Excellente année 2017 à vous toutes. Comme je reste une incurable optimiste, j'espère vraiment que 2017 sera moins horrible que 2016. Prenez soin de vous et de vos proches, restez soudés et profitez, profitez encore. Bisous !
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« Du pissenlit. Une tisane de fleurs de pissenlit, trois fois par jour. J'ajouterais du chardon-marie, vu votre état, ce ne serait pas du luxe », dit la jeune femme d'un air pénétré.
Quand Tony était arrivé devant l'immeuble de Saint Nicholas Avenue, elle lui était littéralement rentré dedans et sa pile de cartons d'emballage vides s'était retrouvée sur le trottoir. Il s'était obligeamment précipité et l'avait aidée à ramasser ses cartons avant de l'accompagner à l'intérieur du bâtiment. La demoiselle avait souri, l'avait remercié et ne l'avait plus lâché. Elle s'appelait Wanda - parce que ses parents étaient fans du film, vous savez, le poisson ? expliqua-t-elle - habitait l'immeuble et était naturopathe. Elle se méfiait de l'allopathie et était persuadée que la plupart des maux de la terre pouvaient être traités par les plantes. Après avoir regardé Tony dans les yeux, elle avait établi son diagnostic : le foie de Tony devait être nettoyé, et rapidement encore. Si Tony ne savait pas où trouver du pissenlit ou du chardon-marie, elle se ferait un plaisir de lui en procurer. Tout en montant l'escalier, Tony l'écouta pépier comme un joli petit oiseau, ses larges créoles cliquetant à chaque fois qu'elle tournait la tête vers lui, sa jupe longue dansant autour d'elle. Le milliardaire sourit poliment avant d'annoncer qu'il était arrivé.
« Vous allez chez Steve ? Quelle coïncidence ! Moi aussiiiii ! », s'exclama Wanda en battant des mains comme une enfant. Une enfant de 25 ans qui passa le bras sous celui de Tony en lui décochant un grand sourire. « Il n'y a pas que le foie qu'il va falloir me soigner, Tony. De la racine de rhodiola, voilà qui devrait- »
Steve vint ouvrir la porte à ce moment, au grand soulagement de Tony.
« Bonjour Wanda, bonjour Tony, vous avez déjà fait connaissance ? sourit le blond.
— Tony m'a aidée à porter mes cartons. N'est-ce pas adorable de sa paaart ? dit-elle en traînant sur la dernière syllabe, avec une légère pointe d'accent que Tony ne parvint pas à identifier.
— Ce n'était pas grand chose, vraiment.
— Et modeste, en plus ! Galant et modeste. Steve, tu as décidément des amis charmants mais tu nous les caches, petit cachottier, fit-elle en agitant l'index devant le nez de Steve. À ce propos, le beau James n'est pas encore arrivé ? », demanda-t-elle en regardant autour d'elle avec une moue pleine d'espoir.
Tony se demanda si elle ne fumait pas sa racine de rhodiotruc pour s'extasier ainsi sur tout et n'importe quoi.
« Bucky attend une livraison au restaurant, il nous rejoindra d'ici une heure ou deux -
— Wanda ! hurla Alma en se précipitant dans les bras de la jeune femme. Je suis trop contente que tu sois là, on va bien s'amuser toutes les trois. Et Tony est venu aussi, s'exclama-t-elle en enlaçant les jambes du brun. C'est trop bien, Angie est déjà là, on est en train de ranger ma chambre. Et oncle Buck sera bientôt là, lui aussi, continua-t-elle, sa voix montant dans les aigus.
— Alma, l'interrompit son père. Aujourd'hui, on range nos affaires pour aller dans l'autre appartement, tu te rappelles ? Ce n'est pas un goûter d'anniversaire.
— Oui, papa. Je sais. Mais ça va être sympa quand même, même si on va ranger.
— Oui, Steve, nous allons ranger dans la bonne humeur. Et j'ai apporté de la menthe poliot et du fenugrec pour nous concocter une bonne tisane stimulante en cas de baisse d'énergie », renchérit Wanda avant qu'Alma ne la prenne par la main et ne l'entraîne vers sa chambre.
Dès qu'elle fut hors de vue, Steve se tourna vers Tony en souriant :
« Alors, qu'a-t-elle voulu vous soigner ?
— Mon foie, à grand renfort de pissenlit et de chardon.
— Si ce n'est que ça, ça va, rit-il. Elle est adorable même si elle peut aussi être un peu... fatigante. Parfois, je me dis que si elle s'entend si bien avec Alma, c'est parce qu'elles ont le même âge dans leur tête.
