Bonjour bonjour !

Je publie plus tard que d'habitude mais j'ai eu un petit contre temps avec ma Bêta. Je la remercie encore de corriger mes chapitres malgré son emploi du temps chargé =)

Je ne vous fais pas patienter plus longtemps, voici la suite ;)

Bonne lecture.


Chapitre 6 : Six ans

Severus Snape n'avait jamais été considéré comme l'incarnation de la joie et de la bonne humeur. Depuis sa jeunesse, on pouvait même dire que rares étaient ceux qui l'avaient vu sourire. Et bien depuis six ans maintenant, tout le monde pouvait jurer que c'était encore pire.

Son moral déjà pas bien haut s'était dégradé. Son physique avait également pâti. Il avait les joues plus creuses, des cernes sous les yeux, le teint plus cireux et parfois l'air assez absent. Mais tout ça était apparu si progressivement que personne ne s'en était vraiment rendu compte et c'est ce qui sauta aux yeux de Draco Malfoy un jour où, après une bagarre dans les dortoirs des Serpentards de quatrième année, il était parti réveiller son parrain pour leur infliger une punition, chose qu'un apprenti ne pouvait pas faire lui même.

Il frappa plusieurs fois à la porte des appartements et, n'obtenant aucune réponse, donna le mot de passe pour y accéder. Il entra dans le salon et resta un instant sans bouger face à la scène qui s'offrait à lui. Severus Snape était assis sur le canapé, non pas sur le fauteuil comme il en avait l'habitude, voûté, les coudes sur ses genoux, la tête basse. Draco ne l'avait encore jamais vu dans une telle posture, même sous la torture de Voldemort. Ses cheveux gras pendaient de chaque côté de son visage, il n'avait qu'un ample bas de jogging sur lui. Draco put voir que s'il n'avait pas perdu de muscles en raison de ses nombreux entraînements. Il avait par contre perdu de la graisse. Ses veines et ses muscles ressortaient sous sa peau fine de façon disgracieuse. Il tenait dans ses mains ce qui semblait être un bout de tissu noir, un vêtement peut-être. Une bouteille de scotch vide trônait également sur la table basse.

« Severus ? » appela timidement Draco, décontenancé par ce qu'il voyait. L'homme ne fit pas mine d'avoir entendu. Il s'approcha un peu.

« Severus ? »

« Six ans... » murmura l'homme.

« Pardon ? »

« Ça fait six ans aujourd'hui qu'il est parti... » Draco réfléchit quelques secondes avant de comprendre. 27 février. Aujourd'hui, cela faisait six ans que Voldemort avait eu sa magie chamboulée. Six ans que Harry avait disparu. Son cœur s'accéléra. Il n'eut pas le temps de réfléchir plus longtemps, que Severus reprit la parole. « Il a promis. Il a promis qu'il reviendrait. »

« Tu parles d'Harry ? » demanda doucement Draco en s'approchant.

« Qui d'autre... » murmura Severus

« Est-ce si important ? » Severus releva brusquement la tête pour le regarder. C'est là que Draco remarqua les yeux rouges et le pendentif étrange autour de son cou.

« C'est important ! Il est important ! »

« Et en quoi ? » demanda perfidement Draco, voulant que son parrain ouvre enfin son cœur. « Ce n'était qu'un moyen d'assouvir tes besoins, de diminuer ton stress, tu me l'as très bien dit. »

« C'était un mensonge ! » hurla Severus avant de reprendre plus calmement. « Je n'ai pas cessé de le chercher, sans jamais rien trouver... Je veux juste lui dire que c'était faux. »

« Et tu es dans un état lamentable, juste parce que tu n'as pas pu lui dire quelque chose d'insignifiant ? » ricana Draco. Il avait du mal à se montrer aussi imbuvable avec son parrain, mais il savait que de cette façon, il avait une chance d'avoir le fin mot de l'histoire.

« Ça n'a rien d'insignifiant ! » grogna Severus. « Il doit me haïr ! Penser que je suis un monstre. Pourquoi il n'a pas fait son stupide Gryffondor en me confrontant directement ? J'aurais pu lui expliquer et il ne serait pas parti ! »

« Et alors ? Tu n'as pas pu continuer de t'envoyer en l'air, c'est tout. Evan et les autres ne sont plus disponibles ? » continua Draco qui connaissait sa relation avec Evan.

« Mais même quand je suis avec Evan je ne pense qu'à ces conneries d'yeux verts ! » s'exclama Severus, devenant grossier comme rarement. « Pourquoi il m'obsède tant ? Pourquoi il est parti ? »

Draco regarda son parrain avec les yeux écarquillés. Il n'avait pas vu toute sa souffrance. Severus avait un contrôle impressionnant. Rien n'aurait pu laisser imaginer qu'il était à ce point accro au Survivant.

« Sev' ? Tu l'aimes ? »

« Non, » grogna l'homme sombre. Il ajouta après un moment, dans un murmure « J'avais juste espéré avoir enfin trouvé quelqu'un qui me comprenne et me corresponde... »

« Avec Harry ? » demanda Draco. Il voulait être sûr de ce qu'il entendait.

« Je sais ! » s'exclama Severus en se relevant et chancelant légèrement. « C'est stupide, ça n'aurait pas duré bien longtemps, il aurait forcément trouvé mieux ailleurs. Je voulais juste en profiter encore un peu. Juste un peu »

« Si tu savais que ça ne durerait pas. Pourquoi ne pas passer à autre chose ? » demanda Draco en fronçant les sourcils.

« Ça ne devait pas se passer comme ça ! Il aurait trouvé quelqu'un d'autre, je me serais assuré que c'était quelqu'un de bien et j'aurais pu le surveiller de loin. J'aurais, à la fin, donné ma vie pour sauver la sienne... Je sais depuis longtemps que je ne connaîtrais jamais la vie de famille, avec l'amour de ma vie, des enfants, un travail qui me plaît... » Il s'arrêta un moment, semblant se perdre dans ses pensées. « Je voulais juste qu'il me reconnaisse, qu'il sache que j'existe et qu'il comprenne qu'il n'était pas n'importe qui pour moi. »

« Tu as prévu de sacrifier ta vie sans remords pour Harry ? » demanda Draco d'une voix blanche.

« Que veux-tu que je fasse d'autre Draco ? Je suis un Mangemort, je n'ai aucun avenir. Si au moins ma vie pouvait servir à garder la sienne... Je ne veux pas être un héros. Je veux juste avoir de l'importance pour une personne. Et pas de la façon dont je peux avoir de l'importance pour toi. »

« Et ce n'est pas de l'amour ça ? » demanda Draco incrédule.

