Bonsoir tout le monde!
Encore une publication tardive, je sais, mais...
HELP!
Voilà, j'ai besoin d'une nouvelle bêta, car ma super Aizhi a dorénavant une vie d'étudiante bien trop remplie pour pouvoir assurer mes corrections. Je cherche quelqu'un de très très très bon en orthographe. Quelqu'un aussi qui n'hésitera pas à me donner son opinion sur mes textes, même si c'est pour me dire que c'est du caca de licorne. Enfin, quelqu'un à qui je pourrais demander conseil sur certains points, à l'occasion, lorsque je suis prise de doutes affreux ou de questions existentielles sur la magie de l'univers, toussi toussa.
N'hésitez à m'envoyer votre CV et votre lettre de motivation en MP, sachant que ce ne serait pas pour cette histoire, mais pour la/les suivantes.
1 000 mercis!
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Les non logés trouveront une réponse à leur review en fin de chapitre.
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Aizhi-qui-bosse-comme-une-dingue-sur-ses-foutus-partiels n'a pas pu corriger ce chapitre avant sa publication. Je corrigerai les éventuelles erreurs dès que j'aurai eu son retour. Mais n'hésitez pas à me signaler si vous voyez d'affreuses fautes.
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Dans le chapitre précédent : Harry a lancé le sort de l'Avada Memomagia à Voldemort. Lorsqu'il l'apprend, Rogue tente de le raisonner mais Harry sait tout, y compris qu'il est un horcruxe. Il décide alors de faire les choses à sa façon et passe un serment inviolable avec Rogue par lequel il s'engage à rétablir la société sorcière. S'il ne le faisait pas où si Voldemort réapparaissait, Rogue devrait alors les tuer tout les deux. Harry fait empoisonner les meilleurs mangemorts de Voldemort. Mais Bellatrix et Rodolphus en réchappent et lui tendent un piège pour retrouver leur Maître. Harry s'en sort grâce à l'intervention d'Aizih et de Rodolphus. Voldemort se réveille dans leur chambre de Morsonge. Il a tout oublié de la magie et des moments de sa vie qui y sont liés.
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Chapitre 17 : Vice-versa
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Harry s'efforçait de garder ses yeux dans les siens, jaunes et furieux.
« Les forêts des centaures, voilà ce que vos sorciers ont promis en échange de l'aide des banshees ! »
« Promesses de sorciers, jamais payées ! marmonna une autre banshee avant de cracher sur les dalles de la Salle du Trône. »
Severus grimaça de dégoût. Harry inspira calmement, se retenant de faire la moindre réflexion. Le souvenir de la douce Kaanie lui semblait si éloigné de la grossièreté des créatures face à lui qu'il pensa un instant s'être fait de fausses idées sur la compagne de Rosier.
Il ne put s'empêcher de jeter un bref coup d'œil sur le cracha au sol. Ce faisant, ses yeux s'arrêtèrent sur l'opulente poitrine de leur chef. Il aimait ce qu'il voyait. Il aimait vraiment. Il n'était définitivement pas gay. Pas totalement, du moins. Comment Voldemort avait-il pu le convaincre du contraire ?
Brusquement, les ailes de la créature se rabattirent sur ses mamelons et elle le gratifia d'un regard outré.
« Veuillez m'excuser, madame, se reprit Harry. Je ne voulais pas vous paraitre déplacé. Et croyez bien que j'entends vos justes réclamations. Cependant, comme j'essayais de vous l'expliquer… »
« Les forêts des centaures ! C'est ce que vous aviez promis ! éructa la banshee. »
« Oui, c'est exacte. Je ne remets pas cela en question. »
« Alors quand partiront les canassons ? demanda celle qui avait craché au sol. »
Severus leva les yeux au ciel. Il prenait sur lui pour ne pas intervenir, ne voulant pas mettre à mal l'autorité de souverain de Potter. Pour une fois que le fils de Lily se montrait patient, ce devait être avec les créatures magiques les plus têtues que Merlin ait créé.
« Les centaures ne quitteront pas leurs forêts, recommença-t-il calmement. »
« Quoi ? coassa la troisième banshee présente. »
« Et, si les banshees ne vont pas à la forêt, c'est la forêt qui viendra aux banshees, enchaîna-t-il sans leur laisser le temps d'aller plus loin. »
« La forêt viendra aux banshees ? répéta la cracheuse. Qu'est-ce que c'est encore que cette entourloupe de sorcier ? marmonna-t-elle, comme si elle ne s'adressait à personne en particulier mais qu'elle se contentait de penser à voix haute. »
« Ne vous ai-je pas livré Rosier ? »
« Mort ! »
« Vivant, il aurait été bien moins enclin à séjourner chez vous, souligna-t-il. »
« J'aurais voulu le dépecer vivant pour dévorer son cœur encore chaud, déclara leur chef, une intense souffrance perceptible dans sa voix. »
Les gémissements de ses sœurs lui firent écho.
« J'ai tenu cette promesse. Même s'il était déjà mort, je vous ai livré Rosier pour le crime qu'il avait commis en assassinant votre sœur Kaanie. De la même façon, je tiendrai parole lorsque je vous dis que vous aurez une forêt. Ce ne sera pas celle des centaures. Ce sera la vôtre. »
« Où ? demanda la cracheuse, suspicieuse. »
« A l'endroit même où vous vivez actuellement, répondit Harry, mystérieusement. »
« Nous ne sommes pas les seules habitantes du marais, objecta leur chef. »
« Notre marais est merveilleux comme il est ! affirma la troisième. »
Alors pourquoi vouloir une forêt ? se demanda Harry, à bout de patience. Mais les banshees avaient leur propre logique, sans doute.
« Votre merveilleux marais se situe au beau milieu d'une lande (sordide, se retint-il d'ajouter) parfaitement inexploitable. Je vous propose d'en boiser une partie au sud de votre marais. Vous pourriez ainsi jouir à la fois des marécages et de la forêt. Qu'en dites-vous ? »
« Cette lande est la propriété du Ministère, fit remarquer leur chef. »
« C'est exacte. Et il se trouve justement que je suis le Ministère, répondit Harry dans un sourire plein de dents. »
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« Je suis le Ministère ? Vraiment, Potter ?, commença à le sermonner Rogue alors qu'ils quittaient la Salle du Trône. »
Quel rabat-joie, pensa Harry.
