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Guess who's back, back again !
Et avec une surprise, en prime. Rendez-vous en fin de chapitre pour la découvrir. ;)
NB : Une petite relecture du premier chapitre aidera sans doute à mieux comprendre celui-ci. A part si votre mémoire est semblable à un disque-dur de la NASA.
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CHAPITRE II :
Préférez l'honnêteté aux non-dits.
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« 10 Juillet : Chérissez vos liens familiaux ; ils sont inestimables ! »
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« Huh. » sursauta Draco en se réveillant littéralement nez-à-nez avec son père.
« Enfin réveillé. Il était temps. » constata Lucius avant de se redresser et déposer une tasse sur sa table de nuit. « Pour toi. » lui indiqua-t-il.
Draco dévisagea son père. Puis la tasse. Puis son père. Puis la tasse.
« Huh. » répéta-t-il, totalement dans le coaltar.
Lucius Malfoy debout devant son lit à dix heures tapantes du matin ; il y avait de quoi croire en une hallucination. Lucius n'entrait jamais dans la chambre de son fils. Jamais. Lorsqu'il voulait lui parler, il attendait patiemment que Draco descende au salon ou à la cuisine. Le coincer au détour d'un couloir était aussi une troisième alternative. L'appeler par téléphone restait la plus rapide des quatre. Rares étaient les occasions où il faisait le déplacement jusqu'à sa porte mais lorsqu'il le faisait, il prenait toujours soin de toquer trois fois et d'attendre l'autorisation de Draco avant d'actionner la poignée.
Et que le reste de cette foutue maisonnée en prenne exemple, bon sang.
Narcissa n'éprouvait aucun mal à débouler dans sa chambre à quatre heures du matin, prise de sanglots incontrôlables, pour lui tâter frénétiquement le torse à la recherche d'un quelconque rythme cardiaque. Et pour ce qui était de Lady, n'en parlons même pas. La gouvernante entrait et sortait de cette pièce comme dans une laverie publique, ouvrant ses placards à la volée, rangeant le bazar organisé qui encombrait son bureau et l'engueulant pour chacune des chaussettes sales roulées en boule sous son lit. Pas même le fait de l'avoir surpris à seize ans et demi la main plongée dans son boxer, les joues rosies et une légion de mouchoirs éparpillés autour de lui n'était parvenu à la refroidir.
« Tu as quand même beaucoup d'espace, ici. Je n'y avais jamais réellement prêté attention. » remarqua Lucius, ses yeux effectuant un tour circulaire des trente-cinq mètres carrés d'habitation.
« Ouais, c'est... ouais. Grand. » répondit fort éloquemment Draco – il fallait toujours laisser à son cerveau un bon quart d'heure pour se mettre en marche, le matin. Ses yeux mi-clos se posèrent sur sa tasse. « Merci, au fait. »
« Mmh ? » répondit distraitement Lucius avant de tourner la tête vers lui. « Pas de quoi. Bois, ça te donnera des forces. »
Draco attrapa le récipient par la hanse pour le porter au ralentis vers ses lèvres, le sommeil ralentissant le moindre de ses gestes. Le goût ignoble du liquide pâteux qui chemina le long de sa gorge eut le mérite de le réveiller une bonne fois pour toute. Avec une grimace horrifiée, le blond éloigna la tasse très loin de lui et jeta un regard trahi à son père.
« Qu'est-ce que c'est que ça ? Du milk-shake à l'ammoniaque ? »
« Presque. » répondit Lucius, penché vers la collection de polaroïds punaisée juste au-dessus de sa table de bureau. « Smoothie cannelle, chou blanc, endive et fenouil. J'ai lu dans un de ces magazines que ta mère achète par dix que cette recette était porteuse d'un certain nombre de vitamines dont le corps a besoin, surtout à vos âges. »
« Et tu as vérifié si elle était comestible, au moins, cette recette ? » s'assura Draco qui zieutait à présent le contenu de sa tasse comme s'il s'agissait de la réincarnation liquide d'Hitler.
« Eh bien si tu convulses au sol une demi-heure plus tard, on aura notre réponse. » trancha son père.
Par précaution, Draco préféra reposer bien sagement le breuvage sur sa table de nuit et ne plus y toucher. Du tout.
« Tu as gardé cette photo. »
« Laquelle ? » demanda le blond en relevant la tête.
« Celle-ci. »
Lucius tourna alors vers lui le cliché qu'il observait depuis une minute et, en dépit du faible éclairage qu'offrait la seule lampe de chevet, Draco parvint tout de suite à en distinguer les reliefs.
Il y était assis en tailleurs à l'intérieur d'un petit bateau, la moitié de son corps noyé dans un gilet de sauvetage orange fluo, et brandissait en l'air une carpe fraîchement pêchée, un grand sourire victorieux aux lèvres. Le seul indice indiquant la présence de son père derrière l'objectif était le bout de ses bottes de pluie kaki qui faisaient une brève apparition dans le coin droit du cadre.
« Yep. » répondit Draco avec un léger sourire nostalgique. Il avait fait beau, ce jour là, et ils s'étaient bien amusés, à quelques accidents mortels près. « Ça remonte au moins à une bonne décade. »
« Oh, bien plus que cela. Tu devais avoir, quoi... huit ans et demi ? »
« Quelque chose comme ça, oui. » acquiesça-t-il en s'adossant contre sa tête de lit. « On était parti naviguer sur un lac, à plus d'une heure et demi de voiture de Londres. Tu t'étais mis en tête de m'apprendre à pêcher coûte que coûte. Tu me disais que c'était ce qui ferait de moi un homme avec un grand H – je cite. »
« Ça ressemble bien à une phrase que j'aurais pu prononcer. » admit Lucius. « J'avais loué un petit bateau à moteur qui nous a fait voguer sur l'eau calme pendant toute l'après-midi... je me souviens. » se remémora-t-il, ses yeux toujours fixés sur la petite photo. « Tu as failli passer trois fois par-dessus bord. »
« Et me crever l'œil en secouant l'hameçon. » ajouta Draco, rictus hilare aux lèvres.
« Et te crever l'œil en secouant l'hameçon. » confirma Lucius avec un soupir de dépit exagéré. « Bon sang, ce que tu étais désastreux. J'avais beau t'expliquer toute la procédure étape par étape, tu te débrouillais toujours pour faire l'exact contraire. Si cette carpe s'est finalement accrochée à ton appât, ce n'était rien d'autre que par intervention divine. »
Draco émit un petit rire puis se frotta l'œil du talon de la main.
« Elle a dû me voir me débattre misérablement avec le fil de ma canne à pêche et prendre pitié du cas désespéré que j'étais. » pouffa-t-il. « Elle s'est sacrifiée pour rétablir ma dignité. »
« Les carpes, ces martyrs du monde marin. » déclama Lucius.
« Ces modèles d'altruisme aquatique. » renchérit son fils.
« Enfin.. ! » s'exclama-t-il tout en ré-accrochant la photo en question. « Ça reste de bons souvenirs, en tout cas. »
« Pour sûr. » acquiesça Draco par-dessus un bâillement.
« Je crois avoir rangé ces deux cannes à pêche quelque part dans le garage... il faudra que je regarde. » pensa à voix haute Lucius.
L'œil encore humide de sommeil, Draco observa son père poursuivre l'analyse méticuleuse de son mur à photos. Et plus il l'observait agir, plus sa bouche se fendait en un lent sourire amusé. Parce que Lucius Malfoy n'entrait jamais dans sa chambre. Jamais. Et il ne dévoilait jamais le fond réel de sa pensée également. C'était aux autres de décoder ses signaux discrets afin de découvrir la réalité de ses intentions. C'est pourquoi, guettant soigneusement sa réaction, Draco proposa :
« Si tu les retrouve, on pourrait se refaire une journée sur l'eau. »
« Mmh ? » réagit Lucius.
« Les cannes à pêche. » précisa alors le blond. « Si tu les retrouves, on pourrait retourner naviguer, un jour, dans la semaine. »
« C'est une idée. » acquiesça vaguement Lucius, comme si ladite idée ne lui avait pas traversé l'esprit en se levant, ce matin. Comme s'il ne se trouvait pas planté maladroitement dans cette chambre à cause de cette même idée. « Je vérifierai le garage dans la journée puis je te tiendrai au courant. »
« Faisons comme ça. »
Lucius se redressa et frappa des mains tel un businessman venant tout jute de sceller un contrat juteux. Il jeta un dernier coup d'œil à l'ensemble de la chambre avant de se diriger vers la sortie.
« Grand-Mère t'attend dans le hall depuis quinze minutes, au fait. » lui annonça-t-il, sur le pas de la porte.
Le blond écarquilla des yeux.
« Grand-Mère ? Mais pourq... attends, on est le neuf ou le dix, aujourd'hui ? » douta-t-il soudainement.
« Dix. » lui répondit la voix de son père depuis le couloir.
M-e-r-d-e, se fustigea mentalement Draco en sautant du lit d'un bond de guerrier. Il bouscula d'un coup de coude involontaire sa lampe de chevet qui dégringola au sol, l'impact grillant aussitôt les fusibles en surchauffe de son ampoule. Fenêtre et interrupteur ne se situant pas suffisamment à portée de bras, Draco ne se fia qu'à la simple lumière du jour illuminant le couloir pour repérer son sac de sport et y fourrer à la va-vite jean, t-shirts, chaussettes, caleçons, serviette, brosse à dents et trois tomes au hasard de GTO. Il sortit de sa chambre en trombe et dévala précipitamment les escaliers, ses lacets défaits de Converse manquant de le tuer à l'avant-dernière marche. Lorsqu'il atteignit enfin le hall d'entrée, ce fut à plat ventre, les escarpins en perles de sa grand-mère plantés juste sous ses yeux.
« Ne meurs surtout pas avant l'heure. » le salua Druella en observant sa carcasse de haut, une cigarette éteinte à la main. « Ce serait bête. »
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Il n'y avait pas grand chose à faire, chez Grand-Mère Druella.
Vous tourniez la tête à gauche et une interminable Nationale vide s'étendait jusqu'à l'horizon. Vous tourniez la tête à droite et un poney vous léchait goulûment la joue. Partout où votre regard se posait prospéraient des hectares et des hectares de champs céréaliers, un tracteur occasionnel labourant la terre au loin. La toiture céleste était d'un bleu pur de toute pollution urbaine. Et vous pouviez fixer furieusement votre jauge à réseau ou encore agiter désespérément votre portable en l'air en quête d'un miracle téléphonique, rien n'y fera. Jamais vous ne parviendrez à capter quoi que ce soit. La laine épaisse des troupeaux de moutons créait interférence.
Chacune des maisons composant le voisinage s'espaçait l'une de l'autre d'au moins six-cent bons mètres. C'est pourquoi Draco était toujours bluffé par les potins par kilos de cent que sa Grand-Mère semblait collectionner à propos de tous les habitants du secteur, chats et chiens compris.
« ...et cette Miranda, tu aurais dû la voir ! Elle pleurait toutes les larmes de son petit corps lorsqu'elle l'a découvert. Ça la rendait encore plus laide que d'habitude, la pauvre. » déplorait-elle tout en conduisant comme une hors-la-loi le long des larges routes de campagne. Draco zieutait le rétroviseur toutes les trois secondes environ, craignant sincèrement pour son maigre bout de vie restant. « Son visage tout boursouflé s'est mis à se tordre dans tous les sens, et puis sa peau déjà luisante de graisse est devenue luisante de larmes, et puis ses yeux jaunâtres tout exorbités ont manqué de sauter de leurs orbites comme deux petites balles de ping-pong en plein tournoi olympique ; un spectacle satanique, je t'assure. Enfin, tout ça, c'est Vera qui me l'a raconté – tu sais, la femme du boucher ? Il paraîtrait d'ailleurs que son mari la trompe avec le fils adoptif du boulanger du centre-ville, Micky. Dire qu'il vient tout juste d'avoir seize ans en plus... quel scandale ! Mais bon, son pantalon de travail lui fait de belles fesses bien galbées, on ne peut en vouloir à ce bon vieux boucher d'y avoir succombé. J'y aurais moi-même succombé si je ne craignais pas d'être condamnée pour détournement sur mineur. Tu m'imagines, moi, en prison ? Qui arroserait mes magnolias ? Qui enregistrerait mes épisodes manqués de Heroes ? Qui nourrirait Tinckiwinky ? Certainement pas la voisine, ça c'est sûr. Cette affreuse pouffiasse. Elle est si jalouse de moi qu'elle le laisserait crever de faim sur le porche puis feindrait de s'être absentée huit mois en Moldavie et d'avoir oublié les clés de sa maison à la douane – c'est bien ce qu'elle a fait avec son mari, après tout ! Dire que la police croit toujours à la thèse d'une mort accidentelle. » Elle amorça un virage à gauche qui fit rebondir trois fois Malfoy sur son siège. « Tiens, attrape-moi mon paquet de cancer du poumon dans la boîte à gants, tu seras un amour. »
Draco fouilla dans le petit coffre en question et lui tendit un paquet de Lucky Strikes à moitié vide. Elle y extirpa une cigarette en coinçant le filtre entre ses dents puis l'alluma d'un craquèlement d'allumette, ses mains ayant totalement déserté le volant.
« Aaah... » gémit-elle de contentement à la première exhalation, ses paupières mi-closes. Elle se redressa ensuite d'un seul coup pour fusiller son petit-fils du regard, sa cigarette incandescente pointée droit sur lui. « Tu ne fumes pas, j'espère. »
« Nope. » répondit Draco qui fixait la route d'un œil progressivement inquiet – ils fonçaient droit dans un des arbres longeant la route et sa grand-mère ne trouvait rien de mieux à faire que de continuer à le fixer d'un œil suspicieux.
« C'est vrai, ce mensonge ? »
« Occasionnellement. » céda distraitement le blond. « Grand-Mère, on est en train de... »
« Occasionnellement, c'est-à-dire ? Une fois par semaine ? Deux fois ? Trois fois dans la journée ? Je veux un pourcentage exact, Draco. Je veux des nombres et des décimales. »
« Deux fois par mois – quatre ? Peut-être. Je sais plus. Pas beaucoup. Juste pendant les fêtes. Est-ce si important que ça ? » débita-t-il précipitamment. « Grand-Mère, s'il-te-plaît, regarde la... »
« Tant mieux. » répondit Druella et, à trois secondes de la collision fatale, elle tourna le volant pour leur faire regagner la route. « Parce que je ne te laisserai pas bousiller ta santé comme je l'ai fait, ah ça non ! Les médecins te regardent tellement de haut, ensuite, tu ne peux pas savoir. L'autre fois, quand je suis allée faire ma visite médicale trimestrielle, mon docteur m'a fait la morale pendant une demi-heure : vous ne prenez pas suffisamment soin de votre santé, Mlle Black, vous n'avez pas diminué votre consommation de tabac depuis la dernière fois que l'on s'est vu, Mlle Black, j'espère que vous savez que vos gènes Serpentard ne vous immunisent pas contre une possible tumeur pulmonaire, Mlle Black, et gnagnagna. Pauvre pouilleux en blouse blanche. J'étais tellement remontée contre lui que j'ai failli lui balancer que j'avais vu sa femme zieuter furtivement une affiche de site de rencontres extra-conjugales il y a deux semaines de cela, mais je me suis retenue au tout dernier moment. Va savoir pourquoi, d'ailleurs. Bonté de cœur passagère sans doute... »
Draco cala son coude contre la bordure de sa fenêtre de portière et retourna à une contemplation un peu plus apaisée du paysage, le flot ininterrompu de paroles de sa voisine en arrière-fond.
Il n'y avait rien à faire chez Grand-Mère Druella et, petit, il avait toujours fui ces visites de campagne comme la peste. L'ironie de la vie avait voulu qu'il soit celui qui en redemande, à présent. Car chez Grand-Mère Druella, tout semblait statique et hors du temps. Les jours se figeaient, les heures se mettaient sur pause. Et il n'y avait que chez elle que Draco pouvait sentir ralentir ce compte à rebours effréné le conduisant tout droit vers la mort.
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Draco entrouvrit sa paume et considéra pensivement les cinq petits carrés lettrés qui s'y trouvaient, pesant silencieusement ses options. E, I, P, S, N. Un rictus puéril traversa ses lèvres la seconde qui suivit.
