fiancé ici. Que dirait-il lorsqu'il saurait qu'il n'était pas souffrant, tout du moins pas physiquement ? Lord Voldemort tenait à ce qu'il assiste à tous ses cours. Ne serait-il pas fâché qu'il ait annulé celui de cet après midi ?
« Faut-il que je fasse venir Severus ? »
« Non, Lord Voldemort. »
Harry lui lança un bref coup d'œil avant que ses yeux ne se posent sur l'Histoire de la Persécution Institutionnalisée des Pratiques et Croyances Magiques en Europe Durant l'Inquisition Moldue. L'homme s'approcha pour se saisir de l'ouvrage.
« Lorsque j'ai lu ce livre pour la première fois, j'ai été pris d'une grande colère. Je ne comprenais pas pourquoi le Ministère de la Magie avait décidé d'abroger les lois mises en place pour protéger les nôtres, suite aux atrocités perpétrées par les moldus lors de leur chasse aux sorcières. Je me disais que, si ces lois étaient restées en vigueur, je n'aurais jamais grandi dans un orphelinat moldu. Je n'aurais jamais subi leurs mauvais traitements… Alors, j'imagine sans mal les sombres pensées qui t'assaillent actuellement. »
« Ces gens, les inquisiteurs, sont des monstres, cracha Harry. »
« Ces gens sont des moldus, répondit-il avec douceur. »
Harry sembla hésiter, déchiré qu'il était entre sa raison et sa colère.
« Tous les moldus ne sont pas comme ça, déclara-t-il tout de même. »
« Certes, mais je persiste à croire que la majorité d'entre eux est incapable de faire face à ce que nous sommes sans éprouver de la peur. Et donc le besoin profond de nous faire disparaitre, comme l'on se débarrasse d'un mauvais rêve. »
« … »
« Les moldus s'entre-tuent pour de simples divergences d'opinions ou de croyances. Ils n'hésitent pas à massacrer des populations entières de leurs semblables sans aucune pitié. Si le monde magique n'avait pas décidé de rompre tous contact avec eux suite à la chasse aux sorcières, qui sait jusqu'où ils auraient été capables d'aller ? »
Voldemort s'appliquait à parler avec le plus grand calme. L'instant était décisif. S'il parvenait, ne serait-ce qu'un tout petit peu, à implanter dans l'esprit du garçon le fait que les moldus étaient une menace pour les sorciers, il lui suffirait ensuite d'entretenir et de faire grandir cette idée. Aussi devait-il manœuvrer avec tact.
« Mais… Pourquoi les sorciers n'ont-ils rien fait pour se défendre ? Pourquoi ne se sont-ils pas servis de la magie ? Je sais qu'aujourd'hui il est interdit aux sorciers de révéler leur existence au grand jour chez les moldus, mais dans un cas de danger de mort, il y a exception. Et je ne pense même pas que dans un tel cas je songerais à être respectueux de nos lois, si c'était pour sauver ma vie. Et là, les sorciers accusés de sorcellerie n'ont rien fait. Ils n'ont pas cherché à se défendre ou à se sauver… Je ne comprends pas ! »
Lord Voldemort sortit sa baguette et lança un sort de métamorphose vers Harry, le faisant sursauter. Aizih, réveillée par cette agitation, siffla d'indignation avant de se glisser dans le col de son propriétaire pour y disparaitre. Pourtant, ce n'était pas Harry que visait le sortilège mais le fauteuil sur lequel il était installé. Ce dernier fut agrandi de manière à devenir une banquette, sur laquelle son fiancé prit place à ses côtés. Dans un geste doux, il le tira vers lui pour l'inviter à s'installer dans ses bras. Harry accepta avec soulagement cette étreinte. Il avait besoin d'être réconforté suite à ses tristes découvertes sur l'Histoire des sorciers et des moldus.
