Chapitre 23 :

- Vous êtes sur que c'est ça ? demanda Octavia.

- Bien sur que c'est ça. Enfin regarde, le panneau écrit Las Vegas, pas Bora Bora.

- J'aurais préféré. Le soleil, les cocotiers -

- Et les rôdeurs en bikini, il ne faut pas les oublier.

La réplique de Murphy m'aurait d'habitude fait sourire et pourtant je ne parvins qu'à esquisser une simple grimace, mes yeux fixés sur le décor en face de nous. Abby et Lincoln aidaient Raven à sortir péniblement de la voiture. Malgré son teint blafard, ses cernes violacés et ses lèvres noircies, elle avait survécu. Sa peau luisait de transpiration, ses muscles tremblaient mais elle parvint, grâce à l'aide de ses compagnons, à approcher à notre niveau pour se tenir à nos côtés.

- Oh...c'est moche, lança-t-elle simplement d'une voix rauque.

Pendant un instant, personne ne bougea. Aucun mouvement, plus de parole. Nous avions coupés les moteurs des véhicules et faisions désormais face à une grande barrière métallique. Haute de plusieurs mètres, elle semblait nous écraser tandis que les barbelés trônaient çà et là, sûrement pour repousser les ennemis qui auraient voulu y pénétrer sans le consentement des régents. Des espèces de fosses avaient été creusé tout autours, surmontées de nombreuses piques qui avaient déjà emprisonné dans leurs griffes plusieurs rôdeurs. Désormais captifs, sans aucun moyen d'en échapper, ils s'agitaient en grognant, pourrissant à vue d'œil sous le soleil écrasant du Nevada. Devant le portail qui se dressait devant nous brillait une pancarte qui nous donnait autant envie de sourire que de pleurer.

« Zone verte de Las Vegas : vivants seulement ! »

Comment en était-on arrivé là ? A un point où nous devions préciser qui des morts et des rescapés devaient pénétrer à l'intérieur d'une zone sécurisée ? Comment en était-on arrivé à ce qu'il y ait besoin d'une zone sécurisée tout court ?

- Et maintenant quoi...Il faut sonner vous croyez ? Ironisa Murphy en s'avançant.

Lexa lui emboîta le pas et je me retins de justesse de l'en empêcher. Nous ignorions si il n'y avait pas d'autre pièges dissimulé un peu partout mais je comprenais également son urgence à vouloir pénétrer dans l'enceinte de la base. Derrière ses murs de fers se trouvaient sûrement sa seule famille. Une famille qui lui manquait atrocement, j'avais pu le voir tellement de fois. La tristesse et la nostalgie dans ses yeux verts. La vision de sa mère et de son frère, qu'elle n'avait quitté que pour aller chercher des médicaments et qu'elle n'avait plus jamais revu depuis. Les souvenirs d'adieux bien trop rapides. Personne n'aurait pu prédire les événements survenus par la suite mais malgré tout je ne pus m'empêcher de me sentir fautive. Pas parce que je regrettais d'avoir arraché Lexa à ses liens de sang mais parce que c'était justement le contraire. Sans tout ce que nous avions vécu à l'hôpital, nous n'en serions peut-être peut-être pas là où nous en étions à présent. Je m'en voulais de ne pas choisir différemment si le choix m'était offert car tous ces combats, toutes ces épreuves nous avaient lié l'une à l'autre.

Coupable, je m'avançai pour glisser ma main dans celle de ma fiancée avant que Bellamy n'intervienne.

- Essayons la radio, proposa-t-il.

- Pas besoin, rétorqua Lincoln. Ils savent déjà que nous sommes là.

- Comment le sais-tu ?

Avant que le militaire ne puisse répondre, le portail s'actionna brutalement et s'étira pour laisser le passage à une troupe d'hommes. Armés, bien entendu, ils se dirigeaient en formation serrée vers notre petit groupe qui ne bougea pas. Si certains ressemblaient à Monty, Murphy ou même moi, la plupart se déplaçaient comme Lincoln. Ils étaient des hommes de guerre.

- Nous demandons protection, tenta le jeune homme mais les canons qui se pointèrent devant nous nous obligèrent à nous taire.