« Oh, très spirituel. » roula des yeux Druella en le voyant composer le mot "PENIS" sur la table de Scrabble. « Vraiment recherché. J'applaudis. »
« On fait avec ce qu'on a, ma foi. » claironna son petit-fils avant d'attraper sa grille de comptage puis son crayon de papier. « Ça me fait tout de même quatorze points. »
« Quoi ? » s'offusqua sa grand-mère en manquant de s'étouffer avec sa fumée de cigarette. « T'as-t-on même appris à compter correctement en primaire ? »
« Et même à multiplier, tu seras étonnée. » lui fit savoir Draco tout en pointant du doigt le carré de la lettre "S". « Mon mot est composé sur une case bleue et la case bleue signifie compte double. A moins que les règles aient drastiquement changé pendant la nuit.. ? »
Pour toute réponse, Druella lui jeta son cendrier vide en plastique, attaque que Draco contra aisément avec un petit rire. Il inscrivit ensuite un joli "14" dans sa grille, un rictus de profonde satisfaction sur les lèvres.
Ils en étaient à leur quatrième partie de Scrabble de la journée, Druella ayant triché aux deux premières puis accusé son voisin de fraude lors du troisième tour. D'un commun accord, les deux joueurs avaient alors décidé d'une revanche et s'étaient confortablement installés sur la terrasse du premier étage pour ce faire, chaussons aux pieds, plaid sur les genoux et bouteille de rosé sur la table.
Au loin, le soleil se couchait sans se presser et parsemait les cieux d'une nuée orange et parme. Les reflets dégradés qui retombaient sur le vaste jardin de Druella et éclairaient au passage ses quelques soixantaine de variétés fleuries étaient tout simplement à couper le souffle. Draco fut momentanément pris de contemplation par ce spectacle gratuit que lui offrait la nature et rata l'instant où sa voisine piqua son tour pour rejouer une seconde fois d'affilée.
« Grand-Mère, on n'avait dit que les noms communs. » rouspéta-t-il en constatant le "NARCISSA" qui venait d'apparaître en diagonale.
Druella ne se contenta que d'échanger le dernier "A" avec un "E" puis attrapa son paquet de cigarettes pour en percher une nouvelle entre ses lèvres.
« Comment va-t-elle, d'ailleurs ? Parce que moi, elle ne me dit jamais rien. » Elle alluma sa tige de tabac et rejeta une volute de fumée par le nez tout en déposant à ses pieds la bouteille de vin vide. « Tout va bien, maman ! Tout se passe à merveille, maman ! A d'autres. Je ne suis pas encore trop vieille pour ne pas deviner lorsqu'on me ment. »
Draco haussa des épaules et touilla du doigt sa maigre réserve de lettres, brusquement vidé de tout enthousiasme.
« Elle pleure tout le temps. » offrit-il comme seule réponse.
Et c'était tout de même regrettable qu'il ne soit plus capable de décrire sa mère qu'en ces seuls termes.
« Bien évidemment. » roula une nouvelle fois des yeux Druella. « Le contraire m'aurait grandement étonnée. Cet enfant pleure pour tout et n'importe quoi. Pas fichue de garder ses nerfs intacts et ses émotions pour elle. Elle n'a jamais appris à regarder la réalité droit dans les yeux. J'ai vraiment loupé son éducation, à ce niveau là. »
« Il s'agit tout de même de la perte de son fils unique. » avança Draco, soudainement pris d'un instinct de protection envers sa mère. « Ce n'est pas rien. »
« Et alors ? C'est la seule sur cette Terre à voir son gosse mourir ? Moi, j'ai vu ma propre fille s'éteindre sous mes yeux ! Et encore, je n'ai jamais bénéficié de la chance que ta mère a de connaître ta date de décès exacte afin d'y être psychologiquement préparée. Tout m'est littéralement tombé dessus du jour au lendemain. À peine le temps de cligner de l'œil que mon enfant n'était déjà plus de ce monde. » confessa-t-elle avec amertume.
Draco déglutit, son regard focalisé sur l'arbre cerisier planté quelques mètres plus bas. Rares étaient les fois où il entendait sa grand-mère parler d'Andromeda, sa tante morte dans un accident de la route vingt années plus tôt, avant même qu'il n'apprenne à marcher. Le sujet était assez tabou, dans la famille. Chacun semblait encore porter silencieusement les stigmates de son deuil en soi, telle une blessure éternellement à vif.
« C'est la vie. » reprit Druella avec un calme résigné, ses yeux fixés sur le niveau décroissant de son mégot. « On naît, on vit et puis on meurt – rien de plus simple comme schéma. Il ne faut pas pleurer, il faut comprendre. Puis il faut s'endurcir. » Elle balaya soudainement du regard l'échiquier à mots et attrapa quatre de ses lettres pour former à l'aide de celles déjà en place : « E-N-D-U-R-C-I-R. Mot compte triple fois deux. »
« Tu as conscience que tu viens de jouer trois fois de suite ? » s'offusqua son coéquipier.
« Hun-hun. » acquiesça Druella en comptabilisant soigneusement ses petits points.
« Et que, dans tout cela, je n'ai pas joué une seule fois ? » poursuivit Draco.
« Tu vois, c'est ça votre grand problème, à ta mère et toi. Vous passez la majeure partie de votre temps à geindre et gémir plutôt qu'agir. » constata sa grand-mère, sa cigarette égouttant au-dessus du cendrier. « Si tu avais été un peu plus dans l'action, tu aurais déjà gagné cette partie, mon grand. »
« Pour que tu m'accuses trois secondes plus tard d'avoir triché en cherchant des astuces sur mon portable alors qu'aucun réseau n'est détectable dans la région toute entière ? » ricana le blond. « On connaît tes 'tites combines, mémé. »
« Ne m'appelle pas "mémé"! » rugit-elle immédiatement en lui lançant cette-fois le carton de jeu au visage.
Draco se cacha furtivement sous la table et glissa six lettres de Scrabble dans ses pantoufles, manquant de s'étrangler de rire en la voyant battre aveuglément des jambes pour qu'il déguerpisse. Il entreprit ensuite de lui chatouiller les mollets jusqu'à ce que le genoux de Druella tape contre la table et renverse l'intégralité du jeu par terre, trois lettres passant par-dessus bord pour atterrir sur la véranda du rez-de-chaussée. Plic, plic, plic. Debout sous la lumière solaire déclinante du balcon, les deux adultes observèrent quelques secondes de silence devant le Scrabble éparpillé à leurs pieds.
« De toutes les façons, j'étais sur le point de gagner. » finit par déclarer Druella et sur ces paroles, elle écrasa son mégot.
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Draco n'arrivait pas à dormir.
Quatre heures qu'il se tournait et se retournait dans son lit, le dos moite et le cerveau fonctionnant à cent à l'heure sans aucune raison particulière. Il roula sur le côté, puis sur le ventre, puis en position fœtale, puis en étoile de mer, avant de capituler et se traîner hors de la chambre.
Comparée au Manoir, la maison de Grand-Mère Druella paraissait miniature. Pour un seul habitant, cependant, elle semblait extraordinairement spacieuse. Sans doute était-ce un trait de famille de posséder un logis trois fois plus grand que nécessaire. Draco déambula pieds nus le long du couloir, sa couverture suivant derrière lui telle une traîne de mariée. Il observa attentivement les broderies encadrées et exposées dans le corridor, prouesses artisanales qu'il avait jusqu'alors dépassé sans jamais prêter attention. Il mania avec toute la précaution du monde les bibelots délicats posés sur les petites tables de l'étage. Il prit le temps d'apprécier les élégantes compositions florales que sa grand-mère coupait dans son jardin afin de décorer chacune des pièces de sa maison avec. Il vérifia les détails des paysages d'aquarelle accrochés aux murs, rares souvenirs d'un grand-père qu'il n'avait lui aussi jamais pu connaître. Il inspecta les figurines en porcelaine exposées dans l'armoire à glace du salon. Il s'attarda sur les portraits de famille dressés en ligne sur l'étagère du haut. Narcissa souriait sur chacune des photographies au grain sépia.
« Coucou toi. » chuchota Draco en sentant quelque chose de soyeux frotter avec insistance contre sa cheville.
Tinckiwinky pointa son museau en l'air puis tendit la patte en miaulant. Le blond s'installa alors en tailleurs sur le sol, accueillant le chat dans le petit espace entre ses jambes pour le caresser à son aise, de la pointe de ses oreilles jusqu'au bout de sa queue.
« Ça va, petite terreur ? Grand-Mère ne te maltraite pas trop ? » prit-il de ses nouvelles à voix basse. « Non, hein ? T'es un petit prince ici, n'est-ce pas ? Un vrai petit pacha. Je suis sûr qu'elle te gâte. » Le chat se lova contre sa cuisse en ronronnant, comme pour approuver ses propos. « Tu te rappelles de ces automnes où l'on jouait ensemble dans le jardin ? Tu étais encore tout, tout, tout petit mais tu me suivais partout où j'allais. On s'amusait bien, tous les deux, hein ? » se souvint-il en lui frottant doucement le dos jusqu'à ce qu'une vague de tristesse venue de nulle part l'assiège soudainement. « Tu vas me manquer, tu sais ? Je ne pense pas qu'il y ait de chat aussi mignon que toi dans l'Au-delà. »
Le sommeil le prit en traître. Il ne se souvint s'être endormi qu'en rouvrant les yeux plusieurs heures plus tard sur un salon ensoleillé, son dos toujours appuyé contre l'armoire à glace et Tinckiwinky toujours assoupi sur sa jambe. A ses pieds, sa grand-mère avait laissé deux litières ; l'une contenant des croquettes pour chat et l'autre, du lait et des céréales. Draco noya son rire dans un long bâillement.
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Le soleil.
La caresse d'une brise d'été.
Le chant lointain des oiseaux.
Le lent balancement des branches d'arbre.
L'ombre apaisante des buissons fleuris.
Le doux chuchotement des herbes hautes.
Et puis le silence.
Fritch !
Le frottement sec d'une allumette.
« J'ai pensé. » commença Druella avant de s'interrompre pour inhaler sa première taffe de fin d'après-midi.
« Malheur. » ricana Draco, ses yeux toujours paisiblement clos.
Le chapeau de paille de sa grand-mère lui atterrit sur la tête en guise de représailles et le blond ne se contenta que de le ré-arranger de sorte à ce qu'il lui serve à présent d'oreiller.
« Il te faut urgemment trouver une partenaire avant la fin du mois. » termina-t-elle.
A cela, les paupières de Draco s'entrouvrirent et il suivit d'un regard absent le balancement léger des rideaux de lin couleur lavande qui habillaient la tonnelle en bois sous laquelle ils se prélassaient.
« Pour quoi faire ? »
« Comment ça : pour quoi faire ? Tu ne vas tout de même pas retourner à la terre aussi inexpérimenté que tu en es ressorti ! » s'exclama Druella.
Malfoy se retourna sur le matelas moelleux de son transat et se redressa pour gratifier sa grand-mère d'une œillade sceptique.
« Inexpérimenté ? » répéta-t-il.
« Inexpérimenté, novice, débutant, inculte. Choisis l'adjectif qui te sied le mieux. » débita sa grand-mère d'un négligeant mouvement de poignet, sa cigarette fumante toujours coincée entre ses phalanges.
« Mais à quel niveau, exactement ? » voulut spécifiquement savoir le blond.
« Bon écoute, mon grand, je ne vais quand même pas te faire un dessin. » roula des yeux sa voisine.
« Ah, si. J'insiste. » persista Draco.
Druella baissa ses lunettes de soleil au ralentis sur l'arête de son nez et dévisagea son petit-fils, visiblement outrée d'être en présence d'un tel abruti.
« Tiens-tu réellement à mourir puceau ? » lâcha-t-elle alors de but en blanc.
Draco manqua d'en hurler de rire jusqu'à ce que asphyxie s'ensuive. Il ne sut par quelle force surhumaine il parvint à garder son calme et se forger une expression faciale des plus stoïques, mais il y parvint.
« Grand-Mère, je vais te confier quelque chose... mais tu me jures de ne pas être effrayée, d'accord ? » lui fit-il promettre d'un ton grave. « Et de ne rien répéter à Maman, surtout. Ne rien répéter à personne. Il faut vraiment que ce que je m'apprête à te dire reste exclusivement entre toi et moi. Je peux compter sur toi ? »
Les yeux gris transpirants de jugement de Druella s'arrondirent alors telles deux gigantesques soucoupes. Pour se rapetisser en deux fentes conspiratrices l'instant d'après.
« Où se trouve le corps ? » l'interrogea-t-elle à voix basse.
« Quoi ? Non ! » sursauta Draco. « Aucun assassinat à masquer, aucun témoin gênant à éliminer. Rien de tout cela. »
« Sûr ? » insista Druella. « Parce que je peux toujours déplacer partiellement mon plan de tulipes italiennes dans le fond du jardin et creuser une fosse à la pelle pour... »
« Grand-Mère, il ne s'agit pas du tout de ça. » l'interrompit son voisin.
Et Druella sembla notifier le léger tremolo présent dans sa voix car elle baissa un peu plus ses lunettes, ses sourcils à présent froncés avec inquiétude.
« Eh bien de quoi s'agit-il, dans ce cas ? »
Draco ouvrit la bouche pour répondre mais sembla perdre courage à la toute dernière minute. D'un timide mouvement de la main, il fit alors signe à sa grand-mère de se rapprocher. Druella soupira juste pour la forme mais s'empressa de se pencher vers son petit-fils, pressée d'entendre sa confession. Draco se pencha à son tour dans sa direction, mit sa paume en coupe autour de l'oreille de sa grand-mère et chuchota :
« Je suis sorti avec près de vingt-sept filles depuis mes huit ans et demi, tu sais. »
Peut-être que les six coups de chapeau consécutifs qu'il reçut sur l'épaule furent amplement mérités, cette fois-ci. Aucun d'eux ne parvint à atténuer sa crise de rire, cependant.
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Draco émergea de son cauchemar d'un vif sursaut, échappant de justesse à une noyade imaginaire en plein Océan Pacifique. Pantelant et le regard hagard, il se redressa sur son matelas puis fronça des sourcils en sentant l'eau de son rêve lui gicler à nouveau au visage par fines gouttelettes.
« Debout. » lui ordonna alors Druella.
Plantée droit devant son lit dans une posture de cheftaine militaire, elle aspergeait sa figure endormie à l'aide d'un spray transparent rempli à raz bord.
« Q-quoi ? » sursauta Draco. Il tâtonna sa table de chevet à la recherche de son portable pour le planter sous ses yeux. « Il est huit heures du matin ! »
« Nous sommes dimanche, aujourd'hui. » lui répondit-elle, comme si cette simple affirmation suffisait à tout expliquer.
Draco haussa un sourcil et secoua la tête, clairement blasé.
« ...et ? »
« Mauvaise réponse. » rétorqua Druella avant de lui envoyer une nouvelle décharge d'eau savonneuse en plein dans les yeux. « Dimanche est le jour du Seigneur. »
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« ...et c'est dans son infinie miséricorde qu'il est venu mourir sur la croix pour nos péchés afin que quiconque croit en lui ne périsse point mais ait la vie éternelle dans le Royaume... »
Draco fut réveillé d'un grand coup de coude dans les côtes.
« Arrête de dormir. » le gronda à voix basse sa grand-mère.
« 'dors pas. » mentit le blond, un œil ouvert et l'autre déjà refermé.
« Si, tu dors. Et sache que le prêtre te voit. » lui fit savoir Druella du bout des lèvres avant de désigner de son index ganté le grand crucifix en bois suspendu au-dessus de l'autel. « L'enfant Jésus aussi. »
Draco fixa la croix d'un œil vitreux.
« C'est une statue, Grand-Mère. » observa-t-il platement.
Et il dut parler un poil trop fort car devant lui, une mamie en châle se retourna brièvement pour le gratifier d'un regard noir. Draco fut tenté de parler cinq fois plus fort encore.
« Ce n'est pas qu'une simple statue, nigaud. Il s'agit là de la représentation du Christ. » le reprit Druella. « Et je te rappelle que tu le rejoindras dans un très court délai donc tu ferais bien de t'attirer ses bonnes grâces pendant qu'il en est encore temps. »
« Pourquoi ? »
Sa voisine laissa échapper un soupir excédé.
« Pourquoi quoi, Draco? »
« Pourquoi devrais-je chercher à m'attirer ses bonnes grâces ? » demanda-t-il.
Druella le dévisagea d'un air éberlué.