« A cette époque, de très nombreux sorciers vouaient un culte à la fée Viviane, aussi connue sous le nom de Dame du Lac, commença-t-il à lui expliquer. Ces sorciers étaient appelés « mages ». Ils pratiquaient une magie en lien avec la Nature. Raison pour laquelle ils refusaient l'utilisation des baguettes magiques. Pour eux, la baguette étaient un instrument médiateur qui les séparaient de la magie primitive et naturelle, la rendant moins saine, moins bonne et la détournant de son but premier : faire le bien. Ils vivaient parmi les moldus car pour eux, Mère Nature les avait tous fait frères. Il était donc de leur devoir d'apporter leur aide aux moldus en pratiquant la magie sans baguette. »
« La magie sans baguette… Comme lorsque vous ouvrez les porte d'un simple geste de la main ? »
« Oui, c'est exactement ça. Cependant, seuls les mages les plus doués peuvent espérer accomplir de puissants sortilèges sans baguette. Moi-même, je suis assez limité lorsqu'il s'agit de pratiquer la magie de cette façon. Je parviens à ouvrir les portes, allumer un feu, appeler un objet jusqu'à moi, et d'autres petites choses de cet ordre. Les mages pouvant utiliser la totalité de leur potentiel magique sans baguette sont très rares. Le plus connu d'entre eux reste Merlin, qui est aussi le créateur de la toute première baguette magique. Il désirait aider ses semblables à exploiter leurs pouvoirs. Contrairement à ce que pensaient les adorateurs de la fée Viviane, la baguette n'est pas un instrument de médiation. Elle est un catalyseur de la magie inhérente à chaque sorcier. Mais cela n'avait pas encore été démontré à l'époque de la chasse aux sorcières. Raison pour laquelle aucun mage n'en portait. Ils étaient donc dans l'incapacité de se défendre, la plus part d'entre eux maîtrisant seulement de simples sorts de guérison ou de métamorphose. »
« Et les autres sorciers ? Ne pouvaient-ils pas les aider ? »
« Il faut que tu imagines qu'à cette époque, les chouettes et les hiboux étaient le seul moyen de communication des mages avec le reste de la population sorcière, vivant cachée des moldus. De même que leur seul moyen de transport était le vol en balai, la poudre de cheminette n'ayant pas encore été inventée et le transplanage n'étant possible que pour les porteurs de baguettes. Ainsi, lorsqu'ils finissaient par envoyer une missive à leur famille sorcière ou aux services de l'ordre mis en place à cette époque par le Ministère de la Magie, il fallait que les sorciers parviennent à les localiser. La localisation des mages étaient souvent approximative aussi le transplanage n'aboutissait que rarement au bon endroit du premier coup. Il fallait alors scanner la région en balai. C'est pourquoi l'intervention des sorciers pour sauver les mages pouvait prendre du temps. Ils arrivaient souvent trop tard, malheureusement. »
« Je n'arrive pas à croire que, malgré leurs pouvoirs, les mages aient pu être si impuissants. C'est vraiment horrible, dit Harry en enfouissant son visage dans l'épaule de son fiancé. »
L'homme embrassa son front et lui caressa les cheveux.
« Pourtant, les mages se trouvaient dans la même situation qu'un enfant sorcier, sans baguette pour se défendre. Toi et moi savons combien peut être impuissant et vulnérable un enfant doté de pouvoirs magiques lorsqu'il est livré à la malveillance des moldus. »
Harry se tendit quelques peu à ces mots. Ce n'était pas la première fois que Lord Voldemort faisait allusion aux mauvais traitements qu'il avait reçus chez les Dursley. Bien sûr, Harry se doutait bien qu'il devait savoir qu'il n'avait pas eu une enfance très heureuse. Mais il ignorait jusqu'où il avait été dans ses confidences à son fiancé. Il ne s'en souvenait pas. Et imaginer que l'homme pouvait tout savoir de ce qu'il avait subi le faisait se sentir incroyablement honteux.
Pourtant, ce n'était pas de sa faute. Il n'avait pas pu se défendre. Il n'avait pas pu…
De grosses larmes lui montèrent aux yeux. Il se cacha du mieux qu'il pu dans les plis de la robe de son fiancé pour y sangloter doucement, lâchant enfin toute la tristesse et tout le désespoir que le livre de Bartus Cafteur avait fait remonter en lui.
La main de Lord Voldemort ne cessa pas de caresser ses cheveux. Sa compassion était cependant démentie par l'air de pure satisfaction imprimé sur son visage.
(1) Malleus Maleficarum, ou Marteau des Sorcières. Livre rédigé par les inquisiteurs Kramer et Spenger en 1486 et toujours édité de nos jours.
(2) « En 1233 le Pape Grégoire IX avait édicté la Vox in Rama, première bulle de l'Histoire contre la sorcellerie, à la demande de son inquisiteur exerçant en Allemagne, Conrad de Marbourg » : Faits historiques.
(3) « La bulle Super Illius Specula, rédigée en 1326 par le Pape Jean XXII, définissant la sorcellerie comme une hérésie » : Faits historiques, je n'ai rien inventé.
