« Tony, Tony ! »

Assis sur le banc en face de chez Bucky's, Tony releva la tête et sourit à une Alma rouge d'excitation.

« On va déménager ! », déclara l'enfant avec un sourire béat.

Eh bien. Justin n'avait pas perdu de temps, il devait bien lui reconnaître ça. Trois jours avant, Hammer lui avait même envoyé un message pour l'informer que le diagnostic de l'immeuble était terminé et que les travaux commenceraient bientôt. La carotte agitée sous son nez était à ce point appétissante que Justin était décidé à ne pas laisser traîner les choses.

« Bonjour, Tony, sourit Steve.

— Bonjour, Steve. Alors, c'est vrai, vous partez ?

— Provisoirement, oui, le temps que l'immeuble soit rénové. Je n'en reviens toujours pas : le propriétaire va faire les travaux !

— C'est une excellente nouvelle ! Je suis très content pour vous deux.

— Merci. Je ne sais pas ce qui a bien pu le faire changer d'avis mais je suis vraiment soulagé. Je craignais pour la santé d'Alma et j'étais à deux doigts d'accepter l'offre de Bucky de venir habiter chez lui, même si son appartement est tout petit. Et, aujourd'hui, on nous demande de faire nos bagages pour ne pas subir les désagréments des travaux ! Franchement, si je n'avais pas les lettres sous les yeux, je n'y croirais pas, tant le comportement de notre propriétaire a changé du tout au tout », déclara Steve.

Même avec les lettres sous les yeux, il semblait encore légèrement incrédule. Difficile en effet de comprendre par quel miracle Monsieur Vautour avait bien pu se transformer en Marraine-la-fée.

« Il a peut-être eu peur d'un procès, si tous les locataires décidaient de saisir la justice ? hasarda Tony.

— Peut-être, acquiesça Steve. Après tout, peu importe, du moment que nous retrouvions un logement sain.

— Où allez-vous être relogés ? », demanda, Tony, l'air de ne pas y toucher.

Steve lui communiqua l'adresse et Tony siffla. Justin n'avait pas hésité à reloger - d'accord, provisoirement - ses locataires dans un immeuble luxueux situé dans un quartier hors de prix. Il savait que le bâtiment venait d'être refait de fond en comble pour accueillir à terme une clientèle très aisée. Ainsi, Justin voulait tellement son terrain qu'il était prêt à mettre un immeuble aussi prestigieux à la disposition de locataires qu'il avait jusque là consciencieusement ignorés ? Intéressant.

« Eh bien, il ne se moque pas de vous !

— Oui, je suis allé voir l'immeuble avec Bucky. C'est vraiment très beau. Bucky était persuadé que j'avais mal lu ou qu'il y avait une erreur sur le courrier, tellement c'est... euh, très beau.

— Vous n'avez pas l'air franchement emballé, constata Tony, surpris.

— Si. Si, si, bien sûr. Qui ne le serait pas ? C'est juste que... ça fait un peu trop beau et ça nous change beaucoup de notre quartier. J'espère qu'on ne va pas faire tache, là-bas. »

Ce gars n'était vraiment pas croyable. On lui offrait de dormir au Waldorf Astoria et il préférait descendre au Comfort Inn ? La moue incrédule du brun n'échappa pas à Steve.

« Je sais, rit-il. Je dois avoir l'air stupide. Bucky m'a traité d'idiot quand je lui ai dit ça mais je n'ai jamais eu des goûts de luxe. Je veux juste retrouver mon appartement, débarrassé de ses problèmes d'humidité. C'est dans cet appartement que Peggy et moi nous sommes installés quand nous avons décidé de nous marier, c'est là que nous avons conçu et élevé Alma... J'ai plein de souvenirs dans cet appartement, dans ce quartier, je n'ai pas envie d'en changer. »

Ah. Les seuls souvenirs qu'avait Tony de sa tour étaient les moments où il en changeait la déco.

« Je suis désolé, Tony, dit Steve, l'air gêné.

— Pour ?