- Mains en l'air ! Ordonna l'un des types. Bien en vu ! Et aucun mouvement brusque.

Trop fatigués pour tenter de résister, nous nous exécutâmes sans rien dire. Cela n'était sûrement qu'une mesure de sécurité. Bien que de me voir ainsi mise en joue ne me plaisait pas le moins du monde.

- D'où venez-vous ?

- Los Angeles.

- Quelle zone ?

- Rouge. Nous avons pu nous en sortir de justesse avant que le bombardement ne commence mais nous avons eu des blessés.

L'homme qui semblait être en charge nous détailla du regard les uns après les autres avant de se fixer sur Raven.

- Qu'est-ce qu'elle a ?

- Un... Un poteau électrique a condamné sa jambe, nous n'avons rien pu faire pour ça mais elle a besoin de soins immédiatement, répondit prudemment Lincoln.

Aucun d'entre nous ne prenait la parole. Chacun retenait son souffle, conscient qu'une seule mauvaise réponse nous condamnerait à mort ou au mieux à l'exil. La blessure de Raven captait beaucoup d'attention dans les rangs de la troupe et je discernai sans mal les mots « morsure » et « rôdeur ». Les poings crispés, je me préparais déjà au pire. Nous ne connaissions ni ces gens, ni la politique qui régissait cet endroit. S'ils apprenaient que la blessure de Raven était liée à une morsure, qui sait ce qu'il lui ferait.

Le poids de mon arme dans mon dos m'incitait autant au calme qu'il me tendait, prête à réagir s'ils s'en prenaient à nous.

- Nous avons fais un long voyage, plaida encore une fois Lincoln. Nous demandons protection. S'il vous plait.

Leur chef nous étudia pendant encore un moment avant de finalement hocher la tête. Certains des hommes derrière lui se détendirent quelque peu mais pourtant les canons des armes restaient inlassablement pointés dans notre direction.

- Costia, ordonna l'homme. Vérifie-les.

L'une des seules jeunes femmes présentes hocha la tête avant de ranger son pistolet et de s'avancer vers nous. Elle entreprit de fouiller chacun d'entre nous mais manifestement elle n'était pas à la recherche de nos armes car elle ne s'y intéressa pas le moins du monde. Elle palpait nos habits à la recherche de la moindre trace de morsure, n'importe quoi qui aurait paru suspect et que nous aurions omis de préciser lors de ce charmant interrogatoire.

- Si tu veux m'enlever mon pantalon il suffit de me le demander, ricana Murphy, ce qui m'arracha un rire mais la demoiselle lui jeta un regard meurtrier avant de s'éloigner.

Des cheveux auburn encadraient un visage encore juvénile qui arborait pourtant déjà une cicatrice. Partant de l'oeil droit pour cascader sur sa joue, elle n'était que la preuve que désormais il n'y avait plus aucune distinction entre les jeunes et les vieux, entre les femmes et les hommes. Il n'y avait plus que les vivants et les morts qui comptaient. Ses yeux clairs balayaient chaque centimètre carrés de nos corps pour prévenir du moindre danger mais malgré tout elle se fit un peu plus prudente avec Raven. Pour ne pas plus la blesser, ou bien par peur, elle prenait plus de précaution.

Un à un, nous passâmes entre ses mains et une bouffée de jalousie s'empara de moi lorsque j'aperçus le petit sourire qu'elle offrit à Lexa lorsque vint son tour, sourire qui lui fut rendu par ma fiancée. C'était moi où elle prenait un peu plus de liberté pour cette fouille que pour les autres ? Je fulminai en voyant ses mains palper les bras de ma brune, épouser ses hanches, ses cuisses...

- Clean, finit par annoncer la dénommée Costia en se relevant.

- Très bien, vous êtes autorisés à entrer. Toutefois, vous devrez rester sous confinement les premières 72 h. Nous vous donnerons des provisions ainsi qu'un toit et ce qu'il faut pour commencer, puis, si rien ne se passe après cette quarantaine, vous serez autorisés à sortir et à participer à la vie au camps. Nous vous expliquerons tout une fois à l'intérieur. Bienvenue ! Conclut l'homme.

