Chapitre 20 :

D'un geste assuré je plaçai la béquille de ma moto avant de regarder derrière moi pour être certaine que les voitures étaient à mon niveau. Comme je m'y attendais, elles se garèrent non loin et libérèrent leurs passagers. Chacun était encore bouleversé par notre dernière rencontre avec les rôdeurs et j'entendais sans mal les gémissements de douleurs de Jaha qui ne cessait de maintenir son bras contre lui, le visage en sueur. Abby tentait de le calmer avec des paroles rassurantes que je devinais sans peine avant de tourner le regards vers moi.

- Tu es sûre que c'est une bonne idée de s'arrêter ? Lui demandai-je. Nous ne sommes plus très loin de Las Vegas. Quatre ou cinq heures. Nous pourrions y être dans la nuit.

- Il a besoin de soins et de repos, me répondit-elle aussitôt. Il faut que je lui remette l'épaule en place si je veux lui éviter que sa blessure s'aggrave.

Je hochai la tête et me concentrai sur le paysage devant moi. Los Angeles était loin derrière nous et la petite bourgade d'à peine quelques bâtiments qui se dressait devant nous semblait totalement abandonnée. Quelques maisons, un bar, une clinique de quartier. L'endroit paraissait tranquille, vide de toutes menaces. J'étais consciente que tout le monde souhaitait souffler un peu mais je sentais l'urgence de continuer à avancer jusqu'à la sécurité qu'allait nous offrir le camps de réfugiés.

- Ta mère a raison, intervint Bellamy en se rapprochant. Lincoln, Murphy, Monty et moi nous n'avons qu'à faire un tour pour nous assurer qu'il n'y a pas de risques. Il ne vaut mieux pas poursuivre la route de nuit.

Les hochements de tête de mes compagnons me firent céder et je retins un soupir de frustration. D'un signe de tête, les garçons s'éloignèrent rapidement, armes à la main et prêt à affronter tout ce qui se dresseraient devant eux. Aucun n'avait envie de faire une mauvaise rencontre, que ce fusse avec des rôdeurs ou avec d'autres êtres humains. Le groupe d'Emerson nous avait fait perdre confiance en la bonté des gens pour nous forcer dorénavant à se méfier de tout et de tout le monde.

Sans attendre, Abby dirigea le blessé en direction de la clinique à quelques pas de là.

- Attends qu'ils aient finis leur inspection, lui lançai-je.

- Je peux le faire moi-même. Il a besoin de soins et je suis armée.

- Si jamais -

- Clarke ! Me coupa-t-elle brusquement. Je sais ce que je dois faire. Tu n'as pas besoin de me materner.

La réplique me percuta violemment et je me renfrognai aussitôt. Grand bien lui fasse, qu'elle aille dans cette clinique et rencontre des rôdeurs si ça lui chante puisqu'elle était une grande fille. Après tout elle avait raison, elle n'avait pas besoin de moi.

Je serrai les mains autour des poignées du guidon tandis que je ne les quittai pas du regard. La colère résonnait dans ma tête mais une douce étreinte m'enveloppa et un sentiment d'apaisement se répandit aussitôt en moi. Le corps de Lexa se pressa contre le mien, cherchant par tous les moyens à me calmer. Je fermai les yeux, savourant ce contact, et me laissai aller entre ses bras réconfortants.

- Laisse-là jouer son rôle, me murmura-t-elle doucement.