— Je suis là, à pratiquement me plaindre d'être relogé dans un palace pendant que mon appartement est rénové alors que vous... »

Du Steve pur jus. Craignant un retour à la charge du bon Samaritain, Tony s'empressa de le rassurer :

« Je vais très bien, Steve, je vous assure. Je ne dors pas dans la rue, si c'est ce que vous craignez.

— Où dormez-vous ?

— Au sec, répondit Tony, déterminé à mentir et à en dire le moins possible.

— Vous ne voulez pas me le dire ? Vous savez, il n'y a pas de honte à dormir dans un foyer pour sans-abris.

— Ça me regarde. Écoutez, se reprit-il, je ne veux pas me montrer cassant. Je vois bien que vous voulez m'aider et c'est vraiment sympa de votre part, mais ça va. Je fais ce que je veux quand je le veux, je dors au chaud et je mange à ma faim, alors ne vous inquiétez pas pour moi. Et je suis ravi qu'Alma et vous viviez bientôt dans un environnement sain. Vraiment. »

Steve le regarda longuement avant de capituler :

« Très bien, mais promettez-moi de venir me trouver si vous avez besoin d'aide. Ne laissez pas votre fierté refuser une main tendue.

— Promis », répondit Tony.

Il pouvait bien jurer, cette promesse ne l'impliquait pas beaucoup.

« Et, de votre côté, si vous avez besoin d'aide, en mécanique ou... pour n'importe quoi, n'hésitez pas non plus. Je ne vous ai pas encore remercié pour le repas, alors si je peux-

— Vous n'avez pas à me remercier, Tony. Ce n'était pas grand chose et nous avons tous passé une bonne soirée. Même si Alma n'arrête pas de me chanter "nana bobò" depuis ce fameux soir », rit Steve.

Alma, qui était restée relativement silencieuse jusque là, choisit ce moment pour se manifester :

« Tu sais, j'ai dit à Angie que j'étais une comtesse mais je ne me rappelais pas bien la chanson, à part "nana bobò". Elle a dit que ce serait bien que tu lui chantes, à elle aussi. »

Tony eut une image de lui en nounou de choc, chantant des berceuses italiennes ou rentrant dans la peau d'un super-héros pour le plus grand plaisir de deux gamines survoltées.

« Alma, intervint son père. Laisse un peu Tony tranquille, d'accord ?

— Je t'embête, Tony ? demanda Alma, ignorant royalement son père.

— Non. Tu me fais rire, sourit largement Tony.

— Tu vois, papa ? Je l'embête pas, asséna Alma avec un sourire de triomphe. Tu sais, Tony, si tu veux, tu peux venir nous aider à emballer nos affaires pour partir dans notre nouvel appartement. Comme ça tu verras oncle Buck, Angie et sa maman, Wanda... énuméra-t-elle en comptant sur ses doigts.

— Alma, c'est très impoli de-

— Il a dit qu'il voulait nous aider ! protesta la petite. Et toi, tu as dit que ça irait plus vite si on avait un petit coup de main !

— Mais Tony a peut-être quelque chose de plus important à faire, tenta Steve, affreusement gêné.

— Je serai content de pouvoir vous aider, le rassura Tony. Quand voulez-vous que je vienne ?

— Je comptais faire ça après-demain mais-

— Après-demain, c'est noté, le coupa Tony. Je vous assure que ça ne me dérange pas.

— Je ne sais pas si...

— Il n'y a pas longtemps, quelqu'un m'a fait promettre de venir le trouver si j'avais besoin d'aide. Je trouverais vexant que ce quelqu'un refuse mon aide quand il en a besoin », sourit Tony.

Steve se tut avant de sourire à son tour.

« Et si ce quelqu'un trouvait lui aussi vexant de ne pas réussir à vous convaincre qu'il peut vous aider à vivre mieux ?

— Hé ! J'ai promis de vous demander de l'aide si j'en avais besoin, pas vrai ? C'est juste que, pour l'instant, je n'ai pas besoin d'aide. Mais je saurai m'en souvenir. Steve, croyez-moi, ma vie ne pourrait être plus belle. Je vis la vie que je voulais mener, sans personne pour me dire quoi faire ou quand le faire, je ne veux surtout pas y changer quoi que ce soit.

