Bonjour tout le monde!

Publication tardive le mois dernier, me voici matinale ce mois-ci!

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Les non logés trouveront une réponse à leur review en fin de chapitre.

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Le chapitre qui suit n'aura pas été écrit sans douleur. J'espère que ça ne se sentira pas trop...

Il n'aura pas été corrigé sans douleur non plus car ma super bêta qui déchire tout, Aizhi, s'y est collée deux fois suite à la réécriture de deux scènes du chapitre. Merci, tu assures grave!

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Dans le chapitre précédent : Harry tue Peter Pettigrow et crée un horcruxe à son insu. Celui-ci va se loger dans la poitrine de Voldemort, qui a tout orchestré. Lorsqu'il réalise qu'il a tué un homme, Harry perd la raison. Il reste plusieurs jours sans quitter le lit. Lucius a réussi à obtenir les accords des gobelins pour que Voldemort puisse utiliser l'argent des sorciers d'ascendance moldue. Voldemort demande Harry en mariage et celui-ci accepte. Hermione reçoit un parchemin des sœurs Ada Berzins et Maija Kalnins.


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Chapitre 13 : Pour l'éternité

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Severus s'apprêtait à quitter le 12 square Grimmaurd où il avait informé les membres de l'Ordre des dernières intentions du Seigneur des Ténèbres. Il avait pu constater que les choses n'avaient guère plus avancé de leurs côtés. Minerva et Abelforth avaient néanmoins trouvé de nouveaux appuis, notamment en Russie, auprès de la terrible confrérie des adorateurs de Kochtcheï (1). Abelforth avait toujours eu le don de se faire des relations peu fréquentables… Comment la si droite Minerva avait pu s'enticher de lui restait un mystère.

L'euphorie des Weasley suite à la réussite de Charlie avec sa dragonne était retombée comme un soufflet lorsque les gobelins avaient finalement cédé aux assiduités de Lucius. Fleur ne s'était d'ailleurs pas montrée à la réunion. Elle avait pourtant fait tout son possible, il n'en doutait pas.

Deux autres membres s'étaient illustrés par leur absence : la miss-je-sais-tout et son benêt de rouquin. Mais ils étaient là, dans le petit bureau près de l'entrée, à manigancer il ne savait quoi. Espionner était devenu une seconde nature chez Severus. Aussi n'eut-il aucun scrupule à tendre l'oreille, tapi dans l'ombre du couloir.

« …main. Ce qui donne « Nous somme des radis pensant une magie de main morte. » »

« Ça ne veut rien dire, Mione. »

« Bien sûr que si ! Simplement…je n'ai pas encore trouvé quoi. »

« Attendons que Charlie revienne. »

« Charlie ne nous sera d'aucune aide! Ces lettres sont écrites dans un mélange de vieil anglais et d'ancien letton. Le letton n'est pas une langue romane, comme le roumain, ou germanique, comme l'anglais. C'est une langue balto-slave. Charlie ne s'y connait ni en langues baltes, ni en langue slaves. Alors arrête de dormir sur ce dictionnaire et cherche moi la traduction de « radis » »

« Mais on vient de la trouver ! « Radis », c'est ce mot…heu… « rediisi »

« Non, on a trouvé que « rediisi » voulait dire « radis ». Mais si on cherche le mot « radis », on aura peut-être d'autres indications dans la traduction en letton. »

« … »

« Ronald Weasley ! Ces lettres sont pour le moment notre seule piste pour aider Harry. Alors cherche ! »

« Pfffffffff…. Ok, ok. »

Severus perçut le bruit des pages que l'on tourne et attendit.

« « Radis ! » Traduction : « rediisi ». »

S'en suivit un bruit sourd, qui pouvait tout aussi bien correspondre à la fermeture un peu brusque du dictionnaire qu'à la tête de Weasley s'écrasant sur le bois du bureau. C'est à ce moment-là qu'il choisit de faire irruption dans la pièce. Le regard de merlan frit que Weasley posa sur lui ainsi que la rougeur sur son front amenèrent à ses lèvres une réflexion acerbe, qu'il parvint à contenir en se concentrant sur Granger.

« Ce sont les documents que les descendantes des Chattox vous ont donnés lors de votre dernier voyage en Lettonie ? »

« Oui, professeur. Il s'agit de la correspondance entretenue par Chattox et Demdike après que les Chattox aient quitté l'Angleterre. »

« Vous permettez que j'en fasse une copie ? demanda-t-il en tendant sa main arachnéenne. »

« Oui, oui, bien sûr ! Mais…ces…ces lettres sont écrites en partie en ancien letton, expliqua-t-elle en rassemblant la liasse de courrier. »

« Et bien, il se trouve qu'un de mes…amis…est versé dans les langues slaves. Il pourra peut-être nous apporter son concours. »

« Ce serait formidable ! exulta la sorcière en lui tendant finalement le paquet. »

Sans le saisir, il le reproduisit grâce à un sortilège de duplication. Les lettres copiées apparurent sur le bureau, à proximité des originales. Aussitôt qu'il les eut prises, il se détourna.

« Je vous tiendrai informés de toute évolution, précisa-t-il avant de disparaitre. »

« Sale chauve-souris des cachots ! vitupéra Ron. »

Cette fois-ci, le bruit sourd provenant du bureau au rez-de-chaussée du 12 square Grimmaurd résultait à la fois du dictionnaire et de la tête du rouquin, sur laquelle trois kilos de vocabulaire letton venaient de s'abattre.

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L'ensemble des partisans de Lord Voldemort, du mangemort le plus aguerri à la plus insignifiante nouvelle recrue, était réuni dans et autour de la salle de bal, dont les portes-fenêtres avaient toutes été ouvertes pour l'occasion, afin que tout le monde puisse assister à l'évènement. Quelques banshees, des gobelins, trois vampires ainsi que la meute de loups-garous de Greyback étaient là pour représenter les puissants alliés de Lord Voldemort. Rosier avait dû venir accompagné de Kaanie. Celle-ci se tenait fièrement à ses côtés.