La bourgade était désert. Les garçons en avaient rapidement fais le tour et Abby s'était assurée qu'aucun danger n'était tapie dans l'ombre des couloirs de la clinique. D'un commun accord, notre petit groupe s'était installé à l'intérieur du bâtiment tandis que la nuit commençait à tomber. Même si j'aurais largement préféré être sur la route, je ne pouvais nier qu'un petit break nous ferait du bien. Bellamy avait trouvé un générateur, nous apportant l'électricité nécessaire et Octavia accompagnée de Murphy s'était chargée de barricader les portes pour éviter toutes mauvaises surprises. Lexa et Lincoln avaient décidé de réaménager les salles en chambres de fortunes mais ne pas l'avoir sous les yeux tordait douloureusement mon estomac. J'avais ce besoin constant de la voir, de m'assurer qu'elle allait bien, que rien ne pouvait lui arriver. J'avais une confiance totale en le militaire mais même si j'étais parfaitement consciente qu'il ne laisserait rien arriver à celle qu'il considérait comme sa protégée, je ne pouvais m'empêcher de m'inquiéter.

- Clarke ? Tu peux venir m'aider ?

J'abandonnai Raven et les bombes artisanales que nous étions en train de créer pour me diriger vers Abby et son patient. Jaha semblait sincèrement mal en point mais ma mère savait ce qu'elle faisait et ne laissait pas ses gémissements l'atteindre. Elle était concentrée, son regard vrillé sur l'épaule disloquée de son patient.

J'enlevai ma veste en cuir que je posai sur le revers d'une chaise avant de m'avancer à ses côtés. Il avait pris place sur le bureau de l'accueil et demeurait à la bonne hauteur pour recevoir les soins à venir.

- Qu'est-ce que je dois faire ?

- Il va falloir que tu le tienne pendant que je remboîte son épaule. Si jamais il bouge pendant l'acte, il pourrait se déchirer le muscle ou les ligaments. Si ce n'est pire. Tu dois t'assurer qu'il reste bien immobile. Théolonius, il va falloir serrer les dents, ajouta ma mère d'un ton sans appel. Vous risquez de perdre conscience alors ne luttez pas.

Il hocha la tête, les traits défigurés par la souffrance.

Je n'avais jamais fais ça avant et l'inquiétude de ne pas être à la hauteur me traversa, figeant mes gestes. Mais la main d'Abby se posa sur mon bras et je plongeai dans son regard. Un regard rassurant mais ferme.

- Ne t'en fais pas ça va bien se passer. J'ai confiance en toi Clarke.

Elle incita Jaha à s'allonger complètement sur le bureau avant de s'installer à ses côtés. Copiant ses mouvements, je pris ma place et posai mes bras sur le torse du blessé, prête à l'empêcher de bouger pendant les soins.

- On y va.

Ma mère prit doucement son poignet, me jeta un ultime regard pour être certaine que je n'allais pas flancher, puis tira lentement sur le bras. Les cris de Jaha retentirent aussitôt et il chercha à se débattre pour éviter la douleur mais mon poids le maintint fermement en place. Elle continua son action jusqu'à ce le bruit significatif d'un os remit en place se fasse entendre. Mais comme prévu, le blessé sombra dans l'inconscience et son corps se détendit brusquement.

- Il aura besoin de médicaments à son réveil mais la douleur devrait être supportable maintenant que son épaule est remise correctement. Il faudra aussi mettre son bras en écharpe jusqu'à ce que l'on arrive à Las Vegas. D'ici là je ne peux rien faire de plus.

Le reste de la soirée se déroula sans que rien ne vienne la déranger et je pus enfin me relaxer. Nous n'étions pas entourés de rôdeurs, personne ne pouvait entrer dans la clinique sans que nous ne soyons prêts à les recevoir et chacun se détendait peu à peu, savourant cette tranquillité bienvenue. Nous partagions un repas dans l'une des salles vides tandis que rires et discussions s'élevaient tout autour de nous. Pendant un temps, chacun d'entre nous s'efforça d'oublier les récents événements. Bien que silencieuse, je profitais moi aussi de ces instants. Une bouteille de bière à la main, j'écoutai distraitement les conversations.

Sous les regards réprobateurs de son frère, Octavia avait trouvé refuge dans les bras de Lincoln tandis qu'ils se murmuraient des mots n'appartenant qu'à eux. Je retins un sourire. Il leur en aura fallu du temps à ces deux-là pour accepter leur attirance réciproque. Moins, toutefois, que pour Lexa et moi... Mes yeux dévièrent vers la principale intéressée.