Et comme si ces simples mots pouvaient avoir un quelconque effet, les visages se détendirent immédiatement. Ceux qui nous braquaient un instant auparavant baissèrent leur armes et vinrent nous donner une accolade amicale qui nous surprit malgré tout. Bien sûr, la jolie rousse ne perdit pas un instant pour faire de même avec Lexa et lui chuchoter « c'est bon de voir des vivants » à l'oreille, ce qui eut pour effet de me faire grincer des dents. Celle-là serait à surveiller de très près.

Deux soldats vinrent prendre le relais de Abby et Lincoln pour soutenir une Raven souriante mais dont l'état de fatigue surpassait tout le reste.

- Qu'allez vous faire d'elle ? demandai-je, inquiète pour mon amie.

- Nous allons la placer en cellule d'isolement dans notre hôpital, prendre soins d'elle et la surveiller pendant les prochaines 72h, tout comme pour vous. Une fois sortie, elle aura le droit à une chambre et nous veillerons à ce que son état s'améliore.

- J'aimerais rester auprès d'elle, intervint ma mère en s'avançant. Docteur Abby Griffin, je suis son médecin.

Elle tendit la main au chef du groupe qui lui serra sans attendre. Il avait de quoi être imposant avec le tatouage qui lui recouvrait la moitié du visage. Sa coupe de cheveux singulière, sa barbe noire et son regard sombre ne le rendait pas moins amicale bien qu'il ne semblait plus aussi hostile à présent que nous avions été accepté.

- Gustus, capitaine des Patrouilleurs, répondit-il avec un hochement de tête. C'est vous qui avez pratiqué l'amputation ?

- Non, c'est Lexa, la jeune fille là-bas.

L'homme se tourna vers ma fiancée qui soutint son regard, le menton levé, comme pour lui prouver sa force. Pendant un instant il ne dit rien, avant qu'un sourire ne vienne étirer sa mine sérieuse.

- Et bien gamine, il faudra que je me méfie de toi. Quand ta quarantaine sera terminée, viens me voir. Je te trouverai un poste.

Il se détourna et fit signe au groupe d'avancer à l'intérieur des remparts. Il ne nous fallut que quelques secondes pour pénétrer à l'intérieur de l'enceinte mais j'aperçus avec mécontentement Costia se rapprocher de Lexa pour entamer la conversation. J'aurais voulu intervenir, crevant de jalousie, mais l'apaisement que je voyais se dessiner sur ses traits me poussa à ne rien faire. Depuis combien de temps n'avait-on pas rencontré de personnes dénués de mauvaises intentions, de nouvelles têtes avec qui discuter et nous retrouver sans avoir à nous soucier des dangers ? Elle avait bien le droit à ca, elle aussi. Elle avait droit à un instant de repos pour tout ce qu'elle avait souffert et ce n'était pas à moi de lui interdire.

- Putain !

Perdue dans mes pensées, ce fut l'exclamation de Murphy qui me fit redresser la tête. Le camps n'était pas immense, la moitié de Las Vegas déjà détruite, mais il forçait le respect. Beaucoup d'immeubles se dressaient devant nous, certains noircis par des incendies passés, tandis que les routes étaient défoncées ça et là. Nous aurions dû être choqués par l'état général apocalyptique de la base mais ce qui nous percuta le plus fut la vie. Partout où notre regard se posait, il voyait des gens. Des groupes d'hommes et de femmes, affairés dans un coin, se baladant dans les rues ou bavardant tranquillement. Des enfants courraient en riant, certains jouant au foot. Des éclats de rire, des conversations banales comme nous n'en avions plus entendu depuis bien longtemps. Tout cet endroit respirait un sentiment de quiétude et de protection. Nous avions réussi, nous avions atteint notre but.

Une main se glissa dans la mienne et je baissai les yeux pour croiser ceux, brillants, de Lexa. Le sourire qu'elle m'accorda m'incita à faire de même tandis que nous continuâmes d'avancer. Des petits curieux se rapprochaient de nous, nous demandaient nos noms, d'où ne venions, ce qui nous étaient arrivés. Chacun étaient avide de connaître le passé de notre petit groupe et à ma grande surprise nous reçûmes plusieurs accolades sur notre passage.

