Chapitre 21 :

Je me sentais défaillir. Mes jambes ne supportaient plus mon propre poids tandis que ma tête flanchait sous l'amoncellement de sentiments que je ressentais à cet instant. Du plaisir, beaucoup trop de plaisir pour être physiquement capable de le supporter alors que les assauts répétés de Lexa ne me laissaient aucun répit, une paix que je n'aurais jamais cru capable d'éprouver et un bonheur au delà de toute imagination. Mon dos brûlant frissonnait contre le carrelage glacée de la douche mais j'aurais été incapable de décider si la cause devait en être attribuée à la fraîcheur du mur ou à la sensation des bras de ma brune sur mes hanches. Les yeux fermés, je ne parvenais à rien d'autre qu'à gémir, prise au piège de sa passion. Mes doigts tentaient de me retenir de m'écrouler mais pour rien au monde je n'aurais bougé. Une main s'empara de la mienne, nous liant ensemble tandis que mon index entra en contact avec la fraîcheur du métal. La bague.

Cette réalisation m'arracha un nouveau soupir tandis que je devenais prisonnière de mon orgasme imminent. L'eau qui coulait sur nous, brûlante autant que nos deux corps, laissait échapper des nuages de vapeurs. Je ne les voyais pas mais j'arrivais à les sentir tournoyer dans la douche. Ils avaient sûrement déjà recouvert les murs et le miroir de la salle de bain d'une pellicule d'humidité. Une partie de moi tentait de me tirer hors de ce rêve, me criait que cela faisait plus d'une heure que nous étions enfermées dans cette pièce et qu'il était plus qu'évident que les autres se doutaient de nos activités, mais une nouvelle action de Lexa la balaya loin de mon esprit. Seulement elle. Seulement moi. Rien d'autre ne comptait et ne compterait jamais.

J'arrivais au point de non retour. Je le sentais dans mes tremblements, dans mes gémissements toujours plus prononcés. Ma main libre vint se perdre dans les cheveux de Lexa, à genoux devant moi bien que j'étais consciente qu'elle n'avait besoin d'aucun encouragement pour continuer. Sa langue me faisait perdre pieds avec la réalité, m'entraînant dans les limbes d'un monde pleins de désir, plein d'un plaisir que je ne parvenais même plus à dissimuler. Ses doigts se resserrèrent une fois de plus au mien, enfonçant délicieusement la bague qui ornait son annulaire dans ma peau.

Elle avait dis oui.

Elle serait mienne, maintenant et à jamais.

La jouissance déferla en moi avec une puissance insoupçonnée et je ne dû de rester debout qu'à la poigne de ma fiancée qui ralentit la cadence au rythme du mouvement de mon bassin. Si j'avais ouvert les yeux, j'aurais certainement aperçu l'amour au fond de ses yeux mais je savais qu'au moindre tressaillement je risquais de m'effondrer. Mes oreilles bourdonnaient, mon cœur cognait violemment contre ma poitrine. Et ce sentiment s'accentua lorsque je sentis les lèvres de Lexa remonter le long de mon ventre, embrassant chaque parcelle de peau qu'elle parvenait à atteindre. Sa langue glissa plus sensuellement que jamais entre ma poitrine pour venir se nicher au creux de mon cou, qu'elle entreprit de mordiller avant d'atteindre mon oreille, capturant le lobe entre ses dents. Son corps ne se décala jamais du mien, empêchant ma chute. Les paupières toujours closes, ma main toujours perdus dans ses cheveux, je la forçai tendrement à venir réclamer cette bouche qui était sienne. Jamais je ne pourrais me lasser de ses baisers, de sa peau contre la mienne, de nos battements résonnant à l'unisson. Je vaincrais l'Apocalypse pour que Lexa reste pour toujours à mes côtés. Je me battrais contre tous les maux pour un seul de ses sourires. Et lorsque j'ouvris enfin les yeux pour croiser son regard, plongeant dans ses yeux verts, je su que j'avais fais le bon choix. Le choix de lui demander sa main, le choix de mon cœur de n'appartenir qu'à elle.