« Pour ne pas atterrir en enfer, pardi ! »
« Mais vous allez finir par vous taire, tous les deux, à la fin ? » s'insurgea à nouveau la mamie en se tournant vers eux. « Vous faites du bruit dans mon oreille depuis tout à l'heure, c'est insupportable ! »
« Oh, vous, ça va hein ! » aboya à voix basse Druella. « Ce n'est pas parce que votre mari a subi une vasectomie accidentelle que nous devons tous vous obéir au doigt et à l'œil par empathie forcée. »
La mamie écarquilla des yeux puis se retourna sans un mot, tassée sur son siège. Druella se redressa quant à elle sur le sien et hissa son sac à main sur ses genoux, les lèvres pincées et le menton bien haut. Draco se pencha vers elle avec un petit rictus narquois.
« Je rêve où tu viens tout juste de prononcer le mot "vasectomie" en pleine messe ? » commenta-t-il. « Ça n'enlève pas des points de conduite sur la carte des bonnes grâces, ça ? »
Le coup de coude qui s'ensuivit fut si prévisible que Draco l'encaissa avec le sourire.
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« 13 juillet : Ne sous-estimez jamais votre interlocuteur. »
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« Est-ce que vous croyez en l'existence du paradis, de l'enfer, toutes ces choses ? »
Mrs. Granger cligna des yeux.
« Est-ce que vous, vous y croyez ? » lui demanda-t-elle.
Et, juste comme ça, Draco eut envie de la ligoter à un piquet en bois pour la brûler vive sur la place publique. Pour des raisons légales, il s'en abstint.
« Je vous ai posé la question en premier. » siffla-t-il, les dents serrées. « Pourquoi n'êtes-vous jamais foutue de répondre simplement à mes questions sans me les renvoyer ? »
« Pourquoi ne vocalisez-vous que les questions périphériques à la véritable interrogation que vous gardez toujours obstinément muette ? » rétorqua la psychologue.
« Hein ? » croassa Draco en tentant de comprendre le sens de son charabia. Puis, après l'avoir laborieusement décrypté : « Hein ? »
« N'était-ce pas : "Croyez-vous en l'existence de Dieu ?" la réelle question que vous désiriez me poser ? » reformula-t-elle.
« N'était-ce pas télépathe de foire la réelle profession que vous auriez dû exercer ? » répliqua-t-il du tac au tac. « A quoi bon être psychologue si c'est pour mettre des mots dans la bouche de vos clients au lieu de les écouter simplement parler ? »
Mrs. Granger cligna trois fois consécutivement des yeux, son carnet bien à plat sur ses cuisses. Elle portait un jean blanc, aujourd'hui. Pour changer.
« Mais vous ne parlez pas. » lui fit-elle remarquer de son éternelle intonation placide. « Vous ne parlez jamais. »
« Et qu'est-ce qui sort de ma bouche, là ? Des sous-titres pour malentendant ? » ricana Draco.
« Vous discutaillez beaucoup mais vous ne livrez jamais rien. »
Malfoy roula des yeux et hissa sa cuisse sur l'un des accoudoirs du sofa rouge, sa jambe battant paresseusement l'air de l'autre côté. Les yeux de sa voisine guettèrent chacune des étapes de son changement de position avec une effrayante précision.
« Mais encore, Freud ? »
« Vous ne faites jamais part de vos émotions, de vos expériences, de vos états d'âme. » approfondit Mrs. Granger, son regard toujours concentré sur le balancement régulier de sa jambe qu'elle suivait tel un pendule. « Vous êtes comme verrouillé de l'intérieur. Vous ne dévoilez rien. »
« Parce que vous êtes ma psy, pas mon journal intime. » répondit Malfoy avant de se faire craquer les articulations du majeur puis d'ajouter, car il était tout de même assez primordial de le préciser : « Et aussi parce que je vous déteste. »
A cela, Mrs. Granger releva la tête et posa son regard neutre – toujours, toujours neutre – sur lui.
« Possédez-vous un journal intime ? » le questionna-t-elle en occultant royalement son attaque, ce que le blond trouva un tantinet malpoli de sa part.
« Ai-je une tête à en posséder un ? » pouffa-t-il.
« Vous avez une tête à posséder un bon nombre de choses, M. Malfoy. »
La curiosité de Draco fut instantanément piquée et il cessa un instant de faire bouger sa jambe dans le vide pour demander :
« Quoi, par exemple ? »
« Une liste de personnes à descendre à bout portant avant la fin du mois. » répondit aussitôt Mrs. Granger, aucune trace de vie détectée dans sa voix.
Six secondes. Ce fut le temps que Draco passa bouche bée sur son siège, ses grands yeux bleus écarquillés. Parce que, bon sang, pourquoi n'y avait-il jamais pensé ? ! C'était une idée de génie. Pourquoi fallait-il qu'elle l'ait eue avant lui ? Raison n°803 pour la haïr un peu plus.
« ...peut-être. » haussa-t-il des épaules avec une moue d'enfant boudeur.
Mrs. Granger croisa des mains, son stylo à bille bleu coincé entre ses paumes. Elle ne portait jamais de vernis, jamais de montre, jamais de collier, jamais de bague. Rien. Quelques fois, Draco avait véritablement du mal à croire qu'ils puissent tous deux partager l'exacte même tranche d'âge. Elle ne semblait pas avoir plus de vingt-cinq ans.
« Quels noms se trouvent sur cette liste ? »
« Le vôtre, tout en haut. » lui fit-il savoir, un charmant sourire aux lèvres.
« Mais encore ? » embraya-t-elle, indifférente.
« Je doute que ceci vous regarde. »
« Donc cette liste existe vraiment ? »
Draco dodelina vaguement de la tête tout en s'observant les cuticules.
« Dans ma tête, oui. »
« Qu'attendez-vous pour la coucher sur le papier ? » suggéra alors la psychologue.
Au tour de Draco de cligner bêtement des yeux, éberlué.
« Vous m'encouragez au meurtre ? » articula-t-il avec incrédulité.
« Je vous encourage à donner vie à vos idées. » précisa Mrs. Granger.
« Donc vous m'encouragez au meurtre. » décoda Draco, les paupières plissées. « Remarquez, ce n'est peut-être pas si stupide que ça, comme idée. Une fois derrière les barreaux, j'aurai enfin une excuse en béton pour ne plus me traîner à vos séances. »
Mrs. Granger décroisa des mains pour les reposer sur ses cuisses d'une gestuelle de pianiste, le dos parfaitement droit et les épaules rehaussées. Sa posture n'avait rien de spontané ou de naturel. Absolument rien, chez cette femme, ne paraissait authentique. Draco était toujours intimement persuadé qu'elle était un androïd fabriqué dans un laboratoire des services secrets japonais et greffé ensuite de peau humaine pour espionner le monde occidental.
« Je ne vous encourage à commettre aucun crime, simplement à matérialiser vos pensées et projets. Il ne vous reste plus que dix-sept jours pour les concrétiser, après tout. » lui remit-elle en mémoire.
Malfoy laissa échapper un grognement las, ses yeux roulant sur eux-mêmes dans leurs orbites.
« Ça va être une constante de me rappeler mon nombre de jours restant à chaque rendez-vous ? » râla-t-il. « Vous voulez me prouver qu'on vous a bien appris les soustractions en Ce1 ? »
« Cela vous dérange ? » s'enquit-elle en brandissant son calepin, prête à y inscrire sa sentence.
« Quoi donc ? Votre existence ? » répliqua instinctivement Draco.
« Le fait que je vous mette toujours face à l'éminence de votre propre mort. »
Et il fallait croire que sa foutue manie déteignait sur le blond car il se surprit une nouvelle fois à cligner des yeux avec une incroyable lenteur.
« Mais c'est quel genre de question idiote, ça ? »
« Dois-je donc en déduire que cela vous dérange ? » persista encore son interlocutrice.
« Ça ne vous emmerderait pas, vous, que quelqu'un vienne vous agiter en permanence votre date d'expiration sous le nez ? »
Mrs. Granger s'octroya une seconde pour réfléchir, son pouce jouant avec le capuchon de son stylo.
« Non. » finit-elle par répondre avec aplomb.
« Eh bien vérifions cela tout de suite, si vous le voulez bien. » décréta Draco en se redressant sur le sofa, ses lèvres étirées en un sourire un brin machiavélique. « Tendez-moi gentiment votre bras, doc'. »
Fait historique insolite : Mrs. Granger fronça des sourcils – ainsi donc, ses muscles faciaux fonctionnait ; qui l'aurait cru ? – l'air pour la toute première fois décontenancée. Son regard fit de rapides aller-retours entre les deux mains tendues de Draco puis une ampoule sembla s'allumer dans son cerveau et ses traits regagnèrent l'instant suivant leur impassibilité habituelle, comme si elle venait tout juste de deviner son intention. A la bonne heure.
« "Toute révélation de date de décès sans consentement écrit, daté et signé de la personne majeure concernée est une infraction pénale sanctionnée par la loi. Cette infraction est punie d'une amende de 8000 Livres assortie d'une peine d'emprisonnement pouvant varier de 5 à 10 ans." Article 38 alinéas premier et second du TIRC. » récita-t-elle à la manière d'une comptine d'école apprise par cœur.
« Oh, voilà qu'on se réfugie derrière la loi, maintenant. » commenta le blond en se ré-affalant de tout son long contre le dossier du canapé. « C'est mignon mais lâche. »
« Qu'est-ce qui est le plus lâche, d'après vous ? » lui demanda-t-elle. « Citer un article de loi dans le simple but de se défendre ou bien formuler des projets sans jamais avoir le courage de les réaliser ? »
« Je rêve... ou vous êtes en train de me viser ? »
« Vous ne rêvez pas. Je vous vise. » confirma sur-le-champs Mrs. Granger. « Écrivez cette liste, M. Malfoy. »
Draco se laissa glisser du dossier jusqu'aux sièges du sofa et s'y allongea confortablement, sa seconde jambe elle aussi perchée au-dessus de l'accoudoir. Il ramena son avant-bras sur sa figure et ferma les yeux, presque prêt à s'endormir.
« Je vous citerai à la barre, lorsqu'on me condamnera pour génocide sur la moitié de la population britannique à cause de cette fichue liste. » lui dit-il. « Je dirai au Juge que vous m'y avez poussé. »
« Et lorsque vous l'aurez écrite, changez son intitulé et remplacez l'arme initiale par vos propres mots. » ajouta la psychologue en ignorant une fois de plus son intervention – Draco commençait à se sentir vexé.
« Traduction ? » bâilla-t-il.
« Au lieu de descendre à bout portant les personnes qui figurent sur cette liste, dites-leur plutôt le fond véritable de votre pensée. » explicita alors Mrs. Granger. « Si vous avez inscrit leur nom, c'est qu'il y a une raison spécifique. Dites-la-leur – vous n'avez plus rien à perdre, après tout. Vous vous sentirez beaucoup plus libéré ensuite qu'en ayant eu recours à un fusil de chasse et supprimé une vie humaine. »
Draco rouvrit un œil. Puis le second. Il ouvrit également la bouche pour l'envoyer paître d'une réplique de son cru mais fut freiné par l'image mentale aléatoire de Mrs. Keller, sa maîtresse de maternelle.
Plus de quinze ans qu'il n'y avait pas pensé, à cette vieille peau aigrie. Quinze années qu'il avait oublié jusqu'à sa simple, misérable, exécrable existence, quelque part, sur le globe terrestre. Et la voilà qui se matérialisait à présent sous ses paupières, cheveux grisonnants et verrue sur le nez, pour lui administrer une bonne fessée devant tous ses camarades de maternelle. Personne ne pouvait prétendre avoir connu la définition encyclopédique du mot "humiliation" sans s'être fait un jour baisser le pantalon et claquer les fesses devant une trentaine de paires d'yeux ébahis juste pour avoir volé un simple chewing-gum. Personne. S'il y avait bien quelqu'un à qui Draco aurait voulu cracher ses quatre vérités avant de mourir, même avec une quinzaine d'années de retard, ç'aurait bien été elle.
« Ainsi donc, vous cessez d'être idiote un jour sur trente dans le mois. » fut-il forcé d'admettre d'une voix traînante, la liste de personnes sur lesquelles déverser son venin s'allongeant de seconde en seconde dans son esprit. « C'est bon à savoir. »
« Vous adoptez donc mon idée ? » demanda Mrs. Granger.
« Relax, doc'. » la fit-il redescendre. « Je n'en suis encore qu'au premier stade de délibération mentale. »
« Je vous laisse réfléchir, dans ce cas. »
Draco referma les yeux. Sous ses paupières se dessinait déjà un tableau de noms et de méfaits configuré en temps réel par les archives de sa mémoire.
Il y avait donc tout d'abord cette Mrs. Keller, destructrice professionnelle de dignité. Figurait ensuite cette manipulatrice de Victoria Hemmings qui avait refusé de sortir avec lui pour se caser ensuite avec Blaise quatre jours plus tard. Et Blaise aussi, tiens ! Ce traître. Ce fourbe. Pourquoi avait-il accepté de sortir avec Victoria tout en ayant connaissance de la nature des sentiments que Draco entretenait à son égard ? N'avait-il pas violé par ce seul acte huit règles du Code de l'Honneur du Meilleur Ami ? Certes, l'affaire remontait au Ce2, mais tout de même. La cicatrice restait béante. Et en parlant de cicatrice : Kenneth Ho. Le coup du droit que ce grand nerveux lui avait décoché dans la file d'attente de la cantine, en Cinquième, la mâchoire de Draco s'en rappelait encore. Deux de ses dents y avaient même perdu la vie. Dire que sa seule faute n'avait été que d'inscrire un petit "e" à la fin du nom de famille de Kenneth sur la liste d'appel... était-ce un si grand crime que de tenter d'entretenir la flamme de l'humour ? Apparemment, oui. Et en parlant justement de la période du collège, il ne fallait surtout pas qu'il épargne de son Death Note mental son ancien professeur de chimie de Troisième qui ne...
Draco rouvrit les yeux d'un seul coup, se sentant épié. Et, en effet : Mrs. Granger l'auscultait toujours du regard, ses pupilles statiques.
« Vous allez me scruter longtemps ? » l'invectiva-t-il glacialement.
« Je ne vous scrute pas. » objecta-t-elle, sereine.
« Fixer quelqu'un sans ciller, vous appelez cela comment, vous ? » demanda Draco en se redressant sur un coude.
« Regarder. » répondit simplement Mrs. Granger. « Vous n'appréciez pas que votre interlocuteur vous regarde ? »
« Pas lorsque c'est vous, non. » déclina son voisin.
« Pourquoi donc ? » voulut-elle savoir.
« J'ai l'impression d'être face-à-face avec la Faucheuse. »
Mrs. Granger cligna des yeux.
« Et cela vous met mal à l'aise ? » s'enquit-elle.
« Et cela vous met mal à l'aise ? Vous en avez, de ces questions rhétoriques, mon Dieu. » constata le blond, dépité. « Plantez-vous trois secondes devant un miroir et fixez-vous droit dans les yeux ; vous aurez votre réponse. »
« Est-ce un exercice auquel vous vous adonnez souvent ? Fixer votre reflet dans la glace et attendre de détourner du regard ? »
« Quand je m'épile les poils du nez, ça m'arrive. » répondit Draco en décidant qu'à ce stade, il n'en avait tout simplement plus rien à foutre.
« Et détournez-vous du regard ou bien parvenez-vous à vous regarder en face ? » continua Mrs. Granger.
« Quelques fois, je tourne les yeux pour attraper mon rasoir. Il est perché sur le lavabo. C'est un Gillette Fusion – vous savez, les tous nouveaux, ceux avec le manche vert et bleu. Mais tout dépend si j'ai envie de garder ma barbe du matin ou non. Habituellement, j'écoute le chant des oiseaux pour me décider. S'ils chantent faux, c'est que je dois attraper ma lame et tout éradiquer. » expliqua Draco en se rongeant l'ongle du pouce.
« Parvenez-vous à regarder la mort en face ? » persévéra Mrs. Granger, si imperturbable qu'elle en méritait presque une médaille d'or.
« Faut croire que oui étant donné que je vous regarde, là, maintenant, tout de suite. » rétorqua Draco.
« Donc je représente la mort, pour vous ? »
Malfoy expédia sa rognure quelque part, par terre, sur le tapis, dans la nature, qu'importe, puis s'attaqua au pouce de son autre main.
« Je ne sais pas si vous avez déjà remarqué mais vos yeux semblent aussi vivants que ceux d'un pigeon écrasé sur la chaussée d'un rond-point par les roues arrières d'un 4x4. » lui fit-il part d'un ton si léger que l'on aurait pu croire qu'il parlait du bulletin météo de la semaine. « On n'y décèle aucune âme. »
« On n'y décèle aucune âme. » répéta Mrs. Granger.