« Lâche-moi ! la repoussa-t-il alors qu'elle venait de lui prendre le bras. »

Aussitôt, la banshee s'exécuta, baissant la tête, peinée. Cela hérissa Rosier. Elle n'allait quand même pas se mettre à pleurnicher devant tout le monde ?

Dans un coin était rassemblée une horde de journalistes plus ou moins rassurés. Ils avaient été « conviés » à l'évènement, mais tous savaient qu'une invitation du Seigneur des Ténèbres ne se refusait pas.

Nous étions à la tombée de la nuit, entre chien et loup. Les lourds lustres de cristal brillaient de mille feux. Narcissa avait décoré la salle sobrement, mais avec beaucoup de goût. D'énormes bouquets de lys étaient disposés sur le manteau de chaque cheminée. Leur nectar embaumait l'air et le blanc de leurs corolles, reflété par chaque imposant miroir, égayait les murs de pierres grisâtres. Des centaines de petits oiseaux de papier doré, ensorcelés, voletaient d'un bout à l'autre du plafond. Pour finir, elle avait recouvert l'hôtel d'un dais de coton blanc, souligné d'un liseré de fil d'or. Derrière celui-ci se tenait un mage sans âge dont la robe sombre contrastait fortement avec le décor. Son regard, surmonté de sourcils taillés en pointes, mettait mal à l'aise tous ceux qui le croisaient.

A l'autre bout de la salle, les grandes portes de chêne s'ouvrirent, attirant tous les regards et faisant cesser les murmures.

Le Seigneur des Ténèbres donnait le bras à Harry Potter. C'était bien la première fois qu'on les voyait ainsi, si proches et si semblables. Ils portaient les mêmes tenues, preuve s'il en fallait une que Lord Voldemort désirait faire de son Prince son égal. Ils étaient vêtus de noir de pieds en capes : bottes de cuir sur pantalons ajustés, tuniques à manches longues brodées d'arabesques, cols mao, boutonnières d'argent, le tout drapé de larges robes de soie sans manches, vaporeuses, du plus bel effet. Seules les vertes écailles d'Aizih, enroulée autour du coup d'Harry, les distinguait. Ainsi que leurs cheveux, parfaitement en place pour l'un et follement désordonnés pour l'autre. Encore une fois, chacun put constater quel couple magnifique ils formaient. Les flashs des appareils photo crépitaient timidement tandis que les journalistes présents murmuraient leurs observations, les plumes à papote s'activant sur le papier.

Ils étaient de véritables icônes aux yeux de la foule des partisans du Seigneur des Ténèbres. Pour certains, c'était même la première fois qu'ils les voyaient de si près. C'était un moment historique et chargé de magie. Mais pour son cercle le plus proche, composé de ses plus vieux mangemorts, il s'agissait simplement d'une vaste blague. Et la plupart d'entre eux doutaient à présent que Potter soit le seul dupé de l'histoire. Rosier, Greyback, Dolohov et Yaxel se sentaient particulièrement trahis. Et, si Lucius, Narcissa et Severus semblaient eux aussi bien sombres, c'étaient pour de toutes autres raisons. Potter semblait si heureux. Plus heureux qu'ils ne l'avaient jamais vu, même - et surtout - lorsqu'il avait encore toute sa mémoire. Le regard vide, Drago affichait son plus beau sourire de pantin. De leur côté, les Lestrange étaient égaux à eux-mêmes. Rodolphus arborait son éternel petit air méprisant et Rabastan était aussi sinistre qu'à l'accoutumée. Entre les deux, Bellatrix ronronnait de plaisir, gloussant parfois comme une enfant un peu folle.

Le couple évolua jusqu'à l'hôtel, le pas sûr, la tête haute. Plus ils avançaient, plus Potter rougissait de plaisir. Severus aurait souhaité ne jamais assister à cela. Son cœur se tordait de douleur en pensant à sa douce Lily…et même à cette ordure de James.

Enfin, ils s'arrêtèrent au pied de l'hôtel, face au mage marieur. Ce dernier posa son regard dur sur Harry, qui en perdit toutes ses couleurs. Après de longues secondes à le jauger, il commença, sans préambule :

« Sorciers, Sorcières, convoqua-t-il l'assemblée. Vous êtes réunis ce jour pour êtres les témoins de l'union de Voldemort et Harry James Potter, ici présents. »

Tiens, le sermon n'était pas le même qu'à l'accoutumée, constata Narcissa. Mais venant du Seigneur des Ténèbres, elle aurait dû s'en douter.

« Voldemort, voulez-vous prendre pour époux Harry Potter, ici présent ? »

Et puis finalement, ils suivaient le script.

« Oui, je le veux, énonça clairement la voix profonde du Seigneur des Ténèbres. »

Harry avait imaginé qu'ils se regarderaient, les yeux dans les yeux, au moment d'échanger leurs vœux. Mais son fiancé, son imminent mari, restait entièrement focalisé sur le mage marieur qui lui avait fait une si désagréable impression.

« Harry James Potter, l'interpella justement celui-ci. Voulez-vous prendre pour époux Voldemort, ici présent ? »

Voldemort. Personne ne s'était jamais permis d'appeler ainsi son amant. Ce mage ne se pliait pas à la distinction qui lui était due. Il le lui aurait bien fait remarquer mais, après tout, si cela avait déplu à son fiancé, il se serait probablement chargé lui-même de remettre l'autre à sa place. Il ne devait pas se laisser intimider. Lord Voldemort était à ses côtés.

« Oui, je le veux, répondit-il fermement, défiant cet étrange mage. »

Lord Voldemort prit alors sa main et le regarda enfin. Avec le sourire un peu moqueur qu'il lui connaissait si bien et qui le faisait immanquablement craquer, il lui passa la bague au doigt, celle qu'il lui avait offerte le soir de sa demande.

Par les pouvoirs qui me sont conférés, récita Narcissa dans sa tête, comme le compte à rebours d'une catastrophe imminente.

« Par les pouvoirs qui me sont conférés… »

Je vous déclare unis par les liens sacrés du mariage.

« Je vous déclare unis par les liens sacrés du mariage… »

Jusqu'à ce que la mort vous sépare.