« C'est plus ou moins le cas, oui, répartit-il maigrement. »
« Ben voyons, se moqua Severus. Vous êtes le dépositaire de la charge de dirigeant de la communauté sorcière, Potter. Vous n'en êtes pas le possesseur. Il serait bon de ne pas l'oublier, si vous tenez à la vie, lui rappela désagréablement la maître de potion, évoquant à demi-mot leur serment inviolable. »
« Je ne l'oublie pas, s'agaça Harry tandis qu'Aizih, parant ses épaules, sifflait vertement en direction du maître de potion. Mais avouez que ça a été un bon moyen d'en finir avec ces harpies ! »
« Ce sont des banshees, non des harpies. Vous devriez vous en souvenir étant donné que c'est vous qui avez eu la brillante idée de faire appel à elles dans un premier temps. »
Harry leva les yeux au ciel. Il n'était pas rare que son acariâtre bras droit lui reproche ce qu'il avait fait durant son amnésie.
« Me suivez-vous dans l'unique but de vous sentir mieux en m'affublant de reproches ou y a-t-il autre chose dont vous voudriez m'entretenir? »
Severus ravala sa morgue. Il allait devoir jouer serrer. Commencer par contrarier Potter n'allait certainement servir sa cause.
« Les derniers prisonniers politiques ont été relâchés ce matin. »
« Deux d'entre eux ont rejoint nos rangs. Torki a fait du bon travail, approuva-t-il en prenant l'escalier menant à l'aile du château qu'il occupait. »
« Les cachots de Morsonge sont à présent vides, comme vous le désiriez. »
Harry marqua son accord d'un hochement de tête. Il était soulagé de savoir que plus aucun innocent ne séjournait dans les bas-fonds de Morsonge.
« A l'exception d'une cellule, Potter. »
Harry ralentit un bref instant, puis décida de faire mine de ne pas avoir entendu. Il ne voulait pas aborder ce sujet.
« Je sais que vous avez recommencé. Et vous auriez du me le dire. J'aurais pu mieux soigner votre cousin, si j'avais su plus tôt… »
«Tsss ! Pour vous entendre encore me dire quel abominable tortionnaire je suis ? Non merci. »
« Cela ne vous fait peut-être pas plaisir, mais une personne qui se livre à des actes de torture est un tortionnaire, oui ! »
« Et bien dans ce cas ils le sont tout autant que moi, s'énerva-t-il en faisant volte face au milieu des marches. »
« Vous avez encore vos dix doigts, vous ! »
Harry détourna la tête, s'enfermant dans un silence buté.
« Vous ne pouvez pas continuer ainsi. Non seulement parce que c'est totalement immoral. Mais aussi parce que de tels actes vous plongent un peu plus chaque jour dans une noirceur dont vous ne reviendrez pas. »
Ces dernières paroles le déstabilisèrent. Mais il ne voulait pas renoncer à ça. Il savait combien c'était mal. Il avait terriblement honte en y repensant. Mais il savait aussi qu'il en avait besoin, pour ne pas devenir fou. Il avait peut-être retrouvé la mémoire, il était peut-être devenu le Prince de la communauté sorcière de Grande Bretagne, il lui semblait avoir tout perdu. Et quand il se sentait si vide qu'il craignait d'être englouti par son propre néant, il n'avait plus qu'une envie, impérieuse et dévorante : descendre dans les cachots, laisser ses doigts glisser le long de la pierre humide en sentant son cœur battre de plus en plus fort. Parfois, il lui arrivait même de bander, juste avant, dans cette attente délicieuse. Et puis il entrait dans ce cachot où il laissait libre court à son sadisme, comblant le vide qui menaçait de lui faire perdre la raison. Il regagnait ensuite sa chambre et il pleurait. Il pleurait en se branlant, comme le pauvre taré qu'il était en train de devenir.
« Libérez-les, laissa-t-il difficilement sortir entre ses dents. »
Puis il se détourna pour reprendre rapidement son chemin, avant de changer d'avis. Et Merlin sait s'il avait envie de le faire. Envie qu'il réprima durement, une sueur froide lui glaçant l'échine sous l'effort que cela lui demandait. Tantine, Dudlynouchet et ce gros cochon de Vernon… Il ne voulait pas les perdre ! Ils étaient à lui ! A LUI ! Tom les lui avait offerts !
Non, pas Tom. Voldemort, se morigéna-t-il en se hâtant de longer le couloir. Il avait besoin de le voir, maintenant. Ou il ferait marche arrière, transplanerait aux portes des sous-sols et arrêterait Rogue. Il ne devait pas encore y être. Ou peut-être avait-il décidé de transplaner lui aussi ? Il leur avait peut-être même déjà lancé l'Avada Memomagia…
Non, il ne devait pas y penser ! Il avait pris la bonne décision ! Ça ne pouvait plus durer ainsi !
Il arriva en vue de la petite salle de cours, celle-là même où il avait passé de longues heures, en compagnie de Lucius ou de Rodolphus. La porte était légèrement entrouverte, aussi s'approcha-t-il silencieusement, percevant les voix des occupants, jusqu'à distinguer leurs paroles. Il s'appuya sur le chambranle et observa la scène.
Rabastan était derrière Tom et tenait sa main dans la sienne pour lui montrer les mouvements complexes qu'il devait effectuer avec sa baguette. Ils étaient presque dans une étreinte et la jalousie aurait probablement mordu Harry avec force s'il n'avait pas été témoin, hier encore, des regards d'adoration que Rabastan adressait à Drago.
Les méthodes du mangemort étaient somme toute très efficaces et Tom progressait rapidement. Il venait d'ailleurs de réussir parfaitement le sortilège que son professeur était en train de lui enseigner.
« Bravo, le félicita sobrement Harry, révélant sa présence. »
Ils se retournèrent vers lui comme un seul homme. Rabastan avait toujours ses bras passés autour de Tom et Harry sentit son cœur se serrer. Peut-être était-il plus transparent qu'il ne le pensait car le dernier des Lestrange se recula vivement pour libérer Tom.
Par Merlin ! Ça n'allait pas recommencer ! pensa Rabastan. Pourtant, contrairement à Voldemort, Harry connaissaitses sentiments pour son neveu.
« Je ne vous dérange pas plus longtemps, poursuivit Harry en regardant Tom avec toute la retenue dont il était capable. »
« Vous ne nous dérangez pas, mon Prince, fit immédiatement savoir Rabastan. »
Harry détacha avec peine son regard du visage impassible de Tom.
« Je sais que je ne te dérange pas, Rabastan, lui assura-t-il dans un faible sourire. »
Puis il se décolla de l'encadrement de la porte et s'en alla.
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Émettant un doux sifflement, Aizih glissa langoureusement dans son cou. Harry fit errer ses doigts sur sa peau froide, trouvant du réconfort dans cette petite présence.