Sans aucune parole, ma brune m'embrassa une nouvelle fois, ses lèvres effleurant les miennes avec tant de douceur que la paix intérieure que je ressentais s'accentua brutalement, avant de nicher son visage dans le creux de mon cou. Ses mains frôlaient délicatement mes côtes, mes hanches alors que les miennes venaient épouser sa nuque et la courbe de ses épaules. Nous restâmes ainsi de longues minutes, tentant de reprendre ensemble le souffle que nous nous étions arrachés sans aucun répit avant que Lexa ne laisse échapper un faible soupir.

- Je ne veux pas sortir d'ici, murmura-t-elle. Je ne veux pas aller dehors.

- Je sais... Je ne le veux pas non. Mais bientôt nous arriverons au camps de Las Vegas. Tout sera différent là-bas.

- Tu le penses vraiment ?

Un sourire vint étirer mes lèvres tandis que je laissai glisser mon pouce sur sa bouche si tentatrice.

- J'en suis certaine. Tous ces derniers mois seront derrière nous. Ta famille t'attend et lorsque nous les auront retrouvés, je leur dirais à quel point j'aime leur fille et à quel point je ne peux plus attendre qu'elle devienne ma femme.

Lexa baissa la tête, ses joues se teintant d'une adorable couleur rouge avant qu'elle ne relève la tête, le regard plus déterminé que jamais.

- Aujourd'hui.

- Aujourd'hui ? Répétai-je sans comprendre.

- Je veux le faire aujourd'hui, souffla ma brune. Je ne veux pas avoir à attendre Las Vegas pour me marier avec toi.

- Mais...ta mère ? Ton frère ?

- Nous aurons le temps pour la cérémonie en grande pompes. Aujourd'hui je ne veux que toi.

Mes mains vinrent emprisonner son visage pour me permettre de plonger au plus profond de ses yeux à la recherche du moindre signe de doute. Je n'en vis aucun. Alors, lentement, j'acceptai d'un mouvement de tête qui lui arracha un rire de bonheur. Mon cœur faillit imploser devant ce son que je pensais ne plus jamais entendre. Poussées par la précipitation de notre union prochaine, nous quittâmes la chaleur de la salle de bain pour rejoindre notre chambre. Nos mains ne se lâchaient pas, ce qui rendait la tâche de s'habiller beaucoup plus difficile, et nos regards ne cessaient de s'accrocher, nos lèvres de s'unir. Au point que nous risquions de passer de nouvelles heures enfermées dans cette pièce.

Des éclats de voix nous tirèrent pourtant brutalement hors de notre rêverie et je me redressai au-dessus de Lexa. Comment avions-nous atterris sur le lit, sa chemise ouverte me révélant déjà sa peau offerte à mes caresses, je n'aurais su le dire. En revanche, je comptais bien savoir ce qui venait de nous empêcher de continuer. Alertées, nous échangeâmes un regard avant de rapidement nous rhabiller pour rejoindre la salle principale. J'eu à peine le temps d'arriver que la vision d'un Bellamy furieux et hurlant, ceinturé par Murphy, ne me saute aux yeux.

- Arrête d'en faire toute une histoire Bell ! Vociféra Octavia en levant les yeux au ciel.

- Que j'arrête ? Je ne suis pas idiot je sais bien ce qui est arrivé dans cette chambre !

- Et quand bien même ? Je ne suis plus une enfant au cas où tu ne l'aurais pas remarqué !

Je questionnai silencieusement Raven, présente elle aussi, et le sourire amusé qu'elle me lança faillit me faire éclater de rire. Alors c'était ça la raison de tout ce tapage ? Je me retins pourtant et choisis de jouer la carte de l'ignorance.

- Qu'est-ce qui se passe ici ? Demandai-je.

- Ce qui se passe, aboya le brun, c'est que cette ordure ici présente a cru bon de se taper ma sœur de dix-huit ans !

Lincoln ne bronchait pas, adossé au mur, les bras croisés. Manifestement, il ne cherchait ni à se défendre, ni à nier ce qui s'était produit.