« Ad vitam aeternam. » (2)

Ça, ce n'était définitivement pas dans le script… Les centaines de flammes des bougies illuminant les lustres vacillèrent avant de s'éteindre totalement, plongeant la salle dans le noir. Là, dans l'obscurité, Harry sentit son cœur être étreint avec force. Il porta sa main à sa poitrine, presque douloureuse. Une poigne de fer lui prit le bras et il eut à peine le temps d'être effrayé qu'une bouche, celle de son mari, déposa un baiser sur sa tempe.

« Cette nuit, je te ferai l'amour jusqu'à ce que tu me demandes grâce, A Chuisle. Et même alors, je continuerai de t'aimer…encore et encore. Ça n'en finira jamais. Jamais. »

Aussitôt cette promesse faite, les bougies se rallumèrent. Les partisans du Seigneur des Ténèbres trouvèrent ce dernier les lèvres pieusement posées sur la tempe d'Harry Potter. Le mage marieur avait disparu.

C'était long, l'éternité, pensa Narcissa.

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Un orchestre classique jouait de façon délicieuse, les coupes étaient pleines de breuvages sirupeux et le buffet débordait d'amuse-bouches tous plus exquis les uns que les autres. Un repas serait donné, le lendemain midi, auquel seuls les plus proches mangemorts de Voldemort avaient été conviés. C'était un moment de détente, où tous les partisans du Seigneur des Ténèbres pouvaient se sentir unis autour d'un même évènement, d'un même moment d'allégresse. Harry le savait et se pliait volontiers à ce petit jeu, posant sur les photos, recevant les vœux de bonheur de parfaits étrangers comme si leurs mots le touchaient de façon particulière. Lord Voldemort répondait à sa place aux questions les plus intrusives des journalistes. Harry se contentait de sourire, de remercier chacun pour son engagement dans leur combat, de les féliciter pour leur bravoure. Et cela suffisait à les rendre heureux.

Même s'il n'en montrait rien, jouant son rôle de Prince des Ténèbres à la perfection, Harry était impressionné. C'était la première fois qu'il était ainsi confronté à sa popularité. Il avait entendu certains l'appeler « le survivant », comme s'il était une légende. Ils semblaient exaltés par sa présence. Lord Voldemort ne lui avait pas menti. Il était important pour tous ces gens. Il avait du pouvoir sur eux. C'était grisant mais aussi un peu effrayant.

Plus tard, lorsque la foule commença à se clairsemer, Lord Voldemort le laissa en compagnie de Drago. Ils étaient en train de discuter de l'hypothétique mariage de Drago, Harry reprochant à celui-ci de ne toujours pas lui avoir dit qui était celle qu'il fréquentait.

« Je ne fréquente personne, mon Prince. Je vous assure ! »

« Je comprends que tu ne veuilles rien me dire. C'est peut-être une relation interdite ? Elle est d'un rang social inférieur ? Ou pire ! C'est peut-être une Sang-Mêlé ? chuchota-t-il. »

Drago jeta des regards affolés de tous côtés.

« Ne plaisantez pas avec ça ! Si on vous entendait… Il n'y a personne. Croyez-moi, acheva-t-il, presque suppliant. »

« Hooo, je vois… C'est donc bien pire que tout ce que je pouvais imaginer. Je suis navré, Drago, mais il est de mon devoir, en tant qu'ami, de m'opposer à cette union. »

« Quelle union ? demanda-t-il, effrayé. »

« La tienne. Avec Goyle Senior, répondit-il platement. »

Drago eut comme un blanc et son visage, complètement perdu, eut raison du sérieux d'Harry qui se mit à pouffer de rire.

« Par Merlin ! Mon Prince ! Vous voulez me tuer ? C'est ça ? lui reprocha Drago, manifestement soulagé. »

Ils se sourirent, complices, avant de rire, un peu bêtement.

« On semble bien plus s'amuser ici qu'avec ce rabat-joie de Severus, les surprit la voix de Bellatrix. »

Disant ses mots, elle offrit un regard assassin à l'austère maître de potion, en grande conversation avec Lucius, Rodolphus et Narcissa. Elle tenait contre elle le bras de Rabastan, qui ne semblait guère plus détendu qu'en début de soirée.

« Je vous présente toutes mes félicitations, mon Prince, dit-il en s'inclinant avec raideur, une main sur le cœur. »

« Oui, félicitations, mon Prince ! reprit Bellatrix à la cantonade, dans une révérence pompeuse. »

Harry pensa qu'elle se moquait encore un peu de lui, mais que cela restait acceptable.

« Merci. Merci à vous deux, répondit-il dans un sourire éclatant. »

Rien ne pourrait gâcher son bonheur. Aujourd'hui, Lord Voldemort l'avait épousé.

« Rabastan et moi avons aussi une grande nouvelle à fêter, enchaîna la sorcière, concurrençant la joie d'Harry. Tu leur dis ? demanda-t-elle à son compagnon. »

« Bella, fit-il, semblant vouloir la rappeler à l'ordre. Cela ne me semble pas le moment le plus opportun. »

« Oh allons ! Ne soit pas aussi rabat joie que Severus ! le rabroua-t-elle. »

Son regard pétillant de folie, son sourire gourmand… Rien de tout cela n'était un bon présage, pensa Harry.

« Je suis enceinte ! annonça-t-elle. Ton tonton Rabastan va être papa ! ajouta-t-elle à l'attention de Drago. »

Celui-ci observa la main blafarde de sa tante, aux ongles un peu négligés, se poser sur son ventre encore plat. Elle lui semblait hideuse posée là, sur le velours vert foncé de son bustier.

« C'est formidable, finit-il par répondre. Tante Bella, oncle Rabsatan… félicitations pour cet heureux évènement à venir, déclara-t-il avec son plus beau sourire de marionnette. »

« Oui, félicitations, reprit Harry en levant son verre vers le couple. »

Rabastan le remercia en s'inclinant. A son bras, Bellatrix semblait exulter. Harry ne voyait pas bien pourquoi. Cette nouvelle ne lui faisait ni chaud ni froid, même s'il avait le plus grand mal à imaginer cette folle dans le rôle de mère. Mais après tout, peut-être était-elle tout bonnement extrêmement heureuse de ce bébé à venir. C'était peut-être une réaction tellement normale qu'elle le surprenait, venant de Bellatrix.