« Absolument aucune. » appuya Draco avant d'attaquer son ongle d'un coup de dent tenace.
« Absolument aucune. » répéta une nouvelle fois Mrs. Granger.
Malfoy laissa provisoirement son pouce de côté pour lui jeter un regard en biais.
« Vous allez répéter tout ce que je dis ? » soupçonna-t-il.
« Vous allez répéter tout ce que je dis ? » répéta fidèlement Mrs. Granger.
Draco s'immobilisa net, ses deux sourcils haussés à l'unisson, et dévisagea la jeune femme brune d'une vingtaine d'années assise à quelques petits mètres de lui sur son fauteuil molletonné.
« Vous êtes une psychologue diplômée ou une gamine de quatre ans coincée dans un corps d'adulte ? » demanda-t-il, tout le mépris du monde dégoûlinant dans sa voix.
« Vous êtes une psychologue diplômée ou une gamine de quatre ans coincée dans un corps d'adulte ? » répéta mot pour mot Mrs. Granger.
Face à l'absurdité totale de la situation, Draco lâcha un rire d'incrédulité pure et véritable. C'était à croire en un gag, à ce stade. Où se trouvaient les caméras cachées ?
« Vous vous foutez clairement de ma gueule, là. » siffla-t-il.
« Oh ? Et quel effet cela fait ? » le confronta-t-elle, cette fois-ci. « Je suis curieuse. »
Ça, pour être sur les fesses, Draco le fut. Et royalement. Ses sourcils ne purent se hausser plus haut qu'ils ne se trouvaient déjà. Car qui aurait pu croire un seul instant qu'un robot tout droit sorti de l'usine comme Mrs. Granger puisse être doté de sarcasme ? Pas Malfoy, en tout à lui, Mrs. Granger se tenait toujours droite et sans ciller sur son fauteuil, la touche de provocation présente dans sa phrase nullement décelable dans sa posture ou dans son être tout entier. Son esprit semblait complètement déconnecté de son corps. Porté disparu.
Ting !
« 16 heures ; notre séance se termine. » déclara-t-elle à l'instant où le petit carillon de fin de session retentit. Tel un ressort, elle se mit aussitôt sur pied puis lui tendit la main afin de le saluer. « A la semaine prochaine, M. Malfoy, et d'ici là, portez-vous bien. » récita-t-elle.
Draco resta assis sans rien dire, ne se contentant que de fixer sa main tendue, puis sa manche de chemise, puis la peau porcelaine de sa nuque, puis sa figure aux traits figés, puis ses yeux, si dépourvus de vie.
Presque un regard de Serpentard désabusé.
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« 14 Juillet : Ne vous laissez jamais malmener par qui que ce soit ! »
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« …événement historique à la maternité chinoise de Qingdao : une jeune femme a accouché hier soir d'une petite fille détenant une Pré-Marque non pas sur le bras gauche, mais sur celui de droite. » annonçait le présentateur roux de La Gazette News d'une voix si nasale que si Draco avait été Premier Ministre, sa première décision aurait été de rendre ses prises de paroles illégales. « Ce cas de figure est si rare qu'il n'a été recensé que deux fois au cours de ces vingt dernières années. Notre reporter spéciale Lin Zhao est allée enquêter sur le terrain. »
Draco termina d'étaler une généreuse couche de crème d'avocat sur toute la surface dorée de son toast à l'instant où l'écran télévisé de la cuisine opérait un changement de paysage, affichant à présent un grand bâtiment en béton gris littéralement assiégé par la foule.
« Comme vous pouvez le voir, l'effervescence est à son comble sur place. » expliquait la journaliste qui luttait contre vent et bousculade au beau milieu de la cohue. « Depuis que la nouvelle de la Pré-Marque s'est propagée, le bâtiment hospitalier tout entier s'est vu cerné par les habitants et journalistes locaux, leurs micros brandis et leurs caméras à l'épaule, dans l'espoir d'immortaliser la petite Mei Xian. Les forces de l'ordre ont également été déployée pour sécuriser les lieux mais, en dépit du chaos ambiant, nous sommes parvenus à obtenir une entrevue du patron du centre hospitalier, Kuan Ti Ming. Cela nous a permis d'en apprendre un peu plus. »
Apparut alors un soixantenaire en costard et ventre bidonnant, sa blouse de médecin soigneusement accrochée au portemanteau planté derrière sa chaise de bureau. Avant de prendre la parole, il croisa des mains sur la table, ses multiples bagues claquant contre le bois impeccable du meuble dans une parfaite imitation de Frank Underwood.
« Mei Xian est née par voie naturelle, d'une grossesse sans complications, et ne présentait vraisemblablement aucun problème de santé à la naissance. La normalité de sa venue au monde est ce qui accentue le caractère singulier et paradoxal de cette situation. Parce qu'une pré-Marque sur le bras gauche, je vous assure que je n'ai jamais rien vu de tel en trente-cinq années de carrière. Les sage-femmes et infirmiers m'ont appelé depuis le bloc opératoire pour que j'en sois l'un des premiers témoins. »
« Quelle a été la réaction de la mère de Mei en tenant sa petite fille ? » le questionna la journaliste.
« Elle n'a pas encore l'occasion d'être en contact avec son enfant. » répondit Kuan Ti, ce qui eut le mérite de faire écarquiller la jolie paire d'yeux bleus de Draco.« Nous avons directement transmis Mei au service médical du Centre de Qingdao où elle se trouve actuellement en quarantaine. Elle y sera examinée par un corps de chercheurs spécialisés en la matière qui, au terme de leurs analyses, la rendront en temps voulus à ses parents. »
« Mais quelle connerie. » siffla Draco, dépité. « Quelle gigantesque connerie. »
« Vous venez cependant de me dire que, à l'exception de l'emplacement de sa pré-Marque, elle ne présentait aucune anomalie à la naissance. » poursuivait la journaliste à l'écran.
« C'est ce que nous avons remarqué. Cependant, pour chaque problème ayant trait aux Marques, le Centre le plus proche se doit d'être immédiatement tenu informé. C'est à lui qu'il revient de prendre les mesures nécessaires pour le bien du concerné mais aussi de la communauté dans laquelle cette personne vit. C'est la procédure. Qui sait si l'emplacement inhabituel de cette pré-Marque n'est pas le symptôme d'une toute nouvelle maladie ? D'une épidémie virale ? D'un dérèglement mental ? Nous ne pouvons jamais être trop prudents. » avisa Kuan Ti en secouant la tête d'un air grave.« Il ne faut pas oublier que nombre des patients peuplant les hôpitaux psychiatriques de Chine et du monde entier présentent des dysfonctionnements au niveau de leur Marque. Ce sont ces dysfonctionnements qui se répercutent sur leur état mental et alimentent ensuite leur comportement agressif et auto-destructeur. »
« Combien de temps pensez-vous que Mei restera en quarantaine ? »
« Autant de temps qu'il le faudra. »
« C'est-à-dire ? »
« J'ai déjà vu des quarantaines s'étendre sur deux années. »
« Et les parents, dans tout cela ? Comment réagissent-ils à la perspective d'être privés de leur nouveau-né pour une durée pouvant possiblement excéder douze mois ? » s'enquit la journaliste.
« C'est pour le bien de Mei, pour leur propre bien et pour le bien de notre société toute entière. » trancha Kuan Ti d'un ton catégorique. « Alors s'ils ne le comprennent pas, ils finiront bien par se faire à l'idée. »
Draco coupa net la télévision et quitta la cuisine, abandonnant l'idée d'ingurgiter un petit-déjeuner consistant pour le restant de la journée.
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« Ça mord ? »
Et comme par magie, la ligne de sa canne à pêche se détendit aussitôt, le poisson accroché étant manifestement parvenu à se défaire de l'hameçon et maintenir la vie sauve.
« Ça mordait. » soupira Draco. « Ils me boudent toujours autant qu'avant. »
« Sois patient. » lui conseilla Lucius.
Facile à dire, se retint de grommeler le blond en lorgnant sur les trois poissons que son père avait déjà délogé des profondeurs marines et qui tressautaient encore dans son panier. Il se contenta finalement de hocher la tête avec un nouveau soupir résigné, coincer un nouvel appât à l'extrémité de sa canne puis lancer son fil.
La météo n'aurait pas pu être plus favorable pour une journée en bateau. Dans les cieux azur, le soleil était à son zénith et reflétait ses éclatants rayons sur l'eau, drapant la surface de la rivière d'une tunique de diamants. Roseaux et arbres se dressaient de part et d'autre du courant et accompagnaient leur lente progression, le bruit léger, infime de leurs feuilles balancées par un vent doux faisant concurrence aux lointains chants d'oiseaux. Un havre de paix et de sérénité.
« Tu es bien silencieux. »
« Mmh ? » sursauta Draco avant de se redresser. « Non. C'est juste… je réfléchissais. A un truc. »
Il haussa des épaules, minimisant la chose, mais le regard curieux de son père combiné à sa propre curiosité le poussèrent tout de même à demander :
« Est-ce que des représentants du Centre étaient présents, lorsque je suis né ? »
Lucius haussa des sourcils, assez surpris, mais prit le temps de considérer la question.
« Il devait y en avoir un ou deux, oui. » se souvint-il.
« Dans la salle d'accouchement ? » insista Draco.
« Je crois qu'il devait y en avoir un à l'intérieur et puis un autre dans le couloir. »
« Et c'est légal, au moins ? Ils vous ont demandé la permission avant de s'inviter ? Vous ne pouviez pas les chasser de là ? »
« C'est la procédure, Draco. Ils se doivent d'être là. » répondit Lucius, employant le même terme que le patron d'hôpital avait utilisé, ce matin même. « Est-ce que tu recommences ta crise adolescente de rébellion anti-système ? Parce qu'il est un peu trop tard, à mon sens. »
Draco referma sagement la bouche et fixa l'horizon, quelque chose d'amer en travers de la gorge. C'est encore trop tôt pour que tu connaisses ceci, pour que fasses cela, pour que tu demandes telle chose, lui avait-on souvent dit. Il avait quasiment l'impression d'avoir entendu ce type de discours toute sa vie. Et maintenant, voilà qu'on lui disait qu'il s'y prenait trop tard. Quelle cruelle ironie.
« Est-ce que ta mère t'a déjà raconté la véritable crise d'angoisse que nous a fait frôler la clinique où tu es né ? » embraya Lucius dans une évidente tentative de distraction.
Draco s'autorisa dix secondes de contemplation supplémentaire avant de hocher la tête à la négative.
« Vraiment ? J'avais cru. » s'étonna Lucius avant d'entamer sa narration : « Après t'avoir mis au monde, ta mère est restée hospitalisée cinq ou six jours encore pour récupérer des forces. Elle dormait donc beaucoup et, étant donné que j'avais pris ma semaine, je me relayais avec les infirmières pour m'occuper de toi. »
« Est-ce que j'étais chiant ? » ne put s'empêcher de l'interroger Draco en se retournant à nouveau vers lui.
« Insupportable. » fut la réponse immédiate de son père. « Tu pleurais tout le temps et tu m'as vomi deux fois dessus. »
« C'était une déclaration d'amour gastrique. » soutint son fils.
« Je n'en doute pas une seule seconde mais reprenons : après ces cinq ou six jours, ta mère avait repris suffisamment du poil de la bête pour que nous puissions tous rentrer au Manoir et prendre soin de toi avec l'aide de Martha — la gouvernante qui a précédé Lady et qu'on a dû virer le jour où Cissy l'a surprise en train de dévisser le lustre en cristal du troisième étage pour le revendre au noir. » expliqua Lucius. « Le jour J, nous avons donc rassemblé toutes nos affaires puis regagné le hall d'entrée de la clinique où un chauffeur nous attendait. Et là, juste au moment où nous nous apprêtons à sortir… nous entendons des pas empressés juste derrière nous. »
« On dirait un parfait début de film d'horreur, ton affaire. » s'intrigua Draco qui ne tenait à présent sa canne à pêche que d'une seule main.
« Et encore, attends de voir la suite. Il y a les bruits de pas, une respiration courte et là, tout au bout du couloir, une infirmière presqu'en sueur accoure vers nous, un bébé entre les mains et le directeur des lieux à ses trousses. » poursuivit Lucius avec un sourire en coin naissant.
« …mais non. » devina aussitôt Draco, les yeux exorbités.
« Et arrivée à notre niveau, elle commence à se répandre en un déluge d'excuses, presque à genoux devant nous. Cissy et moi on se regarde, totalement perdus et incrédules. Quel est donc tout ce cirque ? A-t-on été nommés roi et reine d'Angleterre à notre insu pour qu'elle tombe à genoux devant nous ? Nous étions dans le brouillard le plus total. Sans compter que tout le monde dans le hall commençait à nous dévisager comme si nous étions une troupe de théâtre interprétant une scène de comédie dramatique. »
« Mais non. » répéta Draco en secouant la tête.
« C'est à ce moment que le directeur, rouge pivoine, commence à bafouiller quelque chose comme : 'M. et Mrs. Malfoy, je suis profondément navré mais nous vous avons donné le mauvais bébé.' Draco, j'ai cru que ta mère allait s'écrouler au sol. » relata Lucius. « J'ai littéralement dû la tenir par les épaules pour ne pas qu'elle vacille à terre. Ou qu'elle ne se jette sur lui pour l'étrangler à mains nues. Dieu seul sait qu'elle serait capable de tuer pour toi. »
« Incroyable. Absolument incroyable. Comment ont-ils pu même se débrouiller pour me confondre avec un autre enfant ? » hallucina Draco.
« Va savoir. Les deux étaient blonds aux yeux gris avec un bracelet d'hôpital au numéro quasi identique, à deux ou trois chiffres près, ce qui était suffisant pour se tromper. Une bande d'incompétents. »
Draco plissa lentement des paupières, une théorie prenant lentement forme dans son esprit.
« Mais… mais qu'est-ce qui vous dit qu'ils ne se sont pas trompés en croyant justement s'être trompés ? » douta-t-il. « Qu'est-ce qui vous dit que je suis réellement votre fils biologique ? Peut-être que j'appartiens à une autre famille depuis vingt-deux années ? Peut-être que je ne suis pas Draco Malfoy ? Peut-être que je m'appelle Douglas Montgomery, que mes parents sont irlandais et que… »
« Tu es bel et bien Draco Malfoy. » le coupa Lucius avec un légendaire roulement d'yeux. « Ne t'en fais pas à ce sujet. »
« Comment peux-tu en être certain ? » persévéra Draco.
« A la seconde où l'infirmière t'a tendu vers moi pour que je te reprenne, tu as vomi ton biberon du matin sur mon smoking. »
« Et c'est une preuve intangible, selon toi ? »
« Il te faut un test ADN ? » ironisa Lucius puis, face au sérieux comique de son fils : « Draco, tu possèdes exactement la même tâche de naissance que ta mère sur l'épaule gauche. Même forme, même couleur et même emplacement. »
« Ouis mais peut-être que Narcissa Malfoy n'est pas vraiment Narcissa Malfoy mais est en réalité Norma Montgomery et que je suis son fils biologique mais qu'au lieu que la clinique se soit trompée d'enfants, c'est toi qui t'es trompé de chambre en confondant celle de Norma Montgomery avec celle de Narcissa Malfoy qui est en fait sa soeur jumelle cachée et qui est tombée enceinte au même moment que Norma et dans le même hôpital — pure coïncidence — ce qui fait que tu penses que Maman et moi sommes ton épouse et ton fils alors que tu es en réalité le père et l'époux de Douglas et Norma Montgomery qui doivent à présent penser que tu as profité de l'accouchement pour te sauver par la fenêtre et fuir pour le Colorado à la nage afin d'y refaire ta vie. »
« Tu as une imagination absolument… terrifiante. » admit Lucius en frottant pensivement la barbe de son menton. « Si bien que je regrette quelques fois que tu n'aies jamais pris le temps de t'asseoir pour écrire un livre. Il aurait tant terrifié les esprits qu'il serait devenu un best-seller instantané. »
« Je pourrais toujours devenir un écrivain fantôme. » suggéra Draco, un lent et stupide sourire prenant vie sur ses lèvres. « Parce que… parce que fantôme… »
« J'ai compris. » l'arrêta son père.
« …écrire depuis mon cercueil… » continua malgré tout Draco.
« J'avais deviné. » souffla Lucius.