- Je suis étonnée qu'ils ne l'aient pas fais avant honnêtement, pouffa Raven.

- Toi n'en rajoutes pas !

- Ca va Bell, calmes-toi. Ta sœur est grande, elle peut faire des choix sans que tu ne sois constamment sur son dos. Et puis à force de japper comme un chien enragé tu vas finir par faire rappliquer les rôdeurs alors baisse d'un ton.

Le garçon se défit de l'emprise de Murphy, loin d'être calmé. Il n'esquissa pourtant aucun geste envers le militaire, se contentant de le défier avec un regard haineux.

- Quand on sera arrivé à Las Vegas, nous aurons une petite conversation O.

- Hors de question. Raven a raison je suis assez grande pour faire mes propres choix. Et je choisis Lincoln. Maintenant si tu n'es pas content, tu peux tout aussi bien aller te faire voir. Je t'aime Bell, sincèrement, mais je préfère ne pas te voir quand tu es aussi con.

Sur ces paroles, Octavia s'empara de la main de Lincoln et sortit furieusement de la pièce, l'entraînant à sa suite. Pendant un instant, un silence gênant s'installa dans la pièce avant que Raven ne finisse par éclater de rire, s'attirant par la même occasion les foudres de Bellamy.

- Il n'y a rien de drôle, cracha-t-il férocement.

- Tu en fais toute une montagne. Tu devrais plutôt être content qu'elle réussisse à être heureuse dans ce monde où tout part en vrille.

- C'est ma sœur !

- Ca ne change rien. Laisse-la vivre un peu. Si elle l'aime, elle ne fait rien de mal.

Cela ne le calma pas pour autant et je le regardai se diriger vers la sortie. Ce ne fut qu'à ce moment-là qu'il sembla vraiment s'apercevoir de la présence de Lexa et de la mienne. Ses yeux plongèrent dans les miens, coléreux, plein d'un ressentiment que je ne compris pas.

- La prochaine que vous décidez de vous envoyer en l'air toutes les deux, essayez de ne pas en faire profiter tout le groupe.

- Je t'emmerde Bellamy, répliquai-je froidement.

Il serra les dents avant de prendre la porte sous nos regards éberlués. Murphy haussa les épaules en maugréant quelque chose avant de finalement le suivre, nous laissant seules toutes les trois.

- Tu aurais dû voir la tête qu'il a tiré quand il est rentré dans la chambre d'Octavia, ria Raven. Je n'ai jamais vu un homme aussi pâle de toute ma vie.

- Je ne pense pas qu'elle se laisse faire de sitôt, rétorqua Lexa, sa main toujours dans la mienne. Ils se tournent autour depuis un moment. Ça ne pourra que leur faire du bien d'être ensemble.

J'aperçus furtivement son regard me fixer avant qu'elle ne baisse la tête, gênée d'avoir été surprise. Mais ce petit manège ne manqua pas à Raven qui s'abstint pourtant de tout commentaire, se contentant de nous couver de ses yeux sombres.

- Il serait temps de se préparer au départ, annonçai-je pour rompre le silence. Plus vite nous atteindrons Las Vegas et mieux ce sera.

- Tu penses que ta mère va accepter que Jaha voyage ?

- Il n'a qu'une épaule démise. Il n'est pas en train de mourir. Ce serait moi, nous arions déjà tracer depuis bien longtemps.

- Oui enfin...commença la brune en me toisant avec un sourire, nous aurions pu être partis depuis ce matin si vous n'aviez pas pris autant de temps pour...vous doucher.

Je pensais que Lexa allait baisser la tête pour cacher ses rougissements mais elle me surprit en venant se coller contre moi, la mine heureuse.

- Nous avions un petit événement à fêter, susurra-t-elle à mon oreille.