- Cela fait un moment que nous n'avons pas eu de nouveaux arrivants, expliqua Costia en s'avançant à notre hauteur. La plupart des gens que vous voyez ici sont originaires de Las Vegas. Les étrangers sont trop rares, surtout maintenant que les bombes sont tombées.

- Toi aussi tu habitais là avant tout ça ? Demanda Lexa d'une voix curieuse.

- J'habitais dans la bordure. J'ai eu la chance de participer à la construction du camps, nous n'avons pas eu à les affronter bien longtemps. Ca a été difficile au début. Devoir construire quelque chose comme ça à partir de rien, mais beaucoup de gens se sont investis et nous avons pu être en sécurité. L'armée nous a aussi filé un coup de main. Mais la ville a été complètement coupé en deux. La banlieue était bien plus sûre que les quartiers touristiques.

- C'est fou...

- Tu verras, après la période de confinement, tu te sentiras chez toi.

Elle lui accorda un sourire avant que son supérieur ne l'appelle et la jeune fille s'excusa pour prendre congé. Le groupe ne tarda pas à se scinder en deux et tandis que Costia accompagnait Jaha, ma mère et Raven en direction de l'hôpital, Gustus prenait la tête pour nous diriger vers ce qui seraient nos quartiers pour les prochaines 72 heures. Il nous éloigna des habitations pour nous emmener vers un amoncellement de conteneurs. Des ouvertures avaient été crées, sûrement pour permettre à la lumière d'y pénétrer.

- N'ayez crainte, ce n'est pas aussi terrible que ça en l'air. Et puis ce n'est que pour 72 heures. Après ça vous serez affectés à un quartier et à une résidence.

- Comment ça va se passer ? Questionna Bellamy.

- En premier lieu, vous devrez nous remettre vos armes. Nous les garderons dans le dépôt . Les armes ici ne sont pas tolérés à part pour les patrouilleurs. Nous avons vu ce que la panique entraîne. Nous ne désirons pas que cela se reproduise ici. Vous serez ensuite enfermés dans les conteneurs. Ne vous considérez pas comme des prisonniers, ce n'est qu'une mesure de sécurité. Au cas nous aurions manqué une blessure. Comme vous l'avez constaté, nous faisons confiance mais cette confiance a une limite et prudence est mère de sûreté. Des hommes à moi, accompagné de médecins, vous apporteront vos repas et en profiteront pour s'assurer de votre santé.

- Est-ce que certains n'ont pas passé les 72 heures ?

Gustus garda le silence et Bellamy eut la réponse à sa question.

- Au début, nous acceptions tous les gens. Nous voulions protéger un maximum. Mais notre camps a failli être réduit à néant lorsque l'épidémie s'est répandue ici. A cause de notre manque de vigilance, nous avons perdus nombres d'hommes, de femmes et d'enfants. C'est une chose que le Conseil ne peut se permettre à présent.

- Le Conseil ? M'étonnai-je. Vous n'obéissez plus au gouvernement des états-unis ?

- Il n'y a plus de gouvernement, répondit sombrement le capitaine. Et même s'il existait encore, son dernier acte a été de lâcher des bombes sur toutes les grandes villes. Nous avons créés notre propre politique ici.

- Et comment cela fonctionne ?

Je devais avouer être véritablement curieuse au sujet de ce camps. Moi qui croyait que j'allais être confrontée à un amas de tentes, à des personnes vides de tout espoir constamment sur leur garde, voilà que je me retrouvais face à une véritable organisation et je désirais en savoir plus. Ce que Gustus m'offrit avec plaisir.

- Le Conseil est constitué d'un membre représentatif de chaque poste. Un chef de soins, un chef du bâtiment, un chef des vivres et un chef des Patrouilleurs. Il y a également un chancelier élut par tous les membres. Lorsqu'une décision importante doit être prise, elle est soumise au Conseil et la majorité décide de ce qu'il adviendra.

- Pratique.

- Essentiel, rétorqua l'homme. Nous y voilà.

