Sous le choc, et dans l'ordre, Tony écarquilla les yeux, posa les mains sur le torse de son hôte et ouvrit la bouche. Steve se méprit sur son geste et en profita pour approfondir le baiser. Le milliardaire, qui avait juste souhaité repousser le blond, se vit obligé de subir les débordements amoureux de l'infirmier.

Il commençait à paniquer - et à se demander s'il n'allait pas devoir mettre un coup de genou bien placé pour se sortir de là - quand un miracle se produisit, sous la forme d'une porte qui s'ouvrait.

« Tony ? Tu es prêt ? Steve, Alma vous demande... Oh ! Désolée, je... Je ne voulais pas vous... déranger. Tony, je t'attends dehors », termina Pepper, l'air décemment gênée.

Tony se retint de pousser un soupir de soulagement avant de croiser le regard embarrassé de Steve.

« Je..., commença ce dernier. Je suis désolé, je n'aurais pas dû...

— Steve », l'interrompit aussitôt Tony.

Il souhaitait plus que tout éviter de grandes déclarations enflammées - ou gênées - de Steve. Bordel ! Comment la situation pouvait-elle lui échapper à ce point ? Il avait juste voulu mettre - calmement, raisonnablement - les choses au point avec Steve et voilà que la situation devenait encore plus compliquée. S'il laissait l'infirmier lui déclarer sa flamme avant qu'il ait eu le temps de lui révéler la vérité, Steve ne le lui pardonnerait jamais.

« Steve, je ne suis pas celui que vous croyez, je dois absolument vous dire que- »

Tony ne réalisa que sa formulation était maladroite que lorsque l'infirmier devint livide.

« J'ai cru que vous ressentiez la même chose que... Mais, si je me suis mépris sur... je suis navré. Je n'aurais pas dû vous imposer cela. »

Et merde. Merde, merde et mille fois merde. Maintenant Steve s'imaginait que Tony avait pu se sentir piégé - un peu, quand même, non ? Oh, ta gueule, Rhodey, c'est vraiment pas le moment - et se sentait dans la peau de l'agresseur face à Tony.

« Papa ? Papa ? fit une petite voix derrière la porte. Angie va partir, tu viens lui faire un bisou ?

— J'arrive dans une seconde, Alma. Tony, je suis désolé de m'être trompé sur... Vous devez tellement m'en vouloir.

— Non, non, Steve, se hâta-t-il de répondre. Je me suis mal exprimé en disant que je n'étais pas... celui que vous croyez. Et je ne suis pas en colère, juste surpris. Mais je réalise qu'on doit vraiment parler, tous les deux.

— Papa ?

— Je viens, Alma. Écoutez, Tony, là, ça va être compliqué, mais je n'aimerais pas que nous restions sur un malentendu. Moi aussi, je veux vraiment vous parler de... tout ça. Au calme et sans être dérangés. Je suis de repos, demain. Vous pourriez passer ? En début d'après-midi ? »

Tony fit mine de réfléchir. Il avait bien une réunion avec le comité directeur de SI dans la matinée, mais l'ordre du jour serait sûrement épuisé avant le déjeuner. Steve prit sa réflexion pour une hésitation et ajouta, l'air profondément malheureux :

« Vous avez le droit de répondre non, vous savez ? Je comprendrais que vous ne souhaitiez plus jamais me voir.

— Non, Steve, ne vous inquiétez pas. Je passe chez vous demain, en début d'après-midi, c'est bon.

— Très bien, acquiesça Steve, le soulagement manifeste dans sa voix. Je vous raccompagne. »


Après avoir embrassé Alma et Angélique, salué les invités de la fête, remercié Bucky et accepté le câlin de Wanda, Tony quitta le restaurant au bras de Pepper.

« Happy nous attend à une rue d'ici, dit-elle calmement.

— Je me doutais bien que tu n'étais pas venue jusqu'ici à pied », sourit Tony.

Une fois confortablement installés dans la berline, Pepper s'empressa de consulter ses messages pendant que Tony se perdait dans ses pensées moroses. L'air embarrassé et malheureux de Steve ne cessait de le torturer. Était-il à ce point aveugle pour ne pas s'être douté un seul instant que l'infirmier pouvait ressentir envers lui autre chose que de l'amitié ? Il tenta de passer en revue tous les instants passés avec Steve - les discussions autour d'un café, les promenades avec Alma, le déménagement... petits ou grands moments passés ensemble pendant lesquels ils discutaient de tout et de rien - mais ne comprit pas ce qui avait pu faire croire à l'autre homme qu'il partageait ses...