Raven se retrouva totalement éclipser lorsque je sentis sa main libre se poser sur le bas de mon dos, son souffle balayant le côté de mon cou et de mon visage. Un frisson me parcourut et je du faire appel à toute ma volonté pour ne pas le laisser remonter le long de mon corps. La chaleur de sa peau contre la mienne me renvoyait à nos ébats, à la passion qu'elle m'avait donné depuis ma demande. Je tournai les yeux. Ses pupilles vertes me fixaient déjà, scintillantes et teintées de nuances plus sombres que jamais. Je devais détourner la tête. Je devais rompre le contact pour me concentrer sur le départ. Mais j'échouai lamentablement. Ses lèvres m'hypnotisaient comme jamais.

Un raclement de gorge nous ramena pourtant à la réalité et Lexa éclata de rire devant la mine que j'affichai. Décidément, cette femme me tuerait.

*CLEXA*CLEXA*CLEXA*

- Je ne l'ai jamais vu aussi heureuse.

La remarque de Raven attira mon attention sur Lexa. Accompagnée d'Octavia, ma fiancée s'occupait de préparer nos sacs pour le reste du voyage tandis que la brune et moi nous chargions de faire le plein d'essence avec les bidons que nous avions trouvé dans les réserves de la ville. Elle avait raison. Ma fiancée semblait rayonner, son sourire accélérant les battements de mon cœur alors qu'elle était en grande conversation avec sa meilleure amie. Pendant un instant je revis la lycéenne qui avait détruite toutes les barrières que j'avais érigé pour me protéger. Sans qu'elle n'ait rien eu à faire.

- J'ai remarqué tu sais.

Je fixai mon amie.

- Quoi donc ? Demandai-je, un sourcil levé.

- La bague. Elle ne l'avait pas hier. Cadeau de St Valentin en avance ?

- Hum...Pas vraiment.

- Je le savais ! Bon dieu j'aurais dû parier avec Murphy.

- Qu'est-ce que Murphy a à voir la dedans ? Il est au courant ?

- En fait c'est lui qui me l'a fait remarqué, avoua Raven en posant le bidon d'essence. On dirait que c'est un abruti comme ça mais en fait il est très observateur. Tu as réussi à passer au-dessus de tes peurs alors ?

- Je ne veux plus perdre de temps, répondis-je. Qui sait ce qui nous attend demain. Je veux profiter pleinement de l'instant présent et puis ça n'aurait été qu'une question de temps. Je sais que c'est Lexa la bonne. Je n'ai pas besoin d'attendre plus pour en être certaine.

- Je suis contente pour toi Clarke. Je n'ai beau vous connaître que depuis quelques mois, je sais que vous méritez d'être heureuses. Surtout après les épreuves que vous avez déjà traversé.

J'esquissai un sourire avant de la prendre dans mes bras pour la remercier de son soutien. Au fil du temps, Raven était devenue mon amie la plus proche. Je savais que je pouvais me confier à elle, tout comme la réciproque était vraie. J'étais certaine que notre arrivée à Las Vegas ne changerait rien à cette profonde amitié qui nous liait désormais l'une à l'autre. Nous finîmes par nous séparer après quelques secondes enlacées.

Lincoln apparut à l'entrée de la clinique, aidant Jaha à marcher et je me retins de lever les yeux au ciel devant la faiblesse de cet homme. Il ressemblait vraiment à un mourant alors qu'il n'avait qu'une pauvre blessure de rien du tout.

- Je vais monter avec Théolonius, m'annonça le docteur. Il faut que je reste près de lui pour surveiller sa blessure même s'il n'y a sûrement plus de soucis à se faire.

- Merci Abby, répondit l'homme avec un sourire. Je ne sais pas ce que j'aurais fais sans vous.

Un rictus de dégoût se dessina sur mon visage. C'était moi où cet homme faisait les yeux doux à ma mère ? Quoi qu'il en soit, c'était écœurant. Je me détournai de cette vision d'horreur et abandonnai Raven pour aller aider Monty, Murphy et Bellamy à porter les nouveaux sacs de provisions que nous emportions avec nous. Si les premiers me remercièrent d'un mouvement de tête sympathique avant de sortir, le second ne m'accorda pas un regard.

- Je ne savais pas que tu étais en âge de bouder, plaisantai-je pour détendre l'atmosphère.

- Je n'ai pas envie de rire.