(4) L'Inquisition a bien été créée en 1231, pour les raisons que je mentionne.
(5) « Les autorités ecclésiastiques leur imposèrent de changer les formules qu'elles proféraient lors de leurs soins par des prières aux Saints » : c'est effectivement ce qui fut demandé aux guérisseuses par les autorités ecclésiastiques, la guérison ne pouvant relever que de la volonté divine.
(6) « En 1484, l'inquisiteur Heinrich Kramer avait demandé au Pape Innocent VIII de lui octroyer des pouvoirs explicites pour mettre un terme à une épidémie de sorcellerie en Allemagne. C'est à cet effet que fut promulguée la bulle papale Summis Desiderantes Affectibus » : Faits historiques qui ne relèvent pas de mon invention.
(7) Véritable extrait de la traduction la bulle papale Summis Desiderantes Affectibus, que vous pouvez retrouver en intégralité sur wikipedia.
(8) Le piqueur : personne chargée de piquer les tâches présentes sur le corps d'une hypothétique sorcière afin de déterminer s'il s'agit de marques du Diable.
(9) L'ordalie : il s'agit pour l'accusé d'apporter la preuve de son innocence en passant une épreuve sous le regard de Dieu. Il existe plusieurs sortes d'ordalie : l'ordalie par le feu, par l'eau bouillante, par le fer rouge, par l'eau froide (utilisée pour les sorcières), par le pain et le fromage. Vous trouverez plus de détails sur ce sujet avec votre ami wiki^^
(10) L'histoire de la famille Tinguely et des habitants de ce petit village de Suisse est purement fictive. Elle relate cependant assez fidèlement le sort qui était réservé aux femmes accusées de sorcellerie. Il manque cependant une étape importante, dont fait mention le Malleus Maleficarum : la torture. En effet, pour l'Eglise, il était essentiel que l'accusé confesse ses péchés, afin de pouvoir recevoir le pardon. Pour obtenir cette confession, les inquisiteurs pratiquaient divers actes de torture physique et psychologique. Ne me sentant pas capable d'écrire une telle scène, j'ai choisi de passer directement de l'ordalie au bûcher. Certains penseront sûrement qu'un auteur devrait être capable de tout écrire. Je leur répondrais que je ne suis pas un auteur. Je me contente d'écrire des histoires. Et mon cœur est une guimauve.
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Un extrait du prochain chapitre vous attend d'ores et déjà sur mon LJ : groumde . livejournal (enlevez les espaces et vous trouverez^^)
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Loan : Heureuse de te retrouver sur ce chapitre ! Effectivement, malgré sa perte de mémoire, Harry a conservé son caractère et même s'il n'est pas encore très affirmé pour le moment, il le deviendra. Ça va faire des étincelles, et pas forcément dans le bon sens ! Bellatrix est folle à liée. C'est comme ça que je la vois dans les romans de JKR. Et je trouve qu'Helena Boham Carter joue cette folie à la perfection. C'est vrai que Voldemort est un méchant, un vrai ! Drago est une petite frappe, Bellatrix une suiveuse, Lucius un opportuniste… Voldemort est le vrai grand méchant. Je suis bien d'accord avec toi ! Certains sont effrayant avec la façon dont ils prennent parti pour Voldemort et font de Dumbledore celui qui n'a rien compris au géni de Voldemort lol Pas étonnant que le monde aille mal. Il y en a toujours qui sont fascinés par les tyrans… Bref, dans mon histoire on voit la justification des agissements de Voldemort, notamment dans le chapitre que tu viens de lire, mais le point de vue inverse sera aussi mis en lumière, plus tard. Haaaaa, les deux fins que tu proposes sont effectivement plausibles, mais j'écris rarement des choses toute blanche ou toute noire. Ce sera une fin heureuse mais toute en nuances de gris lol. Merci pour tous tes compliments, ils me font vraiment plaisir ! J'espère que le chapitre d'aujourd'hui n'aura pas été trop dur… A bientôt !
la personne qui m'a envoyé : C'est genial comme fiction, dérangeante et pleine de suspense : Merci ! Je suis heureuse que tu trouves que mon histoire a du suspense. J'essaye de faire quelque chose de pas trop vu et revu mais ce n'est pas toujours simple ! A bientôt !
la personne qui m'a envoyé : Une histoire originale et délicieuse à lire, j'espère que ton prochain chapitre est en preparation : Contente que cette histoire te plaise J'ai pas mal de chapitres d'avance. La fin est en préparation ! A bientôt !
