Chapitre 22 :
Le sang. Je ne voyais que ça partout où mon regard se posait. Il dégoulinait sur les sièges arrières de la voiture pour se répandre sur les tapis, imbibant le tissu, le rendant poisseux. Il recouvrait la totalité de mes mains tandis que je tentais de stopper son écoulement, mes doigts fermement appuyée sur la fraîche amputation. Les soubresauts du véhicule rendaient la tâche difficile mais je ne lâchais pas prise. Je ne pouvais pas. Les gémissements de douleur de Raven martelaient mes oreilles sans aucun répit, me renvoyant sans cesse à mon acte désespéré. La hache que j'avais utilisé reposait sur la banquette arrière, recouvert de ce liquide rouge qui me donnait envie de vomir.
- Tiens bon Raven ! Encouragea Clarke. Tiens bon !
Ses yeux croisèrent les miens. Je n'avais pas eu d'autre choix. Je devais la sauver par tous les moyens possible et j'ignorais même si cela avait fonctionné. Si jamais j'avais tords et que Raven se transformait, je serais responsable de tous ses maux. Mais un hochement de tête de ma fiancée me donna un bref instant de répit. Elle comprenait. Elle me soutenait.
- Surtout Lexa ne relâche pas la pression, m'ordonna-t-elle avant de défaire sa ceinture pour venir la nouer autour de la jambe sanguinolente. Raven ? Il faut que tu tiennes bon. On va t'emmener à l'hôpital.
La brune gémit faiblement. Sa peau pâle transpirait à grosses gouttes sous la douleur et j'ignorais ce que je pouvais faire. Alors je restais dans la même position jusqu'à ce que Clarke m'encourage à relâcher la pression, laissant le travail au garrot improvisé. Je m'épongeai le front d'un revers de la main, étalant sur mon visage mon propre sang qui coulait de ma plaie. Je calai mon dos contre la portière, un œil toujours sur la blessée, mon corps tremblant sous le coup des dernières émotions. L'adrénaline commençait à me fuir et me laissait chancelante.
- Clarke ?
Ma blonde s'empara de la radio pour la porter à ses lèvres.
- Je te reçois Maman.
- Comment va-t-elle ?
- Elle s'accroche. J'ai noué ma ceinture autour de sa cuisse et l'hémorragie s'est arrêtée pour le moment.
- Comment est la blessure ?
- Nette, répondit ma fiancée en me jetant un regard. Franche.
- Bien. Lexa a eut le bon réflexe mais il faut que je la voie immédiatement. Dès que vous pouvez, arrêtez-vous sur le bas côté, je passerai dans ta voiture pour m'occuper de Raven. Nous ne pourrons pas rejoindre Las Vegas tant que je n'aurais pas fais le maximum pour elle.
- Compris, termina Clarke avant de reposer la radio.Murphy ? Dès que tu vois une zone sûre, arrête toi dès que possible.
- Ca marche, répondit le jeune homme.
Monty jetait des coups d'oeil paniqué derrière lui pour vérifier l'état de notre blessé. Il semblait aussi déstabilisé que moi, à la différence que je camouflais mes émotions derrière un masque d'impassibilité, comme me l'avait montré Lincoln lors de nos entraînements. Il ne servait à rien de se laisser aller, nous devions restés fort et soudés les uns aux autres. Nous passâmes devant un flot de voitures abandonnées, la plupart en plein milieu de la voie et je crus même apercevoir quelques rôdeurs prisonniers à l'intérieur des carcasses. Tout cela ne s'arrêterait-il donc jamais ? Pour chaque instant de paix, devions-nous souffrir une souffrance pire encore ?
Une main douce frôla ma jambe et je relevai les yeux pour croiser le bleu de Clarke. Je savais ce qu'elle tentait de faire. Me rassurer. Que je reste accrochée avec la réalité.
- Là, s'écria Monty en pointant une aire de repos. Arrête toi là.
Muprhy lui obéit sans protester et gara le véhicule dans un nuage de poussière. Il semblait lui aussi véritablement inquiet pour Raven mais tout comme Clarke, il tachait de ne rien laisser paraître sur son visage. Sans attendre, il ouvrit la portière et courut à la rencontre de la deuxième voiture dont Abby sortit tout aussi précipitamment, la trousse médicale à la main.
