Chapitre 19 :

La tête me tournait à mesure que la moto de Clarke prenait de la vitesse. Le ronflement du moteur résonnait à l'intérieur de mon crâne et je serrais les dents pour ne pas laisser une grimace de douleur apparaître sur mon visage. Je ne voulais pas que ma petite-amie surprenne ma souffrance et n'en vienne à se culpabiliser plus encore qu'à l'heure actuelle. Je savais ce qu'elle pensait, me doutais de ce qu'elle ressentait. Lui donner une raison de plus de s'inquiéter n'était définitivement pas mon but. En aucun cas je ne souhaitais aggraver les remords qui devaient être maîtres de son esprit. Bien malgré moi, mon corps entier me donnait l'impression d'être à deux doigts de se briser mais mes bras restaient fermement accrochés à la taille de ma blonde. Le docteur Griffin m'avait bien expliqué lors des soins qu'il me faudrait du temps avant de guérir physiquement parlant. La partie visible de l'iceberg selon elle...

Notre véhicule ouvrait la marche suivit de près par les deux voitures. Personne ne parlait, aucun arrêt n'avait été prévu avant d'atteindre le camps de réfugiés de Las Vegas. Sans police sur notre route, il ne nous faudrait que quelques heures pour le rejoindre et même si nous n'avions échangé aucune parole à ce sujet, chacun de nous pensait forcément à ce qui nous attendrait comme vie une fois protégé du danger. Pour ma part, j'espérais seulement retrouver Nick et ma mère. C'était tout ce qui m'importait. Pouvoir les serrer dans mes bras et oublier nos différents du passé. Auraient-ils changé ? Avaient-ils subis les mêmes épreuves que moi, pires peut-être ?

La moto bifurqua dans une ruelle. Sans surprise, nous croisâmes le chemin de plusieurs rôdeurs éparpillés çà et là. Le crâne du premier se retrouva confronté à une balle tandis que les autres, trop stupides pour nous éviter, finissaient la plupart du temps sous les roues des véhicules. Pourtant, le stress commença à se faire sentir lorsque les premiers barrages apparurent devant nous. La plupart n'était que de simples grillages surmontés de fils barbelés destinés à empêcher la moindre tentative d'évasion. Hélas, plus nous avancions plus le cauchemar prenait forme. Les carcasses de voitures abandonnées, incendiées, luisaient sous le soleil tapant, des bagages trainaient à droite à gauche, vestige d'une fuite collective. Je voyais défiler sous mes yeux chaussures, photos de famille et oursons en peluche, sachant très bien que pour la plupart de leurs propriétaires l'humanité les avait quitté.

Une main se posa sur ma cuisse et mon regard se porta sur le reflet du rétroviseur. Clarke ne me regardait même pas pourtant je sentais tout le soutien qu'elle tentait de m'apporter avec ce simple geste. Elle resta ainsi de longues minutes jusqu'à ce qu'on parvienne à une brèche dans cette prison. Si des soldats étaient postés à cet endroit, ils l'avaient abandonné depuis bien longtemps. Les barrières abaissées auparavant pour contenir la foule ressemblaient désormais à un simple amas de bois. Les deux tours de garde érigées de chaque côtés se tenaient branlantes et prêtes à sombrer au moindre choc. Des véhicules militaires laissés à l'abandon traînaient sans plus personne pour surveiller les rues.

Clarke se gara en plein milieu de la chaussée et posa les pieds à terre. Les voitures vinrent rapidement nous encercler et chacun de leurs passagers en sortirent tour à tour. Raven s'étira prestement, la mine sombre, avant de s'approcher de ma blonde. Elle posa une main sur son épaule sans prononcer un mot et je ne pus m'empêcher de froncer les sourcils. Sans paroles elles communiquaient pourtant. Je le voyais aux mouvements de tête imperceptibles de la brune et à la façon dont Clarke lui accorda un sourire timide.