Il secoua la tête et soupira. Cela devait venir de lui, cela venait toujours de lui.

« Je suppose que tu n'as pas eu le temps de lui dire qui tu étais ? demanda Pep, l'arrachant à sa petite séance intérieure d'autodépréciation.

— Non. Ce n'était pas une bonne idée de ma part de vouloir faire ça à ce moment-là, avoua-t-il. Mais je le vois demain, en tête-à-tête, ce sera mieux pour tout lui expliquer.

— Je ne sais pas si...

— Ne t'inquiète pas, je n'ai pas oublié la réunion demain matin. Je passerai voir Steve après.

— Ce n'est pas ce que je voulais dire, Tony. Même si je suis contente d'apprendre que tu lis ton agenda, de temps en temps, sourit-elle. Non, c'est juste que je m'interroge. Avant, je pensais que lui dire toute la vérité était juste une mauvaise idée mais, maintenant, je me demande comment il va gérer ça.

— Pourquoi davantage maintenant ?

— Tony... répondit-elle comme s'il était idiot. J'ignorais que tu avais une relation amoureuse avec lui. Ça change sensiblement la donne, tu avoueras.

— Je n'ai pas de relation amoureuse avec lui », grimaça Tony.

Devant le regard sceptique de Virginia, il précisa :

« Je ne savais pas qu'il éprouvait quelque chose pour moi avant aujourd'hui.

— Et ce n'est pas réciproque ?

— Non.

— Quand j'ai ouvert la porte, tu n'avais pas franchement l'air de le repousser, Tony.

— J'ai été pris au dépourvu, d'accord ? Je pensais qu'on allait juste parler et Steve a commencé à me dire qu'il était heureux que ma "cousine" me tende la main, mais que, finalement, non, il n'était pas si heureux que ça, et qu'il ne voulait pas que je parte... Et comme, apparemment, je ne comprenais pas assez vite, il a décidé de m'embrasser ! »

Pepper le regarda avec étonnement avant de se mettre à rire. Pas un de ses petits rires polis qu'elle réservait à ses relations d'affaires, non, un vrai rire qui menaça bientôt de virer au fou rire.

« Ce n'est pas drôle, Pep !

— Si, ça l'est, rétorqua-t-elle en tentant de se calmer. On se croirait dans un mauvais épisode des Feux de l'amour. Oui, d'accord, c'est un pléonasme. »

Virginia se remit à rire, sous le regard furieux de Tony.

« Désolée, Tony, dit-elle finalement, en essuyant ses larmes de rire du bout de ses jolis doigts. Tu as raison, ce n'est pas drôle. Surtout pour lui. Mais, explique-moi... Steve a une petite fille, il est divorcé ?

— Veuf.

— Ah.

— Il m'a dit que Peggy - la mère d'Alma - et lui s'étaient rencontrés au lycée et qu'ils étaient sortis rapidement ensemble. Alors, je n'aurais jamais imaginé qu'il pouvait... être attiré par les hommes, termina rapidement Tony. Quoi ? Pourquoi tu me regardes comme ça ? fit-il, déjà exaspéré par le petit sourire en coin de la rousse.

— Oh, pour rien, Tony. Tu veux qu'on reparle de Ty ?

— Sûrement pas ! Cela n'a rien à voir !

— Mais bien sûr, continua Virginia, imperturbable. Qui pourrait penser, en voyant les jolies jeunes femmes qui t'accompagnent à tes galas de charité ou aux premières des expos en vue, que tu as été fou amoureux de lui ?

— C'était il y a longtemps, Pep. Je suis passé à autre chose, protesta-t-il, mal à l'aise.

— Tu es sûr ? Si tu avais un cœur, je crois bien qu'il s'est brisé quand vous avez rompu...

— N'importe quoi ! Je te rappelle que c'est moi qui l'ai largué !

— Et je te rappelle que c'est sur mon épaule que tu as pleuré, déclara impitoyablement Pepper.

— J'étais saoul, dit Tony en haussant les épaules.