- Sortez les filles, nous ordonna-t-elle. Je vais avoir besoin d'espace.
Nous abandonnèrent aussitôt la banquette arrière et reculèrent de quelques pas. Je sentis Octavia s'approcher de moi plus que je ne la vis. Je ressentais à peine les tremblements qui m'animaient jusqu'à ce que sa main vienne épouser la mienne.
- Lâche-ça...souffla-t-elle.
Pourquoi m'étais-je emparer de la hache ? Je ne savais même plus. Ça avait été un réflexe en quittant la voiture. Choquée par ma propre attitude je déserrais ma poigne et l'arme tomba au sol. Mes yeux ne quittaient pas la silhouette d'Abby bien que mes oreilles ne pouvaient plus entendre ce qu'elle disait à Raven à mesure que je reculais. Pourtant je n'avais pas le droit de rester sans rien faire.
Un bruit étouffé me fit tourner la tête. J'aperçus le poing de Clarke rentrer en contact avec le bois d'un tronc desséché non loin d'ici et je n'attendis pas une minute de plus. Je me défis de l'étreinte d'Octavia et me précipitai vers elle. Elle continuait de frapper, encore et encore, insensible à mes appels pour la faire cesser. Elle l'abattait de toutes ses forces, animée d'une rage et d'une colère que rien ne semblait pouvoir apaiser. Je voyais sa peau ruisseler de sang, les larmes sur son visage. Et je compris. Compris que ses nerfs n'étaient plus capable de la supporter à cet instant, que les choses que je ressentais étaient partagées. L'impuissance, la fatigue. Elle craquait.
Lorsque je me rendis compte que les mots ne l'atteindraient pas, je nouai mes bras autour de sa taille et posai mon visage contre sa nuque pour lui insuffler toute la paix que je pouvais transmettre à cet instant. Je crus pendant un instant que mon contact ne suffirait pas mais bientôt son poing cessa de se relever. Son corps se reposa contre le mien. Nous restâmes ainsi pendant de longues minutes, chacune offrant à l'autre le réconfort dont nous avions cruellement besoin.
Survivre nous éreintait.
Vivre nous semblait inaccessible. Et pourtant nous devions continuer.
Quand je fus certaine qu'elle avait retrouvé son calme, je la forçai lentement à se tourner face à moi et posai mes mains de chaque côté de son visage. Son regard m'accrocha et j'eus l'impression de devenir la bouée à laquelle Clarke tentait désespérément de se raccrocher. Je devenais le roc dont elle avait besoin pour ne pas perdre pieds. Inconsciemment, elle calqua sa respiration à la mienne avant de se laisser aller entre mes bras et me serra contre elle.
Il fallut de longues heures à Abby pour enfin ressortir de cette voiture. Le soleil avait atteint son apogée, éclairant la zone d'une lumière brillante. Aucun d'entre nous ne parlait, chacun réfugié à l'ombre des arbres morts, Murphy et Bellamy alternant les tours de garde. Monty tentait de joindre le camps de Las Vegas mais nous savions que la portée de la radio n'était pas assez puissante pour le mener au succès. À sa manière, il se concentrait sur une tâche qui lui permettrait de ne pas écouter les gémissements de douleurs de Raven. Octavia et Lincoln s'étaient isolés un peu plus loin et se parlaient à voix basse. Seul Jaha s'agitait, se tournait et se retournait comme impatient de prendre la route. Quant à moi, j'avais pris place à même le sol, le dos posé contre un tronc d'arbre. Je caressai distraitement les cheveux de Clarke, le regard perdu dans le vide. Je n'attendais qu'une chose, que le médecin m'annonce que Raven allait mieux, qu'elle se battait et tiendrait jusqu'à ce que l'on rejoigne Las Vegas. Je pensais à ma famille, à mon frère. Je pensais au monde qui nous entourait, à la folie qui définissait désormais nos vies.
- Je suis désolée pour tout à l'heure.
La voix de ma blonde me tira de ma rêverie et je baissai les yeux dans sa direction.
- Ma réaction. Je n'aurais pas du m'énerver.
- Tu n'as pas à t'excuser, lui répondis-je. Chacun s'exprime à sa façon.