Elle était belle. Magnifique. Les cheveux détachés, la mine détendue, elle ressemblait à la lycéenne d'avant tous ces événements. Je la voyais faire son possible pour participer à la conversation, ses efforts pour repousser loin d'elle ses souvenirs qui menaçaient de l'envahir. Je la fixais, hypnotisée par la manière dont elle levait sa bouteille jusqu'à ses lèvres. Une vague de chaleur se répandit en moi sans que je ne l'explique. Des flashs de notre nuit ensemble, la seule que nous ayons partagé, traversèrent ma mémoire et je retins un frisson de désir. Je revoyais son corps en proie au plaisir, entendais ses gémissements tandis que ses mains s'accrochaient au draps autour de nous. Je pouvais ressentir la chaleur de sa peau contre la mienne, sa langue qui -

- Clarke !

Je clignai des yeux. Tout le petit groupe me regardait et le rouge faillit me monter aux joues quand je croisai celui de Lexa qui me dévisageait, un sourcil arqué par le questionnement.

- Désolée je pensais à la route qu'il nous reste à parcourir, mentis-je d'un air que j'espérais détaché. Qu'est-ce que j'ai manqué ?

Au petit sourire de Raven, je compris qu'au moins une personne ne me crut pas. Elle s'abstint néanmoins de tout commentaire. Ce dont je lui fus redevable.

- Lincoln te demandait comment était ta vie avant l'Apocalypse, répéta Murphy.

- Comme les vôtres je suppose. Le lycée, les sorties, les amis.

- Octavia nous a dit que tu étais une artiste. C'est vrai ?

Bon sang j'avais vraiment zappé toute la conversation ?

- Ce n'était qu'une passion. Quand j'étais plus jeune je passais mon temps libre avec Matt mon meilleur ami à dessiner pendant des heures. J'imagine que j'aurais aimé intégrer une école d'art.

Un silence génant tomba sur l'assistance et je n'en compris la raison qu'en voyant le regard d'Octavia, de Bellamy et de Lexa. Consciente de mon erreur, je me mordis la lèvre. Quelle imbécile d'avoir parlé de Matt comme ça...

Un claquement de mains nous fit sursauter et Raven se leva prestement.

- Bien maintenant que l'instant gêne est passé je propose qu'on se détende un peu ! Pendant qu'on cherchait des médoc avec Murphy, on a trouvé un petit quelque chose...

Elle disparut rapidement et revint quelques secondes plus tard, un cd entre les doigts avant de se diriger vers la petite chaîne hi-fi qui trônait sur la commode présente dans la pièce. Avec un sourire, elle appuya sur le bouton « play » et s'empressa d'augmenter le volume. Dès lors que les premières notes de musique s'élevèrent, l'ambiance changea littéralement. Les visages se détendirent, les rires se firent entendre et le propre son du mien m'étonna. Raven se précipita vers Octavia, l'attrapant par la main pour l'entraîner à sa suite avant de se mettre à danser. Comme si nous n'étions qu'une bande de jeunes lors d'une simple soirée, comme si aucune horreur ne menaçait de nous envahir au moindre manque d'inattention de notre part. Murphy ne tarda pas à se lever pour se mêler au rythme des filles.

La musique et l'alcool nous faisaient oublier dans quel monde nous étions désormais forcés de vivre. Les chansons s'enchaînaient, nous nous levions tour à tour pour suivre les mouvements de danse et bientôt il ne resta plus que Lincoln en grande discussion avec Lexa, Bellamy et moi.

- Qui aurait crû qu'après tout ça on se retrouve à faire une soirée, plaisanta-t-il en se penchant vers moi.

- On a bien mérité une petite pause.

- Je sais que tu aurais préféré qu'on continue jusqu'au camp mais regardes-les. Ca leur fait du bien d'oublier pour un temps contre quoi on se bat.