Nous nous arrêtâmes aux pieds des conteneurs. Le secteur était vide de toute agitation, laissant derrière notre groupe les rires des enfants et les bavardages pour entrer dans un monde de silence. De chaque côté s'élevaient des postes de gardes encore inoccupés. Ils le deviendraient sûrement lorsque nous passerions notre temps à l'intérieur. Les hommes de Gustus ne franchirent pas un certain périmètre tandis que leur chef nous invitait à entrer. Comme il nous l'avait précisé, l'extérieur métallique ne reflétait en rien l'intérieur. Plus chaleureux, plus vivant, il nous offrait presque le confort d'un véritable habitat. Ici pourtant, pas de télévision ni de choses superflues. Uniquement les meubles qui nous étaient nécessaire, qui nous donnaient l'impression de vivre normalement par ces temps apocalyptiques. La seule différence résidait dans la bulle de confinement qui nous servirait probablement lors des visites des médecins. Ainsi, personne ne prendrait de risques si l'un de nous était infectés. À ma plus grande surprise, le lit était dissimulé derrière un paravent et attendait sagement d'être investis.

- Ce n'est pas grand chose, mais nous avons essayé de rendre l'endroit aussi accueillant que possible pour ne pas rendre votre isolement trop pénible.

- C'est parfait, répondit Octavia avec un sourire.

- Bien. Il n'y a que deux places par conteneurs donc...

- Les groupes sont déjà fais, nous n'avons pas besoin d'en discuter.

Gustus hocha la tête en signe approbatif et demanda à chacun de désigner son binôme. Bien évidemment, Octavia choisit de rester auprès de Lincoln, pour la plus grande frustration de Bellamy qui se retrouva avec Monty. Murphy choisit de rester tout seul tandis que Lexa et moi annoncions notre volonté d'être ensemble. Un à un, il nous guida jusqu'à notre désormais refuge.

- Nous nous reverrons bientôt, conclut-il en refermant la porte derrière nous.

Comme je m'y attendais, son action fut suivit par le bruit d'une serrure qui se referme mais pour la première fois je ne me sentais pas emprisonnée. Nous avions réussi, nous avions atteint notre but et une fois que ces 72 heures seraient terminées, nous pourrions espérer reprendre une vie normale dans ce monde anormale. Nous n'étions plus seule, condamnée à errer dans les rues en priant pour ne pas devenir l'un des rôdeurs. Cette fois, nous avions une véritable chance d'abandonner la survie et de commencer à vivre.

*CLEXA*CLEXA*CLEXA*

Apaisée. Voilà l'unique mot qui aurait pu me décrire en cet instant. Pas de mort, pas d'armes, pas de peur. Uniquement un calme rompu de temps à autre par le ballet des Patrouilleurs et des médecins. Comme nous le leur avions assuré, aucun d'entre nous ne montrait de signe d'infection et nous sentions notre confinement approcher de la fin. Gustus avait eu la gentillesse de nous donner des nouvelles de Raven et je n'aurais pu être plus heureuse d'apprendre que des médecins l'avaient pris en charge, la tirant définitivement d'affaire. Tout allait pour le mieux. Enfin.

Mon crayon glissa paisiblement sur ma feuille, la mine esquissant des traits qui m'étaient devenus essentiels. Blottie sur une chaise, à l'abri du paravent, des bougies m'éclairaient assez pour pouvoir dessiner tranquillement sans que la lumière ne réveille ma muse, allongée sur le lit. La nuit était bien avancée mais ne trouvant pas le sommeil, j'avais opté pour reprendre une activité que j'avais bien trop longtemps délaissée. Tout dans cet instant m'apaisait et j'adorais cette sensation. Je levai les yeux vers mon modèle et laissai un sourire se dessiner sur mes lèvres. Lexa dormait profondément, tournée de mon côté, m'offrant la vision de son visage si paisible. Ses cheveux retombaient distraitement sur l'oreiller et sur son épaule découverte. Sa poitrine se soulevait lentement, preuve de son sommeil. Elle était magnifique et je doutai qu'un jour l'un de mes dessins puissent lui rendre la moindre justice. Pour une fois ses sourcils n'étaient pas froncés, pour une fois ses rêves n'étaient pas des cauchemars.