Il était ainsi depuis plus de vingt minutes, avachi dans le fauteuil de son bureau, les yeux dans le vague.
Tout s'était déroulé comme il l'avait prévu – ou presque. Avec Lucius à la tête du Département des Lois et Règlements et Kingsley à la tête de celui de la Justice Magique, le nouvel ordre qu'Harry avait impulsé prenait rapidement forme. La propagande de Voldemort, dont Harry avait été malgré lui une pièce maîtresse, jouait en leur faveur.
Harry était aux yeux du monde sorcier Le Prince de Morsonge. Dans l'imaginaire populaire, il incarnait la force, le courage et la bonté. Les sorcières, plus romanesques que la gente masculine, fantasmaient sur l'histoire de ce Prince pour qui Le Seigneur des Ténèbres avait rejoint la Lumière. Il était un héros au cœur pur.
S'ils savaient…
Certes, il avait légèrement exagéré lorsqu'il avait prétendu être le Ministère. Severus…enfin, Rogue, avait raison. Il n'était que provisoirement à la tête du Ministère de la Magie. D'ailleurs, il n'avait même pas le titre de Ministre de la Magie. Le poste restait pour le moment vacant. Jusqu'à ce qu'il décide d'organiser des élections, lorsqu'il estimerait avoir tenu ses engagements envers la communauté sorcière de Grande Bretagne. Il pourrait alors se retirer de la scène publique avec Tom.
C'est du moins ce qu'il avait prévu. Mais Tom n'aurait peut-être pas envie de le suivre.
Plus les semaines passaient et plus Harry redoutait le moment où son mari lui annoncerait son désir de partir pour mener sa vie comme il l'entendait. Sans lui.
Il attrapa le rapeltout que Drago lui avait apporté dans le but de l'aider à retrouver sa mémoire. Il ne quittait jamais son bureau et Harry passait de longues minutes à le faire rouler entre ses doigts. Souvent, il se prenait à rêver que les volutes de fumée blanchâtre se teintaient de rouge. Ce rouge profond et tortueux qui lui rappelait tant le regard de Voldemort. Il se sentait mélancolique de ne plus pouvoir contempler ce carmin hypnotique.
Mais Voldemort était mort. Il l'avait tué lui-même. Il ne restait que Tom, comme il l'avait soutenu à Rogue ce jour-là, dans leur chambre à coucher. Le regard de Tom était froid, dénué d'ardeur et de passion. Dénué de rouge. Et il ignorait qu'Harry était son pouls.
A chuisle.
Il ne l'appellerait plus jamais ainsi. Parce que cela n'avait plus de sens pour lui. Aujourd'hui, Harry comprenait mieux ces mots et il percevait toute l'ironie dont Voldemort avait fait preuve en l'affublant de ce petit nom affectueux. Malgré cela, il rêvait d'entendre à nouveau ces deux petits mots de la bouche de son mari.
Mais Tom ne l'aimait pas. Il le lui avait clairement fait comprendre.
« Je pourrais te baiser, sur l'instant. Et crois-moi quand je te dis que je ne prendrai pas de gants. Cependant, bien que j'en ignore encore la raison, je t'ai épousé. Et tu sembles éprouver pour moi des sentiments sincères. J'ignore tout des sentiments que j'avais à ton égard avant ma perte de mémoire. Mais pour être franc, je doute qu'ils fussent les mêmes que les tiens. Aimer ne signifie rien pour moi. En revanche, ce dont je suis sûr, c'est que je devais énormément te respecter. Sinon, ayant une haute estime de moi-même, je ne me serais jamais engagé dans ce mariage. Tu mérites probablement mieux que ce que je suis à même de t'offrir actuellement. C'est pourquoi je préfèrerais que nous ne partagions pas la même couche pour le moment. »
Et depuis, ils faisaient chambre à part. Harry ferma les yeux, souhaitant oublier ces mots et la froideur des yeux de Tom lorsqu'il les avait prononcés. Hélas, quand il les rouvrit, la fumée du rapeltout demeurait parfaitement laiteuse.
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Harry se redressa tant bien que mal dans le fauteuil défoncé qui l'accueillait à chacune de ces visites. Ron et Hermione lui faisaient face depuis le canapé où ils s'étaient installés. Exactement à la même place que la dernière fois. Harry avait songé que leurs rencontres avaient des allures de thérapie. De thérapie d'amitié.
Il y avait souvent des silences gênés entre eux. Comme en ce moment. Ron était absorbé dans la contemplation des motifs du bois de la table basse et Hermione touillait son café en lui adressant parfois un petit sourire forcé. Lui-même n'était pas plus à l'aise. Il avait la bouche sèche et les mains moites. Il se sentait coupable. Et ses raisons de l'être étaient si nombreuses et impardonnables qu'il ne pouvait se défaire de ce sentiment. Mais il ne pouvait pas renoncer à eux. Les premiers amis qu'il ait eus.
Comme la dernière fois, personne n'avait touché à la boite de chocolats qu'il avait apporté.
« Alors, comment vont Fred et Georges ? demanda-t-il avec moins d'assurance qu'il n'aurait voulu. »
C'est fou. Il endossait quotidiennement le rôle de Prince, avec assurance et autorité. Et là, devant ces deux amis de toujours, il se sentait comme un petit garçon maladroit portant un costume trop grand pour lui. Il se sentait comme Harry s'était toujours senti avant son amnésie. Quelqu'un qui ne méritait peut-être pas d'être aimé car il n'était pas normal. Son oncle et sa tante le lui avaient tellement répété. Pourtant, il savait que ce n'était pas vrai. Il le savait depuis qu'Hagrid avait un jour fait irruption dans sa vie pour l'emmener dans le monde sorcier. Mais il n'arrivait pas à agir autrement. Et les actes dont il s'était rendu coupable durant son amnésie ne le faisaient se sentir que plus monstrueux, face à ceux qu'il estimait.
« Tu me l'as déjà demandé en arrivant, lui fit remarquer Ron, cessant de faire tressauter sa jambe. Et la semaine dernière aussi. Et toutes les autres semaines, en fait. »
« Désolé… »
« Ça aussi, tu l'as déjà dit, répéta Ron. »
« Ron ! lui souffla Hermione, outrée. »
« Quoi ?! fit-il d'une voix aigue en faisant disparaitre ses sourcilles sous sa frange de cheveux roux, jouant les imbéciles innocents. »
Elle se contenta de lui faire les gros yeux avant d'adresser un sourire contrit à Harry.