« …parce que je serais décé… »
« Ça mord, Draco. »
« …et que je… hein ? Ça mord ? » réagit soudainement Draco en recentrant son attention sur sa canne à pêche et en effet : le fil tirait impossiblement vers le bas. « Oh mon Dieu, ça mord ! »
« Remonte la ligne ! Vite ! » s'écria Lucius en se levant pour l'aider.
« Oh mon Dieu. » couina-t-il, presque la larme à l'oeil. « Le monde marin s'est enfin pris de pitié pour ma condition pécheresse . »
Au terme de grognements, de cris, de « non, pas comme ça, pas comme ça ! » prononcés par un Lucius exaspéré et de muscles combinés, Draco décrocha sa toute première — et unique — carpe de la journée. Tandis qu'il hissait le poisson frétillant en haut d'une poigne ferme, tel un trophée de sport, Lucius sortit son portable pour immortaliser l'événement sous seize angles différents, Draco alternant les poses ridicules.
« Et un de plus. » s'exclama Lucius en accompagnant son commentaire d'une claque paternelle dans le dos du blond. « Bravo, Douglas. »
« Merci, Père. »
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Ce fut un Draco exténué au-delà des mots qui regagna le Manoir aux côtés de son père. A peine eut-il passé le pas de la porte de sa chambre qu'il se jeta à corps perdu sur son matelas, défaisant le lit impeccable qu'avait confectionné Lady pour se glisser en toute hâte sous sa couette, ses chaussures toujours aux pieds. A mi-chemin d'une torpeur profonde, il perçut les vibrations de son portable dans sa poche, ce qui lui arracha un grognement. Qui osait le déranger à dix secondes seulement du coma ? L'impolitesse des gens était décidément sans bornes. Le blond s'apprêta à passer l'éponge et refermer les yeux lorsqu'un second tressaillement téléphonique survint.
« Rhaaa mais merde, à la fin. » râla-t-il en repêchant rageusement son portable.
La luminosité de l'écran lui fit plisser des yeux mais ne l'empêcha pas de déchiffrer le prénom "Blaise" coincé entre quatre cœurs verts qui s'y affichait. Ses deux messages consécutifs apparaissaient juste en-dessous.
toujours graff ce soir ?
attends, je reformule : toujours graff ce soir.
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Draco lorgna la vitre quelques secondes encore puis la fit coulisser afin d'attraper deux grandes bouteilles de 7Up, une de chaque main. Il ferma la porte transparente d'un coup de coude et son mouvement fit taper son sac à dos contre la surface vitrée, ses bombes à peintures s'entrechoquant bruyamment à l'intérieur. Légèrement parano, le blond fit un tour d'horizon de l'épicerie mal éclairée mais ne tomba sur aucun vigile au regard noir suspicieux ou policier flairant l'illégalité sur lui à six kilomètres à la ronde. Ses yeux tombèrent en revanche sur Blaise qui émergeait d'un rayon voisin, la tête baissée sur trois paquets de Pringles qu'il lui braqua aussitôt sous le nez.
« Nature, oignons et crème ou sel et vinaigre ? » lui demanda-t-il avec un plissement de front soucieux, comme en pleine crise existentielle.
« Un jour ou l'autre, il va vraiment falloir que tu ailles consulter. Les chips sont ta cocaïne personnelle. » s'inquiéta Draco.
« Nature, oignons et crème ou sel et vinaigre ? » se contenta simplement de répéter Blaise en détachant cette fois-ci chacune de ses syllabes.
Draco roula des yeux puis se mit en route vers la caisse.
« Prends les trois. » trancha-t-il.
Il n'y avait aucune file d'attente, ce qui, considérant l'heure à laquelle les deux hommes se ravitaillaient – minuit moins cinq – était plutôt compréhensible. Il y avait également peu de caisses ouvertes et Draco se dirigea vers le seul comptoir occupé, celui situé tout au bout de l'allée. A son approche, la petite blonde assise juste derrière abaissa son Closer pour leur adresser un sourire commercial. Sourire qui se transforma tout bonnement en quelque chose d'animal après une rapide inspection du visage de Draco. Derrière lui, Blaise masqua très mal son ricanement.
« Hello, hello ! » s'exclama-t-elle d'une voix haut perchée, la poitrine bombée en avant. « Qu'est-ce que deux jolis minets comme vous fabriquent aussi tard dehors ? »
« On voulait vous tenir un peu compagnie. » répondit Draco en posant sa première bouteille sur le tapis roulant. « On ne supportait pas de vous voir ici toute seule. »
« Voyez-vous cela ? Quels gentlemen vous faites. » soupira la caissière, transie.
« A votre service. » lui fit savoir Draco, clin d'œil à la clé.
« Mais, vous savez, il existe des centaines d'autres façons de me tenir pleinement compagnie. » susurra la blonde en se penchant lentement vers eux, son décolleté ainsi accentué. « Des milliers. »
Au toussotement soudain de Blaise, Draco devina aisément qu'il venait de manquer de s'étouffer avec sa propre salive. Pour sa part, le blond ne se contenta que de percher négligemment son coude au-dessus de la caisse et d'arborer son plus charmant sourire. Celui à plus de 1000 Watts.
« Apprenez-nous, nous sommes tout ouïes. »
La caissière se pencha alors un peu plus vers lui avec une petite moue féline.
« Eh bien, vous êtes... » commença-t-elle avant que ses pupilles ne se figent sur le bras de Draco toujours hissé sur son comptoir.
Quelque chose se décomposa ostensiblement dans son expression faciale et le feu présent dans son regard se transforma en une lueur glacée d'effroi. Dérouté par ce soudain changement de scénario – il était prévu qu'il la drague pour obtenir éventuellement une réduction sur ses achats, pas qu'elle tombe dans les pommes en apercevant un fantôme – Draco haussa des sourcils au ralentis.
« Oui.. ? » la relança-t-il en se rapprochant pour l'entendre mieux.
« Ne me touchez pas ! » hurla aussitôt la caissière avant de reculer sur son siège à roulette, ses yeux à présent écarquillés d'horreur.
Draco resta planté sur place, confus au possible. Que diable était-il en train de se passer ? Venait-il de baver sur la caisse sans s'en rendre compte ? Avait-il "PESTE NOIRE : CONTAGIEUX" inscrit au marqueur rouge sur son front ? Derrière lui, Blaise sembla comprendre la situation avant lui car il attrapa leurs courses d'un geste furieux pour les fourrer brusquement dans son sac à dos.
« On se casse. » siffla-t-il en entraînant Draco par le bras.
« Si vous sortez sans payer, j'appelle la police ! » s'époumona l'employée dans leur dos, le combiné du téléphone déjà en main.
« Allez-y ! Qui vous retient ? » l'encouragea Blaise en se retournant partiellement vers elle. « On en profitera pour leur décrire en détails le racisme par caste que vous semblez opérer à la caisse. J'ai hâte de voir lequel des nous trois croupira en taule le premier. »
Il attrapa deux paquets de chewing-gums sur un portant proche de la sortie, adressa un salut militaire à la caissière haletante puis ouvrit la porte du magasin d'un grand coup de pied, permettant ainsi à Draco de sortir en premier.
Dehors, l'air était bon, la pluie ayant sévit toute la journée durant donnant à la nuit une fraîcheur plus que bienvenue. Les deux garçons traversèrent la moitié du quartier de Camden côte à côte, leur paquet de chips naviguant d'une main à l'autre jusqu'à ce qu'ils atteignent leur QG improvisé : un petit squat abandonné au sol jonché d'ordures mais aux murs recouverts par leurs propres graffitis. Ils s'installèrent en équilibre sur les barres en fer rouillées, vestige de ce qui avait autrefois été un banc, et déposèrent leurs sacs à leurs pieds.
« Tu te rappelles de cette comptine à la con qu'on nous avait appris en primaire ? » se remémora alors Draco, trois chips dans la bouche, avant d'entonner à tue-tête : « Je n'suis pas léophobe car j'adore le cœur d'or des Gryffondors ! Je n'suis pas véritaphobe car j'aime tous les honnêtes Poufsouffles du globe ! Je n'suis pas aquilaphobe, j'ai un faible pour l'air espiègle des Serdaigles ! Je n'suis pas... euh... je n'suis pas... »
« ...anguiphobe car j'admire les Serpentards, ils sont si rares ! » termina pour lui Blaise. « Sache que je te hais pour m'avoir remis cette chanson abyssale dans la tête. » marmonna-t-il en inaugurant la première bouteille de Sprite.
« C'était gratuit. » lui fit savoir Draco.
Blaise marmonna une réplique qui fut noyée dans sa première gorgée de soda. Il s'essuya la bouche d'un revers de manche, frotta sa manche humide contre son jean, puis vissa une fois encore ses lèvres au goulot de la bouteille pour s'abreuver. A ses côtés, Draco observait les tressautements réguliers de sa pomme d'Adam d'un œil pensif.
« Dans l'hypothèse où je porterais plainte contre la vendeuse de l'épicerie... » commença-t-il.
« Chose que tu ne feras pas » l'interrompit aussitôt Blaise, une goutte de Sprite dégoulinant de la commissure de ses lèvres jusqu'à l'extrémité de son menton. « car tes vieux sont déjà suffisamment plein aux as comme ça. »
« Je pourrais porter plainte par principe, pas juste par gain. Elle a eu une attitude anguiphobe, après tout. C'était de l'anguiphobie, non ? » douta-t-il soudainement.
« Pure et dure. » acquiesça Blaise, catégorique.
« Et c'est puni par la loi, n'est-ce-pas ? » continua Draco en lui volant la bouteille de soda des mains.
« N'est-ce-pas ? » l'imita-t-il en exagérant son intonation un brin aristocrate avant de hausser négligemment des épaules. « En théorie, ça l'est. Mais mec, je ne t'apprends rien. Que ce soit au commissariat, devant le Juge ou dans le cabinet du Premier Ministre, personne n'en a quelque chose à cirer du sort des Serpentards. L'un de nous deux pourrait mourir d'une balle perdue sur un trottoir de Londres que les passants enjamberaient notre cadavre le lendemain matin pour se rendre au travail à neuf heures pile. »
« Après nous avoir jeté six bons litres d'eau bénite. » imagina Draco.
« Et désinfecté les maisons environnantes. » ajouta Blaise.
« Puis condamné le quartier tout entier. » poursuivit Draco.
« Appelé un exorciste du Vatican. » agrémenta Blaise.
« Foutu le feu à l'intégralité de la ville. » compléta Draco.
« Quelle vie de merde, vraiment. On aurait dû naître Gryffondor. » soupira Blaise, l'oeil morne.
« Retire tout de suite ce que tu viens de dire. » le somma immédiatement son voisin.
« Je retire. » obtempéra le métis, amusé. « On aurait dû naître Poufsouffle, alors. »
« C'est déjà plus acceptable. » concéda Draco.
Il descendit quelques centilitres de Sprite et reposa la bouteille en équilibre sur l'une des barres de fer qui leur faisaient office de sièges improvisés. Positionné en tailleurs, il fit ensuite tapoter ses paumes contre ses cuisses dans un tempo distrait, ses yeux passant en revue les centaines de tags tapissant les murs en pierre de leur forteresse improvisée. Et il ne put s'empêcher de demander, la question lui taraudant l'esprit depuis une bonne demi-heure déjà :
« Comment est-ce que la vendeuse a su que j'étais... »
« T'as oublié ton cache-Marque chez moi, ducon. » devina Blaise.
Draco baissa les yeux sur son avant-bras et, oh. En effet. Sa manche de gilet était retroussée, rendant son tatouage Serpentard visible aux yeux de tous. Il avait ôté son cache-Marque en débarquant chez les Zabini trois heures plus tôt, la fibre du tissu l'ayant furieusement démangé le bras durant tout le trajet, et après s'être servi du lit de Blaise pour rattraper la sieste dont on l'avait injustement tiré, le blond avait totalement oublié de remettre sa protection en place.
« Ceci explique donc cela. » constata-t-il, son pouce traçant les courbes du reptile incrusté à son épiderme.
« Yep. » confirma Blaise qui calquait inconsciemment son mouvement par-dessus son propre cache-Marque.
C'était Draco qui le lui avait offert pour ses dix-sept ans. Ses parents l'avaient traîné quelques jours en Ecosse profonde pour assister au mariage d'une tante éloignée à l'accent effroyable et Draco s'était sauvé en pleine cérémonie pour se promener dans les rues du village, son nœud de cravate desserré autour de son cou. Il était entré par hasard dans une boutique de comics et avait déniché ce cache-Marque One Piece entre deux étagères, la tête chapeautée de Luffy imprimée sur la moitié du tissu, son grand sourire mangeant presque le trois-quart de sa figure. Blaise avait eu exactement le même en déballant son cadeau.
« Graff ? »
Draco sursauta légèrement, pris dans ses pensées, puis hocha la tête.
« Graff. » acquiesça-t-il.
Synchrones, les deux jeunes hommes ouvrirent leurs sacs à dos pour en extraire le matériel de guerre : bonnets, masques, gants, bombes à peintures. Debout devant leur canevas improvisé, ils inspectèrent côte à côte les murs criblés de graffiti à la recherche d'une quelconque parcelle vierge et laissèrent chaque jet de peinture exprimer sans réserve leur créativité.
Blaise était doué pour les portraits et Draco, pour les inscriptions ; c'est pourquoi, tandis que l'un peaufinait une représentation troublante d'Amy Winehouse, l'autre se réserva deux bons mètres de surface murale afin d'y inscrire : "VENI VIDI". Il fit repasser généreusement son aérosol par-dessus chaque lettre, donnant au tag un aspect délibérément débraillé et hâtif, puis se redressa. Observa la peinture écarlate dégouliner en traînées sanguinaires jusqu'au sol.
Le "VICI", Draco le gardait silencieusement pour lui, ne s'en considérant pas méritant. Car il ne s'était contenté que de débarquer sur cette Terre, comme par pure coïncidence, et puis de voir. De constater la futilité de son existence, l'imminence de son extinction. Qu'avait-il vaincu, en vingt-deux années de vie ? Quel grand combat avait-il mené ? Absolument aucun. Il était donc préférable de garder la fin de cette maxime pour soi. Et Blaise se chargea de concrétiser sa pensée en inscrivant un simple point d'interrogation noir d'encre à la suite de son graffiti.
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« 15 Juillet : Aimez sans frontières, vivez sans étiquettes ! »
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LISTE DES PERSONNES A ABATTRE – par mes mots – A BOUT PORTANT D'ICI LA FIN DU MOIS :
- Mrs. Keller (si elle n'est pas déjà morte)
- Victoria Hemmings (sans-coeur)
- Kenneth Ho (aucun chromosome d'humour détecté chez cet individu)
- Mr. Giorgiani (a failli me faire redoubler)
- Deborah Gordon (preuve vivante que Machiavel était Serdaigle)
- Killian The Cat (a eu le culot de fuguer)
- Dr. Pomfresh (a ruiné mon enfance)
- Calvin Desmond (par où même commencer)
- Holly Stern (m'a trompé deux fois ? en Suède ? je crois ?)
- Vincent Crabbe (peut pas le blairer, c'est physique)
- Mr. Olliver (pire chargé de TD possible)
- Jodie la brune (radine)
- Jodie la blonde (sadique)
- Sir Sven Howard Kensington (prétentieux + porte des mocassins à glands)
- Carmen Elvidora (si elle n'est pas déjà en prison)
- Gary Oaks (globalement très con)
- Yasemin Iqbal (nuisance absolue pour la société)
- Le livreur roux de Pizza Hut (pizzas toujours froides + m'a escroqué de 16,53£ une fois)
« Qu'est-ce que c'est que ce machin ? »
Draco releva brusquement la tête, pris en flagrant délit, et plia sa liste pour la planquer dans sa poche de jean. Son mouvement ne fut cependant pas assez rapide pour que s'éclispe la lueur soupçonneuse brillant dans les yeux menthe-à-l'eau de Pansy.
« La politesse voudrait que toute conversation soit entamée par un "bonjour". » répliqua Draco.
« Politesse ? Qu'est-ce que c'est ? Ça se mange ? » s'enquit Pansy avant de se pencher un peu plus vers l'avant, surplombant pour une fois Draco de sa hauteur. Le fait que ce-dernier soit assis sur un banc et que Pansy soit perchée sur des Buffalo à plateformes aidait considérablement. « Qu'est-ce que tu écris ? Tes mémoires ? »
« Peut-être. »
« Comment ça "peut-être" ? C'est soit oui, soit non. »
« Et ça te regarde ? »
« Evidemment. »
Le ton indiscutable de sa réponse arracha un rire à Draco et il se mit sur pieds en s'étirant.