- Parce que tu penses qu'on peut vraiment l'oublier ? demandai-je sincèrement.

Il se mura dans le silence pendant quelques secondes, son regard fixé sur Octavia. La jeune fille riait aux éclats devant les pitreries de Murphy.

- Je pense, avança-t-il prudemment, que parfois on peut au moins essayer. La journée c'est facile, on se tient occupé, on se fixe des objectifs. Mais la nuit...

- La nuit c'est plus dure.

- Oui. Être seul avec ses pensées et ses souvenirs, être confronté à ses peurs...Le temps du lycée est loin, pas vrai ?

Je hochai la tête alors qu'une nouvelle chanson s'activait. Plus lente, plus douce. Octavia s'approcha de Lincoln et je retins un sourire lorsqu'il se leva pour la suivre. Ses mains se nouèrent autour de sa taille tandis qu'elle se collait contre lui, les yeux fermés. Raven et Murphy les imitèrent, bien que moins proches que le couple à devenir. Quant à moi, je ne pus empêcher mon regard de dévier vers Lexa et mon souffle m'échappa lorsque je me rendis compte qu'elle me fixait déjà. Ses pupilles vertes scintillaient, attisant les battements déjà irréguliers de mon cœur. Comment arrivait-elle à faire ça, à faire en sorte que je ne vois plus qu'elle alors que la pièce était pleine de monde ?

J'étais prise aux pièges, incapable de détourner la tête et cette sensation ne fit que s'accroître lorsqu'elle se leva dans ma direction. Sans aucun mot, elle me tendit une main que j'attrapai sans réfléchir pour la suivre sur la piste de danse improvisée. Mon corps se mit à trembler, anxieuse à l'idée que j'allais la prendre dans mes bras, la maintenir contre moi. Mes peurs de la blesser se décuplaient comme je la voyais s'approcher. Avec une douceur inimaginable, elle m'incita à mettre mes bras autour de sa taille alors que les siens venaient enlacer ma nuque. Sa chaleur m'envahit aussitôt et l'envie de partir en courant se fit plus imposante.

- Ne crains rien, me murmura-t-elle en ne quittant pas mon regard. Il n'y a que toi et moi. Rien d'autre. Juste toi et moi...

La pression de ses doigts me firent apposer mon front contre le sien et je fermai les yeux. Le sentiment de plénitude que j'en ressentis me noua la gorge.

- Ne penses à rien d'autre qu'à cet instant Clarke.

La chaleur de son corps contre le mien. La caresse de sa peau contre ma nuque. Son souffle sur mon visage. Je me laissai envahir paisiblement par la musique qui résonnait tout autour de nous.

- Tell me you love me just one time...

Le son de sa voix me fit rouvrir les paupières. Les siennes toujours closes, elle fredonnait les paroles. C'était la première fois que je l'entendais chanter et j'aurais pu tomber amoureuse d'elle à ce simple instant. Si je ne l'étais pas déjà depuis notre rencontre.

- Just give me one night... I'll be the secret on your lips, let me be that one kiss...

- Lexa...

Ses yeux croisèrent les miens. Malgré mes craintes, je me penchai vers elle pour venir capturer ses lèvres. Je n'avais pas pu m'en empêcher, j'avais besoin de la sentir contre moi. Elle ne tarda pas à retourner mon baiser, ses mains remontant jusqu'à la racine de mes cheveux pour venir s'y perdre. Son corps se pressa contre le mien, réduisant plus encore la distance entre nous. Mon cœur menaçait d'imploser à l'intérieur de ma poitrine tant les sensations que Lexa me faisait ressentir me montaient à la tête. Je me perdais en elle, le souffle littéralement coupé. J'ignore combien de temps nous restâmes ainsi, toute notion de l'extérieur oubliée, mais je fus ramené à la réalité lorsque ma brune s'éloigna de moi.

- Viens avec moi, m'ordonna-t-elle doucement.