- L'endroit est abandonné ? S'étonna Murphy avec un coup d'oeil autour de lui.

- Soit l'armée a jugée préférable de quitter le secteur, répondit Lincoln en s'avançant, soit elle y a été forcé. Dans tous les cas, aucune des deux options n'est préférable. Les militaires n'abandonneraient pas une position sans y être obligée. Ou alors...

Je me tournai vers mon ami pour l'encourager à poursuivre le fil de ses pensées.

- A moins que ?

- A moins qu'ils n'aient reçu l'ordre précis d'évacuer pour laisser le champs libre en cas de frappes aériennes.

- Pourquoi est-ce qu'ils feraient ça ?

- Éliminer toutes menaces d'extension de l'infection, intervint Abby, la mine grave. J'ai déjà vu ce genre de choses à plus petites échelles dans certains endroits du tiers monde que la maladie avait touché. Quand une épidémie ne peut plus être endiguée par une zone de quarantaine, on brûle tout ce qui peut l'être afin de ne pas laisser le virus s'échapper et faire plus de victimes.

- Tu crois que c'est ce qu'ils ont prévu de faire ici ? Tout cramer ? Demanda Clarke toujours sur sa moto.

- Je ne sais pas du tout. Les lieux ont l'air abandonnés depuis quelques temps quand même.

- Dans tous les cas, reprit Lincoln, je pense qu'il vaudrait mieux mettre autant de distance possible entre nous et cette ville. Tout ceux qui ont été épargnés par l'épidémie ont sûrement été transférés dans les camps de réfugiés. Nous ferions mieux de les rejoindre au plus vite.

- Et ton frère sera sûrement parmi eux, ajoutai-je. Comme ma famille,

- Remettons nous en route, ordonna Clarke. Quittons ce merdier.

- Lexa ? Est-ce que ça te dérange si je monte avec Clarke ?

Je jetai un regard surpris à Raven puis à ma petite-amie. Son visage impassible ne me permettait pas de deviner ses pensées. Peut-être avait-elle besoin de son amie. Aussi hochai-je la tête pour donner mon approbation. Sans attendre un remerciement de leur part, je m'éloignai vers la voiture et grimpai en même temps que Lincoln et Murphy. Toujours au volant, Octavia leva un sourcil en me voyant monter mais je lui répondis aussitôt d'un mouvement d'épaules qu'elle comprit aussitôt.

- Qu'est ce qu'on fait maintenant ? Nous demanda-t-elle en remettant le moteur en route.

- On se barre d'ici avant que ça n'explose.

- Comment ça ?

- Lincoln a émit plusieurs hypothèses et je n'ai pas vraiment envie de vérifier s'il a raison ou non.

Cela parut lui suffire pour le moment car elle appuya sur la pédale d'accélérateur et prit la tête du convoi, passant au travers des barrières et des postes de sécurité avant d'être très vite rattrapée puis dépassée par la moto. À la vue de Raven pressée contre Clarke, je ne pus empêcher une vague de jalousie de monter en moi et je me forçai à garder les yeux rivés sur la route qui défilait devant nous. Je pensais avoir réussis à rassurer ma blonde mais elle m'avait à peine accorder un regard. Je sentais que les choses n'allaient pas et le pire c'était que je ne pouvais rien y faire. Est-ce que Raven était montée derrière elle à sa demande ou bien désiraient-elles passées du temps ensemble ? Devais-je me faire du soucis ? Après tout, Clarke était bien connue pour son succès auprès de la gente féminine...

- Si on ne s'arrête pas on pourrait être au camps de réfugiés de Las Vegas dans quatre ou cinq heures, informa Lincoln.

- Ouai ça m'étonnerait que des flics viennent nous arrêter avec toute cette merde, railla Muprhy en s'agitant sur son siège.

- Tant qu'on est pas sortit de la ville, on fais attention. On ne sait même pas à quoi nous attendre une fois dehors.