« Non, je ne peux pas me le permettre. »

Draco le regarda un moment, intégrant peu à peu ce que son parrain lui disait. Son moment de réflexion fut interrompu par l'entrée de professeur Dumbledore qui fit grogner Severus

« Je vois que vous n'êtes pas en meilleur état que l'année dernière, » dit tristement le directeur.

Draco écarquilla les yeux. Il se mettait dans cet état chaque année ?!

« Et je ne vois toujours pas en quoi ça vous regarde, » bougonna Severus.

« Bien sûr, bien sûr. Je venais seulement vous informer que je me suis occupé des Serpentards. » Il vrilla ensuite son regard dans celui de Draco. « Je crois qu'il est maintenant temps d'avancer. Pour tout le monde. » Il se tourna vers la sortie et commença à ouvrir la porte avant d'ajouter « D'ailleurs, monsieur Malfoy, vous passerez le bonjour à nos amis français ! »

Draco resta un moment sous le choc des dernières paroles alors que Severus qui n'avait plus l'air tout à fait présent se servait un nouveau verre. Cette constatation fit réagir le jeune homme qui s'empressa de lui enlever la bouteille des mains sous les grognements de son parrain.

Le jeune homme mit au moins dix minutes à coucher Severus dans son lit avec une potion de sommeil. Il resta ensuite un moment à regarder son parrain, digérant ce qu'il avait appris aujourd'hui. Avant de partir, il murmura d'un air triste :

« Je suis tellement désolé Sev'... Je te promets que ça va s'arranger... Mais je dois d'abord... Vérifier quelque chose... »

Draco repartit dans ses appartements et passa sa nuit à cogiter. Le lendemain au petit-déjeuner dans la Grande Salle, il était encore indécis. Mais lorsqu'il vit son parrain entrer avec le même air renfrogné que d'habitude, ses yeux lançant des éclairs, il décida enfin de ce qu'il allait faire.

ooOOoo

Ce samedi, Draco prit les choses en main et alla chez Harry. Il pénétra dans la maison sans même frapper, comme d'habitude, et trouva Harry et Hermione en pyjama et nuisette devant un petit-déjeuner. Il salua Harry en lui ébouriffant ses cheveux plus encore et s'approcha d'Hermione pour un chaste baiser.

Car oui, Draco et Hermione sortaient effectivement ensemble. Depuis presque un an maintenant. Après des années à se côtoyer et s'apprécier de plus en plus, Draco s'était enfin lancé et, depuis, les deux vivaient sur un petit nuage. Il passait du temps tous les deux ensemble, mais tout en essayant de ne pas laisser Harry de côté.

En se relevant, le Serpentard ne manqua pas le regard triste d'Harry sur ses deux qui disparut aussitôt pour montrer un visage souriant.

« Dis donc Harry, tu n'avais pas un rencard hier soir ? » demanda Draco. C'est Hermione qui répondit :

« Il n'y est même pas allé ! Cassie avait mal à la gorge, et c'était une excuse suffisante pour poser un niffleur au pauvre Marc qui se faisait une joie de sortir enfin avec le magnifique Orion et ses yeux verts ravageur, » renifla Hermione qui cherchait désespérément à caser son meilleur ami.

En effet, Harry avait beaucoup de succès. En six ans, il avait un peu changé. Il avait pris quelques centimètres, mais pas beaucoup plus, à son grand désarroi. Il s'était laissé pousser les cheveux pour passer inaperçu dans le monde magique. Ils étaient maintenant longs, jusqu'au-dessus des épaules, épais et bouclant légèrement en bas. Il pensait souvent à Sirius, faisant apparaître un sourire triste sur son visage plus souvent qu'il ne le voulait. Car il lui ressemblait un peu comme ça... Il était toujours aussi mince, si ce n'était maigre. Il ne mangeait toujours pas beaucoup au grand malheur d'Hermione. Il avait par contre encore gagné en muscles grâce aux entraînements qu'il faisait avec Draco ou Dobby. Il avait souvent une petite barbe de trois ou quatre jours qu'il se plaisait à laisser, il avait tellement désespéré de la voir pousser comme tous les autres adolescents !

Il avait aussi une nouvelle garde-robe. Et cela n'était absolument pas de son fait : pour son dix-neuvième anniversaire, Draco et Hermione l'avaient traîné en week-end à Paris où ils avaient écumé un tas de magasins. Cela avait été les deux jours les plus épuisants de sa vie, et il en avait été grognon à chaque moment. En rentrant, ses deux soi-disant amis avaient brûlé tous ses vêtements.

Il avait fait sensation au lycée lorsqu'il était revenu avec des tenues cintrés, moulantes, à la mode et très chers. Depuis, lorsqu'ils allaient le voir au travail, Hermione et Draco voyaient beaucoup de filles et quelques garçons le mater sans vergogne. Il était bien le seul qui ne voyait rien, ou ne s'en souciait pas. Il avait déjà reçu des lettres d'amour enflammées et des cadeaux, mais il n'en faisait pas grand cas. Mais Hermione s'était mis en tête de le caser, elle ne voulait pas qu'il devienne un vieil homme aigri.

Depuis, elle lui organisait des rendez-vous, le traînait à des fêtes et le présentait à plein de monde, dans le monde magique, comme dans le monde Moldu. Et il y faisait des ravages, mais ne trouvait personne.

« Je n'allais pas laisser ma fille malade pour aller m'amuser, » grogna Harry de très mauvaise foi.

« C'est sûr, » se moqua Hermione, « tu n'allais pas laisser cette pauvre enfant seule avec une étudiante en médicomagie qui s'occupe d'elle depuis sa naissance alors qu'elle avait un petit mal de gorge et que tu aurais pu transplaner ici dans la seconde en cas de problème. Ne te sers pas de ta fille comme excuse pour te défiler, Harry James Potter ! »

« Calme-toi, marmotte, » dit doucement Draco en s'approchant, utilisant ce petit surnom affectueux qui la faisait grogner, mais qu'elle adorait en secret.

« On pourrait arrêter de parler de ça ? » souffla Harry.

« Pas de problème ! Où est ma princesse ? » demanda Draco.

« Dans sa chambre, elle fait un puzzle magique, »répondit le père de la princesse en question.

« J'y vais, » déclara Draco avec un grand sourire, se rendant dans la chambre.

« Je vais finir par être jalouse de ma filleule, » souffla Hermione avec un sourire tendre.

Draco lui, entra discrètement dans la chambre et chercha des yeux la fillette qu'il venait voir. Il la trouva allongée sur le ventre, sur un grand tapis bleu nuit, les sourcils froncés, une pièce de puzzle dans la main et une grande structure représentant Poudlard, flottant devant elle.