Je n'émis aucune résistance tandis qu'elle m'entraînait en dehors de la pièce. Je ne m'aperçus pas des regards pétillants de nos amis ou celui un peu plus renfrogné de Bellamy. À l'extérieur de la salle, je vis ma mère penchée sur Jaha, sûrement en train de lui prodiguer quelques soins qui sortirent de mon esprit dès lors que Lexa serra ma paume. Elle me guida jusqu'à l'une des salles réaménagée en chambre et referma la porte derrière nous. Debout au centre, je gardai les yeux rivés sur Lexa tandis qu'elle s'adossa contre le battant en bois. Pendant un instant elle fixa ses pieds sans rien dire. Puis, au moment où j'allais prendre la parole, je me figeai. Ses doigts venaient d'agripper la fermeture éclair de sa veste pour la descendre lentement, les cheveux cachant à moitié son visage. Je n'attendis pas plus longtemps. Sans pouvoir me retenir, je m'avançai vers elle et éloignai délicatement ses mains pour achever moi-même d'ouvrir son vêtement. Nos lèvres se retrouvèrent pour s'épouser une fois de plus. Toute notre ardeur et notre impatience, tout notre éloignement que je nous avais imposé rendirent nos gestes précipités. J'avais tellement envie de Lexa que ça en était douloureux. Notre nuit ensemble ne s'était pas forcément déroulé dans les meilleures conditions mais cette fois il n'y aura qu'elle et moi. Très vite sa veste se retrouva au sol et je m'empressai d'enlever son débardeur, ne la laissant qu'en soutien-gorge sous mon regard désireux. Ma bouche vint embrasser son cou alors que je la plaquai un peu plus contre la porte, lui arrachant un gémissement qui résonna à mes oreilles. Mes mains parcouraient son corps, frôlant ses côtes, caressant chaque parcelle de sa peau. Les sons que Lexa laissait échapper m'encourageaient à descendre mes lèvres sur le haut de sa poitrine où je parvenais à ressentir son souffle erratique, puis jusqu'à son ventre. A genoux devant elle, je glissai mes doigts jusqu'au bouton de son short avec la ferme idée de lui ôter lorsque les peurs que j'endiguais brisèrent toutes mes défenses. Je ne pu retenir tous les mauvais souvenirs de déferler en moi et avant que je ne m'en rende vraiment compte je m'étais déjà relevée sous le regard surpris de ma brune.

- Je suis désolée Lexa, je ne peux pas, soufflai-je tristement avant de prendre littéralement la fuite.

J'entendis à peine ses plaintes pour me retenir. La tête me tournait, mes oreilles bourdonnaient désagréablement. Une chaleur suffocante m'empêchait de respirer correctement tandis que je m'éloignai à pas rapide. Loin de la chambre, loin de Lexa. Encore une fois ma culpabilité venait de m'arracher à elle et j'en venais à me détester pour ça. Tout était si parfait, pourquoi ne pouvais-je me résoudre à avancer ?

- Clarke ?

Le visage de ma mère apparut dans mon champs de vision. Je voulus ouvrir la bouche pour parler mais les sanglots qui entravaient ma gorge éclatèrent brusquement et les larmes se mirent à couler sur mes joues. Les bras de ma mère se renfermèrent sur moi.

*Clexa*Clexa*Clexa*

- Tu ne devrais pas fumer autant...

Je recrachai la fumée de ma cigarette. La nuit était déjà bien avancée mais la bourgade était plongée dans un silence quasi religieux. Assises sur le péron de la clinique, Abby se contentait de me regarder. Nous étions installées ici depuis une vingtaine de minutes sans prononcer plus de quelques mots. Mes larmes s'étaient taris et passé la honte d'avoir laissé éclater mes sentiments je ne ressentais que du vide.

- Tu veux m'en parler ? M'encouragea ma mère d'une voix douce.

- Il n'y a rien à dire.