Le silence tomba sur la voiture. Je gardai les yeux rivés sur la moto devant nous, mon cœur se serrant à chaque fois qu'elle croisait la route de rôdeurs égarés attirés par le bruit des moteurs. Mais Raven faisait un superbe boulot et parvenait sans mal à les tenir éloignés. J'observai la façon dont elle se tenait à Clarke, dans l'impossibilité d'arrêter de l'imaginer se presser contre elle, à son corps épousant chacune de ses courbes.

- Relax Lexa.

Je me tournai vers Octavia.

- Quoi ?

- Je sais à quoi tu penses. Relax, tu n'as aucun soucis à te faire.

- Comment peux-tu le savoir ? Tu la connais aussi bien que moi. Sa réputation...

- l'avantage c'est que moi j'ai un certain recul. Vu les récents événements, elle a besoin de se retrouver.

- Je lui ai pardonné. Même si il n'y a rien à pardonner.

- Il faut qu'elle elle se pardonne pour ce qu'elle a fait. La culpabilité n'est pas un sentiment qu'on balaie d'un revers de main ni avec un baiser sans vouloir t'offenser. A chaque fois qu'elle te regarde elle doit penser à ce jours-là. Quand elle voit ton visage elle se rappelle chacun de ses coups. Si les rôles étaient inversés, tu penses vraiment que tu te sentirais parfaitement innocente ?

Je m'abstins de répondre devant la véracité de ses paroles. Si les rôles étaient effectivement inversés, je ne voudrais même plus croiser son regard de peur d'y lire la crainte ou le dégoût. La toucher deviendrait sûrement une hantise et m'observer dans un miroir deviendrait impossible. Oui, à sa place je serais rongée par la culpabilité, qu'importe ce qu'elle aurait pu me dire.

Pendant une dizaine de minutes je restai plongée dans mes pensées jusqu'à ce qu'un petit coup de la part de O ne me fasse lever la tête. Avec un sourire elle me fit signe de regarder à l'arrière et je retins un rire de justesse devant le spectacle qui s'offrait à nous. Murphy et Lincoln étaient tous les deux endormis paisiblement, la tête du brun posée sur l'épaule du militaire tandis que la sienne dodelinait de droite à gauche. Octavia, les yeux fixés sur la route, jetait de fréquents coups d'œil au rétroviseur central et nous ne pûmes nous retenir plus longtemps lorsque Muprhy vint se blottir un peu plus contre le corps musclé à côté de lui. Un énorme éclat de rire nous échappa, les réveillant en sursaut les paupières papillonnantes. Une larme coula sur ma joue tandis que je continuai de m'esclaffer à leurs dépends. Ma meilleure amie s'appuyait à moitié sur le volant, riant elle aussi à gorge déployée et pendant un instant l'horreur et la tragédie qui accompagnaient nos vies sembla disparaître. Plus de rôdeurs, plus de torture ou de meurtres. Pendant un instant, nous étions redevenus des adolescentes. Nous continuâmes de rire un long moment, les garçons tentant de nous faire avouer la raison de notre hilarité. Puis, quand nous finîmes enfin par nous calmer et répondîmes à leurs questions, Octavia prit ma main dans la sienne et lia nos doigts ensemble.

- Harper aurait bien rigolé elle aussi.

- Elle me manque, avouai-je le sourire triste.

- A moi aussi. Je suis sûre que sous son air de première de la classe elle aurait finit par montrer son côté guerrière redoutable.

- Arrête O, elle ne pouvait pas lever la main sur quelqu'un sans le regretter aussitôt, plaisantai-je.

- C'est vrai, elle aurait été terrible.

Lincoln se décala légèrement de son siège, prenant soin de ne pas forcer sur son bras blessé, de sorte à pouvoir placer sa main sur la joue de ma meilleure amie en signe de réconfort. Elle appuya son étreinte, les larmes aux yeux, et le silence tomba une nouvelle fois dans l'habitacle de la voiture pendant une grande partie du trajet en ville.