- Et toi tu n'as pas à t'en vouloir. Je sais que ton geste te hante mais tu lui as probablement sauvé la vie.
Je ne répondis rien. Oui, peut-être lui avais-je sauvé la vie ou condamner à des souffrances atroces.
Bellamy passa près de nous, l'arme au poing. Il nous dévisagea brièvement et je fus étonné de le voir baisser la tête avant de s'éloigner, manifestement mal à l'aise. Clarke s'était tendue elle aussi dans mes bras et je fronçai les sourcils.
- Tout va bien avec lui ? Demandai-je, soucieuse.
- Lex...
Nos yeux se croisèrent et mon ventre se serra lorsque je lus la culpabilité dans ses iris bleus. Qu'avait-elle fait ? Que s'était-il passé ?
- Il faut que je t'avoue quelque chose, murmura-t-elle. Bellamy et moi...J'ai...Il -
- Abby !
L'appel de Murphy m'arracha à son discours mais le principal était fait. J'avais compris. Compris pourquoi le jeune homme se comportait si étrangement, compris le malaise de Clarke. Je n'avais pas besoin de l'entendre de sa bouche, tout était devenue clair avec son simple regard. Je savais qu'elle souhaitait finir sa phrase mais la vision de sa mère, en nage et recouverte du sang de Raven, devint la priorité numéro une. Je me levai prestement sans un coup d'oeil pour ma fiancée et dû rester appuyée contre le tronc d'arbre pour ne pas devenir la victime du vertige qui venait de s'emparer de moi. Le sang battait à mes tempes, j'avais la nausée, mais je ne pouvais rien laisser paraître pour le moment.
- Comment va-t-elle ? Demanda Murphy en s'approchant.
Un à un, les membres de notre groupe se rassemblèrent autour du médecin. Ses traits étaient tirés et on pouvait largement lire la fatigue sur son visage tandis qu'elle s'essuyait les mains.
- J'ai stoppé l'hémorragie de sa jambe. J'ai pu préserver le moignon grâce aux linges récupérés dans la clinique et heureusement le garrot n'a pas été assez serré pour entraîner des lésions des vaisseaux et des nerfs.
- Je croyais qu'un garrot était la première attitude à avoir en cas d'amputation ? S'étonna Monty.
- Absolument pas, il ne faut l'utiliser qu'en cas de dernier recours. Vous avez eu une très bonne attitude les enfants, finit-elle en fixant Clarke, Murphy et moi du regard. Je vais rester auprès d'elle cette nuit pour surveiller sa blessure et vérifier qu'elle ne souffre pas de fièvre liée à une quelconque infection mais dès demain nous devrons repartir pour Las Vegas. Je ne pourrais rien faire de plus sans un véritable matériel médical.
- Nous ne pouvons pas repartir ce soir ? Ce serait peut-être plus sûr pour elle.
- Il faut qu'elle se repose absolument. Et si elle survit cette nuit, elle aura de vraies chances pour la suite. Ce sera décisif pour elle.
Un silence pesant acceuillit son discours. Chacun de nous prenait conscience de ce que cela signifiait. Une nouvelle nuit à veiller, une nouvelle nuit à risquer une attaque de rôdeurs ou d'un groupe d'hommes avec de mauvaises intentions. Nous n'allions pas pouvoir dormir sur nos deux oreilles et Las Vegas semblait si proche qu'il nous suffirait de tendre la main pour toucher la ville. Et pourtant nous étions encore retardé. Mais cela en valait la peine. La vie de Raven était en jeu.
*CLEXA*CLEXA*CLEXA*
La question d'un feu de camps avait été une véritable source de conflit au sein du groupe. Jaha et Bellamy continuaient de penser qu'une source de chaleur et de lumière serait le meilleur moyen pour tenir mais les autres étaient d'accord sur le fait que ça ne pourrait être que des ennuis. Il finirait tôt ou tard par attirer les ennemis, quels qu'ils soient, et Lincoln restait ferme sur ses positions. Il était hors de question d'en allumer un au risque de mettre la totalité du groupe en péril. Abby, comme prévue, dormait dans la première voiture pour veiller sur sa patiente tandis que la seconde avait été réservé au deuxième blessé. Le reste d'entre nous s'était rassemblé en cercle pour se reposer et des tours de garde avaient été instauré. Le militaire devait sûrement effectué sa ronde quelque part aux alentours. Quant à moi, le sommeil me fuyait cruellement, comme trop souvent depuis longtemps. Mais cette fois, mes anciens démons n'étaient pas les seuls fautifs.