« Fred et Georges vont bien. Ils… Ils ne sont pas encore prêts à...te revoir. Mais Georges a dit qu'il comprenait. Qu'il savait que tu avais fait cela pour les sauver. »
« C'est bon, arrête, lui demanda le rouquin en basculant contre le dossier du canapé pour regarder le plafond. »
Le regard d'Hermione se fit encore plus navré et ce fut probablement ce qui poussa Harry à réagir.
« Ron, l'interpela-t-il. Je donnerai n'importe quoi pour ne jamais avoir eu à…faire ce que j'ai fait à ton frère. Tu n'imagines pas à quel point je m'en veux et à quel point je suis désolé, même si cela semble t'énerver que je le dise. Mais je n'avais pas le choix. Même Georges l'a compris. »
« Tu as torturé mon frère. Lui seul peut te pardonner. Personnellement, je n'y arrive pas, déclara-t-il en se redressant pour quitter le canapé et sortir du salon. »
« Ce n'est pas toi qui était dans ce cachot ! répliqua Harry, frustré. Ce n'est pas toi qui a du choisir entre torturer des êtres chers ou laisser leur sort et celui de milliers d'autres sorciers et moldus entre les mains de Voldemort, plaida-t-il en se levant à son tour, les poings serrés. »
« Non, tu as raison. Je n'y étais pas, concéda Ron. Si j'y avais été, je n'aurais pas raté ce fils de pute ! Et je peux te jurer que, si j'avais été à ta place, jamais cette raclure ne m'aurait enfilé le cul. JAMAIS ! »
« Ronald ! s'horrifia Hermione, qu'il ignora en poursuivant : »
« Mais je n'y étais pas. Et en même temps que toi, c'est tout le monde sorcier qui s'est bien fait mettre, termina-t-il avant de définitivement tourner les talons. »
Il ouvrit la porte avec brutalité. Harry et Hermione l'entendirent demander à Torki, qui gardait l'entrée du salon, de dégager. Celui-ci avait au contraire fait barrage de son corps pour échanger un regard avec Harry qui lui adressa un simple mouvement de tête. Le mangemort consentit alors à s'écarter et Ron ne se gêna pas pour lui donner un coup d'épaule bien senti en passant.
« Ne lui en veux pas, Harry, lui demanda Hermione après un moment. »
« Je n'ai pas à lui en vouloir. Il a toutes les raisons du monde d'être en colère. J'ai… J'ai torturé George. Bill a été blessé et Percy… Percy est mort. »
Rabastan lui avait dit que Voldemort l'avait tué. Mais Harry avait préféré leur raconter que sa mort incombait à Dolohov. Et Dolohov était mort. Il n'espérait pas que cela amoindrisse leur peine. Non. C'est pour servir ses propres intérêts qu'il avait menti. Ron n'accepterait probablement jamais sa relation avec Tom. Mais cela aurait été bien pire s'il avait su que Voldemort avait tué son frère. Harry savait qu'il était au moins aussi monstrueux que Voldemort pour accepter d'aimer le meurtrier de sa propre famille. Il ne s'attendait pas à ce que Ron puisse passer au-dessus de ça. Ron était la personne la plus entière qu'il connaissait. Avec lui, les choses étaient ou noires, ou blanches. Un monde binaire, simple, pour ce garçon qui avait encore le cœur pur. Harry lui pardonnait tous ses propos, même s'il tentait de se défendre, faisant vivre tant qu'il pouvait le Harry qu'ils avaient connu.
« Oui, approuva Hermione, gênée. »
Il n'y avait rien qu'elle puisse répondre à ça. Elle savait combien Ron souffrait. Et, bien qu'elle ait envie de dire à Harry que ce n'était pas de sa faute, que nul ne pouvait savoir comment il aurait réagi à sa place, amnésique, à la merci de Voldemort…elle ne parvenait pas à trouver les mots justes. Car Harry n'était plus amnésique. Mais il était différent. Il n'y avait qu'à voir la manière dont il avait repris en main la société sorcière. Sa façon de penser était différente. Il pensait comme un politicien. Et même si elle avait conscience qu'il agissait pour le bien de tous, elle percevait la Noirceur en lui. Harry était hanté par elle. Il luttait probablement contre elle en ce moment même.
Dans un geste incontrôlable, elle posa sa main sur la sienne et la serra.
« Je… »
Il lui sourit.
« Ce n'est pas grave, Hermione. Toi aussi, tu as le droit de m'en vouloir. »
« J'ai conscience de tout ce que tu fais pour la société sorcière. Je n'approuve pas tout et j'avoue que parfois, je refuse sciemment de savoir ce que tu fais et comment tu le fais. J'ai confiance en toi. Je sais que le bon l'emporte encore sur le mauvais…en toi. Et j'espère que ce sera toujours le cas. »
Hermione, tout comme Severus, la mettait en garde contre lui-même. Et il ne pouvait pas nier qu'il luttait à chaque instant pour ne pas devenir un monstre, pour donner un sens à tout ça.
« J'essaie. J'essaie vraiment, répondit-il, sa voix tremblant d'anxiété. »
Le cœur d'Hermione se serra.
« Harry… Je suis désolée mais il vaudrait mieux que tu ne viennes plus ici. Ce que tu cherches, le pardon, personne ne peut te le donner ici. Même moi, je n'en suis pas vraiment capable. Mais sache que je te comprends. Et que je m'inquiète chaque jour pour toi, termina-t-elle en articulant difficilement, les yeux plein de larmes. »
Harry pouvait sentir les pulsations de son cœur ralentir. Il n'avait plus de souffle. Il se contenta de se mettre debout et hocha la tête.
« A bientôt, Hermione, lui dit-il simplement en quittant la pièce. »
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« Mes chocolats n'ont pas eu le succès escompté, constat Drago en refermant la porte du bureau. »
Potter était venu se réfugier ici dès son retour, lui avait dit Torki. Il revenait toujours complètement défait de ses entrevues avec la Belette et la Miss-je-sais-tout. Ses yeux verts emplis de rage et de douleur l'épinglèrent.
« Tu aurais peut-être du les empoisonner, répartit-il, fielleux. »
« Il faudrait que tu perdes cette habitude de vouloir empoisonner tout le monde, contra Drago en s'installant dans l'un des deux fauteuils libres face au bureau. A ce rythme là, la population sorcière de Grande Bretagne sera bientôt décimée. »
« Ce serait peut-être plus simple, soupira Harry en caressant distraitement la tête d'Aizih, enroulée sur le bureau. »
« Le plus simple serait de tuer Tom, plutôt que le reste du monde. »
Harry lui renvoya un regard noir. Drago leva les mains en signe de paix.