Il n'en revenait pas de la vitesse avec laquelle le temps était passé. Il avait l'impression qu'hier encore, il tenait dans ses bras cette petite chose rouge et hurlante. Aujourd'hui, c'était une petite fille merveilleuse qu'il avait devant lui.

Cassie était assez petite pour ses cinq ans et demi et un peu menue. Elle avait de longs cheveux noir de jais, ondulés et soyeux qui descendaient jusqu'au milieu de son dos. Ses yeux un peu en amande, tout aussi noirs, étaient toujours grands ouverts, pétillants de malice et de curiosité. Elle avait un petit nez en trompette et un sourire immense dont une ou deux dents manquaient parfois.

Elle était intelligente et rusée, curieuse et bornée, drôle et sensible. Elle était merveilleuse. Bien sûr, Draco était tout à fait objectif. Ce n'était pas parce que c'était sa filleule qu'il la trouvait parfaite. Non, non, non ! Ce n'était pas son genre.

Cassie leva les yeux et lorsqu'elle vit la tête blonde face à lui, elle sauta sur ses deux pieds en hurlant.

« DRACOOOOOO ! »

Ni une, ni deux, elle lui sauta dans les bras et s'accrocha à son cou comme un koala. Elle adorait son parrain qu'elle ne voyait qu'une fois par mois environ. Elle commença à lui raconter plein de choses, sans aucune cohésion, juste pour le plaisir de parler à son parrain.

Draco sourit et la serra dans ses bras. La vie de cette petite fille allait peut-être bientôt changer et il espérait de tout cœur ne pas faire le mauvais choix. Ce week-end, il allait observer, écouter et décider de ce qu'il allait faire.

ooOOoo

Le week-end s'était très bien passé et Draco avait vu ce qu'il attendait de voir. Il avait vu la tristesse d'Harry. Bien qu'il ait une vie heureuse et entourée, il lui manquait la personne qu'il aimait. Et cette personne n'était autre que Severus. Draco en était sûr maintenant.

Les deux souffraient dans leur coin et lui, comme un crétin, n'avait rien vu. Il faut dire que depuis le début de sa relation avec Hermione, il ne voyait plus grand chose à part elle.

Avec le serment, il ne pouvait pas juste aller en parler à Severus. Mais maintenant, il avait un plan. Et il allait le mettre en application dès lundi.

ooOOoo

Severus ne comprenait pas. C'était pourtant rare, mais là vraiment, il ne savait pas quoi penser.

Depuis environ un mois, Draco avait un comportement étrange avec lui. Il le fixait souvent, comme voulant lui faire passer un message. Et après son week-end chez des amis, il était revenu et lui avait offert un flacon rempli de sable blanc. Une semaine plus tard, il avait trouvé un aconit sur son bureau. Ensuite, ça avait été une pierre de lune... Il savait que ça venait de Draco, mais pourquoi ? Cela avait-il un rapport avec la potion tue-loup ? Dans ce cas, il ne comprenait pas la présence du sable blanc... Et ce matin, il avait trouvé, avec une pointe d'amusement, le chiffre "4" qui était, d'habitude, accroché sur les maisons moldu.

Ça avait au moins l'avantage de le distraire, car, depuis leur discussion, le soir où il s'était honteusement alcoolisé, Severus était assez mal à l'aise avec Draco. Ses pensées noires toujours présentes étaient néanmoins un peu repoussées par ce mystère que lui offrait son filleul.

Ce fut, un mois après le premier "cadeau" de Draco, qu'il entra dans la bibliothèque pour quelques recherches pour la potion qu'il était en train d'inventer. Il fit rapidement courir son regard sur la salle presque vide et remarqua Draco qui était assis à une table devant un gros grimoire.

Celui-ci releva la tête et braqua son regard dans celui de son parrain. Il lui fit encore un de ces regards qui signifiait clairement qu'il savait quelque chose. Puis doucement, il se leva de sa chaise et quitta la bibliothèque en laissant son livre sur la table, ouvert à la page qu'il lisait.

Prit d'un doute, Severus s'approcha et regarda la couverture de l'ouvrage : Les lieux d'habitation sorcier dans le monde. Severus ne comprenait pas tellement ce qu'il pouvait y avoir d'intéressant à lire là-dedans, mais revint tout de même à la page que le blond regardait.

Plusieurs paragraphes parlaient de lieux plus ou moins connus et Severus lu cette page en diagonale, pas vraiment intéressé. Mais un détail retint son attention. Il se mit à lire plus attentivement.

L'île de Léonis est, en France, l'un des plus beaux endroits pour une vie calme, sereine et reculé. Elle est appelé Léonis, car elle vient du célèbre botaniste français Léonis Gautier ayant découvert les propriétés de l'aconit sur cette île. Elle était aussi surnommée l'île de la plante bleue ou le rocher lune pour cette même découverte.

Bien qu'assez étendu, l'île de Léonis n'est pas très peuplée. Elle regorge de plantes et d'animaux magiques qui attirent beaucoup les chercheurs. Mais le peu de commerces et d'animations repoussent les familles ou les jeunes sorciers.

Cette île est aussi connue pour ses paysages magnifiques, tels que la forêt aux oiseaux ou la plage de sable blanc...

Severus s'arrêta net. La fiole de sable blanc, l'aconit, la pierre de lune... Draco lui parlait de cette île, mais pourquoi ?

L'île de Léonis est, en France, l'un des plus beaux endroits pour une vie calme, sereine et reculé.

Harry...

Le chiffre 4 était le numéro de la maison de l'oncle et la tante d'Harry à Private Drive, il en était sûr. D'ailleurs, en y réfléchissant bien, il aurait pu jurer que le 4 qu'il avait reçu avait été enlevé de leur maison à eux. Cela voulait-il dire qu'Harry avait changé de maison ? C'était ce que voulait dire Draco ? Que Harry n'était plus là bas, chose qu'il savait déjà et qu'il était maintenant dans un endroit où il y avait du sable blanc ?

Depuis leur conversation où il avait avoué son attachement à Harry, Draco était bizarre. C'était après, qu'il avait commencé à lui laisser des indices. Serait-il possible que Draco sache depuis tout ce temps ou Harry se trouvait ? Pourquoi ne pas l'avoir dit ? Ne l'avait-il pas vu souffrir et chercher ?! Non... Sans doute pas... Severus avait fait preuve de tous ses talents d'espion pour cacher ses sentiments et ses recherches...