Assise sur une souche d'arbre, j'observai Clarke endormie à même le sol, entourée d'Octavia, de Monty, de Murphy et de Bellamy. Je l'avais fuis toute la journée. Je savais qu'elle ne désirait qu'une chose, s'expliquer, mais je ne m'en sentais pas la force. J'avais juste besoin d'être seule et de faire le point avec moi-même.
J'étais plus que certaine que Clarke ne m'avait pas trompé. En revanche, j'ignorais ce qui s'était passé exactement avec le jeune homme. Une part de moi désirait connaître les détails mais une autre ne le voulait pas. J'étais comme prise entre deux feus, incapable de décider ce qui serait le mieux.
- Tu ne dors pas ?
Debout à mes côtés, je n'avais pas entendu Lincoln s'approcher de moi. Il me couvait d'un regard mi-protecteur, mi-inquiet, et mon silence ne sembla pas lui plaire. Il prit place à mes côtés, me forçant à me décaler pour lui laisser de la place.
- Tu devrais te reposer. Nous avons eu une grosse journée et si tout va bien, demain nous serons à Las Vegas.
- Je me reposerai là-bas.
- Lexa, souffla le militaire, depuis quand n'as-tu pas eu une nuit complête ? Sans cauchemar, sans réveil en sursaut, sans peur ?
Je ne répondis rien.
- Si ton corps ne lâche pas avant, c'est ton esprit qui le fera. Un guerrier a besoin de repos.
- Je ne suis pas une guerrière Lincoln, crachai-je avec colère. Je ne suis pas comme toi d'accord ! Arrête d'essayer de me transformer en toi !
Le jeune homme allait me répondre mais la tête de Murphy émergea de sous sa veste, groggy par la fatigue.
- Sérieux les gars vous pouvez pas baisser d'un ton ? Il y en a qui essaie de dormir.
- De toute façon c'est ton tour de garde, grogna Octavia en se retournant, endormie.
Le garçon ne répondit rien et tenta de repartir entre les bras de Morphée mais la brune le poussa du bout du pied jusqu'à ce qu'il finisse par se redresser les cheveux en bataille.
- Ok, ok je me lève Maman.
Je suivis des yeux sa main tâtonnante jusqu'à ce qu'il retrouve la crosse d'un fusil puis se releva, étouffant un bâillement derrière son avant-bras.
- Vivement qu'on arrive au camps, marmonna-t-il en s'éloignant.
Nous l'observâmes commencer son tour de garde et bien qu'il paraisse encore en plein sommeil, je lui faisais une totale confiance. J'avais appris à la lui accorder et malgré sa grande gueule il n'y faisait que rarement défaut. Murphy était devenue un élément indispensable du groupe, un véritable soutien sur lequel on pouvait se reposer sans craindre les mauvaises surprises.
- Viens avec moi, ordonna Lincoln en se levant.
- Je n'en ai pas envie.
- Ce n'était pas une demande.
Consciente que lui résister ne me mènerait nul part, je lui emboîtai le pas jusqu'à un coin beaucoup plus éloigné. La nuit rendait chaque ombre beaucoup plus dangereuse et je plissai les yeux pour tenter de détecter le moindre mouvement suspect. L'oreille tendu au moindre son de rôdeur, je le suivais sans rien dire, me demandant à chaque pas ce qu'il comptait faire de moi. Cela faisait des semaines que nous ne nous étions plus retrouvés seuls et les questions affluaient dans mon esprit. Perdue dans mes pensées, je n'aperçus l'arrêt de Lincoln qu'à l'instant où il me poussa brutalement sur le sol. Mon dos percuta la terre avec force et mon souffle se coupa aussitôt, abandonnant cruellement mes poumons.
- Putain, grimaçai-je avec douleur avant de me relever face à lui. Mais pourquoi t'as fais ça ?