- C'est encore à cause d'Octavia ? Bell...Le monde part en couille. Tu ne peux pas lui reprocher de vouloir trouver du réconfort dans les bras d'un garçon qu'elle semble véritablement apprécier. Et puis tu dois avouer que Lincoln est un type génial. Il n'a fais que veiller sur elle depuis leur rencontre. Accorde-leur une chance d'être heureux.

- À croire que cette foutue fin du monde se transforme en conte de fée pour tout le monde hein, cracha-t-il en claquant la porte, nous enfermant tous les deux dans la réserve. Lincoln et ma sœur, toi et Lexa. C'est comme si vous aviez soudainement oublié par quoi on était entouré.

- C'est parce qu'on en est conscient qu'on profite de la vie et des petits instants de bonheur. Je te connais depuis longtemps Bellamy, tu n'as jamais été aussi renfrogné. Qu'est-ce qu'il se passe ?

Le jeune homme sembla vouloir répondre mais il se contenta de hocher la tête de droite à gauche. Il commença à tourner en rond et je compris que ça allait au-delà d'avoir surpris Octavia et Lincoln. Il était agité, tiraillé par des pensées qu'il tentait de garder pour lui alors qu'il aurait du se confier sous peine d'imploser.

Je m'avançai devant lui et posai ma main sur son bras pour l'immobiliser dans sa marche.

- Parle-moi Bellamy, le suppliai-je doucement.

- Je...

J'aperçus son regard sur moi mais je n'eus le temps d'esquisser aucun geste. Comme désespéré par son acte, le jeune homme posa ses mains de chaque côté de mon visage et m'attira à lui pour m'embrasser. Le baiser ne dura pourtant qu'une fraction de seconde. À l'instant où il vint unir nos lèvres, un profond sentiment de révolte me traversa et je le repoussai, bien que pas assez vite à mon goût. Ses lèvres venaient déjà de laisser leur empreinte sur les miennes, chassant celles délicates de Lexa.

- Qu'est-ce que tu fais ? demandai-je avec colère en me reculant.

- Je suis désolé Clarke. Il fallait que je tente au moins une fois. Je sais que tu es avec Lexa, je sais que tu ne m'as jamais regardé de cette façon là et que tu ne le feras jamais mais j'en avais assez de garder ces sentiments au fond de moi. Je vous vois heureuse ensemble alors que je sais qu'on aurait pu l'être tous les deux.

- Tu -

- Non ! M'interrompit-il brusquement. Pourquoi tout le monde devrait-il être heureux sauf moi ? Est-ce que je n'ai pas mérité non plus un peu de répit ? Lincoln et ma sœur qui roucoule et vous deux... Je n'en peux plus de la voir se pavaner à ton bras.

Je compris enfin pourquoi il appréciait de moins en moins Lexa. Tous ces regards froids, déçus qu'il nous lançait sans cesse lorsque nous étions ensemble. Tout ça n'était que de la jalousie. Pourtant j'aurais dû m'en douter. À l'époque du lycée je savais très bien que je lui plaisais mais je pensais qu'il avait compris depuis le temps que je ne le voyais que comme un ami. Apparemment, j'avais tord.

- Elle ne te regarde pas comme je te regarde Clarke, reprit-il plus doucement.

- Je vais te dire quelque chose Bellamy et je ne te le dirais qu'une fois alors écoute-moi bien. Il ne se passera jamais rien entre nous. Je te considère comme un ami et même si tu es en train de te ridiculiser, je peux le comprendre. Mais j'aime Lexa. Tu comprends ? Je ne pourrais jamais t'aimer de la façon dont tu l'attends. Si tu ne penses pas pouvoir gérer ça, je crains qu'on ne puisse plus se voir une fois arrivés à Las Vegas.

Il s'éloigna de moi, blessé dans son ego.

- Tu trouveras quelqu'un pour toi, annonçai-je avec un sourire réconfortant. Ce ne sera jamais moi mais je suis certaine que tu as le droit toi aussi à ta part de bonheur. Ne sois pas jaloux de ce que nous avons. Sois plutôt impatient de trouver la tienne.