Je me concentrai sur le paysage qui défilait par la fenêtre pour ne pas me laisser enterrer sous la perte de Harper. Depuis son meurtre, je faisais tout pour ne pas y repenser. Ne pas revoir son corps avachi sur la table, la tête transpercée sans aucune pitié. J'essayais de ne pas imaginer ce que je ferais à Emerson si je le revoyais aujourd'hui. Pour ça et pour ce qu'il nous avait fais subir à Clarke et à moi. Dans mes rêves, je me voyais lui infliger de telles atrocités que je finissais par me réveiller en sursaut, tremblante et animée d'une envie de le faire souffrir qui m'effrayait. J'aurais voulu pouvoir être rassurée par l'étreinte réconfortante de ma petite-amie mais elle me l'avait refusé.

- A votre avis combien on survécu ? Demanda Murphy pour briser le silence. C'est comme s'il n'y avait plus personne dans les rues à part nous et ces trucs.

- Si c'est pour retomber sur un type comme Emerson je préfère encore être seule dans la ville, répondis-je froidement.

Ma phrase lui coupa toute envie de répondre. Le remord me submergea. J'étais injuste avec lui, ce que j'avais subi n'était pas sa faute et les séquelles que j'en garderais non plus.

- Murphy je -

Un bruit sourd suivit par un crissement de pneu m'empêcha soudainement de m'excuser.

- Qu'est-ce que c'était que ça ?

Je me retournai brusquement, imitée par mes amis, pour tenter d'apercevoir quelque chose au travers de la vitre arrière. J'aperçus la voiture de Bellamy, Abby, Monty et Jaha arrêtée en plein milieu de la chaussée. Je vis brièvement leur toit enfoncé, le corps qui gisait dessus, mais n'eus pas le temps de comprendre quoi que ce soit que quelque chose percuta notre propre véhicule, forçant O à s'arrêter pour ne pas foncer dans le décor sous la surprise. La moto de Clarke émit un puissant ronflement tandis qu'elle braquait dans notre direction.

Je compris enfin ce qui était en train de se produire. Une pluie de corps s'abattait sur notre petit convoi. Des rôdeurs se jetaient par dizaine du haut des bâtiments qui nous entouraient, attirés par le bruit de notre véhicule, cherchant à rassasier la faim qui les terrassait. Ils s'écrasaient sur la tôle brûlante pour venir ramper dans notre direction, les mâchoires déjà claquantes.

Sans réfléchir, Murphy s'empara aussitôt de sa hache et Lincoln du couteau de chasse qu'il ne quittait jamais. Octavia attrapa la barre de fer à laquelle elle avait soudé des clous avant de me demander silencieusement si j'étais prête à me battre. J'aurais voulu lui assurer d'un hochement de tête déterminé et refermer mes doigts sur ma batte que je n'avais pas touché depuis longtemps mais aucun son ne m'échappa. Il me suffisait d'avancer la main de quelques centimètres et pourtant le tremblement qui me parcourait à présent m'empêcha de faire la moindre action. J'étais comme paralysée, le regard fixé sur l'amoncellement de rôdeurs qui commençait déjà à se former tout autour de nous.

Je n'avais qu'à prendre mon arme et me défendre contre ces monstres. C'était tout ce que j'avais à faire. Mais ce que je pensais être un instrument défensif n'en était plus un. Je me revis frapper le visage des hommes d'Emerson de toutes mes forces. J'entendis leur râle de souffrance. Ils transperçaient mes oreilles sans répit. Leur sang tapissait les murs d'un rouge pourpre et pourtant je continuais de les frapper. Mon bras ressentit le moindre tressaillement de chacun de mes coups.