Il devait en avoir le cœur net. Dans une envolée de cape, il sortit de la bibliothèque et partit à grande enjambée au portail de l'école.

Draco le regarda disparaître, après avoir créé un Portoloin. Il souffla pour calmer son stress. C'était maintenant que tout se jouait

ooOOoo

Severus arriva directement sur la plage de sable blanc.

Aussitôt, il sentit le pendentif dans son cou se réchauffer. Il le sortit et l'observa. C'était une minuscule éprouvette d'un centimètre de haut, fermé avec un bouchon en titane, accroché à une chaîne du même matériel. Dans l'éprouvette, il y avait une seule goutte du sang d'Harry. Severus l'avait créé pendant les premières grandes vacances, après le départ du Survivant. Il y avait passé beaucoup de temps et l'avait enchanté de puissants sortilèges pour détecter sa présence. Avec un sang prit directement au bras d'une personne et les bons sorts, on pouvait la retrouver, mais Severus avait fait ce qu'il avait pu avec le sang souillé qu'il avait retrouvé au Square Grimmaurd, le jour de la disparition.

C'était la première fois en six ans qu'il le sentait chauffer. Beaucoup de sentiments s'entrechoquaient dans sa poitrine. La peur, le soulagement, la colère, l'anticipation. Il prit quelques secondes pour enfermer tout cela très loin dans son être.

Severus sentit le vent très froid lui balayer le visage, l'air iodé entra pleinement dans ses poumons et il prit aussitôt le chemin parcourant la plaine. Il marcha longtemps. Il n'était pas facile de repérer et savoir s'il s'éloignait ou se rapprochait de sa cible. Les changements de température du pendentif étaient infimes et il s'était déjà trompé plusieurs fois. Mais là, il était sur le bon chemin.

L'éprouvette chauffait de plus en plus, et il avait l'impression qu'elle brûlait lorsqu'il arriva devant un arbre, un vieux chêne dont le tronc avait été gravé d'un gros "4". Severus pensa immédiatement à Draco. C'était ici. Mais en regardant autour de lui, il ne vit rien. C'était une plaine, il y avait une forêt non loin et des maisons, toutes très lointaines les unes des autres.

La maison avait donc un gardien du secret... Il ne pourrait pas la voir. Devait-il attendre que quelqu'un en sorte ? Ça pourrait prendre des jours... Alors qu'il réfléchissait, il entendit un rire cristallin derrière lui. Il se tourna et vit, à quelques de mètres de lui, une petite fille aux longs cheveux noirs et légèrement ondulés. Elle venait d'apparaître de nulle part et, la langue légèrement sortit et les sourcils froncés en signe d'intense concentration, essayait d'attraper un papillon bleu. Elle riait de temps en temps quand elle le voyait se poser et grognait quand elle le ratait à nouveau.

Severus fixa la petite, fasciné par cet air mi-espiègle mi-renfrogné. Il sursauta bien malgré lui lorsqu'il vit un jeune homme de dos, sortir de nul part.

« Je t'ai déjà dit que je ne voulais pas que tu sortes des protections, Cassie ! » gronda-t-il.

« Mais papa ! Regarde ce papillon ! Il est tellement beau ! » répondit la petite, les yeux illuminés, sans même le regarder.

« Que ça soit pour un joli papillon ou pour un troupeau d'elfes de maison, monté sur des licornes à béret je m'en moque ! C'est pour te protéger ! »

« Mais... De quoi ? »

« Pas de mais, jeune fille ! »

La petite regarda enfin son père et fut surprise par une silhouette noire non loin derrière lui. Elle le regarda et Severus fut happé par les yeux d'onyx de la petite fille. Les yeux noirs des Prince. Les mêmes yeux noirs que les siens, que ceux de sa mère, qui les tenait elle-même de son père et de toute l'ascendance des Prince. Comme seuls les Malfoy avaient les cheveux si blonds, seuls les Prince avaient les yeux si noirs.

Harry capta le changement d'attitude de sa fille et se retourna. Il eut alors le souffle coupé lorsqu'il reconnut l'homme en face de lui. Severus Snape. L'homme qui l'avait trahi, le père de sa fille, le Mangemort, l'homme que son cœur avait décidé de ne pas oublier. Il n'avait pas changé.

De son côté, Severus sentit son cœur s'accélérer lorsqu'il vit l'homme se retourner. Harry. C'était Harry juste là, face à lui. Sans lunettes, bien habillé, plus grand, plus beau, plus viril, mais aussi plus maigre, l'air fatigué. Que c'était-il passé ? Puis il regarda à nouveau la petite fille. Elle l'avait appelé papa. Elle avait les yeux noirs et le teint pâle. Serait-ce possible...

« Cassie, rentre immédiatement » ordonna Harry.

« Mais... »

« Rentre ! » ordonna à nouveau le jeune homme plus durement. La petite fille comprit la menace et rentra sans se faire prier, disparaissant de la vue de Severus qui la suivit des yeux.

« Que faite vous ici, professeur ? » demanda hargneusement Harry, insistant bien sûr le titre.

« Je te cherchais, » répondit Severus en reprenant contenance.

« Et bien, je suis là. Mais plus pour longtemps, au revoir. »

Harry amorça un geste pour partir, mais Severus l'interpella.

« Attends ! »

« Quoi ? Voulez-vous que j'aille moins vite pour que vous puissiez admirer comme je bouge mes hanches comme une véritable chatte en chaleur » siffla Harry reprenant les mots de son professeur tout en reprenant son chemin.

« J'ai menti ! » l'interrompit à nouveau le professeur. Harry se retourna suintant la colère par tous les pores de sa peau.

« Je sais que vous êtes un connard, ce n'est pas nouveau ! »

« C'était une mission, certes, » répondit Severus sans se démonter. « Le Lord m'avait demandé de te séduire pour que tu te confis à moi, pour te manipuler et te faire du mal ensuite. Mais je n'avais aucune intention de le faire à ce moment-là. Et puis nous avons démarré cette relation étrange... Lorsqu'il m'a demandé où j'en étais, je lui ai dit que ma mission était remplie ! Je me suis dit que je gagnerais un peu de temps, pour toi et pour moi, si je lui disais que c'était fait. Qu'il ne n'enverrait pas Lucius pour te séduire, que je ne me ferais pas punir. J'ai aussi espéré qu'il ne te tue pas, s'il te trouvait avant que tu sois près... »

Après cette longue tirade, Harry s'était un peu calmé, il le regardait maintenant avec incrédulité.

« Parce qu'il aurait été préférable que je devienne un esclave sexuel ? »

« Au moins, tu serais vivant, et j'aurais pu trouver un moyen pour te sortir de là ! » affirma Severus.