— C'est votre voisine ?
— Oui, Wanda est celle à qui Alma a conseillé d'arrêter de se teindre les cheveux "en jaune", expliqua-t-il avec un haussement d'épaules. Depuis, elles ne se quittent plus et Wanda m'a dépanné plus d'une fois en gardant Alma. »
Tony ne parvint pas à maîtriser complétement un froncement de sourcil.
« Elle a l'air complètement à l'ouest, c'est vrai, mais elle a un don avec les gosses, ça se passe toujours bien avec elle. Par contre, inquiétez-vous si elle sort son tarot, rit-il.
— Je m'en souviendrai. On commence par quoi ?
— On va s'occuper du salon en premier. Venez, je vais vous présenter les parents d'Angie. »
Les présentations faites, - le père d'Angélique avait beau ne pas être très grand, il était déjà plus grand que Tony, constata ce dernier avec dépit - chacun s'attela à emballer, protéger et ranger dans des cartons. Les meubles devaient être démontés pour pouvoir quitter Saint Nicholas Avenue et rejoindre le garde-meubles gracieusement mis à leur disposition par Hammer. Tony entreprit de démonter le buffet pendant que son hôte allait ouvrir la porte d'entrée avant de revenir dans la pièce, accompagné par un homme brun, athlétique et souriant.
« Tony, je vous présente Sam. Je crois que je vous ai déjà parlé de lui, non ? Nous nous sommes rencontrés à l'Armée du salut.
— Enchanté, Sam, fit Tony en tendant la main.
— Salut, Tony, répondit l'autre avec un sourire éblouissant. Un coup de main pour finir de démonter ce truc ? »
Avec l'aide de Sam Wilson, finir de démonter le buffet fut un jeu d'enfant. Au bout d'une heure, ils avaient pratiquement fini de démonter tout ce qui devait l'être dans la pièce et Steve dut intervenir pour leur signifier que cette commode était un meuble de famille extrêmement délicat, merci de ne pas y toucher.
Tony et Sam se sourirent et décidèrent qu'ils avaient bien mérité une petite pause. Ils se rendirent alors dans la cuisine où, autour d'un café, la conversation, d'abord anodine, prit vite un tour personnel. Tony apprit que Sam avait été parachutiste et qu'il avait quitté l'armée deux ans auparavant, suite à un « accident ». Au ton employé, Tony devina que ce n'était pas Sam qui avait été victime de l'accident en question mais le regard douloureux et la mâchoire crispée de Sam le dissuadèrent de poser plus de questions. Depuis son départ de l'armée, Sam aidait les anciens soldats rentrant de la guerre et offrait également un soutien psychologique aux « êtres cabossés par la vie » à l'antenne locale de l'Armée du salut. Tony, qui avait deviné depuis longtemps où cette discussion allait aboutir, sourit.
« À quel moment aviez-vous prévu de m'offrir de passer vous voir, juste pour discuter de ma situation ? dit-il, plus amusé que fâché.
— Pile maintenant, en fait, rigola Sam. Steve m'a parlé de vous. Il vous aime bien et souhaiterait vous aider-
— Alors il vous a demandé de passer, sachant que je serai là ?
— Nope. Il m'a demandé de passer parce que je suis un pro du tournevis. Juré ! fit-il en ouvrant les bras. Mais on s'est aussi dit que si, pendant qu'on démontait quelques meubles, je pouvais vous convaincre de passer, alors ça vaudrait le coup », répondit Sam avec un sourire et une sincérité désarmants.
Le gars lui plaisait. Il lui rappelait un peu Rhodey par sa franchise et son sourire. Tony n'était même plus exaspéré par l'ardeur que mettait Steve à vouloir l'aider. Encore heureux, après tout ce que tu fais dans le dos de Steve, tu ne vas pas en plus lui reprocher de vouloir être sympa. Lui, au moins, il ne se fait pas passer pour ce qu'il n'est pas. Ce n'est pas parce que je pense à toi que je te demande ton avis, James.
« Je ne me sens pas plus mal que la plupart des habitants de cette ville, sourit Tony. Mais si j'ai vraiment besoin d'aide, je viendrai vous voir, promis.
— Vous avez intérêt, rétorqua Sam, ou vous n'avez pas fini d'entendre Steve.
— Il est terrible, hein ?