Quelqu'un ouvrit brutalement la portière et l'air chaud s'engouffra dans l'habitacle. Je me rendis à peine compte que mes compagnons venaient de sortir pour affronter la menace et dégager le passage, ni même que O criait mon nom pour me forcer à bouger de mon siège. Mon cœur battait la chamade à m'en faire mal. Il cognait bien trop vite, bien trop fort. Un bourdonnement incessant me vrillait à présent les oreilles sans que je ne puisse rien faire pour l'atténuer. J'aperçus le visage de Clarke au travers du pare-brise et tentai désespérément de me raccrocher à cette vision mais son regard se bloqua dans le mien. Et ce simple échange me mena à ma perte. Tout devint flou autour de moi. Les cris de mes amis résonnaient au loin, toujours plus lointain, remplacés par les hurlements de douleur des hommes de main de Emerson. Le souffle me manqua et j'eus beau essayer de rester lucide, je vis avec horreur les parois métalliques de la voitures se transformer en tapisseries, le sol en moquette. La lumière du soleil se para d'un voile sombre, à moitié recouvert par les rideaux de la chambre d'hôtel.

- Reprends-toi, me murmurai-je les dents serrés. Allez reprends-toi !

Je répétai mon mantra encore et encore mais la panique prenait possession de me mon corps. Je n'étais plus assise sur ce siège mais ligotée à une chaise. La forme de Lincoln laissait place à Emerson. Quant à Clarke...

je tentai de bouger mes poignets sans succès. La corde était bien trop serrée au point que j'en garderais sûrement des marques violacées pendant plusieurs jours.

- Ce n'est pas réel...

Le rire d'Emerson me glaça le sang. Il s'approchait de moi, le visage éclairé par les tortures à venir.

- Lexa !

Octavia ? Non. Octavia n'était pas là pour m'aider. Il n'y avait personne qui pourrait l'empêcher de me frapper, de forcer Clarke à lever le poing sur moi pour qu'il l'épargne à ma demande. Je vis avec horreur l'un des hommes faire entrer un rôdeur dans la pièce et je retins un hurlement de terreur. Je devais être forte, aussi forte que je pouvais l'être. Je le fixai tandis qu'il s'approchait de moi, toujours plus proche, plus effrayant. Je ne pouvais rien faire d'autre qu'attendre, ligotée à ma chaise sans aucun moyen de m'en défaire ni de me défendre. J'entendais Clarke crier mon nom plusieurs fois mais mon regard refusait de quitter le monstre une seule seconde. Ses grognements emplissaient la chambre et lorsque je crus qu'il allait me mordre sa tête explosa littéralement, me recouvrant de sang et de cervelle. Un visage masculin me faisait face, une hache en main. Non, j e devais rêver. Ça ne pouvait pas être Murphy, il n'était pas avec nous dans cette pièce. Il était ailleurs avec les autres.

- Ca va ? Lexa tu vas bien ? Griffin !

Une tignasse blonde s'approcha brusquement de moi et je sombrai dans la panique. Je revis ses poings, ressentis la puissance de ses coups. Elle y était obligée, je l'avais encouragée mais pourquoi cela me détruisait-il avec tant de force ? Je lui avais demandé de le faire, je devais la protéger ! Et pourtant elle me meurtrissait physiquement et mentalement. Je n'étais plus rien, le cœur et le visage en sang.

Terrifiée, je me reculai sur ma chaise pour rester éloignée de la portée de ses frappes. Je l'aimais mais je ne pouvais pas. Pas encore une fois. Une larme roula sur ma joue sans que je ne puisse la retenir, très vite suivie par d'autres. Mes liens me serraient toujours autant et je compris très vite que je ne pourrais pas lui échapper lorsqu'elle lèvera la main sur moi.

- Je t'en prie, sanglotai-je, mon regard ne quittant pas le sien. Je t'en prie ne me fais pas de mal...Je t'en supplie Clarke...