— Vous êtes affreusement têtu, soupira Steve.

— Absolument. Je viens à quelle heure, après-demain ? »


« Tu as fait quoi ? », s'exclama Rhodey au milieu du restaurant à l'ambiance feutrée où ils s'étaient rejoints pour dîner. Une vieille dame à l'air revêche le fusilla du regard, par-dessus son assiette de lotte.

James n'aurait pas eu l'air plus effaré si Tony lui avait annoncé qu'il avait prévu de se construire une armure volante faite d'un alliage or-titane.

« Attends, Tony, que je voie si j'ai bien tout compris. Non seulement tu fais chanter ton concurrent pour qu'il rénove un bâtiment insalubre mais, en plus, tu vas jouer les déménageurs pour un type que tu ne connaissais pas il y a deux mois ? »

Tony soupira. Il s'était bien douté que son ami risquait d'être étonné mais il ne s'était vraiment pas attendu à ce qu'il soit si... choqué ? indigné ? Non, furax conviendrait mieux pour décrire Rhodey en cet instant précis.

« D'abord, je ne le fais pas chanter. Je lui ai juste demandé de faire les travaux nécessaires pour que ses locataires puissent vivre dans des conditions décentes, tenta-t-il de se justifier.

— Et il a accepté parce qu'il avait été touché par la grâce ? Ou parce que tu l'avais menacé de balancer l'affaire à la presse ?

— D'accord, je l'ai peut-être un peu "incité" à accélérer les choses. Mais, si je ne l'avais pas fait, un journaliste un peu curieux aurait pu sortir l'affaire et-

— Ah. Maintenant tu vas me dire que tu as fait tout ça pour aider Justin Hammer, un type que tu n'as jamais pu blairer ?

— Bien sûr que non ! Mais les locataires étaient à bout et ce con se foutait bien de leurs plaintes. À mon avis, il n'aurait pas fallu longtemps avant que l'un d'eux saisisse la justice. Ou contacte la presse. Au moins, je lui évite un scandale retentissant, fit-il en grimaçant.

— Non, mais, tu t'entends, là ?! Mais qu'est-ce que tu fous, Tony ?! »

Cette fois, James semblait complètement désorienté. Et consterné. Merde.

« D'accord, je ne fais pas ça pour Hammer. Ce débile pourrait être traîné dans la boue par toute la presse du pays que je rajouterais de la merde sur sa face de belette constipée, dit-il avant d'adresser un sourire rassurant aux clients du restaurant qui s'étaient tournés vers eux en entendant Rhodey élever la voix. Mais tu sais comment ça se passe : contre ce genre d'individus, il faut jouer avec les mêmes armes. Les courriers de ses locataires ? Il ne les lit même pas. Les menaces de procès ? Il s'en tape, il a un bataillon d'avocat prêts à faire durer les procédures des années au besoin. Par contre, un bad buzz alors que débute sa nouvelle campagne ? Là, il commence à flipper et à réfléchir. Tu as raison, je le fais chanter. Mais c'était le moyen le plus sûr et le plus rapide d'obtenir de lui qu'il se bouge le cul », finit-il avec un petit sourire d'excuse.

Rhodey le regarda longuement avant de demander d'une voix douce :

« Je préfère que tu te montres honnête, mon pote, même si ce n'est pas joli-joli à entendre. Mais je ne comprends toujours pas pourquoi tu fais tout ça. »

Bonne question.

« Tu me croiras si je te dis que j'en sais trop rien ? »

Le regard incrédule et toujours furieux le renseigna : non, il ne le croirait pas.

« D'accord. Je t'ai raconté que ce type - Steve - pensait que j'étais à la rue et qu'il m'avait donné de l'argent, une écharpe et une assiette de ragoût ?

— Oui, tu me l'as dit, répondit Rhodey avec impatience.

