Il est enfin là, le huitième chapitre. Une attente beaucoup, beaucoup trop longue. J'en suis désolée. J'avais des idées pour cette fiction, mais plus le goût de les écrire. Mais me voilà de nouveau en selle. Reste à savoir si vous serez au rendez-vous !
Même durant cette longue pause, vous avez continué à lire cette fiction, et laisser un petit mot. Merci à vous, vous êtes cool !
On reprend donc, avec nos aventuriers qui enquêtent sur une série de meurtres magiques, à la demande d'Enoch, qui se fait passer pour le maître bourreau de la ville.
Chapitre 8
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Bob peut prétendre ce qu'il veut. La vérité, c'est qu'il a fait un malaise. Un diablotin est présentement en train de l'éventer. Il faut dire que l'odeur dans la salle d'autopsie, tournerait la tête à un mort. La senteur âcre du vieux sang, le fumet immonde des entrailles exposées, ça le mage y est habitué. Mais un décorateur qui mériterait la pendaison, a placé des brins de lilas un peu partout. Le parfum douceâtre des fleurs, se mélange très mal à l'odeur corporelle des morts. Dans la petite pièce encombrée, jamais aérée, le résultat est irrespirable.
D'autant que pour rajouter au dégout, Enoch a choisi ce moment précis pour prendre son casse-croûte. Là, au milieu des cadavres, qui attendent d'être recousus. Le diable ne s'est pas embarrassé de chichi. Le visage qu'il leur présente, est celui qu'ils lui ont toujours connu. Avec juste un peu de sauce au coin des lèvres, et du brocoli coincé entre les dents.
Dans un large saladier en étain, mijote un ragoût d'un nouveau genre. Il s'agit de la seconde victime de cette série de meurtres, sur laquelle les aventuriers sont censés enquêter. Ils n'ont pas grand espoir d'en tirer la moindre déduction, étant donné que les preuves baignent dans l'acide. Le corps mousse abondement. Une écume au goût de poivre blanc, d'après Enoch, qui trempe une mouillette dedans. Le pain commence aussitôt à se liquéfier. Le diable se dépêche de l'enfourner dans sa bouche. Il claque des lèvres, satisfait. Quelques gouttes tombées sur la table, s'acharnent à y percer des petits trous fumants.
Un diablotin tend une sonde en acier à Grunlek, avec dans l'idée que le nain puisse touiller la mixture, et s'en faire une idée plus précise. Mais celui-ci décline. Sa barbe picote, rien qu'à se trouver trop près du bain corrosif.
Des braillements d'homme ébouillanté, leur parviennent du fond du couloir. Bob cale aussitôt sa tête sous l'oreiller de la causeuse, pour étouffer les sons. Un diablotin au vol paresseux, transporte un orteil coupé, coincé dans une pince. L'orteil est soumis à l'inspection d'Enoch, qui épingle un mémo dessus. Avant de renvoyer le serviteur à sa besogne salissante. Au moment de passer la porte, le diablotin endosse une apparence plus anonyme. Il ressemble dorénavant à un bonhomme oubliable et inoffensif. Qui brandit jovialement sa pince en direction des aventuriers, pour dire au revoir. Au risque de faire tomber son orteil.
Shin est bien plus intéressé par la dernière victime en date. Qui est confinée à l'intérieur d'un bloc de glace. Pas entière bien sûr. Au moins une main. Et le bas du visage, depuis le nez jusqu'au menton. A croire qu'on lui a décalotté le crâne comme un œuf à la coque. Et peut-être gobé la cervelle. Grunlek a eu vent d'une tribu qui consommait ainsi du cerveau de singe. Une expérience culinaire que lui-même serait prêt à tenter.
Shin tourne autour de son pain de glace, que les diablotins ont eu grand mal à sortir de la glaciaire. Les organes étaient saignants au moment de la congélation, ce qui donne une glace rosée et opaque, à l'intérieur de laquelle il est difficile de discerner quoique ce soit. Seules les dents de la mâchoire emprisonnée, sont clairement visibles.
Sur une dalle de pierre, se trouve un amoncellement de morceaux humains. Ils étaient également congelés en cube, éparpillés aux quatre coins de la ville. Enoch a autorisé les diablotins à les faire fondre, pour inspecter leur contenu. Résultat, un nombre impair de mains, de pieds, d'oreilles, qui ne leur apprennent pas grand-chose. Impossible d'attribuer un bout de foie ou un cœur à son propriétaire légitime. Un lobe d'oreille, avec une boucle attachée, et un carré d'épiderme, offrent plus de possibilités. Le pan de peau, racorni et brûlé par le froid, laisse malgré tout apparaitre de vieilles blessures au couteau. Associées à la boucle d'oreille, elles ont permis d'identifier la propriétaire. Une prostituée, victime il y a plusieurs années d'un surineur, qui lui avait gravé des atrocités sur les fesses. Les amies de cette femme ne sont pas sûres, mais il se pourrait qu'une des mains, aux ongles rongés, lui appartienne également.
Shin demande à voir la main en question. Enoch doit auparavant gourmander un diablotin, qui l'utilisait pour mettre des claques à son collègue. Shin récupère la main malmenée, et avec une expression triste, fait se ployer les longs doigts. La femme devait attacher une grande valeur à la propreté, car la peau est abimée par un usage fréquent de lessive.