La blonde s'arrêta net. J'aperçus la douleurs dans ses yeux bleus et pourtant sa voix lorsqu'elle s'adressa à moi fut la plus douce que jamais encore auparavant.

- Jamais plus je ne te ferais de mal Lexa, je te le jure.

- On a pas le temps pour Griffin, ces trucs arrivent bordel ! Secoues la une bonne fois pour toute !

- Laisse-nous deux minutes Murphy tu veux !

Le garçon s'éloigna aussitôt de nous et Clarke en profita pour s'agenouiller devant moi. Avec précaution, elle posa sa main sur la mienne. Je savais qu'elle sentait mes tremblements au travers de ce geste.

- Je ne sais pas où tu es à cet instant mais ce que tu vois n'est pas réel. Jamais plus je ne lèverai la main sur toi, je préférai mourir. Je sais que je t'ai fais du mal, ajouta-t-elle d'une voix brisée, mais je ferais ce qu'il faut pour que tu me pardonnes. Je prendrais soin de toi. Je t'aiderais à vaincre tout ça je te le promet mais il faut que tu reviennes parmi nous. J'ai...On a besoin de toi. Reviens Lexa je t'en prie...

Ses doigts exercèrent une pression sur ma main. Les liens disparurent. Les murs de la chambre redevinrent du métal tandis que ma chaise se transformait en siège. L'hôtel se métamorphosa de nouveau en voiture et les ennemis reprirent les traits de mes amis se battant férocement contre la vague incessante de rôdeurs.

Lentement, je repris contact avec la réalité et l'horreur de ce que je venais de faire. Je venais de prouver à Clarke que malgré tout ce que je lui avais soutenu, la terreur qu'elle me frappe était toujours ancrée au plus profond de moi, tapie dans un coin de mon esprit que je pensais inexistante.

- Clarke je suis tellement désolée...Je ne voulais pas...Je n'ai pas voulu...

Des cris m'empêchèrent de continuer. Bellamy, Jaha, Abby et Monty se battaient pour leurs vies. Lincoln et Octavia évoluaient l'un à côté de l'autre, se protégeant mutuellement malgré le bras blessé du militaire. J'aperçus Murphy fracasser le crâne d'un autre avant de passer aussitôt en suivant, le visage dégoulinant de sueur.

Les doigts de Clarke sous mon menton m'incitèrent à replonger dans le bleu de ses yeux.

- Il faut que tu te battes Lexa.

- Je ne peux pas. C'est au dessus de mes forces. J'ai toutes ces images...

- Tu dois être plus forte qu'elles. Je sais que tu l'es. Je te connais.

Sa voix était ferme mais toujours aussi douce. Elle s'empara de ma batte et me la tendit avec un mouvement de tête. Je puisai dans son regard la force nécessaire et ma main tremblante se referma enfin sur le bois de mon arme. Les flash tentaient de se frayer un chemin dans mon esprit mais je fermai les paupières, surprise de sentir un contact chaud contre ma peau. On se battait pour notre survie, nous n'avions pas le temps pour gérer une crise de panique et malgré tout Clarke venait d'appuyer son front contre le mien. Mon contact avec la réalité, l'ancre grâce à laquelle je me retenais de sombrer. Sa paume recouvrit la mienne. Il était temps que je me batte.

La suite devait rester une suite d'images dans ma mémoire. Mes pas me menèrent finalement hors de la voiture et mon bras s'arma pour entrer dans le combat que mes amis livraient. Clarke dû m'abandonner pour venir en aide à sa mère tandis que je sentis le regard inquisiteur d'Octavia sur moi. Je lui assurai mon état d'un hochement de tête.