— Trop. D'ailleurs, je pense qu'on devrait s'y remettre, avant qu'il nous tombe dessus. »
Riant tous les deux, ils s'attaquèrent au dernier meuble encore sur pieds. Ils riaient toujours quand Steve revint, accompagné d'un grand brun - il allait devoir s'y faire, tous les amis et connaissances de Steve semblaient plus grands que Tony - à la mine particulièrement maussade. Le nouvel arrivant le fixa de longues secondes sans parler et Tony se sentit comme un gamin sur le point de se faire gronder par la maîtresse.
« Salut Bucky, ça roule ? le salua Sam, rompant enfin le silence.
— Sam, fit le nouvel arrivant avec un simple hochement de la tête.
— Comment ça se passe au restaurant ? Les affaires sont bonnes ? demanda Sam, nullement découragé par la sécheresse du ton.
— Ça va », répondit le dénommé Bucky sans daigner sourire. Son regard froid était braqué sur Tony qui commençait à trouver l'atmosphère pesante.
« C'est vous, Tony ? »
Le ton était carrément glacial et Tony eut le sentiment de se trouver sur les bancs des accusés. Restait à connaître le crime qu'on lui reprochait.
« C'est bien moi, répondit-il en s'efforçant de rester enjoué. Et vous êtes donc le fameux oncle Buck ? », dit-il en tendant la main.
L'homme regarda sa main comme s'il le soupçonnait d'y dissimuler une grenade miniature avant de la lui serrer, comme à contrecœur.
« Je suis James Buchanan Barnes, rectifia-t-il. Ce sont mes amis qui m'appellent Buck. »
Ah. Tony se faisait préciser d'entrée de jeu de quel côté de la barrière il se trouvait. Très bien. Aucun problème.
« Bucky, intervint Steve, Tony est gentiment venu nous aider à déménager. Il est-
— J'aurais pu le faire moi-même, le coupa l'autre.
— Sûrement, mais, grâce à l'aide de tous ceux qui ont gentiment, reprit Steve d'un ton ferme, proposé un coup de main, nous en aurons bientôt fini. Les parents d'Angie sont également venus, ils sont en train de démonter l'armoire d'Alma, aidés par Wanda et-
— Quoi ?! Elle est là aussi, l'autre dingue ?
— Bucky ! Tu es vraiment obligé de te montrer blessant ? Wanda est une gentille fille et Alma l'adore-
— Ta fille a cinq ans, et Wanda en a à peine plus dans sa tête », rétorqua Bucky.
C'était intéressant de voir à quel point les deux amis se rejoignaient sur l'âge mental de la jeune femme. Bucky se montrait juste aussi intraitable que Steve était bienveillant.
« Oncle Buck ! s'exclama Alma. Je savais bien que j'avais entendu quelqu'un arriver ! Tu tombes bien, on n'arrive pas à démonter mon lit », dit l'enfant en souriant.
Tony fut aux premières loges pour assister à la métamorphose de Grumpy Cat Bucky. Dès qu'Alma apparut, l'air maussade disparut, remplacé par un large et franc sourire, et son regard s'éclaira. Débarrassé de sa face de constipé chronique, James Barnes était un beau garçon et Tony comprit pourquoi Steve avait pu penser que Peggy était attirée par lui. Il prit délicatement la petite fille dans ses bras et lui assura qu'il allait s'occuper de ce lit récalcitrant.
La petite Angie, venue voir ce que faisait son amie, eut aussi droit à un sourire, et même à un bisou.
« Angie, c'est bon, oncle Buck est arrivé. Il va y arriver, lui », dit Alma, toute fière de son "oncle".
Angélique hocha la tête sans répondre et se dirigea vers Tony.
« Bonjour, Tony. Tu as amené ton manteau ?
— Bonjour, Angie. Non, pas aujourd'hui.
— C'est dommage. Maman aurait pu te le recoudre », dit la petite, déçue.
Quel dommage, en effet. Ledit manteau était resté à la tour, Tony ayant opté pour une tenue décontractée et surtout, moins voyante.
« T'as vu mon papa ? Il a amené sa doudoune pour toi.
— Je l'ai vu, répondit Tony en prenant une grande inspiration. Mais je crois qu'elle ne va pas m'aller, malheureusement, fit-il avec un air faussement désolé.
— Tu crois ? Mon papa est pourtant moins grand que Steve ou que Buck. »
Angélique, vainqueur par KO, rigola Rhodes. La ferme, Maverick.
L'air déçu, Angie regagna la chambre de son amie d'où provenaient des gloussement ravis. Probablement Wanda en transe devant le « beau James ».
« Ne vous inquiétez pas, Tony, il est comme ça avec pratiquement tout le monde, cela n'a rien de personnel, le rassura Sam.
— Ah. Même avec vous ?