« Quelle émeraude absolument magnifique ! s'extasia ensuite celle-ci, attrapant la main d'Harry pour mieux regarder la pierre précieuse. Lord Voldemort vous gâte, mon Prince. Quel somptueux présent ! N'est-ce pas Rabastan ? »

« Je préfère les diamants, sans vouloir vous offenser, mon Prince. »

« Oh oui ! Les diamants ! Drago en a de superbes aux oreilles. Je veux des diamants ! Tu m'en offriras pour la naissance de notre enfant ? réclama-t-elle à Rabastan. »

« Des rubis t'iraient bien mieux, ma chère. »

Cette idée sembla l'enchanter. Les rubis lui rappelleraient à coup sûr les yeux de son maître, même si hélas, ils avaient perdu leur magnifique couleur rouge. Elle insista ensuite pour qu'ils aillent rejoindre sa sœur, Narcissa, qui serait probablement un peu jalouse qu'elle se voit offrir une rivière de rubis. Comment était-elle passée d'une bague à une rivière, seul son esprit dérangé le savait.

« J'ai bien du mal à l'imaginer s'occuper d'un enfant, fit remarquer Harry quand ils furent partis. »

« Ne vous fourvoyez pas, mon Prince. Ma tante n'a aucunement l'intention de s'occuper de cet enfant. Les elfes de maison s'en chargeront, expliqua-t-il en vidant sa coupe de champagne d'une traite. Mais dès qu'il marchera, elle se chargera d'en faire un parfait petit mangemort, termina-t-il, amer. »

Harry ne savait trop quoi répondre à cela. Drago semblait assez affecté par la nouvelle.

« Pardonnez-moi. Je pense que Rabastan avait raison. Ce n'était peut-être pas le meilleur moment pour annoncer cette nouvelle, s'excusa Drago. Passons à autre chose ! Mais par pitié, ne revenons pas sur mon hypothétique relation avec le père de Gregory. J'ai eu bien assez d'émotions pour aujourd'hui ! finit-il par plaisanter, les sortant tous deux d'un moment délicat. »

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Rosier se réveilla l'esprit brumeux. Il était nu et un corps particulièrement chaud était blotti contre le sien. Il avait encore cédé à la parade de sa démone. A la lourdeur de son opulente poitrine. A l'indécence de son visage parfait. A sa bouche de pécheresse. A l'odeur entêtante de sa chevelure. A la chair de son cul, sous le duvet de plumes bleues nuit. A la douceur de ses mains. A ses suppliques enfiévrées. A la chaleur de ses cuisses. A l'enfer de son sexe. A l'extase de ses griffes sur son dos…

Il se dégoutait lui-même. Mais il était incapable de lui résister.

« Pousse-toi, Kaanie, lui demanda-t-il en tentant de se dégager. »

Elle finissait toujours par le recouvrir d'une de ses ailes lorsqu'il s'endormait après l'orgasme, comme pour le protéger. Il faisait chaud sous les plumes. Il faisait trop bon près d'elle.

Ses longs cils noirs tremblèrent alors qu'elle se réveillait. Il était déjà tard lorsqu'ils avaient quitté la salle de bal la veille. Aussi ses paupières peinèrent-elles à s'ouvrir. Rosier tenta de ne pas la regarder. Mais à chaque fois, il était attiré par l'éclat orangé de ses yeux. Le regard d'un animal. Il ne pouvait le soutenir bien longtemps, l'horreur de sa situation lui soulevant le cœur.

« Pousse-toi ! lui répéta-t-il avec plus de force en tentant de la déloger de son lit. »

Elle lui fit un sourire tendre en rabattant son aile dans son dos.

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C'était la première sortie d'Harry et il serait en première ligne. Il s'était entrainé et avait simulé tous les scénarios possibles avec Lucius et Rabastan. Il avait appris par cœur le déroulement de cette mission ainsi que le nom de toutes les rues du village, au cas où. Il avait lustré son masque de mangemort et sa tenue était impeccable, à la fois élégante, fonctionnelle et confortable. Malgré tout, il restait nerveux. Et aussi très excité.

Deux groupes, composés de mangemorts confirmés et de jeunes recrues, partiraient en même temps. Voldemort, Rodolphus et Rabastan, secondés par deux autres sorciers fraîchement arrivés dans leurs rangs, s'occuperaient de trouver la cible et de l'éliminer. Sous prétexte de sa grossesse, et à son grand désarroi, Bellatrix avait été sommée de rester en retrait et en sécurité, à Morsonge. Harry, sous la protection de Lucius et Dolohov, irait attaquer le village avec Nott, Yaxley, Mulciber et trois jeunes recrues dont il s'était efforcé de retenir les noms. Il y avait Smith, le grand blond un peu prognathe, Torki, l'indien au turban noir, et Aberthold, le petit roux placide.

Ils étaient tous réunis dans la Salle du Trône de Morsonge, écoutant les dernières recommandations de leur Maître. Enfin, tout le monde mit son masque en place avant de rabattre sa capuche et les deux groupes transplanèrent à Jurmalciems.

La petite place du village grouillait de monde. C'était un jour de marché et tous les jurmalciens ainsi que les habitants des communes limitrophes s'étaient donnés rendez-vous pour faire quelques achats de provisions. Lorsqu'ils se matérialisèrent, apparus de nulle part, tout de noir vêtus et masqués, les mangemorts créèrent un mouvement de panique. Peu habitué, Harry resta un instant sans rien faire, écoutant les cris et observant une mère entrainer sa fillette dans une ruelle tandis que d'autres moldus restaient médusés, attendant la suite. Et ils ne furent pas déçus lorsque Yaxley brandit sa baguette magique pour faire sauter les trois stands lui faisant face. Des éclats de bois, des légumes et des poissons morts volèrent dans tous les sens. Les cris s'intensifièrent. La peur, sourde et sombre, plus suave et brûlante qu'une eau de vie coulant dans le gosier, amena un sourire dément sous l'acier froid du masque d'Harry.