Pour être honnête, Enoch n'a que faire du nom des victimes. Elles finiront toutes dans la fosse commune. Lui, il veut celui des coupables. Et pour ça, il a besoin que son fils retrouve ses moyens, et sorte sa loupe d'inspecteur.
« Théo, remets-le sur ses pieds, je te prie. Dis-lui une bêtise méchante et injuste, histoire d'éveiller sa colère. Ça lui redonnera un peu de rouge aux joues. »
Jusqu'ici, Théo se comportait comme un enfant dans un musée. Qui traine des pieds, râle constamment, met des traces de doigts partout, et casse des choses. Mais le paladin choisit de répondre favorablement à la demande d'Enoch. Une vraie surprise, surtout pour ce dernier.
Théo fait claquer ses talons à dessein, alors qu'il traverse lentement la salle. Il surplombe à présent le mage apathique. « C'est que, on s'habitue à ce que tu nous fasses défaut, Bob. Surtout dans les rares moments où on a réellement besoin de toi. »
Le mage grogne devant cette mauvaise foi. Il accepte malgré tout la main du paladin, qui le relève sans effort de la causeuse.
De toute façon, Bob est bientôt de retour en terrain connu, absorbé par une dépouille brûlée. Pas carbonisée. Pas le genre de corps qu'un meurtrier a voulu faire disparaître. Il s'agit là encore d'une femme. Ses longs cheveux ont été préservés. Elle est nue. L'était déjà au moment de sa découverte, par le garde en patrouille.
Des diablotins s'affairent à mesurer son écartement plantaire. Ils sont tellement concentrés, qu'ils bullent au coin des lèvres. Un petit démon soulève une mèche de cheveux, et en compare la couleur avec des échantillons, collés sur un carton.
« Tout ce cirque a-t'il une quelconque utilité ? » Un peu contrarié, Bob tente de retourner la morte sur le ventre.
Enoch se contente de tapoter sa bouche avec une serviette. « On ne le saura que lorsqu'ils auront trouvé quelque-chose. »
Shin est venu donner un coup de main pour bouger le cadavre. Ils découvrent que l'arrière de ses cuisses est couvert de cloques. Idem pour son dos. À croire que la demoiselle s'est tenue assise sur une chaise en feu. Une grande brûlure, en forme de main, barre sa poitrine. On retrouve la même trace autour de sa bouche. Ses lèvres sont d'ailleurs un magma boursouflé. Elle a un hématome à la tempe. Mais à part ça, les brûlures sont l'unique trace de maltraitance. Elles lui auront causé une douleur infâme, mais n'ont pas pu entrainer sa mort. La raison du décès est évidente, et c'est un des petits démons qui la dévoile. Jusqu'ici accroupi au niveau de sa tête, il caressait les cheveux de la morte, et pépiait tristement. Il la saisit soudain aux oreilles, et pivote son crâne de gauche à droite. La torsion, improbable, n'est plus entravée par les cervicales. Cette femme a eu la nuque brisée.
Bob n'est pas ému par ses découvertes. Au contraire, il a retrouvé son enthousiasme légendaire. Il place sa propre paume sur l'empreinte brulée. « Hum. La main d'un troll. Ou pourquoi pas d'un ogre. »
Enoch intervient avec une nonchalance calculée. « Ou d'un diable. »
Bob renifle, pour montrer à son père qu'il l'a entendu.
Grunlek réclame, et obtient, l'adresse des scènes de crime, ainsi qu'une liste succincte de témoignages. Il semblerait qu'à l'heure des meurtres, les badauds étaient surtout occupés à dormir, derrière des volets clos. Ou dans le caniveau, suite à une beuverie.
Grunlek tire pensivement sur un poil de barbe. « Vous connaissez notre réputation. On parvient à foirer nos missions, même lorsque l'échec n'est pas permis. On rate lorsque notre quête nécessite de la discrétion. Ou quand elle demande une simple force brute. Alors une enquête qui exige de la réflexion… »
Enoch plie avec grand soin sa serviette. Un geste inutile, car elle doit partir à la poubelle, ou au nettoyage. « Ce n'est pas votre intellect, que j'ai embauché messieurs. J'en suis moi-même suffisamment pourvu. C'est pour votre intuition d'aventuriers, que je paye. Vous trouverez le coupable. Vous anéantirez peut-être un quartier, en tentant de le neutraliser. Mais après tout… La brique et les tuiles se remplacent facilement. Les locataires également. Vous avez carte blanche. Causez du chambardement. Remuez cette ville, jusqu'à ce que la merde remonte. Je veux que vous soyez un tel fardeau pour mes concitoyens, qu'ils fassent tout ce qu'ils peuvent pour vous assister, et hâter votre départ. Alors sortez, amusez-vous. Et n'ayez cure des conséquences. Au pire, la liste des victimes s'allongera. Ce n'est pas un drame, franchement. Nous sommes si serrés, dans cette cité… »
ooOOoo
Je vous rassure, la suite est déjà écrite. Je vous dis à très bientôt !