— Pour vous donner une idée, il ne m'appelle par mon prénom que depuis deux mois. Avant, j'étais juste "l'autre là-bas".
— Sympa, grimaça Tony.
— N'est-ce pas ? sourit Sam. Même si j'en ai vu d'autres, j'ai passé un bon moment à me demander ce que j'avais bien pu lui faire. Maintenant que je connais un peu leur histoire, je comprends mieux. Vous savez, ils se connaissent depuis l'enfance et Bucky s'est toujours comporté comme un grand frère vis-à-vis de Steve. Il-
— Oui, Steve m'a raconté comment il était, gamin, et comment son ami volait à son secours.
— Oh ? Il ne se confie pas facilement, pourtant, dit Sam en le regardant d'un autre œil. Évidemment, Steve n'a plus besoin d'être protégé physiquement mais je crois que Buck le voit toujours comme le petit gars malingre qu'il doit défendre, même si les menaces ne sont plus d'ordre physique. Il pense que Steve est trop confiant et que le monde est plein de sales types prêts à abuser de sa gentillesse. Alors, dès qu'un inconnu approche de trop près Steve, le malheureux doit s'attendre à avoir Buck sur le dos.
— Vous êtes rassurant, Sam.
— Je vous préviens, juste pour que vous ne flippiez pas trop. Préparez-vous à un interrogatoire serré.
— Vous voulez vraiment que je prenne mes jambes à mon cou, Sam ?
— Ça dépend, Tony. Vous courez vite ? »
Bucky avait démonté le lit d'Alma sous les encouragements énamourés de Wanda. Alma, avec l'aide d'Angie, avait fini de ranger ses livres et ses jouets dans des cartons. Les parents d'Angie finissaient d'emballer la vaisselle dans la cuisine pendant que Sam, Steve et Tony posaient enfin leurs tournevis.
« Je ne pensais pas que cela aurait été si vite, déclara Steve, ravi. Merci encore pour votre aide, c'est vraiment sympa d'être venus.
— Tu croyais vraiment qu'on t'aurait laissé tomber, Steve ? sourit Sam.
— Non, mais ça fait plaisir de voir qu'on peut compter sur les autres », répondit Steve en regardant Tony.
Tony sourit mais ne saisit pas la perche tendue par le blond.
« Vous êtes sûr qu'il n'y a plus rien à faire ? demanda-t-il plutôt.
— Il reste bien encore deux-trois choses mais cela peut attendre. Nous avons tous mérité une vraie pause et Bucky a ramené plein de bonnes choses du restaurant. »
Bucky, grand vainqueur du lit récalcitrant, avait fait un retour triomphal au salon, escorté par Angie, Alma et Wanda.
« Jaaames ! Vous êtes tellement fort, c'est impressionnant. Comment faites-vous pour avoir des biceps pareils ? s'exclama Wanda, avec l'air extatique de celle qui a vu la Vierge.
— Musculation », répondit l'autre du bout des lèvres.
S'il pensait la décourager en économisant ses paroles, il en fut pour ses frais.
« Oh, mais bien sûr ! Je devrais en faire, moi aussi, mais j'ai tellement peur de faire un faux mouvement et de me blesser... Si vous vouliez bien me montrer quelques gestes de base, je serai plus rassurée, demanda-t-elle avec une moue qu'elle espérait irrésistible.
— Pas trop le temps », rétorqua Grumpy Bucky.
Tony et Sam échangèrent un regard ravi avant que le milliardaire ne tourne la tête vers la fenêtre. Vu le regard noir de Jaaames, mieux valait éviter de piquer un fou rire devant lui. Sam intervint courageusement :
« Si vous voulez, Wanda, je peux vous donner quelques cours.
— Sam, vous êtes un amour, vous, répondit-elle en adressant un regard déçu à Bucky. J'en serais ravie. Montrez-moi donc comment avoir des bras puissants comme les vôtres », fit-elle en passant le bras sous celui de Sam pour l'entraîner vers le fond de la pièce.
Sam Wilson attrapa deux bouteilles d'eau et commença à lui expliquer gentiment comment elle pouvait facilement travailler sa tonicité musculaire.
Tony sourit et se retourna pour faire face à Bucky. Merde. Il ne l'avait même pas entendu approcher.
« Vous. Vous venez m'aider en cuisine. »
Ce n'était pas une suggestion, ce type lui donnait carrément un ordre et n'attendait clairement pas qu'il se dérobe.
Tony le suivit donc jusqu'à la cuisine. Avant d'y entrer, il vit Sam articuler « ça va aller, Tony ». Son regard inquiet venait brouiller le message.