Il était vingt-et-une heure passé mais le ciel affichait un très doux dégradé de violet que l'on aurait pu attribuer à un dix-huit heures de période hivernale. Le quartier du Chemin des Traverses était littéralement bondé. Entre les couples flânant main dans la main avec paresse le long des allées dallées, les étudiants noyant leur stress de fin d'année dans les gigantesques pintes que servait le Chaudron Baveur, les touristes embouteillés devant Gringotts, beaucoup trop occupés à mitrailler la façade flamboyante plutôt qu'à céder le passage, ou encore les familles dont la paisible promenade nocturne s'était vite transformée en une succession de "mais-où-diable-se-trouve-mon-troisième-fils-en-partant-de-la-fin", Draco se considérait extrêmement chanceux d'avoir pu se dégoter un banc libre pour y attendre Pansy.
A peine se fut-il levé que deux amoureux récupérèrent sa place pour s'y embrasser à pleine bouche, entrelacés jusqu'au cou, la main du garçon portée disparue sous le t-shirt transparent de sa partenaire.
« Charmant. » commenta Pansy en les gratifiant d'une œillade débectée.
Le Dragon Royal Cracheur de Feu n'était certes pas le seul restaurant japonais du secteur mais pouvait se vanter de remporter, et de très loin, la palme gustative. Lorsque Draco et Pansy l'avaient découvert – ils devaient encore être au lycée, ce qui remontait donc à une bonne moitié de siècle – le décalage entre le nom grandiloquent déclamé par l'enseigne du restaurant et l'étroitesse extrême du local en question leur avait semblé suffisamment hilarant pour qu'ils y entrent et testent le menu. Dieu seul savait ce qui s'était passé par la suite. L'hypothèse la plus probable était qu'une puissante potion magique avait été versée dans leur saké à leur insu, les poussant ainsi à revenir au minimum six fois par mois, année après année. Le chef leur avait même réservé une table attitrée, tout près de la vitre.
« Qu'est-ce que tu prends, aujourd'hui ? » demanda Draco en ajustant sa chaise.
Un jour sur deux, il était pris de TOC et celui d'aujourd'hui consistait à disposer ses pieds de chaise en parfaite parallèle à la fois avec la ligne du carrelage comme avec la bordure de table. Tout un art. Sa laborieuse mission accomplie, il releva le nez juste à temps pour apercevoir Pansy lentement abaisser le menu qu'elle tenait juste devant son visage jusqu'à ce qu'apparaissent une paire d'yeux menaçants.
« Ne commande surtout pas la même chose que moi. » siffla-t-elle.
« Je ne commanderai pas la même chose que toi. » acquiesça machinalement Draco en passant la carte en revue. « Qu'est-ce que tu prends, donc ? »
« Tu commandes toujours la même chose que moi. » pesta Pansy.
« Eh bien cette fois-ci, je ne le ferai pas. Qu'est-ce que tu décides de prendre ? »
« Si tu commandes la même chose que moi, je te poursuivrai en justice. »
« Relax, Taylor Swift. » roula des yeux Draco puis, face au regard froidement inflexible de sa voisine : « Je jure sur mon rein gauche et sur mon poumon droit que je ne recopierai pas ta commande ; voilà. Rassurée ? »
Pansy plissa une dernière fois des yeux, encore assez perplexe, mais consentit malgré tout à reposer son menu sur la table pour l'aplanir ensuite à l'aide de ses paumes. Le verni corail à moitié écaillé sur ses ongles était de la même couleur que l'inscription "2016 is the year of realizing… stuff – K. J." imprimée sur son t-shirt.
« Je vais prendre le menu B208. » déclara-t-elle enfin.
« Oui alors, non. » réagit immédiatement Draco. « C'est justement celui que je prévoyais de prendre. »
« Et voilà. J'en étais sûre. J'en étais sûre ! » rugit Pansy, faisant sursauter le couple de septuagénaire installé à leur gauche. « Tu me recopies tout le temps. Zéro personnalité. Aucune saveur. Nada. »
« C'est la vérité ! » se défendit le blond. « J'ai voulu le prendre à la seconde où nous sommes rentrés dans ce restaurant. A la seconde même où je me suis levé ce matin. »
« Tu ne peux pas t'en empêcher. C'est dingue. »
« Je ne t'ai pas copié ! » persista Draco.
« Si, tu m'as copiée. »
« Je ne te recop... bon. Faisons plutôt comme ça : tu choisis un autre menu... »
« Non. »
Draco adressa alors un très, très long regard excédé à sa voisine qui finit par lever les yeux au ciel puis dodeliner de la tête, l'autorisant ainsi à poursuivre.
« Donc. » reprit-il avec aplomb. « Tu choisis un autre menu, j'en choisis un autre, on compte jusqu'à trois et on le dit en même temps. Comme ça, aucun moyen que l'un recopie sur l'autre. »
« C'est toi qui me recopie, pas l'inverse. » précisa Pansy.
« Soit. Tu es partante ou non ? »
La brune haussa vaguement des épaules, légèrement bougonne, mais zieuta tout de même son dépliant à la recherche d'une seconde option culinaire. Draco en fit de même – ce qui lui prit approximativement sept secondes – puis attendit que sa voisine termine son choix en observant la foule londonienne se mouvoir derrière la vitre.
La nuit naissante drapait le Chemin des Traverses d'un voile bleuté qu'illuminaient les nombreux lampadaires plantés sur les trottoirs dallés. Des lointaines archives de son enfance, Draco se souvenait de la toute première où, émerveillé, il était resté vissé sur place à observer les lumières s'allumer une à une, telles une multitude de dominos électrique. Il en fallait très peu pour l'impressionner, à l'époque.
Un bruit sec et continu de craquement d'articulations le tira de ses pensées.
« Prête ? » demanda-t-il, une fois retourné vers Pansy.
« Depuis le jour de ma naissance. » déclara-t-elle en détachant ses baguettes en bois l'une de l'autre. « Fais le décompte. »
Draco leva alors ses trois doigts en l'air et les abaissa un à un jusqu'à ce qu'il ne reste plus que le pouce. Puis, lorsque son pouce fut lui aussi abaissé, tous deux s'écrièrent en cœur :
« C420 ! »
« Mais tu le fais exprès ou quoi ? » s'insurgea Pansy.
« Donc ça va encore être de ma faute ? » tenta-t-il de s'indigner bien qu'un début de fou rire secouait déjà ses épaules – la situation était bien trop absurde pour ne pas qu'il puisse en rire.
« Tu n'es vraiment qu'un sale tricheur. »
« On a littéralement gueulé le même menu au même moment. » répondit le blond, de plus en plus hilare. « Au même moment, Pansy. Comment aurais-je pu tricher ? Par quel stratagème ? »
« Tu as lu dans mes pensées. » l'accusa sa voisine.
« Evidemment – suis-je bête ? Je rajouterai "télépathe en devenir" à mon CV en rentrant ce soir, juste à côté de "dresseur de tigre". »
Pansy se pencha soudainement vers lui et fit tapoter son index sur la table, une lueur maniaque dansant dans ses yeux plissés.
« Pierre, feuille, ciseaux. Une seule manche. Le vainqueur gagne le menu de son choix. Le perdant paye la totalité de l'addition. » décréta-t-elle d'une voix basse et conspirationniste.
« Quand tu veux. » acquiesça Draco.
« Justement, je le veux. » répliqua Pansy. « Pierre. Feuille. Ciseaux. »
Yeux dans les yeux, tension dans l'air, les deux brandirent leur poing pour le secouer trois fois côte à côte puis dévoiler leur signe.
« Manche supplémentaire. » déclara Pansy en constatant leurs deux ciseaux identiques.
« Mon Dieu mais c'est… » commença à protester Draco, de plus en plus affamé.
« Pierre. Feuille. Ciseaux. » l'interrompit sa voisine d'un ton déterminé.
Sa main se recroquevilla en une pierre que Draco recouvrit très calmement de sa paume de main, imitant le signe du papier, un magnifique rictus d'enfoiré aux lèvres.
« Boom. » commenta-t-il avant d'attraper la bouteille de sauce soja pour la lui planter sous le nez. « Un discours, peut-être ? C'est pour les caméras de CNN. »
« Crève. » fut la réponse simple et concise de Pansy.
« C'est déjà au programme, rassure-toi. »
Leurs menus respectifs furent servis suffisamment rapidement pour que leurs estomacs ne commencent à crier famine mais pas avant qu'ils ne puissent se lancer dans un intense combat d'escrime miniature, chacun armé de sa propre paire de baguettes. Cette même paire de baguettes avec laquelle Pansy vint piquer plus de fois qu'il n'était permis dans l'assiette de Draco jusqu'à ce que le blond finisse tout bonnement par capituler. Avec un gémissement de fatigue, il poussa son plat en milieu de table et put assister à la naissance d'un sourire hautement satisfait sur la petite figure enfantine de Pansy. Le fait que cette fille parvienne en tous temps et toutes circonstances à obtenir exactement ce qu'elle voulait forçait malgré tout le respect.
Le temps s'écoula avec la langueur agréable des nuits d'été. Draco finit par détacher un bouton de sa chemise, puis deux, tandis qu'en face de lui, Pansy s'esclaffait pour la douzième fois de la soirée, l'alcool rendant ses joues plus roses, son rire plus franc. Repue, elle s'affala sans aucune élégance contre son dossier de chaise puis frotta son ventre plein avec une expression de contentement pur et Draco, qui l'observait d'un regard mi-clos et vitreux, fut sur le point de sortir une réplique dégoulinante de niaiserie telle que : « t'es une emmerdeuse mais tu vas vraiment me manquer » ou encore « tu penseras à m'envoyer une carte postale depuis le monde des vivants ? ». La silhouette qu'il entrevit du coin de l'oeil par la vitre coupa cependant en lui tout élan de sentimentalisme. Net.
« Quoi ? » demanda Pansy, détectant son brusque changement d'humeur.
« Ma psy. » répondit Draco d'une voix lugubre.
« Ta psy ? » répéta la brune, un brin dubitative, jusqu'à ce que son voisin ne pointe du doigt la concernée sur la vitre.
Vêtue d'un chemisier fleuri et d'un jean blanc — pour changer — Mrs. Granger longeait la grande allée du Chemin des Traverses aux côtés d'un grand roux à l'air rieur, tous deux occupés par le cornet de glace qu'ils tenaient en main. Draco les regarda s'éloigner d'un pas synchronisé, ses lèvres se retroussant d'elles-mêmes en une grimace instinctive de dégoût.
« Rien que de l'apercevoir me ruine la soirée. » marmonna-t-il.
« Il t'en faut peu, dis donc. » commenta Pansy avant de leur resservir tous deux de l'eau. « Hermione Granger est donc ta psy ? »
« Hermione Granger ? » fronça du nez Draco.
« C'est son nom complet. » l'informa Pansy.
Draco ravala son très spirituel "Donc même son prénom pue la défaite" pour fixer sa voisine avec de grands yeux ronds.
« Attends… comment est-ce que tu le sais ? Est-ce que la connais ? »
Pansy but très, très lentement son eau tout en haussant deux fois des sourcils, malicieuse.
« Tu connais Mrs. Granger ? Tu connais ma psy ? » hallucina progressivement le blond.
Pansy haussa des épaules puis reposa son verre sur la table.
« Vaguement. » se contenta-t-elle de répondre.
« Comment ça "vaguement" ? De quelle façon ? Qui vous a présenté ? C'est ta psy à toi aussi ? » débita Draco.
« Ma thérapeute est une mégère qui pose des questions débiles et fixe sa montre six fois par minute. » ricana Pansy. « Très peu de ressemblances avec la tienne, donc. »
« On est vraiment pas loin du compte, crois-moi. »
« Avec Hermione ? J'en doute fort. » réfuta la brune en lui piquant son dernier maki pour l'enfourner d'une seule bouchée.
« Pourquoi ? Tu la connais personnellement ? Comment vous-vous êtes c… oh. » réalisa soudainement Draco, un ampoule s'allumant dans son cortex cérébral — comment avait-il pu ne pas y penser avant ? « Vous êtes sorties ensemble. »
Pansy manqua de s'étouffer avec sa salive et se jeta cette fois-ci sur le verre d'eau de Draco qu'elle but entre deux éclats de rire.
« Mauvaise cible, Sherlock. » finit-elle par répondre.
« Tu es sortie… avec son frère alors ? » enchaîna aussitôt Draco.
« Parce qu'elle a un frère ? »
« J'en sais rien. Je demande. » haussa des épaules le blond avant de poursuivre : « Son cousin ? »
« Son père, son chauffeur-livreur, son député, son labrador ; t'en as encore d'autres comme ça qui te viennent en tête ? » énuméra Pansy avec un roulement d'yeux.
« …je dois dire que ta liste était plutôt exhaustive. » reconnut Draco.
Pansy se ré-affala sur sa chaise, l'air plus rassasiée que jamais.
« Je l'ai croisée lors d'une conférence à King's College, en début d'année. Elle intervenait à propos des castes, je crois… je sais plus. En tout cas, c'était beaucoup de blablas sur des notions vues et revues. J'ai dû m'endormir avant la fin. » Elle fit glisser son ongle entre ses deux incisives de l'avant pour y décoincer un minuscule morceau de céleri, l'oeil pensif. « Mais on s'est parlées, vers la fin. Elle était sympa. »
« C'est la première fois de ma vie toute entière que je t'entends prononcer le mot "sympa". Dois-je contacter les urgences ? » s'inquiéta immédiatement Draco.
« Pour m'extraire chirurgicalement de ma chaise après que tu m'aies fait ingurgiter l'équivalent de mon poids en bouffe japonaise ? Très bonne idée. »
« Parce que ça aussi, ça va être de ma faute ? Incroyable. Ce n'est pas moi qui ait fait disparaître le trois-quart du contenu de ma propre assiette, à ce que je sache. Et de la tienne aussi. »
« Je ne suis donc qu'une grosse vache, c'est ce que tu essaies de dire ? » siffla la brune.
« C'est exactement ce que j'essaie de dire. Mot pour mot. » ironisa Draco.
Pansy leva son index en l'air, comme prête à sortir l'injure du siècle, ce qui ne rendit sa prochaine réplique que plus folklorique :
« Si je suis une grosse vache, tu es un buffle. Un buffle nain. Albinos. Un buffle nain et albinos. »
« Etrangement spécifique comme insulte. »
« Parce que. Parce que tes cheveux. Ils sont trop blonds pour être blonds. Albinos. Et courts. Nains. »
« Mon Dieu. » souffla Draco, partagé entre moquerie et effarement. « Es-tu encore parmi nous, Parkinson ? »
« Non. » grogna la brune en croisant des bras sur la table pour y laisser lourdement retomber sa tête puis marmonner : « Appelle les urgences. »
Ce fut un Uber que Draco finit par appeler un quart d'heure plus tard, une fois que Pansy eut terminé de payer l'addition en rouspétant puis exigé du blond qu'il la porte au dos durant toute l'attente du taxi en guise de dédommagement financier. Face au regard sceptique que le chauffeur leur lança — à peine la portière fut-elle ouverte que Pansy s'allongea tout du long sur la banquette arrière en récitant un "Je vous salue Marie" d'une voix chevrotante — Draco s'empressa de préciser, roulement d'yeux à la clé :
« Elle n'est pas bourrée, elle a juste trop mangé. »
« Ouais bah dans tous les cas, je veux pas qu'on vomisse sur mes sièges. » bougonna-t-il.
Draco ne se contenta que de claquer la portière et secouer énergiquement la main, l'air de dire "bonne nuit et adieu !". Il attendit ensuite que la voiture disparaisse au coin de la rue pour faire demi-tour et marcher à pieds jusque chez lui, les mains dans les poches, le doux vent nocturne balayant sa chevelure telle une caresse maternelle, distraite. Une très belle fin de soirée, somme toute. Alors Draco ne sut vraiment pas pourquoi il termina une fois de plus sur le toit du Manoir, à trois centimètres du vide.