— Il m'a aussi invité à dîner chez lui et c'était... sympa. Vraiment. J'ai passé une bonne soirée, continua-t-il, encore surpris de le réaliser. La gamine est mignonne, le père, plein de bonnes intentions, qu'est-ce que je pouvais faire ? Les envoyer promener ? Non, je ne pouvais pas, alors j'ai mangé avec eux et, pour une fois, c'était sympa de ne pas entendre des "allez, Tony, fais-nous rire !" ou des "Tony, s'il te plaît, dis-nous sur quoi investir en ce moment !", oui, c'était sympa de passer une soirée avec des gens qui n'attendaient pas de moi que je fasse le show.

— D'accord, tu as passé un moment agréable avec des gens qui ignorent que tu es Tony Fucking Stark. Et, pour les remercier, tu décides que tu vas refaire leur appart ?

— C'était vraiment très humide, Rhodey. Tu aurais vu la tache au plafond, dans la chambre de la petite ! C'est pas bon pour ses poumons. Alors, j'ai parlé avec le père qui m'a donné le nom du propriétaire de l'immeuble. Ce n'est quand même pas de ma faute si c'est Hammer, le proprio !

— Aurais-tu été aussi enclin à les aider si ce n'avait pas été lui ?

— C'est un coup bas, mon pote, répondit un Tony sincèrement vexé. J'avais décidé de les aider avant d'apprendre qui était derrière Epsilon Group. C'est juste que je m'inquiète pour la petite. Elle est absolument adorable, même si elle a déjà un sacré caractère, sourit-il. Elle est pleine de vie, je n'ai pas envie d'apprendre qu'elle est devenue asthmatique parce que l'appartement où elle vit est bouffé par l'humidité ! Putain, je veux juste faire un petit geste pour aider un père et sa fille, pourquoi ça me vaut un procès d'intention ?

— Peut-être parce que je ne t'ai jamais vu t'impliquer aussi personnellement pour quelqu'un que tu connais à peine », asséna Rhodey.

Bien sûr. On en revenait toujours à l'image publique de Tony Stark, milliardaire blasé pour qui le malheur des autres se résumait aux soirées de charité auxquelles il se montrait, vêtu de smokings coûteux, après être sorti d'une voiture de luxe. Cela faisait bien longtemps que Tony ne se préoccupait plus de l'image que la presse renvoyait de lui. Mais que son meilleur ami le voie, au mieux, comme un ermite redoutant de se mêler aux « vrais gens », ou pire, comme un connard égocentrique, le blessait plus qu'il ne l'aurait cru possible.

« Je croyais que j'étais un mec bien ? Le mec bien qui vient en aide aux étudiants défavorisés et aux handicapés ?

— Tu l'es. Tu es un mec bien, Tony. Je le pense vraiment. Je sais ce que pense la presse, mais moi, je te connais depuis le MIT, je sais qui tu es. Tu te soucies des autres et tu fais tout ce que tu peux pour améliorer le quotidien des gens qui rencontrent des difficultés. Je suis désolé si mes paroles ont pu te faire croire que je pensais le contraire. C'est juste que... toi, tu aides en créant. Une bourse d'études, un exosquelette pour pallier les lésions de la moelle épinière... c'est énorme, cela aide ou va aider des milliers de personnes. Honnêtement, c'est génial ce que tu fais, Tony, n'en doute jamais.

— Mais ?

— Mais je ne t'ai jamais vu jouer les dames patronnesses ou les Mary Poppins. Et ça m'inquiète.

— Ça t'inquiète ?

Il est plus dangereux de faire le bien que le mal, cita son ami.

— Orson Wilde ?

— Picabia.

— Tu t'intéresses aux surréalistes ? Très bien. Que dis-tu de celle-ci : faire du bien aux autres, c'est de l'égoïsme éclairé. Aristote. Je gagne ?

— Tony, ce n'est pas un jeu, soupira Rhodey. Que crois-tu qu'il va se passer quand ce type apprendra qui tu es ? Je vais te dire ce qui va arriver : il croira que tu t'es moqué de lui et il sera, au mieux, déçu, et, au pire, furieux. Dans les deux cas, ça te retombera dessus.