— Ça oui, tu l'étais. Tony... on est entre nous, il n'y a pas de honte à avouer que tu l'aimais sincèrement, et que sa trahison t'a blessé plus profondément que tu ne le pensais possible.

— Je m'en suis remis, d'accord ?

— Oui, c'est pour ça que je t'ai vu lire l'article sur ses futures fiançailles avec Rumiko. C'est parce que tu t'es remis de votre rupture...

— Tu me gonfles, Pep.

— Parce que j'ai raison ? Tony, contrairement à ce que tu peux parfois croire, je ne me soucie pas de toi uniquement parce que j'ai besoin de tes idées de génie ou de voir opérer ton charme légendaire sur nos partenaires. Tu comptes pour moi - et vous n'êtes pas si nombreux dans ce cas, je n'ai pas le temps de m'apitoyer sur le sort de tout le monde. Ce que je veux te dire, c'est que je me fous de qui tu aimes, tant que cela ne te blesse pas et tant que tu n'oublies pas que tu as des obligations professionnelles, bien sûr, dit-elle avec un sourire éblouissant. Alors, si tu veux tenter le coup avec Steve, je trouve ça très bien, même si tu ne t'es pas facilité les choses en te faisant passer pour un mécano dans la dèche.

— Je n'ai pas l'intention d'avoir une relation amoureuse avec Steve, répéta Tony. Et, si tu veux vraiment savoir, je n'ai lu l'article sur Rumiko et Ty que parce que je me disais que ces deux-là faisaient bien la paire. J'ai même parié avec Happy sur le premier des deux qui trahira l'autre, et dans quel délai.

— Oh, vraiment ?

— Oui, vraiment. En plus, je te trouve mal placée pour venir me donner des conseils matrimoniaux. À quand remonte ta dernière relation ? Hors boulot, j'entends. »

Virginia lui adressa un sourire proprement diabolique avant d'appuyer sur le bouton de l'interphone.

« Harold ?

— Oui, poupée ?

— Tu m'emmènes toujours dîner, ce soir ?

— Je veux, oui ! Repas romantique chez Alfredo après avoir applaudi Wicked, on devrait passer une bonne soirée.

Wicked ? Tu as réussi à avoir des places ?

— Je suis un homme plein de ressources, princesse.

— Dans tous les domaines, Harold... », minauda Pep avant de terminer la communication.

Tony la regarda comme s'il la voyait pour la première fois.

« Happy et... Toi et Happy... Depuis combien de temps ?

— Trois mois, déclara Virginia avec un sourire triomphant.

— Je n'ai rien soupçonné, fit Tony avec abattement.

— Cela te dérange ? Tu avais des vues sur Harold ?

— Ah, ah, tu es tordante, tu sais ?

— Il me fait rire, j'ai confiance en lui et je me sens moins stressée en sa compagnie, pourquoi je ne sortirais pas avec lui ? En plus, c'est un coup d'enfer, sur un plan horizontal, ou même vertical.

— Pitié ! Je n'ai pas envie d'avoir l'image, en plus. »

Pep rit de bon cœur avant de poser une main légère sur le bras de Tony.

« C'est quelqu'un de bien et, si ça peut marcher entre nous, je ne vais pas gâcher cette chance juste parce qu'il est ton chauffeur, Tony. Comme toi, tu ne devrais pas gâcher ta chance avec Steve, si tu en as une.

— Je-

— Oui, je sais. Tu ne veux pas de liaison amoureuse, bla bla bla. Réfléchis quand même, Tony. Steve est tombé amoureux de toi sans savoir que tu étais riche, influent et génial. Cela devrait t'amener à réaliser que tout le monde ne te tourne pas autour avec une idée en tête. Tu as suffisamment de personnalité pour susciter l'intérêt des autres, avec ou sans l'empire Stark.

— Quand il saura, il ne voudra plus me voir.

— Quand il saura, il ne sera certainement pas ravi, corrigea Pepper. Je te conseille d'être très honnête et de ne rien laisser de côté, cette fois. Mais, s'il t'aime... il t'écoutera. Il finira peut-être même par comprendre... une fois qu'il t'aura dit tout le mal qu'il pense de ton attitude, bien sûr, sourit-elle.

— Je ne te comprends pas, Virginia. Quand tu as débarqué au restaurant, tu voulais que je coupe les ponts avec Steve et maintenant, tu veux me pousser dans ses bras ?