Un perchoir comme celui-ci donnait une vue absolument imprenable sur le paysage alentour. Draco pouvait apercevoir la grande roue du London Eye que les néons aux lumières changeantes illuminaient dans la nuit d'encre. Il pouvait apercevoir la façade vitrée de la Tour Gherkin. Il pouvait apercevoir la cabane en bois que ses parents lui avait fait construire sur-mesure pour qu'il y trompe sa solitude de fils unique. Il pouvait apercevoir la fontaine en marbre située au centre du jardin et dont le clapotis de l'eau pouvait quelques fois se faire entendre depuis sa chambre. Mais il ne pouvait apercevoir ce qu'il adviendrait de lui une fois sa carcasse fracassée contre le goudron. Qu'importaient le mince écart avec le vide que ses pieds réduisaient de seconde en seconde, de millimètre en millimètre. Qu'importaient le point que ses yeux fixait avec anticipation et acharnement plusieurs mètres plus bas, comme si le sol allait finir par s'ouvrir et dévoiler un petit aperçu de sa prochaine demeure. Il ne parvenait pas à deviner ce qu'il adviendrait de lui après sa mort.
Alors il fit ce qu'il savait faire de mieux : baisser les bras et reporter tout au lendemain.
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Trois heures, deux épisodes de Master Of None, six verres d'eau et une partie de Spider Solitaire avortée plus tard, Draco ne dormait toujours pas. Et pour être tout à fait honnête, ces insomnies à répétition commençaient très doucement à user ses nerfs. Son corps tout entier transpirait l'épuisement, état que la chaleur ambiante suffocante n'améliorait pas, mais son esprit semblait jouer du trampoline dans sa tête, aussi hyperactif qu'un gamin dans une fête foraine, visiblement hostile à toute notion de repos.
Avec un grognement las, Draco referma le clapet de son ordinateur puis se traîna de son lit jusqu'à sa salle-de-bain. Fait insolite : aucun des emballages médicamenteux peuplant le placard de son lavabo ne contenait un seul putain de somnifère. Plus agacé que de raison, le blond sortit en trombe de sa chambre pour foncer cette fois-ci droit dans la salle-de-bain d'invité de l'étage du dessous et retourner chaque placard d'une gestuelle frénétique.
« Et qui va ranger tout ce capharnaüm ? »
Draco sursauta aussitôt puis plissa des paupières, un aveuglant faisceau de lumière planté droit sur sa figure. Sa rétine recouvra la vue par petits points lumineux et c'est ainsi qu'il put progressivement apercevoir une Lady contrariée se tenir sur le pas de la porte. Elle était revêtue d'un peignoir violet, des pantoufles aux pieds, et avait protégé d'une charlotte en plastique rose sa tête coiffée de bigoudis.
« Peut-on savoir ce que vous faites, Monsieur Malfoy ? » l'interrogea-t-elle en dirigeant sa lampe torche sur le parterre d'emballages éparpillés sur le carrelage.
« Somnifères. » marmonna le blond qui reprenait déjà ses recherches.
« Dois-je encore une fois vous rappeler que avez promis à votre mère de… »
« Pour. Dormir. » siffla Draco, irrité. « J'en cherche pour dormir. Pas pour crever. » Il secoua la tête, jeta une nouvelle boîte par terre puis marmonna : « Lâchez-moi la manche. »
« Je ne vous fais pas confiance, Monsieur Malfoy. » douta Lady.
« Et deux plus deux égal quatre. » roula des yeux Draco car quand lui avait-elle fait ne serait-ce qu'une seule fois confiance en vingt années de cohabitation ?
Il eut le temps de balancer par-dessus bord encore six nouvelles boîtes avant que Lady ne se matérialise juste devant lui, une petite bouteille en verre à la main. Et l'espace d'une micro seconde, Draco crut sincèrement qu'elle allait le frapper avec, ce qui ne rendit par la suite sa déception que plus grande. Peut-être qu'en l'assommant, il serait enfin parvenu à fermer les yeux.
« Qu'est-ce que c'est ? » lui demanda-t-il en la regardant dévisser lentement le bouchon.
« Une solution herbale qui pourrait faire ronfler un cheval. » Elle pressa trois fois la petite pipette avant de l'extraire de son bocal et la diriger vers Draco. « Ouvrez la bouche. »
Légèrement méfiant, le blond obtempéra avec lenteur et sentit un arôme d'acide citrique se propager dans sa cavité buccale toute entière. Non pas qu'il ait déjà goûté de l'acide citrique. Mais si l'acide citrique avait un goût, il était prêt à parier son bras gauche que c'était exactement celui-ci.
« C'est… ignoble. » articula-t-il avant de partir dans une quinte de toux larmoyante, courbé par-dessus le lavabo. « Immonde. »
« Je sais. » répondit simplement Lady.
La vision humide, Draco l'observa sortir une autre petite bouteille de son peignoir — à l'étiquette rose, cette fois-ci —, déposer quelques gouttes sur sa langue et avaler le tout sans broncher.
« Comment… comment est-ce que vous arrivez à… à prendre… » tenta-t-il de prononcer, sa toux lui mettant de sérieux bâtons dans les roues.
« Celui-ci est saveur fruits rouges et pêche melba avec de délicats extraits de rose. » lui expliqua-t-elle. « Le vôtre était à la réglisse forte, au poivre noir et au piment bolivien. »
« Piment… bolivien…? » répéta Draco, tout bonnement horrifié. « Mais pourquoi ne m'avez-vous pas donné le vôtre ? ! »
« Parce que vous avez décidé de transformer une salle-de-bain que j'ai nettoyé à l'huile de coude en une réplique exacte de Bagdad à trois heures et quart du matin, voilà pourquoi. » rugit Lady avant de pointer son doigt vers la sortie. « Alors maintenant, oust ! Au lit ! Dans moins d'un quart d'heure, vous dormirez si profondément que je n'aurais pas à m'inquiéter de retrouver une seconde pièce sens-dessus-dessous dans cette maison. »
Avec un marmonnement de rébellion inintelligible, Draco finit par regagner le couloir puis sa chambre, ses toussotements se faisant de plus en plus espacés. A nouveau allongé en étoile de mer sur son matelas, il fixa le plafond lointain et considéra l'éternité que pouvait représenter un simple petit quart d'heure. Il lui fallait quelque chose pour accélérer le processus et faire passer le temps plus rapidement. Quelque chose de si ennuyeux, de si chiant à mourir que son cerveau ne pourrait que rendre immédiatement les armes en se mettant sur Off. C'est ainsi que Draco attrapa son ordi, vira d'un balayage du doigt sa page Netflix, gagna la page d'accueil de YouTube et tapa : HERMIONE GRANGER. Puis, aidé par les suggestions du site ainsi que par sa conversation avec Pansy, il ajouta : CONFERENCE KING'S COLLEGE.
Et la voici qui se matérialisait sur son écran. Perchée debout sur une estrade, vêtue d'un cardigan beige et d'un jean blanc — pour changer —, ses cheveux constamment retenus en un chignon, et Draco cliqua sur l'icône, prêt à frôler la mort cérébrale juste à l'entente de son timbre de voix robotique. Ce qui ne rendit son choc que plus palpable lorsqu'il l'entendit déclarer d'une intonation ferme et emprunte de conviction :
« Les choses, lorsqu'on prend le temps de s'asseoir pour les analyser, sont d'une extraordinaire simplicité. Toute complication de raisonnement n'est que le fruit de l'ignorance et des idées reçues. »
Si palpable qu'il mit momentanément la vidéo sur Pause pour se redresser sur son lit, les yeux écarquillés. Ces deux premières phrases contenaient beaucoup plus de vie que n'importe laquelle des questions pseudo-freudiennes qu'elle lui rabâchait séance après séance. C'était littéralement le jour et la nuit.
« Chaque être humain naît avec une tâche claire localisée sur le centre de l'avant-bras gauche. » poursuivit-elle tout en se déplaçant d'un bout à l'autre de l'estrade avec aisance, chacune de ses gestuelles ayant pour visée d'inclure l'intégralité de son auditoire. « Au fil des semaines, cette tâche brunit, s'obscurcit et gagne en définition pour devenir, généralement au terme de neuf mois, un rond net de trois centimètres de diamètre. C'est ce que l'on appelle communément la "Pré-Marque". Tant qu'elle n'est pas révélée, cette Pré-Marque ne peut s'exprimer totalement. Certains signes comportementaux peuvent cependant se montrer assez prémonitoires.
Dix ans est l'âge déterminant. Le rond de la Pré-Marque a maintenant atteint sept centimètres de diamètre, sa taille optimale et définitive ; il est temps de se rendre à présent au Centre pour découvrir le symbole qu'elle renferme. Ce symbole sera appelé "Marque" et correspond à l'une des quatre castes qui existent depuis l'apparition de l'Homme, à savoir : Gryffondor, Poufsouffle, Serdaigle et Serpentard.
Chaque caste détient sa propre particularité dominante. Les Gryffondors ont une propension à l'empathie et à l'altruisme. Les Poufsouffles se divisent en deux catégories : les Rectos d'un côté détenant une inclination naturelle à dire la vérité et les Versos de l'autre, capables de détecter le faux dans le discours de leur interlocuteur. Les Serdaigles détiennent un esprit affuté, pragmatique et enclin au stratège. Les Serpentards ont la possibilité de deviner la date de décès de n'importe qui, y compris la leur.
Chaque caste est différente. Unique. Toutes ces caractéristiques les distinguant les unes des autres sont une richesse cultivant notre diversité et doivent par conséquent être célébrées. Je remarque cependant que ces divergences sont de plus en plus érigées en critères éliminatoires au sein d'une société qui hiérarchise, catégorise et ostracise. Hélas.
Les Gryffondors ont la pression permanente du "héros", ce fardeau quotidien qui leur interdit de dire non, de montrer un quelconque signe de faiblesse ou de commettre le moindre faux pas, aussi minime soit-il. Les Poufsouffles sont considérés pour une raison que j'ignore comme naïfs, dociles et faibles d'esprit, qu'ils soient Rectos ou Versos. Les Serdaigles sont fuis, crains et étiquetés comme manipulateurs nés. Et pour ce qui est des Serpentards, la planète entière les rejette à l'unanimité car la mort est un virus contagieux ; c'est bien connu.
J'aimerais à présent vous poser cette simple question. » Draco, qui luttait à présent contre l'emprise progressive de la torpeur, se sentit rouvrir aussitôt les yeux, en alerte. « Sommes-nous des êtres humains ou bien sommes-nous des Marques ? Qui, de notre volonté ou de notre avant-bras gauche, prédomine ? Remarquez comme tout à l'heure, en décrivant les diverses particularités de chaque caste, j'ai évité d'employer autant que possible des termes qui les qualifieraient de manière absolue et implacable. Propension, inclination, penchant, possibilité. C'est tout ce que ces caractéristiques sont, dans le fond : des tendances. Des dispositions. Nous oublions très souvent que la Marque et l'Homme ne forment pas nécessairement une entité homogène. Il nous est donc possible d'avoir le dernier mot sur ce que nous dicte notre génétique.
Un Gryffondor peut parfaitement refuser de vous aider à charger le coffre de votre voiture, de même qu'un Poufsouffle Recto peut déformer la vérité s'il ne désire pas vous répondre clairement. Ca ne leur demandera pas un effort mental surhumain, juste une volonté de fer. Un Serdaigle peut vous rendre service de façon honnête et entièrement désintéressée. Cela existe, je vous assure.
Un Serpentard ne peut pas — et permettez-moi d'insister plus particulièrement sur ce point car, de tous les clichés recensés sur les castes, celui-ci est de très loin le plus répandu — deviner la date de votre décès par télépathie, contact visuel, en effleurant votre main ou en fixant simplement une photo de vous. Ceux qui affirment le contraire mentent effrontément. Une date de décès se devine au contact physique et direct de la paume d'un Serpentard contre n'importe quelle Marque. Et là encore, si la personne à qui appartient cette Marque n'est pas consentante, le Serpentard aura une très grande difficulté à visualiser clairement la date qu'il recherche. Pourquoi ? Parce que le sujet n'aura pas voulu qu'elle soit visualisée. Le pouvoir de la volonté, à nouveau.
N'oubliez donc pas qu'avant d'être une caste, un symbole, une statistique, vous êtes un individu, et que cet individu est unique. Il a une famille, des amis, un travail, des loisirs et des passions. Il a une personnalité, des principes, un passé et un avenir. Il a deux bras, deux jambes, un coeur qui bat et un cerveau qui raisonne. Ce sont toutes ces choses qui vous définissent et font de vous ce que vous êtes, alors faites-vous pleinement confiance. Votre bras gauche n'est qu'un accessoire en plus. »
Et Draco fut emporté par le sommeil avant d'avoir le courage d'admettre qu'il adhérait à chacune des paroles de ce discours.
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« 16 Juillet : Préférez l'honnêteté aux non-dits ! »
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Draco se réveilla à 16h37 précise avec la très nette impression d'avoir hiberné six mois entiers. La gestuelle un peu titubante, il se redressa sur son lit et observa sa chambre baignée dans la lueur dorée de fin d'après-midi comme s'il la découvrait pour une toute première fois. Il frotta ensuite ses paupières du talon de la main avec un bâillement d'outre-tombe et lorsque ses yeux se rouvrirent, sa mère se tenait juste en face de lui, un plateau rempli de victuailles entre les mains et un sourire figé sur les lèvres.
« Oh, tu es réveillé ! » s'exclama-t-elle, une très évidente variation du "Oh, tu es en vie !" écrit en toutes lettres sur son visage. « Bonjour, mon chéri ! »
« 'jour 'man. » marmonna Draco avec un vague mouvement du bras qui, avec un peu de chances, pouvait peut-être être considéré comme un signe de salutation décent dans certaines civilisations éloignées.
Narcissa déposa délicatement son plateau aux pieds du lit puis contourna le matelas pour s'asseoir juste à côté de son fils et déposer sur lui un regard soucieux.
« Est-ce que tu t'es bien reposé ? »
« Comme un prince. » acquiesça Draco avec un sourire bienheureux. « Et toi ? »
Pour toute réponse, sa mère se jeta en avant pour le serrer dans ses bras à lui en compresser la cage thoracique, sa figure nichée dans sa nuque. Draco accusa le coup avec un mmpff étouffé, les yeux écarquillés, et regretta amèrement de ne pas avoir inspiré un peu plus d'air.
« Il faut que tu te laves les cheveux. » finit-elle par murmurer au bout d'une longue minute, son emprise un peu moins tenace mais sa voix toujours fragile. « Tu as quelques petites pellicules. »
« Merci Maman. » ne put s'empêcher de rire son fils. « Mais pour le faire, il faudrait peut-être que je puisse me lever. »
« Oui. » acquiesça Narcissa sans pour autant le relâcher. « Juste une seconde. »
Draco lui tapota doucement le dos, le regard fixé sur sa lampe de chevet. Puis sur son bureau. Sa liste de personnes à abattre s'y trouvait verbalement, pliée en quatre au-dessus de son encyclopédie du monde marin. Les dix-huit noms y figurant se mirent alors à défiler dans sa tête à la manière d'un générique de téléfilm et Draco entreprit de fouiller un peu plus dans sa mémoire en quête de nouvelles victimes, quand soudain :
« Maman ? » l'interpella-t-il en sentant quelque chose d'humide tremper son cou.
« Juste une petite seconde. » le supplia-t-elle.
« …tu pleures ? » devina-t-il.
Et ce fut comme si sa question avait ouvert les dernières vannes. Bientôt, Narcissa hoquetait un flot de larmes ininterrompues et incontrôlables, prise de tremblements de la tête aux pieds. Draco ferma alors les yeux et prit une très, très profonde inspiration.
« Pourquoi est-ce que tu pleures, Maman ? » gémit-il en prenant sur lui pour paraître le moins exaspéré possible.
« Je pensais que tu ne te réveillerais pas ! Je pensais que tu ne te réveillerais plus ! » sanglota alors Narcissa. « Je pensais… je pensais que c'était fini et… »
« Maman, nous sommes le seize. Il me reste encore quatorze bons jours à vivre, ne t'inquiète pas. » lui rappela-t-il.
« Lady m'a dit que tu cherchais à prendre des somnifères hier soir… »
« Pour dormir. »
« J'ai eu tellement peur, tellement peur… »
« Eh ben fallait pas. » marmonna Draco, agacé.
Narcissa se redressa soudain pour prendre sa figure entre ses mains et le fixer d'une paire d'yeux rouges et inquiets.
« Tu ne montes plus sur le toit, dis-moi ? »
Draco ouvrit la bouche, prêt à mentir, mais ne s'en sentit étrangement pas le courage. Et voir l'expression faciale de sa mère se fissurer un peu plus au fil des secondes lui provoqua son premier pincement de coeur coupable de la journée.