« Comment vous croire... » murmura Harry, la tête tournée vers le sol pour qu'il ne voie pas ses larmes traîtresses.

Il voulait tellement croire Snape, et en même temps... Même si ce qu'il disait était vrai, ça ne voulait rien dire. Lui, avait admis être amoureux de son professeur, mais ça ne voulait pas dire que cette relation était bonne. Ni même que celui-ci voulait la continuer. Mais alors, que faisait-il ici ?

« Je ne te demande pas de me croire. Je suis venu ici dans le seul but de m'expliquer et... De te voir... » répondit Severus, hésitant. « Mais maintenant, je ne peux m'empêcher de me poser des questions... Cette petite... »

Harry releva la tête, les joues encore humides et fixa son professeur.

« Oui... C'est la tienne... » dit-il avant de disparaître dans ses protections. C'était la deuxième fois de sa vie qu'il le tutoyait, mais il avait l'impression que ça serait la dernière.

Harry passa la barrière et se retourna immédiatement pour regarder Severus qui ne bougeait plus. Les yeux dans le vide, il digérait certainement l'information. Harry resta un bon moment dans la même position, avant de sentir les bras d'Hermione s'enrouler autour de sa taille pour se blottir dans son dos.

Elle avait assisté à la scène en sortant de la maison. Dès qu'elle avait vu Cassiopée rentrer complètement paniquée, elle lui avait dit de rester dans sa chambre et avait accouru dans le jardin. Elle avait ensuite suivi l'échange et une fois que Harry était revenu, avait été rassuré la petite, qui était au bord des larmes. Elle était ensuite retourné dans le jardin pour voir Harry regarder son ancien amant avec tristesse.

Severus resta planté là, sans voir le temps passer. Il avait une fille. Une magnifique petite fille d'environ cinq ans. Jamais il n'aurait imaginé une chose pareille et il n'était même pas sûr de réaliser. Il avait eu une fille avec Harry. Une fille qu'il n'avait pas vue grandir et qu'il n'avait pas vu naître. Comment était-elle née d'ailleurs ? Les grossesses mâles étaient plutôt rares. Un médicomage n'en suivait qu'une petite vingtaine, en cent ans de profession. Si quelqu'un avait vu Harry Potter enceint, même un médicomage, il l'aurait dit... Le scoop était trop gros. Harry avait-il encore une fois risqué ça vie ? Et lui, n'avait même pas été là. Il n'avait pas été là pour le soutenir, n'avait pas pu assister à ce moment incroyable. Et maintenant, Harry avait-il refait sa vie ? Severus pourrait-il espérer les revoir ?

Il avait juste pensé que Harry était parti pour se détacher de lui, pour ne plus le voir et digérer sa trahison. Mais apparemment, il était parti pour protéger leur fille du Mangemort qu'il était. Quand avait-il apprit la nouvelle ? Draco était-il au courant ? Forcément, vu que c'est lui qui lui avait indiqué l'endroit. Mais pourquoi n'avait-il pas plaidé sa cause auprès d'Harry ? Pourquoi ne lui avait-il pas dit avant ?

Tant de questions et tellement peu de chance d'avoir des réponses. Il devait parler à Draco et en savoir plus. Après un dernier regard dans le vide, il sortit de sa poche une fiole, la convertit en Portoloin et disparut.

En arrivant il fonça directement dans les appartements de son filleul, et frappa à la porte comme un dément. La porte s'ouvrit sur un Draco très pâle. Severus le repoussa pour entrer et fit claquer la porte derrière lui. Il se tourna ensuite pour barder l'appartement de sorts de discrétion. Une fois tous les sorts posés, il fit face au jeune homme qui déglutit.

« Explique-toi, » claqua la voix dur de l'homme en noir.

« Que sais-tu ? » demanda timidement Draco.

« Que tu sais où se trouve l'homme que je cherche depuis des années et que j'ai une fille dont j'ignorais l'existence. »

Draco soupira. Il se força à se détendre pour relâcher un peu la pression dans ses épaules et servit à son parrain une rasade de whisky avant de s'installer dans son fauteuil et de faire signe à Severus de faire de même.

« Que veux-tu savoir ? » demanda-t-il finalement.

« Depuis quand sais-tu ? »

Draco soupira à nouveau puis répondit, résigné : « Un mois après sa disparition... »

Severus écarquilla les yeux. Il lui avait caché depuis tout ce temps ? Il se sentait à son tour trahi et ne savait comment réagir. Ce fut finalement Draco qui brisa le silence.

« Écoute, parrain... Je ne suis pas sûr de ce que je peux te dire ou non, quoi que maintenant que tu l'as découvert, le serment est brisé. Je ne savais pas si ça t'intéresserais vraiment. Tu es toujours si secret, Severus... Mais je savais que ce jour arriverais et je t'ai préparé quelque chose. »

Draco se leva et prit une grosse boite en bois dans l'armoire. Il la donna à Severus. Elle était assez lourde et dans un bois sombre, très travaillé, magnifique.

« La dedans il y aura toutes les réponses à tes questions... Au sujet de ta fille et au sujet d'Harry. »

ooOOoo

Ça faisait trois jours que Severus n'était pas sorti de ses appartements. Trois jours qu'il n'avait pas donné ses cours. Trois jours qu'il n'avait quasiment pas quitté cette boîte des yeux.

Voulait-il savoir quoi que ce soit sur sa fille et sur Harry ? Oui, bien sûr. Mais savoir, l'engageait à donner une réponse. S'il regardait le contenu de cette boîte et décidait ensuite de faire comme si elle n'avait pas existé, il serait un monstre. Ça serait comme abandonner la petite fille.

Dans un élan de courage, il décida de l'ouvrir. Mais pas seul. Aussi pitoyable que ça puisse paraître, il ne voulait pas être seul pour faire ça. Il envoya un mot par cheminette à Draco, et partit sous la douche. Draco devra annuler ses cours, tant pis pour lui. Et tant pis pour Albus aussi.

Une fois propre et habillé, il sortit de la chambre pour découvrir Draco dans son salon, se tortillant d'un pied sur l'autre. Très peu digne d'un Malfoy.

« Tu voulais me voir, Severus ? »

« Tu la ferme et tu restes là, » répondit son parrain d'une voix dure en montrant du doigt le fauteuil.

Draco s'assit docilement et regarda son parrain se diriger vers la grosse boite en bois, posée sur la table basse. Il souffla un bon coup puis souleva le couvercle pour trouver plusieurs objets et deux boites plus petites. L'une était gravée au nom d'Harry. Il dirigea son geste instinctivement vers celle-ci, ne voulant pour le moment pas réfléchir sur tous ses autres objets.