- Parce que c'est là qu'est ta place.
Son ton froid me cloua sur place mais une nouvelle poussée de sa part me fit retomber, m'arrachant un gémissement.
- Tu ne mérites pas de te relever Lexa. Tu mérites de rester par terre, à t'apitoyer sur ton sort comme la lâche que tu es.
- Je ne sais pas ce qui te prend mais je te conseille de surveiller tes paroles, crachai-je avec une colère naissante.
Je tentai de me redresser mais le plat de son pied percuta ma poitrine et me cloua par terre sans ménagement.
- Sinon quoi fillette ? Tu vas t'énerver sur moi et me battre de tes pauvres petits poings ? Je n'ai pas peur de toi. Tu n'es qu'une enfant, une gamine dans un monde qui l'effraie et qui est trop peureuse pour résister à tout ça.
La rage au ventre, je repoussai violemment son pied de mon corps et me relevai en quelques secondes.
- Ferme-là Lincoln.
- Quand je t'ai rencontré je pensais que tu valais mieux que ça. Je me suis trompé. Tu ferais mieux de rester par terre.
Rester calme. Surtout ne pas rentrer dans son jeu et garder la tête froide.
Je voulus tourner les talons pour repartir en direction du camps mais Lincoln ne me laissa pas faire. Tout aussi durement que la première fois, ses mains claquèrent mes omoplates et me fit brutalement chuter en avant. Cette fois, le goût du sang emplit ma bouche.
- Tu n'es pas de taille à affronter ce monde Lexa. Retourne donc te cacher sous ton lit. À moins que...
Il s'accroupit près de moi, ses yeux se fixant dans les miens.
- A moins que tu ne préfères te réfugier dans ta tête. C'est comme ça que tu fais n'est-ce pas ? Tu gardes tout au fond de toi sans jamais rien laisser paraître ? Tu te réfugies derrière ton masque à chaque fois que la situation te touche de trop près. Tu essayes de te montrer forte aux yeux des gens ? Et pour quoi ?
- C'est toi qui m'a appris ça, murmurai-je en me redressant. Ce sont tes leçons que j'applique.
- Je t'ai appris à différencier tes émotions de ton devoir. Je ne t'ai pas appris à t'enfermer au monde. Décidément, tu n'as rien compris. Tu ne vaux rien. Je perds mon temps avec toi.
Il tenta de s'éloigner mais cette fois ma colère fut la plus forte. Avec un cri de rage, je me précipitai vers lui et le percutai de plein fouet. Il ne bougea presque pas, comme s'il s'attendait à mon attaque, et s'empara de mon bras pour m'envoyer valser au loin.
- Pas étonnant que tu n'arrives pas à défendre ceux que tu aimes, ricana-t-il. Regardes-toi. Incapable de mener une attaque correctement.
Mon poing percuta sa mâchoire. La douleur irradia tous mes doigts mais je serrai les dents pour ne rien laisser échapper tandis que le militaire essuyait le filet de sang qui gouttait de son menton. Je pensais l'avoir calmer mais il se mit à rire et j'aperçus trop tard le dos de sa main. La gifle fut violente et me fit reculer d'un pas.
- C'est à cause de ta colère que tu es lâche Lexa. C'est à cause d'elle que les gens meurent autour de toi.
- Tais-toi.
Une nouvelle claque me fit vaciller.
- Tu ne sais pas protéger les tiens. Tu ne sers qu'à attirer la mort. Tout ça parce que tu refuses de te laisser aller à des émotions. Tu n'as même pas pleurer après ce qui t'es arrivée avec Clarke. Tu as été torturé par la fille que tu aimes, tu as failli être violé, tu as été le jouet d'un cinglé et quelle a été ta réaction ? Aucune. Tu n'as pas hurlé de rage, tu n'as pas été en colère, tu n'as pas versé une larme. Tu préfères tout garder enfouie au fond de toi parce que c'est plus facile comme ça mais la nuit, la nuit tu ne peux rien y faire. Et c'est pour ça que tu ne dors pas. Tu revois les gens que tu as tué, tu revois la torture que l'on t'a fais subir. Mais tu n'agis pas. Tout ce que tu fais, c'est te cacher. Et ça, il n'y a que les lâches qui le font.