« Je ne dis pas que c'est ce que tu dois faire. Rabastan semble d'accord avec toi : Tom n'est pas Voldemort. Mais Tom est une aberration, tu dois en avoir conscience. Et malgré ta propagande -effroyablement efficace - à son sujet, il y en aura toujours qui le voudront mort. Les titres racoleurs de Skeeter ne changeront rien à ça. Ceux qui ont soufferts des actes de Voldemort n'accepteront jamais Tom. Rabastan est une exception. Son objectivité dépasse l'entendement. »
« Oui. Ton amoureux est merveilleux, le nargua Harry. »
« Il l'est, approuva Drago sans se démonter. »
« Rabastan n'est pas ce que je qualifierais de modèle de vertu. Nombreux sont ceux qui aimeraient le voir mort, lui aussi, souligna Harry. »
« Certes. Il s'est rendu coupable du pire. Mais il est celui que j'ai choisi. Il est mon premier choix d'homme libre. J'assumerai jusqu'au bout, qu'importe les sacrifices que cela me coûtera. »
« Même s'il ne devait plus t'aimer ? »
Drago hocha la tête.
« Je ne dirai jamais que si j'avais su, je ne l'aurai pas choisi. Car on ne peut jamais savoir, Potter. Raison pour laquelle il faut assumer ses choix la tête haute ou laisser les autres choisir pour nous. Personnellement, je ne veux plus jamais laisser qui que ce soit me dicter mes choix. »
« Je comprends bien que la situation actuelle avec Tom résulte de mes propres choix. Mais pour le reste, ce n'est pas le cas. Pourquoi devrais-je accepter d'avoir tout perdu ? »
« Tu as des amis ici aussi. Des personnes qui apprécient celui que tu es aujourd'hui. Et il y a nous, les repentis. Mes parents, Severus, Rabastan et moi. Nous savons que tu as perdu la mémoire. Et, contrairement à Granger et Weasley, nous savons par quoi tu es passé. Nous étions là. Eux ne peuvent pas imaginer. Ils pensent savoir. Ils imaginent probablement ce qu'ils auraient fait, eux, à ta place. »
Les paroles de Drago firent écho à ce que Ron lui avait craché au visage.
« Mais personne n'était à ta place. Et tu t'es rendu assez digne pour t'attacher la majorité des mangemorts de ce château et gagner le soutien de la population sorcière, malgré ta relation avec Voldemort. Parce que tu fais tout ce que tu peux pour créer un monde meilleur. Alors c'est vrai, il en reste qui ne te suivront jamais et qui t'en voudront éternellement d'avoir couché avec le mal. Mais aucun d'eux ne peut avoir la prétention de croire qu'il aurait aussi bien fait que toi. Alors culpabilise tant que tu veux, Potter. Nous sommes tous hantés par nos actes. Mais marche la tête haute. Assume tout. Poursuit ton œuvre. Tu n'as pas tout perdu. Weasley et Granger, ce n'est pas tout. »
« J'ai perdu Tom… lâcha Harry, amer. »
« Faux ! Tom n'a jamais été à toi. Voldemort, peut-être. Tom, certainement pas. Mais rien ne t'empêche de le conquérir. Ça ne devrait pas être si difficile vu les œillades brulantes qu'il te lance dès que tu as le dos tourné. Sans parler du fait que si un regard pouvait tuer, Torki serait déjà mort. »
« Tom me regarde ? »
Drago hocha la tête.
« Je n'ai rien remarqué… Tu es sûr ? »
« Garçon stupide ! siffla Aizih. »
« Certain, répondit Drago qui n'avait pas pu comprendre la vipère mais qui en aurait été fort amusé. »
« Et il voudrait tuer Torki parce que… ? insista Harry en grattant le cou de sa compagne.»
Drago leva un de ses sourcils mais ne prit pas la peine de formuler une réponse. Les joues rougissantes de Potter lui faisant savoir qu'il avait très bien compris. Torki était son garde du corps personnel. Et il était totalement dévoué à sa tâche, suivant Potter comme son ombre.
« Il serait…jaloux ? poursuivit Harry, échouant lamentablement à conserver une voix neutre. »
Il avait juste semblé misérable et plein d'espoirs.
« Pitié, Potter, fit Drago en levant les yeux au ciel. »
Mais Harry ne put empêcher un sourire totalement mièvre de s'étaler sur son visage.
« Arrête, je vais vomir, commenta Drago. »
Harry se mit à rire. C'était un tout petit rire de rien du tout, totalement idiot. Mais ça lui fit un bien fou.
Sans parler de son cœur qui battait la chamade.
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Harry était nerveux.
Il avait été distrait durant les trois derniers jours et s'était fait durement rabrouer par Severus pour son manque d'attention lors de leur dernière réunion dans la Salle des Douze sièges.
Vous semblez oublier que vous avez lié votre vie à un serment inviolable par lequel vous vous êtes engagé à rétablir l'ordre dans la société sorcière. Mais si vous tenez tant que ça à mourir, je peux aussi m'en charger, Potter !
Harry avait eu le bon goût de s'excuser en paraissant vraiment tout penaud et contrit. Il avait compris que Rogue tenait bien plus à sa vie qu'il ne voulait bien le laisser paraitre, raison pour laquelle il s'inquiétait de ne pas le voir réussir à tenir ce serment. Il n'aurait jamais accepté de le suivre dans son « entreprise suicidaire » - comme il le disait parfois - si ça n'avait pas été le cas.
Harry avait longuement pensé aux paroles de Drago et il avait décidé de tout assumer, lui aussi. Il avait tenté d'apercevoir d'éventuels regards de la part de Tom. Or, son mari le regardait toujours avec indifférence. Mais, trois jours auparavant, il avait vu le regard plein de haine brûlante qu'il avait adressé à Torki. Ils étaient en train de dîner dans la salle à manger du château en compagnie de Rabastan, Drago et Narcissa. Il régnait à table un silence de mort, Rabastan n'étant pas un grand bavard et Narcissa ne voyant toujours pas d'un très bon œil la relation de son fils avec ce dernier –et c'était un euphémisme-. Harry avait tenté plusieurs fois de lancer la conversation, sans succès. Il avait même eu le sentiment de passer pour un pauvre type aux yeux de son fiancé. Torki était alors entré avec une de ses capes dans la main et l'avait pressé de se rendre au Ministère où une poignée de manifestant s'étaient réunis pour protester contre le premier article de la nouvelle Constitution sorcière : « Tous les enfants de la magie naissent libres et égaux en droits. » Certains sorciers refusaient qu'un loup garou, un hippogriffe ou un scroutt à pétard jouissent des mêmes droits qu'eux.