La petite boîte comprenait une vingtaine de compartiments avec des fioles étiquetées par date. Draco prit la parole.

« Ce sont mes souvenirs se rapportant à Harry, ceux qui pourraient t'intéresser. Les raisons de son départ, sa grossesse, son accouchement, ses loisirs, son travail, sa vie depuis six ans en résumé. »

Au moment où il finissait de parler, une pensine apparut sur la table basse avec un mot d'Albus, disant qu'ils en auraient besoin. Severus grogna contre les vieux glucosés fouineurs mais prit rapidement la petite boite et s'installa à genoux devant la pensine. Il regarda Draco un instant et versa dans le réceptacle, la première fiole, datée de la veille de la disparition.

Il débarqua à coté d'un Draco plus jeune, qui faisait sa ronde, les mains dans les poches, et assista à l'arrivée d'Harry, haletant et sanglotant, qui s'arrêta à peine pour baragouiner quelques mots.

Après avoir regardé le souvenir plusieurs fois, il croyait distinguer le mot bébé... Il vit ensuite Draco l'attendre devant ses appartements et lui raconter sa brève discussion avec Harry qui paraissait bouleversé. Il put voir sa propre attitude, presque détachée, face à la situation. Il avait très bien caché ses émotions encore une fois. On avait l'impression que ça lui était égal.

Il sortit du souvenir et, sans attendre, plongea dans le suivant. Il atterrit dans la Cabane Hurlante alors que Draco sortait de la trappe. Il suivit la conversation entre son filleul et la jeune Granger. Il fut assez surprit qu'elle soit dans la confidence. Même si ça paraissait évident, il l'avait bien observée et n'avait pas vu de changements dans son comportement.

Elle raconta ensuite à Draco toute l'histoire, du point de vu d'Harry.

« Comme tu le sais, Harry entretenait une relation avec le professeur Snape... Il a appris une nouvelle qui l'a... Un peu chamboulé... » Elle inspira fortement avant de reprendre. « Il est enceint. »

Severus vit les yeux de Draco s'écarquiller. Il y avait de quoi d'ailleurs. La nouvelle était choquante.

« Il l'a su le soir avant la bataille. Il était bouleversé et s'est endormi sans lever ses barrières d'Occlumencie... C'est là, qu'il a vu... » Elle hésita un moment. Severus, lui, ferma douloureusement les yeux. C'était donc pour ça qu'il avait eu une vision...

« Il a vu le professeur Snape dire qu'il avait réussi sa mission de mettre le Survivant dans son lit. Il a ajouté des choses malsaines, offensantes et très blessantes pour Harry. »

« Mon parrain ne ferait jamais une telle chose ! » s'offusqua Draco, faisant sourire Severus qui appréciait la virulence de Draco à le défendre.

« J'aimerais te croire... Mais les faits sont là... Et même si certain point me semble étrange, ce n'est pas le moment de bouleverser une fois de plus la situation. Malheureusement, Harry est au plus bas. Imagine un peu la tempête dans sa tête en ce moment. Il doute, il est terrifié et triste. Je ne veux pas remuer tout ça. Il doit mettre un enfant au monde est ce n'est pas le moment de lui dire que, peut-être le professeur Snape ne jouait qu'un rôle. Si ce n'était finalement pas un rôle ? Si c'est un rôle mais qu'il se moque d'Harry comme de son premier chaudron ? S'il lui demande d'avorter ? Nous ne pouvons pas savoir et je ne prendrai pas le risque de le voir à nouveau flancher. »

Draco réfléchit un moment. Severus aussi. Il comprenait pourquoi personne ne lui en avait parlé, mais... C'était douloureux.

« Ok Granger, qu'attends tu de moi ? »

« L'aider. »

Severus regarda avec intérêt la fin de la conversation et fut horrifié de voir que ces trois crétins avaient décidé d'avoir le bébé à la maison. Deux septièmes années en guise de guérisseur, c'était de la folie. Il comprenait pourquoi ils avaient décidé ça, mais c'était du suicide.

Il suivit ensuite les retrouvailles entre Harry et Draco, quand celui-ci avait traité son ami de femme et l'avait fait rire aux larmes. Il fut bêtement jaloux de la proximité des deux jeunes.

Il fit défiler ensuite d'autres souvenirs, tous pendant la grossesse de Harry. Il fut ému en voyant son ex-amant caresser son ventre rond alors qu'il était allongé sur un transat au soleil. Il le trouva plus beau encore, si c'était possible. Ce n'était pas la beauté sauvage et excitante qui l'avait séduit au départ. C'était une beauté douce et tendre, un appel aux caresses et aux étreintes. Son cœur se serra lorsqu'il réalisa que ce moment était passé. Sans lui.

Puis vint l'accouchement. Il se rappelait bien le jour ou Draco était parti de la Grande Salle en furie après avoir reçu un Patronus. Un chat... Severus baissa la tête, ferma les yeux et serra l'arête de son nez. Évidemment que le Patronus de Granger était un chat ! Elle ressemblait tellement à cette vieille pie de Minerva. Il aurait dû comprendre ! Quel crétin...

Il vit Draco se précipiter vers Harry. Celui-ci suait à grosses gouttes et déblatérait sur les sodomites tout en faisant des recommandations de ne jamais devenir un homosexuel ou alors de toujours, toujours être dominant ! Severus ricana malgré lui. Son griffon était vraiment fougueux.

Il ricana lorsqu'il vit Harry, les yeux vaporeux à cause des potions, marmonner qu'il allait tuer "ce connard aux cheveux gras".

Ce fut ensuite plus difficile, lorsqu'il vit le survivant grogner pour expulser son bébé. Il avait envie de le toucher, de l'aider, de le consoler et que, Merlin l'en préserve, le câliner. Draco l'encourageait, essayait de le faire rire, tandis que Miss Granger était concentré sur sa tâche. Severus avait les yeux fixés sur Harry et ne le lâchait plus. Il le regardait donner la vie. Il le regardait lui donner une héritière, car peu importe ce qu'il se passerait ensuite, il savait maintenant que s'il lui à qui arrivait quelque chose, il aurait une fille à qui il donnerait l'héritage des Princes et étrangement cela le soulageait.

Il releva le visage quand il entendit des pleurs stridents. Ils se calmèrent peu après. Miss Granger était en larmes en train d'emmailloter le nourrisson dans une couverture beige. Elle lui caressa la joue un moment, avant de se diriger vers le lit ou Harry avait l'air de reprendre un peu ses esprits.