— Putain, mais je ne me moque de personne ! J'ai essayé de lui dire la vérité, Rhodey, j'ai essayé. Plusieurs fois. Mais il est persuadé que je suis SDF et que ça a fini par me porter sur le système. Dès que je veux lui parler de la Tour, ou de Stark Industries, il pense qu'à force de vivre dans la rue, j'ai développé une "perception altérée de la réalité", dit-il en mimant des guillemets avec les doigts. Je te jure, je ne m'amuse pas avec lui, je veux juste l'aider. Lui veut m'aider parce qu'il pense que je suis à la rue. Moi, je n'ai pas besoin d'aide mais, par contre je peux lui en apporter une. Pour répondre à ta question, je fais tout ça surtout parce que je peux le faire. Quel est le mal dans tout ça ?

— Aucun, probablement, acquiesça Rhodes. Cela n'empêche que j'ai peur que ça finisse par t'exploser à la figure.

— Arrête, on dirait Pep, fit Tony en levant les yeux au ciel.

— Eh bien, je suis d'accord avec elle. Tony, je ne te reconnais pas ! D'un côté, tu fréquentes une famille qui te croit SDF, tu vas au parc avec eux, tu manges avec eux, tu vas les aider à faire leurs cartons et, de l'autre, tu joues les bienfaiteurs masqués en n'hésitant pas à offrir un terrain très convoité à ton rival. Ou tu vas virer schizophrène ou tu vas te prendre un méchant retour de flamme.

— Peut-être que j'ai toujours été schizo, mon pote. Ou peut-être que cela me change, pour une fois, de fréquenter de "vrais gens", des mecs qui ne voient pas neuf zéros s'afficher quand j'arrive quelque part ou des femmes qui ont d'autres soucis dans la vie que de savoir si on peut porter des Jimmy Choo avec une robe Anna Sui. Et peut-être que ça va m'exploser à la gueule et que je l'aurais sûrement bien cherché. Mais ne t'inquiète pas pour moi, je fais le con depuis que je sais marcher, alors je sais comment tomber sans me faire trop mal, déclara-t-il en sentant la migraine pointer.

— Tony, ne le prends pas comme ça, s'il te plaît. Tu sais que c'est mon rôle de te dire les choses que tu n'aimes pas entendre ? dit James avec un petit sourire. Toi, tu fais le con, et moi, je te dis quand tu le fais. Écoute, je sais que tu veux bien faire, c'est juste que je n'aimerais pas que tu t'en mordes les doigts.

— Ne t'inquiète pas, maman, je gère. Je pourrais quand même venir pleurer dans ton giron s'ils sont méchants avec moi ? Et tu m'apporteras un chocolat chaud au lit ? Avec de la guimauve ?

— Espère, crétin », rétorqua Rhodey avec un sourire qui démentait ses paroles.

Ils discutèrent encore un moment, en évitant soigneusement de revenir sur le « cas Rogers ». Tony le questionna sur ses prochaines missions, James voulut savoir s'il voyait quelqu'un et lui demanda d'embrasser Pep pour lui.

Quand le milliardaire eut payé la note, ils se dirigèrent vers la sortie. Le chauffeur de Tony l'attendait sur le trottoir devant le restaurant et lui ouvrit la portière. Quand Tony fut assis dans la voiture, il descendit la vitre côté passager :

« Tu es sûr que tu ne veux pas que je te ramène ?

— Sûr et certain. Je préfère marcher un peu, c'est bon pour la digestion.

— Comme tu veux, lieutenant.

— Fais attention à toi, mon pote.

— Toujours, sourit Tony. Hé, mon pote ?

— Oui ?

— Le terrain que j'ai promis à Justin...

— Oui ?

— Ce ne sera pas rendu public avant plusieurs semaines, mais la commission de l'urbanisme s'apprête à rendre son verdict : la zone sur laquelle se situe mon terrain sera déclarée zone verte, le terrain est donc inconstructible et ne vaut même pas le prix des arbres qu'on va y planter.

— Tu le sais depuis quand ? fit Rhodes, interloqué.

— J'ai été officieusement prévenu quelques jours avant de l'agiter sous le nez de Hammer, répondit Tony avec un large sourire. Tu vois : on peut jouer les dames patronnesses et rester un vrai requin. Rassuré sur mon état mental ? »