Il hocha la tête, tentant de retrouver un peu de sa contenance perdue alors qu'il laissa échapper un rire gêné.

- J'ai été un vrai con hein...

- Je te pardonne, rien n'est facile en ce moment. On devrait retrouver les autres, ils doivent sûrement nous attendre.

Je pris la direction de la porte mais Bellamy m'attrapa par le bras pour me stopper dans mon mouvement.

- Tu... Tu ne le diras pas à Lexa ? Que je t'ai embrassé je veux dire.

- Pour qu'elle t'arrache les yeux ? Il ne vaut mieux pas.

Je faillis éclater de rire devant sa mine déconfite mais nous finîmes par rejoindre le reste de la bande. Ils attendaient patiemment près des voitures et mon regard chercha immédiatement celui de ma brune. La vision me fit défaillir. Lexa était déjà installée sur la moto, les pieds à terre de chaque côté. Le bassin légèrement cambré pour suivre la courbure de la selle, elle avait emprunté ma veste en cuir qui lui donnait l'air plus sauvage que jamais. Ses cheveux lâchés au vent voltigeaient au gré de leur envie et ses yeux verts se fixèrent au mien.

Je laissai échapper le souffle que je ne pensais pas avoir retenu. Et Bellamy pensait avoir une chance contre cette déesse...

J'aurais voulu me précipiter vers elle mais une sonnerie assourdissante vrilla soudainement nos tympans, avec tant de force que nous eûmes tous le réflexe de plaquer nos mains sur nos oreilles. La sirène résonnait dans toute sa puissance et devait sûrement s'entendre à des kilomètres à la ronde mais la réalisation de ce qu'elle indiquait venait de me heurter brutalement.

- Il faut partir d'ici, hurla Lincoln. C'est une sonnerie militaire.

- Qu'est-ce que ça veut dire ?

Monty le regardait avec des yeux écarquillés.

- Elle annonce un bombardement imminent.

Sa phrase résonna froidement dans mon esprit et je ne perdis pas une seconde de plus. Je me précipitai vers Lexa, prête à allumer la moto et prendre la route sans attendre, le reste du groupe guidé par le militaire, mais ce que j'aperçus se diriger vers nous m'arracha un frisson. La sonnerie d'alerte propageait tellement de son qu'elle venait d'attirer jusqu'à notre position un groupe entier de rôdeurs, sûrement disséminés jusqu'à présent dans les environs. Nous avions réussis à ne pas provoquer leur venue, maintenant c'était trop tard. La plupart ressemblait encore à des êtres humains, seuls leurs yeux vides de toute humanité et leurs claquements de dents les différenciaient de nous. Mais pour les autres, le temps et la décomposition faisaient leur œuvre, laissant la chaire pourrie, les os à nus. Et le spectacle d'un petit groupe de vivants sembla attiser leur envie. Leurs pieds se traînèrent plus vite, leur bras cherchaient déjà à nous atteindre.

Nous aurions pu facilement leur échapper. Ils étaient lents, la vitesse aurait été notre alliée et le temps qu'ils nous rejoignent nous aurions déjà commencé à nous éloigner. Oui, nous aurions pu. Si la terre ne s'était pas soudainement mise à trembler.