Harry, qui aurait du sembler préoccupé par cette nouvelle, s'était senti incroyablement soulagé de pouvoir abréger ce repas sans paraitre grossier. Il avait avalé rapidement le reste de sa viande et vidé son verre d'eau. Lorsqu'il s'était levé, essuyant sa bouche avec sa serviette, Torki lui avait présenté sa cape de façon à ce qu'il puisse l'enfiler. A cet instant, alors qu'il passait ses bras dans le vêtement et que Torki se tenait dans son dos, il avait intercepté le regard de Tom. Et il n'avait cessé d'y penser depuis.
Il voulait se rapprocher de Tom. Il ne savait pas comment s'y prendre. Il avait réalisé que Voldemort n'avait jamais rien fait avec lui. Ils n'avaient partagé aucune activité, hormis la torture, le sexe, la guerre et un inoubliable vol en balai sous la pleine lune. Comment avait-il pu tomber amoureux de cet homme dans ces conditions était incompréhensible. Harry avait pensé qu'il voulait autre chose pour ce nouveau départ. Il voulait faire comme n'importe quel couple. Enfin, presque. Car il voulait que cela soit magique, grandiose, exceptionnel… Bref, oui, comme n'importe quel couple. Il savait que Rabastan et Drago avaient des rendez-vous. Il ignorait ce qu'ils faisaient. Et il n'avait pas voulu demander à son ami. Il se moquait bien assez de lui comme ça.
Alors, après trois jours à faire des recherches et à se retourner les méninges, il avait demandé à Tom de le rejoindre dans ses appartements à 19h00.
Raison pour laquelle il était nerveux.
Il se passa les mains dans les cheveux pour la centième fois, détruisant un peu plus la tentative de coiffure qu'il avait fait pour l'occasion. Mais il avait fini par se dire que c'était idiot et que Tom le trouverait surement ridicule de s'être fait beau pour lui. Alors il avait ébouriffé ses cheveux et ne cessait de les malmener depuis. Il portait un élégant ensemble pantalon-chemise noir et un épais chandail gris chiné. Il avait laissé sur le dossier d'une chaise un pull bleu marine pour Tom, ainsi que deux pardessus en laine noire.
Les portes de ses appartements s'ouvrirent, le faisant sursauter. Il se sentit idiot et se reprit rapidement, offrant un sourire à Tom…qui se fana face au visage fermé de ce dernier.
« Bonsoir. »
« Bonsoir, Harry. »
Harry déglutit difficilement au ton impersonnel employé par Tom.
« Pourquoi m'avoir demandé de te retrouver ici ? »
« Et bien… Je… J'ai pensé que, peut-être, cela te plairait de passer une soirée à l'extérieur du château, de te changer les idées. J'ai fait faire un portoloin. Je voudrais t'emmener passer la soirée quelque part, enchaîna Harry à toute vitesse. »
« Le portoloin, c'est ce qui permet de voyager plus loin qu'en transplanant, c'est bien ça ? »
« Oui, c'est ça. »
« Où allons-nous ? »
« C'est une surprise ! Je voudrais te faire découvrir une merveille moldue. Il va faire un peu frais où on va. C'est pour ça que je t'ai apporté ce pull. Et ce sera plus discret si tu le porte par-dessus ta tunique. Nous avons aussi deux manteaux, expliqua Harry. »
« Oui, je vois, répondit-il. »
Harry se sentit de nouveau bête. Tom n'aimait pas les paroles inutiles et il ne semblait pas vouloir faire d'efforts pour rendre tout cela plus simple.
Pourtant, il prit le pull et l'enfila. Et, lorsqu'Harry mit son manteau, il fit de même.
Sur un petit guéridon était posé un vieux livre de poche à la couverture de tissu bleue élimée. Harry s'en saisit et le tendit à Tom.
« C'est notre portoloin, précisa-t-il. »
Tom eut la curiosité de lire le titre du livre : La romance à l'étoile. (1)
Il gratifia Harry d'un petit regard moqueur, le faisant délicieusement rougir. C'est du moins ce que Tom pensa. Harry, lui, se sentit mortifié.
« C'est… C'est Lucius qui a fait ce portoloin pour nous, se justifia-t-il. »
Sans commentaire, Tom saisit l'autre côté du livre et Harry actionna le portoloin. Ils se sentirent tirés par le nombril avant d'être emportés. Ils réapparurent devant un maître d'hôtel, dans l'avant-salle d'un restaurant aux lumières tamisées. Une douce musique venait de l'intérieur et des murmures discrets se faisaient entendre.
« Bonsoir Monsieur Potter, salua un homme derrière eux. C'est un honneur de vous recevoir dans mon établissement. »
Harry et Tom se retournèrent pour découvrir un grand homme brun aux larges épaules. Il avait parlé avec un fort accent slave. Son discours de bienvenue ainsi que son costume à la française, d'un beau bleu canard, leur laissa penser qu'il s'agissait du directeur, le maitre d'hôtel étant habillé de façon bien plus sobre.
« Je suis monsieur Horváth, le directeur du Kornat (2), confirma-t-il. Je vais vous accompagner à votre table. »
L'homme les guida dans la salle jusqu'à une table dressée pour deux. Une simple petite bougie éternelle de couleur rouge venait égailler la nappe blanche. Ils s'installèrent.
« Je vous conseille ce soir notre bar en croûte de sel. Je vous laisse consulter notre carte, ajouta-t-il en faisant léviter vers eux deux livrets à la couverture de cuire bruni. »
Harry le remercia tandis que Tom s'étonnait déjà de voir des photos sorcières à l'intérieur de la carte, figurant toutes sortes de plats encore fumants.
« Pouvez-vous nous apporter deux coupes de champagne s'il vous plait ? demanda Harry. »
Tom lui lança un bref coup d'œil par dessus sa carte, augmentant la nervosité d'Harry.
« Bien sûr ! s'exclama monsieur Horváth. »
Et, d'un claquement de doigts, il fit apparaitre deux coupes de champagne sur leur table.
« Je vous laisse faire votre choix, dit-il ensuite avant de s'éclipser. »
Tom regardait toujours sa carte, aussi Harry en fit-il autant. Puis, lorsqu'il la referma et la laissa de côté, Harry se décida rapidement pour le bar en croûte de sel que leur avait conseillé leur hôte et reposa également sa carte.