Mes premiers coups furent plus qu'hésitants, les souvenirs des hommes que j'avais massacré toujours présents dans mon esprit, mais très vite l'instinct de survie reprit le dessus sur tout le reste. Je me retrouvais à frapper pour dégager un passage devant les voitures, parfois aux côtés de Murphy, parfois aux côtés de Raven ou de Monty. Celui-ci se défendait avec rage face à nos agresseurs mais ces gestes précipités faillirent l'entraîner plusieurs fois dans de mauvaises postures. Il se retrouva brutalement sur le sol et je m'élançai dans sa direction, l'arme à la main. Je l'abaissai avec force tandis que la colonne de l'ennemi produisit un son écœurant jusqu'à ce que le garçon parvienne à se redresser assez pour planter dans son crâne la lame de son couteau. Il prit ma main tendue et se remit sur pieds, m'accordant au passage un sourire de remerciement. Jaha n'eut pas la même chance et nous arrivâmes à l'instant où un rôdeur tirait brutalement sur son bras pour le mordre. S'il échappa de peu à la morsure, son épaule céda sous la force de l'agression et il poussa un hurlement de douleur. Murphy nous rejoignit en quelques enjambées pour nous aider à le dégager.

- Il faut remonter en voiture ! Hurla Lincoln. Il y a assez de place. Si on attend plus longtemps on va se faire piéger !

- Et pour ceux qui sont encore sur la route ?

- On fonce dans le tas, on a pas le choix.

Je passai mon bras autour de la taille de Jaha et traînait l'homme à demi-conscient jusqu'au véhicule le plus proche. Bellamy vint m'aider, supportant son poids pour me permettre d'actionner la portière avant de le hisser à l'intérieur. Son front ruisselait de sueur sous l'effort tandis qu'il prenait soin de bien le stabiliser. Puis, quand il fut certain que le blessé ne serait pas plus gravement atteint avec la conduite, il partit prendre place derrière le volant.

- Montez ! Cria-t-il en démarrant le moteur.

Je cherchai les autres du regard. Octavia et Lincoln se débattaient avec de nouveaux rôdeurs avant de finalement parvenir à grimper dans la première voiture. Raven aida Murphy, manifestement légèrement blessé dans la bataille, tandis que Monty prenait place aux côtés de Jaha. Je retins un soupir de soulagement quand j'aperçus enfin ma petite-amie conduire sa mère jusqu'à nous. Ses yeux accrochèrent les miens, chacune avec nos questions silencieuses et nous répondîmes sans aucun mot que nous allions bien.

- Montes, dit Clarke à Abby. On se retrouve après, filez aussi vite que vous pouvez à l'extérieur de la ville.

- Viens avec moi, demanda sa mère en la retenant. Prendre la moto est trop dangereux. Je ne supporterais pas de te perdre Clarke.

Les mots touchèrent la blonde et mon cœur se serra. Elle désirait tellement trouver la force de pardonner à Abby pour le rejet et les insultes. Elle voulait plus que tout la retrouver.

- On se verra, promit-elle en l'enlaçant.

Leur étreinte dura quelques secondes et la plus âgée des Griffin grimpa finalement à l'intérieur du véhicule. Bellamy démarra dans un vrombissement et commençait déjà à s'éloigner dans la rue lorsque Clarke prit ma main et m'entraîna à sa suite.

- On se retrouve à la sortie de la ville, cria-t-elle à Octavia. Fichez le camps.

Je m'apprêtai à prendre la place qui était la mienne avant les récents événements mais ma petite-amie en décida autrement. Elle m'attira contre elle avec tant de force que je me retrouvai projeté contre son corps.

- Tu montes avec moi, m'informa-t-elle dans un souffle. Il est hors de question que je te perde de vue une seule seconde. Je ne veux pas risquer qu'il t'arrive quoi que ce soit. Je ne le supporterais pas.

Son discours me laissa sans voix, le cœur battant. Clarke eut un timide sourire mais nous dirigea prestement vers la moto, les morts commençant déjà à nous entourer de part et d'autre. D'un mouvement elle démarra l'engin et s'assura que mes bras enserraient bien sa taille avant de s'éloigner en trombe pour laisser ce cauchemar derrière nous.