Un souffle comme je n'en avais jamais connu balaya la ville entière et nous percuta de plein fouet avec tant de force que je fus violemment projetée à terre. Ma tête percuta le bitume. Ma vision se troubla, le sifflement à mes oreilles m'arracha une grimace de douleur mais je forçai sur mes bras pour me mettre sur le dos, tentant par tous les moyens de retrouver la respiration qui venait de m'être brutalement arrachée. Des traînées de fumées zébraient le ciel de part et d'autre pourtant je n'eus pas le temps de les contempler plus longtemps. Un râle à mes oreilles me fit tourner le regard. L'explosion venait de signer notre arrêt de mort. Les rôdeurs avaient été propulsés tout autour de nous et se mettaient maintenant à ramper dans notre direction pour achever leur œuvre. Je m'emparai aussitôt du couteau qui ne quittait jamais ma botte et l'enfonça dans le crâne de mon ennemi avant de me relever aussitôt. Les quelques arbres qui nous entouraient se trouvaient désormais déracinés, la plupart pliant sans rompre, tandis qu'une épaisse fumée s'élevait çà et là, partout où les bombes avaient frappés la terre. J'aperçus ma mère en train d'aider Jaha à se remettre debout, aidé par Murphy sa hache à la main, prêt à la moindre attaque des non-vivants. Lincoln, Octavia et Bellamy dégageaient les corps qui recouvraient les véhicules à coups de barre de fer mais mon cœur se serra douloureusement lorsque j'aperçus Lexa, le front en sang, tentant de soulever un lampadaire qui s'était abattu sur la jambe de Raven. Je me précipitai sans attendre dans leur direction, mes doigts accrochant le métal et tirai dessus de toutes mes forces pour la sortir de là. Mon amie gémit de douleur, les yeux fermés sous le coup de la souffrance.

- Monty ! Viens nous aider !

Le garçon nous rejoignit aussitôt et imita ma position, jetant des coups d'œil anxieux à la masse de rôdeurs qui se rapprochaient toujours plus de nous. La peur m'empêchait de respirer correctement mais je devais libérer la jambe de Raven. Il était hors de question que je la laisse là-dessous.

- Très bien, m'exclamai-je. À trois ! Un ! Deux ! Trois !

Avec un cri d'effort, nous soulevèrent le lampadaire, permettant à la brune de retrouver sa liberté et je n'attendis pas avant de m'emparer de l'un de ses bras, Monty le second, et de la traîner en direction du véhicule le plus proche. La batte de Lexa volait à droite à gauche, nous ouvrant la voie de façon sanglante.

- Montez en voiture ! Hurla Octavia. Faut se tirer d'ici et en vitesse.

Ma fiancée asséna un nouveau coup mortel dans la mâchoire d'un rôdeur puis ouvrit la portière, m'indiquant d'un signe de tête de faire monter Raven à l'intérieur. Consciente que je devrais la hisser jusqu'au siège, je grimpai la première dans le véhicule, prête à tirer le corps de mon amie jusqu'à moi lorsque la voix de Monty alerta Lexa. Celle-ci ne vit arriver le monstre que trop tard et se retrouva bloquée contre la carrosserie, le manche de sa batte contre la gorge de son ennemi pour éviter de se faire dévorer le visage. Tout mon être me criait d'aller à son secours mais de là où je me trouvais je ne pourrais rien faire.

- Monty aides-là ! Criai-je en redoublant d'effort pour tirer Raven à l'intérieur.

Je savais qu'il serait trop lent pour lui venir en aide. Je le voyais à l'hésitation qui figea son corps. Je failli fermer les yeux sous le spectacle qui menaçait de se produire lorsqu'un cri de rage m'en empêcha et j'aperçus Murphy se jeter littéralement sur le rôdeur. La lame de sa hache s'enfonça dans son crâne, libérant Lexa de son poids meurtrier.

Le monde se figea brutalement. Comme dans un rêve, je n'entendis pas mon propre avertissement, hurlant à mes compagnons de prendre garde à un nouvel ennemi. Incapable de bouger, incapable de réagir, je devins spectatrice d'un drame inévitable. Je n'avais pas hissé Raven assez vite dans la voiture et sa jambe blessée demeurait à l'extérieur, offerte en pâture à ces monstres dénués de toute humanité. Une puissante mâchoire vint se refermer sur le mollet de mon amie qui laissa échapper un hurlement de douleur, sa chaire déchiquetée de part et d'autre. Je voyais le sang s'écouler de sa blessure mais j'étais incapable de faire le moindre mouvement. Mes yeux glissèrent loin de cette boucherie et je croisais ceux de Lexa. Le visage ensanglantée, la hache de Murphy à la main, elle me jeta un regard plein d'excuses que ses lèvres ne tardèrent pas à laisser échapper.

- Je suis vraiment désolée...

Son bras s'abaissa avec force.

La lame trancha.

Et le cri de Raven résonna à mes tympans.