— Je ne connaissais pas toute la situation quand je suis arrivée. Je croyais juste que tu déconnais - une fois de plus - et que cela portait préjudice à l'entreprise - une fois de plus. Mais si quelqu'un est tombé sincèrement amoureux de toi - tes robots ne comptent pas, ce n'est pas parce qu'ils te suivent partout qu'ils éprouvent des sentiments - ce serait dommage que tu passes à côté de ta chance. Mettons ça sur le compte de mon idylle naissante avec Harold, sourit Pepper. J'ai envie de te voir heureux, à ton tour.

— Je suis heureux ! protesta-t-il. Ma vie me convient comme elle est.

— Vivre, ce n'est pas refuser de prendre des risques pour s'éviter de souffrir, Tony. Et ce ne sont pas tes conquêtes d'un soir qui te soutiendront quand tu en auras besoin ou qui te feront sourire quand tu auras eu une journée merdique. »

Papa dit que personne n'est fait pour vivre seul.

« Merci pour la philosophie de comptoir, Pepper, ironisa-t-il.

— Je t'en prie, Tony, répondit-elle avec un charmant sourire. N'hésite pas à me demander conseil. Ah, je suis arrivée. Je vais aller me préparer pour la soirée, j'ai acheté une robe très décolletée dans le dos, Harold trouve que j'ai une très belle chute de reins.

— Virginia ! », gémit le milliardaire.

Pepper eut un joli rire. Posant une main sur la portière, elle déclara :

« Tiberius est un sale con, Tony. Et Rumiko, une pauvre garce trop gâtée. Ce n'est pas de ta faute si ça n'a pas marché, c'était mort avant d'avoir commencé. Cela ne doit pas t'empêcher de croire en toi.

— Merci, maman. »

Elle lui tira la langue avant de sortir de la voiture. Une fois sur le trottoir, elle échangea quelques mots avec Happy avant de revenir vers Tony.

« À propos de Ty...

— Oui ?

— Je te taquinais quand je te disais que j'allais accepter son offre chez Viastone.

— Tu es une vraie amie, Pepper.

— Yep. Victor m'offre le double ! À demain, Tony », fit-elle en agitant la main.


Tony luttait pour rester concentré sur l'ordre du jour mais l'hypothétique rapprochement de Stark Industries avec un conglomérat japonais ne parvenait pas à l'intéresser. Pire, le Japon lui faisait penser à Fujikawa International et à Rumiko. Dieu, qu'il avait pu l'aimer ! Il avait même acheté une bague et s'apprêtait à la demander en mariage quand il avait appris qu'elle s'envoyait Ty à sa santé. Il n'avait pas fait d'esclandre ce jour-là, préférant lui faire croire qu'il s'était trompé sur eux, sur leur relation, et qu'il n'avait pas de temps à perdre avec une gamine quand le monde était peuplé de femmes toutes plus belles les unes que les autres. Plutôt passer pour un salaud que de laisser croire qu'il s'écroulait intérieurement. Les Stark sont faits d'acier trempé et encaissent sans broncher. En public.

Deux relations toxiques coup sur coup, il était doué. Il était pratiquement sûr que Tiberius n'avait dragué Ru que pour le rendre jaloux mais le savoir n'avait pas adouci sa peine. Et, s'il avait tourné la page - contrairement à ce que croyait Virginia - le souvenir de ce qu'il avait éprouvé alors - ses sentiments foulés aux pieds de ses amants, la trahison et l'idée qu'il devait bien être un peu responsable de ce fiasco - était toujours là.

Ne partez pas. ll soupira. Il s'était tellement convaincu qu'il valait mieux s'éviter de revivre ça qu'il n'avait pas une seconde songé que quelqu'un pouvait ressentir quelque chose pour lui. Steve est tombé amoureux de toi sans savoir que tu étais riche, influent et génial. Il est tombé amoureux de quelqu'un qui n'existe pas, cela ne peut pas marcher. Je vais lui expliquer qui je suis, comment on en est arrivés là et ce sera fini. Tu regrettes ?

Il soupira encore. Cette réunion n'en finissait pas. Avisant le regard courroucé de Pepper, il s'efforça de suivre la conversation et réussit même à raccrocher les wagons, au grand soulagement de Virginia.