- Clarke... Je te connais. Tu n'es pas du genre à afficher ta tristesse. Il y a quelque chose et peut-être qu'en parler te ferait du bien.

Je restai murée dans le silence pendant un instant, à ne rien faire d'autre que prendre de nouvelles bouffées.

- Est-ce que tu regrettes parfois ce que tu m'as fais enduré ? demandai-je finalement. Les insultes, le mépri. De m'avoir mise à la porte comme si je n'étais rien pour toi.

- Je le regrette tous les jours.

- Pourquoi l'avoir fait alors ?

Ma génitrice porta son regard au loin, manifestement gênée d'avoir une telle discussion.

- J'ai fais ce que je pensais être la meilleure chose à faire à ce moment. Ton père... ton père venait de nous quitter, j'avais sombré dans une dépression dont je n'arrivais pas à sortir. J'étais en colère tout le temps et je n'espérais qu'une chose, que tu sois parfaite. Que tu sois... Que tu n'aimes pas les hommes de la façon dont tu étais censée les aimer m'a donné l'impression que j'avais échoué. Ce mode de vie chez d'autres familles ne me dérangeait pas mais sous mon propre toit je ne l'ai pas supporté. J'avais déjà imaginé ta vie, j'avais fondé des espoirs en toi et j'ai laissé les « qu'en dira-t-on » prendre le pas sur tout le reste. Y compris mon amour pour toi.

- Tu n'imagines pas à quel point tu m'as brisé Abby... J'avais besoin de ma mère et quand je me retournais tu n'étais pas là, ou tu me haïssais. J'ai cherché une réponse à tout ça, à comprendre en quoi aimer une fille me rendait indigne de ton amour.

- Clarke je suis tellement désolée...m'avoua ma mère les larmes aux yeux. Je regretterais mes erreurs jusqu'à la fin de ma vie et je n'aurais de cesse d'essayer de me faire pardonner.

Je lui en voulais toujours mais pourtant le nouveau monde dans lequel nous vivions me poussa à prendre sa main dans la mienne pour la rassurer. Je lui en voulais toujours, mais je pourrais trouver la force de renouer avec elle. Je ne voulais pas gâcher plus de temps alors qu'il nous en restait peut-être plus beaucoup. Pourtant une question me tournait encore dans la tête.

- Tu t'es sentie coupable ?

- Évidemment.

- Et quand as-tu réussi à surmonter cette culpabilité ? Quand as-tu arrêter de revoir tes actions et de t'en vouloir ? Quand as-tu réussi à te pardonner ?

- Je te le dirais quand j'aurais trouvé... Ecoute-moi Clarke, ce qui s'est passé avec Lexa n'était pas ta faute. Je sais que tu n'as pas vraiment voulu me confier tout ce qui vous est arrivé ce jours-là mais tu n'as rien à te reprocher. Tu as fais ce qu'on t'a obligé à faire.

- J'ai ces images dans ma tête constamment, crachai-je avec rancœur. Quand je pose les yeux sur elle... Je n'arrive plus à être avec elle mais je ne supporte pas qu'elle soit loin de moi. Je suis en permanence tiraillée entre les deux et je suis fatiguée Maman... Je suis tellement fatiguée...

Une larme roula sur ma joue. Puis une autre. Le corps de ma mère se colla contre le mien et je me retrouvai une fois de plus dans la sécurité de son étreinte. Je mis mon visage au creux de son cou, me laissant aller à cet épuisement que je ressentais en permanence. Comme si toutes mes barrières venaient de céder brutalement.

- Est-ce que tu l'aimes ?

- Non, soufflai-je. Je suis amoureuse d'elle. Comme je ne l'ai jamais été de personne. Comme si elle était devenue une part de moi. Elle me rend meilleure et je sais que c'est la bonne. Je sais que c'est elle.

- Alors tu dois trouver la force de te pardonner. Ne prends pas le risque de t'éloigner d'elle ou de la perdre parce que l'amour, le véritable amour, mérite qu'on se batte pour lui.