« Tu m'avais promis, Draco. Tu m'avais promis que tu ne monterais plus sur le toit. » s'insurgea-t-elle.
« Tu m'avais aussi promis que mon passage au Centre se ferait sans douleur et pourtant je me rappelle bien avoir fait deux malaises en un seul quart d'heure tant le degré de souffrance était humainement insupportable. » cingla Draco.
La réplique avait littéralement jailli d'un seul coup de sa bouche, un geyser de rancoeur jusqu'alors enfoui sous terre, et lorsque Narcissa eut un soudain mouvement de recul, Draco ne put que compatir ; lui-même était le premier surpris par le fort degré d'amertume teintant sa voix. Mais à présent que les festivités étaient ouvertes, il était l'heure de danser.
« Tu m'avais également promis qu'il était extrêmement courant d'avoir sa mort programmée avant ses vingt-cinq ans. » enchaîna-t-il alors. « J'ai fait mes recherches. Seule une trentaine de citoyens terriens sont concernés chaque année et dans ce chiffre, le pourcentage de Serpentards est proche du néant. Encore un mensonge de ta part. »
L'expression qu'afficha Narcissa en laissant lentement retomber ses bras le long de son corps était une expression d'intense désarroi. Ses lèvres tremblantes s'entrouvrirent plusieurs fois, comme en recherche désespérée d'une formule d'excuse, mais Draco lui coupa à nouveau l'herbe sous les pieds.
« Tu m'avais promis que je finirais pas m'habituer à l'idée. L'absurdité des castes, l'injustice de notre génétique. On est à quatorze jour de la fin et j'attends toujours ma grande épiphanie. Triple mensonge. » ajouta-t-il, la mâchoire serrée. « Donc je crois que, niveau promesse, on est plutôt quitte. »
Sur ces dernières paroles, il bondit hors du lit, attrapa son portable à gauche, sa liste à droite, et, animé d'un feu intérieur, se mit en marche vers la sortie.
« Draco ? Où est-ce que tu vas ? » s'écria sa mère, la voix cassée.
« Sur le toit. » rugit-il depuis le couloir.
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De : Draco L. Malfoy
A : Calvin Desmond
Le : 16/07/2016 à 16h53
Objet : je crève bientôt alors sache que je n'en ai juste strictement plus rien à foutre
et que tu ne mérites même pas que je me fatigue à mettre majuscules ponctuations alinéas et tout le bazar parce que tu ne mérites absolument rien de bon sur cette terre car tu n'es globalement qu'une sombre petite merde qui m'a ruiné toute mon année de seconde eh oui à l'époque j'étais suffisamment faible pour laisser des connards de ton genre m'atteindre mais j'espère que le karma te rattrapera très vite mon gars et qu'il te frappera bien fort toi et ta sale gueule huileuse de gryffondor-angelot de mes fesses et dire que j'ai dû changer de lycée à cause de toi wow je ne demande qu'à remonter le temps pour avoir la même force mentale que j'ai à présent et pouvoir te défigurer la tronche à coups de battes de baseball à côté de moi même negan de the walking dead aura l'air d'un putain de saint canonisé par le vatican et te fatigue même pas à transférer ce mail en fichier joint à la police pour cause de menace ou autre connerie du genre comme vous les gryffondors avez l'habitude de faire car jouer aux victimes est une seconde nature chez vous hein ça coule presque dans votre sang et tout le monde vous pardonne bref de toutes les façons les chances sont très grandes pour que je sois déjà figé dans un cercueil avant que les flics ne daignent bouger le petit doigt et débarquer devant ma porte pour me foutre les menottes aux poignets mais on se revoit en enfer mon salaud et sois bien certain que là bas je te ferai absolument aucun cadeau
Envoyé depuis mon iPhone
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« Vous êtes bien sur le portable de Salvatore Giorgiani, je ne suis pas là pour le moment mais laissez-moi un message et je vous recontacterai. »
« Bonsoir, M. Giorgiani. Draco Malfoy à l'appareil. Vous vous souvenez de moi ? La blonde à bas prix de la 5ème A - vos mots, pas les miens. Parce que moi je me souviens très bien de vous, et plus particulièrement de cette matinée ensoleillée de février où vous vous êtes exclamé en plein cours de physique : "vous êtes si stupide M. Malfoy que si la médiocrité était un job requérant un CV, vous ne parviendrez même pas à le décrocher". Permettez-moi donc cette brève interférence dans votre quotidien insipide pour vous informer que je viens tout juste de valider brillamment ma licence en communication. Surprenant pour une blonde à bas prix, hein ? Je sais, je sais. Etant donné la véritable campagne militaire que vous avez mené pour tenter de me faire redoubler au collège, je peux entendre d'ici votre coeur de pierre se fracturer. Mais voilà : j'ai réussi ma vie. Et même si elle prend fin dans quatorze jours, je garderai au moins l'infinie satisfaction d'être parvenu à vous en boucher en coin une bonne fois pour toutes. »
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DMalfoy : Salut Victoria, est-ce que tu te rappelles de moi ?
VickyHemz : ?
VickyHemz : Omggg Malfoy ?
VickyHemz : Ça fait tellement longtemps !
DMalfoy : Depuis l'école primaire.
VickyHemz : Oui ! Je suivais Zabini mais je ne savais pas du tout que tu étais aussi sur Insta !
VickyHemz : Alors quoi de neuf depuis tout ce temps ? Comment va la vie ? :D
DMalfoy : Elle s'arrête dans 14 jours.
VickyHemz : Comment ça ?
VickyHemz : Omggggg
VickyHemz : Alors tu es…
DMalfoy : Serpentard. Yep.
VickyHemz : Merde…
VickyHemz : Mes plus sincères condoléances :(
DMalfoy : Pour être Serpentard ou pour mourir dans 14 jours ?
VickyHemz : Euh… les 2 ?
DMalfoy : Condoléances acceptées.
DMalfoy : Je voulais aussi te dire que je n'ai pas bien digéré le fait que tu sortes avec Zabini une semaine seulement après m'avoir gentiment recalé, en Cm1. Ça manquait de tact, je trouve.
VickyHemz : Omg j'ai vraiment fait ça ?
VickyHemz : Ça remonte tellement, j'avais totalement oublié hahahahaha
VickyHemz : Mais bon tu m'en veux pas hein ?
VickyHemz : ?
VickyHemz : Malfoy ?
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Draco était assis en tailleurs au beau milieu de l'îlot de cuisine, un pot d'Häagen-Dazs entre les mains, serein, lorsque sa mère vint le trouver. Il devait être vingt-trois heures trente, bientôt minuit, et distribuer une quinzaine des messages incendiaires à tout va durant toute la fin d'après-midi avait contribué à apaiser petit à petit sa fureur intérieure. Voir sa mère hésiter sur le pas de la porte et poser sur lui un regard craintif, presque étranger, parvint cependant à le vider instantanément de ses derniers kilos de colère. Et juste comme cela, il ressentit son second pincement de coeur coupable de la journée.
« Est-ce que… » commença-t-il avant de lui tendre son pot de glace — une sorte de trêve de guerre. « Est-ce que tu en veux ? »
Narcissa secoua lentement la tête à la négative mais s'autorisa un pas vers l'avant puis un deuxième, un peu plus en confiance. Elle s'adossa ensuite contre le lavabo et croisa des bras par-dessus sa robe de nuit en soie gris perle. S'installa alors entre eux un silence durant lequel Draco se sentit scruté sous toutes les coutures.
« Je viens d'avoir Sir Sven Howard Kensington au téléphone. » finit par dire Narcissa d'une voix mesurée et précautionneuse.
Draco, qui s'apprêtait à enfourner une nouvelle cuillerée de glace, stoppa momentanément son mouvement pour hausser un sourcil.
« Oh. » réagit-il.
« Il nous a banni du Gala Kensington annuel, de leur bal masqué saisonnier et de leurs rallyes mensuels pour une durée indéfinie. » continua Narcissa.
Draco opina avec lenteur puis finit par hausser des épaules. C'était à prévoir. Et puis pour toutes les fois où son père et lui avaient failli dormir les yeux ouverts durant ces soirées mondaines, ce n'était pas une si grande perte que ça. Il avala donc sa portion vanillée puis planta à nouveau sa cuillère dans son pot juste au moment où sa mère poursuivait :
« Il m'a également fait savoir que tu lui avais apparemment envoyé un email spécifiant qu'un seul pompon de ses mocassins à glands possédait treize fois plus de Q.I. qu'il n'en détiendrait jamais dans cette vie et les sept autres futures. »
Draco haussa à nouveau la tête, plus lentement encore, puis touilla sa glace, ses yeux fixés sur le logo rouge vif. Un morceau de sa joue était furieusement coincé entre ses dents pour ne pas trahir son ébauche de rictus.
« Ça a certainement dû jouer. » fut sa remarque finale.
Lorsqu'il rassembla le courage nécessaire pour relever les yeux vers sa mère, il fut sincèrement surpris de la voir tenter de se contenir à son tour, ses lèvres retroussées, le pli rieur de ses paupières la trahissant à moitié. Et dès que leurs deux regards se croisèrent, ils n'eurent pas d'autre alternative que de s'esclaffer jusqu'aux larmes cinq minutes durant, l'écho de leurs rires se répercutant jusqu'au plus haut étage du Manoir.
Vous me faites confiance ?
Je sais que mon rythme de post est si lent qu'il devrait être illégal et que le développement de mes trames — plus particulièrement de la relation dramione dans mes trames — tire plus en longueur qu'un chewing-gum mais je vous promets que chaque détour narratif est pensé de sorte à ce que tout tombe sous le sens en temps voulu. Et je vous promets également que ma lenteur et moi ferons de notre mieux pour vous livrer le meilleur texte de mon profil (rien que ça).
Un très, très grand merci pour vos compliments, encouragements et remarques. Merci d'avoir pris de votre temps pour me les faire parvenir au fil des mois. Merci pour toute l'affection que vous portez pour Qui Vivra Verra. C'est un véritable boost pour moi. J'espère sincèrement que vous aimerez la suite — sur laquelle je suis déjà en train de bosser.
Quant à cette fameuse surprise : rendez-vous sur mon tumblr (Iacblue). Je vous ai préparé un petit test de personnalité pour vous aider à déterminer la caste à laquelle vous auriez appartenu dans l'univers de Qui Vivra Verra. Seriez-vous Gryffondor ? Poufsouffle ? Serdaigle ? Serpentard ? A vous de le découvrir, héhé.
xo,
IACB.
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RAR :
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LM : Elle a fait beaucoup d'effet, cette fameuse première phrase, haha. Je suis heureuse que tu aies aimé le premier chapitre ! J'espère que tu apprécieras également celui-ci ainsi que tous ceux qui suivront.
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Chahde : Chahde ! Je suis tellement heureuse que tu aies aimé QVV et j'attends avec impatience tes impressions sur ce nouveau chapitre. Aussi : arrête de nous narguer avec tes photos de Londres. Aie un peu pitié de nous. Merci.
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Lemm : Merci beaucoup. J'espère que tu as apprécié la suite !
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Catherine : Merci beaucoup ! J'essayais en effet de soigner mon retour, haha. J'espère que tu as aimé ce nouveau chapitre !
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Chewing-gum : Oh, merci infiniment. J'espère que tu as également apprécié ce chapitre. :)
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L : Merci, merci et merci ! Je suis très heureuse que tu aimes cette nouvelle histoire, en tout cas. Et je suis très contente que tu aimes mes descriptions ! Elles sont encore à améliorer mais elles ont déjà quelques fans et c'est déjà ça, haha. J'espère que tu aimeras cette suite !
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Stylesorg : Et une fan d'Hermione-robot, une ! Je dois avouer que c'est l'un des personnages (voire même LE personnage) que j'ai le plus hâte de vous dévoiler. J'avais perdu un peu le goût d'écrire sur elle mais c'est réellement cette histoire qui m'a réconciliée avec son personnage alors j'espère que vous l'apprécierez autant que moi. Et j'espère que tu as aimé ce nouveau chapitre ! Merci pour ta review. :)
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Zabeth : Merci beaucoup ! J'espère que tu continueras à apprécier cet univers tout autant.
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Justyneuh : Hahaha, il y a toujours plus tarée que soi en effet. QVV sera assez (voire même radicalement) différente de LC en ce que le sujet est effectivement beaucoup plus grave et déprimant mais, dans le même temps, j'essaie d'ajouter quelques pointes d'humour ici et là pour ne pas sombrer dans le drame dramatico-dramatique car nous ne sommes pas non plus dans Trash Po. En tout cas, j'espère que tu apprécieras cette histoire autant (ou presque) que LC ! Merci pour ta review.
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Vlad : Pansy en Kendall et Kylie Jenner... mmh, plus Kendall que Kylie, peut-être, si on part sur une comparaison strictement physique. Quant à ta théorie sur Hermione... wow ! Je dois avouer qu'elle est assez... assez wow. Mais je ne confirme ni ne réfute rien, hihi. Merci pour ta review !
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Draysouls : Même si ce n'est pas la première fois qu'on me le dit, sache ça me va chaque fois droit au coeur. Merci infiniment.
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Aeringue : Merci beaucoup ! Tous tes compliments me font extrêmement plaisir. Je suis particulièrement heureuse que tu considères la scène de crise de panique comme proche du réel car je me rappelle l'avoir réécrite un certain nombre de fois, jamais 100% satisfaite du résultat. J'espère que tu apprécieras ce chapitre également !
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Aurian04 : Merci à toi ! J'espère que tu as bien aimé ce chapitre.
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Faith & Hope : Alors je croiiiiis (pas 100% sûre) t'avoir déjà répondu d'une manière ou d'une autre mais au risque de me répéter : ne te sens vraiment pas... comment dire ? obligée de lire si l'histoire de Draco a une résonance aussi douloureuse en toi, je ne t'en tiendrais vraiment pas rigueur. Je suis contente que tu aies lu et apprécié le premier chapitre, déjà. Et concernant les personnages secondaires, j'ai un peu fait ma petite soupe en foutant tous les ingrédients dedans en même temps, haha. J'aime bien trouver une petite place pour chaque personnage de HP dans mes UA. See you in 7 seconds.
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Petite Plume : Ah, je suis très heureuse que QVV ait pu te séduire du premier coup ! Et très désolée de l'attente, haha. J'espère que tu as bien aimé ce nouveau chapitre ! Merci pour ta review.
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Cecile : Merci beaucoup. :)
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Emma : Hahaha, merci beaucoup ! J'espère que tu as aimé ce tout nouveau chapitre.
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Sarah : Tout d'abord, merci beaucoup pour ta review ! Je suis très heureuse que tu aies apprécié ce premier chapitre. Pour répondre à ta question, les Serpentards sont marginalisés en raison du fait qu'ils savent non seulement leur date de décès mais peuvent également deviner la date de décès des autres rien qu'en touchant leur Marque. Alors forcément, ils sont un peu considérés comme des oiseaux de mauvais augures au sein de la société et sont sujets à toutes sortes de rumeurs lugubres (comme ce qu'Hermione explique dans ce chapitre). Ce sont un peu les moutons noirs des quatre castes. J'espère que tu as bien aimé ce nouveau chapitre !
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LyraSlughorn : Merci beaucoup, beaucoup, beaucoup ! Ton enthousiasme fait plaisir à lire. Draco a 22 ans et Hermione... je dois avouer ne pas encore avoir déterminé son âge véritable mais je dirais qu'elle doit avoir 25-26 ans. Concernant le film auquel tu fais référence, peut-être est-ce Time Out ? Je ne l'ai pas vu mais on me l'a souvent cité dans les reviews alors il faudrait peut-être que je m'y mette dans les jours qui suivent. Et pour ce qui est de mes idées, il va falloir interviewer mon cerveau pour le savoir car je n'en ai sincèrement aucune idée, haha. J'espère que tu as apprécié cette suite !
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Clara La Queen : Merci beaucoup ! Je suis très heureuse que tu aies aimé le premier chapitre et j'espère qu'il en est de même pour celui-ci. :)
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Haunting-HTD : *enfile sa plus belle voix de Dumbledore* tu comprendras avec le temps. No but seriously, chaque chapitre va apporter sa part d'éclaircissement et tu verras, très bientôt, tout sera aussi clair que de l'eau de roche. ;) Merci pour ta review !
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Alors, ce quizz, qu'est-ce qu'il a donné? A quelle caste appartenez-vous ? Hâte que vous me le disiez dans les reviews !
D'ici à une prochaine fois très proche (croisons des doigts) portez-vous bien.
xo.