De l'autre côté du village, Lord Voldemort et les frères Lestrange faisaient faec à une petite maison côtière isolée dans un coin escarpé. D'un placide « Destructum », Rabastan fit exploser la petite porte d'entrée. Des échardes de bois bleu volèrent en tous sens et ils purent entendre les occupants de la petite habitation réagir à cette intrusion. La vieille n'était donc pas seule. Des voix masculines donnèrent des ordres en letton. Dans le couloir de l'entrée, d'innombrables bouquets de fleurs et feuilles séchées pendaient du plafond. Ils eurent le temps d'apercevoir dans l'angle d'un escalier la grand-mère pousser une femme brune portant un jeune enfant dans ses bras. Mais, avant qu'ils n'aient pu les arrêter, deux sorciers leur barrèrent la route. Leurs corpulences étaient si colossales qu'on pouvait légitimement se demander s'ils ne comptaient pas un géant parmi leurs ancêtres. Leurs faces, pareillement burinées, laissaient deviner qu'ils étaient frères eux aussi.

Sans qu'une parole ne soit échangée entre eux, Rodolphus et Rabastan attaquèrent chacun un de leurs adversaires, pour laisser le champ libre à leur Maître. C'était sans compter l'agilité des deux autres, qui les prit au dépourvu tant leurs statures ne les prédisposaient pas à une telle célérité.

Très vite, les sorts fusèrent de toute part. Pour les mangemorts, il était souvent difficile de parer aux sortilèges lancés dans une langue qui ne leur était pas familière. Même Rabastan, qui était versé dans les langues slaves, n'était pas assez familiarisé avec sa pratique pour conserver son habituelle réactivité. Cela n'était pas le cas de leurs opposants qui semblaient connaître la plupart des maléfices qui leur étaient destinés.

Ce maigre avantage fut malgré tout insuffisant lorsque le Seigneur des Ténèbres leur donna également la réplique. L'un fut immolé par le feu et l'autre succomba d'une importante hémorragie après que les frères Lestrange se soient acharnés sur lui.

De son côté, Lucius pouvait dire qu'Harry s'amusait. Pris d'une folle exaltation, il détruisait tout ce qui passait à portée de sa baguette. Après avoir renversé les achalandages comme un jeu de quilles, les mangemorts s'étaient attaqués aux maisons alentours. Harry avait mis le feu à deux d'entre elles. A son deuxième coup d'essai, il avait attendu avec impatience de voir les habitants de la demeure fuir les flammes par la porte d'entrée, comme des fourmis fuyant leur fourmilière. Lucius ne le lâchait pas d'une semelle. Des moldus terrorisés couraient en tous sens. Des sortilèges, lancés par les quelques sorciers présents au marché ce jour-là, fusaient de toute part. Les différents incendies avaient fait grimper la température et intensifiaient la cohue générale.

Lucius sentait une sueur froide et désagréable lui couler le long du dos. Il se démenait comme un beau diable pour contrer toutes menaces visant Potter tandis que celui-ci faisait fi de toute prudence.

Soudain, plusieurs déflagrations se firent entendre. Un mangemort s'effondra. Celui avec le turban.

« Torki ! s'écria Harry en se précipitant vers lui. »

Le moldu qui avait brandi une arme et fait feu, pointa son long fusil vers Harry. Sans prendre le temps d'y réfléchir à deux fois, Lucius lui lança un petrificus totalus, le statufiant sur place.

Torki gémissait de douleur. Il avait perdu beaucoup de sang, bien qu'il tienne sa main serrée sur sa plaie, au niveau du ventre. Harry toucha du bout de ses doigts gantés le liquide chaud et poisseux. Il le regarda gouter sur le sol depuis sa main.

« Harry ! Il ne faut pas rester ici ! lui cria Lucius en lui agrippant l'épaule, le faisant sortir de sa contemplation macabre. »

« Qui a fait ça ? demanda Harry d'une voix glaciale en rabattant la cape de son mangemort sur son corps, comme une maigre protection. »

« Je m'en suis occupé. Il faut y aller maintenant. »

Harry se leva avec beaucoup de calme. Serrant sa baguette dans sa main, il se planta devant Lucius.

« Qui ? redemanda t-il. »

Jusque là, Harry n'avait fait que jouer pendant que Dolohov, Yaxley et Nott saccageaient, torturaient et tuaient. Mais à présent, le Prince des Ténèbres ne riait plus du tout. Il suivit le regard de Lucius et rencontra, à quelques mètres de là, le moldu au fusil, pétrifié au milieu de la foule. C'était un homme relativement petit, portant un jean trop grand maintenu par une ceinture de vieux cuir, une chemise verte rentrée dans son pantalon et un gilet bleu. Son chapeau gris ratatiné laissait échapper une auréole de cheveux blonds filasse. Ses yeux bleus délavés par les embruns et le soleil reflétaient toute l'indigence de sa condition et, ses lèvres fines pincées dans une moue de détermination donnèrent envie à Harry de (là j'ai eu envie de mettre : « de lui claquer le beignet », parce que j'adore cette expression. Mais ça aurait cassé l'ambiance lol) le faire ramper.

Il s'en approcha, Lucius sur les talons. Quand il fut à sa hauteur, il le mit en joug avec sa baguette.

« Finite, murmura-t-il, mettant fin au sortilège de pétrification lancé par Lucius. »

Le coup de feu, retenu jusque-là par la magie de Lucius, partit au moment même où celle-ci prenait fin. La balle passa si près du visage d'Harry qu'elle en arracha le masque et laissa une profonde entaille sur sa joue. Le souffle court, Harry braqua son regard meurtrier sur l'homme. Ce dernier fut dérouté par le visage juvénile de celui qu'il avait voulu tuer. Celui d'un jeune homme à peine sorti de l'enfance.

« Expelliarmus ! lança-t-il, faisant voler l'arme hors des mains de son propriétaire. »

Le fusil percuta la camionnette d'un petit producteur venu vendre ses œufs ce matin-là, avant de tomber à trois bons mètres de lui.