Hypnotisée, je posai mon calepin et mon crayon avant de m'approcher du lit et de m'agenouiller à sa hauteur. Les genoux à même le sol, je remis une mèche de cheveux derrière son oreille avant de laisser glisser ma main le long de sa joue. Elle y resta longtemps, mes yeux ne quittant pas son visage. Je n'aurais pu dire combien de temps je restai ainsi mais j'aurais pu y passer ma vie entière. Lexa m'avait donné le courage nécessaire pour tenir, pour résister à tout ça. Elle m'avait appris l'infinité de l'amour que je ressentait pour elle, devenant le soleil de mon univers. Je respirais à travers elle, entendais ses mots qu'elle ne disait pas. Je me perdais en elle sans vouloir retrouver la sortie, m'enfonçant dans les limbes de cet amour qui était devenue tout pour moi. J'avais pensé la perdre tant de fois que parfois la nuit je me réveillais, le souffle coupé, les larmes au bord des yeux mais toujours elle était là. Un regard, une main qui se glissait dans la mienne et je savais. Elle me protégerait autant que je le ferais pour elle.

Je m'avançai et déposai tendrement un baiser sur son front avant d'y apposer le mien. Les yeux fermés, le cœur battant pour elle, je savais que tant qu'elle serait à mes côtés je me sentirais chez moi. Elle était ma maison. Ses bras étaient mon refuge.

- Je t'aime tellement, soufflai-je doucement.

Je sursautai lorsque ses doigts vinrent effleurer mon cou et rouvrit les yeux pour me perdre dans les siens. J'avais le souffle coupé par l'intensité de son regard. Un regard dans lequel se mêlait douceur, amour et bien d'autre chose que rien n'aurait pu décrire. Elle me faisait me sentir unique, me rendait pareil à une étoile scintillante dans le ciel qu'elle aurait contemplé des heures durant sans jamais se lasser. Je n'opposai aucune résistance lorsqu'elle m'attira contre elle pour sceller nos lèvres ensemble et me perdais dans cet échange, mon âme reliée à la sienne par ce simple baiser. Et bien que je l'ai embrassé de nombreuses fois avant, je sentis l'émotion me gagner, serrant ma gorge et menaçant de me submerger. Son pouce chassa une larme que je n'avais même pas pensé avoir laissé échapper, puis une autre, avant qu'elle ne m'incite à venir près d'elle sans jamais se détacher de moi.

Je m'allongeai à ses côtés. Lexa me tint contre elle, ne cessait de me rapprocher comme si elle souhaitait anéantir toute distance et que notre proximité n'était jamais suffisante. Puis, quand le manque d'oxygène devint insupportable pour nous, nous nous éloignâmes à contrecœur, nos fronts reposant l'un contre l'autre. Pourtant cela ne dura pas et très vite le désir vint réclamer sa place. Le sourire aux lèvres, Lexa m'amena au-dessus d'elle, ses doigts épousant la courbure de mon dos pour m'arracher un frisson. Je sentais la chaleur naître au creux de mon ventre plus ses caresses s'accentuaient et lorsqu'elle passa en dessous de mon débardeur, je ne me fis pas prier. Je me redressai sur mes genoux pour l'ôter et le balançai à travers la pièce sans attendre de voir où il avait atterit. Je m'étais déjà emparé de cette bouche si désirable qui me faisait me perdre dans un labyrinthe de sensation. L'une de mes jambes se fraya entre celle de ma fiancée dont la pression lui arracha un gémissement étouffé par mes baisers.

Fiévreuse de désir pour elle, je passai mes mains en dessous de son tee-shirt et m'empressai de le relever pour qu'il me découvre enfin cette peau que je mourrais d'envie de caresser. J'eus à peine le temps de lui retirer que déjà Lexa passait sa main derrière ma nuque et m'attirait à elle, réduisant l'espace entre nous deux jusqu'à ce nous fûmes pressées l'une contre l'autre, nos corps s'emboîtant parfaitement. La chaleur de sa peau résonnait dans tous mon être et plus encore lorsqu'elle appuya sur le bas de mon dos, m'obligeant à effectuer le ballet de plaisir qu'elle réclamait.