Il évita sans problème le coup que je lui portai, pivota et son pied chassa mes jambes pour me renvoyer une fois encore au sol. Il ne me laissa pas le temps de me relever. Intraitable, il empoigna mon cou et garda ma tête collée contre le parterre, ma joue ripant douloureusement contre lui.
- Lâche-moi ! Tu me fais mal !
- Lincoln !
Je reconnus le cri d'Octavia et tentai d'apercevoir sa silhouette. Elle n'était pas seule. Le groupe entier venait de se réunir autour de nous, sans doute alerté par les cris. Je ne vis Clarke qu'une fraction de seconde avant que son arme ne se lève, pointée dans la direction du militaire qui ne broncha pas pour autant.
- Lâche-là tout de suite, ordonna-t-elle froidement. Ou je te forcerai à le faire d'une balle entre les deux yeux.
- Clarke non ! Lincoln, intervint Octavia, qu'est-ce que tu fais ?
- Ce que vous êtes incapable de faire. Tu ne vois donc rien Lexa ? Cette colère au fond de toi est en train de te ronger.
- Lâche-moi !
Je m'agitai sans grand succès, sa poigne étant bien trop forte pour moi. Il pesait de tout son corps et la poussière du sol m'empêchait de respirer correctement. Je ne comprenais pas ce qu'il essayait de faire mais je sentais une rage grandir au fond de moi. Mes muscles tremblaient, ma tête bourdonnait. Je commençais à perdre le contrôle de moi-même.
- Dis-moi ce qui te ronge.
- Lincoln...
- Contre quoi es-tu en colère fillette ?
- Lâche-là tu m'entends ! Gronda Clarke en actionnant le chien du revolver. Je ne te le redirai pas !
- Contre quoi es-tu en colère Lexa ?!
- Contre tout ! Hurlai-je brusquement.
Avec un effort surhumain je me dégageai et le repoussai de toutes mes forces, tant et si bien qu'il se retrouva assis par terre à côté de moi. Mais je ne voyais plus mon ami. Toute la colère que je tentais de garder au fond de moi venait de se libérer, faisant bouillir mon sang dans mes veines. Mon souffle erratique m'empêchait de penser correctement. A genoux devant lui, je crachai tous mes sentiments d'une voix vibrante de haine.
- Je suis en colère d'avoir abandonné ma famille ! En colère d'avoir laissé mourir Haper ! J'ai laissé mourir Atom ! Je suis en colère de n'avoir pas pu résister à Emerson et de l'avoir laissé jouer avec Clarke et moi !Je me suis laissée torturée par cet enfoiré et maintenant j'ai le sang de ses hommes sur les mains ! Je ne peux plus fermer les yeux parce qu'à chaque fois je revois tout ce qui fait de moi un monstre ! Je suis en colère parce que j'ai pris la décision de couper la jambe de Raven et qu'à présent elle pourrait mourir par ma faute ! Je suis en colère parce que ce petit con de Bellamy a profité de ma fiancée dans mon dos et en colère parce qu'elle a tenté d'être honnête et que je ne l'ai pas écouté ! Je suis en colère parce que je ne contrôle plus rien de ma vie et que je n'arrive pas à protéger mon peuple ! C'est ça que tu voulais entendre ?!
Ma voix se brisa sous le coup des émotions tandis que le silence venait de prendre la place de ma tirade. Si j'avais tourné la tête j'aurais vu les mines tétanisées de mes amis, les pleurs roulant sur les joues d'Octavia et les yeux brillants de Murphy. J'aurais vu le chagrin sur le visage de Clarke et le remord sur celui de Bellamy. Mais je ne voyais plus rien. Les larmes venaient d'embrouiller ma vue et soudain mon corps entier fut pris de soubresauts tandis que ma tristesse venait brutalement de m'ensevelir. Bientôt des bras puissants m'attirèrent contre Lincoln et je laissai exploser tous mes sentiments au creux de son cou sans me calmer. Il me tint contre lui avec toute sa force, m'encourageant à pleurer, me berçant à même le sol. Il chuchotait à mon oreille d'une voix douce, ses mains caressant mes cheveux.