Severus fixait le bébé et sans le savoir, il eut la même réalisation que son ancien amant. Il avait une fille. C'était la sienne. Qu'il avait eu avec ce magnifique jeune homme aux yeux verts allongé là. Il aurait voulu les enlacer. Être vraiment dans ce moment et le partager avec eux. Il releva la tête au moment où il entendit une phrase précise :

« Alors, que pensez-vous de Cassiopée ? Cassiopée Eileen Lily Potter-Snape. »

Son cœur chavira. Ce prénom lui allait à merveille, et son deuxième prénom était celui de sa mère. Potter-Snape... Son nom apposé à côté de celui d'Harry lui fit un drôle d'effet. Il appréciait beaucoup. Il appréciait aussi le fait qu'Harry ne l'ait pas oublié dans l'équation.

Severus vit les yeux d'Harry devenir vague mais le souvenir s'arrêta là, brusquement. Il se retrouva tout à coup agenouillé devant la pensine. Il avait bien vu que quelque chose n'allait pas. Il avait l'impression que la scène se jouait sans lui. Comme si il avait été sorti de la salle d'accouchement. C'était ridicule. Harry et sa fille allait bien, il les avait vu six ans après ce souvenir. Mais son côté rationnel n'arrivait pas à prendre le dessus. Il se tourna vers Draco et grogna :

« Je veux la suite ! »

« Ce n'est pas nécessaire Sev' » souffla Draco. « C'est du passé maintenant... Ils vont bien. »

« Montre-moi ! » hurla Severus perdant toute retenue.

Draco surprit par cette soudaine colère se leva précipitamment et mit le souvenir dans la pensine. Severus plongea aussitôt dedans et reprit la scène au moment où il l'avait arrêtée.

Harry demandait à Draco de prendre la petite et c'est plus angoissé que jamais que Severus le vit s'évanouir. Il regarda Miss Granger, et Dobby s'occuper de lui et s'acharner à le maintenir en vie et le soigner. Cela se terminait forcément bien, mais pour l'instant Severus s'en moquait, il ne voyait que le corps de Harry, couché dans les draps blancs et le sang qui coulait encore et encore.

Severus se rendait compte qu'il perdait totalement le contrôle de ses émotions mais ne faisait rien pour arrêter. Une fois Harry stabilisé, il vit Miss Granger et Dobby se reposer, tandis que Draco restait là, au milieu, complètement perdu. Il se souvenait parfaitement de la première fois où il avait dû s'occuper seul de Draco et il était tout aussi paumé.

Il regarda son filleul laver sa fille, l'habiller pendant bien vingt minutes, tout en scotchant la couche qui ne voulait pas coller. Il le vit lui préparer plusieurs biberons pour réussir à lui en donner un finalement. Il le regarda avec un air blasé, comparer le poids du bébé avec celui d'un poulet. Et il le vit tout recommencer avec l'aide de Dobby cette fois.

Severus se fit de nouveau sortir de la pensine. Il se retrouva à genoux devant la table basse, les mains tremblantes appuyées dessus. Il avait la tête penchée au-dessus de la bassine de pierre. Ses cheveux sombres formant un rideau, empêchant à Draco de voir son expression.

Severus allait mal. Même si la dernière partie du souvenir était plus légère, et Draco l'avait sûrement laissée exprès pour le détendre, le corps pâle et souffrant de Harry revenait sans cesse dans sa tête. Ce jour-là, il donnait tranquillement des cours dans ses cachots, pendant que son amant -il ne pouvait se résoudre à penser à Harry autrement- et sa fille étaient en danger. Il n'arrivait pas à se le pardonner.

Toujours tremblant, il versa le prochain souvenir. Il vit avec émotion Harry émerger et réclamer sa fille tout de suite. Il l'avait dans les bras et pleurait silencieusement.

Harry proposa ensuite à Hermione et Draco d'être le parrain et la marraine. Il approuva totalement ce choix. Et les arguments de Harry étaient très convaincants. Il était heureux que Draco soit là pour veiller sur sa fille en cas de problème.

Il passa ensuite à d'autre moment de la vie de Harry. Le voyant changer petit à petit. S'entraîner durement. S'étoffer. Mûrir encore. S'embellir... Oui, car Harry était beau, il l'avait toujours dit, mais au fur et à mesure que le temps passait, il était devenu magnifique. Il avait une sorte de mélancolie permanente qui le rendait mystérieux. Et cette barbe naissante... Ça le rendait viril, indubitablement homme.

Quand il était encore à Poudlard, il prouvait sa maturité par son raisonnement, parfois très Serpentard d'ailleurs, par ses entraînements éreintants, par ses responsabilités et sa magie tellement puissante. Mais lors de leurs parties de jambe en l'air, si sa mâchoire carrée, ses muscles et ses parties intimes faisaient de lui un homme, son absence de pilosité faisait plus penser à un garçon, et ça dérangeait beaucoup Severus. Il hésitait à lui caresser la joue parfois, ne voulant penser à rien d'inconvenant. Aujourd'hui, son corps fin et svelte, tout en restant plus que jamais masculin avec cette barbe, excitait Severus. Il était bandant.

Ces dernières années, Harry paraissait parfois triste et mélancolique, quoi qu'il essayait de ne pas le montrer. Pourtant, Draco avait saisi certains de ses moments. Des petits instants perdus, une confidence chuchotée. Harry assit devant la fenêtre, regardant la pluie demandait subitement à Draco d'un air faussement détendu, comment allait son parrain. Se contentant d'une réponse courte.

Le dernier souvenir datait de seulement quelques jours avant qu'il ne retrouve Harry et Severus ne savait pas comment réagir face à celui-ci. Il était, d'un côté triste, et d'un autre... Son cœur s'emballait.

Cela débutait dans la cuisine d'une petite maison. La même qui accueillait la plupart des souvenirs qu'il avait vu jusqu'à présent. Un Harry particulièrement sexy s'avançait dans la pièce. Il avait une chemise blanche légèrement ouverte, une veste de costume noir ajustée et un jean bleu foncé moulant à la perfection ses fesses fermes et ses jambes fines. Il avait des chaussures vernies, un collier fin en cuir et en acier autour du cou et ses cheveux légèrement ondulés caressaient doucement ses joues. Hermione et Draco discutaient devant un thé, attendant apparemment son retour. Severus étudia la scène et se tendit lorsqu'il comprit qu'Harry revenait d'un rencard.

« Alors ? » demanda immédiatement l'ex-Gryffondor.

« Rien » répondit simplement le jeune homme.