« Tu aimes verser le sang, moldu ? l'invectiva Harry, ivre de rage. »

« Kas jūs esat? fit l'homme, manifestement effrayé.» (3)

« Je te comprends, reprit Harry sur un ton plus mesuré. Moi aussi, j'adore ça, exulta-t-il en pointant à nouveau sa baguette sur l'homme. »

Le moldu se laissa tomber à genoux sur le sol et se signa. Joignant ses mains avec ferveur, il se mit à prier Dieu.

« Il était évident que bon nombre d'accusations de sorcellerie étaient proférées par désir de vengeance mais que, selon le proverbe moldu « il n'y a pas de fumée sans feu », la rumeur publique était suffisante pour arrêter une sorcière. […] La défense trop sagace d'un avocat était la preuve évidente de l'ensorcellement de ce dernier. Autant dire que les pauvres femmes accusées de sorcellerie ne voyaient guère de défenseurs se bousculer à leurs portes. Kramer et Spenger s'empressent toutefois de préciser dans leur Malleus Maleficarum que la sorcellerie n'aurait aucun effet sur les juges, en tant que représentants de Dieu. »

Harry ferma les yeux alors que les mots de Bartus Cafteur lui revenaient en mémoire. Serrant sa baguette dans son poing, il fut en deux pas auprès de l'homme dont il agrippa une épaule.

« Regarde-moi ! ordonna-t-il en lui plantant sa baguette au milieu du front. »

L'homme ne pouvait pas le comprendre, mais il fit comme Harry avait demandé. Ses yeux emplis de détresse plongèrent dans les siens, cherchant peut-être une once d'humanité dans ce vert empoisonné.

« Dieu n'existe pas, assena Harry. Le seul être que tu dois vénérer est Lord Voldemort. Et je vais t'accorder sa grâce. Tu verras, elle est délicieuse, susurra-t-il avant de lui lancer un Sectumsempra plein de venin. »

L'homme poussa un cri étranglé alors que son corps se déchirait de toute part. L'ouverture la plus béante se fit sur son abdomen, révélant ses entrailles avant qu'elles ne soient noyées par un flot de sang qui se répandit ensuite en flaque sur le sol. L'odeur ferreuse du liquide encore chaud monta jusqu'au nez d'Harry. Bloquant sa respiration, il se détourna pour rejoindre Torki.

La demeure était proprette et sobrement meublée, les murs blanchis à la chaux. Sur la table du salon était dressé un petit déjeuner. Le café devait être encore tiède dans les bols et un biberon de lait avait roulé sous une chaise. Lord Voldemort enjamba le cadavre d'un des deux frères pour atteindre l'escalier étroit. Le bois grinça lorsqu'il commença son ascension.

Son aura sombre et meurtrière se propagea sur le palier du premier étage. Méthodiquement, chacun prit l'initiative d'ouvrir l'une des trois portes présentes à cet étage. Rodolphus tomba sur une petite salle de bain à l'odeur de lavande. Rabastan entra dans une chambre au lit défait. Un petit berceau blanc avait été installé au chevet gauche. Voldemort, lui, entra dans la chambre de la vieille. Elle était là, campée sur ses jambes branlantes, la baguette à la main.

« Velns, lui dit-elle. » (4)

Mais il ne la compris pas.

« Avada kedavra ! »

« Pēkšņa nāve! » (5)

Ils avaient invoqué la mort au même moment. Deux rayons verts semblables sortirent de leurs baguettes et s'entrechoquèrent. Mais le sortilège de la vieille Ada ne parvint pas à contrer celui du Seigneur des Ténèbres plus de quelques secondes. La baguette de sureau avait fait son œuvre et la petite grand-mère gisait devant la fenêtre. Au loin, sur un sentier de cailloux blancs, la jeune femme fuyait avec son enfant dans les bras. Une moldue. Mais le petit était sorcier. En transplanant, Voldemort les aurait rattrapés en un instant.

A l'extérieur, au dessus du toit de la petite maison, un énorme crâne semblant vomir un serpent était apparu dans le ciel. La fumée verte et nauséabonde formant la marque des ténèbres était la signature des mangemorts.

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Ils arrivèrent comme ils étaient partis, dans la salle du trône de Morsonge. Harry enleva sa cape, qu'il roula en boule pour la caler sous la tête de Torki, allongé par terre avec l'aide de Smith. Bellatrix les attendait sur place.

« Que s'est-il passé ? Où sont les autres, Lucius ? s'enquit-elle sans attendre. »

« Encore là-bas. Nous sommes rentrés car notre Prince désirait mettre Torki à l'abri. »

« Torki ? répéta-t-elle, dégoutée, en lançant un regard plein de mépris au blessé. »

« Il faut faire venir Severus, annonça Harry sans leur prêter attention. »

Bellatrix étrécit ses yeux.

« Severus est à Poudlard, fit remarquer Bellatrix. Et il a bien d'autres chats à fouetter que de venir secourir un vermisseau. Laissez-moi l'achever, Mon Prince. Nous n'avons pas besoin d'imbéciles dans nos rangs et celui-ci est manifestement un idiot pour s'être fait avoir par un simple moldu. »

« Je ne t'ai pas demandé ton avis, Bellatrix. Chaque recrue est précieuse, qu'importe ses capacités. Lucius, dit à Severus que j'exige sa présence.»

« Comme l'a dit Bellatrix, Severus est à Poudlard. Et nous n'avons aucun moyen de le contacter, mon Prince, répondit-il contrit. »

Harry serra les poings. Il s'attendait à être obéi, sans discussion. Agacé, il sortit sa baguette et ferma les yeux. Il se concentra, essayant de visualiser Severus et de l'appeler, comme il avait vu faire Lord Voldemort lors de sa démonstration avec les golems. Bientôt, le prénom du maître de potion raisonna, chuchoté de toute part, au plus grand étonnement des mangemorts présents. Les lèvres d'Harry étaient toujours scellées et un nuage de fumée noire sortait lentement de sa baguette. Il serpenta et se tordit jusqu'à former la marque des ténèbres.

Quelques instants plus tard, Severus apparut à ses côtés, dissipant la fumée. Sans attendre, il s'inclina, une main sur le cœur.