- C'était nécessaire Lexa, murmura-t-il. Je suis désolé d'avoir dû en arriver là mais tu atteignais le point de rupture. Tu ne peux pas vivre comme ça, en enfouissant tout au fond de toi et croire que les événements que tu subis partiront si tu te forces à ne pas y penser. Tu irais bien un jour, et le second tu te serais effondrée. Ecoute-moi fillette... Ce n'est pas ta faute, tu m'entends ? Ce. N'est. Pas. de. ta. faute. Tu fais de ton mieux et je suis fier de toi. Je ne pourrais pas être plus fier, petite sœur.
Nous restâmes un long moment dans cette position jusqu'à ce que mes larmes finissent par se tarir. Murphy avait disparut de mon champ de vision, sûrement retourné à sa ronde, tandis que Monty était lui aussi parti. Bientôt, le militaire m'aida à me remettre debout. Avec tendresse, il essuya la terre qui maculait mes joues avant d'apposer un baiser sur mon front. J'aurais dû être en colère contre lui, lui en vouloir, mais je ne parvenais qu'à être reconnaissante. J'avais enfin craqué, je m'étais enfin libéré de ces émotions qui me torturaient.
- Merci, soufflai-je.
Il me sourit avant de tourner les talons en direction d'Octavia. Avec un signe de tête je l'encourageai à le suivre, lui assurant silencieusement que j'allais bien. Il ne resta plus que Clarke Bellamy et moi. Personne ne parlait. Le silence était pesant, écrasant. Je les sentais mal à l'aise, incapable de décider de l'attitude à avoir envers moi après la scène à laquelle ils venaient d'assister.
Pourtant mes jambes avancèrent brusquement d'elles-même et je m'approchai à grandes enjambées du garçon qui se mit à balbutier.
- Lexa écoute...Je l'ai juste embrassé je suis désolé je n'aurais pas dû. Je -
La gifle fut tellement forte qu'elle me brûla la paume de la main. Le bruit sembla résonner quelques secondes mais bon dieu ce que ça me fit du bien. Choqué, Bellamy me fixa, la joue rouge.
- La prochaine fois que tu poses les yeux sur ma fiancée d'une manière qui ne me convient pas, je t'arrache les yeux, le menaçai-je froidement. Ou je t'émascule. Ce sera à toi de choisir.
J'aurais presque crié de victoire en le voyant se détourner pour rejoindre le reste du groupe mais il me restait une dernière chose à faire. L'affaire Bellamy close, je m'approchai de Clarke et ne lui laissai pas le temps de prononcer une parole. Ma bouche s'écrasa contre la sienne en un baiser fiévreux qui fit rapidement monter la température dans mon corps entier. Mais bientôt, les regrets et le pardon que nous demandions silencieusement l'une à l'autre s'y mélangea, le rendant plus doux, plus amoureux. Nous finîmes par nous séparer mais nos corps ne s'éloignèrent pas pour autant. Nous étions comme accrochées l'une à l'autre.
- Je suis désolée, murmura ma blonde en me tenant contre elle. Pour Bellamy, pour t'avoir laissé dans ton mutisme, pour ne pas avoir vu...
- Shhh...
Mon doigt sur sa bouche l'incita à se taire. Les excuses n'étaient pas réclamés, l'absolution déjà donnée. Nous n'avions pas besoin de parole, nos gestes en étaient témoins.
- Tu es sexy quand tu es jalouse, ria Clarke après un instant. Vraiment très sexy.
- J'étais sérieuse quand je l'ai menacé. Tu es à moi Clarke Griffin, ajoutai-je en la prenant par le col de sa veste afin de plonger dans son regard. Et je suis à toi. Maintenant et à jamais.
Demain, un nouveau combat pour notre survie allait commencer. Demain nous devrons rejoindre Las Vegas, coûte que coûte. Mais pour le moment, j'étais dans les bras de la femme que j'aimais. Et c'était tout ce qui m'importait.
Merci beaucoup d'être toujours plus à me suivre et me lire. On s'approche de la fin (et oui il fallait bien un jour...). Je pense qu'il doit rester aux alentours de 8 ou 9 chapitres avant le rideau final.
Merci également pour vos reviews qui me font toujours chaud au coeur ainsi qu'à vos MP.
Merci merci !