Tom prit l'initiative de lever sa coupe et ils trinquèrent en silence. Après une gorgée, Tom prit la parole :
« Je pensais que tu devais me faire découvrir une merveille moldue ce soir. Mais ce restaurant m'a tout l'air d'être un établissement sorcier. »
« C'est un restaurant mixte, en fait. Il y a une salle moldue et une salle sorcière. Nous irons voir ce dont je t'ai parlé après le repas. »
« Je suis surpris que tu m'aies emmené ici. N'y a-t-il pas des merveilles sorcières qui mériteraient d'avantage mon intérêt ? »
Harry lui sourit avec indulgence.
« Et bien, les moldus aussi peuvent créer des choses…magiques. »
Tom fronça les sourcils.
« Je pensais que la magie n'appartenait qu'aux sorciers. »
« Et bien…oui. »
Le choix des mots utilisés par Tom déclencha une alarme dans la tête d'Harry.
« Les sorciers et les créatures magiques sont les seuls à pouvoir faire de la magie. Mais parfois, les inventions moldues sont si merveilleuses qu'on pourrait les croire le fruit de la magie. Il y a ici, en Croatie, un artiste moldu qui a créé un instrument de musique absolument fabuleux. C'est cet instrument que nous irons écouter après manger. »
« Nous sommes en Croatie ?! s'exclama Tom avec de grands yeux étonnés. »
« Et bien, oui, fit Harry, à la fois amusé et fier de son petit effet. Nous sommes à Zadar, en Croatie. »
« Lorsque tu me disais vouloir sortir pour me changer les idées, je n'imaginais pas qu'il s'agissait de sortir du pays, s'amusa-t-il. »
« Tu as toujours été un peu mégalo, alors j'ai pensé qu'il fallait faire les choses en grand, rétorqua Harry sur le même ton léger. »
« Mégalo ? Je pense que cela me ressemble assez, en effet, admit Tom dans un sourire, le premier depuis le début de la soirée. »
Puis il l'observa un long moment en buvant une nouvelle gorgée de champagne. Les joues d'Harry s'enflammèrent et Tom se mit à sourire de plus belle.
« Tu es…horrible ! s'offusqua Harry en dissimulant la bas de son visage dans sa main, amusant d'avantage son mari. »
Le directeur revint alors prendre leur commande et les plats qu'ils souhaitaient apparurent aussitôt devant eux. Ils mangèrent en silence. Harry lançait des regards discrets à Tom, tandis que celui-ci ne se gênait pas pour le dévisager. Harry n'était pas à l'aise. Mais il était heureux car la soirée ne se déroulait pas top mal. S'il pouvait n'y avoir aucun incident fâcheux, ce serait déjà une grande réussite, pensait-il.
Lorsqu'ils eurent terminé, monsieur Horváth vint s'assurer que tout s'était « bien passé », selon la formule consacrée. Ils commandèrent le dessert et, si Voldemort n'aimait pas les choses sucrées, cela ne semblait pas être le cas de Tom.
« Comment nous sommes nous rencontrés ? lui demanda-t-il soudain au milieu de sa part de kremšnita (2). »
Harry cessa de respirer. Il avait déjà sa petite histoire toute prête. Mais l'idée de mentir ce soir lui déplaisait. Pourtant, il n'avait pas le choix.
« Durant un match de quidditch. »
« Un match de quidditch ? Ce sport qui se pratique sur des balais ? »
« Oui. Un match de coupe du monde opposant l'Afrique du Sud et l'Autriche. »
« Je n'ai jamais aimé les sports moldus. Il faudrait que j'assiste à un match de quidditch, pour voir. »
« Et bien, je ne te mentirais pas en te disant que tu aimais le quidditch, admit Harry. »
Et sur ce point c'était vrai : il ne mentait pas.
« Tu assistais au match parce que le Ministre de la magie y assistait aussi. »
« J'étais ami avec cet homme ? »
« Non. Tu projetais de l'assassiner ce jour-là, lâcha Harry tout à trac. »
Tom eut un petit rire ravi.
« Je projetais de l'assassiner. C'est donc que je n'y suis pas parvenu, souleva t-il en se reprenant. Et tu es tombé amoureux de moi parce que j'avais échoué ou parce que j'avais essayé ? demanda-t-il avec justesse. »
La clairvoyance de cet homme était vraiment effrayante, pensa Harry. Que se soit avant l'Avada Memomagia ou maintenant. Avec une psychologie si juste, pas étonnant qu'il ait été capable de manipuler tant de monde, lui y compris.
« Ni l'un ni l'autre, contra Harry avant d'abattre sa carte maîtresse. Et tu n'as pas échoué. Tu as renoncé. »
« J'ai renoncé ? Et c'est à ce moment là que tu m'expliques que j'ai décidé de devenir un homme bon, pour tes beaux yeux ? »
« Tu trouve que j'ai de beaux yeux ? »
« Je trouve que tu es digne d'intérêt. Et que tu as de beaux yeux, oui. »
Harry se sentit à nouveau rougir mais décida de garder contenance cette fois.
« Alors disons que tu as renoncé parce que tu y voyais un intérêt. Je suis venu te trouver ce jour-là, dans les gradins. Et je t'ai proposé de rejoindre tes rangs. Je voulais que tu fasses de moi un mangemort. »
« Et ce simple fait aurait suffi à me faire abandonner mon projet d'assassina ? Alors dis-moi, qui es-tu, Harry Potter ? »
Encore une fois, Tom avait vu juste.
« Je suis…une sorte de héro pour la communauté sorcière. Parce que j'ai survécu à l'Avada Kedavra lorsque je n'avais que deux ans. »
« Qui a voulu te tuer ? »
« Un sorcier malfaisant du nom de Peter Pettigrow. C'était un ami de mes parents depuis de longues années. Mais en réalité, il les détestait, les jalousant pour leur bonheur et leur richesse, héritée des Potter, la famille de mon père. Un soir il est venu leur rendre visite et il les a tués de sang froid avant d'essayer de me tuer à mon tour. Le sort ne m'a rien fait, hormis cette cicatrice sur le front, et il s'est retourné contre son lanceur, le tuant sur le coup. »
« Autant dire que tu n'étais pour rien dans ce miracle. Mais j'imagine que j'ai vu l'intérêt de t'avoir à mes côtés à cause de cette notoriété. »
« Voilà, admit Harry. Et, ce n'est que plus tard que nous sommes tombés...amoureux, termina-t-il, mal à l'aise. »
« Pourquoi ? redemanda Tom, le regard acéré. »
« Oh et bien tu sais, les choses se sont faites petit à petit. Nous nous sommes vus plusieurs fois dans notre lutte contre le Ministère de la Magie. Nous parlions tout les deux fourchelangue et cela nous a rapprochés. Et ensuite, tu m'as demandé un rendez-vous et voilà, expliqua-t-il vaguement avant de vider son verre de vin. »
« Et voilà ? répéta Tom. »
« Oui. Excuse-moi, je n'ai pas vraiment envie de parler de ça. Ça…ça me fait mal au cœur. Je préfère ne plus y penser et regarder vers l'avenir. »
Tom hocha la tête.