« Vous m'avez appelé, Maître ? »

« Ce n'est pas le Maître, Severus, cracha Bellatrix qui n'en revenait pas. »

Cet avorton de Potter avait réussi à utiliser la marque des ténèbres, comme s'il était le Maître. Mais comment pouvait-il faire cela ? Severus, qui s'était redressé, ne tarda pas à lui apporter la réponse.

« Et bien, il semblerait que ce mariage vous ait été très profitable, Mon Prince, souligna-t-il. »

« Comment avez-vous su que cela marcherait ? lui demanda Lucius, ébahi. »

« Je ne sais pas… J'ai pensé que je pouvais le faire, c'est tout. »

Il ne dit rien des longues heures qu'ils avaient passées à étudier la marque des ténèbres avec Rabastan. Ces informations devaient rester secrètes. Il avait confiance en Lucius et Severus mais il se méfiait des autres.

« Je t'ai fait venir car nous avons un blessé, Severus, lui expliqua Harry en se dirigeant vers Torki. »

Il avait pratiquement perdu connaissance. Smith tenait un morceau de sa cape contre la blessure pour stopper l'hémorragie mais la douleur était presque venue à bout des réserves d'énergie du sorcier.

Potter ne cesserait donc jamais de l'étonner ? se demanda Severus alors qu'il s'agenouillait près du blessé. Il observa un instant sa plaie avant de faire léviter son corps pour le transporter à l'infirmerie du château.

« Mon Prince… murmura faiblement Torki alors qu'ils passaient près d'Harry. »

Severus s'arrêta pour le laisser parler.

« Merci… Mon Prince. C'est pour vous que je me suis engagé. Et je ne le regretterai jamais. »

« Merci à toi, Torki. Fais en sorte de te rétablir rapidement. Tu es entre de bonnes mains, répondit Harry. »

Severus reprit sa route, disparaissant dans le couloir de droite. Potter venait encore de marquer des points. Il avait non seulement démontré que tous les sorciers ayant accepté le marque des ténèbres étaient autant les mangemorts de Voldemort que les siens, mais il avait en plus prouvé qu'il était un véritable Prince, à la droiture exemplaire, soucieux de ceux dont il avait la responsabilité.

Et Severus ne s'était pas trompé. Le Prince des Ténèbres devint bientôt un symbole de grandeur pour une large masse de partisans du Seigneur des Ténèbres, et surtout pour les plus jeunes. Harry était de toutes les missions, ou presque. La stratégie de Voldemort en matière de communication fut payante. Harry faisait régulièrement la Une des journaux, toujours en termes très élogieux. On se racontait ses exploits et la façon dont il portait toujours secours aux blessés. On répétait ses mots et la façon dont il considérait chacun comme d'égale importance. On disait que lui seul avait le pouvoir d'infléchir la dureté du Seigneur des Ténèbres. Ses adorateurs se multiplièrent et de nombreux sorciers rejoignirent leurs rangs, convaincus qu'Harry Potter n'était pas sous l'emprise de Voldemort mais qu'il avait tout simplement choisi son camp.

Et qui sait ? Peut-être bien que la lumière jaillirait des ténèbres ?

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Hermione arriva dans ce qui était devenu « leur » bureau et déposa le dernier numéro de la Gazette du Sorcier sur la pile de journaux où s'étalaient en première page des photos d'Harry et Voldemort.

La collection d'Hermione avait commencé avec la photo de leur mariage. C'est à peine si elle avait reconnu son meilleur ami, rayonnant de bonheur, au bras du Seigneur des Ténèbres. Elle avait pensé, à ce moment-là, qu'un monstre avait réussi à le rendre plus heureux qu'il ne l'avait jamais été avec eux. Elle était depuis revenue sur cette idée complètement stupide : ce n'était pas Harry sur cette photo de journal. Sur aucune d'entre elles.

Aujourd'hui « Le Prince des Ténèbres barre la route du Ministère » s'étalait en gros titre. Harry et quelques mangemorts avaient empêché des familles de sorciers nés moldus de quitter l'Angleterre. Ils étaient arrivés quelques minutes avant l'heure prévue pour leur départ et avaient détruit le portoloin que le Ministère avait mis à leur disposition pour qu'ils puissent trouver refuge en Amérique. Heureusement, d'autres départs avaient eu lieu, par bateau ou par avion. Mais pour les familles avec des enfants en bas âge, le trajet par portoloin était moins éprouvant.

Harry était décrit par l'article de Rita Skeeters comme un modèle de clémence car il avait épargné la vie des nés moldus qui consentiraient à travailler pour la société sorcière et s'engageraient à ne plus faire d'enfants afin que leur sang impur ne se mélange plus à celui des autres sorciers. Voldemort avait pour but de purifier la magie et la race sorcière. Il mettait en garde la population contre l'appauvrissement génétique que constituaient les nés moldus, porteurs d'une magie qui leur revenait de droit, raison pour laquelle ils devaient travailler pour eux. L'article ne faisait pas mention du père de la petite Kate qui avait été abattu pour avoir revendiqué son droit à la liberté.

Sombre et amère, Hermione s'installa au bureau avec sa tasse de café pour se replonger dans la traduction des lettres de Chattox et Demdike. L'espoir l'avait quitté, comme ça, petit à petit, avec la parution successive des Unes da la Gazette. Mais elle venait chaque jour s'installer à ce bureau et Ron finissait toujours par la rejoindre. Elle savait que cela lui coutait. Il était rempli de colère envers Harry. Elle n'était pas en colère, elle. Elle n'espérait simplement plus et s'était fait une raison. Harry était mort. C'est ainsi qu'elle voyait les choses. C'est pourquoi elle n'avait plus d'espoir. C'est pourquoi elle n'était pas en colère. Non, Hermione était profondément triste. Son meilleur ami était mort. Mais elle continuait à travailler sur ces lettres. Parce qu'il fallait bien faire quelque chose.

Pourtant, aujourd'hui, l'espoir d'Hermione pourrait bien renaître.