- Tu ne trouves pas ça stupide ?

- J'ai su que ton père était l'homme de ma vie à notre première rencontre Clarke. Quand on trouve l'âme sœur on le reconnaît. Je n'ai pas été là par le passé pour toi, pour te soutenir. Mais maintenant je ne veux plus perdre de temps. Je veux me consacrer à toi et à ton bien-être.

Cette conversation, ses gestes envers moi, crevèrent la carapace que j'avais élevé contre ma mère depuis si longtemps. Les mots que j'avais tant souhaité entendre venait enfin de m'être avouée et la sensation d'être soutenue et comprise me fit monter les larmes aux yeux. Bien que la rancoeur de ces dernières années n'était pas encore totalement effacée, le pardon possédait dorénavant mon esprit. Je n'aurais jamais imaginé que cette discussion finirait par m'apporter un semblant de paix avec elle ainsi qu'avec moi-même.

Un grognement attira notre attention et le visage d'Abby afficha aussitôt une moue d'excuse. Manifestement, Jaha reprennait contact avec la réalité et le médecin devait reprendre du service. Sa main tapota mon genou pendant encore quelques secondes, son regard ne quittant jamais le mien. Nous avions encore tellement de choses à nous dire mais nous savions toutes les deux que désormais le temps du pardon était venue. Nous pourrions redevenir une famille si chacune de nous le voulait.

Ma mère se releva des marches et s'apprêtait à rentrer dans le bâtiment lorsqu'elle se figea. Intriguée, je scrutai son dos qui me faisait face. La tête baissée, elle semblait perdu dans ses pensées jusqu'au moment où elle détacha son penditif pour se retourner vers moi. Mon souffle se bloqua dans ma poitrine.

- Abby qu'est-ce que-

- Ton père m'a offert cette bague il y a longtemps. Il me l'a offerte pour officialiser notre amour et ce geste a été une promesse entre nous. Il nous a quitté mais nous avions été d'accord sur une chose. Cette bague te reviendrait.

Le bijou était simple mais beau. Un anneau en argent où était gravé un simple symbole, le signe de l'infini. J'ouvris la main pour que ma mère puisse le déposer au creux de ma paume, ignorant les milles et une question qui tournait en mon esprit. Lentement, elle replia un à un mes doigts pour emprisonner le cadeau.

- Fais en bon usage, me murmura-t-elle.

Elle m'embrassa timidement le front avant de finalement rentrer dans la clinique. Quant à moi, je restai figée sans pouvoir bouger jusqu'à ce que les cendres de ma cigarette finissent par être dispersée par le vent du soir.

*CLEXA*CLEXA*CLEXA*

Cela devait faire dix bonnes minutes que je me tenais dos au mur, un pied posé contre lui et les bras croisés. Mes yeux ne quittaient pas la forme endormie allongée dans le lit de fortune bien que Lexa repose sur le côté, de telle sorte que je ne puisse voir son visage. J'entendais son souffle régulier où je la regardais s'agiter parfois dans son sommeil, prête à intervenir si le moindre cauchemar venait s'en prendre à elle. Au dehors la fête continuait, je pouvais entendre les rires de mes compagnons et je ne pus m'empêcher de me sentir coupable. Ma brune serait sans doute bien réveillée à cette heure-là si je n'avais pas fuis et profiterait comme tout le monde de ce bref instant de paix au lieu de de s'être isolée, sûrement encore blessée par ma réaction. Pourtant, même si je n'avais toujours pas bougé, je sentais au plus profond de moi que j'avais pris une décision. Les mots de ma mère avaient fais mouche. Il n'appartenait qu'à moi de pouvoir arranger les choses et à cet instant précis tout mon être, tout mon corps et mon esprit, me hurlait d'aller retrouver Lexa.

Aussi, après encore quelques secondes, je finis par abandonner mon poste de surveillance et m'approchai du lit. Je retirai doucement ma veste en cuir ainsi que mes chaussures avant de me glisser sans bruit sous les couvertures.j'hésitai brièvement puis me collai enfin contre le dos brûlant de ma petite-amie.