Mais bientôt ce contact ne me suffisait plus. J'abandonnai ses lèvres pour descendre sur son cou, s'éloignant encore pour m'attarder sur sa poitrine qui se soulevait d'excitation et d'anticipation mélangée. Je le sentais à ses ongles qui griffaient délicieusement mes épaules, à la façon dont elle respirait de plus en plus vite. Mes mains descendirent sur son corps, effleurant ses côtés, lui arrachant un frisson qui m'encouragea à poursuivre dans ma descente. Douce torture, je m'emparai du haut de son short et le baissai lentement, ma bouche embrassant la peau qui se découvrait de plus en plus. Et lorsque enfin je n'y tins plus, j'achevai de lui ôter, la laissant entièrement nue sous mon regard désireux.

Lexa se cambra lorsque ma langue l'effleura, retenant des gémissements que je finirais tôt ou tard par lui faire pousser. Elle se cambra, encore et encore, s'offrant et s'abandonnant totalement à cette sublime mise à mort que je lui offrais. Ma main passa en dessous de sa jambe, l'entourant et l'encouragea à la placer sur mon épaule pour me permettre de continuer plus encore le plaisir que je lui prodiguait. Ses mains recouvrant sa bouche pour ne pas émettre de son échouèrent lamentablement et je sentais ce quelque chose d'inexplicable monter en moi à chacun de ses soupirs.

Son corps s'arqua, son souffle se figea tandis que seul mon nom lui échappait à l'instant où l'orgasme déferla en elle, résonnant en moi comme la plus délicieuse des musiques. Lorsqu'il la quitta, ma fiancée retomba sur le lit, les yeux fermés et la bouche entrouverte. Une fine pellicule de sueur recouvrait sa peau mâte, enfant de notre union. Lexa tentait de reprendre sa respiration mais quand elle rouvrit les paupières, je vis dans ses yeux tournoyer une passion nullement éteinte par notre étreinte. Alors je me laissai faire lorsqu'elle me bascula son le dos et entreprit à son tour de me perdre dans les limbes de la jouissance.

Nos ébats ne prirent fin qu'avec la naissance du jour, consciente qu'il ne nous restait qu'une poignée d'heures avant qu'un groupe de Patrouilleurs ne viennent nous rendre visite. Allongées, enlacées, nous laissâmes filer un temps qui n'appartenait plus qu'à nous. Sans tenter de le retenir ou de l'allonger, profitant uniquement du présent qui nous était offert. La passion, sans nous quitter, avait laissé place à la tendresse et au réconfort d'être simplement l'une avec l'autre. Couchée face à face, nos doigts entrelacés, nous fixions le reflet de nos âmes dans nos regards échangés.

- S'il t'arrivait quelque chose...voulus-je murmurer mais ses doigts se posèrent sur ma bouche pour m'empêcher de continuer.

- Shhh... Tu ne dois plus penser à tout ça maintenant. Nous avons réussis Clarke. Nous sommes en sécurité. Nous avons le droit de profiter de notre bonheur à présent.

Je hochai la tête, consciente qu'elle avait raison.

- Que ferons-nous lorsque nous sortirons d'ici ?

Pendant un instant, Lexa ne me répondit rien. Elle se contenta de jouer avec mon poignet, puis mes cheveux blonds, avant de tracer du bout des doigts les lignes de mon visage. Ses yeux se plongèrent dans les miens au moment où elle dirigea ma main en direction de son sein gauche, là où je pus sentir son cœur battre régulièrement.

- Nous vivrons.


Je l'avoue, j'ai hésité pendant un très long moment à ce que ce chapitre soit le dernier. J'ignore toujours d'ailleurs si c'est une bonne idée que je continue, sachant que beaucoup d'entre vous aimerait la voir s'arrêter ainsi. Il y a cependant encore des questions sans réponses et c'est à vous de me dire si vous aimeriez voir la fiction s'achever sur ce chapitre ou éventuellement le prochain, ou si vous aimeriez le voir durer encore pendant quelques chapitres de plus.

J'espère qu'il vous aura plus et que je me suis faites pardonnez mon retard !

J'attends vos avis avec impatience, prenez soins de vous !

XoXo