Il était treize heures lorsque Severus transplana au 12 square Grimmaurd. Il était rare qu'il vienne au QG de l'Ordre du Phénix entre midi et deux, préférant assurer une présence continue auprès des élèves de Poudlard. Mais il détenait peut-être la clé qui permettrait à Potter de retrouver la mémoire et voulait en avoir le cœur net le plus tôt possible.

Molly lui ouvrit la porte. Après avoir pris poliment quelques nouvelles, apprenant que le petit Teddy Lupin souffrait de la sortie de sa première dent - ce dont il se fichait pas mal - il se dirigea vers le bureau où se terrait la miss-je-sais-tout.

Il toqua et entra sans attendre. Il fut heureux de constater qu'elle était seule. Il ne supportait plus son benêt de rouquin.

« Bonjour, professeur, le salua-t-elle. »

Respectueuse, comme toujours. Agaçante, pour toujours.

« Granger, pouvez-vous me dire comment s'appellent les descendantes de Chattox ? lui demanda-t-il sans la saluer en retour. »

« Oui. Elles sont nées Berzins mais l'une d'elle s'est mariée et s'appelle maintenant Kalnins. »

« Non, non. Leurs prénoms. Ce sont leurs prénoms qui m'intéressent, précisa-t-il, cassant. »

« Ada et Maija, répondit-elle platement, tentant d'ignorer le caractère exécrable du maître de potion. »

« Et cela ne vous rappelle rien ? lui demanda-t-il alors que son air revêche s'adoucissait. »

Il ne lui fallu que quelque secondes pour voir où il voulait en venir.

« Ada, Maija, cela ressemble à Avada Memomagia. »

« Exactement ! L'ami dont je vous avez parlé a traduit les lettres. Je les ai toutes lues. Chattox et Demdike y font plusieurs fois allusion au fait que le sortilège de l'Avada Memomagia devra disparaitre lorsque la communauté sorcière sera hors de danger. Mais dans le cas où il serait un jour à nouveau employé, leurs deux familles seraient les garantes du contre sortilège, que leurs descendances hériteraient obligatoirement, par filiation du sang. Je n'ai pas immédiatement compris de quoi il s'agissait exactement, mais Demdike mentionne un sortilège de sang qui assurerait la continuité de cet héritage, même à l'insu de la volonté des descendants de leurs familles. Or, Chattox parle à un moment du sang de leurs descendantes qui n'appelle qu'à un seul prénom. C'est là qu'était la solution, Granger. Le prénom des sœurs est le contre sort.»

« Ada Maija… Adda magia… Ajouter la magie! Mais oui professeur ! C'est ça ! Vous avez raison ! Le prénom d'origine de toutes les premières nées descendantes de Chattox et Demdike devait être Addamagia. Mais les sœurs Berzins étant jumelles, elles ont donc hérité du prénom coupé en deux. Ada et Maija sont des prénoms lettons répandus et leurs prononciations sont proches de celles de « Adda » et « Magia », il est donc possible que le sort de sang ne se soit pas opposé à ces prénoms. C'est surement ça ! exulta-t-elle…avant de retomber sur son siège, soucieuse. Mais comment en être sûr ? s'interrogea-t-elle à voix haute. » (3)

« Pour cela il n'y a qu'une seule solution, Granger. Je vais devoir lancer le sortilège Addamagia à Potter. »


(1) Kochtcheï : sorcier maléfique, personnage récurrent des contes Russes, que l'on retrouve notamment dans Vassilissa la très belle, retranscrit par Afanassiev.

(2) Ad vitam aeternam : Pour l'éternité

(3) « Qui êtes-vous ? » C'est du letton (enfin je crois lol).

(4) « Diable » (letton)

(5) « Mort foudroyante » (letton)

(6) Adda magia : c'est du latin. Traduit mot pour mot cela veut bien dire « Ajouter la magie ».


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Un extrait du prochain chapitre vous attend d'ores et déjà sur mon LJ : groumde . livejournal (enlevez les espaces et vous trouverez^^)

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Rose : Tu as tout compris du « danger » qui plane sur Voldemort lol Mais il reste persuadé qu'il a la situation bien en main ) Cependant, comme tu le dis si bien, l'amour n'est pas une chose que l'ont peu contrôler dans son propre cœur.

Julie : Tu te demandais ce qui attendait notre couple nouvellement fiancé. Et bien, je n'ai pas fait dans l'originalité : un mariage ! LOL Ton compliment au sujet de Voldemort me fait vraiment plaisir. C'était un véritable exercice de schizophrène de me mettre dans sa tête pour décrire sa façon d'agir, de parler. Mais maintenant que cette histoire est terminée, je vais beaucoup mieux ! Mdr

Emma : Toujours ensemble dans 1000 ans ? Tu as une boule de cristal, avoue ! Effectivement, Voldemort n'est pas et ne sera jamais un gentil Poufsoufle. Actuellement, on peut même douter de la sincérité de ses gestes affectueux et de ses paroles sucrées. Ne s'applique t-il tout simplement pas à jouer son rôle pour qu'Harry l'aime éperdument ? Tu as raison, cet Horcruxe va être très utile à Voldemort et surtout à mon histoire lol J'espère que la suite t'aura plu !

Geliah : Merci beaucoup pour ta gentille review ! On va se tutoyer, hein^^ Je suis heureuse de faire vivre aux lecteurs des émotions fortes ! Pour l'impatience, ça me fait plaisir aussi mais il ne faut pas croire que je fais exprès de ne pas publier plus souvent. J'essaie juste de gérer mon temps au mieux en conciliant travail, vie perso et loisirs ! A bientôt j'espère !

Claire : Etre réaliste (autant que possible dans un monde où la magie existe) était l'un de mes objectifs. Coller aux caractères originaux des personnages de JKR de sorte que Voldemort ne devienne pas tout à coup un cœur tendre. Harry est un peu innocent car il lui manque pas mal de souvenirs. Il est à la merci d'un nouveau monde mais il y prend peu à peu ses marques. Malgré tout, il se livre corps et âme à Voldemort. Mais avec la fin de ce chapitre, tu te doutes bien que ce nouvel équilibre va bientôt exploser. La suite dans un mois !