- Clarke... ?

Sa voix légèrement rauque m'indiqua sans mal qu'elle était partagée entre le réveil et le sommeil.

Je déposai un baiser sur sa nuque pour l'encourager à se rendormir mais à l'instant ou je goûtai à sa peau, un frisson me parcourut. Son parfum embaumait tous mes sens. Ma main quitta le matelas pour se poser sur sa hanche tandis que mon corps se collait un peu plus au sien, ma bouche continuant son parcours jusqu'à son cou que j'embrassai encore, et encore. Mon souffle – ou le sien je ne saurais le dire – devint soudain plus précipité et m'encouragea à poursuivre. Cette fois je n'avait pas envie de cesser, je n'avais pas envie de fuir. Je la voulais. J'avais envie d'elle dans un désir presque douloureux.

Mes doigts abandonnèrent ses hanches pour glisser jusqu'à son ventre. Je le caressai quelques instants, amoureusement, avant de glisser lentement en dessous de son maillot.

- Clarke...

Ce n'était qu'un soupir mais la façon dont son bassin tentait de se coller au miens ne me laissait aucune imagination quand à l'effet qu'elle ressentait. Elle m'invitait à poursuivre, à ne pas m'arrêter. Mes caresses remontèrent jusqu'à la frontière de son soutien-gorge et je n'hésitai qu'une fraction de secondes avant de glisser en dessous pour m'emparer de ce qui me faisait envie. Le gémissement de Lexa me fit perdre le contrôle tout autant que sa main qui vint se glisser dans mes cheveux. Elle se tourna prestement et nos bouches se rencontrèrent en un baiser endiablé. Mes doigts quittèrent sa poitrine pour redescendre sans attendre, passant la barrière de son shorty pour se perdre plus bas. Son soupir de plaisir se retrouva étouffé par nos lèvres scellées mais il résonna à mes oreilles comme la plus belle des musiques.

Pendant une bonne partie de la nuit, nos âmes se retrouvèrent et nos corps se mélangèrent avec passion. Elle me fit chavirer, m'amenant au-delà même du simple orgasme tandis que la laissait à bout de souffle. Mes mains, ma bouche explorèrent tous ce qui m'étaient donné d'attendre et pas une seconde nous nous soucièrent des gémissements ou des cris qui s'échappaient de la chambre. Nous aurions sûrement droit à des regards et des sourires demain devant nos amis mais pour le moment il n'y avait qu'elle et moi. Et même après que nous n'ayons plus la force de continuer nos activités charnelles, je gardai Lexa serrée contre moi, ma poitrine contre son dos, mon bras soulevant ma tête. Nos yeux restaient fixés sur la bague de ma mère que je faisais tournoyer devant nous du bout des doigts.

- Elle est magnifique, murmura ma brune.

- Ma mère me l'a donné. Mon père lui avait offert en gage de son amour et depuis elle ne l'a jamais quitté.

Mon cœur battait la chamade mais cette fois ça n'avait rien à voir avec notre passion consumée. Depuis la conversation avec Abby, des idées plus folles les unes que les autres avaient vu le jour dans mon esprit. Des idées qui, pour tout le monde, sembleraient totalement absurdes. Seulement elles avaient un sens pour moi.

- A quoi penses-tu ? Me demanda Lexa dans un souffle.

Je souris. Elle sentait toujours quand j'étais agitée par quelque chose. Elle le voyait sans même avoir à me regarder. Et ce simple petit constat brisa toutes mes barrières. Je n'avais envie de personne d'autre qu'elle. Je n'avais envie de connaître aucun jour sans qu'elle ne soit à mes côtés. C'était ça, le véritable amour.

Ma voix n'eut aucun tremblement lorsque je répondis à sa question, penchée au creux de son oreille.

- Epouses-moi...