« Comment ça rien ?! Qu'est ce qui n'allait pas chez lui ? »

« Trop gentil... » répondit nonchalamment le survivant.

Severus vit la jeune femme se lever immédiatement. Elle était en colère. On le voyait dans ses yeux. Mais cette colère n'était pas vraiment dirigée vers Harry, c'était surtout de la peur et de la frustration.

« Trop gentil ? » grogna-t-elle. « Tu as repoussé un homme parce qu'il était trop gentil ? Tu aurais voulu qu'il te frappe peut-être ? »

« Non. Non... Mais c'est juste... C'était niais ! Il m'a laissé choisir le film, le restaurant, le dessert à partager. Il ne s'est pas imposé une seule fois et a dit amen à tout. Il n'a pas le bon caractère... » répondit Harry en s'effondrant sur sa chaise.

« Alors résumons, » reprit Miss Granger avec un calme exagéré, « Fabien était trop petit, Samuel était trop blond, Gaël le sorcier incroyablement mignon était d'un naturel et trop joyeux, Hector manquait de mordant, Hydrae l'infirmier de mon école était trop collant, Léo était trop jeune, Monsieur Douglas l'instit de Cassie n'avait pas les yeux assez foncé. Tu te moques de qui Harry ? » Severus était figé, Harry était sorti avec tous ces hommes ? Son cœur battait douloureusement dans sa poitrine. La jeune femme hurlait presque maintenant, les larmes au bord des yeux. « Tu cherches quoi Harry ? Un homme de quarante ans, aux cheveux et aux yeux noirs, irascible, aigri, solitaire, borné, morose ? Je te trouve des hommes aimants, sincères et gentils depuis toutes ces années pour qu'après le premier rendez-vous tu te retrouves indubitablement à repenser au professeur Snape ? »

Severus qui observait le souvenir c'était figé. Serait-ce possible que...

« Hermione... » appela faiblement Draco pour éviter qu'elle n'aille trop loin. Sans succès.

« Qu'attends-tu de nous ? Nous n'avons pas le droit d'en parler et pourtant il est toujours là, avec nous, tel un fantôme qui t'empêcherait d'être heureux. Comment v... »

« JE SAIS ! » Harry c'était relevé et avait hurlé, coupant la parole à son amie. « Tu crois que ça me plaît de le chercher lui, dans tous les hommes que je rencontre ? Tu crois que je ne m'en veux pas de ne pas tomber sous le charme de garçon mignon, intelligent et affectueux comme Hydrae ? MAIS J'EN CREVE HERMIONE ! » La voix du jeune homme se brisa alors qu'il baissait les bras qu'il avait agité dans sa colère. Ses épaules se voûtèrent, le masque était tombé. Il reprit d'une voix faible. « Il a été mon premier amant, mon premier amour, le premier à me voir tel que je suis... Ou tel que j'étais... Je ne sais plus... Et dans mon cœur j'ai l'impression qu'il sera le dernier. C'est comme si mon âme l'avait choisi lui. Pourquoi lui ? » Un sanglot. « Il a profité de moi, il m'a trahi, il a joué... J'avais compris et intégré que je ne connaîtrais jamais l'amour, que j'allais mourir avant. Et il a fallu qu'il soit tendre, qu'il me montre ce que je perdais à refuser l'amour. Je me suis laissé prendre dans ses filets... Comme il l'a si bien dit... » Il fit une pause pour regarder ses amis avant de murmurer. « Un minimum de caresses qu'il n'a jamais reçues auparavant et il ronronne comme un chaton, dans le lit de n'importe quel Mangemort »

Severus ferma les yeux. Il avait oublié ce passage. C'était cruel. Parce que c'était en partie vrai. Harry n'avait jamais eu d'affection et s'attachait à la première personne qui lui en proposait un peu. Sur le moment, cela avait été la bonne chose à dire. Le Seigneur des Ténèbres connaissait ce détail de par sa connexion avec Harry, il connaissait une partie de sa vie. Et Severus savait qu'il serait ravi que son Mangemort l'ait remarqué. Que cela donnerait du crédit à son mensonge. Maintenant qu'il savait qu'Harry l'avait vu, c'était une belle connerie.

« Harry je... » L'ex lionne fit une pause « Tu ne nous as jamais dit tout ça... »

« Comment j'aurais pu ? » Demanda le survivant dont les larmes mouillaient maintenant les joues. « Je me suis amouraché d'un homme qui ne m'aimera jamais. Je ne peux même plus me regarder en face. J'ai cru un moment que je pourrais être heureux... Mais sans lui c'est trop dur. Je ne peux toujours pas croire qu'il ait fait une chose pareille. Il était celui qui m'avait toujours dit la vérité. Il était la personne qui m'empêchait de basculer. Il y a sûrement une autre explication à son comportement. Et cet espoir me maintient dans ma tristesse mais aussi dans mes rêves qu'un jour peut-être... Cassie me maintient dans la vie. »

Severus s'approcha du visage d'Harry. Il voulait caresser cette joue, il voulait le prendre dans ses bras. Il ne lui ferait pas de beaux discours, pas de déclaration enflammée, pas de preuve d'amour futile. Il n'était pas doué pour ça et n'en avait pas envie. Tout ce qu'il voulait, c'était prouver son attachement par des gestes, des attentions. Il voulait retrouver son amant qu'il avait tant cherché.

« Papa, pourquoi tu pleures ? » demanda une petite voix derrière eux. Tous se retournèrent vers la petite fille aux cheveux noirs ébouriffés. Elle avait un pyjama lilas avec des petites licornes blanches galopant gaîment. Elle portait aussi des chaussons gris en fourrure et avait un sombral en peluche dans les mains qu'elle cramponnait très fort.

Severus se figea. C'était la deuxième fois qu'il voyait sa fille. Elle était si mignonne. Les yeux pleins de sommeil, son doudou écrasé contre elle. Merlin... C'était sa fille. Et il voulait en voir plus, il voulait savoir tout ce qu'il y avait à savoir sur elle, lui apprendre des choses, faire partie de sa vie.

Harry se précipita vers la petite fille et l'enlaça tendrement.

« C'est rien ma puce, c'est rien... Je suis désolé de t'avoir réveillée. J'étais en colère et fatigué, je n'aurais pas dû crier. »

« Tu parlais de daddy, c'est ça ? » demanda la petite fille comme si c'était un secret.

« Oui c'est ça... Je parlais de daddy... » répondit Harry avec un sourire triste avant de la raccompagner au lit.

Daddy.


Oui, le doudou sombral c'est glauque, mais je voulais un peu de Severus avec elle ^^
Et ça reste un cheval avec des ailes x)