Quand la réunion s'acheva, Pepper s'approcha de Tony.

« Tu vas vraiment voir Steve, alors ?

— Oui, je ne veux plus me défiler.

— Ça va bien se passer, Tony. Sois juste sincère et ça se passera bien.

— On peut toujours espérer », sourit Tony avant que Pep ne l'embrasse gentiment sur la joue.


Dans l'ascenseur, Tony en profita pour s'observer. Devait-il aller voir Steve dans son costume Tom Ford, trois pièces, deux boutons, ou devait-il opter pour une tenue plus simple ? D'un côté, Steve l'avait toujours connu portant des tenues décontractées - si on oubliait le fameux manteau-serpillière - de l'autre, Steve le croirait peut-être plus facilement s'il arrivait dans sa tenue d'homme d'affaires.


Toujours plongé dans ses interrogations vestimentaires, Tony ne remarqua pas l'homme qui l'observait, à quelques mètres de l'entrée. Il ne nota sa présence que quand il entendit un « Tony ? » interloqué. Tournant la tête, il réalisa qui il avait en face de lui et blêmit.

« Tony ? » Cette fois, la voix de Steve était incrédule. C'était la voix d'un homme qui souhaitait se tromper, qui ne voulait pas croire à la réalité de ce qu'il avait devant les yeux.

« Steve ? » Dans la voix de Tony, se lisait surtout l'accablement face à son karma de merde.

« Tony ? » Désormais, le ton de Steve disait sa complète désillusion. Il avait espéré se tromper, espéré que Tony lui fournisse une explication plausible à sa présence dans les locaux de Stark Industries, vêtu d'un costume hors de prix, espéré qu'il pourrait rire d'avoir pu imaginer que Tony n'était pas Tony mais l'attitude du brun - honteuse et résignée - faisait sombrer ses derniers espoirs.

« Je ne voulais pas y croire. Je croyais qu'il avait mal compris et qu'il y avait forcément une explication très simple à tout ça mais il avait raison. Quel con j'ai été ! Moi qui m'étais imaginé...

— Steve, je voulais... Je venais chez vous pour tout vous dire, tenta Tony.

— Vous vous êtes bien foutu de moi, déclara Steve comme s'il ne l'avait pas entendu. Vous avez dû bien rire de moi, de mes amis, de ma petite vie minable-

— Non ! Jamais, Steve. Je ne me suis jamais moqué de vous. Et si quelqu'un est minable ici, c'est moi, pas vous. Croyez-moi, j'ai beaucoup d'admiration pour vous, pour la façon dont vous élevez Alma et-

— Ne parlez pas de ma fille ! Je vous interdis de la mêler à tout ça ! Comment je vais lui expliquer ?! Elle vous adorait... Vous êtes vraiment un beau salaud, fit Steve, la voix brisée.

— C'est vrai, vous avez raison, j'ai été en dessous de tout, j'aurais dû vous dire-

— Pourquoi m'avoir laissé croire que vous étiez dans le besoin alors que... dit-il en désignant les luxueux locaux d'un ample mouvement du bras.

— J'ai essayé de vous le dire ! J'ai essayé, Steve. Mais vous ne m'avez pas écouté, vous pensiez que vivre dans la rue m'avait donné une "perception alternée de la réalité". Plus j'essayais, moins vous me croyiez...

— C'est de ma faute, alors ?! s'écria Steve avec indignation et incrédulité.

— Non ! Non, non, c'est moi, Steve. Je n'ai pas réussi à vous faire comprendre et la situation m'a échappé. Mais je vous en prie, croyez-moi : je ne me suis jamais moqué de vous et je n'ai jamais voulu vous blesser », débita Tony avec l'énergie du désespoir.

Steve le regarda, des larmes dans les yeux, et sembla acquiescer.

« Vous savez quoi, Tony ? Ce n'est pas grave. C'est peut-être même une bonne chose, finalement. Bucky dit toujours que je suis trop naïf. Grâce à vous, je pense que je suis définitivement vacciné, il sera content, rit-il d'un rire sans joie.

— Vous n'êtes pas naïf, Steve. Vous êtes juste profondément humain, c'est moi qui me suis conduit comme une merde.

— On est au moins d'accord sur quelque chose », opina Steve avant de lui décrocher un magnifique crochet du droit.