« Tu es un mystère pour moi, Harry Potter. Mais je suppose que je ne peux pas brûler les étapes de ta découverte. »
Harry ne sut pas vraiment ce qu'il entendait par là, mais il voulait à tous prix s'éloigner du sujet.
« Si tu as terminé, nous pouvons aller écouter l'instrument de musique dont je t'ai parlé, proposa-t-il. »
« La merveille moldue. Je suis impatient, répondit-il, avec autant d'impatience qu'un condamné que l'on mènerait à l'échafaud. »
« Aller, ne soit pas si lugubre ! Tu verras, la musique qu'il en sort est incroyable ! »
« Mégalomane, lugubre… Tu es sûr de vouloir passer la soirée avec moi ? demanda Tom, à moitié sérieusement. »
« Avec personne d'autre, répondit-il en rougissant. »
Tom ne savait toujours pas ce qu'était l'amour, mais il commençait à entrevoir ce qui avait pu le pousser à vouloir de ce jeune homme comme compagnon. Il était timide mais courageux. Bien que l'on puisse lire en lui comme dans un livre ouvert, il savait le surprendre avec des réparties intelligentes et drôles. Et il était beau. Vraiment très beau.
Harry régla la note, ce qui mit Tom dans une position qu'il n'apprécia pas. Il devait avoir de l'argent, mais il ignorait comment y avoir accès. Il poserait la question à Harry, mais pas ce soir. Cela aurait manqué d'élégance et, bien qu'il taquine Harry et se moque gentiment de lui depuis le début de leur rendez-vous, il ne voulait pas gâcher cette soirée que le jeune homme s'était donné du mal à organiser pour eux.
La nuit était tombée et l'air s'était bien rafraichi. Harry avait eu raison de prendre des manteaux. Les soirées n'étaient pas encore très chaudes en cette fin de mois de mai, même en Croatie. La lune était dans son premier quart. Ils entendaient le ressac de l'eau. Tom en déduisit qu'ils étaient sur la côte. Mais plus ils avançaient, plus une étrange mélodie se mêlait au bruit des vagues. Ils arrivèrent bientôt en haut des larges marches d'un grand escalier de pierre qui descendait dans la mer. Des gens étaient assis ça et là, écoutant cette musique disparate mais incroyablement douce.
« Qu'est-ce que c'est ? demanda Tom, subjugué. »
« Un orgue de mer, répondit Harry, heureux de le voir apprécier sa surprise. Viens ! lui dit-il en le tirant par la main, un immense sourire aux lèvres. »
Ils descendirent quelques marches de l'escalier et Tom pu voir qu'elles étaient percées d'une multitude de trous rectangulaires. Ils s'assirent un peu à l'écart du reste du monde et Harry lui expliqua :
« En entrant dans les trous, l'eau chasse l'air qui s'y trouve et c'est ce qui produit cette musique que l'on entend. Cet escalier est un orgue géant conçu pour faire chanter la mer. N'est-ce pas merveilleux ? s'enthousiasma-t-il. »
Tom écouta encore la musique de l'orgue.
«Ça l'est, admit-il. Quel est le nom du moldu qui a créé cet orgue gigantesque ? »
« Nikola Bašić. Mais je ne crois pas que je prononce très bien son nom. » (4)
« Tu es sûr qu'il n'est pas sorcier ? »
« Certain. »
« Même pas un tout petit peu ? »
« Même pas un tout petit peu. »
Harry se perdit dans la contemplation de cette mer, presque invisible dans la nuit, et pourtant si présente dans le bruit du ressac et dans le chant de l'orgue. Le croissant de lune et le ciel piqueté d'étoiles complétaient ce tableau parfait. Il était heureux, la soirée était réussie. Pourtant, il se sentait encore si loin de Tom… Un petit vent frais se leva, le faisant frissonner. Il resserra le col de son manteau autour de son cou.
Un instant plus tard, il sentit le bras de Tom passer sur ses épaules et le tirer plus près de lui.
« On reste encore un peu ? demanda Harry en posant la tête sur son épaule. »
Tom ne répondit pas. Mais il resta ainsi, sans bouger, avec Harry contre lui.
(1) Mon histoire d'amour préférée ! Ecrite par Jean Rosmer, auteur méconnu, même par moi lol
(2) Ce restaurant existe vraiment, à Zadar, en Croatie, tout près de l'orgue de mer (merci tripadvisor^^).
(3) Une pâtisserie croate.
(4) C'est bien le nom de l'artiste qui a créé cet orgue.
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Un extrait du prochain chapitre vous attend d'ores et déjà sur mon LJ : groumde . livejournal (enlevez les espaces et vous trouverez^^)
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Xou : Oui, Tom est (juste un peu) à plaindre. Il a oublié beaucoup plus de souvenirs qu'Harry, tant qu'il ne se souvient plus de son apparence physique. Mais contrairement à Harry, il ne se réveille pas amnésique aux côtés de quelqu'un qui le méprise et ne désire que se servir de lui. Au contraire, il a la chance de se réveiller en étant aimé. Je suis heureuse que la scène avec l'elfe de maison t'ait amusée. J'essaie de mettre plus de légèreté dans cette histoire maintenant que le mal a été vaincu. J'espère que d'autres passages te feront sourire par la suite A bientôt !
la personne qui a écrit : « C'est la première fois qu'on me répond, etc… » : Merci pour cette nouvelle review ! Je réponds toujours à tout le monde, j'y mets un point d'honneur. Et si je ne réponds pas, c'est que je n'ai pas reçu la review dans ma boite mail (ça arrive, il y a parfois des couacs sur le site). Cela dit, ce serait quand même plus facile si tu signais tes petites mots avec un pseudonyme lol C'est vrai que dans le chapitre précédent, Tom était tout perdu et que son comportement prêtait à sourire. Mais tu as pu constater dans ce chapitre que, même s'il reste plus « souple » que Voldemort (parce qu'il n'a pas le choix, en fait), il est à nouveau lui-même lol Mais il y aura d'autres moments plus léger à l'avenir. A bientôt !
